Une main de fer dans un gant de velours...

C'est exactement ce que ressentait Hermione à cet instant. Snape maintenait son poignet d'une main ferme, l'immobilisant mais elle savait qu'elle pouvait ôter sa main à tout instant sans forcer.

L'homme examina la plaie et passa sa main dessus en marmonnant doucement. Elle hoqueta. Il lui semblait que son avant bras avait été plongé dans un seau de glace et la sensation de soulagement était si intense qu'elle en eu les larmes aux yeux. Trop brièvement, pourtant. La douleur fulgurante et malsaine reprit trop vite sa place et le bref soulagement qu'elle avait ressenti ne fit que paraître la douleur plus intense. Le potionniste leva les yeux vers elle et sa voix résonna étrangement dans le silence du laboratoire.

- Quand était-ce?

-Quelques semaines avant la Bataille de Poudlard. Bientôt trois ans, donc.

Les yeux noirs face à elle se firent plus durs tandis qu'il serrait les mâchoires.

- Cette saloperie vous bouffe depuis trois ans et vous n'avez pas cherché à vous faire soigner ? Êtes vous folle ou masochiste ? Parce que là, clairement, j'ai un doute subi sur l'état réel de votre intelligence !

-Parce que vous croyez que c'est facile ? hurla-t-elle. Cette marque infâme, cette honte marquée à jamais sur vous ! Vous auriez été exhiber devant n'importe qui votre Marque des Ténèbres ?

- Cela n'a rien à voir Granger !

- Oh que si ! Elle est aussi infamante pour moi que la votre pour vous !

-Vous ne l'avez pas choisie, vous !

- Cessez cela, Snape ! siffla-t-elle de rage. Vous n'avez rien choisi à cette époque, et vous le savez mais vous refusez de le reconnaître ! Un gosse ! Vous n'étiez qu'un gosse que la vie et des salopards avaient fatalement amené à faire ce choix, ou cette absence de choix ! Et non ! Taisez-vous ! Le sujet est clos pour moi et je refuse d'entendre quoi que ce soit d'autre !

Elle retira son bras de sa main et recula, le regard flamboyant.

- Oui, j'ai honte ! Honte de cette marque ! Honte d'avoir été faible devant cette folle ! Honte d'avoir crié ma douleur devant elle ! Honte d'entendre son rire dément encore aujourd'hui et de m'en réveiller en hurlant toutes les nuits ! Honte de m'être fait avoir six mois plus tard par Malfoy et l'autre chien ! Honte de n'avoir pas pu leur résister encore une fois... Honte... Honte...

Elle sanglotait à présent, s'enlaçant de ses bras dans une dérisoire tentative de réconfort, incapable d'arrêter ses larmes.

Snape ne savait pas quoi faire. Il avait vécu. Il avait subi. Il avait réussi à faire face à l'horreur, à la douleur, aux traumatismes... Mais face à cette douleur, cette honte, il était démuni. Il se leva, contourna la paillasse et, maladroitement, il l'enlaça, lui murmurant des paroles sans but, sans aucun sens, sa malheureuse expérience sachant que la voix humaine pouvait calmer de nombreuses crises.

Comme pour lui donner raison, les sanglots s'espaçerent peu à peu. Il desserra son étreinte qu'il n'avait pas voulu si forte lorsqu'il l'a sentit reprendre ses esprits et tout en gardant un œil sur elle, il regagna sa place.

-Vous êtes forte, Granger. Vous valez mieux qu'eux. Ne les laissez pas gagner. Ne les laissez pas vous bouffer. Ce serait leur faire trop d'honneur et leur accorder un pouvoir que pour ma part, je leur ai toujours refusé. Blindez-vous, nom d'un hypogriffe ! Criez un bon coup, défoulez-vous une bonne fois pour toute mais gardez la tête haute !

Il s'était redressé, les deux mains appuyées sur la paillasse et son regard rivé sur le sien. Il sentait bien qu'elle ne lui avait laissé voir qu'une infime partie de ses blessures et il savait d'expérience que les plus douloureuses sont rarement les plus apparentes. D'un geste vif, Snape saisit le bras gauche de la jeune femme et effleura la blessure de ses doigts.

-Ceci, Miss Granger, n'est que le reflet de notre honte à nous, sorciers aguerris qui avons envoyé des enfants se battre à notre place. Vous n'aviez pas à subir cela.

Il lâcha son bras doucement et conclut : "Je vais vous aider à mettre au point cette potion." Et comme elle ouvrait la bouche, sa voix retrouva son accent irrévocable : "Suffit, Granger. Ce n'était pas une proposition."

Snape lui jeta un dernier regard avant de la planter là et de sortir du laboratoire, sa cape derrière lui comme animée d'une vie propre.

Hermione ne reprit véritablement ses esprits que quelques instants plus tard et sortit à son tour de la pièce.

Lorsqu'elle arriva dans son salon, le potionniste était debout devant sa bibliothèque personnelle et laissait glisser son doigt sur les reliures des livres, appréciant la diversité de ses lectures.

-Littérature moldue, Miss Granger...?

-Oui. Je ne vous apprends rien si je vous dis qu'elle est parfois plus diversifiée que la littérature sorcière.

-J'avoue qu'un Stendhal ou un Hugo ont toujours eu un effet particulier sur mon moral.

-Je préfère Zola. Les Rougon-Macquart, ça vous dit quelque chose ?

Une grimace de dégoût précéda la reponse.

-Un peu trop "cru" à mon goût, si vous voulez savoir. Puis-je me permettre de vous dire que vos goûts littéraires flirtent avec la dépression ?

-Peut-être. La dureté d'écriture de cette série me va bien en ce moment. Je trouve le reste trop... Léger. Vous comprenez ?

Il hocha la tête.

-Je comprends oui. Et c'est précisément pour cela que je n'ai jamais pu apprécier Zola. Il était trop réel et lorsque j'avais besoin d'oxygène, il me semblait qu'il m'en otait le peu qu'il me restait. Ce qui me surprend, en revanche, c'est de trouver ces auteurs français chez vous en langue originale.

-Ma grand-mère paternelle était française. Et j'ai toujours trouvé qu'une traduction ne reflétait pas le quart de la version originale.

Snape se tourna vers elle, délaissant comme à regret la bibliothèque.

-Comme je vous retrouve bien là ! Ricana-t-il.

-Osez me dire que vous ne pensez pas la même chose...

-Je ne pense pas la même chose... Susurra-t-il.

-Menteur. Affirma-t-elle calmement, son regard rivé au sien alors qu'il s'approchait.

-Voilà deux fois que vous me traitez de menteur, Granger", énonça-t-il calmement, sa voix grave et basse résonnant étrangement dans le silence. "C'est deux fois de trop."

Il s'arrêta à quelques pas d'elle.

-J'aimerais donc savoir à quoi je dois ce qualificatif...

-La dernière fois que je vous ai abordé. J'ai glissé un papier dans une version originale de Stendhal.

-Touché.

Ses yeux semblaient sourire et elle se surprit à penser que cela lui allait bien.

- Plus sérieusement, Granger. Vous allez devoir aborder Drago rapidement et efficacement. Pendant ce temps là, je vous aiderai à mettre au point cette fichue potion de Liberté. Ah, autre chose. Je ne veux plus que vous sortiez seule. Hors de question.

- Non mais je rêve ? Je n'ai pas besoin de garde du corps !

- Non négociable, Granger. Je n'ai aucune envie d'avoir une mort de plus sur la conscience. Vous ne sortez plus seule. Point.

-Et si j'en décide autrement ? Fronda-t-elle.

Il fut près d'elle en un pas, la dominant de toute sa hauteur et sa voix se fit dangereusement veloutée.

-Alors je me ferai un plaisir de vous attacher moi-même...

Elle frissonna et sentit, troublée, ses entrailles se tordre délicieusement au son de cette voix et... Merlin ! De ces images qu'il faisait naître en elle. Hermione rougit furieusement et fulmina en voyant un rictus apparaître sur les lèvres du sorcier. Le salaud ! Il savait pertinemment ce qu'il faisait et se moquait d'elle ouvertement. Elle décida de lui laisser cette victoire facile, son heure viendrait.

- Je n'ai pas toujours une armoire à glace à disposition... Objecta Hermione d'une voix qu'elle aurait voulu plus assurée.

- Débrouillez-vous Granger. Souvenez-vous seulement qu'en cas de problème, cela me fera une mort de plus à me reprocher... Votre côté Gryffondorien devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter cela, non ? Susurra-t-il avec le sarcasme qui le caractérisait.

Snape sourit intérieurement. La partie allait être intéressante à jouer.

Très intéressante.