Le petit groupe transplana dans un crac discret au milieu d'une ruelle attenante à l'Allée des Embrumes. En ces jours où le Chamin de Traverse était bondé par les achats de dernière minute précédant la rentrée scolaire, les deux hommes et l'adolescent préféraient se faire discrets. Immédiatement, ils sondèrent les alentours, s'assurant de la parfaite discrétion de leur arrivée, puis le jeune homme se tourna vers ses ainés d'un air assuré.

"Parfait. Il est inutile de vous rappeler que mère ne se satisfera ni d'un succès approximatif et encore moins d'un échec. Je laisse à votre imagination les conséquences d'un tel résultat. Rodolphus, ton nom ?

L'homme blond face à lui s'empressa de répondre.

- Evan

- Et toi, Rabastan ?

- Alcius.

"Très bien" continua le jeune homme. " Evan, tu entres avec moi, Alcius, tu est responsable de la sécurité extérieure et du sortilège de confusion. Des questions?"

Les deux hommes hochèrent la tête dans un signe de dénégation. L'expédition était prévue de longue date et la mère du jeune homme l'avait planifiée dans ses moindres détails, envisageant toutes les éventualités, y compris un démasquage.

Le garçon jeta un dernier coup d'œil aux alentours avant de se mettre en marche dans la direction de Gringotts. Son épaisse chevelure noire et bouclée jouait avec les bourrasques de vent de cette fin d'été et son regard noir et perçant ne perdait rien de ce qui l'entourait. Les deux hommes le suivaient et, lorsque la foule se fit plus dense, "Evan" se positionna à côté de lu, dans un semblant d'attitude paternelle, afin d'éviter d'attirer les regards.

A l'approche de la banque "Alcius" resta à distance et sa baguette jeta discrètement un sort de confusion au gardien qui laissa passer l'homme et l'enfant sans broncher.

Les deux sorciers entrèrent d'un pas assuré et se dirigèrent immédiatement vers un guichet particulier où un gobelin s'enquit de leur identité et du motif de leur visite. Le jeune homme s'avança et prit d'autorité la parole, sans oublier de garder son masque de jeune homme intimidé.

- Veuillez nous pardonner, Messire, mais je ne peux déclarer mon identité. Je suis ici pour une reconnaissance de sang car je veux effa et jusqu'au nom de celle qui m'a porté.

Un regard compréhensif lui répondit. En ces années post-guerre, de telles demandes n'étaient pas rares. La plupart venaient de descendants de Mangemorts ou assimilés qui refusaient de faire face à l'ignominie de leur nom et à un statut de paria.

"Très bien. Veuillez me suivre, Messieurs."

Le gobelin descendit de son guichet et le contourna pour rejoindre le jeune homme et le sorcier qui l'accompagnait. Tous deux lui emboîtèrent le pas et il les installa quelques couloirs plus moins dans un bureau qui aurait été spacieux si la majorité de l'espace n'avait pas été occupé par des piles de dossiers.

- Raknast ! Une demande de reconnaissance de sang !

Le dénommé Raknast leva les yeux de son parchemin et son regard intelligent scanna ses visiteurs. Il s'empressa de se lever pour les saluer et les invita à s'installer conformément dans deux fauteuils face à son bureau tandis que son collègue disparaissait en fermant la porte. Le gobelin se réinstalla derrière son bureau et repoussa la parchemin d'une main tandis qu'il en saisissait un vierge de l'autre, s'apprêtant à prendre des notes.

- Bonjour Messieurs. Que puis-je pour vous exactement ?

Le jeune homme se pencha en avant.

- Monsieur Raknast, c'est cela ? Voyez-vous, j'ai été élevé par un monstre dont je tairai le nom. Je ne veux plus lui être associé de près ni de loin. J'ai réussi à échapper à la surveillance de ma génitrice il y a quelques jours et j'ai été recueilli par le brave homme qui m'accompagne aujourd'hui. Je demande une reconnaissance de sang afin de retrouver mon père et, le cas échéant de prendre son nom...

Le gobelin le jaugea puis se pencha à son tour en avant, les mains à plat sur son bureau et le regard vrillé à celui de l'adolescent.

- Savez-vous ce qu'implique cette reconnaissance, jeune homme ? Votre sang vous dévoilera votre arbre généalogique et bien sûr le nom de votre père mais votre nom, ne sera peut-être pas le sien. Votre sang vous dévoilera votre vrai nom, ça qui implique que votre magie vous reconnaîtra peut-être comme le fils de votre génitrice. Acceptez-vous de prendre ce risque ? De vous retrouver à vie avec le nom que vous voulez justement oublier ?

Le jeune sorcier sembla réfléchir un instant avant d'acquiescer.

- Oui. J'accepte le risque.

- Très bien, sourit le gobelin. Monseigneur, veuillez me tendre le bras de la main qui tient votre baguette.

Raknast sortit d'un tiroir derrière lui un long parchemin de couleur ambrée ainsi qu'un long étui de cuir. Il les déposa sur son bureau et sortit une lame d'argent de l'étui avant de la tendre à l'adolescent.

- Vous allez vous entailler légèrement le poignet et recueillir quelques gouttes de sang à l'aide de votre baguette. Vous déposerez ensuite ce sang sur le parchemin. J'ose espérer que vous avez votre propre baguette ?

- Je viens d'en acquérir une chez Ollivander.

- Parfait. Votre baguette est le vecteur de votre magie. Une utre aurait pu fausser les données, ce qui n'arrivera pas avec la vôtre.

Le jeune homme s'entailla le poignet et suivi les instructions du gobelin qui ne le quittait pas des yeux.

Le sang vermeil tomba de la baguette et se fondit sur le parchemin. Un bref éclat de lumière illumina l'artefact et un nom apparut à l'endroit où le sang était tombé. Immédiatement, des ramifications surgirent et s'élancèrent vers le haut du parchemin, garant ici et là le nom des ancêtres du jeune homme qui souriait à présent, le regard flamboyant.

Lorsque le sortilège cessa, Raknast prit le parchemin et lut, troublé, le nom que la magie donnait au jeune homme face à lui.

- Magnus Tom Black Snape. Le nom de votre père apparaît en rouge, il est donc en vie. Devons-nous faire une démarche à son attention.

"Surtout pas Raknast." La voix de Magnus claqua, glaciale et dangereuse. "Laissez-moi gérer seul mes affaires de famille et tout le monde ne s'en portera que mieux. Je vais ouvrir un compte chez vous au nom de Magnus Angestrel, le patronyme de mon bienfaiteur, en attendant d'avoir pu reprendre contact avec mon... Père.

Si Raknast n'avait pas eu un tel sang-froid, il aurait tremblé de peur au ton qu'avait pris le gamin. Il s'empressa de lui remettre le parchemin qui attestait de sa nouvelle identité magique et expédia en un temps record les papiers d'ouverture d'un nouveau compte.

Le gobelin ne se sentit mieux qu'une fois que les deux sorciers eurent pris congé.

A nouveau seul dans son bureau, Raknast réfléchit longuement. Son espèce avait pour habitude de garder les secrets les plus inavouables et de ne jamais se mêler des affaires des sorciers. Mais il avait perçu la haine dans les yeux de Magnus et le nom de son père n'était pas anodin. Il devait le prévenir, même au péril de sa vie. Après tout, si le monde s'embrasait de nouveau, il y avait de fortes chances que le sorcier soit à nouveau de la partie. Il prit un parchemin et jeta quelques phrases dessus avant de le sceller. Il l'enverrait demain à la première heure. La journée avait été longue.

Raknast sortit de Gringotts et s'enfonça dans les ruelles, absorbé dans ses pensées.

Il ne vit pas la silhouette émerger de l'ombre.

Il ne vit pas l'éclat vert.

Il ne se sentit pas tomber.

Derrière son corps, Magnus apparut, flanqué de ses deux complices.

"Bon travail Rab. Mère sera contente."