Rentrée à Poudlard...

Si on lui avait dit qu'elle en vivrait encore une... et de ce côté de la table qui plus est !

Minerva avait rejoint les premières années au milieu de la grande salle, si petits, si intimidés. Certains faisaient les braves mais leurs yeux les trahissait. Elle se souvenait de sa propre répartition, comme chacun ici, elle imaginait... Entourés de tant de futurs amis qui avaient disparu depuis... Hermione tourna la tête vers Drago à sa gauche, assis en bout de table à côté de sa compagne. Lui aussi semblait perdu dans ses pensées, revivant probablement sa propre Répartition... Que de temps passé depuis ! Que de disparus ! Que de gâchis ! Et ce foutu choixpeau qui anonait encore une stupide chanson.
L'artefact avait beau être soi-disant incorruptible, il n'en restait pas moins à partie pris. Et sa chanson, comme dans les souvenirs de la jeune femme n'était pas équitable entre les maisons. Oh, certes ! Il avait appelé à la réconciliation et à l'unité. Mais selon elle, entendre que la ruse pouvait avoir du bon, n'était pas vraiment ce qu'elle appelait un compliment.

Hermione laissa son regard errer sur les tables nettement différenciées. La table des Serpentards était de loin la plus dégarnie, probablement le résultat de la fuite de plusieurs famille de Mangemorts à la fin de la guerre, sans compter le fait que cette maison ne recrutait à présent que les purs Serpentards. N'importe quel choixpeau flou préférait la fuir.
La table des Gryffondor était bien pleine en revanche, même si on pouvait deviner à partir de quelle année les résultats de la guerre pouvaient être visibles.
Quant aux Poufsouffle et aux Serdaigles... Hermione sourit en regardant ces derniers. Nul doute que sans le rôle qu'elle avait dû jouer auprès de Harry, c'est à cette maison qu'elle aurait appartenu. Le Choixpeau avait semblé hésiter entre les Lion et les Aigles mais il avait finalement choisi pour elle en déclarant que son destin passait par là. Elle ne l'avait compris qu'à la fin de la guerre et aujourd'hui, elle assistait à l'arrivée à Poudlard d'une nouvelle génération qui n'avait pas connu la guerre et qui apprendrait ce que le mot unité signifiait... Ou du moins, c'est l'objectif qu'elle s'était fixé.

Hermione reporta son regard sur la Répartition qui commençait et vit la première élève de l'année (Ellia Abkent) être répartie chez les Serdaigles sous un tonnerre d'applaudissements unanimes.
Les premiers élèves furent répartis assez rapidement et elle sourit de voir la joie et la fierté de chacun au fur et à mesure qu'ils intégraient leur nouvelle famille.

Jusqu'à cet instant. Drago serra les dents et Hermione vit rouge. Le premier élève réparti à Serpentard avait été chaudement applaudit par sa nouvelle maison, tièdement par les autres et quasiment pas par les Gryffondor. Le tout sous le regard indifférent de Minerva. Sentant la colère de la jeune femme, le nouveau directeur des Serpentard posa une main qu'il voulait apaisante sur son avant-bras mais elle se dégagea et après s'être lancé un Sonorus interrompit la Répartition pour la première fois depuis des siècles.

- Bonjour à tous ! Je suis la nouvelle Directrice de la Maison Gryffondor et c'est en tant que telle que je m'adresse aux membres de ma maison. Lire aux autres de se sentir concernés. Oui, je le sais, j'interromps une Répartition. Mais je vous pose la question : sans unité, cette cérémonie a-t-elle lieu d'exister ?

Hermione laissa son regard glisser sur l'assistance sous le choc de l'interruption et reprit la parole. Arthurus Blackwell, nouvellement répartit à Serpentard s'était arrêté dans son chemin vers la table qui l'attendait et vers laquelle il se dirigeait avec toute la dignité dont il était capable.

- Avant toute chose, j'ai une question à vous poser à laquelle je veux entendre une réponse claire. L'un d'entre vous connaissait-il Mr Blackwell avant ce soir ?

Un silence de mort lui répondit.

- Je n'ai pas entendu, assèna Hermione. Quelle partie de la phrase "je veux une réponse claire" votre petit cerveau ne comprend-il pas ?

Le ton était clairement monté et la table des Gryffondor n'en menait pas large. Drago haussa un sourcil surpris. Sa collègue fréquentait visiblement trop certaine personne de sa connaissance qui commençait à déteindre sur elle. Il leva les yeux vers une Hermione furibonde et s'appliqua à enregistrer le moindre détail de la scène qui se jouait sous ses yeux. Nul doute que ce souvenir ferait grand plaisir à son prédécesseur.

Un murmure monta de la table des Gryffondor et Hermione renchérit.
- Je vous prie d'être aussi expressifs que pour accueillir votre collègue de tout à l'heure. L'un d'entre vous connaissait-il Mr Blackwell avant ce soir ?

- NON PROFESSEUR !

- Bien. Je reprends donc. Peut-être ai-je été mal informée et que cet élève a cause quelque tort à l'un d'entre vous durant le trajet ?

- NON PROFESSEUR !

- Alors expliquez-moi, siffla la jeune femme d'une voix dangereusement basse, pourquoi vous ne l'accueillez pas comme les autres ? Dites-moi, si vous l'osez, pourquoi il doit se rendre honteusement à sa table ?

Hermione fulminait et, de l'avis de Drago, représentait admirablement bien sa maison à cet instant, sa crinière lui donnant un véritable air de lionne.

- Que les choses soient bien clairs, messieurs-dames reprit Hermione d'une voix qui fit frissonner même son voisin. Je ne donnerai cet avertissement qu'une et une seule fois. Vous allez accueillir chaque nouvel élève de cette Répartition comme s'il était membre de votre propre Maison ! Et à l'avenir, je ne tolérerai ni remarque, ni injure, ni quelque rivalité que ce soit entre ma Maison et les autres ! Le premier qui dérogera à cet avertissement n'aura pas assez de sa vie pour le regretter ! Merlin ! Au risque de reprendre l'insulte favorite de quelqu'un que vous reconnaîtrez, vous êtes pires que des cornichons décérébrés ! Par vos agissements, votre mépris, vous préparez une voie royale à un nouveau mage noir ! Nul n'est plus vulnérable à de vagues promesses de grandeur et de reconnaissance que le laissé-pour-compte ! Je vous laisse méditer là-dessus... et vous demande donc de reprendre la Répartition où vous l'avez laissée... Mr Arthurus Blackwell, Serpentard !

Un tonnerre d'applaudissements éclata à la table des Gryffondors, suivi de peu par les autres tables. Drago sourit discrètement. Les membres de sa Maison applaudissaient bien plus le discours que le nouvel arrivant et il haussa un sourcil tout à fait malfoyen en entendant un ou deux sifflements retentir de sa table.

Le regard de Minerva s'attarda sur son ancienne élève qu'elle semblait jauger. Jamais quiconque ne s'était permis une telle chose mais, qui sait, peut-être avait-elle raison. Il était certainement temps de renverser la table de cette division millénaire, d'autant plus qu'elle savait que cette Répartition verrai un nouveau danger survenir. Elle regarda le grand groupe d'enfants qui restaient en cherchant lequel d'entre eux serait la bombe à retardement de la soirée et soupira. Hermione avait refusé de dire quelle était sa source mais elle avait toujours eu confiance en elle... peut-être à tort.

La demi-heure suivante se déroula dans le calme et nul n'aurait pu dire que cette Répartition avait été troublé. Les nouveau arrivants étaient répartis assez rapidement à part quelques choixpeau flous qui étaient cette année peu nombreux. Drago se surprit à laisser son regard errer, n'écoutant plus que d'une oreille les noms suivis des applaudissements. Un silence assourdissant le ramena à la réalité.

Minerva se tenait blême devant un adolescent, presqu'encore un enfant qui la regardait en souriant. Une crinière bouclée noire, des yeux gris acier brillants d'une lueur à la fois moqueuse et méprisante, le garçon semblait comme fou. Hermione se redressa, la gorge sèche et son regard croisa celui de son ancienne professeur. C'était lui. Elle n'avait aucun doute et lui, par son regard et son attitude, montrait qu'il avait compris qu'il était reconnu. Et il en éprouvait visiblement de la jouissance. Il contourna Minerva et s'approcha du Choixpeau, la mettant au défi de prononcer son nom à haute voix. La Directrice, bouleversée, murmura le nom de Magnus Rangestel. Nul ne fut dupe de ce prête-nom. Ils avaient devant eux l'engeance de Bellatrix, la folie des Black dans toute sa puissance. L'adolescent prit le Choixpeau qui effleura sa tête avant de l'envoyer, sans surprise, à Serpentard. Avec un rictus malsain, le gamin se dirigea vers sa nouvelle table, sous les applaudissements cette fois timide de toute l'assemblée. Il s'assit à l'extrémité de la table et Hermione déglutit en sentant son regard se poser sur elle.

Drago soupira. Le loup était dans la bergerie. Restait à protéger les moutons.

Lorsqu'elle rentra dans ses appartements ce soir-là, Hermione ne fut pas surprise de trouver une haute silhouette noire tournée vers l'âtre où brûlait un feu rassurant. La jeune femme s'arrêta un instant à l'entrée de son salon pour l'observer. Son profil sec et anguleux semblait découpé au couteau et luisait doucement entre ombre et lumière. Snape n'était pas beau et encore moins séduisant. Il ne l'avait jamais été. Mais intimidant, oui, et fascinant, encore plus. Elle s'approcha doucement, profitant de la quiétude qui régnait dans la pièce. La jeune sorcière savait que, bien qu'immobile et semblant perdu dans ses pensées, rien de ce qui l'entourait n'échappait au Serpentard. Elle en eut confirmation lorsque sa voix grave résonna dans le silence de la pièce.

- Avez-vous fini de m'observer, Granger ? Pas que cela me déplaise mais je n'ai pas pour habitude de laisser n'importe qui se rincer l'œil.

La dernière phrase était clairement moqueuse et elle hocha la tête doucement en souriant. Elle le rejoignit devant la cheminée et se servit un verre de whisky Purfeu dont elle sirota une gorgée avant de se laisser tomber dans un grand fauteuil derrière elle. La soirée avait été longue et difficile et elle pressentait qu'elle n'était pas encore terminée. Il lui fallait à présent faire face au Maître des Serpentards en personne...

Snape se retourna vers elle et entra sans ambage dans le vif du sujet.

- Que s'est-il passé, ce soir?

- Une Répartition parmi tant d'autre, tenta d'esquiver Hermione en prenant une autre gorgée de whisky.

- Ne me prenez pas pour un imbécile, Granger, pas moi, assena le Maître des Potions. La magie du château a tremblé. Je le répète : pourquoi ?

Hermione sentait son regard d'onyx qui la clouait sur place et elle envisagea sérieusement de disparaître à l'étage du dessous.

- Je... Il se peut que je soit intervenue dans la Répartition.

Un sourcil étonné se releva mais Snape n'eut pas le temps de répliquer. Des coups discrets retentissaient à la porte de l'appartement de la jeune femme.

- Hermione ? Hermione ? Tu es là ? Camille et moi voudrions te parler un instant...

Snape leva les yeux au ciel, exaspéré. Bien sûr, son insupportable filleul voulait se mêler de ce qui ne le regardait pas ! Et pour que les rumeurs en courent pas, il était venu accompagné... Serpentard et Pouffsoufle à la fois ! Il se dirigea lui-même vers la porte qu'il ouvrit afin de faire entrer le couple. Un sourire amusé de son filleul lui confirma qu'il avait raison.

Les deux jeunes gens entrèrent et s'installèrent sans façons tandis que Snape reprenait sa place devant la cheminée. Hermione se renfonça dans son fauteuil et décida très bravement de laisser son ami de Serpentard expliquer la situation à son très cher et très abordable parrain. Ce qu'il fit avec un petit air supérieur et amusé qui lui donna envie de le gifler.

- Alors, parrain... Comment était ta soirée...?

- Ne te moque pas de moi, Drago ! gronda l'homme. La magie du chanteau a résonné. Je veux savoir ce qui s'est passé.

- Et si... je te montrais ? demanda Drago le plus sérieusement du monde. Ce serait assez long à t'expliquer et ainsi tu aurais toute l'histoire...

Snape se retourna brusquement pour tomber sur le regard intensément gris de Drago. La proposition n'était pas anodine et Drago le savait pertinemment. Le sérieux qu'il lut dans ses yeux et dans son attitude lui répondit. Son filleul savait ce qu'il demandait et voulait. D'un hochement de tête, il accepta et murmura le sort.

- Legilimens.

Troublé, Snape vécut la Répartition, le réquisitoire d'Hermione, l'apparition de Magnus. Lorsqu'il rompit le sort quelques instants plus tard, il tomba sur le regard ambré de la jeune femme qui attendait, anxieuse, sa réaction. Pauvre sotte, pensa-t-il. Comment pouvait-elle le regarder ainsi ? Elle avait osé ce que personne avant elle n'avait fait. Elle avait pris leur défense, contre tous, contre sa Directrice. Elle s'était posée en figure de Justice.

Et elle était devenue cible.

Il avait vu le regard de ce Magnus après sa propre Répartition.

Il avait condamné la jeune femme à mort.