Hermione le regardait sans rien dire. Il la fixait depuis un long moment, semblant peser ses mots, comme s'il avait peur de ce que ses lèvres pourraient laisser passer. Une lueur amusée éclaira un instant ses orbes noires avant qu'il ne prenne la parole en croisant ses bras sur son torse.

- Alors comme ça, Granger, vous osez m'utiliser pour terroriser les élèves ?

Elle soupira et sourit. Il avait choisit l'humour pour contourner la difficulté de la situation, devina-t-elle. Elle s'empressa de rentrer dans son jeu.

- Que voulez-vous, Professeur. Il faut bien que quelqu'un vous rappelle à leur bon souvenir... sourit-elle.

- Méfiez-vous. Je vais demander des droits d'auteurs...

La voix moqueuse de Drago se fit alors entendre.

- Merlin, parrain ! D'après ce que j'ai pu voir ce soir, tu vas devenir riche à millions ! Hermione est en train de te piquer tes meilleures attitudes !

La susnommé piqua un fard. Coincée entre les deux Serpentard dont l'un se moquait ouvertement d'elle, et l'autre la regardait avec circonspection, elle ne savait plus comment se dépêtrer de la situation. Camille, pour une fois, vint à la rescousse de façon tout à fait opportune.

- Drago ? Qui était cet enfant ?

Les sourires disparurent et une chape de plomb tomba sur la petite assemblée.

- Un tueur, Camille, laissa tomber la voix glaciale du jeune homme.

Son épouse sursauta et s'emporta vivement.

- Un tueur? Cet enfant ? Mais... comment ? C'est un ENFANT Drago !

Les regards des deux Serpentard se croisèrent et Drago hocha légèrement la tête. Snape soupira et se versa un second verre de whisky qu'il fit lentement tourner dans son verre avant d'en prendre une gorgée.

- Lady Malefoy. Oui, je vous donne le titre qui est le vôtre, asséna-t-il devant le regard étonné de la jeune femme. Vous avez subi des violences innommable de la part de sorciers. Cet enfant est le fils de l'une de celles qui vous a fait cela. Il porte en lui sa haine, sa violence et sa folie.

- Un instant, Monsieur. J'avais compris que quelqu'un arriverait ce soir qui serait un danger. Mais j'ai cru qu'il s'agissait de quelqu'un qui avait pris l'apparence d'un enfant. Pas d'un enfant réellement. C'est là que je ne comprends plus. Comment pouvez-vous condamner un enfant qui n'est pas encore sorti de l'enfance ?

- Parce que j'ai connu cette femme, Madame ! Parce que cette folle voulait un enfant ! Mais pas n'importe lequel ! Un enfant puissant ! Tout- puissant ! Elle voulait un fils avec le Seigneur des Ténèbres ! Seulement, j'avais toujours cru que sa dégénérescence l'empêcherait d'engendrer ; elle l'aurait dû, normalement. Mais je me suis visiblement trompé. Cet enfant que vous avez vu est plus que probablement le fils de Bellatrix Lestrange, dont il porte l'anagramme, et de mon ancien maître. Il porte en lui leur folie. Il a été élevé pour tuer, pour torturer, pour jouir de la souffrance et de la puissance.

- Parrain ? intervint doucement Drago. Magnus ne pourrait-il être le fils de Rodolphus ? ou de Rabastan ? ou de qui que ce soit d'autre ?

- Non Drago. Bella voulait un fils avec son maître et avec nul autre. Les autres n'étaient pas assez puissants pour elle, pour son ambition. Elle voulait un sorcier puissant, très puissant... murmura-t-il le regard fixe.

Un silence se fit et Drago hoqueta soudain.

-Parrain... Elle...

Un regard noir le cloua au fond de son fauteuil.

- Oui Drago. Elle me voulait, moi.

Snape ricana douloureusement.

- Tu imagines, Drago ? Elle me haïssait, elle me méprisait et pourtant ma puissance l'attirait. Elle avait voulu que je lui fasse un enfant. J'ai refusé. Elle m'a laissé pour mort avec l'accord de son très précieux maître. Son esprit tordu voulait une cérémonie d'alliance entre notre maître et moi-même afin que l'enfant ait le plus de puissance possible. Elle ne l'a jamais eu. Je me demande sur quel malheureux son choix est tombé...

Il hocha doucement le tête en fixant l'âtre où le feu dansait gaiement.

- Toujours est-il que le futur mage noir est ici, dans nos portes. Drago, surveille les Serpentards... et ton épouse. Elle sera la cible numéro 1... avec vous, Granger.

Hermione haussa les épaules, dubitative.

- Qu'est-ce qui vous fait croire ça?

Snape se retourna vers elle et la regarda longuement.

- Son regard, Miss Granger. Je l'ai vu dans le souvenir de Drago. Cet enfant veut vous tuer, plus encore qu'avant. Votre petite prestation de ce soir lui a, semble-t-il, particulièrement déplu. Vous étiez déjà une cible pour lui, mais là, il est décidé à agir.. et rapidement... il n'a visiblement pas supporté votre petite prise de parole qui tenait plus du discours de Directrice de Poudlard que de Directrice de Maison...

- C'est un compliment, ça, Snape, sourit Hermione. Vous devenez gâteux ! le taquina-t-elle en se levant pour s'approcher à son tour de la cheminée.

Le maître des Potions se contenta de hausser un sourcil.

- Méfiez-vous, Granger. Vous sous-estimer votre adversaire, moi, en l'occurrence. Et je déteste être sous-estimé, susurra-t-il.

- Vous êtes enfermé seul depuis trop longtemps Professeur. Vous n'avez traumatisé ni effrayé aucun élève depuis deux ans. Je maintiens mon propos : vous vous êtes ramolli. En bref, vous manquez d'activité.

Le regard sombre qui la fixa la fit déglutir. Merlin ! Elle avait un peu trop titillé l'hippogriffe et elle n'était pas certaine de gagner à ce petit jeu là.

Drago admirait le match et avait haussé un sourcil amusé. Pour un peu, il aurait dit que ces deux-là se cherchaient sans vouloir se trouver. Un coup d'œil à sa compagne lui confirma ses impressions. Camille lui faisait signe discrètement de laisser les deux protagonistes régler seuls leurs comptes. Elle avait raison, décida-t-il et ils s'éclipsèrent discrètement tandis que la discussion reprenait devant l'âtre.

- Je manque d'activité...miss Granger ? Je pourrais aisément vous prouver le contraire mais je crains que votre petit cerveau Gryffondorien ne disjoncte, pour reprendre une expression moldue... Je me contenterai donc de vous dire que j'ai trouvé la solution à votre potion de Liberté... et je vais vous laissez en plan avec vos propres choix à faire pour obtenir cette information...

Hermione pensait avoir atteint le summum de la couleur écarlate mais il venait de lui prouver en deux mots qu'elle avait tort. Ce satané sorcier lui faisait du chantage !

- Non pas du chantage, Miss Grager, susurra-t-il comme s'il avait lu dans ses pensées, ce qui était fort possible. Nous autres appelons cela de la diplomatie Serpentard.

Il vrilla son regard noir dans le sien et se rapprocha d'elle, se délectant du trouble qu'il faisait naître chez cette petite Je-sais-tout. L'ombre d'un sourire sur ses lèvres fines, il se pencha vers une Hermione qui visiblement ne savait plus vraiment où se mettre. Merlin que c'était grisant ! Voilà longtemps qu'il n'avait pu s'amuser de la sorte avec quiconque. Cette petite Gryffondor était juste à point et intelligente, ce qui ne gâchait rien ! C'était un régal que de constater qu'avec quelques mots et attitudes bien placées, il pouvait réduire à néant son brillant cerveau... Snape savoura l'instant et se détourna avec une inimitable envolée de cape pour disparaître dans la cheminée.

Il lui fallait tout de même garder le contrôle et il ne pouvait pas jurer qu'il en aurait été capable beaucoup plus longtemps.

Harry entra dans le bureau du gobelin suivi de deux de ses collègues. Un coup d'œil circulaire et deux puissants sorts de révélation lui apprirent rapidement qu'aucun sort de Magie noire n'était présent dans la petite pièce. Le directeur de la banque s'empressa de lui donner le carnet de rendez-vous de la victime et leva les sorts de reconnaissance personnelle de Raknast afin de donner aux Aurors toute latitude d'enquêter. Ragnok n'avait pas une grande confiance dans les sorciers mais il devait reconnaître qu'il n'avait pas le choix. Son associé et collègue responsable des sorts particuliers avait disparu depuis plus de 48 heures et on avait retrouvé ses restes dans une rue parallèle du chemin de Traverse. A croire que celui qui l'avait tué voulait qu'on le retrouve, à moins qu'il en soit un parfait imbécile. Mais un parfait imbécile ne se serait jamais attaqué à un gobelin à moins d'être suicidaire. On avait donc affaire à un meurtrier de sang-froid manipulateur.

Harry en était arrivé rapidement aux mêmes conclusions et il s'empressa de faire une fouille en règle des dossiers présents dans le bureau tandis que Ron épluchait le carnet de rendez-vous.

- On cherche quoi Harry ?

- Tout, Ron. Concentre-toi sur les derniers rendez-vous et leurs motifs. Les dernières 48 heures de son travail, je dirais. Si on ne trouve rien, on remontera plus haut, précisa-t-il en déplaçant avec précaution les différents parchemins présents sur le bureau. "Marvin ! Regarde ça !"

L'interpellé se releva du tiroir dans lequel il était en train de fouiller pour se pencher à son tour sur le bureau. Il examina la trace presque invisible que lui montrait son chef de section.

- Du sang...?

- On dirait bien, oui confirma Harry. Ron ? Tu as quoi en derniers rendez-vous ?

- Le jour de sa disparition, Raknast a accueilli un couple qui recherchait un enfant disparu pendant la guerre, un homme qui bannissait sa femme du monde sorcier pour tentative de meurtre et un enfant qui demandait une reconnaissance de sang...

- Stop ! Une reconnaissance de sang, maître Ragnok, se fait bien à l'aide du sang de l'intéressé ?

- Très juste, maître Potter. Mais habituellement, maître Raknast était plus soigneux...

Harry fronça les sourcils en comprenant l'interrogation où plutôt l'insinuation du gobelin.

- Vous voulez dire...

- Qu'il a sciemment laissé des traces ? Oui, maître Potter. Sans aucun doute. Il devait se méfier de quelque chose... mais quoi ?

Harry regarda autour de lui et ses yeux tombèrent sur une mince enveloppe aux armoiries de Gringotts, dissimulée sous un monceau de dossiers. Il la saisit délicatement en prenant garde de ne pas la marquer et interpella son ami et collègue.

- Ron ! Viens voir ici !

Le rouquin s'approcha de son ami et inspecta à son tour l'enveloppe.

- Qu'as-tu trouvé ?

- Un sort de personnalité. Raknast a fait en sorte que seul le destinataire de cette enveloppe puisse l'ouvrir. Et je peux t'affirmer que c'est la dernière chose qu'il a fait dans ce bureau avant de partir. Donc, APRÈS son dernier rendez-vous... Ce nom ne te dit rien ?

- "Lord Prince"... Non, pas que je sache. Je vais demander à papa, il est plus au fait des noms de l'aristocratie sorcière que moi, lança le jeune homme.

- Quelque chose me chafouine... marmonna Harry. Reprenons. Raknast a un rendez-vous de reconnaissance de sang... ce dernier le perturbe suffisamment pour qu'il fasse en sorte d'en laisser des traces, comme s'il envisageai la possibilité de disparaître. Avant de partir, il fait une lettre pour un certain "Lord Prince" mais ne la poste pas. Soit il espérait vivre assez longtemps pour la poster, soit il envisageait sa mort et voulait que l'on tombe sur cette enveloppe mais sans pouvoir l'ouvrir. MAIS, il pensait forcément que l'on saurait qui est ce Lord... étrange... Ron, tu es sûr que ce nom ne te dit rien...?

Le rouquin fronça les sourcils et hocha la tête.

- Non, sûr et certain. J'envoie un message urgent à papa déclara-t-il en sortant du bureau.

Harry marmonna un vague accord. Quelque chose le chafouinait, oui...

"Lord Prince"...

Non, impossible...

Et pourtant... connaissait-il un autre Prince...?