Snape se tourna vers les quatre personnes présentes dans le salon et croisa ses bras sur sa poitrine.

- Minerva. Poppy. Je reviendrai plus tard sur les causes de ma présence ici et de ma "résurrection" grimaça-t-il. En attendant, le temps presse. Miss Granger a été frappée de la malédiction Slavuus Æternam. Autrement dit, elle va revivre à l'infini les morts et douleurs de tous ceux qu'elle a croisés, sans compter les siennes propres, en les subissant dans sa propre chair et ce, jusqu'à ce que son âme soit trop détruite par la douleur, et, à cet instant, elle deviendra un inferi aux ordres de son nouveau maître, soit celui où celle qui l'a maudite.

Snape se tourna vers Drago.
- Drago. Tu me cherche ce fils de pute et tu me le ramènes même si, comme je le crois, à l'heure qu'il est, il doit être loin. Camille, vous allez m'aider. Veillez sur Miss Granger, administrez lui les potions que je vous dirai au moment précis ou je vous le dirai. Minerva, j'ai besoin d'un retourneur de temps. Comment vous y prendrez-vous pour l'obtenir n'est pas mon problème, dussiez vous offrir vos charmes au ministre en personne. Vous n'avez qu'une chose à savoir : j'ai soixante-douze heures devant moi pour sauver votre collègue et la potion met plus de quatre-vingt heures à être brassée, et ce, sans repos.

Sa voix était grinçante, saccadée et sans appel, et il faisait l'effet d'un général sur le champ de bataille à tous ceux qui étaient présents.

Pomfresh s'avança prudemment.

-Severus. Je pourrai administrer les soins que vous me direz à Hermione.

Un regard noir la cloua sur place.

- Certainement pas Poppy ! Camille n'a aucune magie qui pourrait alimenter la malédiction, vous si ! Votre présence ne fera qu'augmenter les souffrance de Miss Granger. Par ailleurs, nous allons avoir un problème à régler le plus rapidement possible, et je m'adresse à vous tous.

Snape ferma les yeux, comme pour se donner le courage des mots qu'il allait devoir prononcer. Lorsqu'il reprit la parole, sa voix n'était plus qu'un murmure.

- Le contre-sort de cette malédiction est basée sur une potion... Et sur un sauveur. La victime ne peut être sauvée que par la création d'un lien avec un sorcier plus puissant qu'elle. Je vous laisse appréhender les difficultés que nous allons rencontrer avec une sorcière de la puissance de Miss Granger.

Son regard parcourut l'assemblée et il pouvait sans peine imaginer les émotions de chacun. Minerva était horrifiée, Poppy troublée, Drago... Serein ? Et Camille semblait d'accord avec son époux. Ce fut d'ailleurs son regard que chercha Drago avant de prendre la parole.

- Les effets du lien, parrain ?

- Une attirance plus ou moins prononcée en fonction de la magie de l'un comme de l'autre, un échange de magie au moment de la "cérémonie" qui peut conduire à de véritables modifications du comportement de l'un comme de l'autre. Et un lien complet et inéluctable jusqu'à la mort de l'un ou de l'autre. Encore une fois, le principe est simple. Slavuus Æternam vise à faire d'un être son esclave pour l'éternité. Le contre sort vise à se lier à la victime pour l'éternité et ce, dans une volonté de protection et de partage mutuel.

Si Snape avait énoncé ces caractéristiques avec une précision toute doctorale, Drago n'avait pas manqué l'hésitation devant cette création de lien indéfectible. De par le passé de l'homme face à lui, il n'avait aucune difficulté à croire que l'idée même de lien lui était difficile... Alors si on y ajoutait l'éternité... Snape ne pouvait concevoir l'idée qui quiconque puisse accepter l'idée de se lier à un autre.

- Procédons par élimination, si vous le voulez bien, intervint justement Minerva. Quels sont nos candidats potentiels ? Peu nombreux, j'imagine.

- Vous avez Potter, il me semble, insinua Snape.

- Non parrain, réfuta Drago. D'après ce que tu viens de dire, le lien implique un rapprochement qui peut aller jusqu'à l'intimité. Harry est marié et bientôt père de famille. Je doute qu'il accepte de se lier de la sorte et si même il l'acceptait, c'est moi qui refuserait qu'il s'impose cette charge.

Un silence de plomb accueillit ses paroles. Les candidats n'étaient pas nombreux, sinon inexistants. Snape tournait en rond en réfléchissant lorsqu'il sentit le poids du regard de son filleul. Celui-ci ne le lâchait pas des yeux et il s'aperçut que Camille le regardait avec la même insistance, ainsi que Poppy. Seule Minerva semblait ne pas vouloir le fixer comme une bête de foire. Il haussa un sourcil d'incompréhension à destination de Drago et ce dernier lui rendit un regard appuyé.

Le jour se fit alors.

Non. Ils ne pouvaient pas lui demander cela. Pas à lui. Pas pour elle. Son regard erra vers Camille qui lui sourit gentiment en comprenant qu'il avait saisit le message et lorsque ses yeux croisèrent ceux de la médicomage, celle-ci hocha doucement la tête.

-NON ! NON, C'EST NON !

Minerva sursauta tandis que les trois autres affichaient une mine désabusée. Sa réaction était plus que prévisible et aucun n'avait pensé lui faire entendre raison du premier coup.

-JE REFUSE ! VOUS ENTENDEZ ! JE REFUSE DE LUI IMPOSER CELA !

Le regard de Minerva errait de l'un à l'autre, cherchant à comprendre ce qui avait bien pu déclencher la fureur et... Le désespoir ?... De son ancien collègue. Drago soupira.

-Parrain... Au lieu de te comporter comme un hippogriffe buté, regarde la situation froidement. Hermione est puissante, très puissante, bien plus que moi. Rares sont ceux qui sont plus puissants qu'elle, que ce soit chez les sorciers ou les sorcières. J'écarte d'emblée ces dernières au vu des conséquences du lien et des orientations d'Hermione. Nous n'envisagerons cette possibilité qu'en dernier recours.

Snape fulminait mais le peu de bon sens qu'il lui restait à cet instant l'enjoignait à écouter son filleur jusqu'au bout. Il ne pu cependant pas empêcher son regard de glisser vers le frêle corps allongé sur le lit de fortune. La jeune femme vive et rebelle qu'il connaissait avait disparu. Ne restait qu'une enveloppe tourmentée et vide, et il songea un instant à son âme qu'il avait pu voir quelques instants auparavant. Elle avait peu de temps devant elle. Trop jeune, elle avait vécu trop d'horreurs et il n'osait imaginer ce contre quoi elle devait lutter à cet instant. Des images lui revinrent de ce qu'il avait croisé dans son esprit. L'odeur du sang, de la mort, les hurlements, le bruit des os qui craquent, des membres qui se déchirent... Encore et encore...

La voix de Drago le ramena au présent et il releva son regard vers le jeune homme.

- Du côté des sorciers... Il y a Potter que je me refuse à contacter. Il y a mon géniteur et je pense que vous serez tous d'accord avec moi qu'il ne saurait en être question... Il y a toi. Je sais ce qui te retiens, reprit-il après un silence en se rapprochant de son mentor. Mais pense à elle. Tu peux la sauver. Je le sais. Nous le savons tous.

-Et si elle refuse ? Objecta l'homme. Il semblerait plausible qu'une jeune femme comme elle refuse de se lier pour l'éternité à un homme tel que moi !

-Demande le lui ! Répondit légèrement le jeune homme un sourcil relevé. Pour ma part, je doute qu'elle refuse...

- Je n'appelle pas cela un choix, Drago ! C'est mourir ou se lier avec moi ! Belle perspective d'avenir, vraiment ! Cracha-t-il avec fureur.

- Severus.

La voix posée de Minerva les interrompit. Ses yeux allaient de l'un à l'autre et se posèrent sur Snape.

- Bien que cette solution ne soit pas l'idéale, j'en conviens tout comme vous, elle est cependant la seule que nous ayons. Nous avons peu de temps, vous l'avez dit vous même. Tranchons donc. Je vous demande d'informer Miss Granger de la situation et de lui demander ce qu'elle en pense. Cela vous aidera peut-être à faire ce qui doit être fait.

Snape ferma les yeux un instant. Ce satané chat de gouttière avait raison, il le savait, mais cela ne rendait pas sa décision plus facile pour autant. Il se résolu à informer Granger de ce qu'ils allait lui imposer... Lui... Pour l'éternité. Mais contrairement à eux, il ne pensait pas que cela rendrait sa décision plus facile. Encore une fois, il allait soumettre quelqu'un. Encore une fois, il allait reduire à néant une vie. Car entre ce qu'il attendait la jeune femme et ce qu'il allait lui imposer, lui n'aurait pas su choisir.

Il s'approcha d'Hermione et leva le sort de Stupefixion. Un coup d'œil vers Drago et le sort d'entrave apparut. Ignorant des gémissements de douleur et de désespoir de la jeune femme en proie à ses démons, il se résolu à pénétrer une nouvelle fois son esprit. Les dés étaient jetés.

Il était une nouvelle fois maudit.

'tite Review, please...?