Legilimens !
Il se trouva à nouveau en plein cœur de l'enfer. Il ne comprit pas comment cela pouvait être possible mais il lui semblait que tout était pire que ce qu'il avait pu voir la première fois. Snape frissonna pour la première fois depuis de longues années et se hâta de rechercher l'âme de la jeune femme.
Il barricada son esprit le plus puissement possible mais s'il pouvait empêcher ainsi les ombres de lui vampiriser son âme, il ne pouvait échapper aux images de carnage qui l'entouraient. À bien y regarder, il comprit ainsi quels étaient les plus grands traumatismes d'Hermione. La plupart des victimes qui l'appelaient étaient d'anciens camarades, d'anciens amis et pas une seule fois il ne la vit, elle, en proie à la torture et aux tourments. Il savait pourtant qu'elle avait vécu des instants insoutenables...
Snape mit bien plus longtemps cette fois à trouver l'âme de la sorcière, cette fois face à la seule scène ou elle apparaissait... En compagnie de Lucius et Greyback... Elle était plus pâle que l'heure précédente et son aura avait déjà considérablement faiblie. Les contours de son apparence étaient flous, brumeux, et son image presque transparente. Snape accusa le coup. Jamais il n'aurait cru que le processus irait si vite, du moins pas avec... Elle. Elle lui avait toujours paru forte, assurée et il decouvrait à cet instant l'épaisseur de la carapace qu'elle s'était forgée.
-Miss Granger...
La jeune femme ne réagit pas, trop faible ou trop hypnotisée par la scène d'une brutalité bestiale qui se déroulait devant elle.
- Miss Granger, bon sang ! Hermione !
Il l'agrippa par l'épaule et la força à relever les yeux vers lui.
- Regardez-moi ! Je suis là ! Je vous ai juré de revenir ! Je suis là...
Elle papillonna des yeux et se blottit soudain contre lui.
- Pitié ! Pitié sortez moi de là où achevez moi ! Pitié !
Snape l'enveloppa de ses bras et lui caressa doucement les cheveux dans de lents gestes apaisants.
- Je suis là, je suis là Hermione... Je vais vous sortir de là, je vous les jure. Mais auparavant, dit-il en la détachant doucement de lui afin de capter son ragard, j'ai une information à vous transmettre. Le contre-sort qui peut vous sauver se compose de deux parties : un philtre que je vais brasser et... Un lien, avec un sorcier ou une sorcière obligatoirement plus puissant que vous... Ce lien mêlera votre magie et celle de votre sauveur et il est possible qu'une... attirance se développe entre vous deux... Je voulais que vous soyez tout à fait consciente de ce fait avant d'envisager quoi que ce soit.
La jeune femme le regarda d'un air serein.
- Très bien, professeur... Qui avez-vous choisi ?
- Choisi est un bien grand mot Miss Granger, grimaça-t-il. Notre choix était plus que limité... Pour ainsi dire inexistant... Et vos collègues ont proposé... Moi.
Il détourna son regard, refusant d'affronter le dégoût inévitable dans ses orbes whisky. Une caresse sur sa joue ramena son visage vers la sorcière.
- Professeur... Je serais honorée de ce don... Si cela vous convient, si votre liberté n'en souffre pas, je l'accepte. Je ne veux pas être la cause de votre nouvel enchaînement.
Son souffle s'arrêta un instant. Elle acceptait de se lier...à lui ! Elle était dans une situation réellement désespérée.
- Miss Granger. Si c'est vraiment cela que vous voulez, je vais me retirer de votre esprit rapidement afin de vous sortir de là au plus vite. Gardez espoir ! Ne vous laissez pas aller ! Montrez donc à ce putain de Sang Pur que vous regardiez que vous êtes au-dessus de lui ! Je suis à vos côtés, Hermione ! Vous m'entendez ? Ne me lâchez pas ! Montrez moi ce putain d'entêtement gryffondorien dont on me rabat les oreilles depuis des décennies !
Il avait planté son regard dans la sien et pris son visage en coupe entre ses mains. Sa voix recouvrait les cris environnants et il tentait de lui repasser toute la volonté qui était en lui. Elle était forte, il le savait. Il ne lui manquait que la volonté de vivre.
- Hermione...
Sa voix se fit plus douce, insistante mais ferme. Il ne l'a laisserait pas s'échapper dans la mort.
- Regardez-moi Hermione. Vous allez vous en sortir. Vous allez vivre. Vous allez être heureuse. Vous ferez tout cela, Hermione, pour vous et pour prouver à ceux qui vous ont fait cela qu'ils n'ont pas gagné sur vous, que vous êtes plus forte que ce qu'ils croient. Je vais vous aider et vous soutenir, Hermione mais je ne pourrai rien faire sans vous. Jurez-moi de vous battre, jurez-moi que lorsque je reviendrai dans quelques heures, vous ne serez plus ce halo éthéré que j'ai trouvé tout à l'heure. Répétez vous ces paroles, Hermione. Je reviendrai. Et vous vivrez. Le jurez-vous, Hermione ?
Deux perles jaillirent de ses yeux ambrés tandis qu'elle murmurait.
- Je vous le jure... Je vivrai. Mais hâte-vous, je vous ne prie...
- Je vais faire au plus vite. Remontez ce qui vous reste de vos barrières d'occlumencie le plus haut possible. Cela devrait vous aider. Je vais concocter un dérivé de la potion de sommeil sans rêves pour vous plonger dans le coma, ce qui devrait retarder le processus... Je ne pourrai rien faire de plus, Hermione. Le reste est entre vos mains.
Il la regarda une dernière fois puis se retira doucement de son esprit.
Lorsqu'il revint à lui, une dizaine de minutes s'étaient écoulées et il sentit le regard interrogateur de son auditoire.
- Elle accepte, gromella-t-il. Minerva, j'attends mon retourneur de temps ! Drago, que fais-tu encore ici ! Poppy, cessez de bailler aux corneilles !
Les trois interpelés echangèrent un regard presqu'amusé. Si son caractère d'hippogriffe contrarié refaisait surface, tout allait bien. Chacun donc se hâta vers sa tâche et Poppy retourna à l'infirmerie tandis que Camille prenait ses instructions auprès du Maître des Potions.
Snape s'était mis à la tâche avec une ardeur désespérée qu'il n'avait pas connue depuis longtemps. Après avoir congédié les individus indésirables dès appartements d'Hermione, il y avait tout bonnement pris ses quartiers. Seule Camille avait été tolérée près de la jeune femme mais elle avait saisi que seule sa présence muette serait acceptée. Elle avait alors découvert le Maître à l'œuvre.
Snape s'était approché du mur le plus nu du salon et avait posé ses deux mains dessus. Les yeux fermés, il avait laissé sa magie communiquer avec le château et avait formulé une demande silencieuse. Un instant plus tard, sous les yeux ébahis de la garde-malade, une porte sombre était apparue et il l'avait ouverte sans hésitation, découvrant un laboratoire immense et impeccablement rangé. Ses yeux avaient croisé les siens un instant avant qu'il ne disparaisse dans la pièce nouvellement apparue.
- Que l'on ne me dérange sous AUCUN prétexte. Si quelqu'un a une communication urgente à me faire, qu'il m'envoie un Patronus. Si vous-même avec un problème, frappez deux coups. Au risque de me répéter, je ne veux être dérangé que pour une question de vie ou de mort. Pour être plus précis, je ne veux pas voir le chat de gouttière sans Retourneur de temps et je ne veux pas voir votre amoureux transi sans nouvelles FIABLES sur cette petite merde de Mangemort. Vu?
Camille hocha la tête, pour une fois impressionnée par le potionniste. L'urgence qui émanait de lui était palpable et elle avait suffisamment cerné l'homme pour savoir que ce n'était pas dans ses habitudes. Il disparut à ses yeux et elle se tourna à nouveau vers le corps à ses côtés.
Pourvu qu'il réussisse...!
Snape s'était immobilisé un instant en entrant dans le laboratoire. Il ferma les yeux et inspira longuement, forçant son pouls à ralentir et ses sens à s'aiguiser. Il allait devoir jouer avec et contre le temps. Si...non, QUAND sa collègue à moustaches lui rapporterait le Retourneur, il allait devoir déployer toute une stratégie pour tromper le temps. Un rapide coup d'œil autour de lui lui apprit que son laboratoire était resté à l'identique. Le potionniste examina plus attentivement les premiers bocaux et révisa son jugement. Non, pas à l'identique. Quelqu'un y était entré et s'était servi avec le respect dû à un laboratoire. Inutile de se demander qui. Elle. Étrangement, lui si pointilleux ne trouva rien à redire quant à l'état dans lequel elle avait laissé les lieux. Il se retourna et examina la porte du laboratoire. Il avait beau fréquenter Poudlard depuis des décennies, la propension du lieu à faire des tours de forces l'étonnerait toujours. En l'occurrence, le château avait relié par un moyen inexplicable son laboratoire des cachots aux appartements de la Gryffondor. La porte à l'autre extrémité du laboratoire devait en toute logique donner sur...les cachots sensés se trouver plus de trois étages sous les appartements de la jeune femme. Pour le coup, sa place officieuse de Directeur de Poudlard lui avait ôté une sacré épine du pied.
L'homme se dirigea vers la paillasse, baguette en main et d'un geste aérien, mit en branle une dizaine de chaudrons qui vinrent se positionner autour de lui. Il saisit un parchemin et commença à le noircir de formules de son écriture fine et hachurée. La potion qu'il s'apprêtait à faire n'avait jamais été expérimentée, même s'il en connaissait les bases qu'il avait lui-même élaborées. Il avait commencé à y réfléchir lorsque Bellatrix s'était vantée d'avoir inventé un sort "imparable et délicieusement amusant pour transformer quiconque en inferi." Il avait alors passé des nuits entières à réfléchir à un contre-sort et après des milliers d'heures, il était parvenu à une ébauche de résultat... l'avant-veille de la Bataille Finale. Dans les deux ans qui avaient suivi, Snape s'était penché dessus à nouveau, plus par passion que par nécessité, et il était parvenu cette fois à un résultat théorique, jamais expérimenté. Aujourd'hui, sa fibre de Maître Potionniste était aux anges mais il aurait préféré ne jamais avoir à faire cette potion... encore moins pour elle. "Stupide Gryffondor !"
Une heure plus tard, quatre chaudrons frémissaient et brouillonnaient tandis qu'il hachurait, coupait et écrasait plus d'une dizaine d'ingrédients en un temps record. Dans ces instants, il se refusait à panser, tout son esprit concentré sur les gestes millimétrés qu'il devait faire dans un ordre immuable. Il n'avait pas le droit à l'erreur et il avait devant lui une dizaine d'heures de travail non-stop avant le premier temps de repos des potions.
Cinq heures plus tard, ses mains volaient d'un ingrédient à l'autre et son poignet était douloureux de régler autant de flammes d'un geste instinctif. Lorsqu'il brassait, Snape ne se rendait plus compte du nombre d'informulés qu'il jetait sur l'une aou l'autre de ses préparations. Il évoluait dans ce cercle des chaudrons comme un dresseur de fauves au milieu de ses félins, chacun puissant et dangereux. Chacun méritant une attention soutenue pour ne pas le prendre de court. Chaque chaudron était potentiellement mortel et il avait dû jeter une bulle de protection sur chaque potion pour éviter que les vapeurs ne se mélangent. Il laissa échapper un juron en apercevant la couleur un peu trop vive qu'avait prise la huitième potion et s'empressa d'y laisser tomber une goutte de larmes de licorne. La potion reprit au bout de quelques secondes la couleur vert pâle qu'elle devait avoir à ce stade et il s'essuya machinalement le front du revers de la main. Le potionnniste avait délaissé depuis longtemps sa robe de sorcier et évoluait au milieu de l'arène en chemise blanche et pantalon noir. Il avait retroussé ses manches et attaché ses cheveux en catogan mais la chaleur dans le laboratoire devenait infernale. Il vérifia la température ambiante d'un sort informulé : 28.59C. Parfait. Cette potion nécessitait une fourchette de température diaboliquement précise : entre 28.3 et 28.6 C. La chaleur des dix flammes simultanées avait tendance à faire très vite grimper la température au delà des 30 C.
Plus que trois heures avant un repos d'une heure. Ses gestes devenaient plus saccadés, moins souples et il avait de plus en plus de mal à réfléchir rapidement. Il allait ajouter un œil de scarabée dans le chaudron numéro 4 lorsqu'un renard argenté se faufila jusqu'à lui et lui parla avec la voix de son filleul.
- Parrain. J'ai des nouvelles du lanceur de sort. Pour faire simple, il a tout bonnement disparu de Poudlard. Dois-je prévenir les Auros qu'il est dans la nature? Si tu ne peux pas te déplacer, pas de problème, mon Patronus me portera ta réponse.
Snape réfléchit rapidement, ses mains s'activant comme mues d'une volonté propre au dessus des chaudrons. Alerter les Aurors ? Non, mauvaise idée... et pourtant. Il ne pouvait laisser un danger pareil errer dans la communauté sorcière sans l'en avertir. Il leur fallait quelqu'un de confiance, qui n'irait pas clabauder au Ministère.
- Je ne suis pas contre alerter les Aurors, Drago, cela me semble même nécessaire. Mais je veux de la discrétion par Merlin ! Trouvez moi quelqu'un qui ai plus de neurones qu'un Strangulot et qui n'ira pas coucher avec le premier journaliste ou ministre venu ! Compris ?
Le renard disparu aussi souplement qu'il était venu et Snape lança un Tempus informulé. Moins de deux heures trente. Pourvu que l'insupportable Gryffondor ait trouvé ce maudit Retourneur de Temps ! Autrement, tout ce qu'il faisait ne servirait à rien ! Il put enfin mettre sous stase trois chaudrons qui étaient arrivés à maturation. Encore sept. L'ensemble devrait être mélangé d'ici deux heures avec plus de précaution que n'en demandait la manipulation d'un scroutt à pétard.
Snape soupira lorsque le Patronus trop reconnaissable apparut et prit la voix de Minerva.
- J'ai votre Retourneur de Temps... sans avoir besoin d'user de mes charmes ...!
Il aurait juré que le chat lui avait fait un clin d'œil avant de disparaître et soupira. Il était trop fatigué et sa vue commençait visiblement à lui jouer des tours. Plus qu'une demi-heure. Il examina une dernière fois les deux chaudrons encore frémissant. Il était temps de mélanger le tout. Un léger coup de baguette fit venir à lui deux chaudrons, un immense et un plus petit. Tout allait se jouer à cet instant. Il devait jouer avec les éléments, en l'occurrence dix chaudrons... et avec le temps. Sa baguette décrivit quelques arabesques et les fauves qui l'entouraient s'élevèrent lentement dans un ordre précis. Il devait lever la bulle individuelle de chacun quelques millisecondes avant qu'elle ne s'ajoute à la potion finale afin que les vapeurs qui s'en dégagent n'aient pas le temps de réagir avec les vapeurs ambiantes. Une fraction de seconde trop tard et il déclenchait un cataclysme. Huit des chaudrons se mélangèrent impeccablement et il jura lorsque l'ajout du neuvième fit furieusement bouillonner le mélange final. Réagissant au quart de tour, il versa deux gouttes de larmes de licorne dans le mélange et pria intérieurement pour que l'ajout fasse effet. Lentement, bien trop lentement à son goût, le mélange reprit la teinte violacée qui le caractérisait et il soupira, réalisant seulement qu'ila vait retenu son souffle tout ce temps. Une fois le dixième chaudron ajouté, il attendit quelques instants et sépara le contenu du chaudron en deux. L'un resterait dans le laboratoire tandis qu'il partait avec l'autre chaudron.
Il fallait maintenant jouer avec le temps et le prendre de court.
Le retourneur de temps allait faire remonter dans le temps la potion... qui ne serait alors pas créée... à moins qu'il ne porte avec lui un chaudron de cette potion lorsqu'il utiliserait l'artefact...
Il était temps de jouer... et de gagner.
