Dois-je vous conseiller de sortir vos mouchoirs...? Peut-être... Bonne lecture ;-)

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Les trois jours qui suivirent furent à l'image des vingt premières heures, à ceci près que les corps et les esprits s'épuisaient. Snape et Camille récupéraient entre deux sessions intensives de brassage et Minerva et Drago remplaçaient de temps en temps la Moldue au chevet de leur amie, mais jamais au-delà de trois heures. Snape l'avait formellement interdit : trois heures étaient tout juste nécessaires pour que le sortilège commence à se nourrir de la magie à proximité immédiate. Le Potionniste avait utilisé près de sept fois le retourneur de temps afin de gagner près de dix précieuses heures et il arrivait enfin au bout de son brassage insensé.

De façon tout à fait imprévisible, le petit laïus de la jeune Lady Malefoy avait fait son effet et l'insupportable Potter avait accepté de ne pas remettre un orteil à Poudlard avant la fin du processus.

Snape était régulièrement resté en contact avec Hermione et son affaiblissement alarmant l'avait fait tenir au-delà de tout. Il n'aurait pas cette mort sur la conscience. Il sauverait cette vie-là ! Chaque rencontre avait été plus poignante, plus désespérée et, paradoxalement, plus porteuse d'espoir. Il lui rendait compte de son avancée dans le processus et diffusait sa magie en elle, rehaussant ses boucliers mentaux pour l'aider à tenir le choc jusqu'à sa visite suivante. Mais elle faiblissait, inexorablement, et ne se déplaçait même plus dans son propre esprit. Les deux dernière fois qu'il l'avait trouvée, elle était recroquevillée comme une ombre pâle, son aura quasiment éteinte. Autour d'elle, comme attendant son dernier souffle, ses fantômes les plus macabres étaient assis. Il les avait dispersé, furieux, mais n'avait pu manquer de remarquer sa propre ombre sanglante parmi eux. Il s'était assis près d'elle, sans un mot, et l'avait simplement tenue contre lui pour la réconforter, tout en diffusant sa magie autour d'elle pour sabrer furieusement les inféris rampant vers eux. Il avait encore une fois renforcé ses boucliers mentaux, tout en sachant pertinemment qu'elle serait trop faible pour les maintenir efficacement. Mais à ce niveau là, chaque instant de gagné était une victoire en soi.

Snape s'approcha d'Hermione et posa sa main sur l'épaule de Camille qui somnolait, la réveillant bien malgré lui en sursaut. La jeune femme leva vers lui des yeux coupables mais il la rassura d'une simple pression de la main. Elle était à bout et son rôle dans ce sauvetage hors-normes était loin d'être terminé. D'un geste las, elle lui fi signe de prendre sa place. Il rejoignait Hermione ainsi chaque fois qu'il sortait de son laboratoire, avant d'aller se reposer.

Tandis que Camille s'effondrait dans le lit tout proche, Snape posa sa main contre la joue de la jeune femme désormais frigorifiée. Ils avaient pourtant tout essayer pour la réchauffer mais la mort trop proche réclamait son premier dû. L'homme chercha le pouls et ferma les yeux de soulagement en détectant un infime battement à la jugulaire. Sans plus d'hésitation, il franchit une nouvelle fois les portes de son esprit.

Comment pouvait-elle encore tenir ? Par quel miracle ou force de volonté inouï était-elle encore en vie ? Snape n'était arrivé que depuis quelques secondes qu'il avait dû repousser grâce à un sort particulièrement vicieux une Sybille démembrée qui s'était jetée sur lui avec la visible intention d'en finir. En moins d'une minute, ses vêtements devinrent poisseux de sang et il repoussa à nouveau la terrible vision dont il ne se débarrassa que pour se retrouver face à lui-même.

Son double sanglant ne se laissa pas écarter. Un pan de son visage affaissé au dessus de la déchirure de Nagini, il restait très précautionneusement hors d'atteinte tout en restant suffisamment près pour qu'il ne puisse l'ignorer. Ce qui restait du visage de cette ombre de lui-même était fendue d'un rictus satisfait qui le fit frissonner. Il connaissait ce sourire qu'il avait tant de fois affiché face à ses victimes avant de les achever dans les larmes et le sang. C'était le rictus de l'homme tout-puissant, du fauve face à sa proie, celui qui SAIT que la disparition de l'insignifiante vie face à lui ne dépend que de son bon vouloir... et d'une poignée de secondes... ou plus, s'il a envie de jouer avec. Et cette ombre-là était apparemment d'humeur joueuse. Un gargouillis nauséabond s'échappa des lèvres du mort-vivant tandis qu'un ricanement glaçant se faisait entendre.

- Tu as perdu, pauvre moi-même... Elle nous appartient désormais...

- Pas encore, pauvre fou ! Elle est en vie, je le sens ! Et je passerai outre tes illusions ! Tu oublies qui je suis... gronda Snape menaçant.

- Comment pourrais-je oublier qui JE suis...? Je suis toi et tu est moi... tu es dévoré par le remord, par la haine, par le désespoir... pourquoi te battre encore, Severus ? Laisse... laisse-moi faire ce pour quoi je suis ici... Laisse la... et tu seras LIBRE. Enfin. N'est-ce pas ce que tu attends depuis toutes ces années ...?

- Non, pas à ce prix. Et puisque tu est moi, tu devrais le savoir. Je ne tolérerai pas une autre mort qui me serait imputable.

- Oh, je ne le nie pas... murmura la chose. Mais supporterais-tu plus d'être lié à un autre être pour l'éternité ? Tu peux fort bien mentir, Severus... mais pas à toi-même.

Snape accusa le coup tandis que l'illusion se gaussait. Il ne pouvait le nier, c'était un fait. L'idée d'être lié encore une fois le terrorisait. Mais était-ce à ce point ? Pourrait-il vraiment en toute conscience condamner à mort Hermione pour ne pas retomber dans l'esclavage ? Il en doutait mais son double semblait penser le contraire. Et avait-il tort ? Se pouvait-il que cette chose défigurée ait raison ? Serait-il donc condamné à n'être qu'un tueur, un assassin prêt à tout pour vivre libre ?

Ses pensées dérivaient et l'être face à lui se repaissait de son désarroi. Une voix doucereuse et sifflante se fit entendre et il tressaillit lorsqu'il s'aperçut qu'elle provenait de l'ombre sanglante qui se rapprochait.

- Oui, Severus. Tu est CELA. JE suis CELA. Tu n'est pas moi uniquement parce qu'une pauvre folle a voulu jouer les apprenties médicomages mais au fond, tu ne voulais plus que mourir. Et elle t'a enchaîné. Libère toi donc. Laisse-la mourir. Reprends ta liberté si chèrement acquise et qui t'est refusée depuis plus de trente ans. Regarde-moi, Severus. Nous sommes si semblables. Ce que tu hais tant en moi n'est que ce que tu refuses de voir en toi. Ce fauve assoiffé de sang que tu as tant laissé s'exprimer dort en toi aujourd'hui. Tu peux essayer de te racheter, Severus, mais tu ne pourras jamais effacer cette joie sauvage qui t'assaillait lorsque le sang coulait. Cette exaltation que tu ressentait lorsque les supplications retentissaient. Souviens-toi, Severus. Tu es moi et je suis toi. Regarde tes main, mon ami. Et vois.

Comme hypnotisé, Snape leva ses mains vers son visage et écarquilla les yeux. Rouges, fortes, et sanglantes, elles ressemblaient à présent à celles de son vis-à-vis. Il regarda autour de lui, soudain éveillé et s'aperçut que les inferi avaient changé. Il n'était plus au cœur des cauchemars d'Hermione mais des siens. Le cadavre qui lui faisait face ricana en constatant son désarroi.

- Oui, Severus. Tu as voulu la voir une dernière fois. Ce sera ta perte. Tu as encore le choix, Severus. Laisse-la nous ou meurs avec elle.

- NON !

Sa baguette laissa échapper un sort cuisant mais l'être macabre l'évita en riant aux éclats.

- Tu peux chercher à t'échapper, Severus ! Mais tu resteras ce que JE suis ! Un traitre ! Un meurtrier ! rit encore l'inferi. Tu ne pourras jamais oublier, Severus ! Les cris te hanteront toujours !

- Je ne suis pas TOI ! Je ne suis PLUS cela !

- Que tu crois, mon tout beau... susurra une voix doucereuse à son oreille.

Il bondit pour se trouver face à son double.

- Un nom n'est pas un homme, continua l'être maléfique. Tu as beau être un "Prince", tu ne seras jamais que le fils de Tobias le meurtrier.

Un nouveau sort fusa vers le mort qui l'évita avec tout autant de facilité en ne cessant de ricaner.

- Meurtrier fils de meurtrier ! il a pris plaisir à tuer sa femme, et tu as pris plaisir à en tuer tant d'autres ! tu as même dépassé ses espérances, Severus. Tu as torturé chacune de tes victimes, et attisé la haine de Bellatrix car elle rêvait de te surpasser en cruauté... sans jamais y arriver !

Snape hurla. Chaque parole était vraie. Chaque mot était une lame sanglante qui s'enfonçait en lui, et lui portait un coup chaque fois plus fatal. Il ÉTAIT cet homme...non, ce monstre. Il avait fait chacune de ces horreur que lui jetait le mort à la face. il avait eu ce regard méprisant et jouissif du bourreau qui savourait chaque seconde d'agonie de sa victime. Il avait torturé, déchiré, arraché les membres d'innombrables innocents. Il avait été pire que celle qu'il méprisait aujourd'hui. Son bourreau de cet instant avait raison. Et il en hurla de terreur et d'horreur.

Recroquevillé sur lui-même, il tressaillit lorsqu'une main se posa doucement sur sa tête. Snape releva le visage et recula, horrifié. Devant lui, l'âme d'Hermione pâle et ensanglantée, le regardait doucement.

- Ne l'écoute pas, Severus. Regarde-moi. J'ai foi en toi.

- Pauvre folle... reste loin de moi.

- Elle nous appartiens Severus...

L'ombre tournait autour d'eux mais une aura légère et scintillante les avait enveloppés, gardant les êtres maléfiques à distance.

- Reviens à moi, Severus. Je t'attends. Tu m'as fait un serment. Sors moi d'ici.

Sa main posé sur la jour de l'ancien espion, Hermione posait sur lui un regard ambré brillant de confiance.

- Je tiens depuis si longtemps car je SAIS que je peux avoir confiance en toi, Severus. Je suis faible mais je tiens bon... grâce à toi. Ne l'écoute pas et relève toi.

Elle lui tendit une main qu'il saisit pour se rétablir. Face à face, ils se regardaient et une étrange aura les enveloppait. Snape la remarqua et fronça les sourcils.

- Qu'avez-vous fait, Hermione ?

- Moi, rien, Severus. C'est toi. J'ai entendu tes cris en moi et tu m'as donné la force de te rejoindre. Plus je t'approchais et plus cet étrange brume apparaissait, comme si elle voulait m'aider à te protéger.

Snape baissa les yeux vers elle et l'enlaça.

- Hermione, vous ne cesserez jamais de me surprendre. Votre esprit semble faible mais il est à bien des égards plus fort que le mien car il y reste une chose que je n'ai plus...

- Qui est...? osa demander la jeune femme.

- L'espoir.

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