Lorsque Snape revint à lui, Camille le regardait avec inquiétude. Il se ressaisit et tressaillit en sentant une humidité désagréable au bord de ses lèvres. Le bout de sa langue reconnut une amertume salée et il se dégagea prestement de la main amicale pour se détourner pudiquement. Voilà des années qu'il n'avait plus connu ce goût sur lui et il s'essuya le visage d'une main rageuse avant de se retourner vers la Moldue qui avait eu la délicatesse de se pencher vers Hermione pour lui brosser les cheveux doucement, comme elle aimait le faire. La douce voix chantonnant de Camille ne le surprit pas. Elle avait pris l'habitude de soigner la toilette et le corps de la jeune femme inanimée car, disait-elle, cela ne pouvait lui faire que du bien.
Snape se détourna vers la cheminée, remettant en place son masque et ses boucliers mentaux. Il était temps de passer à l'action et de tenir sa promesse.
L'homme se retourna vers Camille qui reconnut immédiatement en lui la posture du chef. Instinctivement, elle se redressa et le questionna du regard.
- Il est temps, Lady Malefoy. Allez prévenir votre époux ainsi que Minerva. Je vous attend ici.
- Mais... tenta-t-elle d'objecter.
- Non, je sais ce que je fais. Je n'ai plus le temps de me reposer, pas après ce qui vient de se passer. Je vais vous donner la potion revigorante la plus efficace que je puisse trouver. J'ai encore besoin de vous, Milady.
Elle acquiesça bien que visiblement épuisée avant de sortir des appartements, le laissant de nouveau seul avec la jeune femme. Elle ne le vit pas s'effondrer sur le fauteuil près du lit, ni saisir doucement la main blafarde qui reposait sur le drap blanc. Pas plus qu'elle n'entendit son murmure.
"Que m'avez-vous fait, Hermione...?"
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Lorsqu'elle revint accompagnée de la Directrice de Poudlard et du Directeur de Serpentard, Snape était debout devant l'âtre, un verre de whisky Purfeu à la main et son regard épuisé se perdait dans les flammes guillerettes de l'âtre. Il but une lampée du liquide ambré et posa le verre encore à moitié plein sur le manteau de la cheminée avant de glisser un regard vers le groupe qui l'attendait. Snape se ressaisit et se dirigea vers les deux jeunes gens et vers son ancienne collègue afin de poser les jalons des prochaines minutes décisives.
- Minerva. Drago. Camille. Vous allez me prendre pour un fou mais je ne tolérerai aucune remarque. Nous allons procéder au rituel sous la protection de Camille et...
- QUOI ?
- Que ne comprends tu pas, Drago, dans "Je ne tolérerai aucune remarque..." claqua la voix glaciale du Maître des Potions.
- Mais enfin, Camille, parrain ! CAMILLE !
- OUI, LORD MALEFOY, CAMILLE ! CAMILLE QUI EST MOLDUE ET DONT LA MAGIE NE POURRA PAS INTERFÉRER DANS CE SORT ! CAMILLE QUI EST ÉPUISÉE A L'HEURE ACTUELLE, J'EN SUIS CONSCIENT ! MAIS CAMILLE QUI EST, A CET INSTANT, LA SEULE PERSONNE INDISPENSABLE DANS CETTE PIÈCE !
Drago tressaillit sous l'affront à peine voilé et se contenta de jeter à l'homme son regard le plus hautain. Snape ferma les yeux et inspira longuement afin de retrouver son calme. Les minutes qui allaient suivre allaient être suffisamment difficiles pour ne pas rajouter de tension inutile. Le jeune homme recula, cédant le pas à son aîné, conscient que son intervention était plus dû à une inquiétude légitime, certes mais déplacée, qu'à la raison. Snape reprit la parole doucement, prenant le temps de peser chaque mot.
- Lorsque je boirai la potion et jetterai le sort, je devrai être prêt à m'allonger. Une fois le sort jeté, je serai tout aussi inconscient que Miss Granger. Il faudrait que Poppy soit là en cas d'urgence. Minerva et Drago, vous allez vous retirer avec Poppy dans la chambre fermée derrière nous. N'en sortez sous aucun prétexte ! A moins que Camille n'appelle à l'aide, votre présence ne pourra que nous mettre en danger Miss Granger et moi-même.
- Puis-je vous en demander la cause, mon ami ? avança Minerva.
- Votre magie, chère collègue, la railla-t-il. Nos magies vont fusionner dans ce sortilège et toute magie à proximité risque de vous lier à nous, mais sans les effets de la potion... le risque, me demandez-vous ? Que vous deveniez nos esclaves...Cette explication vous convient-elle, très chère ?
Minerva hoqueta, soudain très pâle et hocha la tête. D'un mouvement souple, elle invoqua son Patronus et le chat se faufila vers l'infirmerie de Poudlard pour revenir un bon quart d'heure plus tard accompagné de la médicomage qui soufflait aussi fort que le Poudlard Express. L'Animagus lui expliqua brièvement la situation, épargnant par cela à son sombre collègue de s'en charger. Ce dernier était retourné vers la cheminée et avait repris la dégustation de son whisky qu'il reposa doucement pour se tourner vers la nouvelle arrivante. Poppy s'approcha doucement de lui, le regard franc, et se contenta de hocher la tête en laissant glisser sa main le long de son avant-bras lorsqu'elle passa en silence devant lui pour disparaître dans la chambre. Non sans avoir jeté un dernier regard à Snape, Drago la suivit et Minerva ferma la marche.
Une fois certain que la porte était refermée, Snape se tourna vers Camille qui attendait simplement ses ordres, debout à côté d'une Hermione plus pâle que jamais. Sans un mot, le sorcier déplaça le fauteuil métamorphosé en lit depuis plusieurs jours afin qu'il ne soit plus qu'à une vingtaine de centimètres de celui de la jeune femme. Il l'aligna près du sien et se tourna vers son "assistante".
- Lady Malefoy. Camille. Entendez-moi sous le nom que vous préférez. La seule chose qui m'importe est que mes ordres, oui, je dis bien "ordres" soient respectés à la lettre. Je vais boire cette potion et jeter un sort premièrement sur elle, ensuite sur moi. Lorsque je serai inanimé, vous prendrez nos deux baguettes et les poserez au sol entre nous deux, de façon parallèle. Ensuite vous reculerez et ne direz ni ne ferez plus rien. Quoi que vous voyiez ou que vous entendiez, cris, hurlements, convulsions, menaces, suppliques... n'intervenez pas ! Veillez seulement à ce que nous soyons l'un comme l'autre vivants. Vous n'aurez le droit d'appeler Poppy que si l'un ou l'autre ne réagit plus, ne respire plus ou revient à lui. Suis-je bien clair, Camille ?
- Limpide, Monsieur.
Il hocha la tête, satisfait de la réponse de la jeune femme avant de se tourner vers Hermione. Il sortit une fiole de sa poche intérieure et prit sur lui avant de lever le sort qui maintenait la jeune femme dans un profond coma. Les résultats ne se firent pas attendre et elle sa cambre comme sous l'effet d'un Doloris particulièrement vicieux. Mais la vigueur n'y était plus. Elle ne réagissait plus que comme une pauvre poupée désarticulée qui avait été bien trop malmenée et qu'il était temps de jeter. Sans hésiter une seconde de plus, Snape s'empressa de laisser tomber une certaine quantité de la potion dans la gorge de la jeune femme qui en avala une partie mais en recracha suffisamment pour qu'il estime nécessaire de lui en faire boire de nouveau. Une fois satisfait, Snape but la quatité restante de la fiole et se saisit de sa baguette pour la diriger vers le corps disloqué près de lui.
- Hominium Liberare, Slavuum Liberare, Protego Æternam
Chaque parole libéra un fil d'or qui se dirigea vers la jeune femme. La réaction fut immédiate et les convulsions cessèrent dans l'instant. Plus pâle que jamais, le Maître des Potions s'allongea sur le lit adjacent et jeta le même sort sur lui-même avant de sombrer dans les ténèbres.
Les avertissements de Snape avaient été en deçà de tout. A peine sa baguette qu'il avait laissé tomber avait-elle touché le sol que les deux corps convulsèrent. Camille réagit aussi vite que possible et posa la baguette de la Gryffondor à côté de celle du Serpentard avant de se reculer pour échapper au souffle tourbillonnant qui commençait à envelopper les deux sorciers. Une aura or et argent s'éleva de leur poitrine pour fusionner en un dôme scintillant occultant les hurlements qui avaient commencé de retentir. Terrorisée, la jeune femme ne pouvait cependant détourner son regard de cet instant unique qui se déroulait devant elle. Le dôme prit une apparence solide et quelques secondes plus tard, des arabesques bleues s'échappèrent du corps de Snape pour l'envelopper tandis que les mêmes arabesques mais pourpres enveloppaient le corps d'Hermione. Subjuguée, Camille vit les deux volutes s'élever lentement des corps pour se rapprocher l'une de l'autre. Timidement, elle se frôlèrent, se touchèrent, s'éloignèrent l'une de l'autre, comme effrayées. Les volutes ressemblaient à cet instant à deux animaux timides, extraordinairement beaux, souples mais également audacieux.
-Par Merlin... Ce sont leur magie...
Camille avait vu juste et elle sourit lorsque la magie de la jeune femme se rapprocha furtivement de celle du sorcier qui était la plus fuyante. Les deux corps avaient cessé de convulser et ils semblaient... paisibles ? Une arabesque pourpre plus téméraire que les autres s'aventura vers la magie bleue à proximité et la frôla avant de s'enrouler autour d'elle. Camille n'aurait pu dire si elle se faisait des idées mais il lui avait semblé voir le corps du sorcier frémir à travers le dôme scintillant lorsque la magie de la jeune femme avait capté la sienne.
A partir de cet instant, Camille assista à un spectacle qu'aucun sorcier avant elle n'avait jamais vu. Du moment où les volutes pourpres s'étaient mis en tête de conquérir leurs vis-à-vis, un véritable ballet s'enchaîna. Les deux magies s'approchèrent et dansèrent littéralement, se fondant l'une en l'autre et faisant disparaître les corps aux yeux de la jeune femme émerveillée. Les arabesque se mêlaient les unes aux autres, s'écartant de temps à autre pour mieux se fondre à nouveau, tourbillonnant dans un subtil mélange de couleurs où l'on pouvait toujours distinguer par moment les magies originelles. De seconde en seconde, le ballet se fit plus dense, plus intense, plus subtil aussi, ralentissant la cadence comme pour mieux s'apprécier pour repartir ensuite dans un maelström de couleur de et vie.
L'instant s'étira en heure et lorsqu'enfin les magies se calmèrent, comme épuisées et fondues l'une en l'autre, elles se séparèrent de nouveau et, comme à regret, rejoignirent leur corps respectifs, non sans emporter avec elles quelques arabesques de l'autre. Le calme revenu, le dôme se fissura lentement et explosa en scintillement avant de disparaître à son tour.
Il fallut à Camille tout son sang-froid pour s'ébrouer et appeler Poppy qui accourut dans l'instant. La médicomage s'affaira auprès des deux sorciers encore inanimés et se retourna enfin vers eux, un sourire éblouissant sur le visage.
- Ils sont épuisés mais en vie.
Camille s'aperçut alors que Drago avait passé son bras autour de ses épaules et la soutenait.
- Que s'est-il passé...?
Sa voix traînante la ramena à la réalité et elle hocha la tête, encore bouleversée de ce qu'elle avait vu.
- Je...Je ne sais pas. C'était...inimaginable...beau... puissant... Je... je pense qu'il va me falloir un peu de temps pour me remettre...
- Et beaucoup de repos, jeune fille ! Oust ! décida la médicomage qui avait apparemment pris la décision de s'occuper personnellement du repos de la jeune femme. Drago resserra imperceptiblement son étreinte.
- Merci Poppy mais je vais m'en occuper... Viens, Camille.
Poppy s'arrêta et sourit avant se planter littéralement devant eux.
- D'accord, Lord Malefoy, à UNE condition. REPOS pour la jeune dame. Je ne veux pas voir le bout de son adorable nez avant la fin de la semaine MINIMUM ! Autrement, je prendrai la liberté de l'accueillir à l'infirmerie autant de temps que je le jugerai nécessaire pour qu'elle retrouve la forme. Et il est inutile de me jeter ce regard, jeune homme, j'en ai maté de pires que vous, y compris la tête d'hippogriffe allongée là-bas !
Drago se contenta de hocher la tête et prit la main de son épouse pour fuir efficacement la médicomage qui avait, de son point de vue, de sérieux traits communs avec Molly Weasley.
Minerva se tourna vers sa vieille amie en attendant des réponses.
- Je en peux rien te dire, Minerva, se contenta de soupirer Poppy. Je vais veiller sur eux le temps qu'ils se réveillent. Miss Granger est tirée d'affaire, c'est tout ce que je peux vous affirmer pour le moment. Severus a réussi, une fois de plus. Dire que je pensais qu'il ne m'étonnerait plus jamais.
- Il a passé sa vie à cela. Et même au-delà, répondit l'Animagus un brin sarcastique. Le temps des réponses n'est pas encore venu mais il nous en doit quelques unes cependant.
- Hors de question de lui mettre le grappin dessus avant une semaine, Minerva ! grinça la médicomage.
- Ne joue pas la mère poule, Poppy. Il ne t'en laissera de toute façon pas l'occasion.
- Je le sais. Mais je l'ai toujours protégé et continuerai de le faire. Même malgré lui.
Minerva regarda son amie dont le regard franc réaffirmait sa volonté et sourit. Oui, elle ne l'avait jamais abandonné et elle était peut-être même la seule a toujours avoir cru en lui. La Directrice posa la main sur l'épaule de la médicomage et la salua avant de sortir.
Une fois seule, la vieille femme soupira et s'approcha de nouveau de ses deux protégés. Son cœur se serra une nouvelle fois avant de s'emballer. Elle s'approcha du sorcier et doucement releva sa manche gauche pour vérifier ce qu'elle avait entraperçut en l'examinant la première fois.
Elle sourit et des larmes d'émotions perlèrent à ses yeux.
