Lorsque Severus reparut dans le salon quelques instants plus tard, vêtu d'une simple chemise blanche cintrée et d'un pantalon à pinces noir, Poppy avait disparu et un plateau repas suffisant pour nourrir une famille de trois Ron Weasley était posé sur la table basse. Hermione avait commencé à goûter quelques en-cas en attendant la salle de bains et mordait à cet instant dans une tartine copieusement tartinée de caviar d'aubergine. Snape haussa un sourcil étonné : les elfes semblaient avoir mis les petits plats dans les grands.
Il se dirigea vers la table et jeta un regard circonspect à la sorcière.
- Si vous avez une remarque, Professeur, dites-la plutôt que d'essayer de me faire parler avec votre regard, lui jeta la jeune femme en se tartinant un autre morceau de pain sans le regarder.
Il hocha la tête, surpris de son mordant qui ne lui ressemblait pas.
- Je voulais savoir, Miss... Votre blessure... Comment va-t-elle ?
Hermione le regarda franchement, étonnée.
- Ma blessure...? Oh ! Celle-là, dit-elle en levant vers lui son bras toujours bandé. "C'est étrange, je ne la sens même pas. Remarquez, je ne vais pas m'en plaindre. C'est tellement rare qu'elle me laisse tranquille. Le sortilège doit encore agir sur elle et... Que faites vous ?
Snape lui avait saisit le bras et ôté d'un simple geste de baguette le bandage qui recouvrait la plaie maudite. Hermione hoqueta. Son bras était vierge de toute inscription et elle passa, émerveillée, la main sur sa peau reformée. Hermione leva son regard brouillé de larmes vers le sorcier.
- Comment...? Comment avez-vous su..?
Sans la lâcher des yeux, il déboutonna son poignet gauche et releva lentement sa manche avant de lui rendre son bras. La jeune femme baissa les yeux et frémit avant de timidement poser sa main sur l'espace autrefois souillé par la marque hideuse.
- Le sortilège...
- Oui Miss Granger. Et c'est un des aspects que je n'avais pas prévus.
Les yeux ambrés accrochèrent à nouveau les siens.
- Il va nous falloir parler de ce qui nous arrive.
- Et comment ? Ce sortilège n'a jamais été expérimenté avant vous et moi. Nous ne pouvons que noter les changements et s'y adapter. Sans compter que je doute que nous ayons le temps de nous lancer dans une étude comparative. Minerva, entre autres, va vouloir un compte rendu de ma résurrection et votre insupportable ami n'attendait que votre réveil pour revenir marcher sur mes plates-bandes.
- Mon insupportable ami..?
- Potter, encore et toujours Potter, Granger. C'est vrai que j'aurais dû préciser, il aurait bien pu s'agir de l'insupportable Weasley...
- Oh, Ron.
Le ton indifférent et déçu n'échappa pas à l'ancien espion qui, il n'aurait pu dire pourquoi, décida de creuser le sujet dès que l'occasion se présenterait.
- Donc Monsieur le Survivant a décidé de rappliquer ventre à terre. Et je vais devoir me plier, ou du moins faire semblant, à son interrogatoire.
- A quel sujet ? demanda la jeune femme.
- Nous connaissons les origines de celui qui vous jeté le sort, Granger.
- Magnus ?
- Vous l'avez vu ? demanda-t-il surpris.
- Non, entendu, juste avant de sombrer. Il a la même voix que sa mère...
Snape grimaça. Les explications allaient se corser.
- Avant que ce chez Potter en reparaisse, autant que je vous dise tout où nous en sommes. J'aime autant que vous l'entendiez de ma bouche plutôt que de celle de ce bon à rien...
Hermione croisa les bras, le regard interrogateur.
- Potter enquête sur la mort d'un gobelin et il a trouvé une lettre à l'attention de "Lord Prince"...
- Autrement dit vous-même...
- Comment savez-vous cela...? lui demanda-t-il surpris malgré tout.
Elle haussa les épaules.
- Le Prince de Sang-mêlé. Il faut s'appeler "Harry" en plus de "Potter" pour ne pas faire le rapprochement.
- Votre autre ami n'a pas trouvé non plus...Et il est un Sang-Pur.
- Foutaises ! Ron est encore plus borné qu'Harry ! Je me demande parfois comment il peut être aussi bon aux échecs et aussi lent à la comprenette ! cracha Hermione.
Snape haussa les sourcils devant tant de virulence. A priori, tout n'était pas aussi transparent qu'il l'aurait cru...
- Harry a bien pensé à moi, contrairement à ce que vous insinuez. Mais il a donc destitué Mr Weasley de l'enquête. Il avait, paraît-il, peur que celui-ci ne puisse pas se contrôler à la découverte de ma "résurrection".
- Et pour une fois, Harry a bien fait. Ron est trop obtus pour ne serait-ce qu'entendre votre nom, et croyez-moi j'en sais quelque chose... Ceci dit, je pense que vous ne vouliez pas uniquement vous étendre sur le QI de veracrasse de Ron ?
Un mince sourire étira les lèvres du maître des Potions, vite effacé par l'idée ce qu'il allait lui révéler.
- Aussi satisfaisant que soit ce sujet et le fait que vous soyez d'accord avec moi dessus, je me dois de reconnaître que, pour une fois, vous avez raison. Le gobelin m'annonçait dans ce parchemin qu'un jeune sorcier, Magnus, était venu pour demander une reconnaissance de sang et que le résultat lui semblait être assez dangereux pour mettre ses affaires en ordre.
- Le résultat de cette reconnaissance ?
- Magnus est le fils de Bellatrix...
Un silence se fit.
- Et...? Vous ne croyez tout de même pas que c'est une révélation? "Attendez", dit-elle songeuse. "Quel est son nom...?"
- Magnus Tom Black Snape.
- Merde...
- Comme vous dites.
- Bella aura été tordue jusqu'au bout...
Severus la regarda en essayant de masquer son étonnement.
- Tiens donc... Vous ne me demandez pas comment, ou quand...
- Vous me prenez vraiment pour une idiote ? le coupa-t-elle. Je sais comment cette bonne femme peut être tordue, vous pensez un seul instant que j'aurais pu croire que vous... et elle... Rien que d'y penser, j'ai la nausée ! éructa-t-elle. "Quant à "Tom", nul besoin de savoir de qui ça vient... Merlin, mais qu'est-ce qu'elle a encore inventée ? Sans compter qu'elle a forcément fait autre chose, n'est-ce-pas ? Magnus ne peut pas avoir l'âge qu'il a l'air d'avoir, si ?
Snape se contentait de suivre le cheminement de sa pensée, et un étrange sentiment de satisfaction l'envahissait de la voir si intuitive.
- Donc, si je résume. Magnus est le fils génétique de Bella et... vous, désolée de le dire. Tom, LE Tom est intervenu quelque part dans la conception monstrueuse de cette "chose"...Mais il me manque des données... ajouta-t-elle en se tournant vers lui, l'air interrogateur.
Il la laissa mijoter quelques instants puis répliqua doucement.
- Ouvrez bien vos oreilles, Miss, je en le dirai qu'une seule fois : vous m'avez bluffé. Ceci étant miraculeusement dit, oui, il vous manque des données : Magnus Hominium. Bellatrix a, Merlin sait comment, obtenu ce dont elle avait besoin de moi, et Tom a donné sa magie pour faire grandir de façon hors normes ce monstre. Magnus est une aberration de la nature et de la magie. Tel que vous le voyez, il n'existe pas depuis plus de cinq ans...
Hermione ravala difficilement la bile qui lui montait à la gorge.
- Et il sais désormais que vous êtes en vie...
- Bonne réponse, encore une fois. Ça devient lassant, Miss Granger. Mais dotes-moi donc comment vous savez cela, aussi.
- La reconnaissance de sang a ceci de simple qu'elle révèle en rouge le nom des vivants. Votre nom est forcément apparu en rouge. Je ne sais pas quelle relation vous aviez avec ce gobelin mais il vous tenait en assez haute estime pour vous prévenir du danger qui vous guette.
- Mais aujourd'hui Magnus est en fuite. Potter ne pourra pas garder bien longtemps le secret de ma résurrection. Vous êtes en danger de mort et moi également.
- Rien de bien nouveau en somme, plaisanta-t-elle. Tant mieux, je commençais à m'ennuyer. Et puis, ce n'est pas comme si j'allais être seule, non ? Après tout, nous sommes dans la même galère ? sourit-elle espièglement.
Un grognement lui répondit qui la fit sourire de plus belle. Elle termina sa tartine et se lécha les doigts sur lesquels restaient quelques résidus de confiture lorsqu'un grondement lui fit relever les yeux, un doigt dans la bouche. Le regard de feu qui la fixait la fit rougir et, marmonnant une excuse, elle se faufila jusque dans la salle de bain ou elle referma la porte précipitamment. Snape soupira. La voir devant lui, taquine puis se lécher consciencieusement les doigts avaient failli lui faire perdre la tête. Depuis quand exactement n'était-il plus maître de ses émotions ? Il allait devoir remédier à ça, et rapidement. Hors de question de virer Poufsouffle et encore moins avec une bande de fous à ses trousses.
Hermione mit certainement plus de temps que nécessaire pour prendre une bonne douche. Lorsqu'elle sortit de la salle de bains, cependant, elle affichait un visage serein et se dirigea à nouveau vers le plateau pour se servir une tasse de thé fumant. Un certain malaise planait dans la pièce, que ni l'un ni l'autre ne savait comment briser. Hermione soupira. Après tout, n'était-elle pas la Gryffondor des deux ? Elle décida de faire honneur à sa maison, quitte à se faire rabrouer, encore une fois.
- Severus ?
- Depuis quand vous ai-je autorisé à m'appeler par mon prénom, Granger ?
- Cela ne vous gênait pas outre mesure il y a deux jours...
- Il y a deux jours, vous étiez aux portes de la mort, Miss Granger... et je devais faire tout mon possible pour retenir votre attention.
- Donc vous avez utilisé mon prénom...et j'ai utilisé le vôtre.
- Parfaitement. Maintenant que vous et moi sommes revenus dans la vie normale, reprenons des rapports normaux, renifla Snape en toute mauvaise foi.
- Normaux...? Votre prénom est normal comme l'est le mien, il me semble.. A moins que vous ne l'ayez déjà oublié..? lança Hermione.
Un regard noir la cloua sur place, auquel elle répondit d'un simple sourcil relevé.
- Inutile de me faire ce regard, Severus, je ne vous crains plus, si tant est que je l'ai déjà fait. Mais puisque vous insistez, je me contenterai jusqu'à nouvel ordre de vous appeler "Professeur", susurra-t-elle.
Si Snape avait su rougir, nul doute qu'il l'aurait fait. Cette appellation mais surtout la manière dont elle venait de le dire... Merlin ! Elle allait le rendre fou ! Et cette petite garce en était tout à fait consciente, s'il en croyait son sourire audacieux. Il pesait le pour et le contre : la laisser utiliser son prénom, au risque de la voix progresser dans une relation dont il ne voulait pas ou alors qu'elle utilise ce qualificatif sur ce ton... C'était, de son point de vue, devoir choisir entre la peste et le choléra.
Il n'eut pas le temps de choisir que le Patronus de Minerva se manifesta, demandant l'accès aux appartements d'Hermione, accès qui lui fut accordé dans l'instant. La sorcière entra, suivie de Drago, Camille et Poppy et Severus soupira une énième fois. La journée allait être longue. Nul doute que ses deux anciennes collègues allaient attendre des explications par le menu du comment et du pourquoi de sa "résurrection". Un coup d'œil en direction d'Hermione lui fit savoir qu'elle acceptait de voler à son secours bien qu'une petite voix intérieure ne lui susurre que ce ne serait certainement pas gratuit. Qu'importe, tout plutôt que de s'étendre sur sa vie privée et ô combien tranquille de ces deux dernières années.
Une bonne heure et quelques ellipses dans la discussion plus tard, Minerva et Poppy étaient, semble-t-il satisfaite de l'exposé plus ou moins succinct que leur avaient fait Hermione et Severus, enfin surtout Hermione si l'on voulait être honnête. La participation du sorcier s'était borné à trois mots, quelques grognements et un nombre incalculable de regards tueurs. Les deux principales omissions avaient été son statut toujours actuel de Directeur de Poudlard et la disparition de la Marque des Ténèbres, l'un par décision tactique, l'autre pour son aspect intime.
Leur discours terminé, Poppy sembla se plonger dans une réflexion qui lui était inhabituelle, tout en jetant de fréquents coups d'œil à Hermione et Camille. Enfin, elle ouvrit la bouche puis sembla se raviser avant de tenter de se lancer une nouvelle fois.
- Merlin, Poppy ! Parlez ou fermez la bouche ! Je vous ai connue plus loquace !
La voix cinglante de Snape sembla lui donner la part de courage qui lui manquait et elle se lança.
- Miss Granger, vous avez parlé d'une Potion de Liberté. A quel stade de son élaboration en êtes-vous, justement ?
Hermione jeta un regard à Snape qui répondit à sa place.
- Miss Granger avait quasiment terminé l'élaboration lorsque je me suis penché dessus. Il ne manquait qu'un détail mais je pense pouvoir affirmer qu'elle est prête. Qu'avez-vous en tête, Poppy ?
- Eh bien... Je pense que le nombre de personnes susceptibles d'en avoir besoin ne manque pas mais j'aimerais auparavant la tester.
- Vous voulez un cobaye, en somme ? lâcha Snape.
- Oui, mais je sais à qui je veux demander, surtout, répondit Poppy avec assurance. "Enfin, si cette personne et ses proches sont d'accord, bien sûr" ajouta-t-elle.
Un silence se fit et Hermione entendit la voix de Drago résonner.
- Si Camille est d'accord, j'en serais plus qu'heureux, souffla-t-il.
Poppy hocha la tête avant de se tourner vers l'épouse Malefoy.
- Camille ? Voudriez-vous être la première à bénéficier de cette Potion ? Je sais qu'elle n'a jamais été expérimentée et que je vous demande une confiance absolue mais vous ne pourriez trouver meilleurs brasseurs de potions que les deux sorciers qui se sont penchés sur cette merveille.
- Que puis-je en espérer...? demanda la jeune femme indécise.
- Une réparation totale de votre corps, Lady Malefoy, précisa Snape. L'intégralité de votre esprit sera préservé mais le traumatisme que vous avez subi disparaîtra et ce que votre corps a subi également.
- Merlin... Drago...
La jeune femme était soufflé et des larmes brillaient dans ses yeux tandis que Drago lui serrait la main entre les siennes. Un espoir fou s'était allumé dans ses yeux. Grâce à cette potion, grâce à son parrain, grâce à cette si brillante Miss Je-Sais-Tout, peut-être, peut-être avait-il une chance, infime et minuscule mais une chance tout de même, de ne pas être le dernier des Malefoy.
