Harry tournait en rond comme un lion en cage. La situation était sur le point de lui échapper et il détestait cela. Comme il aurait dû s'en douter, Ron n'avait absolument pas lâché l'affaire et s'était empressé de demander à son père s'il savait quelque chose sur un certain "Lord Prince". Très étonné, Arthur lui avait confié qu'il pensait la branche éteinte depuis un certain temps mais qu'il allait creuser du côté des archives du Département des Mystère. S'il restait un descendant de cette branche, et quelle que soit sa volonté de se cacher, son nom y serait inscrit sur le parchemin de sa Famille. Les familles de Sang Pur étaient en trop grande voie d'extinction pour que l'une d'entre elles ne puisse s'effacer impunément.

Ron avait bien sûr fait son rapport à Harry, trop fier de lui montrer qu'il avait son utilité pleine et entière dans cette affaire dont il se faisait évincer sans raisons. Et Harry attendait le souffle du boulet qui allait forcément lui tomber dessus. Pas que la résurrection de Snape lui fasse tellement plaisir, ce type avait été un sacré bâtard durant toute sa scolarité. Mais il n'avait pas non plus mérité toute sa chienne de vie... pas plus qu'il ne méritait la colère inévitable de Ron Weasley. Et si Harry avait réussi (avec beaucoup d'aide et de chance, il devait le reconnaître) à vaincre Voldemort, il n'était pas du tout certain de venir à bout de son ami.

Harry releva la tête lorsque la porte de son bureau s'ouvrit en trombe. Typique. Le vent du boulet arrivait donc enfin. Un Ron Weasley furibard et cramoisi surgit dans son bureau et claqua la porte d'un violent geste de la main.

- PUTAIN HARRY ! C'EST LUI !

- Je sais.

La ton morne arrêta Ron dans son élan et il regarda celui qu'il considérait comme son meilleur ami comme s'il n'était pas certain d'avoir bien entendu.

- Qu..quoi ?

- Oui, Ron, tu as bien entendu, je SAIS qui est Lord Prince... expliqua Harry dont l'énervement commençait à se faire sentir. "Et c'est justement parce que je me doutais de son identité que j'ai voulu te désister de l'affaire. Non, tais-toi pour une fois, Ron ! Tu est incapable de partialité avec cet homme !"

- Putain mais Harry ! C'est lui ! C'est ce satané bâtard graisseux qui a fait de notre vie un enfer !

- NON Ron ! C'est Voldemort qui a fait de notre vie un enfer ! Et de la sienne également, si je puis me permettre. Il serait peut-être temps de grandir et de mûrir un peu ! Avec le temps que tu l'as fréquentée, j'aurais cru que tu aurais un peu appris de Hermione, par Merlin !

Un sourire mauvais étira les lèvres du rouquin.

- Alors c'est elle... C'est avec elle que tu l'as trouvé, avoue-le ! C'est pour ça qu'elle le défendait bec et ongles lors de son procès ! Elle sortait avec moi mais dans mon dos, elle s'envoyait en l'air avec un Mangemort ! C'est pour ça qu'elle n'a jamais voulu aller plus loin, n'est-ce-pas ? Et toi ? Tu étais au courant ? PUTAIN MAIS PARLE, HARRY !

- NON ! T'ES CON OU TU LE FAIS EXPRÈS, RON ? IL N'EST REPARU QU'AU DÉBUT DE L'ANNÉE !

- Oh, parce que toi aussi tu te mets de son côté maintenant ?

Le ton doucereux et dégoulinant de mépris arrêta net les hurlements de l'Auror. Il regardait son ami comme s'il le découvrait de nouveau. La haine déformait ses traits autrefois jovials. Ses yeux n'étaient plus que deux billes d'acier bleu gris.

- Hermione m'a giflé et est partie le rejoindre le jour où je lui ai dit ce que je pensais de ce procès à la con. Il a été Mangemort, il aurait dû mourir. Point final. Et cette greluche a préféré gaspiller son temps et son talent à le sauver cette nuit-là. Pendant ce temps, Fred est mort. Lupin est mort. Tonks est morte. Lavande est morte. Hagrid est mort. Pendant que la soi-disant plus brillante sorcière de sa génération pleurait sur le demi-cadavre d'un Mangemort. Je n'oublierai pas Harry. Je ne peux pas oublier. Et compte sur moi pour achever ce qui aurait dû être fait cette nuit-la.

Harry n'eut pas le temps de réagir que Ron l'avait stupéfixé et qu'il tombait de tout son long sur le sol.

- Je n'ai rien contre toi, vieux. Enfin, presque rien. Et je préfère partir avant de t'en vouloir vraiment. Hermione a sérieusement déconné depuis cette nuit-là et je pense sincèrement qu'elle n'a plus toute sa tête. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour la soutirer de l'emprise de ce bâtard. Tu as ma démission, vieux. Ne me cherche pas, tu perdrais ton temps. Nous ne sommes plus des gosses, tu viens de le dire. Et si tu te mets en travers de mon chemin, je serai obligé de t'écarter.

Ron sortit son badge d'Auror de sa poche et l'admira un instant à la lumière du jour, une lueur de regret dans le regard.

- J'aurais tellement voulu que tout ceci tourne autrement. Tu sais, frère, j'imaginais pas mon avenir comme ça. Mais je sais qu'un jour vous me remercierez tous les deux. Le monde sorcier me remerciera d'avoir débarrassé la terre d'une énième pourriture.

Ron sourit d'un air presque doux et regarda de nouveau son ami inerte à terre dont les yeux le suppliaient.

- Tu seras fier de moi, Harry. Maman sera fière de moi aussi, pour une fois.

Des larmes commençaient à perler à ses yeux, qu'il essuya d'un air rageur.

- Adieu vieux frère.

Sans plus un mot, Ron posa son badge sur la poitrine d'Harry allongé au sol et sortit du bureau, non sans jeter un nombre impressionnants de sortilèges de fermeture. Harry soupira. Le boulet était bien pire que ce qu'il avait imaginé.

Le jeune homme transplana sans presque un bruit dans la lande. Le vent qui soufflait en rafales faisaient voler ses longues mèches bouclées jusque devant ses yeux et il les ramena en arrière d'un geste négligent. Il franchit les grilles de l'imposant manoir qui s'offrait à sa vue sans crainte d'être aperçut de quiconque. Pour n'importe quel moldu qui passait, il ne se dirigeait que vers une ruine de berger comme il en existait des multitudes dans la région. Les nuages bas et sombres laissaient envisager une pluie prochaine. Des trombes d'eau, plus précisément et l'humidité ambiante rafraîchissait encore l'atmosphère. Le sorcier hâta le pas vers le manoir et apposa sa main sur la porte d'entrée qui s'ouvrit d'elle-même.

Il entra et ôta sa cape qu'un elfe de maison tremblant recueillit avant de disparaître, trop heureux de s'en tirer à si bon compte. Le jeune homme laissa son regard errer autour de lui, embrassant le hall d'entrée sombre et sans artifices. Ils n'avaient pas encore eu le temps ni l'opportunité de s'occuper de leur confort. Les évènements s'étaient bousculés et ils avaient d'autres priorités. Lui était ici présentement pour faire son rapport et il sourit légèrement au vu des nouvelles qu'il lui apportait. Elle serait fière de lui.

Il suivit un couloir éclairé par quelques torches et franchit la porte d'un grand salon qui semblait autrefois luxueux. De sa splendeur en restaient plus que des vestiges : un lustre de cristal recouvert de poussière, des tentures de brocard élimées et, sur une estrade, un fauteuil de maître, un trône peut-être, en ce moment occupé par une femme qui parlait avec son bras droit. Pour quiconque l'aurait vue, ses longs cheveux noirs et bouclés ne laissaient aucun doute sur la parenté qui la liait avec le jeune sorcier. Elle aurait pu être belle si, sur son visage blafard, la folie n'avait pas laissé d'irréversibles traces. Tantôt froids et calculateurs, tantôt éclairés par un horrible sourire de petite fille, ses yeux sombres laissaient passer les sentiments qui l'habitaient et rares étaient ceux qui pouvaient se vanter de les avoir vus de près et d'être encore en vie. A cette heure, elle parlait avec vivacité à un grand homme blond à l'allure aristocratique et ses gestes vifs répondaient aux murmures à peine audibles de son vis-à-vis.

Bellatrix tourna la tête lorsqu'il entra dans la pièce et un sourire dément éclaira son visage :

- Mon fils !

- Mère, répondit-il en s'inclinant.

- My Lord, le salua l'homme aux long cheveux blonds près de sa mère.

- Lord Malefoy, le salua-t-il à son tour.

- Quelles nouvelles, fils ? Dis-moi vite, j'ai hâte ! s'écria la sorcière en battant des mains.

- Le traître est en vie et ce n'est plus qu'une question de jours avant que son existence ne soit révélée au monde. Il ne pourra plus se cacher. La Sang-de-Bourbe qui l'a sauvée a échappé à la malédiction, certainement de son fait.

- Votre intuition m'impressionne, très chère, murmura Lucius. "Comment avez-vous pu savoir qu'il la sauverait de cette malédiction somme toute inconnue ?"

- Parce que ce chien a vécu trop longtemps aux côtés de papi Albus... Il n'aurait pas pu laisser une ancienne élève mourir sous ses yeux, qui plus est celle à qui il doit la vie ! Ce traitre est trop prévisible, quoi qu'il en pense. Magnus ?

- Je vous écoute, mère.

- Voici mes ordres. Ils mourront tous les deux mais je ne veux pas qu'une seule goutte de leur sang coule hors de ce manoir. Nous leur feront payer au centuple la mort de notre Maître bine-aimé ! Quant à bébé Potter, nous lui feront savoir en temps utile lorsque son amie sera entre nos mains. Il accourra ventre à terre et ne se relèvera plus. Lucius ?

- Madame ?

- Prends Greyback avec toi et, par Morgane, soyez discrets ! Surveille bébé Potter, ricana-t-elle d'une voix hystérique. "Je veux tout savoir de ses faits et gestes. Et n'hésite pas à faire feu de tout bois. Tout ce qui n'est pas contre nous est pour nous."

- A vos ordre, Madame.

Lucius se recula et salua brièvement Magnus avant de sortir d'un pas altier. Le jeune homme se rapprocha de sa mère qui se leva pour venir à sa rencontre.

- Mon enfant. Ma force. Ma puissance adorée. Ton père aurait été fier de toi. Sa magie vit en toi et tu es tout ce qui me reste de sa présence. Lorsque le traitre sera mort, il sera vengé et nous pourrons à nous deux faire plier le monde ! exulta Bellatrix dans un rire dément.

Le sourire de Magnus était glacial.

- Promets moi une chose, mère, une seule.

- Tu es mon fils. Je ne peux rien te refuser.

- Je veux pouvoir jouer avec eux avant leur mort.

Les yeux de la sorcière brillèrent de convoitise.

- Nous jouerons ensemble, mon fils. Et je parviendrai à obtenir ce que même ton père n'a pu obtenir du traitre.

Un regard curieux l'enjoignit de continuer.

- Des suppliques... susurra-t-elle réjouie.