Bonjour, bonsoir !

On se retrouve ce dimanche pour un nouveau chapitre, qui, j'espère, vous plaira !

Merci pour vos retours sur le dernier chapitre :

Nedwige Stark : Voici la suite et peut-être une réponse à ta question ;)

Un grand merci de continuer à me suivre sur cette histoire qui touche bientôt à sa fin ! N'hésitez pas à jeter un coup d'œil à mes autres publications ^^

Bonne lecture !


Chapitre 62 : Les jours pourpres

Hermione avait la sensation de revivre ce qu'il s'était passé avec Astoria Greengrass. Pourquoi fallait-il que ces sœurs soient si problématiques ?! Elle était certaine qu'il s'agissait une nouvelle fois d'une attaque, que Daphné attentait à la vie de Drago ou essayait de lui soutirer quelque chose.

De toute manière, il ne pouvait pas en être autrement, n'est-ce pas ? Du moins, c'est ce dont elle tentait de se persuader. Le doute s'installait dans son cœur et elle luttait contre les larmes. Aucune année tranquille à Poudlard, ça, c'était certain.

La porte de l'appartement s'ouvrit avant même qu'elle n'ait le temps de la voir arriver. Les autres avaient été complètement silencieux, la suivant simplement lorsqu'elle s'était mise à courir jusqu'à l'appartement. Elle leur en était reconnaissante. Elle n'aurait probablement pas supporté leurs hypothèses ou leurs tentatives de réconfort, voire même les insultes de Ron.

Cette fois-ci, elle ne ressentait aucune gêne autour de son cœur, son état physique était tout à fait normal, et pourtant, cela ne faisait que l'inquiéter davantage. Une théorie se développait dans son esprit. Et si elle ressentait cette pression au cœur lorsque la vie de Drago était en danger ou qu'il était menacé ? Mais alors, pourquoi ne la ressentait-elle pas cette fois-ci ?

Cependant, toutes ses théories s'effondrèrent lorsqu'elle entra et chercha le regard de Drago. La culpabilité qu'elle y vit lui brisa le cœur. Il n'était pas ensorcelé cette fois. Il ne portait pas de haut, Daphné Greengrass se tenait derrière lui, l'air tout aussi coupable et elle sentit ses yeux se remplir de larmes.

Ce n'était pas possible. Elle n'arrivait pas à y croire. Il n'avait pas pu faire ça. Pas après tout ce qu'ils s'étaient dit la veille. Pas après tout ce qu'ils avaient vécu ces derniers mois.

Le regard de Drago était plein de remords, il s'excusait à travers ce regard qui pourtant détruisait son cœur à petit feu. Comment avait-il pu faire ça ? Après tout ce qu'ils avaient traversé tous les deux.

Elle n'entendit même pas les vaines paroles qu'il tenta de lui adresser, ni même les insultes que Ron lui cracha, ou encore les paroles pleines d'incompréhension de Théodore. Elle était déjà partie, des larmes dévalant ses joues. Et elle le ressentait. Ce froid autour de son cœur.

- Hermione ! Hermione, attends !

Elle continua de courir, ignorant la voix de Théodore. Elle avait besoin de sortir, de réaliser ce qu'elle venait de voir. Elle ne pouvait pas s'arrêter. Elle voulait partir loin de lui.

- Hermione !

- Quoi ?! cria-t-elle en se tournant finalement vers lui.

- Je suis désolé, dit-il avec sincérité en arrivant près d'elle, les sourcils froncés par l'inquiétude.

Elle eut un rire ironique entre ses larmes qui ne cessaient de couler. Toutes ses émotions se mêlaient. Elle était en colère, triste, épuisée, brisée. Elle ne savait plus où donner de la tête.

- Désolé ? répéta-t-elle dans un mélange de rires et de pleurs. C'est toi qui as tout fait pour qu'il se réconcilie avec elle !

Elle le regardait avec colère, mais aussi avec déception. Elle était tellement perdue qu'elle ne savait plus à qui en vouloir. Il ouvrit la bouche pour parler, mais elle secoua la tête pour lui faire comprendre que c'était inutile, avant de s'enfuir à nouveau.

oOo

Quelques heures étaient passées lorsque Hermione remonta enfin dans l'appartement. Elle s'était réfugiée dans les toilettes de Mimi Geignarde qui - heureusement pour elle - était absente à ce moment-là. Elle n'avait trouvé aucun autre endroit vide et n'avait pas eu la force de grimper jusqu'à la tour d'astronomie, d'autant qu'elle aurait pu y croiser Drago. Elle savait à quel point il aimait cet endroit.

Cette seule pensée lui donnait les larmes aux yeux.

Ainsi avait-elle opté pour les toilettes, qu'elle savait constamment vides. Elle n'y avait d'ailleurs pas été dérangée. Elle avait pu faire le point tranquillement, bien que le moment soit très difficile à passer.

Théodore s'était excusé, ce qui signifiait qu'il pensait aussi que Drago avait fauté. Et c'est cela qui avait convaincu Hermione. Théo ne se serait jamais excusé et aurait tenté de la faire revenir, s'il ne pensait pas lui aussi que Drago l'avait trompée. Ce constat avait brisé un peu plus Hermione.

Drago l'avait trompée. Elle l'avait trouvé allongé dans un fauteuil, serrant Daphné dans ses bras. Cependant, là encore elle aurait pu douter, mais le regard plein de culpabilité qu'il lui avait lancé ensuite avait su la convaincre. Il l'avait trompée. Il était allé voir ailleurs.

Elle n'arrivait pas à y croire, à réaliser. Comment avait-il pu lui dire qu'il l'aimait et la tromper le lendemain ? Avait-il menti ? Depuis tout ce temps ? Elle était pourtant certaine que ses recherches avaient abouti à quelque chose qui leur correspondait. N'étaient-ils pas des âmes sœurs ? Ou peut-être ne lui suffisait-elle pas ?

Elle s'en voulait. Sans savoir pourquoi, elle s'en voulait de ne pas avoir compris plus tôt, de ne pas avoir su que tout cela était trop beau pour être vrai. Il s'était moqué d'elle du début à la fin. Comment avait-elle pu croire un seul instant que Drago Malefoy voudrait d'elle ? Comment avait-elle pu croire qu'ils s'aimaient ?

Il y avait pourtant eu des indices. Daphné qui sortait du vestiaire de Serpentard, les escapades nocturnes du blond, ou encore la difficulté qu'il avait de lui parler de Daphné. Elle se sentait tellement bête de ne pas avoir compris plus tôt. Et si depuis le début de l'année, elle et lui se voyaient en cachette ? Et si depuis le début il avait voulu se servir d'elle ?

Le constat était bien trop violent. Hermione se sentait brisée. Elle ne pouvait pas concevoir tout cela, c'en était trop. Elle l'aimait, plus qu'elle n'avait jamais aimé quiconque, mais ce n'était pas réciproque. Et la chute était terrible.

Elle était en colère. Terriblement en colère. Contre elle-même de ne pas avoir compris, mais aussi contre lui, pour ce qu'il avait fait. Ainsi, lorsqu'elle remonta à l'appartement, qu'elle trouva vide, elle se précipita dans leur chambre, des larmes de colère dévalant ses joues.

À l'aide de quelques sorts, elle rassembla toutes les affaires de Drago et les fit léviter jusqu'à l'extérieur de la chambre. Elle débarrassa le placard de ses vêtements, sans arrêter une seule fois de pleurer, puis retira ses affaires de la salle de bains, avant d'enfin jeter ce qui traînait sur les autres meubles ou au sol.

Lorsqu'elle eut terminé, la chambre était méconnaissable, presque vide. Voir cela fit redoubler ses pleurs, c'était si vide, si différent. Elle avait fait vite, prit cette décision sur un coup de tête, mais désormais elle regrettait. Elle voulait tout remettre en place. Tout sonnait faux, c'était inconcevable pour elle.

Mais alors qu'elle allait remettre ses affaires, la porte d'entrée de l'appartement s'ouvrit soudainement. Elle leva la tête, les joues pleines de larmes et croisa le regard émeraude de son frère. Elle le vit perdre instantanément son sourire, avant qu'il ne se précipite vers elle. Le visage de Ginny, qui l'accompagnait, changea lui aussi drastiquement en voyant sa belle-sœur et l'état du séjour.

- Hermione, que se passe-t-il ?! s'exclama Harry en accourant vers elle.

Elle explosa une nouvelle fois en sanglot, tombant dans ses bras dès qu'il arriva à sa hauteur. L'inquiétude avait pris le dessus sur l'excitation. Harry et Ginny avaient à l'origine prévu d'annoncer à Hermione qu'elle serait la marraine de leur fils, mais leur joie avait vite disparu en la voyant dans un tel état.

Bien vite, Ginny rejoignit les deux autres Potter et posa une main sur le dos d'Hermione, tout en croisant le regard inquiet de son mari. Elle ne se calmait pas et continuait de pleurer inlassablement, sans donner aucune explication. Ils étaient tous les deux confus et inquiets. Qu'est-ce qui avait pu la mettre dans un tel état ?

L'appartement était vide de monde et personne ne pourrait leur indiquer quoi que ce soit. Seule Ginny, qui avait relevé la tête pour chercher des indices, comprit en voyant les affaires de Drago sorties, que cela avait peut-être un rapport avec lui. Et en effet, lorsqu'elle posa la question à Hermione, les pleurs de celle-ci ne firent que redoubler.

La rouquine comprit alors que Drago avait quelque chose à voir là-dedans, ne faisant que l'inquiéter davantage. Elle s'imaginait le pire. Ainsi, voyant qu'elle n'aurait de toute manière pas de réponse tant que Hermione ne serait pas calmée, elle proposa à Harry de la porter jusqu'à sa chambre, histoire qu'elle soit plus confortablement installée dans son lit.

Le brun acquiesça, pas rassuré pour un sou, avant de soulever sa sœur dans ses bras. Elle s'accrocha à lui comme à une bouée de sauvetage et le cœur d'Harry se serra encore davantage. Il s'inquiétait vraiment.

Ils entrèrent tous les trois dans la chambre et le jeune homme déposa Hermione sur son lit. Elle se roula aussitôt en boule et serra contre elle le seul t-shirt qu'elle avait gardé de Drago. Ses larmes commençaient à se tarir, mais son regard était perdu dans le vide. D'ailleurs, c'est ainsi qu'elle se sentait : vide.

- Hermione, que se passe-t-il ? demanda Harry une nouvelle fois en attrapant sa main.

Ses sourcils étaient froncés d'inquiétude et il leva une nouvelle fois les yeux vers Ginny - qui avait pris Hermione dans ses bras - comme si elle avait plus de réponses que lui.

Finalement, sa respiration et ses pleurs enfin calmés, Hermione décida de commencer son récit, en comprenant l'inquiétude des deux autres. Sa voix était rauque à cause de ses pleurs et encore tremblante, mais Harry et Ginny ne s'en formalisèrent pas.

En effet, le choc de la révélation qu'elle leur fit les empêcha même de le remarquer. Ginny avait plaqué une main sur sa bouche, abasourdie par la nouvelle. Harry, de son côté, n'avait pas réagi au départ, une simple colère froide s'était développée chez lui et il attendit la fin du récit de sa sœur pour exploser.

Il se leva vivement, dans un état de colère inimaginable, prêt à aller le trouver le blond pour refaire son nez d'aristocrate. Cependant, les paroles suppliantes d'Hermione pour le retenir réussirent à l'en empêcher et il se contenta de la serrer dans ses bras en répétant à quel point il était désolé pour elle.

De son côté, les larmes montèrent aux yeux de Ginny. Elle n'arrivait pas à imaginer qu'une telle chose soit arrivée. Elle avait placé sa confiance en Drago, en avait fait son témoin, s'était confiée plusieurs fois à lui concernant ses peurs. Lui-même s'était confié, elle n'arrivait pas à comprendre qu'il ait pu faire une telle chose. Pourtant, la façon dont Hermione avait raconté ce qu'il s'était passé avait déconstruit un à un ses doutes.

Elle semblait sûre d'elle et le fait qu'il ait l'air coupable changeait réellement la donne. Hermione leur avait expliqué à quel point il les avait tous trompés et s'était servi d'elle, pour elle ne savait quoi. Ginny n'eut même pas la force de l'arrêter lorsqu'elle la colère prit la place de la tristesse d'Hermione.

La jeune femme commença à déblatérer tout un tas d'horreurs à propos du blond, répétant qu'il s'était servi d'eux pour son image, qu'elle n'aurait jamais dû croire qu'il l'aimait, qu'il ne les méritait pas et que de toute manière, elle n'aurait jamais dû tomber amoureuse de lui.

- Il n'est qu'un fils de Mangemort, un Sang-Pur qui a essayé toute l'année de m'avoir dans sa poche et de se reconstruire une dignité ! Comment ai-je pu tomber dans son panneau ? C'est un Serpentard, j'aurai dû savoir à quoi m'attendre !

Harry et Ginny ne surent quoi dire. Ils se contentaient de l'écouter s'énerver jusqu'à s'abîmer les cordes vocales, sans arrêter de pleurer et crier. Ils étaient sans voix.

Cependant, le bruit d'un reniflement les fit tourner soudainement la tête vers la porte de la chambre.

Ginny croisa alors le regard gris de Drago, qui semblait avoir entendu tout ce qu'Hermione venait de dire. Il avait un sourire triste et ironique sur les lèvres, les yeux rouges de larmes et les poings serrés. Avant qu'elle n'ait la possibilité de dire quoi que ce soit, son mari s'était levé et fonçait vers le blond, alors que Hermione s'immobilisait sous le choc.

Harry avait dégainé sa baguette et poussa Drago à l'extérieur de la chambre en pointant sa baguette vers lui. La porte claqua, empêchant les deux jeunes femmes de savoir ce qu'il se passait derrière. Ginny tourna les yeux vers sa belle-sœur, mais celle-ci semblait partie dans de lointaines pensées. Son regard était vide.

- Ne bouge pas, je reviens, lui chuchota donc la rouquine, avant de se lever.

Elle sortit du lit - du moins, fit de son mieux pour se mettre debout - et avança à pas de loup jusqu'à la porte de la chambre. Elle posa son oreille dessus pour tenter d'écouter la conversation.

- Potter, je t'assure que je n'ai pas fait une telle chose !

- Tu mens, je le vois dans tes yeux, tout comme elle a vu à quel point tu te sentais coupable ! gronda la voix de Harry.

- Laisse-moi aller lui parler !

- Hors de question ! Je te conseille vraiment de ne pas remettre un seul pied ici, Malefoy, je t'assure que je n'hésiterai pas à te faire sortir de force sinon !

Il y eut alors un silence et Ginny s'inquiéta de savoir ce qu'il pouvait se passer. Elle rêvait de sortir de la chambre pour donner une bonne claque au blond, mais elle savait que ce n'était pas forcément une bonne idée. Il fallait qu'elle se préserve.

Elle dut attendre encore de longues secondes, avant de finalement entendre des pas s'éloigner et la porte du séjour claquer. Elle soupira de soulagement, puis se précipita vers Hermione à nouveau, tandis que Harry entrait dans la pièce en rangeant sa baguette.

Il semblait autant en colère qu'avant, si ce n'est plus, et Hermione n'avait toujours pas bougé, ce qui ne fit que redoubler l'inquiétude de la rouquine. Elle s'approcha donc d'elle et la serra dans ses bras, l'obligeant à quitter des yeux le point qu'elle fixait depuis de longues minutes maintenant.

Hermione sembla enfin réagir et serra son amie dans ses bras en retour, pleurant à nouveau. Cependant cette fois, la colère s'était évaporée pour ne laisser que tristesse.

- Tout ira bien, lui chuchota Ginny, le cœur serré par les pleurs de son amie.

oOo

Deux jours étaient passés. Deux jours de véritable torture pour tout le groupe d'amis.

L'ambiance était au plus bas. Peu de mots étaient échangés et le silence régnait chaque fois que Hermione ou Drago étaient dans les parages. Les regards que certains se lançaient étaient lourds et le groupe s'était divisé.

Ron, Neville et Harry avaient directement pris le parti de Hermione, ne cherchant pas une seule seconde à connaître les excuses du blond.

Ce dernier était soutenu par Pansy et Blaise, les deux seuls qui avaient accepté de l'écouter. Les deux seuls qui l'avaient cru.

Et enfin, Ginny et Théodore se retrouvaient partagés entre tout cela.

La rouquine était mitigée, n'arrivant pas à croire que Drago les ait tous trahis d'une telle façon. Elle n'avait pas voulu lui parler, ayant encore du mal à digérer ce qu'il s'était passé, mais prévoyait de le faire, surtout depuis que Pansy et Blaise avaient pris son parti. Bien qu'ils soient les amis de Drago, elle doutait qu'ils n'aient choisi de le défendre que par simple solidarité. D'ailleurs, c'était pour cette raison qu'elle n'avait pas donné tort au blond devant Hermione, elle avait encore des doutes et avait préféré ne pas se prononcer, sans arrêter de soutenir son amie pour autant.

De son côté, Théodore se retrouvait bien seul. Il n'avait pas non plus pris de parti, ne comprenant pas que Drago ait pu faire une telle chose. Hermione ne lui adressait plus la parole, persuadée qu'il avait joué un rôle dans toute cette histoire. Il ne voulait plus approcher Daphné, pas plus que Drago d'ailleurs. Blaise lui en voulait de ne pas croire leur ami, tout comme Pansy d'ailleurs. Il se retrouvait donc seul.

Ginny avait tenté de sympathiser plusieurs fois avec lui, mais ils n'avaient jamais été vraiment proches tous les deux et de toute manière, Théodore préférait éviter les moments de réunion en groupe.

Pour Drago, ces deux jours avaient été une torture.

Il avait tenté une vingtaine de fois d'aller voir Hermione, de tout lui expliquer, de s'excuser, de lui promettre que rien ne s'était passé entre lui et Daphné et que jamais une telle chose n'arriverait.

Cependant, elle ne lui en laissa pas l'occasion une seule fois. Harry et Ron l'avaient empêché d'entrer dans l'appartement des préfets-en-chef, alors même qu'il y avait bien plus sa place qu'eux, et Hermione s'était lancé un sort pour ne pas l'entendre - tout comme à Théodore - chaque fois qu'il l'approchait.

Il avait tout tenté, mais rien. Il n'avait rien pu lui dire.

La veille au soir, en sortant de son dîner à la Grande Salle, il avait essayé une nouvelle fois.

- Hermione ! S'il te plaît ! Laisse-moi t'expli…

Mais avant même qu'il n'ait terminé sa phrase, elle avait levé sa baguette et formulé un sort pour ne plus l'entendre. Il s'était alors arrêté au milieu du couloir, la mâchoire serrée et le cœur brisé.

De plus, les paroles qu'il avait entendues deux soirs plus tôt, les horreurs qu'elle avait dites à son sujet, lui avaient brisé le cœur plus que tout. Il n'arrivait pas à croire qu'ils en soient arrivés là. Daphné, Blaise et Pansy avaient tenté de le réconforter, de lui assurer que tout allait s'arranger, mais le blond était inconsolable.

Il était persuadé qu'Hermione ne le croirait jamais, pas plus qu'elle ne voudrait revenir vers lui, surtout après ce qu'elle avait dit à son sujet.

Il était morose, déjà prêt à baisser les bras, malgré les encouragements de ses amis. Ses tentatives d'approche avaient toutes échoué, le faisant clairement désespérer. En seulement deux jours, il était redevenu le Drago Malefoy complètement renfermé sur lui-même, presque muet, indifférent et froid. Il avait drastiquement changé.

Il dormait dans la Salle sur Demande depuis deux nuits, dans l'exacte même disposition que celle qu'Hermione avait choisie pour la Saint-Valentin. Au millimètre près. Il se trouvait pitoyable, arrivé au point de vouloir être proche d'elle d'une quelconque manière. Malgré tout, il l'avait fait et s'y était enfermé pendant ces deux nuits en réfléchissant à une façon d'aller se faire pardonner, d'aller tout lui expliquer.

Cependant, elle lui avait donné le coup de grâce le matin même, en demandant à Severus s'il était possible de changer de duo pour les prochains cours. Si leur parrain mutuel avait semblé complètement confus par cette demande, il n'avait pas posé plus de questions et s'était contenté d'accepter. Hermione l'avait remercié avant de s'asseoir face à Justin Finch-Fletchley.

Il était resté immobile pendant plusieurs minutes, avant que Pansy ne le presse à s'asseoir.

Il n'avait pas réussi à se concentrer pendant tout le cours, au point de faire pleurer d'horreur une élève de Serdaigle qui avait dû voir l'intérieur de son esprit, puisqu'il avait été incapabale de faire de l'Occlumancie. Puis ses amis l'avaient regardé avec pitié, et c'en avait été trop.

Il s'était esquivé de la salle de cours, à la fin de celui-ci, sans même répondre à son parrain qui lui avait pourtant demandé de rester à la fin de l'heure.

Pansy et Blaise n'avaient même pas tenté de le rattraper, et heureusement. Il n'était pas certain qu'il aurait pu être poli. Il n'arrivait pas à croire qu'elle ait demandé une telle chose. Alors c'était vraiment terminé ? Elle couperait les ponts à jamais ? Son cœur s'était brisé un peu plus à cette conclusion. Lui qui avait simplement voulu se réconcilier avec Daphné.

Drago déambulait donc dans les couloirs de Poudlard depuis quelques dizaines de minutes maintenant. Il n'avait aucune envie de retourner dans la Salle sur Demande, ni même d'aller déjeuner dans la Grande Salle et la pluie qui tombait dehors l'empêchait d'aller se réfugier dans son coin près du lac.

Ainsi, il se retrouvait à vagabonder dans les corridors de l'école, perdu dans ses pensées sombres et déprimantes. Son prochain cours n'aurait lieu que deux heures plus tard et il n'avait envie de rien faire d'autre pour attendre. Marcher lui semblait être un bon exercice.

Néanmoins, et malgré le fait qu'il emprunte des couloirs vides - principalement parce qu'il était l'heure du repas - il entendit soudainement des pas approcher dans sa direction. Il fronça les sourcils, sortant de ses pensées, et s'arrêta à mi-chemin du corridor, pour attendre la personne qui marchait vers lui.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il tomba sur Ronald Weasley, qui essayait de se faire discret, semblant chercher quelque chose, ou quelqu'un. Visiblement, pour la discrétion, il faudrait repasser et la mauvaise humeur de Drago ne jouerait pas en la faveur du rouquin.

- Tu t'es perdu, Weasmoche ? Ou alors essaies-tu de rejoindre l'une des filles que tu te tapes ? l'accosta-t-il d'un ton sarcastique et plutôt méprisant.

Ron, qui ne l'avait pas encore vu, tourna vivement la tête vers lui et son regard se chargea immédiatement de colère.

- Va te faire voir, Malefoy, gronda-t-il en serrant les poings. Qu'est-ce que tu fous là ? Est-ce que Zabini et Parkinson ont enfin compris que tu n'étais qu'un connard qui ne méritait pas leur amitié ? se moqua-t-il méchamment.

Le sourire moqueur de Drago s'effaça en un instant, laissant place à une colère froide. Si un regard pouvait tuer, nul doute que Ron serait déjà six pieds sous terre. En quelques secondes, leurs deux baguettes étaient dégainées et ils la pointaient l'un vers l'autre.

- Et toi, comment vis-tu le fait de devoir récupérer les filles qui voulaient se taper ton beau-frère, uniquement parce que tu t'es fait jeter par Granger ? Enfin, tu te rends compte que personne ne veut de toi ?

- Jeté par Hermione, tu dis ? répondit-il, rageur. Même si c'était le cas, je préfère largement ça, puisqu'au moins je sais que je méritais ce qu'il a pu se passer entre nous, contrairement à toi !

L'incantation d'un sort chatouillait les lèvres du blond. Il aurait voulu le mettre à terre, tant la colère coulait dans ses veines. Tout était sa faute. Si cet idiot n'était pas allé chercher Hermione pour lui raconter toutes ces idioties, jamais ils n'en seraient arrivés là.

- Va te faire foutre, Weasley, grogna-t-il alors qu'ils se tournaient autour, baguettes levées.

- Alors ça y est ? Tu te rends compte d'à quel point tu as merdé ? Tu comprends que tu n'aurais pas dû te servir d'elle et qu'elle vaut dix fois plus que toi ? sourit méchamment Ron.

Drago eut un rire ironique. Cette situation était tellement surréaliste, qu'il n'arrivait pas à croire que cela puisse arriver.

- Tu crois que je ne le sais pas ? demanda-t-il alors avec hargne. Tu crois que je ne sais pas qu'elle vaut bien mieux que moi ? Je…

- Évidemment qu'elle vaut mieux que toi ! s'exclama Ron en le coupant. Je suis visiblement le seul à avoir vu que tu n'avais pas changé, Malefoy. J'avais fait des efforts pour te supporter, parce que Hermione me l'avait demandé, mais maintenant, c'est terminé. Pas après tout ce que tu lui as fait.

- Mais je n'ai rien fait ! C'est bien ça que tu ne comprends pas, Weaslaid ! répliqua Drago avec colère. Tu es tellement aveuglé par ta jalousie, que tu ne vois pas l'évidence ! Jamais je n'aurai trompé Hermione, et jamais je ne ferai une telle chose !

- Menteur !

- Je le jurerai sur ma vie, si elle me le demandait. Ce n'est pas toi que j'essaie de convaincre, c'est elle. Le jour où elle acceptera enfin de m'écouter, je lui dirai. Je lui dirai que jamais je n'ai ne serait-ce que pensé à aller voir ailleurs. Même si elle ne me croit pas, même si elle pense que je me suis servi d'elle.

- Comment oses-tu mentir à ce point ? Je vous ai vu, toi et Greengrass ! Tout était un plan depuis le début, avoue-le !

- Un plan ?! Mais qu'est-ce que tu racontes ! Daphné et moi ne nous étions pas parlé depuis des mois ! Daphné est une amie, rien de plus !

- Une amie ? Tu prends tes amis dans tes bras, torse nu ? Ne te fous pas de moi, Malefoy.

- Torse nu ? fit-il avec confusion, avant de se souvenir qu'il n'avait effectivement pas de t-shirt ce soir-là. Par Salazar, Weasley ! Je sortais de la douche, je n'avais pas eu le temps de finir de m'habiller !

- Mais bien sûr! Tu as vraiment réponse à tout, n'est-ce pas ? Pourquoi est-ce que tu n'assumes pas simplement ce que tu as fait ? Es-tu lâche à ce point ?

La colère de Drago ne fit que s'amplifier en entendant les derniers mots du rouquin. Des petites étincelles s'échappaient de sa baguette, démontrant à quel point il voulait s'en servir. Le sourire de Ron ne faisait que s'agrandir, fier d'avoir réussi à toucher un point si sensible.

- Comment oses-tu me traîter de lâche ? Je trouve que tu as un culot monstre de te permettre une telle chose, quand on sait ce que tu as fait pendant la guerre, Weasley.

Le sourire de Ron s'effaça rapidement.

- Que croyais-tu ? Que ta fuite lors de la chasse aux Horcruxes passerait inaperçue ? Que Potter ou Hermione le garderaient pour eux à jamais ?

- La ferme, gronda Ron, les dents serrées et le regard noir.

- Alors, dis-moi, qui est le lâche dans l'histoire ?

Le sort s'échappa de la baguette de Ron avant même qu'il ne puisse l'empêcher. Un éclair blanc se dirigea tout droit vers Drago, qui pourtant l'arrêta de justesse avec un mouvement de baguette.

- Pas même capable d'assumer ses torts, pitoyable, fit le blond sans quitter des yeux son adversaire.

- Tu peux parler, j'aimerais t'y voir, face à Hermione, devoir lui raconter toute la vérité. A quel point tu t'es amusé avec Greengrass dans son dos, alors qu'elle était persuadée que tu l'aimais autant qu'elle semble t'aimer.

- Parce que c'est ce que tu penses ? Que je me suis "amusé" avec Daphnée ?

- C'est ce que nous pensons tous, que tu t'es servi d'Hermione pour redorer ton nom et accéder à une meilleure rédemption, comme le connard que tu es !

- C'est ce que j'ai cru comprendre, oui, répondit-il avec un rire mélangeant tristesse et sarcasme.

Il se souvenait parfaitement des paroles d'Hermione, qui lui avaient brisé le cœur, plus que tout.

- Encore une fois, tu te trompes lourdement, Weasley, reprit-il sans le lâcher des yeux. Décidément, tu as un don pour cela. Tu te trompes sur mes intentions, comme tu t'es trompé au sujet de Daphnée, d'autant plus lorsqu'on sait qu'elle n'est nullement attirée par les hommes. Mais tu as raison, j'ai trompé la personne que j'aime avec elle, fit-il avec ironie.

Il s'agissait probablement de la première fois qu'il disait haut et fort qu'il aimait Hermione, mais ce n'était pas étrange. Les mots avaient glissé naturellement sur sa langue. Il n'avait pas honte de le dire. Jamais.

Il vit Weasley serrer les dents et son regard se faire plus incertain, moins confiant.

- Tu mens, répéta-t-il une nouvelle fois, d'un ton moins sûr.

- À quel propos ? Celui de Daphnée, qui n'a couché qu'une seule fois avec un homme dans sa vie et qui court désormais après le plus de filles possible ? Ou bien du fait que je suis fou amoureux d'Hermione ?

- Comment oses-tu mentir à ce p…

- Par Salazar, Weasley, que veux-tu que je dise de plus ! s'emporta Drago en fronçant durement les sourcils. Jamais je ne tromperai Hermione, pas plus que je coucherai avec Greengrass ! Nous nous sommes simplement réconciliés ! Je ne portais pas mon putain de t-shirt parce qu'elle m'a surprise à la sortie de la douche ! Nous avons discuté pendant près de deux heures avant qu'enfin j'accepte ne serait-ce que de l'appeler par son prénom à nouveau ! Rends-toi compte de la connerie que tu as faite en allant raconter de telles inepties à Granger, alors même que Daphnée et moi n'avons fait que nous réconcilier ! Mais tu es content, n'est-ce pas ? Tu as foutu la merde, tu l'as montée contre moi et désormais elle me déteste et est malheureuse, mais tu as eu ce que tu voulais, non ? Je suis seul maintenant !

- Je n'ai jamais voulu ça ! se défendit Ron, en reculant d'un pas. Je ne veux pas qu'elle soit malheureuse, au contraire !

- Alors pourquoi t'obstines-tu à ne pas me croire ?! Avait-elle l'air malheureuse ces derniers mois, d'après toi ? Ne pas m'apprécier est une chose, mais la faire souffrir par simple esprit de vengeance, c'est de la pure bêtise !

- Je n'ai aucune preuve que tu ne mens pas ! s'entêta Ron, toujours la baguette pointée sur son interlocuteur.

- Non, en effet, tu n'en as aucune. Mais crois-tu que je serai là à essayer de te convaincre du contraire si j'avais menti tout le long ? Si j'avais simplement voulu redorer mon nom ? La société commence enfin à m'accepter, j'aurai déjà ce que je voulais si telles étaient mes intentions !

- Tu pourrais très bien en vouloir plus ! répliqua le rouquin, avec une mauvaise foi évidente.

Drago soupira. Il n'arrivait pas à croire que Weasley s'obstine autant.

- Tu sais tout autant que moi que c'est faux, répondit le blond, abandonnant presque la discussion. Tu as simplement trop de fierté pour l'admettre.

- Tu peux parler !

- En effet, je suis quelqu'un de fier et je ne m'en cache pas, cependant, quand il s'agit du bonheur de quelqu'un qui m'est proche, je fais l'effort de ravaler cette foutue fierté, contrairement à toi, Weasley.

Ce dernier serra les poings et la mâchoire, luttant mentalement pour choisir comment réagir.

- Elle a dit avoir vu de la culpabilité dans tes yeux, fit-il simplement, d'un ton bien moins agressif.

- Parce que je lui avais promis de la prévenir lorsque j'irai parler à Daphnée.

Ron chercha un potentiel mensonge dans le regard du blond, mais encore une fois, il n'en vit aucun. Bizarrement, il semblait sincère, ce qui le perturbait fortement. Toutes ses certitudes s'envolaient et Ron réalisait enfin à quel point Drago était attaché à Hermione. Il n'était pas jaloux, à vrai dire, il ne l'avait jamais été depuis sa séparation avec la jeune femme, cependant il ne parvenait pas à accepter qu'elle fréquente une personne telle que Malefoy.

Pourtant, la sincérité qu'il voyait dans les yeux gris de Drago détruisait une par une ses certitudes. Peut-être n'était-il pas celui qu'il pensait ? Peut-être que les autres avaient eu raison de dire qu'il avait changé ? Il se sentait idiot d'avoir mis autant de temps à le voir, alors même qu'il passait tant de temps avec lui.

Il soupira et baissa finalement sa baguette. Les épaules de Drago se détendirent à son geste et il rangea sa baguette à son tour, comprenant qu'il ne risquait plus de se prendre un sort cuisant en pleine tête. Il avait enfin réussi à le convaincre.

- Je te crois, soupira Ron.

- Merlin, merci ! ironisa Drago en levant les yeux au ciel.

- Ne pense pas que je t'apprécie pour autant, Malefoy ! le prévint-il ensuite.

- Je n'oserai point, Weaslaid, ce serait mal me connaître.

- Hum, je suppose que je peux faire un effort pour te supporter, cependant, marmonna-t-il en lui tendant une main, sans le regarder dans les yeux pour autant.

Drago haussa un sourcil, surpris par cet élan de réconciliation. Il voulait faire la paix ? Bien. Il ne cracherait pas sur cela, sachant très bien qu'il marquerait des points auprès d'Hermione si celle-ci voyait que Weasley et lui s'entendaient cordialement.

Il était étonné que le roux ait été aussi rapidement convaincu et qu'il fasse un pas vers lui, mais Drago songea qu'il souhaitait peut-être montrer quelque chose à Hermione lui aussi. Ainsi, il avança vers lui et serra sa main. Il n'aurait jamais pensé faire une telle chose.

- J'essaierai de lui parler, ajouta Ron en retirant sa main, qu'il rangea dans sa poche. Je ne suis pas sûre de réussir à la convaincre, mais tu as raison en disant qu'elle était heureuse avec… Toi. Même si je déteste avoir à l'admettre.

- Merci, Weasley. Je te revaudrai ça, répondit Drago avec un sourire en coin, amusé.

Le rouquin haussa négligemment les épaules. Drago hocha simplement la tête comme salut, avant de s'éloigner dans le couloir, les mains dans les poches. Ron le regarda faire, avant de soupirer en se passant une main dans les cheveux, marchant ensuite dans le sens inverse. Il n'aurait jamais cru que sa matinée se terminerait de cette façon.

oOo

Cinq jours supplémentaires étaient passés. Cinq jours qui s'étaient rapidement résumés en une descente aux enfers pour les deux anciens amants.

Ron avait tenté de plaider la cause de Drago plusieurs fois auprès d'Hermione, mais celle-ci n'avait rien voulu entendre. Chaque fois que le prénom de Drago était mentionné dans une conversation, elle s'éloignait ou poussait ses amis à changer de sujet.

Il s'agissait de la seule solution qu'elle avait trouvée pour moins souffrir. Du moins, elle tentait de s'en persuader. Elle ne voulait pas entendre parler de lui, l'ignorait complètement, tout comme Théodore à qui elle n'avait toujours pas adressé la parole. Il n'existait plus à ses yeux.

Cependant, elle ne pouvait ignorer l'horrible froid qui entourait son cœur depuis qu'elle l'ignorait. Elle se sentait triste constamment, elle n'avait plus envie de rire, elle ne souriait plus autant et surtout, il lui manquait.

Elle ne voulait pas l'admettre, mais Drago lui manquait terriblement. Elle rêvait de lui, s'imaginait se blottir contre lui, rire avec lui, elle imaginait sa voix qui lui lisait des poèmes avant de dormir. Et justement, elle ne dormait plus aussi bien. En seulement cinq jours.

Ses cauchemars avaient repris, les mêmes qu'elle faisait avant de commencer à partager son lit. Elle rêvait chaque nuit de la guerre, des morts qu'il y avait eu, de sa torture au manoir. Sans arrêt, au point d'appréhender l'heure du coucher tous les soirs. Elle ne voulait plus dormir et avait peur de devenir accro aux potions sans rêves, si d'aventure elle commençait à en prendre. C'était un calvaire.

Elle s'enfermait dans ses révisions, ne se laissait que peu de temps à passer avec ses amis et mangeait bien moins. Seulement une semaine était passée depuis qu'elle ne parlait plus au blond, et pourtant, cela avait suffi pour chambouler complètement sa vie.

Elle en voulait à tout le monde, constamment, persuadée qu'ils y étaient tous pour quelque chose. Elle s'était emportée plusieurs fois contre eux, incapable de contrôler ses émotions, qui se faisaient bien plus chaotiques depuis une semaine. Mais ils ne lui en voulaient pas, elle le savait, bien qu'elle se sente affreusement coupable.

Au contraire, ils étaient compréhensifs, ils connaissaient les raisons de ce chamboulement et tentaient de l'aider du mieux qu'ils le pouvaient.

Néanmoins, petit à petit, Harry, Neville et Ginny comprirent - principalement grâce aux dires de Ron - que toute cette situation ne rimait à rien. Pourtant, chaque fois qu'ils avaient tenté d'aborder le sujet avec leur amie, ils s'étaient retrouvés face à un mur.

Elle ne voulait rien entendre.

Ils avaient donc fini par abandonner, comprenant que seul le temps ferait évoluer les choses.

Drago aussi avait abandonné, en surprenant plus d'un, tous ayant pensé qu'il s'accrocherait jusqu'au bout. Mais non, le blond s'était résigné, persuadé qu'Hermione ne le pardonnerait jamais.

Pansy s'était emportée contre lui un soir, lui répétant qu'il était complètement idiot d'abandonner si vite, qu'une seule semaine était passée, qu'il fallait attendre, mais il n'avait pas écouté.

- Depuis quand baisses-tu si facilement les bras ? lui avait-elle dit sévèrement.

Têtu comme il l'était, il s'était simplement renfermé sur lui-même encore davantage, passant tous ses temps libres dans la Salle sur Demande, loupant même certains cours.

Cela lui avait d'ailleurs valu une lourde remontrance de son parrain qui, après le cours d'Occlumancie où Hermione avait demandé à changer de binôme, avait ordonné qu'il lui raconte ce qu'il se passait. Drago s'y était donc résigné, surprenant considérablement Severus. Ce dernier était tout aussi perdu que les amis du couple, ne comprenant pas que les choses aient pu si vite dérapé et pour une telle idiotie.

Lui aussi avait donc essayé de parler à sa filleule, mais comme il l'avait prévu, elle ne l'écouta pas plus.

Drago s'était donc éloigné de ses amis, ne passant que certains repas à leurs côtés, pour éviter au maximum de voir Hermione dans la Grande Salle. Après les paroles qu'elle avait eues à son propos, il était persuadé qu'elle souhaitait le voir le moins possible et préférait donc respecter cela. Il ne voulait pas empirer les choses. Certainement pas.

Il savait que leur groupe d'amis s'était réuni une ou deux fois pour discuter de la situation. Autrement, ils étaient toujours coupés en deux - ou du moins en trois : Pansy, Daphnée - ne faisant qu'aggraver la peine de Hermione - Charles et Blaise restaient avec Drago. Harry, Ron et Neville avec Hermione. Tandis que Ginny voyageait entre les deux groupes.

De son côté, Théodore se retrouvait toujours bien seul. Drago et Blaise ne l'avaient toujours pas pardonné d'avoir pris le parti d'Hermione au départ et de ne pas avoir cru les dires du blond. Il n'avait même pas osé revenir vers eux, malgré le fait que Ginny et Pansy l'aient encouragé à le faire. Avec cela, Hermione et lui ne s'étaient toujours pas parlé, la jeune femme étant encore en colère contre lui d'avoir fait se rapprocher Daphnée et Drago.

Un beau bazar.

Ce soir-là, Théodore se trouvait dans son lit, tentant inlassablement de lire quelques pages d'un nouveau livre de Médicomagie qu'il avait reçu par hibou le matin-même. C'était un pur échec.

Minuit était passé et il entendait ses amis festoyer dans la salle commune, l'empêchant de se concentrer. Il n'avait pas pu se résoudre à isoler le dortoir.

Ses yeux s'étaient remplis plusieurs fois de larmes en prenant conscience qu'ils passaient une soirée de plus sans lui, jouant au poker, jeu auquel ils n'avaient pourtant jamais joué sans lui.

Pansy avait encore une fois tenté de le convaincre de se joindre à eux, mais il n'avait pas voulu subir une fois de plus les regards noirs de Drago ou de son petit-ami. Optant donc pour rester dans son dortoir, il s'était roulé en boule dans son lit, avec un livre, après avoir fermé les rideaux pour s'isoler.

Alors qu'il essuyait une larme qui s'était écoulée sur sa joue, il entendit soudainement la porte de son dortoir s'ouvrir. Il n'y avait que deux options, soit il s'agissait de Pansy, venue une nouvelle fois prendre de ses nouvelles, soit il s'agissait de Blaise - le seul avec qui il partageait son dortoir - venu faire il ne savait quoi.

Il eut rapidement la réponse, en entendant du bruit du côté du lit de son petit-ami. Visiblement, celui-ci cherchait quelque chose et cela ne fit que tendre davantage Théodore. Chaque nuit c'était la même chose. Ils se couchaient séparément, ne se souhaitaient plus bonne nuit, ne se parlaient même plus et Théodore s'endormait les joues débordantes de larmes. Il se trouvait pitoyable.

Il entendit une porte s'ouvrir à nouveau et se permit de sangloter plus bruyamment, roulé en boule. Le simple fait que Blaise l'ait ignoré de cette façon lui brisait le cœur. Il s'en voulait terriblement de ne pas avoir cru Drago, mais était bien trop fier pour faire un pas vers lui. Il était perdu et seul.

Il était tellement concentré sur sa peine qu'il n'entendit pas des pas se rapprocher de son lit ni la porte se refermer. Il se rendit compte de la présence de Blaise uniquement lorsque celui-ci ouvrit brusquement les rideaux de son lit.

Théodore sursauta et leva vivement la tête vers lui, le visage plein de larmes. Il croisa le regard froid de son petit-ami et n'eut qu'une envie : disparaître.

Blaise avait l'air en colère, ou du moins, il ne montrait aucune émotion. Après tout, il avait appris l'Occlumancie aussi, il était donc devenu tout aussi fort que Drago en termes de masque d'indifférence.

Théodore se sentait minuscule sous son regard, il ne savait pas quoi dire, pas quoi faire. Il ne baisserait pas les yeux, bien trop fier pour cela, alors même que l'envie se faisait de plus en plus ressentir. Blaise le regardait tellement sévèrement que Théo commençait à se sentir honteux, il se sentait mal.

Finalement, après ce qui lui parut être une éternité, son petit-ami lui tendit une main, sans parler, sans exprimer une quelconque émotion, simplement silencieux.

Théodore hésita quelques secondes, ne sachant pas vraiment ce que Blaise attendait de lui, mais décida tout de même d'attraper sa main.

Il fut alors tiré d'un coup hors de son lit et se retrouva plaqué contre le torse de Blaise, qui le regardait toujours droit dans les yeux. Avant que Théodore ne puisse dire le moindre mot, le pouce de son petit-ami vint essuyer ses larmes une par une.

Ce ne fut qu'à ce moment-là que le jeune homme baissa les yeux, honteux. Il n'osait plus affronter son regard et sa fierté avait été enterrée bien loin. Il était complètement immobile dans les bras de Blaise, ne sachant quoi faire ni quoi dire.

Il ne garda pas la tête baissée très longtemps, puisque quelques secondes plus tard, son menton fut relevé par la main de son petit-ami. Il fut donc forcé de le regarder dans les yeux à nouveau, mais ceux-ci s'humidifièrent. Il se sentait mal, alors même que la proximité de Blaise lui avait tant manqué.

- Je suis désolé, chuchota-t-il tandis que d'autres larmes s'écoulaient de ses yeux.

- Je sais, répondit Blaise avant de poser ses lèvres sur son front. Je n'aurai pas dû t'ignorer pendant tout ce temps.

- Tu avais tes raisons, j'aurai dû croire Drago, j'ai été idiot…

- Oh ça oui, tu l'as été, plaisanta-t-il en essuyant une nouvelle fois ses larmes. Mais c'est déjà oublié, Théo.

Ce dernier déglutit, toujours honteux. Il s'était senti si seul durant ces quelques jours. Il s'en était terriblement voulu, surtout après avoir compris que Drago et Daphnée étaient purement innocents. Oh bien sûr, Théodore connaissait les préférences de sa meilleure amie pour les femmes, pourtant, il avait eu un léger doute, surtout en sachant que Drago et elle avaient déjà couché ensemble.

Blaise le serra dans ses bras et il blottit sa tête dans son cou, sans arrêter de pleurer. Il n'était que rarement aussi émotif, mais il faisait partie de ceux qui géraient très mal leurs émotions, expliquant cette soudaine cascade de larmes. Son petit-ami lui caressait le dos, tout en l'embrassant dans le cou et en lui chuchotant des paroles réconfortantes. Cela sembla apaiser Théodore, qui finit par simplement fermer les yeux, serré contre Blaise et le cœur battant la chamade.

- Je déteste être séparé de toi, avoua-t-il dans un murmure.

- Par Salazar, si tu savais comme moi aussi, Théo, répondit-il avant de poser ses mains sur ses joues pour l'inciter à le regarder. C'est la dernière fois que je me fâche avec toi, promit-il avant de poser ses lèvres sur les siennes.

Théodore approfondit immédiatement le baiser, passant ses bras autour du cou de Blaise pour le sentir encore plus proche de lui. Il lui avait tant manqué. Pourtant, si quelqu'un lui avait dit, ne serait-ce qu'un an plus tôt, qu'une semaine sans embrasser, toucher ou parler à Blaise lui manquerait tant, il l'aurait sûrement pris pour un fou. Mais la réalité était là, Théodore ne pouvait pas se passer de lui.

Il posa une main sur la joue légèrement barbue de Blaise en s'éloignant, tout en posant son front contre le sien. Il avait simplement besoin de le sentir tout contre lui, proche, de savoir qu'il n'y avait plus de problème entre eux, qu'il était de nouveau tout à lui.

- Est-ce que tu crois que Drago saura me pardonner ? demanda-t-il ensuite, en caressant la joue de son petit-ami du bout du pouce.

- Je n'en ai aucun doute, tout est une question de fierté, comme toujours, souffla Blaise en réponse.

Théo laissa échapper un petit soupir de soulagement, tout en hochant la tête. Il ne voulait pas non plus s'éloigner plus longtemps de son meilleur ami, à vrai dire, tout leur petit groupe lui manquait et une semaine, c'était long.

- Tout ira bien, et puis de toute manière, nous ne risquons pas de rester très longtemps là-bas, reprit Blaise.

- Ah oui ?

- Je viens tout juste de te récupérer, si tu crois que je ne vais pas profiter de toi entièrement, Nott, tu te mets le doigt dans l'œil !

Seul le rire de Théodore lui répondit, avant que celui-ci ne l'embrasse une nouvelle fois, les yeux pétillants d'amour.

- Que ferais-je sans toi, Blaise Zabini ?

- Pas grand-chose, je suis certain.

Théo secoua la tête en riant, puis le serra une nouvelle fois contre lui, se blottissant entre ses bras.

- Je t'aime, Blaise, et je suis terriblement désolé pour tout ça, lui murmura-t-il.

- Ne le sois pas, c'est derrière nous, et je t'aime aussi, Théo, répondit-il en chuchotant à son oreille.

Ils restèrent dans cette même position durant quelques secondes supplémentaires, avant de finalement se décider à rejoindre la salle commune. En y entrant, Théodore remarqua rapidement qu'elle était entièrement vide, ne restant que Drago, Pansy et Daphnée, qui étaient installés dans les fauteuils près du feu.

Blaise le tirait par la main et le jeune homme se força à ne pas baisser la tête, surtout en voyant le regard de Drago se tourner vers lui. Ce dernier baissa les yeux sur les mains liées de ses deux meilleurs amis, avant de croiser le regard de Blaise. Celui-ci sembla lui faire comprendre que les choses étaient réglées et avança avec Théodore jusqu'au seul canapé de libre.

Ce dernier croisa le regard de Daphnée, qui lui offrit un petit sourire, auquel il s'empressa de répondre. Il n'avait pas osé l'approcher non plus, à cause de ce qu'il s'était passé, mais visiblement, elle ne lui en voulait pas.

Les conversations reprirent de bon cœur, tout comme leur partie de poker, comme si rien ne venait de se passer, ce qui détendit considérablement Théodore, qui était blotti contre Blaise. Drago était le seul à ne pas vraiment parler, il était installé dans son fauteuil habituel, une bouteille à la main et le regard dans le vide. Tout le contraire de ce dont il avait l'habitude.

Théodore ne l'avait pas vu dans un tel état depuis leur sixième année, il avait littéralement l'air d'un mort-vivant. Il lui proposa la bouteille une première fois, mais le brun refusa, bien que touché de voir que Drago ne semblait plus en colère contre lui. Cependant, son état lui faisait peur, s'il devait être honnête.

Le teint du blond était bien plus pâle qu'à la normale, d'énormes cernes violets se dessinaient sous ses yeux et il semblait complètement vide, indifférent. Il avait changé, en seulement une semaine, il était redevenu le même jeune homme froid et distant que lors de leur sixième année, et cela faisait grandement mal au cœur à Théodore.

- Il m'a l'air d'aller vraiment mal, Blaise, chuchota-t-il à l'oreille de son petit-ami, sans quitter le blond des yeux.

- C'est pire chaque jour, répondit-il en soupirant, regardant à son tour tristement son meilleur ami, qui buvait une nouvelle gorgée de whisky Pur Feu directement à la bouteille.

- Je m'en veux tellement…

- Tu n'y es pour rien, Théo, déplora Blaise à voix basse. L'absence de Granger joue principalement, en plus du fait qu'il ait dû donner des explications à Rogue hier. Mais aujourd'hui, c'est encore pire à cause de l'anniversaire de Lucius. Il a reçu une lettre de sa mère ce matin, où elle exprimait à quel point l'homme qu'elle avait connu dans sa jeunesse lui manquait parfois. Drago a littéralement pété un câble en recevant ça et depuis, il n'a presque pas parlé, il est juste silencieux et pensif. Je pense qu'il doit être vraiment bien bourré maintenant, vu tout ce qu'il a bu…

- Ne crois-tu pas qu'il faudrait faire quelque chose ? s'inquiéta Théodore.

- Nous avons essayé, mais chaque fois, il se met en colère contre nous, alors nous avons fini par abandonner. J'aimerai éviter qu'il y ait des blessés.

- À ce point ?!

- Il est complètement torché, Théo, il n'est pas dans son état normal, qui sait ce qu'il serait capable de faire.

- Et tu préfères le laisser comme ça ? Blaise, il va être malade à force, c'est de pire en pire ! chuchota-t-il avec verve.

- Tu crois que je ne le sais pas ? C'est comme ça depuis une semaine, Théo, chaque soir, il se met ici et il passe la soirée à boire, avant d'aller dans la Salle sur Demande.

- Seul ? Il arrive à se tenir debout ?

- Habituellement oui, mais je doute qu'il y parvienne ce soir, soupira Blaise en regardant une nouvelle fois le blond.

Ce dernier s'était endormi, la tête sur l'accoudoir de son fauteuil, la bouteille pendue au bout de sa main. Dire que Théodore le regardait avec pitié était un euphémisme. Le jeune homme se sentait vraiment mal de voir son ami ainsi, il ne savait quoi faire pour l'aider - Hermione ne lui adressant toujours pas la parole - et il n'était pas certain que le blond l'écouterait non plus. Il était très triste pour eux.

Il regarda Pansy récupérer la bouteille de Drago, avant qu'elle ne matérialise une couverture, qu'elle déposa sur son ami. Tous ne tardèrent pas à aller se coucher, laissant leur ami seul dans la salle commune, avec une bassine près de son fauteuil - au cas où - et une potion anti-gueule de bois pour son réveil.

Théodore se coucha pensif ce soir-là. Serré dans les bras de son petit-ami, qu'il avait enfin retrouvé, il ne cessait de penser à l'état déplorable de Drago. Il voulait l'aider mais n'avait aucune idée de comment. Il s'endormit tourmenté.

Un jour nous irons marcher

mes enfants et moi

au fond d'une forêt ou le long d'une rivière

et nous tomberons

sur un de ces petits animaux orphelins

un écureuil une loutre un corbeau

un hérisson une tortue un renard

une musaraigne

il faudra alors que je prenne le temps de leur expliquer

que nous pouvons tenter d'aider

mais que d'une manière générale

la vie se porte toujours mieux

loin de nous

Oui ce jour viendra

où je devrais leur apprendre

que l'homme n'est pas un cadeau

pour le reste du monde

Les jours pourpres - Thomas Vinau


Et voilà ! Encore du suspens...

Merci à Kat et Genny pour leurs relectures et corrections ! *coeur coeur*

On se retrouve dans deux semaines pour l'avant-dernier chapitre ;)

Writer8Hell