Encore une très belle collaboration avec toi, Socks !
Merci !
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Hermione errait dans cet espace qu'elle connaissait bien pour y avoir été prisonnière durant de trop longs jours. La seule différence était qu'à présent, ses cauchemars ne l'environnaient plus. Elle était simplement perdue dans une étendue de brume blanche, comme un brouillard que le soleil n'arrivait pas à percer. Mais elle sentait sa présence. Il était là, sans aucun doute. Son âme et son corps le lui criaient. Elle tenta de l'appeler mais sa voix refusait de sortir, alors elle ferma les yeux et laissa sa magie s'échapper pour aller à sa rencontre. Où qu'il soit, elle savait qu'elle le retrouverait.
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Poppy ferma le rideau qui cachait le grand lit à la vue des visiteurs ou des autres malades et se retourna vers Drago.
- Ils sont faibles, tous les deux, mais Miss Granger s'en sortira la première. Je n'en revient pas qu'il ait réussi à lui éviter la fausse couche.
Elle ferma les yeux et hocha la tête tout en continuant.
- Mais cela l'a affaibli, trop même. Il leur faut du temps et du repos mais surtout… il leur faudra beaucoup de courage pour se reconstruire. Je ne sais pas comment ils vont pouvoir remonter la pente, honnêtement.
Elle hésita un moment et décida de révéler l'horreur de ce qu'elle venait de découvrir.
- La signature magique de Severus… est sur chaque blessure de Miss Granger…
Drago ferma les yeux et serra les poings, ses ongles entaillant ses paumes jusqu'au sang. C'était pire que ce qu'il avait imaginé. Ces salopards avaient voulu briser jusqu'à la moindre parcelle d'humanité de leurs victimes. Poppy asséna le coup de grâce.
- Et elle a subi un viol Mangemort… de sa part.
Il ne put empêcher ses yeux de se brouiller de larmes de rage et de douleur. Comment allait-il pouvoir se remettre d'un tel acte ? Comment allait-il vouloir encore vivre avec de tels souvenirs ? Il se rappela alors que la vie de son mentor était liée à celle d'Hermione.
Et il ne savait pas à cet instant s'il devait considérer cela comme une bénédiction ou une malédiction.
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Jean et William Granger avaient été emmenés à Poudlard et Minerva s'était empressée de les installer dans des appartement confortables. Camille les avait alors pris sous son aile et leur avait patiemment expliqué où ils se trouvaient, mais elle avait attendu la venue de Drago pour leur expliquer qui ils étaient. Le couple qui souffrait de blessures bénignes avait été soigné avec brio et dévouement par Poppy et s'était reposé suffisamment pour affronter la vérité. Mais ils n'étaient pour autant pas prêts à entendre toute l'histoire et ils furent effrayés d'apprendre qu'ils avaient oublié un pan entier de leur vie, tout cela à cause d'une jeune femme qui était censée être leur fille. Leur première réaction fut le déni, puis l'incompréhension et Camille eut toutes les peines du monde à les exhorter à la patience. Au bout de quelques heures cependant, elle partit voir Minerva. Il fallait faire quelque chose.
- Nous ne pouvons pas les laisser comme ça, Minerva. Il faut faire ce que Lord Prince et Hermione avaient commencé.
- J'en suis consciente, Lady Malefoy. Mais à qui voulez-vous demander une telle chose ? Severus et Hermione sont dans le coma. Nous avons bien retrouvé dans leurs appartements des fioles de la potion qu'ils devaient utiliser mais qui d'autre qu'eux connaît le sort et serait capable de le jeter…?
- Bill Weasley. Hermione m'avait dit que c'était grâce à lui qu'ils avaient pu élaborer le sort. Et je suis certaine que Drago ne verra aucune objection à se charger du rituel.
Minerva réfléchit. Il était vrai que les options étaient limitées, sinon inexistantes. Drago pourrait se charger du rituel, elle n'en doutait pas un instant. Hermione avait besoin de tout le soutien qu'elle pourrait trouver, et ses parents en faisaient partie.
- Très bien. Je vais envoyer un Patronus au Ministre, en espérant qu'il pourra se libérer.
Camille sourit. Elle savait que Drago laisserait tous ses dossiers en plans s'il s'agissait d'aider Severus et Hermione. Il en avait fait une affaire personnelle.
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Sa magie l'avait trouvé. Il était là, mais Hermione ne comprenait pas pourquoi elle ne pouvait pas l'approcher. C'était comme s'il la fuyait. Or, il ne pouvait pas la fuir, n'est-ce-pas ? Il l'aimait, il le lui avait dit. Il lui avait demandé de ne jamais l'oublier. Et elle ne l'oublierait jamais. La jeune femme se concentra donc sur ce point, faible mais tenace, qui indiquait la présence de son amour. Elle marcha dans sa direction, lentement, précautionneusement, comme pour ne pas l'effaroucher.
Puis elle le vit.
Prostré. Anéanti. Détruit. Il releva les yeux vers elle et son expression la cloua sur place. Non. Il ne pouvait pas la regarder de cette manière. Pas lui. Ses yeux étaient vivants pour elle. Ils étaient beaux. Ils lui montraient tout ce que sa bouche ne savait dire. Ils n'étaient pas morts comme les yeux qu'elle voyait là.
Il la voyait sans la voir. Comment pouvait-elle être là, avec lui, après tout cela ? Il sentait sa présence et sa magie le chercher depuis un bon moment maintenant mais il ne voulait pas qu'elle le trouve. Pourquoi voulait-elle le voir ? Comment pouvait-elle encore l'approcher après tout ce qu'il lui avait fait ? Merlin ! Il l'avait presque tuée ! Il l'avait scarifiée lentement, comme il savait si bien le faire. Il lui avait brisé les os un à un, malgré ses cris et ses suppliques. Il l'avait violée de la plus ignoble des façons, dans un accès de cruauté sans nom. Et elle le cherchait. Et elle se dirigeait vers lui. Il vit son regard brillant de tristesse et se ressaisit. Il devait être fort, pour elle. Pour avoir le courage de la repousser une bonne fois pour toutes. Pour qu'il ne se fasse pas avoir une nouvelle fois par les griffes amoureuses de cette Lionne. Pour la libérer de lui, son bourreau. Ils étaient liés et, de ce fait, il ne pouvait pas se suicider, ce qui aurait été, selon lui, une ultime bénédiction. La mort pour le tortionnaire de cette femme magnifique. Mais même cela lui était refusé. Parce qu'il la tuerait. Il était donc condamné à vivre, pour qu'elle vive. Mais il ne l'approcherait plus. Il leva au plus haut ses boucliers d'occlumens et se redressa alors qu'elle faisait encore un pas vers lui.
Severus se retourna et partit sans un mot, s'éloignant au plus vite de celle qui avait été pour lui ce qui s'apparentait le plus au bonheur. Mais il n'avait pas eu le courage de ne pas croiser une dernière fois son regard. Et l'amour qu'il avait lu dans les yeux d'ambres lui brouilla la vue.
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Camille avait eu raison. Quelques minutes seulement après avoir reçu le Patronus de Minerva, Drago avait surgi de la cheminée du bureau directorial, occupé provisoirement par Minerva en l'absence de Severus.
La vieille femme n'eut pas besoin de lui dire ce dont il retournait. Il prit immédiatement les choses en main et, quelques instants plus tard, Bill, Camille et lui-même étaient dans les appartements des parents d'Hermione.
- Et vous nous dites que vous pouvez nous rendre nos souvenirs ? Où du moins ce que vous prétendez être nos souvenirs…? demanda une énième fois William Granger.
Son épouse était moins sur la défensive. Après tout, elle n'avait jamais eu d'enfant et on lui annonçait qu'elle était mère depuis plus de vingt ans sans qu'elle n'en sache rien. Alors oui, elle était prête à croire ces gens étranges si cela pouvait lui apporter ce que son coeur avait toujours désiré. Doucement, elle posa la main sur l'épaule de son époux.
- William. S'il te plaît. J'ai envie de leur faire confiance. Et puis, tu as vu cette jeune femme comme moi. Elle a besoin d'aide et si je peux être cette aide, j'en serai heureuse.
Les yeux doux de son mari se posèrent sur elle. Comment ce petit bout de femme pouvait-elle avoir une telle confiance ? Cela le dépassait. William Granger avait toujours écouté son épouse, pensant qu'elle était plus sage que lui. Elle avait ce don qu'ont certaines personnes de pressentir les choses, de voir plus loin. Alors encore une fois, et même si cette fois cela lui était plus difficile, il allait écouter sa voix. Il acquiesça et se tourna vers les deux hommes qui attendaient impatiemment leur accord.
- Nous acceptons.
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Hermione ne comprenait pas. Pourquoi la fuyait-il ? Pourquoi se détourner d'elle. Elle tenta encore une fois de le rejoindre, mais il avait mis trop de distance entre eux et il avait une nouvelle fois disparu. Elle hurla sa douleur et se recroquevilla.
Un sanglot étouffé lui répondit en écho.
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Ils n'avaient pas été trop de deux pour jeter et maintenir le sort suffisamment longtemps et avec assez de précision pour que le rituel soit réussi. Lorsque la main de Drago retomba, il regarda avec anxiété le couple dont le regard s'était brouillé et son estomac vrilla. Et s'ils avaient échoué ? Ils n'avaient, même à eux deux, pas la puissance ni l'expérience de Severus et Hermione réunis. Les remplacer avait été un véritable défi. Il soupira de soulagement lorsqu'il vit les yeux de Jean Granger papillonner et ses sourcils se froncer. Camille lui tendit un verre d'eau qu'elle accepta avec reconnaissance et elle en but quelques gorgées avant de le tenir entre ses mains serrées, silencieuse.
- C'est… troublant… C'est comme si un voile venait de se déchirer…
Elle porta une main à son front et plissa de nouveau les yeux en relevant la tête.
- Où est ma fille ?
Camille lui tendit la main.
- Venez avec moi. Je vais vous conduire.
Jean se tourna vers son époux qui revenait lentement à lui. Elle l'enlaça et plongea son regard dans le sien. Quelle que fut leur discussion silencieuse, il acquiesça doucement et se leva avec elle pour suivre Camille.
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Une voix douce interpella Hermione. Elle releva la tête de ses sanglots, hébétée. Cette voix. Cette voix qu'elle avait pensé perdre à jamais. Cette voix qu'elle avait tant voulu réentendre. Cette voix qu'elle associait à la douceur et à la force, à la sécurité aussi. Cette voix.
- Maman…?
