Merci à Socks pour cette nouveau chapitre ! Pour ses idées, ses commentaires !

C'est un régal que de bosser avec toi !

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- Pourquoi ne se réveille-t-il pas ?

- Parce qu'il le refuse, tout simplement Miss Granger.

La jeune femme posa une main sur son ventre. Voilà bientôt une semaine qu'elle était elle-même réveillée et Poppy venait tout juste de lui permettre de mettre un pas en dehors de l'infirmerie… pour aller jusqu'à ses appartements se reposer. Mais Hermione n'en avait rien fait. Elle ne voulait, non, elle ne pouvait pas s'éloigner de lui. Ses parents lui avaient laissé de l'espace, comprenant qu'ils étaient témoins malgré eux d'une douleur qu'ils ne pouvaient partager avec elle. Ils se contentaient donc d'être là lorsqu'elle avait besoin de s'épancher et respectaient son silence et sa pudeur.

Hermione soupira et enfouit sa main dans l'épaisseur de la fourrure tiède, dans un geste désormais trop familier.

- Severus… Que fais-tu…?

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Severus errait. Il ne voulait pas revenir. Il ne pouvait pas revenir. Sa culpabilité le rongeait comme un cancer foudroyant. Il errait sans but, tentant d'éviter les paroles qui résonnaient au loin. Sa voix. Sa voix l'exhortait à revenir. Mais il refusait d'entendre. Comme il avait refusé d'entendre que sa magie avait sauvé leur enfant. Quel enfant ? Comment lui pouvait-il songer seulement à être père ? Lui qui avait torturé et violé sa compagne, la mère ce ce même enfant. Il revoyait son père, ivre, battre à mort sa mère. Mais lui, au moins, avait eu l'excuse de l'alcool, que lui-même n'avait pas. Non. Lui était conscient de chacun de ses actes ignobles. Et cette femme inconsciente refusait de le laisser lécher seul ses plaies comme un animal blessé. Foutue Gryffondor ! La voix revenait encore, tendre, amoureuse.

"Severus. Je sais que tu m'entends. Je t'attends. Nous t'attendons, Severus. Tu sais, je resterai là jusqu'à ce que tu te décides à ouvrir les yeux, espère de stupide Serpentard borné !"

La voix tremblait, retenant visiblement un sanglot. Il renifla, méprisant. Comment pouvait-elle encore pleurer pour lui ? il l'avait pourtant crue plus intelligente. Qu'importe. Tant qu'il serait ici, il ne pourrait pas lui faire de mal. Il y resterait.

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Hermione se leva, vacillant encore un moment sur ses jambes. Elle contourna le lit et s'en éloigna pour la première fois, non sans avoir jeté un sort d'alerte sur le sorcier. Si quoi que ce soit changeait dans son état, elle le saurait aussi rapidement que Poppy.

Ce soir était une première. Elle avait décidé de reprendre son poste de Directrice de Serpentard, poste qu'elle n'avait pas vraiment eu le temps de prendre en main. Elle devait de toute façon se changer les idées et rien de tel que la reprise d'un semblant de routine pour cela. Elle ne reprendrait les cours de potions que la semaine suivante, à mi-temps, mais, ce soir, pour la première fois depuis ce qui lui semblait être une éternité, elle allait reparaître dans la Grande Salle pour le repas.

Hermione se regarda une énième fois dans la glace. Un Glamour discret avait effacé les marques encore visibles de ses tourments. Elle avait l'air à peu près fraîche, sans plus et le sort n'avait pas pu venir à bout de la totalité de ses cernes et son regard restait celui d'une femme aux abois. Elle soupira. Reprendre une routine. Oui. C'était mieux. Le repas de ce soir serait un test parfait. Elle tourna sur elle-même, attentive à ce que nulle trace de ce qu'elle avait vécu ne puisse transparaître. Les estafilades de ses bras étaient judicieusement masquées par les manches amples de sa robe. Celle-ci, cintrée, était élégante mais sobre. D'un beau rouge sombre, elle semblait vouloir prouver que la sorcière qui la portait était encore pleinement vivante et, en y songeant, Hermione se demandait à qui elle voulait prouver cela : à ceux qui la verraient ou à elle-même. Elle n'aurait su répondre. La sorcière avait laissé tomber ses cheveux sur ses épaules en boucles lâches, masquant ainsi les trop nombreuses marques de son cou.

Hermione se retrouve bien trop tôt à son goût devant les portes de la Grande Salle de laquelle s'échappait un joyeux brouhaha. Elle inspira longuement.

"Tu peux le faire, Hermione ! Tu es une putain de Gryffondor!" Elle imagina un instant le rictus sarcastique de son amant, si celui-ci la voyait. Elle pouvait même entendre sa voix sarcastique raillant une fois de plus le fameux courage Gryffondorien. Cette image lui donna la force de pousser résolument la porte et de se diriger le plus discrètement possible jusqu'à la place libre au bout de la table professorale.

Las ! Si elle avait compté que son arrivée passerait inaperçue, elle s'était rudement trompée. Les voix s'éteignirent peu à peu alors qu'elle remontait l'allée et un silence de plomb accompagna ses derniers pas. Elle avait les larmes aux yeux. Merlin ! Pourquoi était-ce si difficile ? Pourquoi avait-elle l'impression que chacun pouvait lire ses souffrances en elle ? Elle s'apprêtait à faire demi-tour, quitte à se réfugier auprès de sa panthère pour lui avouer son manque de courage et s'exposer à des railleries qu'elle saurait inévitables par la suite, mais un claquement l'arrêta. Elle leva les yeux, surprise, et vit avec stupéfaction un élève de Serpentard, debout, qui applaudissait en la regardant. Comme un seul homme, ses camarades se joignirent à lui dans une ovation debout et, rapidement, les autres maisons leur emboîtèrent le pas. Mais Hermione aurait pu jurer que les premiers sifflements qu'elle entendit provenaient de la Maison Serpentard. Émue au-delà des mots, elle les salua d'un mouvement de la tête et s'assit à sa place tandis que résonnaient les derniers applaudissements. Lorsque les conversations eurent repris, la sorcière laissa glisser son regard sur cette scène rassurante d'un repas du soir. Normal.

Oui, tout aurait pu passer pour normal sans ces quelques élèves de Serpentard qui trinquaient à elle en buvant un jus de citrouille.

Elle était leur Directrice de Maison après tout. Mais une petite voix lui disait que le respect et l'admiration qu'elle lisait dans leurs yeux provenaient d'autre part.

Hermione en eut confirmation pas plus tard que le lendemain. Elle était venue rendre visite à Severus, toujours obstinément inanimé lorsque la porte de l'infirmerie s'ouvrit, laissant le passage à Camille. Celle-ci était restée à Poudlard, malgré la nomination de son époux au poste de Ministre. Elle voulait conserver son poste de Professeur d'Etudes des Moldus et Drago l'y avait encouragée. La jeune femme dont le ventre s'arrondissait doucement était donc restée là, attentive et bienveillante, discrète tout en étant indispensable. Elle était tour à tour l'épaule sur laquelle Hermione s'épanchait, l'oreille attentive lorsque son amie avait besoin de parler, les bras amicaux qui la berçaient doucement sans dire un mot lorsque la douleur était trop grande. A cet instant, la jeune femme était entrée discrètement mais d'un pas décidé dans l'infirmerie. Elle jeta un coup d'œil à la panthère et soupira.

- Lord Prince ! Il serait peut-être temps de vous secouer un peu, sauf votre respect ! Cessez donc de fuir ! Et inutile de faire semblant de quoi que ce soit, je SAIS que vous m'entendez !

Elle reporta son regard vers la sorcière assise à côté du lit qui la regardait avec admiration. Etait-ce parce qu'elle n'avait jamais connu Snape en cours ou était-ce de par son lien avec Drago, mais ce petit bout de femme faisait partie des rares personnes à pouvoir envoyer ses quatres vérités à Severus sans sourciller. Et ce simple fait méritait amplement son admiration. Comme si de rien n'était, Camille tira à elle une chaise et vint s'asseoir auprès de la sorcière.

- Hermione ? As-tu un moment pour moi, s'il te plaît ?

La sorcière haussa les épaules. Du temps, elle en avait à revendre et elle ne savait pas comment s'occuper. Considérant sa réaction, la jeune femme continua.

- Alton Jackson est venu me voir. Il souhaiterait pouvoir te parler, au nom de la Maison Serpentard.

Hermione haussa les sourcils. Alton était un septième année. Elle ne l'avait que peu croisé mais savait de lui qu'il était un jeune homme charismatique aux idées bien arrêtées et qui n'avait pas froid aux yeux. C'était lui qui s'était levé la veille pour entraîner sa Maison dans une ovation debout.

- Tu sais ce qu'il veut ?

- Non, il a juste demandé à te voir… en présence du Directeur de Poudlard.

Le regard d'Hermione s'agrandit.

- Mais… Le Directeur…

- …Est ici, je le sais. Je pense qu'il ne veut pas parler qu'à toi mais qu'il a un ou plusieurs messages à transmettre à cette tête d'hippogriffe borné qu'est Severus Prince.

Hermione ne put s'empêcher de sourire devant le langage imagée de celle qui était Lady Malefoy.

- Qu'en penses-tu ?

- Qu'il est grand temps de secouer un peu celui que tu appelles Severus ! Merlin, Hermione ! Tu portes en toi l'héritier Prince ! Ne te laisse pas avoir encore une fois par sa culpabilité mortifère !

Hermione laissa glisser son regard sur la panthère obstinément inanimée et acquiesça. Camille avait raison. Il était temps de réveiller le fauve, quitte à prendre un coup de griffe.

- Dis-lui de venir s'il te plaît.

La jeune femme sourit en se levant et posa doucement sa main sur son épaule.

- Bon choix, madame la Directrice de Serpentard.

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Quelques instants plus tard, un jeune homme à la peau mate et aux cheveux de jais entrait dans l'infirmerie. Il s'approcha sans hésitation du lit où reposait toujours le fauve et auprès duquel était assise Hermione. Arrivé près de sa Directrice de Maison, il la salua d'une profonde révérence, faisant rougir la sorcière jusqu'à la racine des cheveux. Lorsqu'il se redressa, un mince sourire étirait ses lèvres et elle se fustigea d'être aussi prévisible.

- Vous vouliez me voir, monsieur Jackson ?

- Oui Madame. Tout d'abord, je voulais saluer notre nouvelle Directrice de Maison, ce que je n'avais pu faire depuis votre nomination. Et puis, je voulais vous parler de notre Directeur.

- Soyez plus précis, monsieur Jackson.

- Vous pouvez le sortir de là. Lui et Lord Malefoy ont eu assez confiance en vous pour vous confier notre Maison. En faisant cela, ils nous ont proclamé leur confiance en vous. De plus, et ne voyez pas cela comme un affront, mais nous savons quelle genre de relation vous lie à Lord Prince… et des bruits commencent à courir sur un possible héritier Prince… Laissa-t-il tomber sans s'y arrêter.

Hermione releva les yeux vers lui. Comment diable ce jeune homme pouvait-il être au courant de cela ? Ce dernier garda une expression des plus impassible.

- J'aurais voulu lui dire, mais peut-être le lui direz vous mieux que moi, continua-t-il en regardant ostensiblement l'imposante panthère noire, de ne pas oublier qui il est. Il est un Serpentard, et le plus grand d'entre nous. Un Serpentard ne vit pas, il survit. Il ne se laisse pas mourir, il encaisse. C'est ce que Severus Prince nous a appris. Un Serpentard ne laisse pas la vie l'abattre, il passe les épreuves et, là où d'autres se brisent, il ploie sans jamais rompre afin de pouvoir finalement marcher le regard droit. Nous sommes une Maison, une Famille, et il en fait partie. Dites-lui tout cela, Madame. Peut-être vous entendra-t-il mieux que moi.

Hermione hocha la tête doucement. Fichus Serpentards ! Le jeune homme avait fait en sorte que son Directeur reçoive le message de sa propre bouche. Elle sourit en songeant combien elle aimait désormais cette manière d'être. Cette subtilité, cette délicatesse. Cet esprit de corps aussi. Oui, là où dans sa propre Maison de Gryffondor elle aurait pu devoir affronter seule ses épreuves, une telle chose était impossible à Serpentard.

Elle ferma les yeux et la gratitude gonfla son cœur. Au-delà des mots, au-delà des apparences, Alton Jackson venait implicitement de lui dire qu'elle faisait désormais partie de la famille des Serpentards.