Severus tournait en rond comme un fauve en cage. Il n'était pas loin de huit heures du matin et il était réveillé depuis au moins cinq. Il s'était résigné, à une heure du matin, à prendre une potion de sommeil sans rêve grâce à laquelle il avait pu se reposer difficilement quatre heures. Depuis, son cerveau tournait à plein régime. Pourquoi avait-elle voulu respecter cette satanée tradition ? Et si elle s'était rendue compte qu'elle faisait une erreur ? Elle avait bien pu réfléchir durant la nuit pour s'apercevoir qu'elle commettait l'aberration de sa vie ! Rien n'était moins sûr. Et si elle avait voulu se séparer de lui hier soir pour lui annoncer ce matin qu'elle renonçait à tout ? Il l'avait fait souffrir, elle en aurait eu le droit.

Severus était donc, comme on le voit, dans des conditions d'explosion optimales lorsque trois coups furent frappés à la porte. Son visiteur devait bien le connaître puisqu'il n'attendit pas de lui qu'il réponde pour entrer. La haute silhouette de Drago Malefoy se dessina dans l'entrée. Le jeune homme croisa ses bras et jeta un regard moqueur à l'homme en noir.

- Alors ? A quel stade de réflexion en es-tu ? Tu as déjà atteint celui où tu penses qu'elle ne veut plus de toi ou tu l'as dépassé ?

Le regard noir que lui jeta Severus le fit franchement sourire.

- Je vois. Tu l'as définitivement dépassé. Parrain, reprit-il plus sérieusement, il est huit heures, Camille et Ginny sont à l'heure actuelle avec Hermione et je n'ai jamais vu le château dans une telle effervescence. Alors fais-moi plaisir, et fais-toi plaisir au passage, laisse derrière toi ces idées stupides et prépare-toi pour être l'homme de la journée.

- Tu ne la connais pas, Drago. Elle est intelligente. Elle a très bien pu réfléchir durant la nuit…

Drago soupira.

-Je vois que je vais à nouveau devoir me répéter… Parrain, sais-tu le pourquoi de cette tradition ?

- Pour pouvoir avoir les idées claires une dernière fois et avoir le temps de réfléchir si on ne fait pas une connerie monumentale…

- Rectification: pour prendre du temps pour soi, réfléchir, certes, mais surtout trouver une paix intérieure et rendre les retrouvailles du lendemain encore plus belles…

Le blond s'approcha de Snape.

- Hermione est intelligente, oui, mais je pensais que tu l'étais. Permets-moi d'en douter vu le nombre de sottises que j'entends depuis tout à l'heure. Merlin ! Elle te bouffe des yeux, elle a risqué sa vie pour toi, elle porte ton héritier, Severus ! Que veux-tu comme preuve supplémentaire ?

Snape ferma les yeux. Les paroles de Drago sonnaient juste. Il repassa les arguments les uns après les autres, lentement et dut se rendre à l'évidence. Oui, elle l'aimait. Non, elle n'allait pas se détourner de lui, encore moins au dernier moment. Drago sembla voir son changement d'humeur puisqu'il se recula et alla se servir un verre sur la desserte prévue à cet effet.

- Maintenant que tu as retrouvé tes capacités de réflexion habituelles, as-tu quelque chose de particulier à me demander pour la cérémonie ?

Severus vint à ses côtés sans pour autant se servir. Il voulait que rien ne vienne altérer son jugement en cette journée si particulière.

- Non, Drago. Rien que nous n'ayons déjà vu. J'ai prévu un discours cependant, après la cérémonie, pour le mariage mais aussi pour cette journée de commémoration.

- La commémoration n'était donc pas prévue pour demain ?

-Techniquement, oui, mais la bataille a commencé à la fin du 1er Mai. Tous ici vont y penser. Il serait malvenu que je n'y fasse pas allusion. Et puis.. j'ai mes raisons personnelles pour en parler. Nous n'avons pas choisi cette date au hasard, tu t'en doutes…

- Venant de toi et Hermione, rien ne peut être laissé au hasard, rit Drago.

Severus planta son regard dans les yeux gris du jeune homme.

- Pourquoi es-tu venu si tôt ?

- Parce que je me doutais que tu allais être dans cet état d'esprit… En plus, Camille doit aider ta promise à se faire belle.

- Comme si elle en avait besoin… murmura Severus, pas assez bas cependant pour que la remarque ne tire pas un sourire discret à Drago.

Le silence paisible qui s'ensuivit fut interrompu par un coup léger frappé à la porte. Drago interrogea silencieusement Snape qui lui fit comprendre qu'il n'attendait personne. Prudemment, le Ministre alla ouvrir la porte pour laisser entrer William Granger. L'homme, revêtu d'un costume trois pièce noir et blanc, s'inclina devant Severus.

- Bonjour Monsieur. Je tenais à vous saluer pour vous remercier de votre sollicitude et du moyen de transport mis à notre disposition pour vous rejoindre.

Snape regarda l'homme. Il était visiblement à l'aise, respectueux sans obséquiosité. Il lui tendit une main que l'autre serra franchement.

- Tout le plaisir est pour moi, Monsieur Granger. Mais, je vous en prie, pas de manières entre nous. Le respect et la franchise sont suffisants.

Le regard franc de William Granger croisa alors le sien.

- Très bien, Monsieur. Alors je serai franc. Hermione vous aime, c'est indéniable, et je crois en avoir assez vu et entendu sur vous pour penser que votre amour est sincère. Mais gardez toujours à l'esprit qu'elle est mon joyaux, ma fille unique. Je vous confie ce que j'ai de plus précieux, Monsieur. Je remets entre vos mains la prunelle de mes yeux. Prenez-en soin. Autrement, je serai là et vous saurez que même sans magie, un homme sait protéger sa fille.

Severus jaugea l'homme et prit sa déclaration pour ce qu'elle était : non point une menace mais une prière. Il tendit sa main à son futur beau-père que celui-ci serra.

- J'ai entendu Monsieur. Sachez une chose de moi, cependant. Si Hermione est la prunelle de vos yeux, elle est ma rédemption. J'essaierai d'en être digne.

Les deux hommes se saluèrent dans un subtil mélange de solennité et d'amitié. Lorsque William Granger franchit de nouveau la porte, Drago ricana doucement.

- Il m'aura fallu tout ce temps pour voir le grand Severus Prince menacé par un Moldu et ne pas répondre…

- Ne te moque pas. Cet homme a plus de courage que beaucoup d'autres que j'ai croisé. Il aurait fait un parfait Gryffondor quand on y pense ! rit-il. Il est simplement venu me dire l'importance qu'avait Hermione pour lui… Nous parlions donc le même langage, lui et moi.

- Attention, parrain, tu vas virer Poufsouffle… ricana Drago.

Le regard noir qu'il récolta ne lui tira qu'un sourire supplémentaire.

- Tu es ici pour me marier, pas m'insulter…

Le rire discret de Drago résonna. La journée promettait vraiment d'être belle… et intéressante !

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Hermione était tendue comme un arc. La cérémonie commençait dans moins d'une heure et elle devait encore se coiffer. Ginny l'avait rassurée en lui disant que cela relevait de ses capacités et elle avait juré qu'elle serait resplendissante.

Moins d'une demi-heure plus tard, le miracle avait eu lieu. Ginny avait réussi à dompter habilement sa tignasse désordonnée et son amie l'invita à venir s'admirer dans le miroir de plain-pied.

Hermione s'avança, indécise et ne put retenir une exclamation. Elle se tourna de profil pour s'observer. Merlin ! Elle n'aurait jamais cru pouvoir ressembler à cela un jour, et encore moins enceinte de près de sept mois !

- J'en connais un qui va baver…

La remarque de Ginny la fit sourire. Oui, Severus risquait fort d'apprécier à sa juste valeur cette robe aux couleurs de sa Famille. Elle avait refusé le blanc et avait hésité à opter pour le vert comme l'avait suggéré Ginny mais Camille avait eu le dernier mot. Bleu. Les couleurs de la famille Prince. Plus subtil que les couleurs de Serpentard, elles devaient refléter sa nouvelle appartenance à la Famille du Lord.

- Il est l'heure Milady…

La voix douce de Camille la tira de sa rêverie. Était-elle prête ? Définitivement non. Appréhendait-elle cette journée tout en l'espérant. Oui, mille fois oui ! Elle avait hâte d'y être tout en ayant les jambes en coton. Une petite fiole apparut sous son nez et, en relevant les yeux, elle distingua le sourire de Camille qui la lui tendait.

- Une suggestion de ton presque époux. Philtre de paix.

Hermione la prit avec reconnaissance et, quelques instants plus tard, elle se sentait prête à sortir de ses appartements.

Lorsqu'elle sortit, Luna attendait devant la porte. Revêtue d'une longue robe vert d'eau drapée à la grecque, elle semblait tout droit sortie des bois, telle une nymphe parmi les mortels. Une couronne de fleurs et feuilles artistement tissée dans ses cheveux accentuait cette impression. Elle enlaça Hermione sans un mot et vint se placer derrière elle pour porter sa traîne. Camille partit devant, non sans l'avoir tendrement enlacée une dernière fois. Elle se devait d'être là quelques minutes avant, en tant que témoin de Severus. Hermione descendit donc les escaliers qui, pour une fois, se disposèrent parfaitement devant elle. A sa droite, sa mère qui la couvait du regard, à sa gauche Ginny, resplendissante dans sa robe aux couleurs d'automne qui semblait rivaliser de luminosité avec sa crinière flamboyante.

Au bout de quelques pas, le regard d'Hermione accrocha certaines anomalies. Le château semblait… "chanter". Elle s'arrêta et écouta. Une douce mélodie montait des murs, envahissait les couloirs et une brise scintillante effleurait sa peau comme une caresse. Elle sourit.

Poudlard était heureux.

La jeune femme descendit les escaliers et parvint devant les portes fermées du perron, le coeur battant.

Elle ferma les yeux et inspira.

Un carillon retentit, comme le rire d'une étoile, et les portes s'ouvrirent.