Une conférence de presse plutôt positive.
Un dimanche soir tout en douceur au sein du foyer Dupain-Cheng.
Mais Adrien et Marinette ont beau avoir passé le week-end dans leur bulle depuis l'arrestation de Gabriel Agreste, il va bien falloir que Marinette retourne au lycée lundi.
Comment est-ce que cette journée va-t-elle se passer ?
(... à votre avis ?)
(On se retrouve à la fin de ce chapitre !)
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CHAPITRE 11
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Marinette ouvrit les yeux, légèrement désorientée ; il lui fallut un bon moment pour comprendre qu'elle se trouvait sur sa mezzanine mais elle n'avait absolument pas le souvenir de s'être mise au lit la veille. Comment était-elle arrivée jusqu'ici ?
Elle sentit Adrien bouger à côté d'elle, et lorsque ses yeux se posèrent sur lui, elle se rendit compte qu'il était réveillé. Leurs regards se croisèrent et son coéquipier lui adressa un sourire timide.
- Bonjour ma Lady. Je suis désolé si je t'ai réveillée.
Marinette attrapa maladroitement son téléphone et constata que son réveil n'avait pas encore sonné. Avec un soupir, elle se laissa retomber sur son oreiller et tourna la tête vers Adrien, les yeux encore plein de sommeil.
- Tu as bien dormi ? lui demanda-t-elle avec un sourire paresseux.
Lorsque le regard lumineux d'Adrien s'assombrit, elle comprit que sa nuit avait été une nouvelle fois plutôt courte et agitée. Elle s'apprêtait à lui tendre ses bras pour l'inviter à s'approcher, mais Adrien avait déjà comblé la distance entre eux et vint se blottir tout contre elle sans un mot. Marinette referma ses bras autour de lui et posa sa joue sur le haut de son crâne en fermant les yeux. Elle n'avait jamais été aussi peu pressée de se lever pour aller en cours.
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Son réveil sonna vingt minutes plus tard. Marinette maugréa en l'éteignant et amorça un mouvement pour se lever, mais elle sentit Adrien resserrer son étreinte autour d'elle. Le regard qu'il lui adressa lui fendit le cœur.
- Reste encore un peu. S'il te plaît, la supplia-t-il du bout des lèvres.
Marinette n'eut pas le cœur à l'abandonner dans cet état, aussi le serra-t-elle plus fort contre elle en lui ébouriffant tendrement les cheveux. Ils restèrent un long moment ainsi, chacun perdu dans ses pensées, appréciant ce moment paisible.
- Si tu veux, je reste avec toi aujourd'hui, chuchota Marinette tout contre lui. Alya pourra nous passer les cours. Mes parents comprendront.
Adrien secoua négativement la tête avant même qu'elle n'ait terminé sa phrase.
- Non, il est hors de question que tu rates des cours. Déjà que je suis en train de te mettre en retard... Je suis désolé. Mais... merci d'être restée avec moi, ça m'a fait du bien.
- Je peux au moins rester encore un peu si tu veux, proposa-t-elle comme compromis, mais Adrien refusa tout de go.
- Non, non, vas-y, tu vas vraiment être en retard par ma faute.
- C'est vrai que ça serait dommage, je ne suis jamais en retard d'habitude, lança-t-elle d'un ton malicieux.
Sa remarque eut l'effet escompté : Adrien laissa échapper un petit rire.
Il se redressa en se frottant le visage de ses deux mains pour tenter d'émerger et s'étira de tout son long.
- Vu que tu es réveillé, tu n'as qu'à descendre prendre ton petit-déjeuner le temps que je me prépare, lui suggéra Marinette en s'extrayant tant bien que mal du lit. Mes parents sont déjà levés. Je vous rejoins dès que je suis prête.
La perspective de prendre son petit-déjeuner avec Tom et Sabine lui remonta instantanément le moral, et Adrien s'empressa de descendre les retrouver dans la cuisine.
Lorsque Marinette les rejoignit, il était déjà l'heure pour elle de partir pour le lycée. Elle appréhendait un peu le déroulement de cette journée, aussi ne préféra-t-elle pas s'attarder sur ce qu'elle ressentait.
Pendant quatre ans, son but, sa mission ultime avait été de combattre sans relâche les akumas du Papillon, de pouvoir enfin le démasquer afin de protéger leurs Miraculous et la ville de Paris. Pendant quatre ans, elle s'était levée tous les matins avec ce but en tête, s'attendant à tout moment de la journée à une alerte lui indiquant qu'elle devait rapidement trouver un endroit où se transformer et bondir à la poursuite de leur ennemi avec l'aide de son partenaire. Mais à présent que le Papillon était sous les verrous, un sentiment de vide s'était emparé d'elle, comme si sa vie avait soudain perdu son sens. Elle était pourtant soulagée que ce cauchemar soit terminé, mais paradoxalement, elle se sentait un peu démunie.
Refusant de s'appesantir plus longtemps sur ces considérations susceptibles de lui miner le moral, elle attrapa une tartine au passage pour la manger en chemin et embrassa ses parents avant de disparaître dans la cage d'escalier. Adrien l'accompagna jusqu'à la porte d'entrée de l'immeuble pour profiter encore un peu d'elle, et Marinette pouvait sentir à quel point il redoutait cette journée.
- Tu pourras passer du temps avec mes parents ce matin, lui dit-elle. Je reviens manger avec vous à midi. Et tu es chez toi, donc tu fais ce dont tu as envie. Vraiment.
Marinette insistait sur ce point car elle savait pertinemment qu'une fois tout seul dans la maison, Adrien n'oserait pas se servir dans le frigo en cas de fringale ou bien allumer la télévision si ses parents ne lui proposaient pas avant.
- Au fait, si tu préfères, tu peux utiliser mon ordi pour t'entraîner à Ultimate Mecha Strike IV si tu veux espérer me battre un jour, lança-t-elle, d'humeur taquine.
Cette remarque lancée avec un petit sourire de défi éclaira le visage d'Adrien.
- Challenge accepted, tu ne perds rien pour attendre Buginette !
- Arrête de m'appeler Buginette, répliqua aussitôt Marinette en croisant ses bras sur sa poitrine.
- D'accord Buginette.
Le sourire polisson d'Adrien lui arracha un long soupir résigné.
- En tout cas, ne t'inquiète pas pour les cours, reprit-elle sur une note plus sérieuse. Je te transmettrai mes notes au fur et à mesure. On s'organisera avec Nino pour le reste des cours que vous avez en commun. Et si tu as besoin de quoi que ce soit, même juste un câlin, tu m'envoies un message, d'accord ? termina-t-elle avec un clin d'œil.
Adrien acquiesça avec un sourire, reconnaissant des efforts que déployait Marinette pour lui remonter le moral.
- Je ne vais quand même pas te sortir de cours juste parce que je veux un câlin, lui fit-il remarquer avec amusement.
- Et pourquoi pas ? Tu sais très bien que je peux te rejoindre en une demie-seconde, lui fit-elle comprendre avec un regard entendu.
Adrien secoua la tête sans se départir de son sourire et la poussa gentiment vers la sortie pour ne pas la retenir plus longtemps, tout en sentant sa poitrine se dégonfler.
- Tiens, dit-il avant qu'elle ne franchisse la porte.
Il lui tendit une petite enveloppe.
- Est-ce tu pourras donner ça à Nino ?
Marinette saisit l'enveloppe et acquiesça vivement. Elle se doutait qu'Adrien avait beaucoup de choses à dire à son meilleur ami, et elle était ravie de pouvoir faire l'intermédiaire. Marinette avait l'impression d'avoir vécu dans une bulle ces derniers jours, et lorsqu'Alya lui avait envoyé des messages durant le week-end pour savoir si elle avait des nouvelles d'Adrien car Nino était vraiment inquiet pour son meilleur ami, la jeune fille avait dû esquiver le sujet à contrecœur. Elle refusait de discuter de la situation d'Adrien par SMS afin de protéger son coéquipier au maximum mais elle détestait devoir mentir ainsi à Alya. Adrien, de son côté, avait commencé des dizaines d'e-mails à l'attention de son meilleur ami, pour finalement tout effacer à chaque fois. Il ne savait vraiment pas comment tourner la situation dans un simple message électronique, aussi avait-il convenu avec Marinette de mettre Alya et Nino au courant de vive voix une fois la jeune fille arrivée au lycée, et par la suite, espérer voir son meilleur ami pour tout lui expliquer. Marinette n'avait qu'une hâte : de pouvoir enfin les rassurer et organiser des retrouvailles.
Avant qu'elle ne s'éloigne, Adrien passa ses bras autour de ses épaules avant de l'attirer tout contre lui.
- Je prends ma dose de câlins pour la matinée, se justifia-t-il avec un sourire à la fois tendre et empli de malice. Bonne journée ma Lady, on se voit tout à l'heure.
Marinette le serra contre elle à son tour et s'éclipsa à contrecœur.
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Adrien remonta dans la chambre, un sentiment de vide le prenant soudain aux tripes. Il jeta un œil par la fenêtre, le temps de voir Marinette gravir les marches du lycée en courant et s'engouffrer à l'intérieur. Nino arriva peu de temps après, mais au lieu de rentrer à sa suite, il s'attarda un long moment sur le perron à l'extérieur. Il jetait des coups d'oeils anxieux autour de lui tout en regardant sa montre, et Adrien comprit subitement, non sans un pincement au cœur, pourquoi son meilleur ami traînait ainsi à entrer en classe : Nino était en train de l'attendre. Il ne semblait pas vouloir rentrer dans le lycée sans lui, et Adrien le remercia silencieusement pour son soutien, le cœur serré. Il était à deux doigts de descendre le rejoindre en courant, et il dut se faire violence pour rester sur place. Frustré par la situation, Adrien relâcha un léger soupir ; il aurait tant aimé pouvoir lui faire ne serait-ce qu'un signe de la main, mais il savait pertinemment que ce n'était pas possible. Pas encore.
Le coeur lourd, Adrien détourna la tête, et son regard se posa involontairement sur la statue de Ladybug et de Chat Noir qui trônait Place des Vosges. Un drôle de sentiment lui étreignit le cœur. Les deux super-héros figés dans le marbre semblaient le narguer depuis le parc, lui rappelant douloureusement l'insouciance de leurs débuts ; cette période de sa vie où combattre les akumas du Papillon n'était alors qu'un jeu sans conséquences à ses yeux. Qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour pouvoir revenir en arrière et retrouver cette insouciance.
Légèrement démoralisé, Adrien se laissa tomber sur la banquette rose de Marinette et resta allongé sur le dos en fixant longuement le plafond, le cœur lourd. Il entendait les parents de Marinette s'affairer dans le salon à travers la trappe ouverte, mais il n'eut pas le cœur de les rejoindre pour le moment. Il essayait de se défaire de la sensation inconfortable qu'il ressentait à l'idée d'être séparé de sa coéquipière, mais il avait beau savoir qu'il allait la revoir dans une poignée d'heures seulement, cette matinée sans elle lui paraissait insurmontable.
Il avait hâte que l'heure du déjeuner arrive.
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Marinette avait naïvement espéré que l'engouement autour de l'arrestation du père d'Adrien se serait estompé pendant le week-end, mais il n'en était rien : le sujet était sur toutes les lèvres au lycée, au grand dam de la jeune fille. Son instinct de protection à l'égard de son coéquipier était au plus haut : le premier ou la première qui aurait le malheur de prononcer un mot de travers risquait de passer un sale quart d'heure.
Marinette parcourut les couloirs du lycée à toute vitesse pour rejoindre sa classe tout en essayant d'ignorer ce qui se disait autour d'elle ; la seule chose qui lui importait était de parler à Alya et Nino à tout prix avant que les cours ne commencent, et la cloche risquait de sonner d'un instant à l'autre. Mais au détour d'un couloir, des bribes de conversation qui lui parvinrent aux oreilles la stoppèrent net dans son élan.
- Je suis sûre qu'il ne va pas oser montrer sa petite tronche de mannequin, entendit-elle. A sa place, je n'oserais même pas remettre un pied au lycée si mon père avait mis la ville à feu et à sang pendant quatre ans. Vous vous rendez compte qu'on a tous failli y passer un moment ou un autre à cause de lui ?
- Ouais... Comment est-ce qu'il a fait pour ne pas voir que son père se transformait en supervilain ? renchérit une autre voix. Faut vraiment être idiot pour ne pas s'en être rendu compte. Ou alors il bossait avec lui. Je ne vois pas d'autre explication.
- Ladybug et Chat Noir ont dit qu'il n'avait rien à voir là-dedans, objecta une voix plus faible, aussitôt interrompue.
- Moi je n'y crois pas, répliqua la première voix. Il est trop lisse ce mec, ça cache forcément quelque chose.
Le sang de Marinette bouillonnait de colère dans ses veines, et elle dut se faire violence pour ne pas leur sauter à la gorge.
Comment osaient-ils tous juger Adrien ainsi ?
- Les gens n'ont vraiment aucune compassion, fulminait-elle, complètement écoeurée par ce qu'elle venait d'entendre.
Elle s'éloigna rapidement, les poings si serrés que ses ongles commençaient à imprimer des demi-lunes dans la chair de ses paumes, et se dirigea vers sa salle de cours. Elle prit une grande inspiration avant de pousser la porte de la classe, mais elle ne décolérait pas.
La journée promettait d'être compliquée.
Le silence avec lequel elle fut accueillie dans la pièce lui indiqua que le sujet de discussion était invariablement le même dans tout le lycée. Tous les visages se tournèrent vers elle, et les regards peinés que ses camarades lui lancèrent lui indiquaient qu'ils étaient visiblement en train de parler d'Adrien juste avant qu'elle n'arrive. Sa poitrine se dégonfla, et elle se composa un visage neutre pour ne pas se trahir. Mais à peine s'était-elle assise à sa place que Alya lui sauta dessus.
- Marinette, comment est-ce que tu te sens, ma belle ? lui demanda Alya en l'attirant dans ses bras, visiblement persuadée que sa meilleure amie était dévastée par la disparition du garçon dont elle était amoureuse depuis quatre ans.
Ce genre de considération lui paraissait complètement hors de propos à présent, et Marinette en aurait ri si la situation n'avait pas été aussi grave.
- Ça va aller Alya, ne t'inquiète pas. Est-ce qu'on peut se parler tous les trois ? demanda-t-elle en voyant Nino arriver d'un pas nerveux.
Le jeune homme avait visiblement fini par abandonner à contrecœur l'idée qu'Adrien serait parmi eux en cours ce matin, et il affichait une mine si triste que Marinette en eut le cœur serré. Elle voyait bien à quel point Nino était inquiet, et elle était pressée de leur donner des nouvelles d'Adrien et de tout leur expliquer.
Nino s'était laissé tomber sur le banc devant elles et lançait des regards insistants en direction du siège vide à côté de lui, comme si fixer la place où était habituellement assis son meilleur ami allait subitement le faire apparaître.
- Je n'ai toujours aucune nouvelle d'Adrien, se lamenta-t-il. Je l'ai eu vendredi après tout ce bazar, et depuis, plus rien. Personne n'arrive à le joindre, il s'est volatilisé ! Vous avez entendu le discours de Ladybug et Chat Noir hier ? Selon eux, il ne serait même plus à Paris !
- Dans un sens, ça peut se comprendre qu'il ait fui loin de tout ça, raisonna Alya. Quelle horreur ça doit être pour lui...
Alya s'approcha de Nino et passa son bras autour de ses épaules tout en lui déposant un baiser sur la joue, dans une tentative de lui remonter le moral.
- J'ai mis un message sur le Ladyblog pour essayer d'attirer l'attention de Ladybug et Chat Noir, expliqua-t-elle en se tournant vers Marinette. On aimerait leur poser des questions vu qu'ils ont l'air d'être les seuls à savoir où est passé Adrien, mais je n'ai pas eu de réponse pour le moment.
Marinette se sentit légèrement coupable de les faire paniquer ainsi ; elle savait qu'elle-même aurait été dévastée de découvrir d'un œil extérieur ce qui était arrivé à Adrien pendant le week-end. Sa place vide devant elle l'aurait certainement plongée dans un désespoir sans nom, et elle aurait remué ciel et terre pour comprendre ce qui lui était arrivé et retrouver sa trace. De savoir Adrien en sécurité et bien au chaud chez elle lui conférait une certaine tranquillité d'esprit que Nino et Alya ainsi que le reste de sa classe étaient bien loin de ressentir.
- Nino, écoute, commença-t-elle en essayant d'attirer son attention.
- Vous parlez d'Adrien ? fit une voix derrière eux.
Alya et Marinette se retournèrent d'un bond : Lila se tenait derrière elles et venait vraisemblablement d'écouter leur début de conversation.
- Qu'est-ce que tu veux Lila ? répondit Marinette, d'un ton plus sec qu'elle ne l'aurait voulu.
« Bravo Marinette, beau self-control », pensa-t-elle.
Lila avait toujours le don de lui mettre les nerfs en pelote, et son entrée en matière n'augurait rien de bon. N'étant pas d'humeur à supporter une énième affabulation de sa part, Marinette détourna le regard sans même lui donner l'opportunité de répondre, espérant ainsi conserver son sang-froid. Elle attrapa Alya et Nino par la manche pour les entraîner avec elle hors de la classe le temps de leur expliquer la situation, mais le faux air peiné que prit Lila en la regardant s'éloigner stoppa Alya et Nino qui froncèrent les sourcils. Marinette tenta de se radoucir pour éviter de créer une esclandre et tira à nouveau sa meilleure amie vers elle.
- Excuse-nous Lila, mais je dois vraiment parler à Alya et Nino, fit-elle d'un ton qui se voulait neutre mais elle ne réussit pas à cacher son agacement.
Sans tenir compte des paroles de Marinette, Lila s'approcha un peu plus d'eux.
- Ladybug et Chat Noir ne pourront rien vous dire de plus, lâcha-t-elle d'un air mystérieux.
Cette phrase suffit à piquer la curiosité d'Alya ; la jeune fille stoppa son mouvement et se tourna vers Lila, attendant visiblement des explications.
- Comment ça ? demanda-t-elle, intriguée.
Mais Nino avait déjà sauté sur Lila.
- Lila, est-ce que tu sais quelque chose sur la disparition d'Adrien ?
Lila prit un air faussement embarrassé et tortilla ses mains jointes devant elle.
- C'est que... Je ne suis pas censée en parler.
- Lila, tu en as trop dit ou pas assez, lança Alya avec un intérêt non dissimulé. Je te promets que ça restera entre nous. On est juste hyper inquiets pour Adrien. Tu nous connais, tu peux nous faire confiance.
Marinette fronça les sourcils ; qu'est-ce que Lila allait encore bien pouvoir inventer ? La jeune italienne ne pouvait clairement pas avoir la moindre information sur Adrien, mais la connaissant, Marinette restait méfiante. Son entrée en matière l'inquiétait au plus au point.
Lila se pencha vers eux sur le ton de la confidence et poussa un léger soupir.
- Je ne devrais pas vous le dire, il m'a fait promettre de garder le secret. Mais je ne peux pas te mentir Nino, tu es son meilleur ami. Et puis je vois bien à quel point vous vous inquiétez pour lui.
Lila plongea son regard dans celui de Nino et lâcha dans un souffle :
- Je sais ce qui est arrivé à Adrien car... Je suis toujours en contact avec lui.
Un silence résonna entre eux, comme si une bombe avait été lâchée. Même Marinette en resta un peu sonnée devant un mensonge aussi éhonté. La jeune fille était bien placée pour savoir que Lila n'avait eu aucun contact avec Adrien depuis vendredi, mais Nino et Alya, eux, n'en savaient encore rien, et Marinette craignait le pire à présent que ses deux amis étaient pendus à ses lèvres. Nino était sincèrement inquiet pour son meilleur ami, et Lila n'hésitait pas à manipuler ses sentiments pour lui donner l'impression d'être en confiance, ce qui écœurait Marinette.
Face à cette prétendue révélation, Nino avait ouvert des yeux grands comme des soucoupes.
- Quoi ? s'exclama-t-il avec agitation. Tu es en contact avec lui ? Est-ce qu'il va bien ? Tu sais où il est ?
Lila fit à nouveau mine d'hésiter, avant de prendre un air conspirateur.
- Oui, je sais où est Adrien.
- Où est-ce qu'il est ? Est-ce que je peux le voir ? s'enthousiasma Nino qui ne tenait plus sur sa chaise tant il était heureux de pouvoir avoir des nouvelles de son meilleur ami après un week-end d'incertitude plus qu'angoissant.
Lila laissa échapper un petit rire compatissant qui hérissa le poil de Marinette.
- Je suis désolée Nino, Ladybug et Chat Noir m'ont fait jurer de garder le secret pour le protéger. Mais je vais voir avec Adrien si je peux vous arranger une entrevue.
- Oh ça serait vraiment génial ! Je ne sais pas comment te remercier Lila !
- Mais de rien Nino, c'est normal, c'est ton meilleur ami après tout. Si je peux vous aider, c'est avec grand plaisir !
Lila était si mielleuse et faussement compréhensive que Nino ne s'offusqua pas une seule seconde du fait que son meilleur ami s'était plutôt soit disant confié à Lila alors qu'Adrien lui avait promis de lui donner directement des nouvelles. Tout ce qui importait à Nino était de savoir qu'Adrien allait bien et qu'il allait pouvoir le revoir. Marinette était révoltée. Et à présent que cette bombe avait été lâchée, elle ne savait plus comment attirer l'attention de Nino et Alya pour rectifier le tir.
- En tout cas, c'est vraiment génial de ta part de continuer à le soutenir comme ça malgré tout ce qu'il a fait, ajouta Lila. Adrien avait vraiment peur de perdre ses amis, mais il voulait tellement aider son père, vous savez à quel point il lui est loyal et dévoué, il...
- Mais attends Lila... Adrien n'aidait pas son père, intervint Nino, les sourcils froncés. Il n'est pour rien dans toute cette histoire.
Lila se pinça les lèvres, comme si elle en avait trop dit et qu'elle s'en voulait terriblement d'avoir laissé échapper une telle information.
- Nino a raison, Adrien n'a rien à voir là-dedans, renchérit Marinette, la mâchoire contractée.
Son regard d'azur habituellement doux lançait à présent des éclairs en direction de Lila. Le reste de la classe qui écoutait leur conversation d'une oreille se rapprocha discrètement d'eux, espérant glaner un semblant d'information sur ce qui était advenu de leur camarade de classe.
Lila se tourna vers Marinette, son regard insondable.
- Marinette, excuse-moi de te contredire mais... tu ne peux pas savoir ce qu'il s'est réellement passé, fit-elle sans ciller.
Marinette aurait voulu répliquer que, au contraire, elle savait exactement ce qu'il s'était réellement passé, mais elle se retint à temps.
La jeune italienne poussa un long soupir avant de reprendre.
- Tout le monde sait à quel point Gabriel Agreste s'est renfermé depuis la disparition de sa femme. Adrien m'a dit que c'est certainement à ce moment-là qu'il est devenu le Papillon. Le chagrin et la douleur, ce sont des choses qui peuvent changer profondément quelqu'un, le transformer en monstre, fit-elle d'un ton miséricordieux.
Lila s'interrompit, comme cherchant ses mots.
- Je pense qu'il n'en fallait pas plus pour « corrompre » les gens autour de lui, à commencer par son fils, dit-elle en mimant les guillemets avec ses doigts avant de serrer ses deux poings sur sa poitrine, comme pour signifier que ce n'était pas de gaîté de coeur qu'elle leur révélait ces informations. Adrien était au courant de ses activités depuis le début.
Juleka qui se tenait derrière elle prit un air horrifié, et Ivan et Mylène se lancèrent un regard empli d'incompréhension.
- Adrien est quelqu'un de bien. Jamais il ne se serait jamais rallié au Papillon, soutint Marinette, les bras croisés sur sa poitrine. Il n'était absolument pas au courant des activités de son père.
- Comment est-ce que tu peux en être aussi sûre, Marinette ? fit Lila, ses grands yeux larmoyants.
- Parce que je le connais, répliqua aussitôt la jeune fille. Et Nino aussi le connaît. Même mieux que n'importe qui. Tous les gens qui le connaissent un tant soit peu sait qu'il serait incapable de faire une chose pareille.
Marinette fut rassurée de voir Nino acquiescer et lança un regard autour d'elle pour chercher du soutien auprès de ses camarades, mais elle se rendit compte avec effroi que certains commençaient à douter.
- C'est vrai qu'il est sympa comme garçon, commença Kim. Mais au final, ça fait quatre ans qu'on est dans sa classe et pourtant, on ne le connaît pas si bien que ça.
- Je ne dis pas que c'est forcément ce qu'il s'est passé, avança prudemment Rose. Mais même la plus adorable et la plus positive des personnes peut basculer du mauvais côté, et Adrien n'avait pas vraiment une vie facile, conclut-elle d'un air peiné.
- Mais comment est-ce que vous pouvez dire des choses pareilles ? s'énerva Marinette, les poings serrés. Adrien est votre ami ! Il doit être en train de vivre un vrai cauchemar, et c'est comme ça que vous le soutenez ?
- Désolée de te dire ça Marinette, intervint Alix en s'avançant. Mais tu n'es pas vraiment la personne la plus objective pour parler d'Adrien dans cette histoire.
- De ce côté-là, elle n'a pas tort, admit Alya en lançant un regard gêné à Marinette. Hey ! Je n'ai pas dit qu'Adrien était le complice du Papillon ! se défendit-elle immédiatement face au regard noir que lui lança sa meilleure amie. Juste que tu n'étais effectivement pas la personne la plus objective pour le défendre. Même s'il est très certainement innocent.
- Comment ça « très certainement » ? s'énerva Marinette. Adrien EST innocent. Tu as entendu Ladybug et Chat Noir aussi bien que moi. Depuis quand est-ce que tu mets leur parole en doute ?
Marinette savait qu'il était mesquin de sa part de brandir la carte « super-héros » face à Alya, mais elle était plus qu'inquiète de voir que même la conviction de sa meilleure amie était en train de vaciller face aux paroles de Lila.
Alya prit une grande inspiration pour ne pas risquer d'irriter encore plus sa meilleure amie et se tourna vers Lila, son côté journaliste reprenant rapidement le dessus.
- C'est vrai Lila, Ladybug et Chat Noir ont pourtant bien annoncé qu'Adrien n'avait rien à voir là-dedans, c'est même lui qui les a prévenus lorsqu'il a découvert ce que son père manigançait ! Alors qu'est-ce qui te fait dire qu'il était du côté de son père ?
- Peut-être qu'il cherchait à se couvrir lorsqu'il a compris qu'ils allaient tomber tous les deux ? proposa Lila, qui semblait ravie du chaos qu'elle venait de créer.
- Non, ce n'est pas possible. Ladybug et Chat Noir ne protègeraient pas Adrien s'ils avaient ne serait-ce qu'un soupçon le concernant, avança Nino qui était resté silencieux jusqu'à présent.
Alya dût bien admettre que son petit-ami marquait un point. Non pas qu'elle doutait de l'innocence d'Adrien, mais cette histoire était bien plus compliquée qu'il n'y paraissait et elle ne voulait négliger aucune piste.
- Merci Nino, fit Marinette qui commençait à monter en pression sans le vouloir. Je vous répète qu'Adrien n'a rien à voir là-dedans. C'est son père le seul coupable dans l'histoire, et il va payer pour ce qu'il a fait.
Elle était excédée de voir à quel point Lila avait réussi en quelques minutes à retourner toute la classe contre Adrien grâce à ses mensonges. Elle décida de changer de tactique et de la confronter directement.
- D'ailleurs, tu as des preuves de ce que tu avances, Lila ? demanda-t-elle soudain en se tournant vers sa camarade de classe qui fit mine de se recroqueviller sur son siège. Pourquoi est-ce qu'on devrait te croire sur parole quand tu nous dis que tu sais où il se trouve ?
Un sentiment d'injustice et de frustration commençait à monter en elle ; elle savait pertinemment que Lila mentait, mais elle-même ne pouvait prouver pourquoi car cela reviendrait à dévoiler le fait qu'Adrien habitait chez elle, et il était hors de question de le jeter ainsi en pâture.
- Marinette, tu comprends bien que je ne peux rien révéler, il en va de la sécurité d'Adrien. J'espère que tu n'es pas jalouse, je sais bien à quel point tu es amoureuse de lui. Mais lorsque Ladybug et Chat Noir m'ont demandé de l'aider après l'arrestation de son père, je ne n'allais tout de même pas le laisser tomber pour ne pas me fâcher avec toi, j'espère que tu comprends. - Pourquoi est-ce que Ladybug et Chat Noir t'ont demandé de l'aide d'ailleurs ? intervint Alya, sincèrement étonnée. Pourquoi est-ce qu'ils sont venus vers toi ?
- Tu sais bien que Ladybug est ma meilleure amie, Alya, fit Lila avec un sourire d'excuse. Je ne peux rien lui refuser.
Marinette était tout bonnement révoltée par ce tissu de mensonges. Elle s'apprêtait à répliquer de façon cinglante mais Alya posa ses deux mains sur ses épaules et l'attira plus loin pour essayer de la calmer.
- Marinette, je sais que tu ne t'entends pas avec Lila, mais tu devrais au moins te réjouir qu'Adrien aille bien et soit en sécurité, même si c'est grâce à elle.
- Non mais tu ne comprends pas, la coupa Marinette d'un air désespéré. Il faut vraiment que je vous parle avec Nino, mais je ne peux pas le faire ici...
- Et toi Chloé, tu as des nouvelles d'Adrien ? demanda subitement Alix, qui écoutait la conversation. Il a dû essayer de te contacter aussi, non ?
Pour toute réponse, Chloé lui lança un regard dédaigneux. Elle semblait étonnamment désintéressée par cette conversation.
- Je peux comprendre qu'Adrien se soit plutôt tourné vers moi, minauda Lila. Tout le monde sait que Chloé et Adrien sont amis, ce n'est un secret pour personne, du coup, Adrien aurait été beaucoup trop exposé. Le pauvre, fit-elle semblant de compatir. Non seulement il n'a plus de famille, mais il est complètement ruiné. Les actions de Gabriel se sont cassées la figure.
Lila soupira dramatiquement.
- Ça doit être difficile pour lui de trouver des gens sur qui compter. Et puis je ne suis pas certaine que Ladybug ait voulu faire appel à Chloé après le fiasco avec Queen Bee, ajouta-t-elle sans pouvoir masquer son sourire perfide, tout en sachant pertinemment qu'elle venait d'asséner le coup de grâce à la fille du maire.
Si Chloé faisait mine de l'ignorer jusqu'à présent, à cette remarque, elle semblait sur le point d'exploser. Une lueur indéfinissable passa dans son regard.
- Vous êtes ridicules, lâcha-t-elle. Complètement ridicules, lâcha-t-elle pour mettre fin à la conversation. Sabrina ! J'espère pour toi que tu as ramené le vernis que je t'avais confié !
La réaction de Chloé déstabilisa Marinette bien plus que tous les mensonges qui sortaient si naturellement de la bouche de Lila : elle s'était attendue à ce que Chloé défende Adrien bec et ongles, mais il y avait visiblement quelque chose qui lui échappait dans son comportement. Elle n'eut pas le temps de se poser plus de questions : Lila se tourna vers Chloé, comme si elle venait soudain de réaliser qu'elle avait peut-être blessé sa camarade sans le vouloir et afficha une mine faussement embarrassée.
- Je suis désolée Chloé, dit-elle d'un air contrit. Peut-être que tu n'étais pas la personne dont il avait besoin à ce moment-là. En tout cas, je suis très touchée qu'il se soit tourné vers moi dans une période aussi compliquée pour lui, et je vous promets que je vais tout faire pour prendre soin de lui.
- J'imagine que c'est Adrien qui a demandé à Ladybug et Chat Noir de nous mettre en contact, continua Lila. On se connait très bien, et il a confiance en moi. On a beaucoup travaillé ensemble pour la marque de son père, et on est très proches tous les deux, si vous voyez ce que je veux dire.
A ces mots, Marinette eut envie de vomir ; comment Lila pouvait-elle insinuer des choses pareilles ? Elle et Adrien ?
- Bon, ça suffit, c'est n'importe quoi ! s'exclama-t-elle en se levant. Lila, arrête de nous mentir et de raconter n'importe quoi sur Adrien, il n'est même pas là pour se défendre, c'est trop facile.
- Mais je ne raconte pas n'importe quoi sur lui Marinette, se défendit Lila. Adrien et moi, c'est suffisamment sérieux pour qu'il ait une confiance absolue en moi. Et je vous fais également confiance, vous me promettez que tout ce que je viens de vous dire restera entre nous ? Vous comprenez, la famille Agreste a fait beaucoup de mal, mais Adrien s'est enfin sorti des griffes de son père et s'est excusé d'avoir aussi mal agi. Tout ce que je veux à présent, c'est le protéger.
- Mais c'est faux ! explosa Marinette. Adrien est une victime du Papillon, il n'a jamais été complice de ce terroriste !
Lila se redressa et se planta devant elle, un sourire perfide étirant ses lèvres.
- Donc tu insinues que Gabriel Agreste s'en serait pris à son propre fils ? Mais enfin Marinette, Adrien est ce qu'il a de plus cher, c'est son mannequin modèle depuis qu'il est né ! Pourquoi est-ce qu'il s'en serait pris à lui ? Ça ne tient pas debout !
Marinette serra les poings ; encore une fois, elle ne pouvait prouver que Lila mentait comme elle respirait, car cela reviendrait à dévoiler beaucoup trop de choses qui étaient censées rester secrètes, et il ne valait mieux pas ouvrir cette boîte de Pandore.
Lila en profita pour enfoncer le clou, et posa une main compatissante sur le bras de Marinette qui recula, comme si ce contact l'avait brûlée. L'air blessé que prit Lila l'agaça au plus au point.
- Marinette, je vois bien que tu es déçue, toi qui comptait tant sur les connexions d'Adrien et de son père pour te faire un nom dans le milieu de la mode. J'imagine que tu espérais certainement faire un stage dans son entreprise... Tu as tellement fait d'efforts pour qu'il te remarque, et maintenant, ta carrière est fichue. Mais je te rassure, moi qui les ai côtoyés personnellement sur les shootings, ça aurait été compliqué pour toi d'entrer chez Gabriel de toute façon, ils ne prennent que l'élite, donc n'aies aucun regrets, vraiment.
Marinette en avait assez entendu ; excédée par ces insultes déguisées, elle s'avança de quelques pas vers Lila, prête à répliquer. Malheureusement pour elle, le sac de la jeune italienne se retrouva subitement sur son chemin, alors qu'elle aurait pu jurer qu'il n'y avait encore rien dans l'allée quelques instants plus tôt.
La scène se déroula comme au ralenti : emportée par son élan, les pieds de Marinette butèrent dans le sac, et avant d'avoir pu se rattraper, elle s'étala de tout son long sur Lila. La jeune italienne laissa échapper un glapissement de douleur et tenta de repousser Marinette en se débattant de façon excessive. Ses gestes étaient visiblement exagérés, mais le reste de la classe n'y vit que du feu : la scène donnait réellement l'impression que Marinette s'était jetée sur elle pour l'agresser, et Lila était ravie d'avoir pu tourner la maladresse notoire de Marinette a son avantage.
Ce fut le moment que choisit Mademoiselle Bustier pour entrer en classe : sidérée, elle découvrit Marinette et Lila, allongées par terre, en train de se débattre pour se relever, tandis que le reste de la classe les regardait sans savoir quoi faire. Ce fut Ivan qui réagit le premier : sans un mot, il attrapa Marinette et la souleva sans effort pour la reposer un peu plus loin. Kim en profita alors pour tendre sa main à Lila et l'aider à se relever, mais la jeune fille se tenait le poignet en gémissant de douleur. Mademoiselle Bustier fronça les sourcils.
- Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? Marinette ? Lila ?
- Marinette m'a fait très mal, mademoiselle, se plaignit Lila, les yeux brillants de fausses larmes. Avec mon arthrite, c'est vraiment douloureux.
- Marinette, la réprimanda Mademoiselle Bustier en se tournant vers elle. Ce genre de comportement est très inhabituel de ta part, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Mademoiselle, je vous jure que je ne lui ai rien fait, je suis juste tombée ! se défendit Marinette en ponctuant son discours par de grands gestes. Je me suis pris les pieds dans son sac en me levant, vous savez bien à quel point je suis maladroite !
- Lila ne s'est pourtant pas fait mal toute seule. Vous allez venir avec moi toutes les deux et vous vous expliquerez auprès de Monsieur le Proviseur. Alya, en tant que suppléante, je te demanderai de garder la classe pendant mon absence.
Marinette ouvrit à nouveau la bouche pour protester mais Mademoiselle Bustier la coupa :
- Marinette, garde tes explications pour Monsieur le Proviseur s'il te plaît. Maintenant, suivez-moi toutes les deux.
Lila se releva tant bien que mal en se tenant le poignet, le visage déformé par une grimace de douleur. Max et Kim s'empressèrent de l'aider à descendre les quelques marches des gradins de la salle, et Lila se dirigea en clopinant vers la sortie, la tête baissée. Marinette se retint de pousser un long soupir d'exaspération face à ses simagrées pour ne pas aggraver son cas, mais elle fulminait intérieurement.
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Une fois dans le bureau du proviseur, Marinette tenta tant bien que mal de se défendre, mais les yeux larmoyants et le cinéma de Lila furent bien plus efficaces que ses arguments pourtant solides. La sentence tomba, implacable : Marinette se retrouvait exclue du lycée pendant deux jours. Face à cette injustice, Marinette protesta avec véhémence, mais elle savait pertinemment que toute cette énergie dépensée ne servirait à rien. Lila avait gagné. Et le sourire venimeux qu'elle lui lança lorsque tout le monde avait le dos tourné lui fit serrer les poings de rage.
Convoqués dans la foulée, ses parents vinrent la récupérer dans le bureau du proviseur, tous deux visiblement peu ravis d'avoir fait le déplacement.
- Mais enfin Marinette, je ne comprends pas, fit son père en poussant la porte de la boulangerie, les sourcils froncés. Depuis quand est-ce que tu te bats avec tes camarades ?
- Pour commencer, ce n'est pas une « camarade », lâcha Marinette avec mauvaise humeur en s'engouffrant à sa suite dans la boutique. Et puis je ne me suis pas battue avec elle, c'est elle qui a fait exprès de mettre son sac sur mon chemin pour que je trébuche et que je lui tombe dessus ! Elle a fait semblant de chouiner pour me faire renvoyer !
- Marinette, ça me paraît un peu tiré par les cheveux cette histoire, intervint sa mère.
- Je vous jure que c'est la vérité ! s'exclama Marinette, exaspérée de devoir se défendre.
Tom poussa un long soupir. Il connaissait sa fille mieux que personne, et il savait qu'elle n'en démordrait pas tant qu'elle n'aurait pas eu le dernier mot dans l'histoire.
Il lança un regard entendu à sa femme et se tourna vers Marinette.
- Monte dans le salon, on te rejoint dans cinq minutes et tu vas nous expliquer tout ça calmement, dit-il d'un ton posé mais qui ne souffrait d'aucune réplique. Allez, monte !
Vexée de voir ses parents douter autant de la véracité de son histoire, Marinette grimpa à l'étage de mauvaise grâce d'un pas lourd et belliqueux. Une fois dans le salon, elle jeta son sac de cours sur le canapé et se mit à faire les cent pas dans un état d'énervement bien avancé.
- Calme-toi Marinette ! murmura Tikki en sortant sa minuscule tête de son sac à main. Je sais bien que c'est injuste mais t'énerver ne résoudra en rien ton problème.
- Je sais bien Tikki, répondit-elle. Mais j'en ai plus qu'assez que Lila s'en tire toujours alors qu'elle ment comme elle respire ! A cause d'elle, je me retrouve avec une nouvelle expulsion sur le dos, et je peux t'assurer que cette fois-ci, ça sera bel et bien consigné dans mon dossier scolaire !
Marinette lâcha un long soupir et se laissa mollement tomber sur le canapé.
- Et mes parents ne me croient même pas, se lamenta-t-elle en cachant son visage dans ses deux mains, ses coudes posés sur ses genoux. Je sens venir la punition alors que je ne l'ai même pas méritée ! C'est complètement injuste !
Pour toute réponse, Tikki lança un regard désolé à sa porteuse, un peu démunie face à la situation.
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Ignorant tout du drame qui s'était déroulé un peu plus tôt en classe, Adrien était toujours allongé sur la banquette, les yeux dans le vague. La poupée Ladybug que Marinette avait confectionnée il y avait déjà plusieurs années de ça avait trouvé refuge dans ses bras croisés tout contre lui, comme une maigre consolation de ne pas avoir la vraie Ladybug auprès de lui pour le moment.
Lorsqu'il entendit les voix de Marinette et de Tikki dans le salon, il eut l'impression que son audition lui jouait des tours ; il se redressa d'un bond et tendit l'oreille afin de s'assurer qu'il ne rêvait pas. Il descendit rapidement, et trouva sa partenaire dans un état d'énervement bien avancé.
- Marinette ? appela-t-il d'une voix étonnée. Qu'est-ce que tu fais à la maison à cette heure-ci ? Tu n'es pas en cours ?
Embarrassée, Marinette se pinça les lèvres et baissa les yeux lorsqu'Adrien arriva à sa hauteur.
- J'ai été renvoyée du lycée, expliqua-t-elle du bout des lèvres. Pendant deux jours.
- Toi ? Renvoyée du lycée ? fit-il d'un air déconcerté. Mais comment ? Ça ne fait même pas une heure que tu es partie !
Marinette releva la tête et soupira.
- Lila, répondit-elle simplement.
A ce nom, le visage d'Adrien se rembrunit. Ce n'était pas la première fois que Lila s'en prenait à Marinette, mais la jeune italienne s'était plus ou moins tenue à carreau ces dernières années, et Adrien aimait croire que leur petit accord y était pour quelque chose. De découvrir qu'elle avait une nouvelle fois créé des problèmes à la personne qui comptait le plus pour lui déclencha en lui une vive colère intérieure.
Il ne montra rien à sa coéquipière, préférant se focaliser sur ce qu'elle ressentait et essayer de la consoler.
Marinette se mordillait la lèvre inférieure, visiblement contrariée.
- Mes parents vont me tuer, dit-elle en regardant le sol.
Adrien se sentait désolé pour elle. Il s'assit à ses côtés sur le canapé et passa son bras autour de ses épaules, dans une tentative de lui remonter le moral.
- J'aimerais tellement pouvoir faire quelque chose pour toi, dit-il.
Marinette haussa les épaules d'un air désemparé, un timide sourire de remerciement suspendu à ses lèvres.
- Tu es adorable Adrien, mais à part me faire dérenvoyer, j'ai bien peur que tu ne puisses pas faire grand chose.
- Et qu'est-ce que tu en sais que je ne peux pas te faire dérenvoyer, hein ? lança-t-il d'un ton léger dans une tentative de dérider sa coéquipière.
Marinette redressa la tête et lui lança un regard dubitatif dans lequel s'alluma une lueur amusée.
- Adrien, je te défend formellement d'envoyer Plagg menacer le proviseur de cataclysmer son bureau !
- Mais enfin, pour qui est-ce que tu me prends ? répliqua Adrien d'un air faussement outré. Je pensais plutôt à cataclysmer directement le lycée. Bien plus efficace comme solution. Car tu ne peux pas être exclue du lycée s'il n'y a plus de lycée, logique non ?
Cet argument était tellement absurde que Marinette éclata de rire.
Adrien était ravi de constater que le moral de sa coéquipière semblait être remonté en flèche, aussi se décida-t-il à continuer dans sa lancée pour tenter de la dérider complètement et de lui faire oublier ce début de matinée désastreux.
- Tu sais quel est le point positif dans cette histoire ? lui demanda-t-il.
Marinette haussa un sourcil, intriguée.
- Le point positif, c'est que je vais pouvoir profiter de toi à la maison deux jours de plus, répondit-il avec un léger sourire.
Au regard à la fois railleur et attendri que Marinette lui lança, il se sentit obligé d'ajouter :
- Oui, je sais, c'est un point positif un poil égoïste. Mais j'assume.
- Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi, mon Chaton ? fit-elle d'un ton faussement las.
Le sourire d'Adrien s'agrandit ; il resserra son étreinte autour de ses épaules et répondit :
- Qu'est-ce que tu ferais sans moi plutôt, tu veux dire.
- Oh, pas mal de choses en fait, répliqua Marinette en faisant mine de réfléchir, mais elle poussa un cri de surprise lorsqu'Adrien la chatouilla légèrement de son autre main en représailles.
Leur bonne humeur retomba instantanément lorsque Tom et Sabine pénétrèrent dans l'appartement. Marinette savait pertinemment qu'elle allait avoir droit à de belles remontrances ; ses parents avaient beau être compréhensifs, ils n'allaient certainement pas prendre une exclusion de deux jours à la légère. D'autant plus que ce n'était pas la première fois que le cas se produisait, même si le premier renvoi s'était soldé par un non-lieu, sans que Marinette n'ait pu bien en comprendre la raison.
Tom se planta à côté des deux adolescents, toujours assis sur le canapé.
- Adrien, mon grand, tu peux nous laisser un instant ?
Adrien acquiesça timidement et se leva, non sans un dernier regard de soutien en direction de sa partenaire, et Marinette lui tendit son petit sac à main rose sans un mot. Le jeune homme comprit le message et grimpa les marches jusqu'à la chambre de Marinette sans se retourner. Une fois en haut, il libéra Tikki et ne put s'empêcher de rester près de la trappe restée ouverte, espérant saisir des bribes de la conversation, les deux kwamis perchés sur son épaule.
- Marinette, commença sa mère. Qu'est-ce qui s'est passé pour que vous vous soyez retrouvées à vous battre comme ça toutes les deux ?
- Mais combien de fois il va falloir que je vous le dise ! Je vous jure que je ne l'ai pas agressée ! s'exclama Marinette avec de grands gestes pour corroborer ses dires. Depuis le temps que je vous parle d'elle, vous devriez pourtant savoir que Lila n'est qu'une menteuse ! C'est loin d'être la première fois qu'elle essaie de me créer des ennuis !
- Mademoiselle Bustier a pourtant assisté à la scène et vous étiez bien en train de vous battre, rien à voir avec des mensonges cette fois-ci, objecta son père en fronçant les sourcils.
- C'était un malentendu ! Lila était en train de raconter n'importe quoi pour faire son intéressante, et lorsque je me suis énervée et que je me suis approchée d'elle, son sac s'est retrouvé comme par magie sur mon chemin et je me suis pris les pieds dedans. C'est comme ça que je suis tombée sur elle, ce n'est pas parce que j'ai voulu l'agresser ! Mais elle en a profité pour faire tout un cinéma pour me faire renvoyer.
- Ma chérie, même si Lila était en train de raconter des histoires, pourquoi est-ce que tu t'en es mêlée ? Tu n'avais qu'à l'ignorer, lui fit remarquer son père.
Marinette se mordit les lèvres.
- Non, je ne pouvais pas l'ignorer justement.
- Pourquoi donc ? demanda sa mère, les sourcils froncés.
La pause que fit Marinette avant de reprendre la parole résonna dans le salon.
- Parce qu'elle était en train de raconter des choses horribles sur Adrien.
Tom et Sabine se lancèrent un regard entendu.
- Je comprends mieux, finit par dire son père.
- Je ne pouvais pas rester sans rien faire ! reprit Marinette, bien décidée à se défendre jusqu'au bout. Lila était en train d'essayer d'embobiner toute la classe, les autres commençaient même à douter de l'innocence d'Adrien alors qu'il n'y est absolument pour rien dans toute cette histoire. Il n'était même pas là pour se défendre, c'est trop facile de l'attaquer dès qu'il a le dos tourné... Je suis tellement déçue, on n'était vraiment pas nombreux à le défendre au final. C'est pour ça que je me suis embrouillée avec Lila. Mais jamais je ne me suis battue avec elle, je vous le jure !
Dans la chambre à l'étage, Adrien était sidéré en découvrant la raison du renvoi de Marinette. Il était à la fois énervé par l'idée que Lila répandait des mensonges dans son dos et touché de voir à quel point Marinette le défendait bec et ongles au point d'en avoir été sévèrement et injustement punie.
Tikki voletait à côté de lui, et Adrien sentit ses épaules s'affaisser.
- Je ne fais que créer des ennuis à Marinette... Je m'en veux de lui pourrir la vie comme ça.
- Ce n'est pas de ta faute Adrien, le rassura Tikki. Et puis tu connais Marinette, elle ne supporte pas l'injustice, elle ne serait jamais restée sans rien faire.
Adrien échangea un regard avec le petit kwami, visiblement ému.
- Elle est vraiment géniale, hein Tikki ?
Tikki acquiesça avec un grand sourire en pépiant gaiement.
- La meilleure, confirma-t-elle.
oOo
A l'étage du dessous, la discussion était toujours houleuse. Tom et Sabine cherchaient vraiment à comprendre leur fille et d'apaiser son esprit buté. Ils voyaient bien à quel point elle était sincère, mais être renvoyée deux jours du lycée n'était pas un incident anodin pour qu'ils puissent passer l'éponge aussi facilement.
- Ecoute ma chérie, commença Tom, qui essayait de faire la part des choses. Nous comprenons que tu aies voulu défendre Adrien. Il a vraiment de la chance d'avoir une amie comme toi. Tu es une personne loyale et forte, et nous sommes fiers de toi.
Tom fit une pause pour se racler la gorge, et Marinette lui lança un regard blasé.
- ... mais je suis punie, acheva-t-elle, vocalisant le non-dit implicite qui planait entre eux.
- ... mais tu es punie, conclut Tom d'un air désabusé. C'est une année décisive, tu as le bac dans quelques mois, ce n'est pas le moment de rater des cours. Tu comprends bien que c'est tout de même grave de se retrouver exclue du lycée et qu'on ne peut pas laisser passer ça.
Marinette baissa les yeux ; elle comprenait la position de ses parents, mais le sentiment d'injustice qu'elle ressentait lui tenaillait l'estomac.
- Puisque tu ne vas pas en cours ni aujourd'hui ni demain, tu vas nous aider à la boulangerie, d'accord ? fit Sabine. Il y a la mise en place à faire avant l'ouverture à midi, et une fois la journée finie, tu feras tes devoirs et tu rattraperas les cours que tu as manqué. Pas de jeux vidéo, pas de couture, et surtout, pas de téléphone, ajouta-t-elle en tendant sa main vers sa fille pour lui faire signe de lui donner son portable.
Marinette poussa un long soupir mais ne fit aucun mouvement coopératif.
- Allez, dépêche-toi, insista Sabine qui commençait à montrer des signes d'impatience. Et tu arrêtes de soupirer comme ça s'il te plaît.
- Oui maman, soupira-t-elle avant d'avoir pu s'en empêcher, et afficha aussitôt une grimace d'excuse face au regard noir de sa mère. Je peux quand même envoyer un message à Alya pour la prévenir que je ne pourrai pas communiquer avec elle avant mercredi ?
Sabine acquiesça et récupéra le téléphone de Marinette une fois son message envoyé.
- Prends ton tablier et rejoins-nous en bas, on a du pain sur la planche, dit Tom. Sans mauvais jeu de mot bien entendu, ajouta-t-il avec un clin d'œil, ce qui arracha malgré tout un léger sourire à Marinette.
- Adrien aurait aimé ce jeu de mots, pensa-t-elle en levant machinalement les yeux vers sa chambre, mais malgré la trappe ouverte, Marinette ne pouvait savoir s'il avait entendu la conversation ou non.
Une fois Tom et Sabine descendus à la boulangerie, un grand silence tomba dans l'appartement, et Marinette se sentit dégringoler du haut de sa colonne vertébrale. Qu'est-ce qu'elle pouvait détester Lila !
Constatant que Sabine et Tom étaient redescendus à la boulangerie, Adrien en profita pour rejoindre Marinette. Il voyait bien que cette histoire lui avait miné le moral, et il n'aimait pas la voir aussi abattue. D'autant plus qu'il se sentait terriblement coupable de ce qu'il lui arrivait. Espérant pouvoir lui apporter un peu de réconfort, il s'approcha d'elle et passa tendrement son bras autour de ses épaules.
- Hey Princesse, fit-il avec une voix emplie d'affection. Ça va aller ?
Contre toute attente, Marinette lui lança un drôle de regard et se mit à rire doucement, arrachant un regard interloqué à Adrien. Elle releva la tête et rit de plus belle face à son expression complètement surprise.
- Je viens de me rappeler de la fois où tu m'as appelée « Princesse » ! expliqua-t-elle. C'est tellement drôle quand j'y repense, maintenant que je sais que c'était toi en fait !
Adrien mit quelques instants avant de comprendre à quoi elle faisait référence, mais lorsque la scène lui revint, son visage se renfrogna.
- Hey ! J'avais été parfaitement chat-rmant avec toi ! Un vrai gentleman ! s'exclama-t-il les joues légèrement rouges, en croisant les bras sur sa poitrine d'un air vexé.
De son côté, Marinette ne semblait plus pouvoir s'arrêter de rire.
- Tu as fait des flexions avec tes bras pour me montrer tes biceps ! s'esclaffa-t-elle avec bonne humeur. Maintenant que je sais que c'était toi, cette scène me paraît tellement surréaliste !
- Surréaliste, carrément ! fit Adrien en haussant un sourcil.
L'hilarité de Marinette retomba légèrement en voyant l'expression vexée d'Adrien.
- Oui, parce que... enfin... Jamais je n'aurais pu imaginer Adrien Agreste faire ça. Même pour Chat Noir, c'était déjà très excessif comme comportement, alors venant de toi, vraiment, je crois que je ne vais jamais m'en remettre. Et pourtant vous êtes la même personne, mais euh... oui, c'est un peu surréaliste quand j'y repense.
Adrien resta un instant silencieux, et Marinette eut peur de l'avoir réellement vexé. Ce n'est que lorsqu'il reprit la parole qu'elle réalisa qu'il cherchait à recomposer la scène dans son esprit et d'analyser sa réaction un peu trop spontanée.
- Tu sais, je crois que c'était surtout parce qu'on n'était pas forcément très proches à l'époque. Je... j'avais l'impression que tu ne m'appréciais pas trop, avoua-t-il en se passant une main sur la nuque d'un air embarrassé. Inconsciemment, je crois que je voulais désespérément te prouver que je pouvais être ton ami, je voulais que tu m'apprécies. Ou du moins, que tu apprécies Chat Noir vu que tu n'appréciais pas Adrien plus que ça.
- Mais je t'appréciais ! Je t'apprécie Adrien ! s'écria Marinette, scandalisée à l'idée qu'Adrien ait cru ne serait-ce qu'un instant le contraire.
- Maintenant, je le sais, la rassura-t-il avec un sourire. Mais quand on s'est rencontrés, on avait plutôt mal démarré tous les deux.
Marinette lui lança un regard légèrement blasé.
- Adrien, je venais de retrouver un garçon que je n'avais jamais vu de ma vie à genoux devant mon siège en train d'y coller un chewing-gum, comment est-ce que tu voulais que je réagisse ?!
- Je te jure que ce n'était pas moi qui l'avait mis là !
- C'est ce que tu dis, mais le contraire n'a jamais été prouvé à ce que je sache, le taquina-t-elle.
Pour toute réponse, Adrien lui tira la langue. L'air goguenard de Marinette se mua en une expression plus sérieuse, et lorsqu'elle reprit la parole, ce fut avec beaucoup de douceur dans le ton de sa voix.
- Je suis désolée si tu as cru que je ne t'appréciais pas, lui dit-elle, le cœur un peu serré à cette idée. Je... Je ne suis pas forcément quelqu'un de très doué pour exprimer ce que je ressens.
- Ne t'inquiète pas, c'était juste un malentendu.
- Mais même sans ça, je suis sûre que tu en aurais quand même fait des tonnes, je me trompe ? ajouta-t-elle, une lueur de malice se rallumant dans ses yeux bleus.
Adrien soutint son regard, comme pour lui prouver le contraire, mais sa poitrine se dégonfla légèrement et il préféra opter pour une réponse sincère.
- On se côtoyait quasiment tous les jours dans la vraie vie, alors j'ai un peu forcé le trait, j'avoue. Je pense que tu m'aurais certainement démasqué sinon. Il fallait bien que je fasse diversion pour que tu ne soupçonnes rien. Et puis tu avais l'air si enthousiaste que j'ai tout donné pour essayer de t'épater. La seule chose, c'est que je ne me doutais pas que j'étais en train de faire le cabotin devant ma Lady elle-même. Tu as sacrément dû te moquer de moi.
Le sourire taquin de Marinette s'agrandit.
- J'avoue que je me suis un peu moquée de toi. Mais c'est fou à quel point tu es différent quand tu es Chat Noir, jamais je n'aurais pu le croire si je ne t'avais pas vu te transformer devant moi.
- Tu me trouves si différent que ça ? demanda Adrien, une pointe d'étonnement dans le ton de sa voix.
Prise de court, Marinette considéra la question, les pommettes légèrement roses.
A l'époque, jamais elle n'aurait pu imaginer que les deux garçons n'étaient qu'une seule et même personne. Mais aujourd'hui, elle prenait conscience que les limites qu'elle croyait nettes entre les deux garçons étaient en réalité très poreuses ; l'attitude de Chat Noir lorsqu'il laissait tomber un bout de sa carapace était aussi réservée et sincère que celle d'Adrien, elle en avait eu un petit aperçu ce fameux soir de la Saint Valentin sur son balcon, et le jeune homme, de son côté, laissait de plus en plus transparaître le comportement de son alter-ego félin dans la vie de tous les jours.
Marinette se mit à rougir en repensant avec honte à la façon dont elle avait idolâtré Adrien pendant des années. Elle qui se croyait différente de toutes ces filles qui ne voyaient en lui que sa célébrité ou bien son joli minois réalisait à présent que son propre comportement n'était guère différent. D'avoir découvert qu'il était également Chat Noir lui avait fait prendre conscience qu'elle s'était créée une image de son camarade de classe qui était bien loin de la réalité. Il était grand temps de le descendre de son piédestal.
- Maintenant que je te connais un peu mieux, ça ne m'étonne plus vraiment, c'est vrai, admit-elle. Je me rends compte que je ne te connaissais pas aussi bien que je le croyais en fait.
Marinette sentait ses joues chauffer, et elle espérait de tout coeur que son visage avait conservé une couleur à peu près normale. Elle redressa la tête, espérant ainsi se donner une assurance qu'elle était bien loin de ressentir.
- Mais après tout moi non plus je ne suis pas la même quand je suis Ladybug, se défendit-elle.
Adrien secoua négativement la tête.
- Je ne suis pas d'accord. Maintenant que je sais que tu es Ladybug, ça saute aux yeux que vous ne pouviez être qu'une seule et même personne.
- Mais Ladybug n'est pas aussi tête en l'air et maladroite que Marinette, objecta-t-elle d'un ton plus défaitiste qu'elle ne l'aurait voulu.
Contre toute attente, Adrien laissa échapper un petit rire.
- Tu as déjà oublié le jour où on s'est rencontrés, Miss Maladroite ? Tu es littéralement tombée du ciel et tu m'as à moitié assommé avec ton yo-yo !
Le visage de Marinette prit la couleur du soleil levant, et elle éclata d'un rire embarrassé.
- Tu te souviens de ça ?
- Bien sûr ! Comment est-ce que j'aurais pu oublier le plus beau jour de ma vie ? s'exclama Adrien avec un clin d'œil.
Si les joues de Marinette étaient déjà très rouges, à cette remarque, son visage entier s'empourpra violemment.
Sans se rendre compte de l'embarras dans lequel sa déclaration avait plongé sa coéquipière, Adrien continua sur sa lancée.
- Et Marinette n'hésite pas à défendre les gens, surtout quand elle estime qu'il y a une injustice, elle est passionnée, talentueuse, créative, déterminée, et elle sait ce qu'elle veut, énuméra-t-il en dépliant ses doigts au fur et à mesure. Quoi que tu en dises, pour moi, tu as toujours été Ladybug. Avec ou sans ton masque.
- C'est ce que je lui dis tout le temps ! pépia Tikki qui voletait à ses côtés. Elle est Ladybug, avec ou sans pouvoirs magiques !
Le visage d'Adrien s'éclaira d'un doux sourire alors qu'un détail lui revenait à l'esprit.
- Notre Ladybug du quotidien est Ladybug tout court en fait ! réalisa-t-il avec un air rêveur qui fit rougir Marinette de plus belle. Tu vois, tu es 100% Ladybug.
Marinette se pinça les lèvres, ne sachant plus quoi dire. Elle qui avait toujours cru qu'Adrien ne s'était jamais vraiment intéressé à elle réalisait qu'il avait toujours été beaucoup plus attentif que ce qu'elle voulait bien croire. Et ironiquement que c'était elle qui clamait à qui voulait bien l'entendre qu'elle connaissait tout sur Adrien dans les moindres détails qui dut bien admettre que c'était loin d'être le cas.
- MARINETTE !
La voix tonitruante de Tom résonna dans la cage d'escalier, faisant sursauter les deux adolescents. Leur bonne humeur retomba d'un coup, et Marinette lança un regard éteint à Adrien ; il était grand temps qu'elle descende rejoindre ses parents.
Alors qu'elle s'apprêtait à sortir, Marinette se rendit compte qu'une lueur d'espièglerie s'était allumée dans les yeux d'émeraude de son coéquipier.
- Je te dépose ? lui demanda-t-il en lui tendant sa main avec une courbette.
Marinette lui lança un regard interloqué, ne voyant pas où il voulait en venir. Avant qu'elle ne comprenne ce qu'il s'apprêtait à faire, Adrien s'approcha d'elle et lui tourna subitement le dos en s'accroupissant. Il se pencha en avant tout en glissant ses mains derrière les genoux de sa coéquipière qui se retrouva hissée sur son dos. Un glapissement de surprise passa ses lèvres et elle eut juste le temps de jeter ses deux bras autour du cou d'Adrien pour se stabiliser.
Adrien se mit debout et tourna la tête vers elle, un grand sourire illuminant ses traits.
- Ton chat-valier servant est arrivé ! s'exclama-t-il d'un ton théâtral.
A cheval sur son dos, Marinette éclata de rire.
- Chat-valier !? gloussa-t-elle d'un air moqueur. Tu fais beaucoup mieux que ça, d'habitude !
Adrien fit mine de ne pas avoir entendu la remarque de sa coéquipière et se mit à galoper en rond dans le salon avec Marinette sur son dos.
- Vers l'infini et la boulangerie ! s'exclama Adrien en tendant son poing de façon héroïque devant lui en direction de la porte d'entrée.
- Merci Buzz l'Eclair au chocolat, lança Marinette qui ne pouvait plus s'arrêter de rire tant la bonne humeur d'Adrien était communicative. Est-ce que tu peux me reposer s'il te plaît, avant de donner une raison de plus à mes parents de me punir encore plus sévèrement ?
- Bon d'accord, mais seulement si tu gardes ton sourire.
L'expression sarcastique qu'arborait Marinette se mua en un sourire empli de tendresse. Au lieu de redescendre, elle resserra un instant son étreinte autour des épaules d'Adrien et posa sa tête contre lui, cherchant du réconfort. Elle ne pouvait pas voir l'expression de son coéquipier, mais celui-ci sentait son cœur battre un peu plus vite. A contrecoeur, Adrien la laissa doucement redescendre sur le plancher et Marinette se pencha pour lui déposer un baiser sur la joue.
- Merci Chaton, dit-elle d'un air un peu timide. Je crois que j'en avais besoin.
- A ton service, Princesse, lui répondit-il en insistant sur le surnom d'un air espiègle, ce qui eut pour effet de faire rougir Marinette. A tout à l'heure, travaille bien.
Marinette s'éloigna avec un signe de la main et disparut dans la cage d'escalier. Adrien la suivit du regard, et lorsqu'il se fut assuré que sa coéquipière avait rejoint ses parents à la boulangerie, toute trace d'amusement disparut de son visage. Le poing serré, il vérifia sa montre : dix heures moins le quart. Parfait.
Il grimpa quatre à quatre l'escalier qui menait à la chambre de Marinette et chercha son kwami du regard. Il le retrouva en semi-coma, le ventre bien rond, roulé en boule dans une boîte de camembert vide.
- Plagg, je vais avoir besoin de toi, annonça-t-il, l'expression de son visage soudain dure, insondable.
- Mmmmhquoi ? marmonna Plagg avant de se retourner dans sa boîte.
Mais Adrien ne lui laissa pas le temps de se rendormir. Il tendit son poing devant lui et s'écria :
- Plagg, transforme-moi !
Le petit kwami se réveilla en sursaut en se sentant aspiré dans la bague d'Adrien, et s'écria quelque chose qui sonnait vaguement comme « C'est de la maltraitance animale ! » avant de disparaître. Quelques secondes plus tard, Chat Noir se tenait sur le lit de Marinette, prêt à déverrouiller la lucarne qui menait à la terrasse.
Tikki voleta vers lui d'un air un peu inquiet, mais Chat Noir se tourna vers elle, posant un doigt sur ses lèvres.
- Je reviens, Tikki. Pas un mot à Marinette s'il te plaît.
Tikki acquiesça avec une certaine méfiance, mais Chat Noir avait déjà bondi sur la terrasse. Il se redressa et déplia son bâton pour se propulser le plus haut possible.
L'air frais qui fouetta son visage lui fit le plus grand bien. Il bondit de toit en toit en faisant quelques pirouettes pour se dégourdir les jambes avant d'atterrir sans un bruit sur le toit du bâtiment voisin. Il s'arrêta, visiblement satisfait : il venait d'atteindre sa destination.
La cour du lycée en contrebas était encore déserte, mais la sonnerie qui annonçait la pause retentit. Chat Noir s'empressa de se disparaître dans l'enceinte du bâtiment et de trouver une cachette avant que la cour ne se remplisse d'élèves et qu'il ne soit repéré.
Il n'avait besoin de voir qu'une seule personne aujourd'hui.
Dissimulé dans un recoin sombre de la cour, Chat Noir scannait les environs d'un regard sévère, son bâton rétracté serré dans son poing. Il espérait que la personne qu'il cherchait était bien présente dans l'enceinte du lycée.
La deuxième sonnerie retentit, et la cour se vida rapidement. Légèrement frustré, Chat Noir s'apprêtait à abandonner ses recherches lorsqu'il repéra soudain une silhouette visiblement en retard qui se hâtait vers sa salle de classe. Les lèvres du super-héros s'incurvèrent et il se redressa, telle une panthère prête à bondir sur sa proie. Son poing se resserra autour de son bâton, et il eut toutes les peines du monde à garder son calme. Ce n'était pas le moment de perdre son sang-froid.
Lorsque la silhouette passa à proximité de lui dans un couloir désert, il n'attendit plus et s'élança vers elle. Surprise, la personne eut un mouvement de recul lorsqu'il atterrit devant elle en lui bloquant le chemin.
Un feulement sourd sortit de la gorge de Chat Noir.
- Lila Rossi, fit-il d'un ton sec en se dressant de toute sa hauteur devant elle. Il faut qu'on parle.
oOo
Pendant ce temps, Marinette travaillait dur à la boulangerie, pleine de bonne volonté pour montrer à ses parents qu'elle prenait sa punition au sérieux. Les clients s'enchaînaient et la boulangerie ne désemplissait pas.
En fin d'après-midi, elle entendit la cloche du lycée retentir au loin annonçant la fin des cours de la journée, et elle éprouva un brin de jalousie doublé d'une vive inquiétude de voir ses camarades sortir du bâtiment et se saluer joyeusement avant de se séparer. Elle aurait nettement préféré être en cours car elle craignait que la situation ne se soit envenimée en son absence, mais elle ne pouvait rien faire d'autre à part prendre son mal en patience. Elle comptait vraiment sur Alya pour lui rapporter ce qu'il s'était passé dans la journée dans les moindres détails lorsqu'elle retournerait en cours.
oOo
Après avoir vu leur fille trébucher d'épuisement pour la quatrième fois en une heure, Tom et Sabine eurent visiblement pitié d'elle et fermèrent un instant la boulangerie pour qu'ils fassent une pause en famille et libérer Marinette par la même occasion pour qu'elle puisse rattraper ses cours.
Alors qu'ils remontaient tous les trois à l'appartement, ils entendirent le téléphone sonner à travers la porte. Sabine s'empressa d'entrer pour décrocher et s'isola dans la cuisine tandis que Tom installait une assiette de pâtisseries sur la table du salon en prévision du goûter. Marinette se laissa tomber la tête la première sur le canapé à côté d'Adrien qui s'était lancé dans une partie de Ultimate Mecha Strike IV en les attendant, et le jeune homme lui lança un regard compatissant. Il mit le jeu en pause et s'apprêtait à essayer de la réconforter, mais Marinette se redressa d'un bond en entendant sa mère prononcer son nom au téléphone. Elle tendit l'oreille, les sourcils froncés. Adrien s'était également retourné, et tous deux fixaient Sabine depuis le canapé en se demandant qui pouvait bien être à l'autre bout du fil. Tom avait également interrompu son mouvement pour écouter.
- ... donc elle est autorisée à retourner en cours dès demain et son renvoi ne sera pas consigné dans son dossier scolaire ?
A ces mots, Marinette dévisagea sa mère, dont l'expression surprise reflétait son propre étonnement : avait-elle bien entendu ? Que s'était-il passé qui justifiait un tel revirement de situation ?
- ... très bien, je la préviens immédiatement. Je vous remercie monsieur le Proviseur, bonne fin de journée.
Sabine raccrocha et s'empressa de les rejoindre dans le salon.
- Marinette, c'était le proviseur. Ton renvoi est apparemment levé, tu peux retourner en cours dès demain matin.
- Mais comment c'est possible ? s'exclama Marinette en lançant un regard éberlué à Adrien qui se contentait d'afficher un sourire jusqu'aux oreilles.
- Il semblerait que Lila ait témoigné en ta faveur, expliqua sa mère. Elle a fait une déclaration comme quoi tout cela n'était qu'un horrible malentendu, que tu lui avais effectivement fait mal mais que tu n'avais pas fait exprès, je cite « C'est un accident, ce n'est pas la faute de Marinette, vous la connaissez, elle est tellement maladroite », imita Sabine avec un sourire entendu.
En voyant l'air renfrogné de sa fille, Sabine ajouta :
- Ne fais pas cette tête ma chérie, tu ne peux pas dire qu'elle raconte des mensonges cette fois-ci, dit-elle avec amusement. Lila a confirmé ce que tu nous as dit, que tout le monde a cru que tu l'avais agressée mais que ce n'est pas vrai du tout, que tu as simplement trébuché et que tu es tombée sur elle. Elle a précisé qu'elle savait que jamais tu ne pourrais lui faire de mal intentionnellement car vous êtes amies et qu'elle t'apprécie beaucoup, c'est pour ça qu'elle tenait à rétablir la vérité.
Marinette était partagée entre un sentiment d'incrédulité totale et une colère sourde qu'elle peinait à contenir. Elle ne comprenait plus rien. Dans ses mensonges à peine déguisés, Lila l'avait pourtant défendue et avait rétabli la vérité sur ce qui s'était passé en classe. Pourquoi ce revirement d'attitude alors que la jeune italienne semblait pourtant plus que ravie d'avoir réussi à la faire renvoyer ? Toute cette histoire cachait quelque chose.
Marinette sentit soudain la main d'Adrien se poser sur son épaule ; le jeune homme lui adressa un sourire radieux, visiblement heureux que cette histoire se soit bien terminée pour elle. Son sourire la détendit instantanément, et elle préféra se focaliser sur le positif de cette histoire au lieu de ruminer une hypothétique vengeance envers Lila. Elle espérait simplement que la jeune italienne se tienne à carreaux lorsqu'elle retournerait en cours le lendemain.
oOo
Lorsque les deux adolescents se couchèrent ce soir-là, Tikki ne put s'empêcher de dévisager Adrien d'un regard suspicieux, mais le jeune homme affichait une expression si innocente et heureuse que le petit kwami ne préféra pas se poser plus de questions.
*soupire* Je ne saurai jamais écrire des chapitres courts je crois...
Alors, à votre avis, que s'est-il passé lors de la petite entrevue entre Chat Noir et Lila ? 😏
