Résumé des chapitres précédents :

Adrien apprend petit à petit à vivre sa nouvelle vie avec Marinette, Sabine et Tom et s'ouvre de plus en plus. Mais il ne peut s'empêcher de se sentir coupable d'avoir envoyé son propre père en prison.


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CHAPITRE 17

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- Je ne sais pas si Tom et Sabine seront d'accord, il faut que je leur demande, fit Adrien en se passant la main sur la nuque d'un air gêné, son téléphone collé à son oreille.

- Mec, fit Nino à l'autre bout du fil. On parle de Sabine et Tom là, pas de ton daron ! Demande-leur, je suis sûr qu'il n'y aura pas de problème !

- Ok, je te rappelle !

Adrien raccrocha, des sentiments contradictoires se lisant sur son visage. Il prit une grande inspiration et descendit dans le salon où Tom et Sabine s'affairaient à préparer le déjeuner. Leurs visages s'éclairèrent comme toujours lorsqu'ils apercevaient Adrien, et leurs mines chaleureuses mirent le jeune homme en confiance.

- Ça va mon grand ? fit Tom en lui donnant une grande tape affectueuse dans le dos qui le fit avancer d'un pas malgré lui.

- Oui oui... ça va, répondit en se redressant.

Il prit une grande inspiration et se planta devant eux.

- En fait, euh... J'ai quelque chose à vous demander, annonça-t-il timidement.

Voyant qu'il avait toute leur attention, il se lança.

- En fait, Nino m'a invité chez lui ce soir, est-ce que... est-ce que je peux y aller ? demanda-t-il d'une voix qu'il aurait voulue plus sûre.

Il avait beau savoir tout au fond de lui qu'il ne devait pas craindre la réponse de Tom et Sabine, quelle qu'elle soit, c'était malgré tout la toute première fois qu'il osait formuler une demande auprès d'eux et il appréhendait tout de même un peu leur réponse.

La réaction spontanée de Sabine ne se fit pas attendre.

- Bien entendu mon chéri, tu dois en avoir marre de rester enfermé ici, profites-en !

- Vr-vraiment ? fit-il, légèrement incrédule d'avoir obtenu instantanément une réponse aussi positive aussi rapidement. Ça ne vous dérange pas ?

- Bien sûr que non, mon grand ! Pourquoi est-ce que ça nous dérangerait ? Tu peux aller voir tes amis quand tu veux, préviens-nous simplement pour nous dire où tu es qu'on ne s'inquiète pas.

Adrien acquiesça vivement, un grand sourire suspendu à ses lèvres. Il était touché de voir que les parents de Marinette lui faisaient confiance ; il n'était décidément pas habitué à une telle flexibilité, et surtout, à une telle liberté.

Adrien s'apprêtait à remonter à l'étage pour se dépêcher de rappeler Nino et lui annoncer la bonne nouvelle, mais Tom l'interrompit.

- Attends un instant fiston, tiens !

Adrien le vit essuyer ses mains pleines de farine sur son tablier et fouiller dans une de ses poches avant de lui tendre une clé. Adrien ouvrit les yeux ronds en comprenant ce que cela signifiait.

- Ça sera quand même plus simple pour toi que tu aies la clé de la maison, expliqua Sabine. Tu pourras aller et venir comme tu veux comme ça. On voulait te la donner plus tôt mais Tom ne savait plus où il avait mis ce double, il l'a retrouvée ce matin dans la poche d'un de ses vieux tabliers, ajouta-t-elle en jetant un regard à la fois las et amusé à son mari qui eut une moue d'excuse.

Adrien ne savait plus quoi dire ; lui qui n'avait jamais possédé la clé de sa propre demeure était complètement sonné par ce geste.

- Merci, articula-t-il en prenant la clé avec une main légèrement tremblante. Merci beaucoup.

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Nino avait profité du fait que ses parents s'étaient absentés et que son petit frère était en vacances chez leurs grands-parents pour inviter Adrien chez lui. Il avait hâte de pouvoir passer du temps avec son meilleur ami sans se soucier de ce que son père pouvait bien en dire.

A peine Adrien arrivé, les deux garçons commandèrent des pizzas et se lancèrent dans une partie de jeux vidéo endiablée ; tous les deux étaient ravis de se retrouver.

La soirée passa à la vitesse de l'éclair, et ils furent infiniment déçus de constater qu'il était temps pour Adrien de rentrer.

Pendant que son meilleur ami rassemblait ses affaires, Nino vérifia rapidement son téléphone et vit qu'il avait un SMS d'Alya.

« Alors, tu lui as dit que Chloé n'avait même pas lu son mot ? »

Nino lâcha un soupir avant de taper rapidement une réponse.

« Non... J'y arrive pas »

« NINO ! Il va finir par se demander pourquoi il n'a pas eu de ses nouvelles ! Tu préfères attendre qu'il te pose la question et devoir lui annoncer de but en blanc que Chloé a mis son mot à la poubelle sans même le déplier et qu'il comprenne qu'on lui a caché ça ? »

- Nino ? appela Adrien depuis l'entrée. J'y vais !

Nino poussa un autre soupir ; il savait bien qu'Alya avait raison, mais l'attitude de Chloé vis-à-vis d'Adrien était vraiment déroutante.

« Je sais bien mais il me faut un peu plus de temps. Ça va le démoraliser... Non mais c'est quoi son problème à cette pimbêche, sérieux ? »

« Son problème, c'est que c'est une c****, c'est tout »

Nino laissa échapper un petit rire et tapa rapidement un dernier message avant de remettre son téléphone dans sa poche et il s'empressa de rejoindre Adrien sur le palier ; son meilleur ami avait remis le déguisement de Marinette avec lequel il était venu pour être tranquille et s'emmitoufla dans son manteau d'hiver. Les deux garçons se promirent mutuellement de se refaire ce genre de soirées dès que possible, et Adrien rentra rue Gotlib le cœur léger, impatient de retrouver Marinette et ses parents pour leur raconter sa soirée.

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A mesure que les jours passaient, Adrien sortait de plus en plus : invitations chez Nino et balades à vélo avec Marinette faisaient à présent partie de son quotidien. Il aimait pouvoir enfin faire des expositions ou bien aller au cinéma pour le plaisir, et non pas parce qu'il avait un évènement à promouvoir ou bien un spot de publicité à tourner. Rien que de déambuler sans but dans les rues de Paris seul ou bien avec ses amis le mettait en joie, et il redécouvrait la ville dans laquelle il était pourtant né avec un tout autre œil. Il aimait également proposer à Marinette de sortir courir avec lui après les cours, et leurs alter egos s'échappaient aussi parfois au creux de la nuit lorsque l'envie d'aller se promener sur les toits de Paris se faisait trop pressante.

En journée, Adrien se grimait toujours consciencieusement avec les accessoires de Marinette pour ne pas être reconnu, et pour le moment, personne ne l'avait importuné.

Il continuait également les cours à distance, mais Marinette venait régulièrement manger avec lui les midis, souvent accompagnée de Nino et Alya. Marinette les invitait chez elle dès qu'elle pouvait pour qu'ils puissent aussi passer du temps avec Adrien, et Sabine et Tom les encourageaient également à venir le plus possible.

- Vous savez que vous êtes les bienvenus quand vous voulez les enfants, se plaisaient-ils à leur répéter.

Cette vie secrète et paisible était toujours parfois un peu déroutante pour Adrien, mais pour rien au monde il n'aurait voulu échanger ces moments de calme avec sa vie d'avant.

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Assis à son bureau dans la chambre de Marinette (qui était pleinement devenue la sienne), Adrien terminait péniblement un devoir, l'esprit ailleurs. Il avait beau tenter de se concentrer, rien à faire ; des pensées brumeuses l'assaillaient en permanence.

Au bout d'un moment, il s'étira et jeta un coup d'œil par la fenêtre : le temps dehors était maussade et correspondait plutôt bien à son humeur actuelle. Il n'avait fait que pleuvoir depuis le matin et les gens qui se pressaient dehors avaient l'air d'avoir traversé la Seine à la nage tout habillés. Voyant que la nuit était en train de tomber, Adrien se leva sans entrain pour fermer les volets tout en consultant sa montre ; Marinette était chez Alya pour travailler sur un exposé, et il avait hâte qu'elle rentre pour pouvoir se rouler en boule sur ses genoux comme un chat et quémander un peu d'affection. Tout au fond de lui, il savait bien que ce n'était pas forcément très sain d'être tout le temps collé à elle, mais le sentiment de vide qu'il ressentait lorsqu'elle n'était pas à ses côtés était plus fort que tout.

Son visage s'illumina soudain lorsqu'il entendit des voix dans le salon.

- Me voilà ! annonça Marinette depuis l'entrée en retirant ses bottes humides. On a enfin fini notre exposé !

- Ah ma chérie ! Rentre vite te réchauffer, il fait un temps à ne pas mettre un chat dehors ! répondit son père qui était en train d'enfourner un plat.

- Je ne sais pas qui de toi ou d'Adrien fait les pires jeux de mots, lança-t-elle, taquine.

Elle enleva son manteau et se tourna vers ses parents.

- En parlant d'Adrien, il est là ?

Sa mère acquiesça vivement.

- Oui, fit-elle en désignant l'étage supérieur du doigt. La trappe est ouverte, il doit être en haut.

Marinette se précipita à l'étage et manqua de renverser Adrien qui s'apprêtait à descendre. Elle ne dut son salut qu'aux réflexes de son coéquipier qui la rattrapa in extremis avant qu'elle ne tombe en arrière et l'attira tout contre lui en ronronnant de bonheur.

- Bonjour ma Lady, fit-il dans le creux de son cou.

Frigorifiée, Marinette se laissa aller dans son étreinte et passa ses bras autour de sa taille pour se blottir contre lui, espérant ainsi récupérer un peu de chaleur de sa part. Quelqu'un d'extérieur à la scène aurait pu croire qu'ils ne s'étaient pas vus depuis des mois. En voyant qu'Adrien continuait de se cramponner à elle et n'avait pas du tout l'air pressé de la laisser partir, Marinette laissa échapper un petit rire amusé.

- Je t'ai manquée ?

- Pas du tout. Je ne vois absolument pas de quoi tu parles. J'estime juste ne pas avoir eu mon quota de câlins aujourd'hui, c'est tout, répondit-il avec un air plus que sérieux.

- Et bien je suis désolée de t'annoncer que si tu veux plus de câlins, il va falloir attendre encore un peu, mon Chaton, parce que les plateformes pour pouvoir retirer les dossiers d'inscription des écoles de mode pour l'an prochain ouvrent dans un quart d'heure et le nombre de dossiers disponibles est limité. Et puis plus tôt j'aurai les dossiers, et plus tôt je pourrai bosser mes portfolios d'entrée pour les deux écoles et valider mon inscription.

A ces mots, Adrien s'écarta d'elle et se pencha légèrement en avant pour passer son bras libre dans le creux de ses jambes et souleva Marinette qui poussa un glapissement de surprise. La jeune fille n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il venait de se passer qu'Adrien l'avait déjà déposée à son bureau et avait allumé son ordinateur. Il se tourna vers son propre PC portable et lui demanda :

- Est-ce que tu veux que j'en retire un pendant que tu retires l'autre ? Ce serait plus simple, et tu serais sûre d'avoir les deux, non ? Tu préfères prendre l'IFM ou bien l'ESMOD ?

Encore un peu hébétée, Marinette mit quelques instants à comprendre de quoi il parlait. Lorsqu'elle se rendit compte qu'Adrien était prêt à l'aider à retirer ses dossiers d'inscription, un élan d'affection pour son coéquipier lui caressa le cœur. Elle acquiesça timidement.

- D'accord, fit-elle avec un sourire de remerciement. Je prends l'IFM et tu prends l'autre, ok ?

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Emmitouflée dans une couverture bien chaude, Marinette s'était installée sur sa banquette et étudiait avec attention les deux dossiers d'inscription qu'elle faisait défiler sur sa tablette d'un air concentré. Adrien s'était assis à cheval sur sa chaise de bureau à roulettes et l'observait d'un œil curieux et amusé, ses deux bras posés devant lui sur le dossier ; il adorait les moments où le côté créatrice de mode de Marinette prenait le dessus et où rien ne pouvait la détourner de son but. Il pouvait pratiquement sentir l'ébullition créative qui émanait d'elle et il voyait ses idées se former à toute vitesse rien qu'à l'expression de son visage.

- Je trouve les thèmes vachement plus durs cette année, s'exclama-t-elle les sourcils légèrement froncés. Ca ne me paraissait pas aussi complexe les années précédentes...

- Ma Lady, l'interrompit Adrien. Je sais que tu as déjà eu 10 idées à la seconde rien qu'en lisant les documents, je suis sûr que tu vas créer des portfolios incroyables !

- Ça, tu n'en sais rien ! objecta-t-elle d'une voix dépitée. Peut-être que toutes mes idées seront nulles et je vais me ramasser lamentablement lors de la présentation du portfolio et des tenues...

- Toi ? Avec le talent et l'imagination que tu as ? N'importe quoi, répliqua-t-il avec assurance. Et bien sûr que si j'en sais quelque chose, tu es la plus formidable de toutes les créatrices de mode que je connais. Et j'en connais un paquet !

- Adrien, le réprimanda-t-elle en levant les yeux au ciel. Tu n'es absolument pas objectif.

Adrien se leva de sa chaise pour venir s'asseoir à côté d'elle et passa son bras autour de ses épaules dans une étreinte rassurante.

- Marinette, je t'assure que je suis complètement objectif. Jamais je ne te ferais ce genre de compliments si je n'en étais pas persuadé. Je baigne dans le monde de la mode depuis que je suis petit, et vraiment, beaucoup de tes créations valent bien mieux que certains vêtements que j'ai dû porter.

Marinette se pinça les lèvres et piqua un fard face à tous ces compliments. Elle leva timidement les yeux vers Adrien, et le sourire rayonnant qu'il affichait lui réchauffa le cœur.

- Merci, répondit-elle. Même si je persiste à dire que tu n'es pas objectif, ajouta-t-elle, une lueur espiègle brillant dans ses yeux bleus.

Elle s'interrompit, semblant réfléchir.

- Par contre, je voulais te demander quelque chose.

Voyant qu'elle avait toute l'attention de son coéquipier, elle enchaîna rapidement.

- Il est hors de question que tu mettes ton nez dans mes projets le temps que je constitue les tenues et les dossiers d'inscription. Je ne veux pas d'aide ni de conseils de ta part, pas un commentaire, rien. Ça serait de la triche avec ton expérience. Je veux que ce soit moi et moi seule qui m'en occupe. Compris ?

Le sourire d'Adrien s'étendit et il posa solennellement son poing sur son cœur en lui jurant qu'il n'interviendrait pas dans son travail.

- De toute façon, tu n'as absolument pas besoin de moi, tu vas créer des projets fabuleux, je le sais d'avance.

- Adrien... le prévint Marinette en fronçant les sourcils.

- Quoi ? Je n'ai même pas le droit de t'encourager ? demanda-t-il avec un sourire taquin.

Pour toute réponse, Marinette leva à nouveau les yeux au ciel et soupira avant de poser brièvement sa tête sur son épaule. Ces inscriptions la stressaient, et ce contact la soulagea momentanément.

Lorsqu'elle se redressa, elle remarqua l'expression légèrement contrariée d'Adrien.

- Adrien ? Tout va bien ?

Adrien secoua sa tête de droite à gauche, comme pour se remettre les idées en place et se recomposa un sourire. Marinette fronça les sourcils.

- Adrien, je le connais ce faux sourire, là.

Cette réflexion eut le mérite de dérider Adrien qui lui adressa un véritable sourire.

- Non, c'est rien, ne t'inquiète pas, la rassura-t-il. C'est juste que je me disais que ça me faisait parfois bizarre de ne plus subir tout ça... Les rendez-vous interminables, les photoshoots toutes les semaines...

Marinette le regarda longuement avant de prendre la parole.

- Tu n'aimais pas être mannequin ? finit-elle par lui demander.

Surpris, Adrien considéra un instant la question.

- Ça m'était égal je crois, répondit-il en haussant les épaules. Ce n'était pas vraiment une passion, mais c'était la seule chose que je pouvais partager avec mon père. C'était important pour lui, alors ça l'était pour moi. Il comptait sur moi, je ne voulais pas le décevoir. Et puis ça me permettait de passer plus de temps avec lui. Mais au final...

Adrien baissa les yeux, sans savoir comment finir sa phrase sans avoir l'air complètement démoralisé.

- Tu as déjà dit à ton père que ça ne te plaisait pas plus que ça ?

Les lèvres pincées d'Adrien et son regard fuyant lui donnèrent un début de réponse.

- Et tu en as déjà parlé à quelqu'un ? lui demanda-t-elle avec beaucoup de douceur, sentant le sujet sensible pour lui.

Adrien esquissa un sourire désabusé.

- Comment est-ce que tu veux expliquer à quelqu'un que tu n'aimes pas vraiment être mannequin ? Que tu détestes être célèbre parce que tu ne peux pas faire un pas dehors sans être traqué et pris en photo à ton insu ?

Il se tourna vers Marinette et plongea son regard dans le sien, comme pour se donner le courage d'aller jusqu'au bout de son explication.

- Porter des habits de luxe, être couvert de cadeaux, rencontrer des stars, et être invité à toutes les soirées les plus privées de la capitale ? Personne ne comprendrait. Pour la plupart des gens, ma vie est un rêve.

Le cœur de Marinette descendit d'un étage à cette confession.

- Et maintenant que tu as le choix, est-ce tu voudrais continuer ?

- Non. Pas pour le moment en tout cas. Pas de cette façon. J'ai envie de profiter de mes journées, de voir mes amis, de poursuivre mes études, d'avoir le temps de découvrir d'autres choses... pas de continuer à passer mes soirées et week-ends à me déguiser en porte-manteau humain recouvert de fond de teint sous des spots qui font transpirer, en prenant des poses inconfortables et à devoir supporter Lila qui ne peut pas s'empêcher d'être un peu trop tactile, si tu vois ce que je veux dire, fit-il d'un air sombre.

Adrien s'interrompit, comme s'il en avait trop dit. Il n'avait jamais vraiment osé s'avouer, encore moins l'énoncer à voix haute, que ce à quoi il était destiné depuis tout petit ne le faisait en réalité pas vraiment vibrer et qu'il aspirait à d'autres choses. Il n'avait pas encore l'habitude de se permettre de rêver.

A la mention de Lila, il sentit Marinette se tendre à côté de lui.

- Et tu as dû supporter tout ça sans rien dire ? lui demanda-t-elle, la mâchoire contractée. Tu en as parlé à quelqu'un ? Et Lila... est-ce qu'elle a été trop loin avec toi ?

Adrien poussa un léger soupir.

- J'ai essayé d'en parler à mon père, mais tout ce qu'il a trouvé à dire, c'est que je n'avais pas une attitude professionnelle et que je devais arrêter de me comporter comme un enfant. Que c'était la réalité du métier, et que je devais accepter de travailler avec elle. Je n'avais pas le choix. Lila n'a jamais eu de comportement vraiment déplacé, mais elle était... envahissante on va dire.

Marinette fulminait d'entendre ces mots sortir si nonchalamment de la bouche d'Adrien, comme si rien de tout cela n'était grave.

- Adrien, ce que Lila t'a fait subir, c'est du harcèlement, ni plus ni moins. Elle voyait bien que tu n'étais pas à l'aise à l'idée qu'elle soit tout le temps collée à toi, mais elle a continué. Au lycée, pendant vos séances photo... Elle ne te lâchait pas d'une semelle alors que ça te rendait clairement inconfortable ! Cette fille, elle est vraiment...

Marinette ne sut comment terminer sa phrase sans exploser. Ses poings étaient tellement serrés de rage que ses phalanges étaient devenues blanches. Ce n'est que lorsqu'elle sentit les mains d'Adrien posées sur les siennes qu'elle se détendit un peu.

- Marinette, je t'assure que ce n'est pas si grave. Et puis c'est du passé tout ça, je n'aurai plus à subir de séance photo avec elle. Et quand je retournerai en cours, j'essaierai de lui expliquer calmement si elle recommence à être collante.

- Tu vas revenir en cours alors ? releva Marinette, son visage s'illuminant subitement.

Adrien ne put s'empêcher de sourire face au changement d'attitude de sa coéquipière.

- Oui, confirma-t-il, ce qui ne fit qu'accentuer le sourire de Marinette. Je ne sais pas encore quand, il me faut un peu plus de temps pour digérer tout ça, mais je veux continuer à avoir une scolarité normale. Et puis je ne peux pas me cacher toute ma vie. Il va falloir que je ressorte d'ici un jour. Je me suis battu il y a quatre ans pour pouvoir aller au collège, il est hors de question de faire marche arrière.

- J'aime quand tu es combattif comme ça, Chaton, lui lança Marinette avec un grand sourire.

- C'est parce que j'ai la chance d'être bien entouré, répondit-il en lui déposant un léger baiser sur le dos de la main. Tu me donnes envie de me battre, d'être... heureux.

- Tu mérites d'être heureux.

Le sourire lumineux et empli de tendresse qu'Adrien lui adressa lui remua quelque chose dans le ventre et elle sentit ses joues se colorer malgré elle.

- En tout cas, je te promets que si Lila continue de te coller comme ton ombre quand tu reviens en cours, elle va avoir de mes nouvelles, asséna-t-elle durement. Elle n'est pas là en ce moment, elle s'est volatilisée depuis le jour où elle a essayé de me faire renvoyer. Je ne sais pas quel bobard elle a encore raconté à tout le monde mais aucun des professeurs ne semble étonné de ne pas la voir en classe. Moi je crois surtout que ça l'arrange bien.

Un long soupir lui échappa.

- Je ne comprends toujours pas comment les autres croient à ses mensonges, lâcha Marinette d'un air pensif. Même Alya... Elle a beau avoir eu la preuve que Lila raconte n'importe quoi, elle lui cherche encore parfois des excuses.

N'importe qui aurait pu croire que Marinette était simplement ennuyée par cette situation, mais Adrien connaissait bien sa coéquipière, et il pouvait voir son regard blessé lorsqu'elle évoquait Lila.

- Elle est très forte pour manipuler les gens, dit-il, dans une tentative de la réconforter. Même son superpouvoir d'akuma, c'est l'illusion.

- Volpina ! s'exclama soudain Marinette, comme si un détail venait de lui revenir.

Elle se tourna vers Adrien, les yeux écarquillés d'horreur, ses deux mains plaquées sur sa bouche.

- Elle allait te jeter du haut de la Tour Eiffel ! précisa-t-elle, en revoyant la scène d'une toute autre façon à présent. Je comprends mieux maintenant pourquoi tu étais si serein et sûr de toi en affirmant que ce n'était qu'une illusion ! Parce que tu étais déjà là !

Adrien eut un demi sourire d'excuse tandis que Marinette enfouissait son visage dans ses mains en grommelant.

- Le nombre d'erreurs qu'on a failli commettre à cause de nos identités secrètes... Dire que j'étais à deux doigts de lui donner mon Miraculous pour te sauver ce jour-là ! Ca aurait pu tellement mal tourner...

- Tu aurais vraiment fait ça ? demanda Adrien d'un air complètement étonné.

- Bien sûr ! répliqua-t-elle avec véhémence, les joues en feu. J'étais complètement paniquée à l'idée qu'elle te lâche. Elle en aurait été capable !

Un doux sourire apparut sur les lèvres d'Adrien à cette confession. Il réalisait à quel point ils s'étaient mutuellement protégés pendant toutes ses années, sans même savoir qui ils étaient l'un pour l'autre. Ils avaient toujours été liés, d'une façon ou d'une autre, sans qu'ils ne s'en rendent compte, et cette pensée le réconfortait.


Je tenais à préciser quelques détails dans ce chapitre :

Ce n'est pas explicitement dit dans la série, mais je suis intimement persuadée qu'Adrien n'a jamais possédé la clé de sa propre maison (étant donné que ses sorties sont définies au millimètre près, que son garde du corps le promène partout, et que Nathalie est toujours là pour veiller aux allées et venues dans le manoir) (et qu'il sort par la fenêtre de sa chambre le reste du temps).

Autre chose : si vous avez vu la fin de la saison 4, le paragraphe sur le mannequinat vous rappellera certainement la discussion entre Adrien et Marinette dans l'avant-dernier épisode de la saison. J'ai écrit ce chapitre bien avant la sortie de l'épisode, et c'est toujours vraiment surprenant et chouette de découvrir que mon histoire reste "canon" malgré le fait que je l'ai imaginée au milieu de la diffusion de la saison 3 (ce qui me fait dire qu'il faut vraiment que j'avance plus vite parce qu'il y a au moins un autre passage à venir dans cette fic qui se retrouve dans les saisons 4 et 5 alors qu'il a été écrit bien avant leur sortie)

Concernant les inscriptions aux concours d'entrée des écoles de mode, je vous avoue que je me suis un peu renseignée sur les modalités mais j'ai préféré inventer une procédure pour les besoins de la fiction : en gros, il y a un thème par école, et Marinette doit créer un portfolio en rapport avec les thèmes respectifs et réaliser une des tenues du portfolio de A à Z. Autant vous dire que son cerveau va être en ébullition les prochains chapitres.

Merci encore et toujours de lire, laisser des kudos et des commentaires sur cette fanfic, ça fait toujours chaud au coeur ❤️

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