Résumé : Kuroo rentre à Todaï, et le désastre chaotique de son existence s'intensifie !

— M'an, pourquoi tu m'as pas prévenue que tu avais fourré un crabe entier dans ma valise !

Oups...

— Oups ? C'est tout ? Maman, c'est vraiment dégueulasse ! Je t'ai dit que ma valise avait été perdue, pourquoi tu m'as rien dit ?

Qu'est-ce que tu aurais pu faire bébé ? Récupérer ton crabe à Moscou ? Plus longtemps tu l'ignorais mieux tu te portais...

Chapitre 3 : Les chats noirs portent malheur

À Tokyo ce matin-là, trois cent cinquante-huit personnes se réveillèrent en retard, vingt-huit manquèrent de glisser sur leur tapis de salle de bain, trente-deux prirent une douche glacée, cinq cent vingt-cinq se renversèrent une boisson brulante sur les genoux, deux cent vingt-deux ratèrent une marche d'escalier, cent vingt-huit virent les portent du métro se fermer devant leur nez, quatre-vingt-cinq ratèrent leur station, mille six cents restèrent bloqué plusieurs minutes entre deux marches d'escalier, deux cent vingt-cinq firent tomber leurs téléphones face-écran sur le gravier et quarante-deux se firent aboyer dessus (par des chiens cette fois). Alors oui, peut être que Kuroo Tetsurō n'était pas le seul à vivre ces petits tracas, mais il ne devait pas être beaucoup à les avoir tous cumulés en moins d'une heure. Et c'est donc déjà essoufflé, stressé et complètement perdu, qu'il arriva sur le campus. En soit tout pour bien commencer son année ! Kuroo jura pour lui-même, tournant en rond, paniqué de ne pas trouver le bâtiment inscrit sur son emploi du temps. Bienvenue en Master : pas de cérémonie de bienvenue, pas de visite du campus (il l'avait raté mais il ne pouvait se l'avouer)! Non, direct en cours et démerde-toi pour les trouver ! Il chercha du regard quelqu'un qui pourrait lui venir en aide, mais pas un quidam dans les parages !

Kuroo s'arrêta de nouveau, regardant une nouvelle fois le nom du bâtiment sur son emploi du temps.

— Excuse-moi...

Le brun sursauta violemment, prit de cours par la voix qu'il venait d'entendre et qui avait paru bien trop proche de son oreille. Il fit volte-face et découvrit face à lui, un immense jeune homme, tout fluet et élancé comme s'il marchait sur des échasses, des cheveux blonds mi-longs et deux yeux bleu-céruléen braqués sur lui. Vu sa taille déjà bien au-dessus de la moyenne japonaise, il n'avait pas l'habitude de tomber sur plus grand que lui, et il n'aimait pas cette sensation. Le blond face à lui recommença à lui baragouiner quelque chose, et Kuroo dut le faire répéter plusieurs fois pour parvenir à le comprendre :

— B3-126, B3-126 ! lui répétait l'individu dans un japonais tressautant.

Ce ne fut qu'après une dizaine de répétitions que le blond finit par comprendre qu'il s'agissait d'un nom de salle de cours, et que cette dernière était également celle dont il était à la recherche :

Ah yes, I'm looking for that room too, but I can't find the right building, déclara Kuroo d'un accent qu'il espérait être plus ou moins compréhensible.

Le blond hocha la tête.

I have a map, annonça ce dernier en sortant l'objet en question de sa poche pour le présenter à Kuroo. I can't read it, précisa-t-il en désignant les kanjis inscrits sur le document.

Kuroo lui fit signe de la lui confier, et le jeune homme s'exécuta. Le brun tourna le plan et finit par retrouver leur position sur la carte.

— Trouvé ! s'exclama-t-il profondément ravi d'avoir enfin réussi à se géolocaliser.

Voyant l'air quelque peu perplexe du blond, le brun se dut de préciser :

It's the Building over there ! indiqua-t-il en désignant le bâtiment en question de la tête.

Il l'invita à le suivre et ils s'y précipitèrent ensemble.

Here ! s'exclama Kuroo après une course effrénée dans les escaliers du bâtiment tant recherché.

Emporté par l'euphorie d'avoir enfin touché à leur but, Kuroo ouvrit la porte à la volée. Lui et son compagnon furent immédiatement accueillis par l'entièreté des regards plus ou moins agacés de la petite assemblée estudiantine, ainsi que celui de leur professeur. Kuroo resta un instant immobile, attendant que la plupart des regards se détournent d'eux, puis il s'inclina en silence pour s'excuser. Le blond en fit de même. Une fois qu'ils furent hors du champ de vision de leur professeur, ce dernier s'étant remis à la lecture de son cours, les deux jeunes hommes entreprirent d'aller s'installer. Comme il n'y avait plus de place à l'arrière, ils se rapprochèrent de l'avant de l'amphithéâtre, et durent par la même occasion enjamber quelques sacs à dos. Ils se glissèrent finalement au bout d'une rangée, tentant minutieusement de ne pas émettre le moindre bruit. Tentative bien vaine. Les tirettes de la fermeture du sac à dos de Kuroo crissèrent bruyamment au contact du bois quand il passa ce dernier sous le bureau, son collègue l'accompagna dans son concert de percussion improvisé quand il sortit à une trousse pleine à craquer de porte-clés de son sac. Leur remue-ménage musical finit par agacer leur collègue de devant qui se retourna complètement pour leur jeter un regard outré. L'individu, un jeune homme aux cheveux châtains, les détailla de haut en bas avec mépris avant de se retourner de nouveau.

Kuroo haussa un sourcil. Certes ils n'avaient pas été des plus discrets mais l'animosité paraissait démesurée. Il le détailla un peu plus : il avait tout de la fashionista aigrie : un style tiré à quatre épingles, manucure parfaite, ordinateur dernier cri et un attaché-case en cuir si bien ciré qu'il semblait encore sur le cul de la vache. Couplez à cela une attitude de Diva, et vous obtenez un mélange qui n'était pas trop au goût du brun.

Il s'en détacha et s'attela à reprendre le fil du cours. Tâche qui s'annonça plus difficile que prévu, non seulement parce qu'il en avait déjà bien raté une vingtaine de minutes, mais également car il était disposé entièrement en anglais. Il avait signé pour ça après tout, il faudrait donc qu'il s'y fasse tant bien que mal.

— Je m'appelle Chris, annonça le blond de but en blanc, dans un japonais balbutiant mais tout de même adorable.

La diva de devant se retourna de nouveau, plus agacée encore. Le brun maintenu son regard, pas impressionné pour un sou. L'échange s'intensifia, mais il ne lâcha rien, et laissa même un sourire grinçant glisser sur ses lèvres. Quelques élèves autour d'eux se retournèrent, Kuroo ne releva pas particulièrement, mais quand la diva s'en aperçut, il détourna le regard et s'installa de nouveau face au tableau.

Kuroo retenu un sourire de triomphe. Après quelques instants de silence, il se tourna vers Chris.

Il sortit son plus bel accent, et tentant de se faire passer pour le cosmopolite qu'il n'était pas, lui dit :

My name is Tetsurō

— Chut ! leur somma le châtain de devant, avant de faire claquer sa langue.

— Désolé, lui répondit courtoisement le blond, alors que Kuroo échappa un léger rire.

Pas si léger apparemment car le professeur se tourna pour lui jeter un regard de travers. Kuroo décida donc qu'il était temps qu'il arrête de jouer les troubles faits et se concentrât de nouveau.

Les cours s'étaient enchaînés comme cela jusqu'à la fin de la journée. Chris l'avait accompagné dans la plupart d'entre eux. Ils s'étaient tenu compagnie, échangeant dans un langage que ni l'un ni l'autre ne comprenaient vraiment mais qui les satisfaisait tous les deux. Ils s'étaient séparés avant le dernier cours de la journée, chacun ayant des spécialités différentes. Kuroo avait donc passé les deux dernières heures de la journée avec pour seule compagnie familière la diva de devant, qui avait fini par détacher son attention de lui, au plus grand soulagement du brun.

Le soleil avait presque disparu de l'horizon quand il termina sa journée. Il décida de rentrer à pied, prenant son temps pour explorer de nouveau les alentours, et surtout pour éviter le métro bondé. Lorsque Kuroo arriva devant chez lui, ce fut avec euphorie qu'il découvrit sa valise rouge, qui lui avait été portée jusqu'ici en guise de réparation. Cependant, l'enthousiasme fit peu à peu place à un sentiment bien plus nuancé. Pourquoi ? Et bien premièrement car la valise en question avait été fagotée dans du film plastique, rien de terrifiant jusque-là, mais ce dernier semblait suinter d'une substance peu ragoûtante. Deuxièmement, l'odeur qui s'en échappait avait quelque chose qui rappelait un je-ne-sais-quoi du marché aux poissons d'Otoru. Il tenta de se rappeler tout ce qu'il avait emporté dans sa valise, mais rien qui aurait pu causer tant de dégâts ne lui vint à l'esprit. Perplexe, il pénétra à l'intérieur et fit rouler la valise avec lui. Cette dernière émit un gémissement poisseux contre le parquet, ce qui n'annonçait rien qui vaille. Kuroo défit le bagage du film plastique, et sentit la bile lui monter à la gorge tant l'odeur s'intensifia.

La valise était là, face à lui. Immobile (heureusement), mais si menaçante. Kuroo redoutait de découvrir ce qui s'y cachait : la peur lentement s'insinua en lui. Il inspira pour tenter de réunir son courage. Il manqua cependant de s'étouffer lorsque l'air nauséabond envahit ses poumons. Aussitôt il expulsa l'air et retint son souffle. Il hésita face à la fermeture éclair, la main tremblante. D'un seul mouvement il la dézippa et souleva le capot de la valise, relâchant les vapeurs fétides qui envahirent instantanément la pièce. Cette fois il dut réellement se retenir de ne pas rendre tout ce qu'il avait pu ingurgiter depuis une semaine. Ce fut avec horreur qu'il découvrit, posé au-dessus de sa pile de vêtements bien pliés, un sac plastique enflé et suintant.

— Bordel, échappa le brun tout en enfouissant son nez à l'intérieur du col de son t-shirt.

Il tendit une main et du bout des doigts se saisit du sac. Il sentit ses tripes faire des nœuds lorsque la poche en question lui répondit par un ploplotement visqueux alors qu'un liquide orangé descendait difficilement le long du plastique, défiant la gravité. Doucement pour ne pas éclater la poche sur le sol, Kuroo se redressa, et avec la grande prudence dont il n'est jamais fait preuve, s'approcha de la minuscule fenêtre qu'il ouvrit complètement. Il déposa délicatement la poche au bord de la fenêtre mais à peine fut elle en contact avec le rebord qu'elle roula, et vint s'exploser sur le balcon de dessous avec un grand "SPLASH".

— Merde... lâcha le brun, réellement paniqué. En effet, il avait eu la chance de croiser son voisin du bas, et n'avait pas envie, mais alors vraiment pas, de lui tomber dessus. Surtout pas maintenant qu'il avait répandu des immondices sur sa terrasse.

Il hésita à descendre par la fenêtre pour lui-même aller nettoyer la terrasse. Acrobatique certes, mais si cela constituait la seule option qu'il avait pour qu'il puisse rester en vie, alors tel serait son destin. Kuroo commença donc à escalader la fenêtre, le balcon était vraiment très proche, il ne risquait donc qu'une simple fracture s'il ratait son coup. Fractures au pluriel dans le pire des cas. Alors qu'il se penchait en avant, s'apprêtant à balancer sa jambe an dehors, il réussit à discriminer ce qui avait explosé parterre. Une tout autre émotion l'envahit alors. Il jura et rentra de nouveau à l'intérieur de l'appartement. Il attrapa son sac à dos, et dégaina furieusement son téléphone. Il pianota à toute vitesse avant de placer le portable à son oreille, tapant du pied avec agacement.

Testu mon bébé, enfin j'ai de tes nouvelles ! C'est pas trop tôt ! Alors raconte-moi, comment c'est la fac ?

Entendre la voix de sa mère lui fit un petit pincement au cœur et eut pour effet de le désamorcer quelque peu. Alors qu'il s'était préparé à lui mugir dessus, il se ravisa. Il soupira. Sa mère s'était remise à parler, sans même attendre sa réponse.

— M'an, pourquoi tu m'as pas prévenue que tu avais fourré un crabe entier dans ma valise, coupa Kuroo

Sa mère se tue.

Oups...

— Oups ? C'est tout ? Maman, c'est vraiment dégueulasse ! Je t'ai dit que ma valise avait été perdue, pourquoi tu m'as rien dit ?

Qu'est-ce que tu aurais pu faire bébé ? Récupérer ton crabe à Moscou ? Plus longtemps tu l'ignorais mieux tu te portais...

— Mais pourquoi tu m'as fourré ça là ! La voix de Kuroo avait tout perdu de son courroux, et sonnait plus à présent comme une bouderie enfantine.

Je voulais que tu aies de quoi manger en arrivant ! Un peu du goût de la maison ! C'est pour ça que je t'ai mis le bon crabe du marché !

Kuroo soupira. L'argument était idiot : qui pense à un crabe en guise de repas facile à déguster dans un appartement vide... Mais l'attention était là et il ne pouvait aller contre. Il soupira profondément et s'assit parterre. Sa mère s'était remise à parler, ayant rapidement éludé le sujet. Le brun l'écoutait distraitement, lui répondant vaguement de temps à autre. Son attention était focalisée sur toute autre chose : bien que le crabe pourri ait physiquement quitté son appartement, sa fragrance, elle, demeurait. Il huma l'air, circonspect. En s'approchant de sa valise, lieu du drame, il constata que l'odeur y était toujours aussi poignante. Timidement, il tâta les tas de vêtements s'y trouvant. Ce fut alors avec effroi qu'il constata que ses derniers étaient humides. Humides et suintants. Humides, suintants et visqueux. Humide, suintant, visqueux et puants. Kuroo ferma les paupières, sans pour autant retirer sa main souillée. Une douloureuse sensation de dégout mêlé de chagrin l'envahit.

— Mams désolé, je te rappelle plus tard.

Avant même que cette dernière n'ait pu terminer sa phrase, il raccrocha.

Il se décida enfin à rétracter sa main, mais la laissa suspendue, comme si l'air ambiant pouvait améliorer sa situation. Il resta un long moment immobile, abattu, terrassé et impuissant.

Ce ne fut que dix bonnes minutes plus tard, qu'il décida de réagir enfin, le bras maintenant tout endolori d'être resté si longtemps tendu. Il avait deux possibilités : fermer cette valise et la balancer par la fenêtre, ou bien laver son linge de toutes ces immondices malodorantes. Il réfléchit, et écarta très vite la première option : le crabe et la valise sur le balcon du voisin, ça faisait peut-être beaucoup, et puis il n'avait pas forcément envie de passer l'année avec une seule paire de chaussettes, un jean délavé et deux pauvres caleçons. Il devait donc recourir au lavage intensif, une telle tâche ne pouvait se satisfaire d'une eau froide vaguement savonneuse dans une petite bassine en plastique. Bassine qui d'ailleurs était en ce moment occupé à faire tremper ses dessous de la veille.

Bon, c'était décidé. Le brun s'en alla récupérer son plus grand, et également plus étanche, sac de course, et y fourra les vêtements. Ce fut avec une joie sincère qu'il constata que le reste de ses affaires, ranger dans d'autres poches ou bien fourrés au fond, avaient résisté à l'attaque pestilentielle. Jamais il n'avait tant apprécié les retrouvailles avec sa brosse à cheveux. Il s'arracha à la contemplation de sa trousse de toilette, pour dégainer son téléphone afin de rechercher la localisation du lavomatic le plus proche.

Ainsi il se dirigea vers l'établissement indiqué, situé à peine deux minutes de chez lui. Il se ravisa en arrivant devant. En effet, bien que l'endroit semblât des plus sympathique, il demeurait bien trop bondé. Cet agglutinement d'êtres humains signifiait pour Kuroo deux choses :

1) Une attente bien trop longue, surtout en compagnie de son linge souillé.

2) Bien trop de potentiels regards de dégout et de jugement attirés par ledit compagnon.

Il se remit donc en route, ce qui le conduit finalement vers un second établissement, délabré et d'une laideur sans pareille. Il se demanda même un instant s'il ne s'agissait pas d'un de ces bâtiments abandonnés dont les photographes hipsters étaient friands. Apparemment non étant donné qu'une vieille dame affublée d'une très immonde blouse à fleurs se trouvait à l'intérieur, assise derrière un vieux comptoir. Cela ferait l'affaire. Il pénétra à l'intérieur, salua la vieille dame qui ne lui répondit rien, se contentant de lui montrer un panneau indiquant le montant des jetons pour démarrer la machine. Kuroo lui tendit un gros billet :

— Désolé je n'ai pas la monnaie mais...

La vieille dame ne l'écouta pas et lui tendit une cinquantaine de pièces.

— Oh, c'est beaucoup trop, je ne peux pas en avoir moins ?

La vielle dame hocha négativement la tête, et désigna la pancarte à sa gauche de la tête : "nous ne rendons pas la monnaie"

qu'est-ce que c'était que ce délire!

Elle insista et Kuroo tendit les mains pour réceptionner sa richesse. Il n'insista pas. Après tout, cela pourrait toujours servir non ?

— Oh et pour la lessive et...

La vieille dame ne le laissa pas continuer et lui indiqua vaguement une direction avant de disparaitre derrière une porte.

Kuroo, une fois seul, se tourna vers la direction indiquée, y trouvant un couloir peu engageant au bout duquel brillait la lumière d'un vieux distributeur. Bon gré mal grès, Kuroo s'en approcha, tout en essayant de remplir les poches de son pantalon du plus de pièces possibles. Seules deux lignes du distributeur étaient remplies en entier. Par chance, il y avait de la lessive et de l'adoucissant, cela ferait l'affaire. Il introduit une de ses pièces, mais cette dernière tomba entre la machine et le cache en plastique. Kuroo jura, mais abandonna la pièce, pour en introduire une autre, qui lui fut instantanément rendue. Il soupira mais tenta d'introduire de nouveau la même pièce, qui par chance fut cette fois acceptée. Il appuya sur le numéro désiré : A5. Ce fut le B7 qu'il vit tourner dans le vide. Kuroo réitéra la demande. Cette fois la machine ne prit même pas la peine de réagir. Il appuya de nouveau le A5. Victoire ! Cette fois la machine se mit à couiner, et le tour mécanique s'activa au bon endroit. Avant qu'il ne s'arrête, et que la lumière également ne l'abandonne. Le petit pack de liquide en poudre resta bloqué en hauteur, contre la vitre mais si loin de lui.

— Merde, jura le brun.

Il retourna vers le comptoir, appelant la vielle dame avec espoir. Aucune réponse. Il frappa à la porte derrière laquelle elle avait disparu. Rien. Il entrouvrit la porte mais se retrouva face à un long couloir sombre qui semblait mener jusque dans les enfers. Profondément perturbé, Kuroo la referma et revint à la machine. Il n'avait plus qu'une solution, la plus mécanique dirions-nous : il se saisit du bord de chaque côté et secoua vigoureusement le tas de vieille ferraille. La machine couina, mais ne lui céda rien. Agacé, il la secoua de plus belle tout en assenant des coups genoux courroucés contre la vitre. Son acharnement finit par payer, peut-être trop même, étant donné qu'il ne se retrouva pas avec non pas une dose de lessive, mais bien six, ainsi que l'ensemble de la rangée d'adoucissant au parfum… Barbe à papa et matcha… Étrange mélange, certes, mais il n'allait pas non plus se plaindre. Il jeta un regard en arrière : personne. Alors il se saisit de son butin et revint vers les machines à laver. Il se hâta de fourrer l'ensemble de son linge souillé dans la première qu'il croisa, ajouta cinq cents grammes de lessive et un demi-litre d'adoucissant barbe à papa-matcha, appuya sur moult boutons avant de lancer la machine. Il se redressa, tout en frottant ses mains pour se défaire des poussières métaphoriques de son dur labeur, satisfait. Son apaisement cependant fut de courte durée. Alors qu'il regardait le tambour commencer à se remplir, il devina une étoffe quadrillée aux couleurs chaudes qu'il reconnut immédiatement ; il s'agissait de l'écharpe d'Akaashi. Certes, il avait prévu de laver cette dernière avant de la remettre à son propriétaire (il était bien obligé étant donné le nombre de nuits où il s'en était servi d'oreiller), mais que ce noble vêtement se retrouve tourneboulé dans du jus de vieux crabe, ça il en était hors de question !

— Merde !

Kuroo appuya furieusement sur le bouton d'arrêt. Mais la machine resta stoïque et continua à se remplir. Ce ne fut qu'après avoir appuyé sur ce même bouton une cinquantaine de fois que l'eau sembla cesser de monter. Bien, maintenant il lui fallait ouvrir la porte ! Et seul son acharnement effronté eut raison de cette dernière, ou plutôt il lui fallut tant de temps que la porte eut le temps de se déverrouiller toute seule. Elle s'ouvrit en grand, vomissant le jus de crabe mêlé à l'eau savonneuse sur les pieds de Kuroo. Dans un mouvement de panique, il rattrapa les vêtements avant qu'ils ne s'échappent, s'empara de l'écharpe, referma la porte du tambour et relança le cycle. Ainsi, mission accomplie, le pire avait été évité.

Enfin ça ce fut ce qu'il crut faire. Il fut bien forcé de constater que ce n'était pas le cas quand il réalisa que l'écharpe tournait seul dans le tambour, avec cinq cents grammes de lessive en poudre et le demi-litre d'adoucissant à l'odeur improbable. Le reste de ses vêtements gisait à terre comme un tas de morve flasque. Heureusement pour lui, la plupart des machines étaient vides et il avait les poches remplies de pièces. Il se saisit des vêtements mouillés, qui avaient bien pris dix kilos chacun, et se dirigea vers la machine sur sa droite, enfourna le tout et lança le cycle sans se soucier de la température, des couleurs ou de tous autres détails « triviaux » en son sens.

Ouf ! Enfin débarrassé ! Il n'avait maintenant plus qu'à attendre. Il se félicita, redécouvrant avec fierté qu'il savait parfois agir comme un adulte parfaitement fonctionnel.

Il se retourna et alla s'assoir en tailleur à équidistance des deux machines, mais finit par se rapprocher de la première. L'écharpe y faisait des tours en solo. Kuroo ne put s'empêcher d'échapper un sourire, exalté à l'idée qu'il pourrait revoir cet individu qui avec le temps avait pris dans son cerveau des traits des plus fantasmagorisco-mystiques (ou il venait d'inventer ce mot et il en était presque fier).

Fondu au noir…

Après un premier lavage, les vêtements de Kuroo ne revinrent pas à la normale.

Plusieurs T-shirts rétrécirent.

D'autres encore décolorèrent sur ses jeans, eux aussi rétrécis.

Un grand nombre gardèrent leur odeur de vieux crabe, agrémenté maintenant de barbe à papa et autre matcha.

L'odeur resta, et ce malgré de nombreuses tentatives supplémentaires…

Et c'est ainsi que Tetsurō Kuroo perdit, cette fois pour de bon, la grande majorité de sa garde-robe.

Prochain chapitre: Mister Fantasmagorisco-mystique

Kuroo resta un long moment planté devant la porte du « Fukuro café », le regard braquer sur la pancarte, plus pour se contenir que pour l'amour de la contemplation.

Un sentiment de confusion étrange envahit le brun : après tout, il n'avait vu qu'une fois ce bel inconnu, et son esprit tordu aurait pu distordre le souvenir qu'il en avait. Cela lui était arrivé par le passé : une rencontre des plus charmantes tard dans la nuit, qui s'était avérée bien moins charmante quand il avait dû le retrouver lors d'un rendez-vous sobre et en plein jour…. Peut-être n'était-il pas si fantasmagorisco-mystique ?