Résumé du chapitre : « — Kageyama m'a dit qu'il y avait une fête sur le campus ce week-end.

— Oh oui ! C'est la fête organisée par le cercle étudiant ! intervint Yamaguchi, toutes les facultés y participent, et généralement la première de l'année est démentielle !

— Ouais, c'est quand du coup ?

— Samedi soir, lui répondit Kageyama.

Deux jours.

Kuroo sentit un frisson d'excitation pétillante le traverser. Cela allait être sa première fête universitaire de l'année dans sa nouvelle ville d'adoption, et il l'espérait mémorable.

Et bordel qu'elle le fût. »

Chapitre 7 : Le retour d'Hercule Mercury

Un mois s'était écoulé depuis la première rencontre de Kuroo avec les membres du CAPE. Ce n'était en soi que la quatrième fois qu'il revoyait la plupart d'entre eux, mais il avait fini par complètement s'intégrer au sein du groupe. De nouvelles têtes avaient également fait leurs apparitions, notamment Tanaka Ryû, le meilleur ami de Nishinoya, avec qui la première rencontre avait failli tourner au combat de rue. Bien qu'il ait du mal à l'admettre, Kuroo n'était pas complément innocent dans cette histoire. Un effet, alors qu'il se rendait au CAPE pour la seconde fois, il avait aperçu Nishinoya de loin. Il avait donc commencé à le suivre, déjà car il n'était pas bien sûr du chemin pour se rendre au CAPE, mais aussi car il hésitait grandement à interpeller l'individu qu'il n'avait après tout rencontré qu'une seule fois. Pas de chance pour lui, Tanaka, croyant à un stalker ou un alpha malintentionné, lui était tombé dessus, lui promettant une bonne dérouille, quel que soit ses intentions. Kuroo, têtu qu'il était, n'avait pas le moins du monde pris le temps de démentir les faits, bien trop heureux de répondre effrontément à la provocation. Heureusement pour les deux têtes de pioche, Nishinoya avait coupé court à la confrontation quand il s'était jeté sur le dos de son ami en hurlant de joie, ce qui avait instantanément désamorcé le conflit. Aucun incident majeur n'avait été à déclarer depuis.

Kuroo s'était fait à l'ambiance polymorphe qui régnait au CAPE, tantôt café philosophie, tantôt cours de récréation. Ce jeudi-là, le ton était plutôt donné aux chamailleries infantiles : dans un coin de la pièce Nishinoya et Tanaka avaient décidé de s'adonner à ce qui semblait être des figures de gymnastique olympiques, sous le regard horrifié d'Azumane qui bien malgré lui avait inclus dans l'exercice, faisant ainsi office de filet de sécurité. Sur le côté, Kuroo aperçut Chris et Kageyama, regardant silencieusement la scène se dérouler, surement à l'affut d'une chute, qui risquait fatalement d'arriver à un moment ou un autre. Après la rencontre avec Oikawa, Kuroo avait présenté son ami au groupe, et ce dernier s'était particulièrement bien intégré. Kuroo avait tout d'abord craint que la barrière de la langue soit un problème, cependant, non seulement le niveau de japonais du jeune homme connaissait une croissance exponentielle, mais il avait également noué une amitié étrange avec Kageyama, les deux semblant n'avoir besoin d'aucun mot pour apprécier la compagnie de l'autre.

Kuroo quant à lui était vautré dans un canapé, en compagnie de Sugawara et Oikawa, qui après leur bataille hebdomadaire, étaient partis dans une discussion dont le contenu avait fini par complètement lui échapper. L'ennui s'installait doucement, et le brun se demandait bien comment occuper intelligemment son temps. Il balaya la pièce du regard et échappa un sourire narquois quand ses yeux tombèrent sur son souffre-douleur préféré : Tsukishima. Le sourire aux lèvres, jubilant déjà de le voir s'agacer, Kuroo se redressa pour aller à sa rencontre. Il fut cependant devancé par Hinata qui s'empara de l'attention du blond avant lui en commençant à lui faire des grimaces. Tsukishima, très peu impressionné, haussa un sourcil hautain avant de signer une réponse. Réponse visiblement cinglante aux vues de la réaction courroucée du roux, qui lui répondit véhément. Le blond sourit et répliqua. La joute non verbale se continua ainsi jusqu'à ce qu'Hinata se rue sur le blond, visiblement prêt à en découdre. Très peu impressionné, Tsukishima se contenta de tendre le bras et arrêta la petite furie en appuyant la paume de sa main sur le front du rouquin (technique bien connue du brun pour l'avoir de nombreuses fois utilisée contre ses cadettes). Hinata ne se laissa pas pour autant démonter, poussant sur ses jambes pour briser l'emprise, en vain. Tsukishima pouffa en l'entendant commencer à grogner mais ne bougea pas d'un millimètre.

— Tsukki, c'est pas bien beau de s'en prendre à plus petit que toi, grinça Kuroo, amusé.

Le concerné fit claquer sa langue :

— Premièrement, arrête de m'appeler comme ça. Secondement : pas ma faute si le Lilliputien décide de s'en prendre à moi, il mérite ce qui lui arrive, troisièmement…

Troisièmement rien, car Yamaguchi déboula de nulle part et sauta sur le dos du blond, ce qui le déstabilisa et donna l'occasion au roux de se dégager. Il arriva comme un boulet de canon sur le blond qui, déséquilibré, bouscula en arrière et s'écrasa parterre de tout son long. Yamaguchi éclata de rire, pas le moins inquiété par l'état de son partenaire. Hinata domina victorieusement le blond du haut de sa petite carrure et plaça ses poings sur ses hanches avec triomphe.

— Troisièmement, tu t'es bien fait avoir, déclara Yamaguchi en s'accroupissant au côté du blond, avant de déposer un baiser sur sa joue.

— Faux frère, marmonna boudeusement ce dernier en se redressant.

— Je crois que le Lilliputien t'a bien eu, ajouta narquoisement Kuroo.

— J'aimerais bien voir comment tu te débrouillerais toi si deux Yama-shi idiots décidaient de s'allier pour t'emmerder.

Silence.

Tsukishima haussa un sourcil en voyant l'expression perplexe qu'affichait Kuroo :

— Je vois pas ce que t'as pas compris dans la phrase, « idiots » ? Ou « emmerder » ? Pourtant il me semble que tu fais ça très bien.

— Ahah, très amusant, je me gausse ! Non, Yama chouette là…

— Yama-shi ? intervint Yamaguchi.

Tsukishima ricana :

— T'es vraiment un…

— Bêta pommé, ouais je sais merci.

À force il avait l'habitude, il en fallait plus pour le braquer.

— Pommé, le mot et faible…

— Tsukki, le réprimanda Yamaguchi. On est tous les deux des Yama-shi avec Hinata, c'est pour ça qu'il dit ça.

Kuroo haussa un sourcil. Il se souvint vaguement avoir entendu des termes similaires la fois où Sugawara lui avait proposé de les rejoindre. Depuis, il n'avait pas demandé ce que cela voulait dire.

— Tu sais quand même qu'il existe plusieurs groupes n'est-ce pas ?

— Groupe ? Euh, j'ai entendu Suga parler de meute ou de clan, c'est ça ?

Yamaguchi hocha négativement la tête :

— Non, groupe génétique.

Hinata signa quelque chose qui lui échappa.

— Euh non je savais pas, admit le brun.

Tsukishima roula outrageusement des yeux, Kuroo décida de ne pas relever, et alla s'installer en face de Yamaguchi qui était retourné s'assoir.

— Il y a six groupes différents, enfin je crois, en tout cas au japon on compte les six.

— Oh, ok, mais qu'est-ce qui les différencie du coup ?

— Tu faisais pas de la bio ? Génétique c'est trop dur pour toi, railla le blond.

— Biochimie déjà, et, au niveau, phénotypique ?

Tsukishima soupira profondément, mais décida finalement de coopérer :

— Différences de comportement, de hiérarchie sociale, comportement de parade ou lors des cycles… Principalement. C'est un peu comme comparer un loup et un jaguar, niveau comportement je veux dire.

— Ouais un peu… intervint Yamaguchi. Comme je disais, il y a six grands groupes : les Sô-shi, Sô-nami, Sô-kita et les Yama-shi, Yama-nami, Yama-kita, je crois que les noms de base viennent des zones géographiques d'où venait les premières colonies au Japon, mais ça n'a plus vraiment de rapport…

Oh, cela commençait à lui dire vaguement quelque chose :

— Oh ! Les Sô-kita ce serait pas les omérgarchies ? Suga m'en avait parlé.

— Si, voilà par exemple, mais c'est plutôt minoritaire comme groupe. La grande majorité sont les Sô-shi je dirais… Pas bien représenté ici. Yamaguchi se tourna pour balayer la pièce du regard : je crois que Sugawara est le seul ici.

— Ah ouais, du coup genre le gros toutou foufou, formula Kuroo, ne manquant pas d'échapper un sourire en coin en voyant que le concerné avait recommencé à se chamailler avec Oikawa.

Tsukishima et Yamaguchi pouffèrent en cœur :

— Ouais un peu. Enfin généralement les Sô-shi sont des bonnes grosses brutes du genre à chercher des noises tout le temps… Mais ça s'est plutôt dû au fait que c'est une bande de prétentieux mal élevés.

Ah, les aboyeurs donc, formula mentalement Kuroo.

— Enfin, Suga est différent j'imagine… termina Yamaguchi, une pointe de tendresse dans la voix.

— Je crois que Iwaizumi aussi reprit le blond

— C'est pas un bêta ? le coupa Kuroo.

— Si, mais laisse-moi finir : fait, enfin faisait partit d'une meute de Sô-shi.

— Oh… Je savais pas qu'il y avait des bêtas aussi…

— Il n'y a pas que des bêtas nés hors meute…

— On serait bien avancé si la planète n'était peuplée que de bêta pommé…

— C'est bon j'ai compris, j'ai compris…

— Bref, reprit Yamaguchi visiblement amusé, Tsukki et Oikawa sont des Sô-nami…

— Hum, ouais, je vois la similitude, plaisanta Kuroo, ce qui n'amusa que moyennement le blond.

— Pff… Ouais. Comme j'lai dit, Hinata, Asahi et moi sommes des Yama-shi, Nishinoya, hum, Yama-nami et… Kageyama ? Kageyama aussi termina-t-il après confirmation de la part d'Hinata.

La comparaison était plus complexe à établir cette fois.

— Chaque groupe à des comportements et une culture différente aussi. On parle de meute en générique, mais ça dépend. Ça par contre je peux pas t'expliquer pourquoi… La plupart du temps, le groupe est structuré autour d'une paire composée de l'alpha dominant et de son oméga. Généralement, toutes les paires se font entre alpha et oméga d'un même groupe...

— Ce qu'y n'ait absolument pas le cas ici, remarqua Kuroo le sourire aux lèvres.

— Non, pas vraiment… Yamaguchi attrapa le regard de son partenaire et vint joindre sa main à la sienne. On est pas le club des parias emmerdeurs pour rien !

— Des adorables parias emmerdeurs ! intervint Sugawara, tout juste arrivé, avant de passer la main dans les cheveux d'Hinata et de vigoureusement les lui secouer.

Ce dernier sembla apprécier le geste, et afficha un sourire béat avant de commencer à émettre un son tenant presque du gazouillement. À peine quelques secondes plus tard, l'attitude du roux changea drastiquement puisqu'il commença à grogner en plissant les yeux. Kuroo ne put s'empêcher de rire quand il constata que ce n'était autre que l'approche de Kageyama qui en était la cause.

Décidément, il ne comprenait vraiment pas leur dynamique : c'est deux-là pouvaient vraiment passer du lovey-dovey au duel de grognement en à peine quelques secondes. Kageyama échappa un bref grondement guttural, avant de s'installer au côté de son partenaire. Hinata inclina la tête et Kageyama joint son front au sien, frotta furtivement sa joue contre la sienne et se détacha de lui. Kuroo avait déjà été témoin de ce genre d'interaction. En effet, le comportement, qu'il trouvait soit dit en passant complètement adorable, semblait cette fois commun à plus ou moins tous les membres du club.

— Kageyama m'a dit qu'il y avait une fête sur le campus ce week-end.

Kuroo sursauta presque en entendant la voix de Chris si proche de lui. Beaucoup trop d'information d'un coup : déjà comment avait-il fait pour s'approcher autant sans qu'il ne le remarque, et puis Kageyama ? Les inviter à une fête ?

Hinata, qui visiblement avait suivi la conversation, se remit à signer avec un enthousiasme débordant. Après une bonne minute, le rouquin cessa finalement et tourna les yeux vers son partenaire pour qu'il traduise :

— Il demande si vous allez venir.

Résumé plus que bref mais indubitablement efficace.

— Oh oui ! C'est la fête organisée par le cercle étudiant ! intervint Yamaguchi, tout aussi ravi que le rouquin, toutes les facultés y participent, et généralement la première de l'année est démentielle !

— J'espère juste que tu finiras pas au poste cette fois, marmonna Tsukishima.

— Qu'est-ce que t'as fait pour te…

— Tu veux pas savoir, le coupa Sugawara.

Kuroo haussa un sourcil, mais décida effectivement d'éviter de terminer sa question lorsqu'il aperçut le sourire presque dément de Yamaguchi. Décidément, Kuroo avait du mal à comprendre comment des êtres comme Sugawara et lui pouvaient être à la fois si adorables et en même temps si profondément effrayants. Ok, vite, changement de sujet :

— Ouais, c'est quand du coup ?

— Samedi soir, lui répondit Kageyama.

Deux jours.

Kuroo sentit un frisson d'excitation pétillante le traverser. Cela allait être sa première fête universitaire de l'année dans sa nouvelle ville d'adoption, et il espérait qu'elle soit mémorable.

Et bordel qu'elle le fût.

21h34 :

En près de trois années de facs, Kuroo avait eu le temps d'en voir passer des soirées. Il avait eu ses années rebelles, même avant ses vingt ans. Il devait avoir écumé la plupart des bars de Sapporo, fait au moins une soirée dans chaque dortoir du campus (et plus si affinité), et ne comptais plus le nombre de fois où il était rentré chez ses parents pour le week-end avec une gueule de bois cosmique. Chose tout à fait normale pour un bon vivant de son envergure. Bref, Kuroo Tetsurō n'était pas né de la dernière pluie, il avait testé ses limites en long et en large, il en avait vu des aurores à deux grammes, et il était notamment immensément fier de sa résistance à l'alcool, que la plupart de ses compères trouvaient d'ailleurs fort remarquable.

Quel idiot, quel abruti d'avoir pu penser qu'un si petit accomplissement puisse lui porter gloire et fierté. En réalité il n'était rien, il n'avait aucun mérite ni aucune immunité grandiose, aucun atout. Ceci, il le constata très vite ce soir-là…

Kuroo était arrivé sur le campus en début de soirée, accompagné de Chris. Il s'inquiétait de ne pas trouver la localisation précise de la soirée. En effet l'événement n'indiquait pas de lieu précis, simplement « campus Hongo », ce qui constituait aux yeux du brun une indication géographique plutôt vague. Il avait vite constaté que, non, la localisation n'était pas erronée ou trop vague. Non, quand ils parlaient de campus ils voulaient bien dire tout le campus.

Le monde était partout et la musique semblait envahir tout l'espace, s'accordant d'un millier de tonalités changeant à chacun de leur pas. Les arbres avaient été décorés de lampions et de banderoles colorées, et des stands de nourritures et autres délices avaient été installés sur l'allée faisant face à l'auditorium de Yasuda. Après un petit tour rapide, Chris et lui avaient vite rejoint Kageyama, Hinata, Tsukishima ainsi que Yamaguchi au niveau du gymnase principal. L'endroit semblait moins bondé que le reste du campus, et l'ambiance y était plutôt détendue.

Et là, dans ce gymnase déjà poisseux d'alcool, à cet endroit précis, il sut. Il sut qu'il n'était rien. Il apprit l'humilité. Car, oui, ce fut à ce moment-là qu'il vit s'écrouler toutes ses convictions (niveau résistance à l'alcool), toute sa fierté (toujours par rapport à l'alcool), son honneur (niveau alcool évidemment). En effet, lorsque Chris et lui retrouvèrent leur petite bande, ces derniers étaient en train de s'enthousiasmer d'avoir enfin accès à la table de Ping-Pong pour… faire un bière-pong. Pas décoiffant jusque-là, sauf si l'on considère que le japonais moyen a du mal à avaler plus d'une bière et demie avant de finir au tapis, l'idée de jouer à balancer des balles de ping-pong crado dans des verres de bière remplis à ras bord pour finir mort soûl au bout de trois coups, n'était pas forcément la plus adaptée à ce contexte. Kuroo avait néanmoins accepté, déjà parce qu'il ne niait pas que ladite activité avait quelque chose de séduisant, mais également car il pensait que le jeu s'arrêtait avant d'arriver à terme. Quel idiot d'avoir pensé cela… Comment avait-il pu penser ne serait-ce qu'un instant que son métabolisme, si battit soit-il, puisse se mesurer à celui de quatre alphas et un européen. Il était à peine dix heures du soir et Kuroo allait devoir abandonner si vite… Bien heureusement pour lui, après à peine 10 minutes de jeu, Kageyama et Hinata avaient fini par monopoliser la table, les deux ne supportant pas que l'un soit meilleur que l'autre. Cela avait vite tourné à la compétition entre les deux alphas. Le jeu avait cependant le mérite d'être captivant, et Kuroo s'amusait à commenter la joute avec ferveur tout en sirotant tranquillement sa bière, ce qui semblait amuser également Chris accoudé à côté de lui.

À l'occasion d'un temps mort dans la partie de bière-pong, provoqué par une dispute musclée entre les deux compétiteurs, Kuroo jeta un œil sur son téléphone, attendant toujours des nouvelles d'Oikawa qui lui avait promis de les rejoindre. En relevant la tête, le regard de Kuroo croisa celui d'une jeune femme accoudée au bar de fortune installé au milieu du gymnase. Cette dernière détourna rapidement les yeux en s'apercevant qu'elle avait été repérée. Le brun haussa un sourcil mais s'en désintéressa rapidement pour se concentrer de nouveau sur le jeu qui venait tout juste de reprendre. Enfin, Kageyama et Hinata avaient apparemment décidé de légèrement modifier les règles du jeu, qui semblait maintenant s'en tenir à « balancer les balles de ping-pong le plus violemment sur son opposant », mais cela n'en était pas moins divertissant. Bientôt cependant, Kuroo eut la désagréable impression d'être observé. En tournant les yeux, il trouva encore le regard de la jeune femme, qui détourna les yeux rapidement. Il s'en désintéressa de nouveau. Sans vraiment s'en apercevoir, il gonfla la poitrine. Il comprenait l'attrait de la gent féminine pour sa personne, il n'était pas vilain à regarder après tout, mais il fallait que cette damoiselle comprenne que lui en l'occurrence n'était point intéressé.

Deuxième coup pour son égo, quand il s'aperçut que les regards dérobés ne lui étaient pas adressés à lui, mais plutôt au grand Européen blond aux yeux bleus à ses côtés. Cela faisait étrangement sens tout d'un coup. Pas de métabolisme, pas de charisme, il lui restait son attitude de gentleman :

— Chris…

L'interpellé se tourna dans sa direction, intrigué par le ton de voix qu'avait pris Kuroo :

Chris, I never ask before but…are you into girls?

Kuroo détestait qu'on parte du principe qu'il était hétérosexuel, il n'allait certainement imposer ça aux autres.

L'interpellé sembla tout d'abord surpris de la question, mais répondit sans hésitation :

Yes, well, I just don't really care.

— 'bout what ?

Genders.

Kuroo fut tout d'abord surpris de la réponse, mais l'intégra bien rapidement.

Ok, in that case, don't look too obvious, but I think there's a girl over there that seems pretty interested.

Chris fronça les sourcils :

Intrested in what?

In you dude !

Profondément surpris, le blond cligna plusieurs fois des yeux avant de relever la tête, balayant la pièce du regard en ne faisant preuve d'aucune discrétion.

Where is she?

At the bar.

Chris fronça les yeux.

— La fille avec les cheveux de couleur noire ? demanda le blond, repassant de lui-même en japonais.

— C'est large pour décrire une Japonaise mec. Je sais qu'on est pas un bon exemple, mais quand même!

Chris échappa un rictus et précisa :

— Celle avec une chemise bleue ?

Kuroo lança un regard discret dans la direction du bar :

— Oui c'est elle.

L'expression du blond ne changea pas d'un millimètre mais Kuroo vit néanmoins qu'une légère nuance de pourpre était venue teinter ses joues.

— Elle est mignonne. Affirma placidement le blond.

— Tu vas lui parler ?

Le blond haussa les épaules, tentant, bien difficilement, de rester le plus neutre possible.

Kuroo n'eut pas le loisir d'investiguer la question plus longtemps, car, après avoir disparu depuis un moment, il vit Tsukishima qui venait vers eux.

— Vous avez pas vu Yamaguchi ?

— Il est pas avec toi ? demanda Kuroo.

Tsukishima parut agacé au plus haut point et rétorqua sarcastiquement :

— Bah si, il est avec moi, d'ailleurs c'est pour ça que je le cherche.

Chris pouffa. Kuroo lui jeta un regard torve.

Faux frère.

— Il a dû aller pisser…

— Non.

Réponse qui avait le mérite d'être claire.

— Ok attends je vais t'aider à chercher. Je reviens Chris.

L'interpellé hocha la tête et lui fit un salut rapide de la main. Kuroo balaya la pièce du regard. Ne reconnaissant Yamaguchi nulle part à l'intérieur, il décida d'aller tenter sa chance dehors. Il détailla chaque petit groupe s'étant formé autour de l'entrée, passa même dans l'herbe pour discrètement vérifier si le fugitif n'était pas parmi l'un des groupes s'y étant installés. Sans succès.

En se rapprochant de l'entrée, un mouvement furtif sur le toit du gymnase attira son regard. Il se concentra sur la source et put finalement reconnaitre Yamaguchi, tranquillement installé sur le toit du gymnase. Qu'est-ce qu'il pouvait bien foutre là ? Alors qu'il s'apprêtait à lui demander -en hurlant- le jeune homme le pressa de rester silencieux et de venir le rejoindre. Kuroo haussa un sourcil, perplexe. « Comment vient » arriva-t-il à signer après avoir difficilement récolté mentalement les quelques signes que lui avait appris Hinata. « Echelles » signa Yamaguchi en guise de réponse, en lui indiquant la gauche du bâtiment. Le brun hésita mais finit par suivre ses instructions.

Sur le côté se trouvait effectivement une échelle de secours mais :

Il y avait bien quasi deux mètres le séparant du premier barreau.

Ladite échelle était encerclée d'arcs en fer qui n'allait pas lui donner une grande liberté de mouvement

Il faisait nuit et l'échelle n'avait pas forcément l'air des plus engageante.

Pas démonté pour autant, Kuroo décida de mettre de côté sa nuisance mentale (également appelée conscience) et se lança dans l'aventure. Avec un peu d'élan, il réussit à sauter assez haut pour attraper le premier barreau de l'échelle. Après avoir bien poussé sur ses bras en priant pour que ses biceps l'accompagnent dans l'épreuve, il réussit à se redresser suffisamment pour attraper le second barreau et arriva finalement à correctement se positionner sur l'échelle. Après une bonne minute pour gravir le tout, il arriva fièrement sur le toit du gymnase, et il rejoint Yamaguchi qui s'était tapi derrière le pan du toit.

— Qu'est-ce que tu fous !

— Chut, rien, je veux faire une blague à Tsukki.

Kuroo échappa un sourire en coin :

— Tu vas faire quoi ?

— Je vais lui balancer de flotte sur la tête, annonça fièrement le jeune homme, le regard brillant d'un amusement infantile. Ou peut-être était-ce l'alcool ? Définitivement l'alcool.

Quel ne fut pas le choc de Kuroo quand Yamaguchi lui présenta un seau rempli d'eau à ras bord. Il phasa plusieurs secondes, incapable de comprendre comment ce dernier avait réussi à gravir l'échelle avec son seau de 5 kg sur les bras.

— Comment t'as fait pour monter ?

— Par l'échelle, répondit Yamaguchi le plus naturellement du monde.

Son cerveau devait avoir commencé à prendre un bon coup car il se contenta de venir s'assoir à côté de Yamaguchi sans poser une seule question de plus. Parfois il fallait lâcher prise et ne pas essayer d'absolument tout comprendre.

Tous deux se tapirent discrètement, tels des prédateurs à l'affut, prêts à saisir leur prochaine proie.

— Qu'est-ce que vous foutez là ? demanda ladite proie dans leur dos.

Yamaguchi et lui sursautèrent si violemment qu'ils tapèrent tous deux dans le seau qui se renversa en tombant du haut du toit. Heureusement pour eux, personne ne se trouva sur sa trajectoire, et même si de nombreux individus se retrouvèrent copieusement arrosés, aucune mort ne fut à déplorer.

— Merde… Comment tu nous as trouvé Tsukki ?

— J'ai vu Kuroo entrain de péniblement escalader l'échelle.

— Pff j'aimerai t'y voir, marmonna le dernier.

Tsukishima afficha un sourire un coin d'une mesquinerie toute à lui :

— Je vous ai apporté à boire du coup.

L'individu avait effectivement, trois verres dans les mains.

— Mais t'es monté comment ? demanda Kuroo, persuadé qu'il y avait bien une autre issue, une explication à ces phénomènes inexpliqués.

— Par l'échelle.

Sérieusement, What the fuck ?

Et le con avait l'air de se délecter de sa réaction.

— Merci, je suis touché, annonça Kuroo d'une voix excessivement mielleuse en empoignant le verre qui lui était tendu.

— Mais de rien, c'est vraiment un plaisir.

Bordel que ce gosse était chiant.

Tsukishima vint s'assoir à côté de son partenaire, et tous trois se mirent à silencieusement siroter leur boisson. De là où il était, les lumières s'étendant jusqu'à l'étang de Sanshiro semblaient danser comme des lucioles amoureuses. La foule quant à elle semblait s'être intensifiée. L'air avait pris l'odeur de l'alcool, du tabac et de la nuit.

— Eh, vous voulez voir un truc drôle ? demanda Yamaguchi, qui semblait de plus en plus attaqué.

— Non, Yama… non., affirma fermement le blond.

— Si.

— Tadashi, non.

— Tadashi, oui !

Et sans plus de cérémonie, sous les yeux éberlués de Kuroo, le jeune homme se redressa et se mit à hurler à la mort. Plus sidérants encore, la foule sembla lui répondre, et partout autour d'eux des hurlements se joignirent au sien. Yamaguchi finit par se taire, mais la chorale autour ne cessa, et de partout les hurlements se faisaient écho, ce qui semblait profondément amusé le jeune homme.

Kuroo ne put s'empêcher de joindre son rire au sien, à la fois amusé par la situation, et par l'attitude de Yamaguchi qui avait l'air profondément fière de son méfait.

— Tu peux pas t'en empêcher…

— Non. J'y peux rien si les Sô-shi sont aussi faciles à provoquer...

Tsukishima roula des yeux mais n'ajouta rien de plus.

— T'as vraiment une dent contre eux, constata le brun.

— Ils m'ont tellement fait chier, faut bien que je leur rende la pareille un peu, avoua-t-il, un sourire cette fois dénué de toute malice, les yeux portés au loin.

— Merde, intervint le blond.

— Quoi ?

— Ya Ennoshita.

— Merde…

— C'est qui ?

— Un pote mais… Il fait partie du comité des étudiants, s'il nous voit ça va mal se passer.

Kuroo jeta un regard par-delà le pan du toit et découvrit qu'un jeune homme, à l'allure et la carrure « pas dégueulasse mais bon on n'est pas sur un ours polaire en rage » se trouvait en contre bas.

— T'exagères pas un peu ?

Les deux hochèrent négativement la tête de concert.

— Non… imagine une fusion entre Daichi et Suga, et multipliée par 10.

Kuroo échappa un frisson de pure terreur. Même l'ours polaire aurait été effrayé.

— Exactement.

— Il faut qu'on descende, pressa le blond

— Ouais mais il va nous voir si on prend l'échelle… remarqua son partenaire.

— On saute du coup ?

Quoi ?

— Ok.

Comment ?

Les deux se redressèrent et se rendirent au bord du mur opposé à l'échelle.

— Attendez !

Ces cons n'allaient quand même pas sauter du haut du toit ? Ce n'était pas bien haut certes, mais la hauteur n'avait rien de confortable, même pour un ninja expérimenté !

Yamaguchi fut le premier à s'élancer, suivit par Tsukishima. Paniqué, Kuroo se rua au bord du toit pour vérifier que les deux abrutis ne s'étaient pas tués. Apparemment tous leurs membres étaient restés intacts. Pas sûr que leurs têtes elles n'aient pas pris un sacré choc.

— Tu viens ? demanda Yamaguchi

— Non, évidemment que non !

Kuroo n'était pas prêt à mourir tout de suite.

Yamaguchi haussa les épaules :

— Ok, on se rejoint plus tard alors !

Et les deux s'éloignèrent. Oh les cons. Oh les cons !

Kuroo repassa discrètement sur le devant pour vérifier que le « terrible » Ennoshita n'était pas dans le coin. Pas de chance pour lui, il devait avoir flairé l'embrouille et regardait maintenant suspicieusement le toit. Kuroo se planqua derrière le rebord pour éviter de se faire repérer. Et ce ne fut que de longues minutes plus tard qu'il eut le courage de se redresser. Il semblait hors de danger à présent. Restant tout de même vigilant, il se dirigea à quatre pattes en direction de l'échelle. Une fois certain que la zone était sûre, il entreprit de descendre. Ces sales gosses allaient entendre parler de lui !

Faisant mine de rien, il entreprit de se mêler de nouveau à la foule, avec l'espoir de retrouver ses amis. Malheureusement pour lui, Kageyama et Hinata en étaient toujours à se lancer des balles de ping-pong à la figure, le sport avait d'ailleurs attiré l'attention de pas mal de monde, Tsukishima et Yamaguchi étaient introuvables et Chris… Le brun échappa un rictus en constatant que le blond était en compagnie de la jeune demoiselle qui n'avait d'yeux que pour lui un peu plus tôt. Kuroo vérifia de nouveau son téléphone : pas de nouvelles d'Oikawa. Et… il était donc seul.

Pas démonté pour autant, il alla se chercher une nouvelle boisson au bar et se mêla à la foule, louvoyant entre les danseurs, les papoteurs et les couples enlacés pour rejoindre le fond du gymnase. Il s'adossa au mur et sirota sa bière, tout en chantonnant à voix basse. Plus le temps passait, et plus l'alcool commençait à l'étourdir doucement, plus la musique résonnait fort en lui et plus sa voix se faisait forte, de plus en plus confiante. Avant même qu'il ne s'en rende compte, il chantait du Britney Spears à tue-tête, se contre fichant des regards que cela pouvait lui attirer. Le volume de sa voix redoubla encore d'intensité quand s'éleva le premier couplet de « I'm a single lady » de Beyonce. Il ne savait pas qui avait bien pu faire cette playliste, mais il l'adorait déjà. Alors qui hurlait les paroles, il entendit pour la première fois une voix faire écho à la sienne.

Kuroo finit par la reconnaitre, c'était cette voix. Il sentit pétiller en lui l'effervescence infantile qu'il avait ressentie la première fois que cette voix s'était mêlée à la sienne. Il continua de chanter, cette fois pour tracer le chemin de son écho plus que pour la musique en elle-même. Il fallait qu'il le trouve, qu'il lui fasse face. La voix se faisait de plus en plus proche, la chanson allait bientôt prendre fin mais il fallait qu'il le trouve, alors il poussa plus sur sa voix, en espérant que son homologue redouble elle aussi d'intensité.

Alors que la musique leur livrait ses dernières notes, il l'aperçut : Hercule Mercury, en chair et en os. Il vit que son excitation était partagée quand il croisa le regard de pure euphorie de l'individu. Kuroo eut le malheur de détacher son regard du sien pour le détailler un peu plus, et bordel, il manqua de défaillir. Il en avait eu un bel aperçu lors de leur première rencontre mais, woh… Son esprit n'avait pas exagéré le souvenir qu'il en avait gardé. Hercule Mercury se tenait bien là, avec sa carrure de dieu vivant, dans un débardeur noir outrageusement échancré et… un pantalon lâche à rayures ? Le fourbe avait l'audace d'être cruellement bien fagoté avec. Le regard de Kuroo retrouva celui d'Hercule, et il échappa un rictus en prenant finalement note de la coiffure de l'individu en question, qui avait les cheveux dressés sur la tête (de ce côté, Kuroo n'avait pas franchement de quoi critiquer). Tout c'était passé au ralenti, et à la seconde où leur chanson se dissolu en une autre, Hercule se précipita vers lui, et sans vraiment le contrôler, il se rua également à sa rencontre. Ils se retrouvèrent en une étreinte survoltée et euphorique, crépitante d'électricité statique.

— Bro ! C'est toi ! Le chanteur de la douche !

— Lui-même, répondit Kuroo, qui ne pouvait plus s'arrêter de sourire comme un gosse.

Ils ne dirent plus rien, se contentant de se scruter l'un l'autre comme deux vieux amis dont la route ne s'était pas croisée depuis longtemps.

— Bokuto Kōtarō

Plus de Hercule Mercury alors.

— Kuroo Tetsurō

Bokuto sembla sur le point de reprendre la parole quand il se stoppa, prit de cours par la musique qui venait d'être lancé. Ses pupilles se dilatèrent et son regard croisa celui de Kuroo, visiblement dans le même état que lui. L'ambiance venait de dramatiquement changer, plus pop rock que précédemment. Un sourire de pure allégresse leur échappa avant qu'ils ne commencent à chanter en chœur.

23h42

Après une bonne heure à sauter dans tous les sens en hurlant à tue-tête, Kuroo et son tout nouvel ami avaient finalement décidé de se poser quelques minutes.

— Bro, je vais me chercher un truc à boire, tu veux quelque chose ?

— Ouais, je veux bien une bière…

Alors que Kuroo était en train de se fournir en petite monnaie perdue dans ses poches pour la passer à Bokuto, ce dernier lui saisit le bras, en hochant négativement la tête.

— T'inquiètes je gère, assura Bokuto en faisant tressauter ses sourcils, visiblement près à mettre un sombre plan à exécution.

Il balaya la pièce de la tête, et finalement, repéra une victime, accoudée au bar. Incrédule, Kuroo vit le jeune homme se diriger vers le bar pour y accoster une damoiselle. Leurs gestuelles corporelles étaient confuses: impossible de discerner si l'échange se faisait sur le ton de la séduction ou de la camaraderie. Quoi qu'il en soit, Bokuto revint très vite vers lui avec deux pintes dans les mains. Il en tendit une à Kuroo avant de commencer à engloutir la moitié de la sienne.

— Comment t'as fait ? demanda le brun, curieux de finalement découvrir le ton de ce mystérieux échange.

Bokuto échappa un sourire en coin

— Oi oi, je vais quand même pas te révéler mon secret.

— Ouch… Ça m'offre à boire et ça ne se confie même pas un petit peu.

Bokuto pouffa. En une fraction de seconde, quelque chose changea dans son regard, passant de la complicité amicale à l'intensité presque sulfureuse, ce qui fit presque frissonner Kuroo.

— Si tu veux tout savoir… commença Mr Mercury en s'approchant du brun. Je lui ai dit...

Bordel Kuroo allait étouffer, comment ce mec faisait pour être aussi… bouillant.

— T'aurais pas une carte, je me suis perdu dans ton regard.

Silence. Kuroo resta muet quelques secondes, bien trop surpris par le discours pour rebondir dessus directement. Il explosa finalement de rire.

— Sérieusement ? Ça marche ce truc ?

— Mais oui Bro ! La preuve ! clama-t-il en levant sa bière. Je peux t'appendre si tu veux, termina-t-il avec un clin d'œil.

— Parce que t'en as d'autres comme ça !

— Des tonnes !

— Je t'écoute, dit Kuroo avec un sourire en coin.

— Déjà il te faut une super phrase d'accroche ! Pour ça, il suffit juste de faire preuve d'imagination.

— Hum, d'imagination hein… Je viens de taper « phrase de drague lourde » et je suis tombé exactement sur la phrase que tu viens de sortir.

Bokuto parut quelque peu déstabilisé par l'intervention, mais se ressaisit très vite :

— Qui te dit que ça ne vient pas de moi à la base ?

Kuroo haussa un sourcil, amusé.

— Et le « Excuse-moi, t'aurais pas un pansement, je me suis écorché en tombant amoureux de toi », ça vient de toi aussi ?

Bokuto se retint visiblement de rire, tentant tant bien que mal de garder son sérieux :

— Exacte, signé également de ma personne.

— Je m'incline, quel honneur de rencontrer un tel maître des mots…

Le maître en question lui fit une révérence avant d'engloutir le reste de sa bière, sous le regard quelque peu alerté de Kuroo qui se demandait bien comment il tiendrait encore debout d'ici dix minutes.

— À toi de jouer, lui commanda Mr Mercury en lui tendant son verre vide. Je t'ai enseigné tout ce que je savais, le flambeau te revient à présent.

Il n'avait absolument rien fait, que cela reste clair, mais Kuroo rentra tout de même dans son jeu :

— Merci pour cet enseignement shishou, je ne salirai point votre nom.

Le brun se saisit du verre vide, et se dirigea vers le bar. La jeune demoiselle, accostée précédemment par son acolyte, se trouvait toujours là. Sans hésiter, il alla à sa rencontre.

Il revint quelques minutes plus tard, deux pintes pleines dans les mains, sous le regard médusé de Bokuto.

— Bro, comment t'as fait ? demanda ce dernier, véritablement surpris.

Un sourire malicieux se dessina sur les lèvres du brun :

— Je lui ai dit… « Tu t'es pas fait mal en tombant du ciel mon ange, maintenant tu devrais m'offrir un verre en guise de réparation pour le vol de mon cœur ».

Alors qu'il s'attendait à moult esclaffements fasse à ce magnifique trait d'humour, il n'en fut rien. Le jeune homme en face de lui se contenta de la toiser avec un air de profond égarement.

— Et elle t'a pas frappé ?

— Non, la preuve, lui répondit Kuroo en désignant les verres pleins entre ses mains.

Bokuto en resta muet, il tenta visiblement de parler, ou d'imiter la carpe, au choix, mais il ne fut pas capable de prononcer un seul mot.

— Mais non, finit par lui avouer Kuroo en plantant le gobelet entre ses mains, je lui ai juste demandé ce que tu lui avais dit.

— Et ?

— Faire la charité à ses aînés comme ça, Bro, t'es sûr ?

Bokuto explosa finalement de rire, quelque peu rassuré :

— Tant que j'ai à boire, ça me va. Bon, on y retourne.

Sur ce, il engloutit d'un coup d'un seul l'entièreté de son gobelet (à savoir donc un demi-litre de boisson alcoolisée), posa le gobelet sur la table la plus proche, et empoigna Kuroo pour les mener sur la piste de danse.

0h40

À la quatrième pinte, Bokuto tenait encore miraculeusement debout. Kuroo avait commencé à émettre l'hypothèse que la masse musculaire du jeune homme devait aspirer tout le liquide comme une éponge sans que cela ait le temps de passer dans sa circulation sanguine (il travaillait encore à étoffer la robustesse de sa théorie). Quant à lui, il devait s'avouer que sa conscience commençait à sérieusement s'effriter. Mais l'euphorie accompagnant le naufrage de son esprit était si enivrante qu'il commençait à vouloir volontiers s'y noyer.

— Bro !

Kuroo se retourna, surprit de constater que Bokuto soit sorti de son champ de vision sans qu'il ne s'en rende vraiment compte. Son regard croisa le sien… Ouf, tout compte fait les muscles devaient avoir commencé à saturer parce que le regard commençait à se faire un rien… vitreux. Ou était-ce l'allégresse qui brillait si fort dans son regard ? Bokuto sourit et lui tendit un nouveau gobelet rempli. Kuroo considéra le liquide un instant, croisa de nouveau le regard de Bokuto, et finalement, gonflé de son alacrité, se saisit de la boisson. Il était l'heure du naufrage.

1h35

Comme l'air est doux au-dehors, et comme tout sent bon l'humidité de la nuit. Comment se sont-ils retrouvés là déjà ? À faire des ricochets sur l'eau de l'étang ? Kuroo ne sait plus vraiment, mais il s'en contre fiche. Tout ce qu'il entend, c'est leurs rires qui ricochent sur l'eau plus que les galets qu'ils y jettent.

2h25, ou peut-être 3h14

— Vas-y monte dedans et moi je pousse !

Kuroo passa la tête au-dessus du conteneur. Ce dernier avait l'air propre, acceptable même.

— Vas-y monte !

— Non ! Viens avec moi !

— Mais non, après ya personne qui pousse.

— Ah oui… Bah je le fais et après tu le fais.

Bokuto hocha frénétiquement la tête. Kuroo tenta d'escalader le conteneur, mais fut très vite contraint de s'avouer vaincu, il avait tout donné plutôt pour escalader cette échelle maudite, pas moyen d'utiliser ses muscles à présent.

— Aide-moi !

Son compère s'exécuta et le ceintura au niveau des hanches pour le soulever. Après plusieurs efforts vains, et quelques rires juvéniles, le brun finit par rentrer dans le conteneur.

— T'es prêt ?

— Oui ! lui hurla Kuroo.

Et il se sentit propulser en avant, la sensation lui arracha un cri euphorique, comme ceux que l'on échappe dans les manèges. La sensation ne dura néanmoins pas bien longtemps, car le conteneur s'arrêta brusquement, ce qui le projeta en arrière, avant de tomber, ce qui… le propulsa tout court. Là sur le bitume, la tête brouillée par le choc et l'alcool, le cœur battant la chamade, il se sentit soudainement très con. Bokuto rit. Son cœur battait-il si vite à cause du choc ?

— Bro ça va ? demanda Bokuto entre deux salves de rires.

— Ça va, mais comment t'as fait pour me foutre parterre, elle est droite la route.

Bokuto n'en finissait plus de rire, il se tordait littéralement, et finit par tomber sur les fesses, aux bords des larmes tant son hilarité était intense.

Kuroo éclata à son tour.

Ils étaient beaux comme ça, étaler sur le sol, à côté du conteneur, en hurlant de rire.

À un moment, certainement, dans la nuit

La musique vibre et tambourine dans son corps. Il s'abandonne complètement, au bruit, à l'ivresse et à lui. Les yeux mi-clos, il ne peut plus le lâcher du regard. Bokuto est complètement débraillé, les bras nus et la peau perlés de sueur. Ses cheveux sont retombés, victimes de la gravité. Les mèches collent son visage et glissent dans sa nuque. Sur ses cheveux danse les couleurs des projecteurs, stroboscopique, distordue, qui donne au monde autour un goût d'irréel. La danse est absurde, mais ils se synchronisent, leurs corps s'agitent au même rythme et entres en résonnance. Il n'y a plus rien autour, juste eux, le bruit, et le sol qui vibre. Dans la pénombre, son regard d'or le transperce. Kuroo en frissonne mais ne détourne pas les yeux. Ses pupilles se dilatent et ses oreilles bourdonnent, mais il ne détourne pas les yeux. Il étouffe, il étouffe du bruit, de la chaleur et de lui. Il étouffe de lui surtout. Il est tout et partout, et pourtant si peu. Si peu qu'il le cherche, qu'il en veut plus. Il ne détourne toujours pas les yeux. Il le veut plus près de lui, sa chair brule de ne pas le sentir tout près. Il le frôle, le respire à s'étourdir. À cet instant précis, à le voir vibrer sous le tambourinement musical, à sentir lui-même le bruit s'infiltrer en lui et le rendre sourd de tout, il jure que jamais il ne s'est senti aussi vivant.

12h27 le lendemain

Vous avez déjà eu la sensation de faire un voyage en mer en pleine tempête, quand la houle ballotte violement la proue du bateau ? Vous voyez ? Bon et bien maintenant imaginez que vous êtes sur ce bateau, avec une cocote en fonte sur la tête sur lequel un gang de piverts a élu domicile. Oui vous voyez ? Petite touche finale : le doux bruit d'un train à vapeur des années 50 en boucle dans les oreilles… Ajoutez à tout cela un désagréable mal de ventre qui fait sautiller les boyaux et vous pourrez vous représenter ce que Kuroo ressentit en émergeant de son coma post bringue ce matin-là. Et ce grésillement insupportable ? D'où ce truc pouvait-il bien venir ? Parce que bordel que c'est chiant !

Ce ne fut qu'après une bonne dizaine de secondes que Kuroo réalisa qu'il s'agissait de son téléphone portable… Il émit un grognement guttural (à force d'en entendre à longueur de journée, il commençait à verser dans le mimétisme), et après quelques secondes de tâtonnages maladroits, réussit à saisir son téléphone. Il décrocha sans pour autant prendre la peine de parler.

— Kuroo ?

L'interpellé fronça les sourcils, mettant quelques secondes à reconnaitre la voix à l'autre bout du fil.

— Suga ?

— Oh mais il est en vie ! s'exclama une voix en fond, Yamaguchi ?

En effet, il était en vie… mais il ne comprit pas pourquoi cela était si étonnant.

— Ça va ? demanda Sugawara avec une douceur toute maternelle.

— Euh oui…

— Gars mais t'étais passé où ?! Tout le monde t'a cherché partout ! intervint de nouveau Yamaguchi.

— De quoi où ?

— Tadashi et Kei m'ont dit qu'il t'avait perdu de vue à la soirée hier. Chris aussi t'a cherché, et Tōru a essayé de t'appeler plusieurs fois aussi… On finissait par s'inquiéter…

Kuroo tenta de reconnecter les quelques neurones qui avaient survécu à sa nuit de débauche, en vain. Seul un lourd soupir lui échappa.

À l'autre bout du fil il entendit Suga échapper un ricanement moqueur :

— Bon ça va alors, pas mort d'homme juste une bonne gueule de bois…

— Je souffre tellement… avoua le brun.

Suga rit de nouveau :

— C'est bien, ça montre que t'es bien en vie.

— Là maintenant, tout de suite, c'est pas forcément une super nouvelle.

— Attends je veux voir ça !

Quoi, non ! Mais non !

Sugawara activa la conversation en vidéo, Kuroo s'empressa de couper la caméra avant que quiconque ait pu être témoin de son triste état physique. Sur son téléphone apparut le visage de l'argenté, Yamaguchi en arrière-plan.

— Allume ! le somma Sugawara.

— Mais non, je viens de me réveiller !

— Allez ! le supplia ce dernier.

Il fut bientôt rejoint dans sa plainte par Yamaguchi.

— Non !

— On veut juste voir si tu vas bien, tenta Sugawara.

— Genre !

Ce ne fut qu'après moult demandes plaintives que Kuroo obtempéra (et uniquement parce que le ton de mère éplorée de Sugawara l'agaçait profondément, voilà tout, certainement pas parce que cela touchait sa corde sensible, pas du tout). Au moment où son visage apparut à l'écran, ses deux compères explosèrent de rire.

— Ah oui quand même… commenta l'argenté.

— Oh, t'es mignon avec tes cheveux pas coiffés ! commenta Yamaguchi.

— C'est qui ?

À ce moment-là Tsukishima apparut à l'écran :

— T'as une sale gueule, se moqua le blond de son habituel ton de suffisance effronté qui irritait grandement le brun.

Il lui fit d'ailleurs comprendre en lui présentant un majestueux doigt d'honneur. Gestuelle qui n'eut pour seul effet que d'amuser le blond.

— T'es rentré comment du coup ? demanda Yamaguchi.

Bonne question… Il fallut quelques instants à Kuroo pour collecter les maigres souvenirs qu'il lui restait.

— En métro je crois…

La chose sembla ébouriffer son public :

— Quoi ?

— Mais t'es rentré à quelle heure ?

— Euh je sais pas… Vers cinq heures je crois…

Silence. Même Tsukishima sembla soufflé par la nouvelle.

— Ah mais je te confirme on était partis, comme on te trouvait pas on pensait que t'étais déjà rentré… Désolé ! dit Yamaguchi.

— Ou que t'étais encore sur le toit, ajouta le blond.

Son partenaire lui assena un coup de coupe avant que Suga ne se retourne, alerté :

— Comment ça le toit ?

— Rien, il plaisante ! tenta de rattraper Yamaguchi. Euh, mais du coup t'étais où ?

— Bah… Je dansais… la plupart du temps…

— … T'as dansé tout seul jusqu'à cinq heures du mat' ?

— J'ai pas dit que j'étais tout seul !

La déclaration fit tiquer Suga et Yamaguchi :

— Oh… Tu n'étais pas seul, hmm… le taquina l'argenté.

— Oh je vois, tu as « dansé » ajouta Yamaguchi d'un air entendu.

Kuroo pouffa :

— Mais non, un pote quoi…

— C'est ça oui…

Le brun fit rouler ses yeux, ne pouvant cependant pas s'empêcher d'échapper un sourire.

— Bon, si c'est pour dire des conneries, je vais raccrocher…

— Pff, soit pas si susceptible. Bon, repose-toi bien, et n'oublie pas de boire de l'eau, lui conseilla Sugawara.

— Ok, allez.

Il salua tout le monde, et s'empressa de raccrocher lorsque Yamaguchi commença à faire des bruits de baisés baveux pour l'enfoncer un peu plus dans sa honte. Saleté…

Le silence s'installa de nouveau. La mer s'était apaisée et il lui sembla que son bateau ne tanguait plus temps que cela. Il se laissa retomber sur son oreiller, et resta longuement immobile, le regard rivé au plafond. Il se souvenait maintenant qu'ils avaient attendu ensemble le premier métro… L'aurore commençait à étendre sa lumière, les révélant l'un à l'autre, défait par la nuit, essoufflée d'avoir tant ri, d'avoir tant vécue. Kuroo ferma les yeux, euphorique et un peu honteux au souvenir de ce qu'il avait pu ressentir… Hercule Mercury… Il ne savait même pas s'il le reverrait un jour… Il secoua la tête : non, c'était sûr, ce ne serait pas la dernière fois qu'il entendrait parler de ce Bokuto.

— Fin du chapitre—

J'espère que ce chapitre vous a plu !

Prochain chapitre : TPO mes couilles

Maintenant que Kuroo a retrouvé Bokuto, il n'est pas près de le lâcher 😉

« C'est maintenant qu'il faut vous imaginer le genre de séquence cinématographique symptomatique des comédies romantiques. Vous voyez ? Celles où les deux protagonistes s'embarquent dans des aventures pittoresques, souvent infantiles, parfois délinquantes, toujours adorablement stupides. Ellipse habile montée sur fond de musique pop commerciale. Vous voyez ?

Cette séquence-là, Kuroo la vit se dérouler dans sa tête, en direct, intégrant chaque regard, chaque rire, chaque éclat, chaque lumière, chaque seconde, avec la ferme intention de ne pas les oublier, et de garder chaque instant gravé dans sa mémoire. »