Bonjour à vous et installez-vous confortablement pour la suite :)

Un grand merci aux personnes qui ont relu ce chapitre et m'ont aidé dans la correction et la rédaction : Sukhii et Noémie !

Bonne lecture !


CHAPITRE 3

« Une vérité au bout des doigts,

Une lampe entre les mâchoires,

Et ta tête tombe de son socle de rêves » - Thiéfaine


Harry leva les yeux vers le plafond enchanté. Le bleu du ciel se marbrait peu à peu de rose orangé, et les rares nuages reflétaient l'or du soleil.

La montre de Ron — la vieille montre de Dudley ayant été brisée pendant le Tournoi — assis à sa gauche lui indiqua l'heure. Il était temps.

« J'ai mal au ventre, je monte dans le dortoir, d'accord ? » annonça Harry en pressant l'épaule de son ami.

Il s'éloigna à regret de la Grande Salle et de son brouhaha habituel, délaissant encore une fois Ron et Hermione.

Depuis leur escapade nocturne, Harry n'avait pu s'empêcher de remarquer les tendres œillades que ces deux-là se lançaient, les mains qui se frôlaient un peu trop souvent pour que ce soit fortuit, leurs joues rougies par une gentille taquinerie... Il était certain que ses amis sortaient ensemble, ou que ce n'était qu'une question de temps. Et il ne parvenait pas à s'en réjouir.

Enjambant maladroitement les larges dalles humides de l'extérieur du château, Harry se sentait tout de même honteux d'avoir ce genre de pensées. L'important était que ses amis soient heureux, non ? Mais l'odieux bourdonnement de la jalousie lui remuait le cœur. Allaient-ils se comporter comme la plupart des petits couples qui se formaient à Poudlard, du jour au lendemain tout amourachés et perdus dans leur monde, pour voler en éclat tout aussi brutalement et mettre des mois à s'adresser la parole à nouveau ? Même George s'était retrouvé esseulé quand Fred et Angelina s'étaient mis en couple l'année passée. Aucune place n'existait entre Dean et Seamus — il n'avait jamais eu de certitude, mais il avait déjà parié 5 Gallions avec les jumeaux qu'il y avait quelque chose entre eux. Et il n'était pas prêt à supporter le regard langoureux de Hermione, comme celui de Cho quand elle avait été éperdue de Céd—.

Arrête.

Il soupira et enroula rageusement son écharpe autour de son cou.

Le vrai problème était que plus les années passaient, moins leur amitié lui paraissait solide. Il ne pouvait pas s'attendre à ce qu'ils restent toute leur scolarité rien que tous les trois, toujours collés les uns aux autres. Mais sans Ron et Hermione, qui était-il ?

Arrête de penser à ce genre de choses.

Il calma son esprit en se focalisant sur ses sensations, comme il avait prit l'habitude de le faire enfant. Il marchait vers le sud en direction du lac, et ses pieds produisaient de petits pas feutrés dans l'herbe grasse. Saisi d'un frisson, il serra contre lui sa cape laineuse pour se réchauffer.

Une fois devant le hangar à bateaux, il remarqua dans l'obscurité Draco qui était assis sur les planches abîmées, ses chaussures à quelques centimètres de l'eau et de son reflet trouble.

Cette vision calma ses tourments et pour la première fois depuis plusieurs semaines, Harry se sentit serein. Il aimait le voir ainsi : paisible, sans grimace sarcastique déformant ses traits.

Draco garda son visage rivé sur les eaux profondes, mais il se décala, l'invitant silencieusement à ses côtés.

« Je suis désolé pour la dernière fois... » Harry souffla en ébouriffant ses cheveux sombres, se sentant brusquement vulnérable devant le silence du Serpentard. « Je suis tout le temps sur les nerfs en ce moment. Je ne voulais pas sous-entendre que je te voyais différemment depuis... depuis tu sais quoi. C'est pour toi que je m'inquiète, tu le sais bien. »

Les yeux gris perçants glissèrent sur les siens. Draco n'avait pas l'air tout à fait convaincu par ses explications, mais il étira ses bras au-dessus de sa tête et sembla s'en accommoder.

« Tu as changé d'avis alors ?

— T'es gonflé, Draco. C'est toi qui a voulu qu'on prenne nos distances, à la base. »

Les lèvres du blond se pincèrent.

« Je sais. Je pensais que ça serait facile. Qu'on retournerait à... à la normale, comme avant. »

Harry s'appuya sur son poignet, tournant son corps vers l'autre adolescent.

« Comme avant ? Quand on faisait semblant de se détester ?

— Je n'ai jamais fait semblant, renifla Draco avant de poursuivre avec un sourire étrange. Si tu savais comme j'ai essayé de combattre ma jalousie. Quand tu as refusé de me serrer la main, quand tu es devenu le meilleur ami de Weasley, puis de Granger, puis de pratiquement toute l'école. Hagrid. Londubat. Lovegood. Un évincé d'Azkaban. Un loup-garou. Mais un Malfoy, oh ça... » Son rire devint amère. « Ça, ce n'était pas assez bien pour Harry Potter. »

Avec un soupir, Harry posa sa main libre sur la cuisse de Draco. Il aurait voulu lui rappeler que ses insultes contre toutes les personnes énumérées n'avaient pas plaidé en sa faveur, mais si Draco était une chose, c'était susceptible. Alors il tint sa langue et carressa distrairement sa jambe par dessus ses robes. Ils étaient déjà passé par là, et Harry n'avait pas à se justifier.

Après quelques minutes, le Serpentard se détendit.

« C'est trop difficile maintenant. Juste... soyons discrets. Voyons-nous moins souvent. N'en parle à personne, surtout pas à ta belette. Aucun secret ne se garde dans une ménagerie pareille. »

C'était peut-être la seule chose qui rachetait les Weasley à la société sorcière. Il lui avait expliqué qu'il était attendu des sorciers —à fortiori des Sang-Pur — qu'ils aient une descendance. Nombreuse, si possible. Pour préserver leur peuple, toujours plus réduit que les Moldus, et d'autant plus réduit après la guerre. De ce qu'il avait compris, la mère de Draco n'avait jamais réussi à avoir d'autres enfants. Il était le seul qui s'était "accroché". Elle compensait en lui donnant tout l'amour qu'elle aurait partagé aux autres.

Dans cette conception du monde, il était... toléré que des sorciers préfèrent la compagnie d'autres hommes, s'ils avaient accompli leur devoir en étant déjà pères. Il aurait donc déjà été délicat pour Harry et Draco d'assumer leur relation. Alors dans leur situation...

« Je sais », murmura Harry en posant sa tête sur l'épaule de Draco, juste quelques instants. Assez pour que le blond embrasse sa tempe.

L'ombre du hangard les cachaient presque entièrement, maintenant que le soleil avait disparu derrière les lointaines montagnes écossaises, dessinant leurs dents à contre-jour. Harry se perdit dans la contemplation du ciel calme de ce début d'automne.

« J'ai parlé avec Snape », gloussa t-il subitement, ce qui provoqua un haussement de sourcil chez Draco. « T'avais raison, ton parrain peut ne pas être totalement désagréable.

— Vous avez réussi à avoir une conversation… normale ? Sans vous insulter ? Toi et Severus ? s'étonna Draco.

— Hm, il me semble que quelques insultes ont volé, mais je crois que c'est la force de l'habitude », plaisanta Harry.

— Préviens Hagrid, ses hippogriffes doivent avoir des dents. »

Il se surprit à imaginer ce à quoi devait ressembler un repas de famille chez les Malfoy, Snape avec un chapeau d'anniversaire... Un rire étouffé s'échappa de sa gorge et Draco lui carressa distraitement les cheveux. Son caractère si affectueux — à l'abris des regards — lui manquait.

Le clapotis de l'eau contre les poteaux en bois était agréable. Harry étendit ses jambes par dessus le ponton et se laissa porter par cette douce mélodie. L'air était frais, mais il préférait mille fois être ici qu'étouffer dans la Grande Salle.

« Ma mère m'a envoyé une lettre. Le Seigneur des Ténèbres commence à... préparer des choses.

— Ça t'inquiète ? » demanda Harry. Les allégeances de Draco restaient floues. S'il s'était calmé sur les insultes de Sang depuis leur troisième année et le magistral coup de poing qu'Hermione lui avait fait goûter, il ne s'était pas publiquement prononcé contre Voldemort pour autant.

— Notre famille est au centre de tout ça. Si une guerre commence, on ne pourra pas y échapper, répondit-il avec une voix qu'il réussissait avec peine à contrôler.

— Dumbledore pourra sûrement t'offrir une protection à Poudlard », le rassura-t-il.

Draco eut un sourire moqueur et l'embrassa doucement sur le front, juste sur sa cicatrice.

« Vu comme il te protège toi, je ne sais pas si j'y gagne au change. Mais j'ai le grand Harry Potter à mes côtés ! le taquina t-il. Qui de mieux qu'un bébé réduisant le plus grand mage noir en poussière pour veiller sur moi ? Un Malfoy a besoin du meilleur en ce monde, alors c'est très bien comme ça », conclut-il avec un clin d'œil.

Draco avait l'air d'y croire. Harry pensait être plus chanceux que puissant, mais le sourire du blond lui réchauffait le cœur.

« Et merde », chuchota soudainement Draco.

Harry se retourna pour comprendre ce qu'il avait vu, et grimaça en voyant Snape se diriger vers eux à pas rapides.

« Pas encore… »

Harry ne devait pas être si chanceux que ça, finalement.

Le rythme de l'homme faisait claquer son habituelle robe noire derrière lui, en dessous d'une longue cape en velours. Dans la noirceur de la soirée, seul son visage blafard était nettement visible, et il en aurait été effrayé s'il avait été encore en première année.

« Je commence à me lasser de vous trouver dans des lieux improbables. »

Harry ne sût pas tout de suite pas à qui il s'adressait, mais vu le regard honteux de Draco, c'était visiblement à eux deux. Intéressant.

« Vous », dit-il en désignant Harry, « Ne pensez pas être exempt de toute punition. Vos amis ont écopé d'une semaine de retenue pour votre petite expédition, et vous aurez l'honneur d'avoir trois heures de plus avec moi, pour avoir osé voler un professeur. »

Pour la première fois, Harry pensa que cette punition n'était pas exagérée.

« Quant à vous monsieur Malfoy, ne croyez pas que je ne vous ai pas reconnu hier vous enfuir comme un pleutre, continua t'il d'une voix douceureuse. Je rallonge votre peine de deux soirs. Ce week-end. Je tacherai de vous faire récurer tellement de chaudrons que la seule pensée que vous aurez en sortant de ma classe sera de rester cloîtré dans votre lit. Espérons que cela vous passera l'envie de traîner dans les couloirs à n'importe quelle heure et d'écouter aux portes. »

Draco déglutit et Harry cacha un sourire moqueur. Il se demanda ce qu'il y avait derrière cette histoire...

Snape pris soudain conscience de leur présence rapprochée et pinça ses lèvres.

« Ne me dites pas que vous vous êtes battus.

— Ce n'est pas le cas professeur », assura Draco en se levant, les mains dans les poches. Snape plissa les yeux de méfiance.

Le Sang-Pur attendit que le professeur lui fasse signe de rentrer au château, et fila sans demander son reste.

Pleutre, pensa Harry, imitant la voix de Snape dans sa tête.

« Remontez vos manches monsieur Potter. »

L'ordre claqua, sec. Harry ne put s'empêcher de sourire narquoisement en lui montrant ses poignets : il avait pensé à attacher son étui. L'objet n'était pas très confortable, mais à présent il ne parvenait plus à se sentir en sécurité lorsqu'il l'oubliait et que sa baguette trainait dans sa poche ou son sac.

Snape afficha un air satisfait.

« Bien. Mettez-le tous les jours, ne me décevez pas. »

Un étrange sentiment lui serra la gorge, sans qu'il ne puisse y mettre de mots.

L'homme ouvrit à nouveau la bouche pour dire quelque chose, mais il se ravisa, préférant tendre son bras vers celui de Harry. Harry eu un mouvement de recul que son professeur commenta du regard — sans être Legilimens, Harry imaginait que ça voulait dire quelque chose comme ''Ne soyez pas stupide Potter, si j'avais voulu vous tuer je vous aurais jeté dans le lac'' — puis il le laissa approcher. Snape régla les sangles de l'étui et le plaça de telle sorte que la baguette pointait du côté intérieur du bras.

« Ainsi vous pourrez attraper votre baguette dans le bon sens si vous avez les mains attachées séparément, en pliant le poignet et en attrapant la baguette de la même main » l'informa l'espion, l'air mal à l'aise. Sans doute avait-il une once d'empathie, cachée au fond de son crâne : implanter ce genre de pensées paranoïaques dans le cerveau d'un adolescent n'était pas très éthique, pensa Harry.

Maugrey en revanche, aurait approuvé.

« Que faisiez-vous avec Malfoy, monsieur Potter ? » lui demanda-t-il d'un ton soupçonneux, coupant court à ses pensées.

Là, on dirait vraiment Maugrey, se dit Harry. Il sentit l'adrénaline se déverser dans ses veines.

Que dire ?

On se bécotait m'sieur, n'était pas une bonne idée. On monte un camp de protestation contre Voldemort et Dumbledore, n'était guère mieux. Et la vérité, n'en parlons pas.

« On est tombé l'un sur l'autre par hasard. Et on était trop fatigués pour se battre, professeur. »

Voilà, c'était assez crédible. Sa propre facilité à mentir avait toujours gêné Harry. Mais il avait eu toute son enfance pour s'entrainer.

Le mensonge passa, et Harry put retourner au château après s'être fait rappeler ses horaires de retenue.

Il souffla, soulagé, et trottina vers l'entrée du château.

Snape, lui, se détourna et poursuivit son chemin vers les grilles de Poudlard.


Debout sur le perron de la petite maison, le vent s'engouffrait dans ses robes et il sentit le duvet de son corps se hérisser, accueillant cette vieille sensation perdue. Il tendit la main vers le ciel assombrit par le manteau de la nuit, et la lumière de la lune dessinait le contour de ses longs doigts, presque aussi blancs qu'elle.

Harry tourna sa main et l'observa, émerveillé par sa simplicité.

Trop longtemps il avait dû arpenter l'Europe dans l'errance, à peine plus qu'une ombre vaporeuse. Alors depuis juin, il embrassait chaque perception de ce nouveau corps. Il n'était pas parfait, loin de là. Il était douloureux, manquait de puissance, il lui en faudrait un autre. Mais pour l'instant...

Une petite éclaboussure rougeâtre tâchait son poignet. Une autre, sur un des boutons nacrés de sa manche. Il soupira. McNair n'avait jamais été très... soigné.

Avec une légère hésitation, il passa son index sur le bouton et le déposa sur sa langue. Rouillé, métallique. C'était amusant, comme tous les sangs partageaient le même goût, peu importe leur pureté.

Ignorant les gémissements plaintifs qui s'échappaient de la porte entrouverte, il profita encore un peu de l'ivresse de ses sens retrouvés.

« Non, non pas ma fille, je vous en supplie, prenez tout ce que vous voulez mais pas elle ! »

Le vent fit voleter les larges pans de ses robes sombres alors qu'il retourna lentement à l'intérieur. Dans le couloir de l'entrée, Yaxley surveillait avec méfiance Nagini se mouvoir sur le parquet, près de lui. Harry ne lui en tenu pas rigueur. Seuls les fous ne faisaient pas attention à l'énorme serpent.

De l'encadrement de l'arche qui séparait le couloir du salon, une lumière verte éblouit le visage du Mangemort. Lourdement, un corps tomba au sol, entre les deux pièces. Les longs cheveux blonds s'étalaient sur le sol. La baguette, encore dans la main, roula vers le pied de Yaxley, qui l'emprisona sous sa chaussure. C'était inutile.

Quelque chose, probablement McNair, attira la femme, qui disparu dans un glissement vers le salon. Ses cheveux laissèrent une trainée rouge sur le parquet.

Un sanglot étouffé d'enfant amena un rictus sur le visage de Harry. Le père n'avait pas donné une seule information, mais la nuit était jeune.

Même les Langues-de-plomb finissaient par parler.

Harry se releva brusquement, le corps tremblant et la tête en feu.

Avec panique, il détacha sa baguette de son bras et la brandissa dans le vide. Personne. Rien que les respirations profondes de ses camarades, au chaud dans leurs lits.

Merde...

Malgré son intense mal de crâne, il reconnu les contours flous du baledaquin au velours carmin et son ventre se tordit dans un haut-le-coeur. A tâton, il attrapa ses lunettes posées sur sa table de chevet et laissa échapper un soupir erratique. Un goût acide lui fit contracter ses mâchoires plus fort encore.

Il faut que je bouge.

Les jambes tremblotantes et collées à son pyjama par la sueur, il tituba vers la salle de bain du dortoir mais n'eut pas le temps d'atteindre une cabine de douche avant de s'écrouler à genoux et vomir sur le carrelage. Il détestait ça. Les poings serrés, il étouffait et avait l'impression qu'il allait mourir à chaque poussée incontrôlable. Il n'eut même pas la satisfaction de réellement rendre quoi que ce soit hormi de la bile.

Quand son ventre s'apaisa enfin, Harry se racla la gorge, cracha de la salive âcre, et lança un Récurvite.

Encore plus faible qu'au réveil, il se glissa dans une douche et fit couler de l'eau brûlante sur sa peau en grimaçant de douleur.

Qu'est-ce que c'était que ce rêve ? A croire que son cerveau s'était lassé de lui faire revivre le cimetière, ou de ce récurrent cauchemar où les Dursley lui disaient que toutes ses années à Poudlard n'avait été qu'une farce et l'enfermaient à nouveau dans le placard.

Rêver d'être Voldemort, voilà une nouveauté.

Avec un frisson, il tendit sa main devant lui. Normale. Basanée. Pas de tâches de sang.

Il fut si rassuré qu'il laissa sa tête tomber contre les carreaux humides du mur.

T'es complètement taré, Harry, pensa t-il avec un petit rire désabusé.

Le son immonde du corps glissant sur le sol résonna à ses oreilles. Son estomac fit de nouveaux bonds, et ses ongles laissèrent de petits arcs de cercle rouges sur ses genoux. L'esprit encore brumeux, il se demanda comment il pourrait survivre aux prochaines nuits sans potion.

Harry secoua la tête et s'influa du courage. Il pouvait prendre sur lui.

Il était encore tôt, la nuit toujours noire… Il repoussa son cauchemar au fond de son esprit et retourna se coucher dans ses draps trempés de sueur.


Au matin, Harry se retrouva affalé sur la table des Gryffondor, de profondes cernes sous ses yeux. Compatissant, Ron le resservait en brioche et l'encourageait à prendre des forces. Pour une fois, Harry l'écouta et trouva du réconfort dans la douceur de son petit-déjeuner.

Le calme relatif de la salle fut perturbé par de petits chuintements et hululements annonçant la distribution journalière du courrier. Hedwige était absente, mais les hiboux étaient nombreux et une plume brune tomba dans son assiette.

« Sûrement un coup de Black », siffla Seamus à quelques places de lui.

Intrigué, harry tourna la tête dans sa direction et essaya de comprendre le sujet de son agacement.

Son camarade et d'autres élèves étaient penchés sur l'exemplaire du jour de la Gazette du Sorcier. Celle-ci affichait en gros titres : ''Une famille assassinée d'un Impardonnable dans le Lancashire''

Une photo accompagnait l'article où il pouvait apercevoir des Aurors prendre des notes autour d'un petit corps recouvert d'un drap, allongé auprès de deux autres, plus grands. Des cheveux blonds s'échappaient de l'un d'eux.

Il se pencha en avant et arracha le journal des mains de Seamus. Sourd à ses protestations, il découvrit l'article macabre :

''La famille, composée d'un père Langue-de-plomb, d'une mère Moldue pharmacienne, et d'une fille sorcière — selon les témoignages de leurs proches — a subi un acte de barbarie inexplicable cette nuit du 7 octobre. Peter Snakebark avait été vu quittant le département des mystères la veille au soir, sans que ses collègues n'aient noté aucun élément alarmant. Ils le décrivent comme un homme simple et discret, n'ayant aucun ennemi connu.

Le quartier étant mixte, les voisins sorciers déclarent n'avoir rien vu ni entendu de suspect. Les voisins Moldus ont fait les mêmes déclarations, puis ont été soumis au sortilège d'Oubliette comme le veut la législation en vigueur.

Rufus Scrimgeour, chef du département des Aurors, a déclaré qu'il prenait personnellement l'affaire en main et que les coupables seraient rapidement identifiés et présentés au Magenmago, mais aucun suspect n'a encore été interrogé.

Le Premier ministre n'a pas encore commenté ce qui semble être un tragique rappel des années de Terreur, mais des sources du ministère ont fait part de nouvelles recherches en cours à propos d'anciens Mangemorts.''

Refusant d'en lire d'avantage, Harry lâcha le journal et se força à prendre quelques bouchées d'une pomme. Seamus le reprit avec un regard appuyé mais Harry l'ignora. Son rêve n'en était pas un. C'était la famille et la maison de son cauchemar. Ça ne pouvait vouloir dire qu'une chose, réalisa-t-il en pensant à Snape : il s'était rendu cette nuit dans la tête de Voldemort. Mais comment était-ce possible ?

Ron, Hermione, et même Snape avaient bien insisté sur le fait que devenir un Legilimens était très difficile. Ce n'était pas quelque chose qu'on pouvait accomplir sans le faire exprès, et encore moins sans un entraînement de plusieurs années. Et Harry était certain de ne pas être un naturel.

Pourtant, se dit-il en laissant son regard glisser vers la photo morbide, les preuves étaient bien là. D'une manière ou d'une autre, il avait espionné les pensées du plus puissant mage noir de ce siècle, et sans que celui-ci ne s'en rende compte.

Le nom de Sirius flottait dans l'air et quelques élèves le dévisagaient sans gêne. Hermione serra sa main sous la table et lui offrit un sourire contrit.

Harry savait que ce n'était pas agréable pour ses amis d'être associés aux ragots que faisait courir la Gazette sur Dumbledore et lui depuis le Tournoi. Il n'allait pas aggraver son cas en parlant de son "cauchemar"... Ron et Hermione finiraient par croire qu'il était réellement dingue.

Non, il allait garder ça pour lui.


Puisqu'il avait l'esprit ailleurs et le front encore douloureux, il réussit l'exploit d'exploser un des mannequins du cours de Sortilèges — qui ne put être réparé, malgré les tentatives de Flitwick —, et de charcuter en petits morceaux son bout de bois transformé en limace au lieu de le faire disparaître par magie. Comme si ça ne suffisait pas, au déjeuner Harry reçut un parchemin dans son assiette de la part du professeur Snape, qui lui rappelait à lui et ses amis qu'ils n'avaient pas intérêt à oublier leur retenue du jour.

Harry tenta tout de même, contemplant les trois fléreurs qui se prélassaient sur la terre encore humide de l'enclos de Hagrid. C'était une journée éprouvante et la perspective d'une retenue le soir-même avec Snape ne l'enchantait pas.

Assis sur des pierres ou à même le sol avec les autres les élèves, il pouvait constater la différence entre un réel fléreur et un demi-sang comme Pattenrond. Ils étaient plus fins, mais plus grands, avec de larges oreilles démesurées et une longue queue de lion. Leurs grands yeux brillants d'intelligence le mettait quelque peu mal à l'aise.

« Quelqu'un peut m'rappeler la particularité des fléreurs ? Hermione ? » demanda Hagrid de son habituel ton bourru.

— Ils sont capables de détecter un sorcier peu recommandable à coup sûr », affirma-t-elle en caressant un des fléreurs qui devait être attiré par l'odeur de Pattenrond présente sur elle.

— Cinq points pour Gryffondor ! Mais les fléreurs font mieux qu'ça, ils peuvent détecter n'importe quelle créature mal intentionnée, humaine ou non », rajouta Hagrid en secouant une clochette au-dessus des petites créatures. « Depuis la mise en place du Code International du Secret Magique, les fléreurs ne s'approchent plus des humains. Ils savent qu'il y a trop de risques qu'ils finissent capturés, 'sont pas bêtes. Mais on peut aussi observer leur comportement méfiant envers d'autres créatures magiques. Et ils ne s'approchent pas des licornes, mais personne ne sait pourquoi. »

Surpris, Harry nota ce fait dans ses notes. Les fléreurs avaient l'air d'être des animaux de compagnie très agréables quand ils décidaient de le devenir. Néanmoins, aucun fléreur ne s'approcha de lui de toute l'heure.

Il se demanda si les fléreurs aussi lisaient la Gazette du Sorcier.

« Vous avez tous déjà vu les pouvoirs de ces petites bestioles à l'oeuvre, j'en suis sûr. Une rencontre avec Miss Teigne lors d'une promenade en dehors du couvre-feu suffit », dit-il en souriant.

Harry ne souhaitait pas enfreindre le règlement dans l'immédiat. Devait-il en conclure qu'il était une personne "peu recommandable" ? Harry pris rageusement des notes sur son parchemin, et la pointe de sa plume se cassa. Les créatures allaient et venaient auprès de tous élèves de Gryffondor et de Serdaigle, sauf lui. Ainsi, Pattenrond ne le détestait peut-être pas juste parce qu'il était un chat au mauvais caractère...

Et ses camarades le regardaient maintenant avec un air méfiant de plus en plus affirmé.

A la fin du cours, Hagrid s'installa à ses côtés pendant que les autres élèves continuaient de jouer avec les fléreurs.

« Tu te sens bien Harry ? J'ai remarqué que t'étais souvent dans la lune » murmura le demi-géant, sa grande main calleuse tapotant son dos.

Devant son habituelle tendresse maladroite, des larmes de gratitude manquèrent de perler aux coins de ses yeux. Hagrid avait été son premier ami. Son entrée dans le monde sorcier. Il pouvait être en colère contre la terre entière, mais pas contre lui.

« Ce sont les fléreurs ? Tu sais, je pense que c'est ton humeur triste qui les fait fuir ! » essaya de le rassurer Hagrid.

Tripotant l'herbe d'une main nerveuse, Harry trouva le courage de relever la tête vers son professeur et de lui sourire faiblement.

« Oui, tu dois avoir raison. »

Quelques jours plus tôt, Harry y aurait cru, mais avec le cauchemar de la veille et l'écho de la joie de Voldemort qu'il avait ressenti, il n'était plus sûr de rien. Seamus avait peut-être raison.

Non, se dit-il en balayant ces pensées dérangeantes, Seamus était un idiot crédule incapable d'admettre la réalité parce qu'elle lui faisait peur. Voilà tout.

Et c'est sur ce jugement peu convaincant qu'Harry fila en Botanique.


A la fin de la journée, Harry, Ron et Hermione se rendirent en traînant des pieds dans la salle de classe de leur professeur de Potions pour leur retenue. Et sur toute la longueur du château, Ron semblait déterminé à râler le plus possible.

« Saleté de chauve-souris graisseuse. Cet abruti est un détraqueur, il se nourrit de la souffrance de ses étudiants, je suis sûr qu'il prend son pied à ça.

— T'exagères pas un peu ? Une semaine de retenue, ça va encore.

Ça va ? Non mais tu t'entends parler Mione ? »

Ils s'engagèrent dans la petite descente à droite du grand escalier principal. Harry se sentait mieux de marche en marche. Plus il s'enfonçait dans les profondeurs du château, plus la lumière était faible, et plus il se sentait en sécurité, comme dans une tanière. La lumière forte aggravait ses migraines.

« Je préfère être punie une semaine que perdre des points. Tu imagines l'image que ça donne, deux préfets qui font perdre des points à leur maison ? répliqua Hermione.

— Mais tu les aurais tous rattrapés en une journée de cours ! » la flatta Ron. Hermione rougit et frappa sans conviction le bras de son ami. Ou petit-ami. Il faudrait qu'Harry prenne son courage à deux mains et leur pose la question, un de ces jours.

A peine eut-il le temps de toquer à la porte de la salle de classe que la voix forte de Snape leur ordonna d'entrer sans plus attendre.

Sombre, les pierres humides par la proximité du lac, pleine d'odeurs enivrantes d'herbes séchées, la salle était déjà préparée pour eux.

« Miss Granger, vous avez quarante copies de troisième année à corriger », dit-il en désignant un tas de feuilles posé sur la paillasse la plus éloignée de son bureau. « Monsieur Potter, j'ai reçu un nouveau stock d'ingrédients ce matin. Vous allez me les trier par type de plantes et hacher l'asphodèle avant de la ranger. » Harry observa les cartons visiblement très remplis. « Quant à vous Monsieur Weasley, certains de mes pots sont passés de date... Vous allez m'en récurer — sans baguette — chaque bocal, ce sera à votre niveau. »

L'insulte était sèche, et Ron serra les dents. Harry fut pris de pitié pour la tâche ingrate de son meilleur ami, mais il n'allait pas se plaindre : son travail à lui n'était pas salissant, alors il n'allait pas risquer d'énerver son professeur.

C'est sur ces pensées que Ron qualifierait sûrement de 'serpentardes' que Harry s'attela à la tâche.

Il n'était peut-être pas bon en potions, mais il savait tout de même reconnaître la plupart des ingrédients. Ils les manipulait depuis des années : armoise, gingembre, dictame, sauge… autant de plantes qu'il pouvait nommer. Seule une fleur, jaune et tachetée, remplie de noir en son centre, lui était inconnue.

Haussant les épaules — il ne se risquerait pas à poser la question, Snape le traiterait d'incompétent et l'enverrait récurer des chaudrons — il sépara avec plus ou moins d'aisance les plantes séchées.

Il fut souvent tiré de sa concentration par les soupirs d'Hermione. Celle-ci corrigeait les copies avec les sourcils froncés et l'air sévère, secouant ses cheveux crépus pour canaliser son agacement. Harry eut un petit sourire : elle semblait prête à prendre la relève de leur professeur !

Quant à lui, à chaque fois qu'il lui semblait venir à bout de son tri, il retrouvait toujours plus de plantes au fond de ses cartons. Il soupçonnait Snape de l'avoir ensorcelé pour qu'il ne finisse jamais son travail et qu'il puisse être certain de pouvoir le réprimander.

Harry leva les yeux vers son professeur. Il était concentré au-dessus d'un chaudron, et s'était attaché les cheveux en un court chignon fonctionnel. Il ne les avait pas coupés de l'été, nota Harry. La potion en préparation avait l'air d'être complexe, vu les épais sourcils froncés de l'homme. En tant que Maître des Potions, il était rare de le voir ainsi. Peut-être était-ce une nouvelle création de son professeur ?

Harry se perdit dans son esprit, laissant ses mains hacher machinalement l'asphodèle, en rêvant éveillé d'élixirs pour cheveux gras, de potions d'amabilité, et d'autres inventions loufoques. Il s'était tellement perdu qu'il fut très surpris quand Snape se leva pour vérifier leur travail.

« Je m'attendais à une catastrophe, je suis déçu », dit-il en arrivant à sa hauteur. Ce devait-être l'équivalent d'un compliment dans la langue snapienne. Mais Harry avait toujours été plutôt bon pour le travail préliminaire des potions. Trier, couper, hacher, broyer... Tante Pétunia s'était assuré qu'il sache cuisiner avant de savoir tenir un crayon. « Demain, même heure, ne soyez pas en retard. »

Harry manqua presque le coup d'œil que Snape jeta à son bras. Il allait donc vérifier chaque jour qu'il portait bien sa baguette ? Il n'osait imaginer le nombre d'heures de retenue qui l'attendait s'il l'oubliait un jour.

« Ne traînez pas dans les couloirs, je ne tiens pas à être tenu responsable si vous décidiez de vous lancer dans une nouvelle escapade inconsciente. »

Ron, dont le visage n'était pas visible par son professeur, lui fit une grimace enfantine et Harry eut du mal à ne pas pouffer.

Une fois hors des donjons, les trois amis libérèrent le souffle qu'ils n'avaient eu pas conscience de retenir.

« Ça va, c'est passé vite finalement ! lança Harry.

— Parle pour toi. J'ai les mains rouges à force d'avoir gratté ses bocaux dégueulasses, grogna Ron.

— Et les copies des troisième année étaient affreuses ! On dirait qu'ils n'ont jamais vu une seule potion de leur vie ! Je vais finir par comprendre le professeur Snape s'il doit corriger des copies comme celles-là tous les soirs. » Son regard était si sérieux que Ron eut une grimace d'horreur en l'écoutant. Puis elle laissa échapper un petit sourire et gloussa.

Le trio dû monter péniblement les sept longs étages qui menaient à la tour de Gryffondor, sous le regard endormi des centaines de portraits accrochés aux murs.

« Tu viens ? On doit finir le devoir de Botanique, dit Hermione en l'invitant à s'asseoir devant la cheminée à côté de Ron.

— Je l'ai fini », répondit-il, mais il s'assit quand même. Il n'avait pas envie de les laisser seuls. Harry tentait de se convaincre que s'il jouait les chaperons, le couple de Ron et Hermione mourrait dans l'œuf.

Une petite voix dans sa tête — qui ressemblait un peu trop à celle de Snape — lui siffla qu'il se pensait plus important que le bonheur de ses amis, et qu'il était une diva incapable de gérer sa mise à l'écart.

Il l'ignora copieusement.

Toc toc.

Harry releva la tête vers la fenêtre embuée. Une silhouette fantomatique cognait son bec contre la vitre. Il se leva pour lui ouvrir, s'attendant à voir Hedwige, mais ce fut une majestueuse chouette effraie qui lui fit face. Il déglutit en voyant son visage si près du sien. Ce genre de chouettes lui avait toujours fait peur.

« Eh, c'est Frigg ! » dit Ron en souriant, « C'est la chouette de Sir-Sniffle ! » se reprit-il.

Maintenant inquiet, Harry se demanda quelle était la raison qui avait poussé son parrain à lui envoyer une lettre maintenant. Il aurait eu largement le temps de le faire plus tôt. Y avait-il un problème ?

La main tremblante, il détacha la lettre de la patte que lui tendait l'oiseau. Harry garda son visage éloigné de ses griffes, juste au cas-où.

« Alors alors, il dit quoi ? » demanda le rouquin en tentant de lire par-dessus son épaule.

Harry eu une furieuse envie de lui siffler que ce n'était pas ses affaires et il se dégagea brusquement. La colère monta sans prévenir et sans qu'il ne comprenne pourquoi. Voyant le regard déconcerté de ses amis, il réalisa que c'était disproportionné.

Mais qu'est-ce qui m'arrive ?

Hermione, sans le quitter des yeux, tira Ron par le bras.

« Je pense que Harry veut lire sa lettre en privé, Ron. Viens. »

Elle lui offrit un sourire timide, mais Harry sentait bien qu'elle ne savait pas comment réagir face à son attitude ambivalente depuis la rentrée : une seconde aimable, la suivante colérique, il comprenait maintenant pourquoi les autres écoutaient les rumeurs…

Il soupira un petit désolé, mais ne sut pas s'il fut entendu.

La chouette, Frigg, hulula de mécontentement.

« Oui oui, ça vient… » rouspéta-t-il en déroulant son parchemin. Sous la douce lumière du feu de cheminée, il commença sa lecture.

''Harry,

Lunard m'a parlé. Il m'a dit que tu pensais que j'étais fâché contre toi ? D'où tu as tiré cette idée ?

Je pensais que c'est toi qui m'en voudrais pour… tu sais, ne pas avoir réussi à convaincre Sorbet-Citron de te faire venir avec nous cet été. J'ai tout essayé, je l'ai même menacé de faire déguerpir tout le monde et d'aller se trouver un autre QG. Mais tu sais comment il est.

Et Lunard m'a dit que virer le vieux fou ne te ferait pas venir plus vite. Il a toujours été la voix de la raison, n'est-ce pas ?

Je serai près de la cheminée tous les soirs de la semaine, viens me parler quand tu auras le temps.

Sniffle.''

Au fur et à mesure de sa lecture, un grand sourire était venu réchauffer le visage de Harry. ''Sorbet-Citron'' ? Sirius avait osé ? Soit son parrain avait toujours été aussi insolent — ce dont il ne doutait pas —, soit Azkaban avait fait de sérieux dégâts — ce dont il commençait à être certain.

Évaluant qu'il ne lui restait qu'une heure avant que tout le monde ne soit couché, il s'installa en tailleur face à l'âtre et attendit le moment où il pourrait parler à Sirius tranquillement. Harry accueillit la chaleur presque trop forte du feu caressant sa peau. Il ferma les yeux. C'était comme être allongé sous le soleil. Son corps frêle appréciait beaucoup.

Il se surprit à s'étendre sur le tapis, ronronnant presque... il s'endormit.


C'était exactement deux heures plus tard qu'il fut tiré de son sommeil par un chuchotement.

« Harry ! Réveille-toi. »

Il ouvrit paresseusement les yeux, et fut éblouit par le vert intense des flammes et le visage de Sirius s'y reflétant. Se redressant d'un bond, Harry se pencha vers le feu avec un sourire timide.

« Sirius !

— Éloigne-toi, tu vas brûler ton affreuse tignasse », plaisanta son parrain.

Instantanément, un des poids qui pesaient dans la poitrine de Harry tomba sur le tapis : Sirius n'était pas fâché. Sirius souriait. Un doux sentiment le réchauffa enfin.

« Alors, comment ça va gamin ? »

La vue de Harry se brouilla, mais son sourire était grand.

« Bien, et toi ? Il parait que tu n'as plus le droit de sortir ?

— Quel dommage hein, mais Sniffle ne se fait pas gronder lui, contrairement à moi ! » révéla Sirius avec un clin d'œil. Harry aurait dû s'inquiéter, ce que faisait Sirius était dangereux. Mais cette pensée lui rappelait trop la paranoïa de Fol-Œil et Snape, alors il choisit de passer outre. « Il parait que tu avais peur que je sois en colère contre toi ? Tu me racontes un petit peu ? » demanda l'ancien prisonnier d'une voix encourageante.

Harry prit le temps d'observer son parrain. Ses cheveux étaient plus longs que d'ordinaire, et peu soignés. Était-ce dû à son année de cavale avant l'été ? Même les cernes de Harry ne pouvait pas rivaliser avec les siennes.

« Tu sais, avec le retour de Voldemort, commença Harry en détournant les yeux. J'ai déjà laissé fuir Pettigrow la première fois, et au cimetière je n'ai pas cherché à le…

— A le quoi ? Le tuer ? J'oubliais que tu étais un Auror accompli, dit Sirius en riant. L'idée ne m'avait même pas effleuré l'esprit Harry. Le fait que tu ai réussi à t'enfuir est déjà un exploit. J'étais mortifié de ce qui aurait pu t'arriver. Crois-moi, la beuglante que j'ai envoyé à Dumbledore le lendemain du Tournoi a dû résonner dans tout le château. »

Harry sourit, imaginant la scène, mais resta silencieux. Sirius le scrutait du regard, patient. Et il gigota, jouant distraitement avec les pans de sa robe.

« Je… Je pensais que tu m'en voudrais. C'est à cause de moi que Voldemort est de retour. C'est mon sang qui… Et Cédric qui est mort, et— »

Il serra sa mâchoire. Harry sentait un flot puissant de mots qui frappait contre son crâne, ne demandant qu'à sortir. Sa bouche close fit barrage.

« Tu en as parlé à Dumbledore ? Il t'a expliqué que rien de tout ça n'était de ta faute, n'est-ce pas ? Seul, personne n'aurait pu faire quoi que ce soit face à lui et ses larbins. Tu n'avais aucune chance de— »

« Je SAIS », ne put s'empêcher d'exploser Harry, puis il resserra les dents au souvenir fantôme de son bras lacéré par la lame de Pettigrow. Il n'avait pas besoin qu'on lui rappelle à quel point il avait été impuissant, à quel point la mort de Cédric était injuste, à quel point il avait été terrorisé à l'idée de mourir, lui aussi.

Sirius le regardait maintenant d'un air étrange. Inquiet et à la fois triste. Harry se mordit la lèvre, désolé d'avoir crié. Mais Sirius n'eut pas d'autre réaction que de se frictionner les cheveux sales qui se confondaient avec les flammes.

« Harry... Il faut que tu parles à Remus. Il faut que quelqu'un te fasse sortir tout ça. Je ne suis pas pédagogue, tu me connais, et je suis... je ne suis pas la bonne personne pour ça en ce moment. Remus est patient et il dit bien les choses, il faut que tu lui parles. »

En son for intérieur, Harry savait que son parrain avait raison. Comme Remus. Comme McGonagall. Comme tout le monde. Mais il ne pouvait pas parler. Parler, c'était ouvrir une boîte de Pandore et il n'avait aucune idée de l'étendue de ce qu'il y avait dedans. Il craignait qu'il se noie s'il laissait sortir le torrent qui tembourinait contre son crâne.

Ses lèvres semblaient cousues.


Sirius avait dû faire part de leur discussion à Remus, puisque celui-ci avait tenté de le retenir à la fin de ses cours. Harry l'avait esquivé au mieux, se sentant tout de même coupable de snober son presque-parrain. Mais il voulait juste être tranquille...

Draco quant à lui, n'était pas assez courageux pour faire face à son humeur irrascible, alors il n'avait pas insisté pour que Harry lui révèle ce qu'il se passait dans sa tête. Ils s'étaient revus deux fois en une semaine, beaucoup trop par rapport à ce qu'ils s'étaient promis. Ils avaient parlé de Quidditch, des cours, riant encore parfois, mais jamais bien fort. D'un accord tacite, tous deux faisaient comme si le reste du monde ne s'approchait pas de la guerre. Ils ne parlaient pas de ce que disaient les journaux, ils ne parlaient pas des "rêves" de Harry, ils ne parlaient pas de la famille de Draco. Ils se fondaient seulement l'un dans l'autre dans l'espoir de tout oublier.

Harry était en train de se rendre machinalement à son avant-avant dernière retenue avec Snape. Il tenait le compte.

Ron et Hermione avait fini leur part, et Harry allait devoir rester seul et calme avec son professeur. Malgré son mal de tête qui devenait chronique et son ventre toujours aussi capricieux, il avait pu manger plus ou moins convenablement son dîner. Harry devrait pouvoir tenir sa retenue sans un mot plus haut que l'autre, si Snape ne le provoquait pas...

Il retroussa sa manche pour toquer à la porte et entra.

« En retard, Potter », siffla une voix traînante.

Interloqué, le regard de Harry se fixa sur la paillasse en face du bureau professoral. Il s'était attendu à voir des ingrédients à trier, des fioles à étiqueter, des plantes à hacher, ou d'autres corvées de ce type que lui avait refourgué son professeur durant la semaine, mais à la place était posé deux chaudrons en cuivre.

« Fermez la bouche, un lutin y rentrerait. Bien. Madame Pomfresh m'a commandé un nouveau stock de pimentine. Vous vous doutez bien que je n'ai pas le temps, j'ai d'autres potions à brasser. » Un regard scrutateur le toisa de haut en bas. « Cette semaine, j'ai pu constater que vous étiez capable d'un travail relativement correct lorsque vous faisiez l'effort de vous concentrer. »

Harry se retint de le corriger par ''lorsque vous n'êtes pas dans mes pattes vous voulez dire''. Difficilement.

« Je vous offre une chance de me prouver vos réelles compétences. Vous savez que je n'accepte en sixième année que les élèves ayant obtenu un Optimal en Potions... Vous avez la soirée pour réaliser deux chaudrons de Pimentine. A vous d'évaluer votre temps. Je ne vous... distrairai pas, mais vous ne me poserez aucune question : c'est une potion simple que vous avez déjà étudiée. »

Par cet exercice, Snape semblait officialiser la trêve tacite qui existait entre eux depuis l'incident de Legilimencie. Harry décida donc d'en tirer partie et de profiter de l'occasion pour prouver qu'il était capable de maîtriser son impulsivité.

Jetant un coup d'oeil à la petite horloge accrochée au mur derrière Snape, il fit un rapide calcul angoissé : il ne pourrait pas finir les deux chaudrons avant la fin de la retenue, c'était trop difficile. Hermione aurait peut-être pu, mais Harry avait besoin de vérifier sans cesse son manuel, de peur de se tromper de ligne et de faire n'importe quoi !

Il prit une grande inspiration. Sur sa table étaient disposés les ingrédients nécessaires, basiques, et un parchemin très succin des différentes étapes. Il allait devoir fouiller dans sa mémoire pour se souvenir de la bonne manière d'écraser tel ingrédient, du nombre de tours de baguette à faire, et de plein d'autres détails.

Mais Snape avait l'air de penser qu'il pouvait y arriver, et Harry avait brassé cette potion plusieurs fois….

Se mordant la lèvre, il se mit donc au travail.

Harry hacha, broya, régla le feu, et mélangea, de la main gauche et de la droite pour essayer de finir les deux chaudrons en même temps. Sa concentration était intense et il ne put jamais la relâcher.

Le temps fila, et quand la potion prit une couleur rouge et qu'une odeur épicée lui chatouilla le nez, Harry releva les yeux vers Snape qui l'observait derrière son bureau.

« Convenable. Comment vous sentez-vous ? »

Harry hésita avant de répondre. Il se sentait bien. Vraiment. Après avoir été si intensémment concentré, il se sentait vidé, mais de la bonne manière... comme après un entraînement de Quidditch.

Pour toute réponse, il offrit un sourire sincèrement reconnaissant à son professeur.

Cette nuit, pour la première fois depuis plusieurs semaines, il dormit profondément et de nombreuses heures.


J'espère que ce chapitre vous a plu !

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A bientôt :)