Résumé :
« — Kuroo ?
— Hm ?
— Ça va ?
L'intéressé se redressa, surprit. Il n'irait pas jusqu'à dire que la question était infondée, mais il était quasiment sûr que le ton de sa voix ne l'avait pas trahi.
— Ouais pourquoi ?
— Non, je sais pas t'as une voix bizarre.
Putain de sens aiguisés.
Le fait d'avoir remarqué sa faiblesse avait donné à Kuroo la terrifiante envie de s'effondrer en larmes. Décidant qui en avait assez de verser dans le tragique, il se retint tant qu'il put et tenta d'éluder la question :
— Non, je te jure ça va.
Et merde… Sa voix était partie dans les aiguës sur les derniers mots. Même lui ne croyait pas à ce mensonge.
Oikawa pouffa :
— Tu mens si mal… »
Chapitre 15 : Courant d'air
Le tumulte de ses sanglots s'était tu, mort avec les dernières lueurs du jour.
Kuroo s'adonnait à présent à sa nouvelle activité favorite : regarder le plafond de son appartement, ou plutôt contempler le lacunaire effarant de l'existence. Tout en lui s'était essoufflé. Les larmes avaient apaisé son corps mais avaient drainé ses émotions.
Alors que cela venait de se produire, toute son après-midi lui semblait à présent lointaine, presque irréel, pareil à un rêve dont les souvenirs s'effritent. Pourquoi avait-il réagi avec autant d'intensité finalement ? Il repensa à l'état dans lequel il était il y a quelques minutes à peine, comme si le monde venait de s'écrouler… Ridicule vraiment… Pourquoi s'était-il mis dans un état si pathétique ? Pour… pour presque rien
«Ce n'est pas presque rien » dit la voix dans sa tête.
Elle avait raison.
Ses émotions refirent surface. Elles n'étaient plus aussi poignantes et douloureuses qu'avant, et s'apparentaient plus à un sentiment de regret et de mélancolie. Il ferma les yeux, et respira profondément pour tenter de s'éloigner de lui-même et de sa conscience. Il réussit finalement à atteindre un état d'inertie lacunaire, apaisant et silencieux. Il reprit contact avec la réalité lorsqu'il entendit son téléphone vibrer. Oikawa l'appelait. Kuroo hésita mais décrocha finalement :
— Allô ?
— Allô, Kuroo je voulais te demander si fallait faire un truc pour le cours de bioch demain ?
Pourquoi ne s'était-il pas contenté de lui envoyer la question par message ? Après vérification, autant pour lui, Oikawa lui avait déjà envoyé trois sms concernant cette question.
— Hmm… Mais c'est pas Bioch demain, c'est PASBio.
— Quoi, c'est quoi ça ?
— Physique appliquée aux systèmes biologiques.
— J'ai pas ça moi comme cours.
Kuroo fronça les sourcils. Il éloigna son téléphone de son oreille pour consulter son emploi du temps.
— Oh, j'avais pas vu qu'on avait Bioch le matin…après c'est le premier cours du nouveau bloc, il doit rien avoir non ?
— Si on a encore Nobishi j'en doute.
— Hmm… peut-être ouais.
Kuroo laissa le silence retombé, son esprit très peu occupé à la question des potentiels exercices de biochimie.
— Kuroo ?
— Hm ?
— Ça va ?
L'intéressé se redressa, surprit. Il n'irait pas jusqu'à dire que la question était infondée, mais il était quasiment sûr que le ton de sa voix ne l'avait pas trahi.
— Ouais pourquoi ?
— Non, je sais pas t'as une voix bizarre.
Putain de sens aiguisés.
Le fait d'avoir remarqué sa faiblesse avait donné à Kuroo la terrifiante envie de fondre en larmes. Décidant qui en avait assez de verser dans le tragique, il se retint tant qu'il put et tenta d'éluder la question :
— Non, je te jure ça va.
Et merde… Sa voix était partie dans les aiguës sur les derniers mots. Même lui ne croyait pas à ce mensonge.
Oikawa pouffa :
— Tu mens si mal…
— J'avoue… Mais en vrai ça va, ça va, ya pas mort d'homme.
— Mais encore ?
C'est qu'il insistait le bougre !
— Je te jure, ça va, c'est juste que…
Mais tais-toi donc !
— Que ?
— Non mais… rien de grave… je te jure c'est super con !
— Kuroo, je converse tous les jours avec toi, j'ai l'habitude, lui répondit sarcastiquement son ami.
Cela eut le mérite de faire rire le brun.
— Non mais bon…
— Mais tu vas cracher le morceau oui !
— Pff… Bon, j'ai vu Bokuto aujourd'hui.
— Oh… tu traines pas dit moi…
— J'ai rien fait ! Il m'a envoyé un message pour qu'on aille courir ensemble…jusque-là tout va bien mais… Mais je me sens trop con en fait.
— Dis toujours.
— Pff… Juste que…Bon bref, a un moment, j'ai essayé de glisser l'idée d'un date, histoire de voir quoi…
— Oh, et ?
— Bah de un, il a pas capté.
Oikawa pouffa.
— Ok…
— De deux… J'ai capté… enfin il m'a dit… Il a évoqué plutôt, qu'il avait un partenaire.
Silence.
— Oh.
— Ouais je me sens juste débile de pas l'avoir su avant ou de… Bref, c'est con mais ça m'a foutu un petit coup. Mais ça va quoi, je gère.
— Kuroo, tu mens vraiment comme une merde.
Il rit.
— Ouais…
Le silence s'étendit de nouveau. Il entendit Oikawa s'éloigner du haut-parleur pour s'adresser à quelqu'un, surement Iwaizumi.
— Kuroo, tu veux passer à la maison ?
Kuroo, surprit de la demande, ne réagit pas de suite.
— Euh, mais… On a cours demain. Et t'habites méga loin gars.
— Pas grave, tu peux rester dormir sur mon canap. Pour les cours, on pourra aller à la fac ensemble demain, j'ai la voiture.
— Oh euh…
— Sauf si t'as envie de rester seul et de broyer du noir comme l'énorme merde que tu es.
Kuroo rit. Il ne répondit rien pourtant.
— Allez, ramène tes fesses, on va se caler devant un film nul en mangeant des cochonneries. Et puis comme ça, si on a des exos de bioch je t'aurais sous la main.
Kuroo réfléchit. Certes, il avait terriblement envie de rester seul à se repaitre de son malheur. Cependant, il avait pertinemment conscience que cela n'aiderait en rien son état à s'améliorer. Il ne connaissait pas Oikawa pour ses talents en matière de consolation et de « remontage » de moral, mais la proposition était sincère. Et finalement, Kuroo n'avait pas tant envie que ça de rester seul. Il se laissa tenter.
— Ok , je prépare un sac et j'arrive. T'as besoin que je ramène un truc ?
— Non ça va t'inquiètes, j'ai ce qu'il faut.
— Ok… j'arrive du coup.
— À toute.
Il raccrocha.
Il leva une dernière fois les yeux en direction du plafond, et se leva pour se préparer à partir.
-/-
Il faisait nuit noire lorsque Kuroo arriva dans la rue menant chez son ami. L'aventure routière qui l'avait mené jusque-là avait été,lui semblait-il, bien moins agitée que ce dont il se souvenait. À croire qu'il s'était fait au rodéo des transports tokyoïtes!
« Vous êtes arrivé à destination » , lui annonça son GPS.
Il releva la tête, il reconnut la petite bicoque, cube étroit écrasé entre deux maisons sensiblement plus hautes. Les fenêtres éclairaient la rue d'une lumière douce orangée. Il baissa les yeux, et lut les noms écrits sur la boîte aux lettres, il était bien arrivé à destination. Il hésita un instant. Le rez-de-chaussée donnait sur une porte de garage, sur le côté un escalier étroit menait jusqu'au premier étage. Il gravit les escaliers et appuya sur le bouton de la sonnette. Il entendit des pas se rapprocher et la porte s'ouvrit. Kuroo étouffa un rire lorsqu'il découvrit Oikawa dans l'encadrement de la porte, vêtu d'un pantalon de jogging à motif de petits extraterrestres verts, un T-shirt « I believe » surmonter d'un cardigan de laines détendues. Pour couronner le tout, il portait ses grosses lunettes rondes lui donnant son si charmant air de vieille bibliothécaire. Alors que le châtain s'apprêtait à saluer son ami avec douceur, considérant l'état de détresse émotionnelle de ce dernier, il se ravisa en entendant le brun pouffer. Oikawa fronça les sourcils et demanda hostilement :
— Qu'est-ce que t'as ?
— Rien, rien-il rit encore- c'est juste… trop mignon.
— De quoi tu parles.
Kuroo lui désigna son jogging à petits hommes verts.
Oikawa haussa un sourcil et lui ferma la porte au nez. La chose amusa Kuroo qui explosa de nouveau de rire.
— Me laisse pas dehors ! Je vais me faire enlever par des martiens, je suis sûr qu'ils en ont après ma vertu !
— Pff, quelle vertu ? lui répondit Oikawa de l'autre côté de la porte.
— Hmm… t'as raison, je l'ai délaissé avec mon honneur.
Oikawa rit et ouvrit de nouveau la porte.
— Fais le malin, tu verras bien quand je serai un exobiologiste de renom et que j'aurais pris contact avec la première forme de vie extraterrestre, je leur demanderai de venir te chercher pour t'emmener sur leur planète afin qu'ils fassent de toi leur esclave.
Kuroo explosa franchement de rire.
— Mais certainement… Pas sûr que je leur serve à grand-chose par contre.
— Pourquoi? T'es bien bâti, tu pourras leur construire des trucs.
— Hmm… j'imagine ouais, je pourrais toujours servir d'esclave sexuelle dans le pire des cas.
Oikawa le regarda, visiblement dérouté par le chemin qu'avait pris cette conversation. Il échappa finalement un sourire :
— Allez, rentre tête de nœuds.
Kuroo le salua d'une politesse exagérée et pénétra à l'intérieur.
— Merci de me recevoir.
Il retira ses chaussures et enfila les sandales que lui avait tendu son ami et ils rejoignirent ensemble la pièce principale. L'endroit était somme toute charmant, et remarquablement bien aménagé malgré le peu d'espace disponible. La pièce s'ouvrait sur un petit salon séparé de la cuisine au fond par un bar en bois. Au-dessus de la cuisine se trouvait une mezzanine menant vers ce qui devait constituer leur chambre à coucher. La quasi-totalité du mur faisant face aux fenêtres était habillée d'une bibliothèque faite de cubes en bois sombres de différentes tailles intriqués les uns dans les autres, et même l'échelle menant à l'étage avait été faite de telle façon qu'elles puissent servir de rangement. L'ensemble de l'appartement était peuplé de plantes plus ou moins grandes et d'une myriade de nuances colorées.
— Woh, c'est sympa chez toi, remarqua le brun.
— Merci, c'est Iwa-chan qui l'a fait.
Kuroo dut prendre quelques secondes pour tenter de donner du sens à cette affirmation. Non, décidément ça n'avait pas beaucoup de sens…
— Comment ça il l'a fait ?
— Bah… la table basse, la bibliothèque, le bar, la cuisine, la mezzanine, le lit, l'échelle… bref.
Impressionnant en effet.
— Oh ! Ah oui… Il est vachement doué avec ses doigts bordel, plaisanta Kuroo.
— Merci Kuroo-san, j'apprécie le compliment, lui répondit une voix dans son dos.
Oikawa pouffa et Kuroo fit volte-face, découvrant qu'Iwaizumi était subrepticement apparu derrière lui.
Kuroo n'avait plus qu'une solution pour parer à son malaise : l'empirer en s'enfonçant davantage.
— Tu dois faire des merveilles, lui glissa-t-il avec un sourire en coin.
— T'es con, rit Oikawa.
Iwaizumi lâcha un sourire.
— Non, plus sérieusement, je suis impressionné.
Iwaizumi haussa nonchalamment les épaules :
— C'est mon boulot en même temps.
— Ça n'enlève rien à ton talent Hajime, ajouta Oikawa.
Kuroo se contenta de remuer la tête pour affirmer les dires de son ami.
— T'es… menuisier du coup ?
— Ébéniste.
— Nice, quand j'aurais les tunes je te passerais commande alors, cette bibliothèque me fait de l'œil.
— Hey, c'est ma bibliothèque ! s'insurgea le châtain, copie pas !
— Je note dans ce cas, se contenta de lui répondre l'ébéniste.
Ils discutèrent légèrement quelques instants avant qu'Iwaizumi ne se détourne finalement d'eux pour se rendre à la cuisine.
— Bon, alors, raconte-moi tout !
Kuroo, surprit de cette attaque soudaine, protesta :
— Woh ok, tu traines pas, direct dans le vif du sujet ! Je me suis même pas encore assis !
— Je vais pas te parler des murs de ma cuisine cinquante ans non plus !
— Non, mais attends, tu m'as même pas encore présenté à tes plantes !
— Cut the crap, on sait tous les deux pourquoi t'es là Kuroo. Aboule l'histoire!
— Heu…Iwaizumi ne sait pas, on va pas lui…
— Oh t'inquiètes je sais déjà, intervint le brun de la cuisine.
— Oh…
Il tourna les yeux vers Oikawa qui fit faussement mine d'être désolé.
Oikawa s'assit sur le canapé, et invita son ami à s'installer à ses côtés. Kuroo s'exécuta.
— Je t'ai déjà raconté au téléphone.
— Non mais je veux les détails !
Kuroo fronça les sourcils… Il ne savait pas vraiment s'ils pouvaient donner plus de détails sans dévoiler des choses que Bokuto n'aurait pas aimé qu'elle le soit… En même temps il était ici pour ragoter sur ses échecs d'amourette, est-ce qu'il en était vraiment à retenir des informations sensibles ? Était-ce finalement si sensible que ça… Pas vraiment, surtout si… Mince, il commençait à partir en hors-piste… Oikawa le fit revenir à la surface en orientant sa question :
— Déjà pourquoi Bokuto ? Hier tu savais pas et là tu lui jettes ton dévolu dessus ?
— Je jette pas mon dévolu dessus !
Oikawa haussa un sourcil, bien peu impressionné.
— Vraiment ! Justement, ce matin en revenant, je me suis dit que c'était vraiment pas la peine d'en faire un drame et que… Il suffisait que je me laisse porter, juste tester la température et voir où ça me mènerait…
— Tu t'es dit que t'allais faire le Bachelor mais sans qu'ils se sachent en fait ?
Kuroo le regarda, surprit :
— Ça sonne tellement mal quand tu le dis comme ça…
— …ouais c'est vrai… Mais bon, c'est pas malveillant, ça passe non ?
— Merci d'essayer de me rassurer quant à mon intégrité.
— Mais de rien.
Ils pouffèrent en chœur.
— Bref, et ?
— Bref… j'avais pas prévu de me lancer dans ce genre de chose aujourd'hui, juste me remettre de ma gueule de bois mais j'ai reçu un message de Bokuto qui me disait qu'il était sur le campus. Il voulait que je le rejoigne pour aller courir ensemble.
— Jusque-là ça sonne plutôt bien…
— Ouais… Du coup je l'ai rejoint, c'était génial et comme d'hab, j'ai pas arrêté de rire et… et j'ai plus d'endurance donc ça n'aidait pas au maintien de mon rythme cardiaque… et… On a même joué un peu et…
— Joué ?
— Hmm, on a trouvé un ballon de Volley, apparemment il jouait aussi quand il était au lycée…
— Comment ça se fait qu'on ait tous fait ce sport au lycée et qu'on se soit jamais croisé ?
Kuroo posa, réfléchissant réellement à la question. Il haussa les épaules, pas bien certain de quoi répondre.
— Bizarre quand même… Bref, et après ?
— Après, on est parti pour aller se doucher et… au moment où on devait se séparer, il m'a choppé par le bras pour que je vienne avec lui…
Oikawa écarquilla les yeux de surprise :
— Oh !
— Ouais, moi aussi au début j'ai fait « Oh », et « Oh » bof au final.
— Hmm… Comment t'en es arrivé au « Oh bof » ?
— Bref, on a chanté à tue-tête et c'était génial et je me suis dit « demande maintenant ou tais-toi à jamais ».
— Et t'as demandé…
— Ouais… Mais j'ai pas était assez clair je pense…
— Bref ça s'est cassé la gueule.
Kuroo hocha la tête.
— Et… bon bah j'ai capté qu'il était appareillé quoi et que je m'étais fait des bons gros films… Mais chill…
Son ami lui offrit un regard de sympathie mais n'ajouta rien de plus. Son partenaire lui ne s'en priva pas :
— Après, ça n'empêche rien.
Iwaizumi revenait de la cuisine avec une théière en font et trois petites tasses disposées sur un plateau en bois- très surement réalisé main lui aussi-. La dissonance entre ses paroles nonchalantes et son attention courtoise laissa Kuroo profondément confus. Il comprit vite que la remarque avait été plus orientée vers son partenaire que lui, aux vues des regards amusés qu'ils échangèrent.
— T'es bête, échappa Oikawa dans un sourire alors qu'il s'affairait à servir le thé.
Ils continuèrent à s'échanger des regards doux et amusés, jusqu'à ce que le regard du châtain ne croise celui de Kuroo qui visiblement ne suivait absolument pas, pour des raisons évidentes, mais qui avait la politesse de ne pas s'immiscer dans leur conversation.
— C'est rien, juste que…
— Je m'y connais en brisage d'alliance, plaisanta Iwaizumi.
Oikawa pouffa à la remarque.
— T'avais déjà un partenaire ? demanda Kuroo, surpris.
— Non, non, mais disons que j'étais promis à quelqu'un.
— Oh !
— Mais au final je me suis barré avec le seul bêta du clan Sô-shi du coin.
Kuroo sourit, amusé par l'anecdote et l'air victorieux qu'affichait Iwaizumi.
— C'est parce que t'étais si habile avec tes mains que tu l'as charmé du coup ? demanda Kuroo en se tournant vers le brun. La remarque lui arracha un sourire.
— En partie oui, intervint Oikawa.
— Bien calculé, maintenant t'habites dans une maison de hobbit.
— Elle est très bien ma maison de hobbit !
— J'ai pas dit le contraire !
Oikawa lui asséna tout de même un grand coup dans l'épaule, ce qui ne fit qu'augmenter l'hilarité de Kuroo.
La conversation dévia de son propos principal, et s'allégea naturellement. Après une bonne dizaine de minutes, le silence retomba.
— Bon, je vais redescendre un peu annonça Iwaizumi. Tu m'excuseras Kuroo.
Le concerné hocha la tête pour lui signifiait que ce n'était pas un souci.
— Mais il est déjà tard , protesta Oikawa.
— Il est pas si tard.
Ce fut son seul argument. Iwaizumi récupéra les tasses, les disposa sur le plateau et s'en retourna à la cuisine. Oikawa, qui faisait la moue, le suivit. Kuroo resta seul au salon, les regardant du coin de l'œil. Ils parlaient tranquillement, Kuroo ne pouvant distinctement discerner ce qu'ils se disaient. Ils se déplaçaient ensemble dans cet espace réduit, sans jamais que les mouvements de l'un ou de l'autre ne leur deviennent encombrant, comme un ballet moderne auquel il était agréable d'assister à la dérobée. Ils finirent par se rapprocher, proche du moment de se séparer surement. Oikawa, qui était plus grand que son partenaire, l'attira à lui par le bras pour venir déposer un baiser sur sa tempe. Kuroo détourna les yeux, mais ne manqua pas d'échapper un sourire.
Il avait grandi dans une société où manifester ses émotions, ou marquer son affection était taboue. Il ne se souvenait pas avoir vu ses parents se témoigner de l'affection de manière manifeste. Il avait par le passé côtoyé des individus qui avaient commencé à se libérer de ces interdits tacites, mais jamais personne n'en était totalement défait. Kuroo avait dû rencontrer toute la clique du CAPE pour commencer à lui-même les délaisser, et même si cela avait eu quelque chose d'aliénant au départ, ça ne l'était plus du tout aujourd'hui. Voir la liberté avec laquelle Oikawa et Iwaizumi agissaient l'un avec l'autre avait quelque chose de profondément attendrissant.
Il sortit de ses pensées en voyant Iwaizumi retraverser la pièce. Leurs regards se croisèrent et ils échangèrent un salut. L'hôte détourna finalement le regard pour saisir celui de son partenaire :
— Ok je remonte tout à l'heure alors, Tōru, oublie pas tes médocs.
— Hmm…
Et Iwaizumi repartit. Oikawa tendait visiblement l'oreille, ce qui intrigua son ami. Au moment où il entendit la porte claquer, il échappa un sourire malicieux. Contre toute attente, il le vit sortir deux bières du frigo.
Kuroo pouffa
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Chut !
Oikawa planqua de nouveau ses bières, attendit un moment, à l'affut du moindre bruit.
— Il est parti où ?
— En bas dans le garage pour bidouiller.
— Oh.
Une fois qu'il fut certain qu'il s'en était allé, le châtain reprit ses boissons, s'empara de paquet de chips et revint vers Kuroo avec son butin.
— Pff, t'es obligé de te planquer pour boire ? T'as peur de te faire gronder ?
— Carrément. Iwaizumi veut pas que je boive quand je prends mes suppresseurs. Soi-disant faut que j'attende au moins une heure, gnagnagna.
Kuroo échappa un rire.
— T'as fait de la pharmaco, tu sais que s'est pas insensé ce qu'il dit.
Oikawa fit claquer sa langue.
— Ça fait quasi dix ans que je les prends, ça va je gère.
— Si tu le dis.
Oikawa ouvrit les deux bières et en tendit une à son ami.
— Allez, à tes échecs amoureux.
— Pff, « mes échecs », on est déjà aux pluriels ?
— Bon, ton échec si tu veux.
— T'es vraiment bon pour remonter le moral tu sais.
— Merci.
Ils trinquèrent et engloutirent une première gorgée. Oikawa se leva de nouveau et revenu avec deux boîtes cylindriques qu'il posa sur la table. Le brun fut surpris de voir autant de comprimés s'éparpiller sur la table.
— Ah ouais quand même.
— Roh ça va, dit Oikawa avant de mettre en bouche les comprimés d'un seul coup et d'engloutir une grosse gorgée de bière pour faire passer le tout.
Kuroo regarda les bouteilles poser sur la table, elles piquaient sa curiosité de chimiste.
— Je peux regarder, demanda-t-il ?
Oikawa hocha la tête positivement.
Kuroo se saisit des tubes, mais son enthousiasme retomba en constatant qu'ils ne connaissaient ces molécules ni d'Eve ni d'Adam
— Diphylten et Prolysatine ? Jamais entendu parler...
Oikawa sembla surpris, il échappa un sourire en coin un brin moqueur mais ne commenta rien d'autre que « Ah ouais ? ».
— Ça sert à quoi en fait ?
— Humm… Le Diphylten c'est un antagoniste des récepteurs VN, ça diminue la réception des phéromones et la Prolysatine c'est un modulateur phéromonal.
— Oh…
Kuroo partit instantanément dans ses pensées, ne laissant qu'une façade externe très peu expressive, s'animant parfois des remous de sa réflexion. Oikawa le capta et échappa un sourire :
— Qu'est-ce qui t'embrouille comme ça ?
— Hum, rien… je comprends juste pas l'intérêt biologique, je veux dire… C'est pas négatif non ? Ou c'est genre, comme une contraception ?
— Hum… Non et oui, pas vraiment un contraceptif, mais ça aide à réguler l'apparition des cycles… Mais c'est plus pour… un confort je dirais.
— Un confort ?
— Ouais, ça fait un casque antibruit… Sinon ce serait ingérable.
Kuroo fronça les sourcils.
— Comment ça ?
— Bah, tu te souviens de quand on avait parlé de tout ce qui est communication olfactive ?
Kuroo hocha la tête.
— Bah, imagine avoir en permanence toutes ces infos où que tu ailles. Un peu comme si tu entendais toutes les pensées des gens autour de toi en permanence, comment te dire que quand t'habites au milieu de nulle part ça passe, mais dès que t'es dans un endroit avec plus de dix personnes, ça commence à être pénible. Diphylten ça va pas faire disparaitre les voix, mais ça les atténue. Et pour l'autre hum… C'est plus pour contrôler le volume de tes propres pensées, au lieu de hurler en permanence, tu peux juste parler à voix basse, et hausser le ton si besoin, mais bon…
— Le fameux « full alpha » de l'amphi.
— Tu vas me le ressortir longtemps ça ?
— Jusqu'à la fin de tes jours.
Oikawa échappa un rire.
— Bon, ok, mais t'as pigé ?
— Oui, plus ou moins…
— T'as pas l'air…
— Si, si… Je réfléchissais juste… Tu peux complètement bloquer les voix ?
— Hum oui… Mais c'est par forcement conseillé. Déjà parce que si tu as l'habitude de les entendre, ce serait comme devenir totalement sourd. Et puis bonjour quand tu dois les réduire en pre-cycle, ce serait comme passer du chant des oiseaux dans la forêt tropicale, à du heavy metal d'un coup.
Kuroo pouffa.
— Ça te fait rire grosse merde ? répondit Oikawa sur le ton de la conversation.
La remarque accentua l'hilarité du brun.
— Non, j'aime juste ton choix de métaphore. Mais ça fait le taf j'ai bien compris !
— Mouais…
Kuroo récupéra son sac au sol. Tout en fouillant à l'intérieur, il demanda :
— Ok ok, et tu peux complètement bloquer ta voix ou pareil ?
— Pareil, tu peux mais pas conseillé… Beaucoup d'oméga le font cependant, mais c'est pour éviter de se faire emmerder plus qu'autre chose disons.
Kuroo stoppa sa recherche.
— Emmerder par qui ?
— Par des alphas cons la plupart du temps.
— Oh…
— Ouais…
Le silence tomba.
Kuroo finit par sortir un bout de papier et un stylo de son sac. Il se saisit de la boîte de Diphylten et commença à recopier quelque chose écrit au dos.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— J'essaye de dessiner la molécule à partir de la formule chimique.
— Mais t'es vraiment un nerd, allez lâche ça et bois plutôt ! s'exclama le châtain, saisissant le papier d'une main, tendant la bière avec insistance de l'autre.
Le brun fit la moue, tel un enfant voyant son jouet préféré lui être retiré. Il finit par se résigner et prit une gorgée de bière. La conversation reprit, plus légère cette fois. Ils s'empiffrèrent de chips, finirent par lancer un film qu'ils ne suivirent même pas tant ils ne pouvaient se réfréner à discourir longuement sur chaque détail inadéquat dépeint par la fiction. Voyant qu'il était déjà tard, ils s'accordèrent pour aller se coucher. Oikawa défit le canapé-lit mais ils continuèrent de discourir, étalés maintenant tous deux en travers du matelas, oubliant toute notion du temps. La conversation finit par s'essouffler, et ils restèrent tous deux en silence à contempler le plafond.
Oikawa finit par se tourner vers son ami :
— Tu vas faire quoi maintenant du coup ?
— Pour ?
— Bokuto-san ?
Kuroo soupira.
— Bah… rien, je vais pas faire briseur de liens… Et puis t'as vu Bokuto-san, je n'ose même pas imaginer la tête de son partenaire, j'ai pas envie de me faire exploser la tête par un alpha en rage.
Kuroo écarquilla les yeux. Oups, il avait dévoilé précisément ce qu'il essayait de garder sous silence. Oikawa cependant ne sembla pas particulièrement relever la chose.
Logique en même temps, s'il l'avait rencontré, il y a surement certaines choses qu'il pouvait desceller plus facilement que Kuroo.
— Même, sans ça, je vais pas faire ma bitch qui fout la merde comme dans les romcom à la noix…
— Ah ouais…
— Ouais…
Silence.
— Du coup… Tu continues ton Bachelor ?
— Arrête de dire ça, ça me fout trop mal !
— Rooh, t'as compris. Tu vas tenter ta chance avec un autre ?
Kuroo se tourna de nouveau sur le dos.
— J'en sais rien… J'ai pas envie de forcer les choses…
— Tu vas pas abandonner directement comme ça non ?
— Je sais pas…
Oikawa sourit.
— Tu te compliques bien la vie quand même…
— Si j'avais le choix…
— Hmm…
Tous deux se redressèrent en entendant la porte d'entrée s'ouvrir.
— Vous êtes encore debout ? demanda Iwaizumi quand il entra dans la pièce.
— Bah toi aussi, remarqua Oikawa.
— Bah ouais, mais moi je travaille pas demain matin, vous avez pas cours à huit heures ?
— Si mais… Oh ! bordel, s'exclama le châtain quand il déverrouilla son téléphone, il est trois heures et demie du mat' !
— Merde…
Merde était le mot. Mais son amertume ne les saisit qu'une fois qu'ils furent arrivés le lendemain matin, quand ils se retrouvèrent dans l'amphithéâtre, avec si peu d'heures de sommeil que leurs cerveaux avaient du mal à fonctionner correctement et que la perception du bruit et de la lumière leur était presque douloureuse. Leur état, bien que déjà peu glorieux, s'empira lorsque leur professeur, le bien sympathique Nobishi-san, leur demanda :
— J'espère que vous avez tous bien lu les cinq chapitres du livre dont je vous avais fourni la référence et fait les exercices correspondants ?
Oikawa et Kuroo se tournèrent l'un vers l'autre, à bout et en panique :
— Merde…
La reprise commençait bien.
-/-
Une semaine s'était écoulée. Une semaine presque paisible où par chance Kuroo n'avait croisé aucun des jeunes hommes en voulant à sa santé psychique et physique (malgré eux, il en était conscient). Et la chose avait quelque chose de profondément apaisant, car cela lui donnait la merveilleuse occasion d'être dans un état tenant à la fois du déni et de l'inertie. Il avait retrouvé ses braves compagnons au Karasu no Cafe. L'endroit était relativement calme, comme souvent le dimanche après-midi, ce qui n'était pas forcément bon signe pour les affaires, mais cela leur profitait grandement. Kuroo était en compagnie de son rouquin favori pour poursuivre son apprentissage en langue des signes. Il était fier de pouvoir à présent tenir une conversation simple, et de pouvoir suivre convenablement lorsque ses amis conversaient ensemble à un rythme plus soutenu. Sugawara avait fini par les rejoindre, abandonnant encore une fois son poste, laissant Kageyama seul derrière le comptoir.
— Yo les nuls, les salua gentiment Oikawa en arrivant à leur hauteur. Ce dernier retira ses lunettes de soleil à la manière d'une star de cinéma voulant impressionner les paparazzis, chose somme toute normale venant de l'individu concerné.
— Salut mocheté, lui répondit Sugawara avec le sourire.
Oikawa ne releva absolument pas.
— Vous faites quoi? demanda le châtain en retirant ses affaires pour s'installer.
— Un billard, tu veux jouer ? répondit l'argenté.
—T'es en forme aujourd'hui grosse merde, lui répondit son ami.
Sugawara pouffa.
— Rien, on papote… Tient elle est sympa ton écharpe, complimenta-t-il en désignant l'étoffe en question.
— Merci.
— J'en avais une un peu comme ça, c'est dingue…
— Tu vas pas me refaire le coup ! s'insurgea la diva.
— Non mais je dis ça comme ça c'est tout, répondit l'argenté avec un sourire malicieux.
Oikawa le regarda suspicieusement, mais finit par se détacher de lui.
Kuroo, bien que désireux de continuer à être témoin de cette interaction piquante, dut se retirer momentanément pour soulager sa vessie douloureuse. Lorsqu'il revint, ses trois amis étaient en train de converser en signant. Le brun s'assit et s'efforça de suivre la conversation. Cependant, quelque chose le chagrinait… Ils n'arrêtaient pas de faire un signe étrange qu'il ne reconnaissait pas. Il fronça les sourcils, et tenta de comprendre à partir du contexte. Il finit cependant par intervenir, mimant le signe en question pour en demander la signification.
Hinata lui sourit, et le désigna du doigt. Kuroo lui signifia qu'il ne suivait pas.
— C'est ton nom…
Kuroo le regarda sans rien dire, ses traits reflétant son incrédulité candide.
— C'est un mélange entre « coq » pour tes cheveux, et « noir » un peu comme ton nom, lui expliqua Hinata.
Kuroo n'en revenait pas, il se sentait profondément ému. Lui donner un nom était un grand honneur: cela voulait dire que Kuroo était accepté. Il venait d'obtenir son ticket VIP, la reconnaissance ultime ! Il en avait presque les larmes aux yeux.
L'idée qu'ils étaient en train de parler de lui en des termes non déterminés ne le froissa nullement, le gain sérotoninergique de son baptême prenant le pas sur tout le reste.
Hinata fronça les sourcils, pas bien sûr de comment interpréter la réaction de son ami. Alors qu'il s'apprêtait à réagir, Kuroo intervint.
— Merci, je l'adore !
Hinata laissa retomber ses bras sur la table et lui offrit un sourire rayonnant. Alors qu'ils recommençaient à discuter, Kuroo lui ne s'en était toujours pas remit, il signait avec fierté son propre nom, révisait des phrases d'introduction en imaginant moult scénarii. Sugawara finit par diriger son attention vers lui et explosa de rire en le voyant faire.
— Hinata, tu l'as cassé je crois, dit-il à voix haute tout en continuant de signer.
Hinata sembla profondément affecté par cette intervention, et il se tourna vers Kuroo l'air désolé.
— Il ment, je suis juste content
Le rouquin, rassuré, lui adressa de nouveau un sourire.
— Bon je vais aller faire chier Kageyama, je vais chercher un truc à boire, je reviens, annonça le châtain avant de se lever pour se diriger vers le comptoir.
— Ok, lui répondit Sugawara.
Hinata se précipita à la suite d'Oikawa, visiblement réjoui à l'idée d'aller agacer son partenaire.
Une fois que le châtain fut assez loin, un sourire d'une fourberie abyssal se dessina sur les lèvres de Sugawara. Tout en surveillant sa victime au loin, il se saisit de l'écharpe d'Oikawa et commença à frotter ses poignets dessus. Kuroo le regarda faire, profondément septique, incapable d'interpréter la scène se déroulant sous ses yeux. Sugawara reposa l'écharpe à sa place initiale et s'évertua de paraitre le plus innocent possible.
Oikawa revint quelques minutes plus tard en continuant la discussion. Kuroo n'écouta pas un traitre mot de ce qu'il dit, bien trop occupé à se demander ce qui venait de se produire et pour quelle raison Sugawara avait fait ça. Oikawa s'interrompit finalement, renifla bruyamment, visiblement indisposé par ce qu'il sentait. Il finit par se saisir de son écharpe qu'il confirma être la source de l'indisposition olfactive. Il tourna les yeux vers Sugawara, visiblement courroucé. L'intéressé pouffa comme un enfant satisfait de son canular.
— Tu fais chier Kōshi ! s'exclama le châtain en lui balançant l'écharpe à la figure. Rectification : en lui écrasant l'écharpe sur la figure.
Sugawara explosa franchement de rire.
En guise de vengeance, Oikawa attrapa la veste de son ami, mais Sugawara la lui arracha des mains avant même qu'il ait le temps de faire quoi que ce soit :
— Ok ok, arrête, c'était pour rire !
— Pour rire mon cul, maintenant elle put !
— Elle put pas !
— Si sale merde !
La remarque fit rire Sugawara. Oikawa prit une moue boudeuse et abandonna le combat. Il s'enfonça dans sa chaise et commença à frotter ses poignets sur son étoffe.
— Fait chié, je vais sentir le Sô-Shi maintenant !
— Hum, je crois que tu devrais me rendre cette écharpe alors !
— Mais ta gueule, elle est pas à toi !
— Mouais…
— Tu perds rien pour attendre fourberie !
Les yeux de Kuroo naviguèrent entre ses deux amis, incrédules.
— Euh… Il se passe quoi là ?
— Mais rien, cet abruti imprègne mes fringues ! s'insurgea le châtain.
— Il quoi ?
Kuroo n'obtint pas de réponse, ces deux amis bien trop occupés à se chamailler. Il s'enfonça dans sa chaise et les laissa à leur joute verbale. Ce fut à peu près à ce moment-là qu'Hinata apparut de nouveau, ses méfaits surement bien accomplis. Il demanda à Kuroo ce qu'il se passait et ce dernier lui répondit en mimant le geste qu'avait effectué Sugawara plus tôt. Hinata en fut tout d'abord surpris, mais finit par paraitre amusé par la chose. En décelant l'incrédulité du brun, Hinata tenta de clarifier la situation, mais le signe qu'il fit n'était pas encore rentré dans le vocabulaire de Kuroo. Descellant son incompréhension, Hinata se saisit de la feuille de papier qu'ils utilisaient depuis le début du cours de langue improvisé, et marqua « imprégner », puis refit le signe. Kuroo l'imita.
— Qu'est-ce que c'est « imprégner » ?
Hinata lui répondit en signant, mais Kuroo ne saisit pas, encore une fois cela dépassait son niveau de vocabulaire. Le rouquin reprit la feuille, et à côté du mot écrit précédemment il inscrit : « = marquer son territoire ». Kuroo fixa le papier, plus égaré que précédemment. Le geste dont il avait été témoin plus tôt lui rappelait quelque chose... Il dut fouiller dans sa mémoire afin de retrouver la source de ce souvenir. Lorsque cela lui revint, il parut encore plus désarçonné que précédemment.
— Qu'est ce qu'il y a ? demanda le roux en penchant la tête sur le côté.
— Rien… Je me souviens avoir vu quelqu'un faire ça… Il a fait ça sur son écharpe et me l'a donné ensuite…
Hinata fronça les sourcils :
— Qui ?
— A-ka-shi, signa Kuroo
—Quoi ?
Kuroo sursauta et se tourna vers ses deux amis en face de lui. Oikawa et Sugawara affichaient le même air de stupéfaction. Le brun se tourna vers Hinata qui lui aussi paraissait tout aussi retourné par la chose. Oikawa fut le premier à s'en remettre et finit par exploser de rire.
— Tu déconnes ? demanda-t-il entre deux rires.
— Non… Qu'est-ce que ça veut dire ?
— Euh bah normalement qu'il te claim quoi. Genre, il signifie aux autres que t'es à lui.
Kuroo manqua de s'étouffer avec sa salive.
— Quoi ? Mais, on se connaissait même pas encore ! C'était genre la première fois qu'on se voyait ! Et puis je le vois mal faire ça…
Oikawa ne sut que rétorquer, visiblement dérouté.
— Oh, attends, je crois savoir pourquoi il a fait ça, intervint Sugawara.
— Oh bah vas-y, éclaires nos lanternes!
— Kuroo, pourquoi il t'a passé l'écharpe ?
— Je sais pas… J'allais rentrer et il me l'a passé pour pas que j'aie froid.
— C'est peut-être juste ça, remarqua Oikawa.
— Pourquoi il aurait imprégné ses propres fringues ? remarqua l'argenté.
— Je sais pas moi, t'as une meilleure explication ?
— Hmm…Il a peut-être fait ça pour camoufler son odeur… Je l'ai déjà fait moi…
— Quoi !
— Désolé Kuroo, mais t'es tellement un aimant à emmerde, je m'inquiète des fois !
Kuroo ne sut que répondre et se contenta d'imiter la carpe.
— Mais pourquoi ?
— En portant l'odeur d'un alpha, soit les autres pensent que tu en es un et ils t'emmerdent pas, soit ils pensent que tu as un alpha, et ils t'emmerdent moins aussi…
Kuroo resta silencieux, incapable de décider comment il devait réagir, et même comment il devait se sentir.
— Je te jure je l'ai fait une fois parce que tu rentrais en pleine nuit à pied et que t'étais bourré ! Je recommencerai plus !
— Oh…Non ça va, t'inquiète… Préviens-moi juste la prochaine fois quoi…
— Je te promets, désolé…
— Mais on est sûr de ça, c'est pas parce que t'as fait ton papa poule que lui aussi, intervint Oikawa.
— C'est l'explication la plus plausible que je vois…
— Mais je suis même pas sûr qu'Akaashi soit un alpha, intervint le brun.
Oikawa haussa un sourcil, Sugawara afficha une mine confuse. Les deux échangèrent un regard. Le châtain fut le premier à reprendre la parole.
— Hum… très probablement que si, je vois mal un oméga faire ça, et un bêta n'en parlons pas…
— Pourquoi pas ?
Oikawa secoua la tête, navré de devoir en venir à ces explications :
— Bah Kuroo, t'as pas de glandes phéromonales là, affirma-t-il en désignant son poignet, tu vas pas te foutre à les frotter contre j'sais pas quoi !
— …ça fait sens.
— Quant à porter l'odeur d'un oméga, ils se font assez emmerder comme ça, ils s'amusent pas à l'infliger aux autres, surtout à des gens qu'ils connaissent à peine non ?
— Oh… ouais ça fait sens.
Le silence tomba. Sugawara avait l'air toujours aussi embarrassé et ne pipa mot.
— Bon… C'est pas très fin, mais ça montre qu'il… s'inquiète pour toi ? C'est pas mauvais signe pour ton Bachelor !
— Son Bachelor ?
Tiens, Sugawara avait retrouvé l'usage de la parole ! Parfait ! Juste au bon moment dis donc !
— Oikawa compare ma souffrance sentimentale à un jeu télévisé ringard… expliqua Kuroo.
— Ta « souffrance sentimentale », reprit le châtain, non mais c'est moi la drama queen après !
— Hmm, je vois, intervint Sugawara… Bah non c'est pas trop mauvais signe pour ton bachelor alors…
— T'y mets pas aussi ! s'exclama Kuroo.
— Moi j'aime bien cette métaphore, remarqua l'argenté.
Misère…
— Toujours est-il que c'est pas mauvais signe !
— Mouais… tu penses ?
Oikawa hocha la tête.
— Et puis, soyons honnêtes, de ce que tu nous en as dit, il a pas l'air totalement insensible à tes charmes non plus ! Tente, suggéra le châtain en haussant les épaules.
Kuroo voulut rester pragmatique, mais cette simple suggestion avait fait monter l'espoir en lui, et la dose de dopamine que son cerveau venait de libérer en guise de réponse le dissuada de penser autrement.
— Ou il te prend juste pour un gosse pommé et tu te fais kid-zoné.
Kuroo sursauta violement. Il se tourna pour découvrir que Kageyama avait fait son apparition. Depuis quand était-il là exactement ?
— Ouais… répondirent Sugawara et Oikawa en chœur.
La rechute dopaminergique fut brutale.
Mais l'idée resta quelque part dans sa tête, bien au chaud et confortable, en attendant de voir ce que le temps en ferait.
-Fin du Chapitre-
Bon bah voilà, on continue les montagnes russes, c'est reparti pour un tour !
Prochain chapitre : La violence des alizées
« Kuroo plissa les yeux. Le corbeau sembla presque en faire de même. Il regarda le corbeau. Le corbeau le regarda. Doucement, sans détacher son regard de l'animal, Kuroo attrapa son sac.
— Tu fais quoi ? demanda le châtain en le voyant faire.
— J'ai un truc à régler…
Soudain, l'oiseau brisa le contact visuel et détala à toute vitesse. »
Un peu nébuleux ce résumé, mais je crois que c'est une de mes spécialités après tout.
Merci d'avoir lu et à très vite !
