Résumé :

« Kuroo plissa les yeux. Le corbeau sembla presque en faire de même. Il regarda le corbeau. Le corbeau le regarda. Doucement, sans détacher son regard de l'animal, Kuroo attrapa son sac.

— Tu fais quoi ? demanda le châtain en le voyant faire.

— J'ai un truc à régler…

Soudain, l'oiseau brisa le contact visuel et détala à toute vitesse. »

Chapitre 16 : La violence des alizées

Kuroo avait toujours eu l'étrange faculté de tirer de l'existence les chemins statistiques les plus improbables. Une simple action, comme marcher dans la rue, pouvait très vite déraper en une rencontre avec un gang de pigeon voleur de missiles nucléaires (certes la chose n'était pas encore arrivée, mais la crainte, elle, demeurait). Le tracé de son chemin de vie avait quelque chose d'une nature éthérée et quantique. Il avait cependant appris à faire avec, et consolait sa nature anxieuse en se disant qu'ils auraient toujours de bonnes histoires à raconter. Preuve en était qu'il avait rencontré de merveilleux individus grâce à son histoire rocambolesque de valise envoyée à Moscou !

Même en sachant cela, il était toujours surpris quand une telle suite improbable d'éléments se mettaient en place, aucun signe avant-coureur ne pouvait l'aider à les anticiper… Ce jour-ci ne ferait pas exception…

Il fut réveillé comme à son habitude par la douce symphonie de l'orchestre philharmonique des matinées tokyoïtes : aux cordes, la sonnerie de son téléphone portable aux vents, les klaxons des trains de la gare, aux percussions, le battement du bitume et les bruits de circulation. Il mit un long moment à s'apercevoir que l'ensemble instrumental avait été agrémenté d'une nouvelle sonorité inconnue à ses oreilles. Il se concentra sur cette nouvelle résonnance : aiguë, grésillant et profondément désagréable. Cela sonnait un peu comme… un violon mal accordé joué par un chat à l'agonie… ou bien… une sonnette… Une sonnette ? Une sonnette ! C'était sa sonnette. Il se leva dans un sursaut et se précipita vers l'interphone.

— Oui !

— Bonjour, service de poste. J'ai un colis pour un dénommé « Kuroo Tetsurō ».

— Oui , je descends.

Il raccrocha. Il navigua la pièce rapidement pour trouver de quoi s'habiller, il n'allait pas descendre en caleçon et débardeur débrayé tout de même ! Un pantalon suffirait. Il enfila le vêtement à la vas-vite et se précipita hors de son appartement pour dévaler les escaliers. Ce ne fut qu'une fois à mi-chemin qu'il se rendit compte qu'il n'avait pas enfilé un pantalon, mais simplement un t-shirt lui arrivant en haut des cuisses par-dessus son débardeur. Il hésita à remonter mais s'en dissuada, et continua sa route en tirant sur son malheureux t-shirt. Quand il ouvrit la porte à la volée, l'employé de poste sursauta imperceptiblement. Il le vit le détailler un instant mais resta des plus polis et le salua en lui tendant le colis. Kuroo signa le reçu, salua le postier comme un individu socialement normé, ce malgré son accoutrement, et referma la porte derrière lui.

Bien, voilà une bonne chose de faite ! Il s'attela donc à déchiffrer l'adresse de l'expéditeur. Il ne se souvenait pas avoir effectué d'achats compulsifs en ligne, mais sa mémoire pouvait lui jouer des tours… Il échappa un sourire en reconnaissant l'adresse de la maison familiale. Il lui fallut encore quelques secondes pour se rappeler que sa mère l'avait appelé pour lui dire qu'elle lui envoyait un paquet, et encore un peu plus pour se souvenir qu'il lui avait demandé d'ajouter quelque chose de très important à l'intérieur. Un sourire radieux explosa sur son visage et il remonta les escaliers quatre à quatre pour rejoindre son appartement. Une fois à l'intérieur, il éventra le carton et sortit son contenu : de multiples boîtes de gâteaux, une paire de chaussettes neuve, une boîte de tisane, des sous-vêtements charmants ornés de loutres bleues, des médicaments, ses bonnes vielles Doc Martins rouge écarlate qu'il avait eu l'outrecuidance d'oublier à Hokkaido et…Kuroo un léger relent de dégout en découvrant que sa mère lui avait de nouveau envoyé un crabe entier. Certes, il avait été emballé sous vide cette fois, mais le souvenir du crabe suintant l'avait un peu trop impacté pour qu'il puisse apprécier la compagnie culinaire de ce crustacé…

Il replongea sa main dans le carton. Il avait bien demandé à sa mère de lui envoyer… Peut-être n'avait-elle pas trouvé ? La lourdeur de sa déception commençait à monter dans son ventre. Finalement, au milieu du papier bulle il la sentit, et la pesanteur de la déception implosa en bulles pétillantes d'euphorie. Ému, il se saisit de cette petite boîte en plastique décorée de dinosaures, qu'il caressa du bout des doigts. Il l'ouvrit, et un frisson de joie tendre lui remonta la colonne vertébrale. Son contenu était toujours là : petits mots passés en classe à l'orthographe désastreuse et à l'écriture infantile, un bouquet de pâquerettes séchées, des petits cailloux blancs, un vieil appareil photo jetable. Kuroo retrouva une petite pochette Kodak qui contenait de vieilles photos. La plupart étaient floues ou surexposées, mais il reconnut sans trop de difficulté qu'il s'agissait de la petite plage en bas de son village natal. Seule une des photos était nette, et son cœur se serra en la découvrant. Il s'agissait d'une photo de lui, âgé de huit ou neuf ans, souriant à la caméra. À ses côtés, il reconnut Kenma, ses cheveux bruns lui arrivant jusqu'aux épaules balayés par le vent, ses yeux tournés vers Kuroo. Il reconnut le sweat-shirt vert à dinosaure bleu que portait Kenma sur la photo. Il échappa un rire. Il se rappelait très bien ce vêtement. Il lui appartenait à l'origine, mais il plaisait tant à Kenma qu'il lui avait offert. Ce dernier avait passé les deux années suivantes à le porter continuellement, et il l'avait porté jusqu'à ce qu'il ne devienne plus qu'une loque délavée.

Le brun alla récupérer son téléphone et prit la photo du cliché, qu'il s'empressa d'envoyer à Kenma avec pour simple légende « T'étais tellement mignon à l'époque ».

Le blond lui répondit presque instantanément :

« T'avais déjà ta petite tête de fourbe »

Le brun pouffa.

« Qu'est-ce que t'adorais ce sweat-shirt, je me souviens le drame que ça a été quand ta mère a dû le jeter »

« Ouais, mais je m'en suis remis t'inquiètes »

Kenma lui envoya une photo de lui, coupé au niveau de son visage, et Kuroo échappa un hoquet de surprise émerveillé en découvrant qu'il portait un sweat-shirt oversize vert foncé orné d'un brachiosaure bleu-cyan.

« Oooh ! Mais non il est génial ! Je veux le même ! »

Les deux amis discutèrent quelques minutes, discourant de la majesté du vêtement. Finalement Kuroo revint à son activité première. Il ne restait plus grand-chose dans la boîte, mis à part un petit bracelet de grosses perles colorées, dont l'accord chromatique était à déconseiller pour tout individu atteint d'épilepsie. En retournant les perles, il découvrit que certaines comportaient des lettres, qui ensemble formait son surnom de l'époque : kuro neko no Jiji. Il rit en se remémorant l'après-midi pluvieuse où Kenma et lui avaient joué avec sa petite sœur pour composer moult bijoux. Celui qu'il avait en main était une relique de ce jour, un trésor que lui avait offert son ami d'enfance et dont il avait eu l'audace d'oublier l'existence. Il l'enfila à son poignet, et fit un selfie qu'il envoya à son ami :

« J'arrive pas à croire que tu as toujours ça », lui répondit ce dernier.

« Honnêtement j'avais complètement oublié que je l'avais »

« J'ai encore le porte-clés kiki la petite sorcière que tu m'avais offert. »

Kuroo sourit.

« Je croyais que tu l'avais balancé parce que t'aimais pas que je t'appelle comme ça ! »

« J'aime toujours pas que tu m'appelles comme ça »

« Je sais Kiki »

Kenma lui envoya un emoji peu poli.

« Kuso neko no Jiji »

Le brun explosa de rire. Il renvoya une photo de lui envoyant des baisers à la caméra. Il jeta un coup d'œil à l'heure : il avait encore pas mal de temps avant son premier cours mais partir plus tôt ne lui ferait pas de mal. Il se prépara donc à partir, et enfila le bracelet de perles avant de sortir de chez lui. Il regarda l'heure quand il sortit du métro et sourit en découvrant qu'il avait trois quarts d'heure d'avance : de quoi prendre un bon café à déguster au calme près d'un arbre. Réjoui par ce programme, il se dirigea vers la petite échoppe ambulante à l'entrée du campus, qui, bien que visiblement modeste, servait un latte des plus exquis. Au vu de la file bien conséquente qu'il découvrit devant l'échoppe, il n'était pas le seul à avoir eu cette idée. Il se mit sagement dans la file et patienta. Il n'arrêtait pas de regarder le bracelet à son poignet, la vue de cet objet ne cessant de le ravir à chaque instant. Il finit par s'en détacher pour sortir son téléphone de sa poche afin d'envoyer un message à Oikawa et Chris pour savoir s'ils voulaient qu'ils leur prennent quelque chose. Il échappa un sourire en recevant la réponse enthousiaste de ses deux amis.

Il finit par arriver au comptoir, et commanda les trois grands lattes. Le commerçant l'invita à se mettre de côté pour attendre sa commande. Kuroo s'exécuta. Son regard tomba de nouveau sur le bracelet à son poignet. De plus en plus de souvenirs lui revinrent. Il se souvenait maintenant clairement de cette après-midi-là. Il avait supplié Kenma de venir jouer avec lui, la chose faisant partie intégrante de son plan pour inciter son ami à rejoindre l'équipe de volley de son école avec lui. Malheureusement pour lui, la météo n'avait pas été de son côté, et ils s'étaient retrouvés cantonnés à l'intérieur. Sa mère en les voyant ainsi désœuvrés les avait invités à jouer avec sa petite sœur Kasumi. Kenma avait tout d'abord été réticent, mais avait fini par se joindre à leur activité artistique. S'il se souvenait bien, Kuroo lui avait fabriqué un collier, lui aussi fait de perles atrocement assorties. Il doutait grandement du fait que Kenma détienne toujours cette horreur. Il commença à tripatouiller le bracelet, puis finit par le retirer de son poignet pour faire rouler les perles entre ses doigts.

Alors que le commerçant l'interpellait pour récupérer sa commande, il échappa l'objet. Ses fonctions exécutives rentrèrent brièvement en conflit, ne sachant pas quelle tâche accomplir en premier. Il se décida à récupérer sa commande en priorité, le bracelet ne tomberait pas plus bas après tout. Il prit les trois gobelets, tâche délicate qu'il réussit avec brio. Il baissa les yeux pour voir où son bracelet était tombé, et son cœur bondit en découvrant qu'il avait disparu. Il balaya le sol des yeux, peut-être avait-il atterri un peu plus loin ? Ce fut avec soulagement qu'il l'aperçut à quelques pas de l'échoppe. Alors qu'il se rapprochait pour récupérer le bijou, il entendit un croassement. En relevant les yeux, son regard tomba directement sur celui d'un gros corbeau. L'animal était à quelques pas de son bracelet, et son regard fourbe ne disait rien qui vaille à Kuroo. Le brun s'arrêta afin d'analyser le comportement de l'animal. Le corbeau baissa les yeux, Kuroo suivit son regard et constata qu'il était dirigé vers son bracelet.

— Non ! s'exclama le brun.

Trop tard, le corvidé avait saisi le bracelet dans son bec.

— Rends-moi ça !

Kuroo se précipita en direction du volatile. Ce dernier détala à toute vitesse et le brun se lança à sa poursuite. L'animal n'avait même pas l'élégance de s'envoler, et s'évertuait à le narguer en zigzaguant à travers la foule estudiantine. Alors qu'il l'avait presque à portée de main, Kuroo heurta violemment un obstacle. Deux drames se produisirent simultanément :

Le premier : l'intégralité des trois cafés se renversa sur lui

Deuxième : le corbeau venait de s'envoler avec son précieux bijou.

Kuroo se laissa tomber au sol, dépité.

— Ça va ?

— Bordel ! T'as failli ruiner mes fringues !

En relevant les yeux, Kuroo découvrit Oikawa et Chris face à lui, l'un d'eux représentant très certainement l'obstacle qu'il avait rencontré plus tôt. Chris aida son ami à se redresser. Kuroo, dépité, mit plusieurs secondes à reprendre contact avec la réalité. Il tendit les gobelets qu'il avait encore à la main à ses amis. Les deux le regardèrent avec étonnement. Kuroo constata qu'il leur avait tendu effectivement les deux gobelets, mais que ces derniers avaient été complètement froissés et tordus lors de la collision. Oikawa souffla, visiblement irrité.

— Qu'est-ce qui t'est arrivé ? demanda le blond.

— Euh… un corbeau m'a volé mon bracelet.

Oikawa pouffa, la misère de son ami lui avait visiblement remonté le moral.

— Tu t'es pas brulé ? demanda le châtain.

Ce ne fut qu'alors que Kuroo analysa les dégâts corporels qu'il avait subis. En effet, le torrent de café brulant qu'il s'était renversé dessus était en train de lui bruler les cuisses, le ventre et les tétons.

— Euh, si un peu.

— T'es trempé, t'as des fringues de rechanges ?

— Non.

— J'ai un short de rechange dans mon sac, annonça Chris.

Oikawa souffla de nouveau.

— Moi j'ai un t-shirt, finit-il par ajouter, on a encore un peu de temps avant le début des cours, on va aller aux toilettes pour que tu te changes.

Kuroo hocha la tête et les suivit. Une fois arrivé, il s'enferma dans une cabine pour se débarrasser de ses vêtements souillés. Il se retrouva avec son pantalon et son t-shirt trempés à la main. Il ne pouvait tout de même pas les mettre ainsi dans son sac ! Ils allaient tout mouiller… Il décida alors de les emballer dans du papier toilette. Alors qu'il s'adonnait à cette tâche, plus difficile que prévu étant donné que le papier s'imbibait instantanément de café au contact du tissu, Chris passa sa main au-dessus de la cabine pour lui tendre un short de sport gris. Kuroo déposa les vêtements souillés sur son sac et s'en saisit. Le vêtement manquait cruellement de tissus !

— Euh… Il est pas trop petit pour toi ce short ? demanda le brun.

— Si, je l'ai commandé en trop petit, lui expliqua Chris, j'allais le rapporter au magasin, mais si tu en as besoin je te le prête.

— Euh, merci.

Kuroo procéda donc à l'enfilage du minuscule short. Le vêtement en question lui arrivait en haut des cuisses.

— Ça va ? demanda Chris.

— Un peu court, mais ça va, merci.

— Tiens !

Ce fut au tour d'Oikawa de lui faire son offrande. Les yeux de Kuroo s'écarquillèrent en la découvrant.

— Euh… Oikawa, qu'est-ce que tu fous avec un T-shirt Godzilla en 3XXL ?

— C'est à Iwa-chan.

Kuroo haussa un sourcil.

— Et qu'est-ce que tu fais avec ?

Silence.

— Oikawa ?

— Je le planque ! J'en ai marre qu'il porte ce truc ! Je lui en reprendrais un à la bonne taille mais là c'est plus possible.

Kuroo échappa un rire.

— Ah OK, et pour moi ça va alors ?

— T'es pas mon mec je m'en fous ! Tu le veux ou pas ?

— Oui, oui, c'est bon merci !

— OK ! Mais fais gaffe de le retirer avant d'aller au CAPE ce soir!

— OK, OK, ton secret et bien gardé.

Kuroo enfila le t-shirt, bon gré mal gré. Ou plutôt la tente quechua aux vues du vêtement en question, si ample, que les manches censées lui arriver en haut des épaules lui arrivaient aux coudes et le tout tombait au niveau de ses genoux. Kuroo souffla mais assuma son sort. Il emballa le reste de ses vêtements qu'il fourra dans son sac et ouvrit la porte de la cabine. Oikawa explosa de rire en le découvrant, et Chris ne put s'empêcher d'échapper un sourire.

— Mais merde les gars ! se plaignit Kuroo, dévasté par l'attitude de ses amis et par le reflet que lui renvoyer le miroir face à lui.

— Non, mais -Oikawa explosa de nouveau de rire- ça va c'est stylé.

— On dirait que je suis en robe !

— Et alors ? demanda Chris.

Kuroo se calma. Il était vrai que cela n'était pas si tragique. L'ensemble avait un certain… un certain charme… Cela allait plus ou moins bien avec ses… avec ses Docs Martins…

— Ça va, avec la nana habillée comme une veuve de l'ère victorienne dans notre amphi, personne va remarquer ! Toute façon on a plus le temps il faut qu'on se bouge!

Kuroo se résigna et suivit ses amis hors des toilettes. À peine sorti, un groupe de jeunes étudiants les croisa, et l'un d'eux lui lança :

— Sympa la robe !

— Non ! Mais ! J'ai un short en dessous ! s'époumona Kuroo.

Ses deux compères le dévisageaient, surpris qu'il ait réagi avec une telle intensité.

— J'ai un short en dessous, répéta Kuroo.

Oikawa rit, et passa son bras autour du sien.

— Allez, assume, c'est pas si mal.

Kuroo grommela quelque chose mais suivit la marche.

Corvidé de malheur ! Il ne lâcherait pas l'affaire comme ça !

-/-

Enfin, cette journée de malheur touchait à sa fin, Kuroo allait pouvoir rentrer chez lui pour se changer, et effacer définitivement de son esprit l'humiliation de cette journée. Lui et Oikawa étaient accoudés contre la rambarde de fer de l'escalier extérieur, regardant les étudiants en contre bas en attendant que Chris les rejoigne. Un groupe de jeunes femmes passa devant eux, et l'une d'elles l'interpella :

— Jolie robe !

— Merci…

Kuroo avait tant entendu cette remarque dans la journée, qu'il ne s'évertuait plus à essayer de se justifier.

Oikawa regarda le groupe d'étudiantes s'éloigner.

— Personne a trop l'air de dire ça moqueusement, tout le contraire plutôt… observa le châtain. C'est vrai que ça te va pas si mal en fait.

Kuroo tourna les yeux vers son ami, l'air blasé. Ce dernier avait l'air sérieux.

— Merci…

Le brun détourna de nouveau le regard pour le porter au loin. Il entraperçut une masse noire dans sa vision périphérique. En tournant les yeux dans sa direction, ce fut avec stupeur qu'il découvrit un corbeau. Nul doute qu'il s'agissait du fourbe corvidé. L'animal croisa son regard. Kuroo devina autour du cou du volatile des vives taches de couleurs. Ses yeux s'écarquillèrent : la bête avait eu l'audace d'enfiler son bracelet autour du cou. Kuroo plissa les yeux. Le corbeau sembla presque en faire de même. Il regarda le corbeau. Le corbeau le regarda. Doucement, sans détacher son regard de l'animal, Kuroo attrapa son sac.

— Tu fais quoi ? demanda le châtain en le voyant faire.

— J'ai un truc à régler…

Soudain, l'oiseau brisa le contact visuel et détala à toute vitesse.

Kuroo partit à sa poursuite, descendit les marches quatre à quatre et se rua en direction de sa Némésis à plume. Cette dernière le nargua de plus belle, s'arrêtant tous les dix pas pour l'attendre. Une fois Kuroo arrivé à sa portée, la fourberie croassa avant de détaler à vive allure. Kuroo jura mais ne lâcha rien! Voilà que le corvidé en était à avancer à cloche-patte, très certainement pour se gausser de lui! Bientôt il avait redescendu tout le campus et arriva aux abords de l'étang. Alors qu'il s'engageait sur la pelouse, le croassement de sa némésis noire fut rejoint de celui de dizaine de ses congénères. Kuroo s'arrêta. Il savait pertinemment que les corbeaux étaient des animaux futés, et rancuniers… S'il rentrait en conflit avec l'entièreté de la volée, leurs représailles seraient redoutables… et longues. Le fourbe corvidé s'arrêta, et le regarda. Peut-être avait-il eu pitié de lui ? L'espoir naquit en lui lorsque le corbeau s'approcha. L'animal s'arrêta à quelques pas de lui. Kuroo hésita, mais finit par s'avancer doucement. Il arriva si près qu'il pouvait presque toucher son plumage. Peut-être qu'il avait tout simplement mal interprété la situation ? Peut-être le corbeau avait-il été paniqué de se retrouver avec le bijou autour de la gorge, et maintenant qu'il se sentait en sécurité près de ses congénères, il laissait Kuroo l'approcher pour l'aider à se défaire de son entrave ?. Kuroo approcha l'oiseau. Ce dernier ne bougea pas. Le brun, doucement, approcha sa main, et réussit à récupérer le bracelet.

— Voilà, regarde je l'ai retiré, dit-il en présentant le bracelet pour montrer à l'animal qu'il était à présent libre.

Le corvidé regarda le bracelet, et leva la tête. Ses yeux semblaient pleins de gratitude. Kuroo échappa un sourire.

— T'es pas si f…

Le corbeau croassa et déroba du bout du bec le bracelet encore présent dans la main du brun, avant de repartir à toute vitesse.

— Saleté ! mugit Kuroo avant de se lancer à la poursuite du vilain piaf.

L'espoir l'abandonna lorsqu'il vit le corbeau prendre son envol.

— Eh merde…

Le corvidé fit quelques voltiges avant d'aller se poser dans un grand chêne. Kuroo hésita à rebrousser chemin, désarmé. Il baissa les yeux, regarda son poignet dénudé, repensa à la joie qu'il avait ressentie le matin même en retrouvant le bijou et… Non ! Non, il ne pouvait pas abandonner ! Kuroo reprit sa course, fonçant droit en direction de l'arbre. Certaines branches étaient assez basses pour qu'il puisse s'y agripper. Ni une, ni deux, il se lança dans l'aventure. Il sauta pour attraper la branche la plus à sa portée, et réussit à se hisser pour y monter. Il continua son ascension. Enfin, il réussit à faire quasiment le tour de l'arbre, mais gagna tout de même quelques centimètres. Finalement, il aperçut l'animal dissimulé entre les branches.

— Ah te voilà !

L'oiseau braqua son regard dans sa direction. Notifier sa présence le courrouça. Il croassa et étendit ses ailes. Kuroo, tout aussi irrité, imita son cri. L'oiseau se tut, et tourna la tête pour mieux l'observer. Décidant qu'il en avait trop vu, le corvidé se précipita vers la nuisance humaine menaçant son nid et prit son envole à quelques centimètres de son visage. Kuroo, déstabilisé, lâcha complètement la branche. Son postérieur rencontra bien trop vite le sol.

— Oh bordel, se plaignit le brun dont le fessier avait pris un sacré coup.

— Vous allez bien ? Lui parvint une voix inquiète.

Kuroo releva les yeux, mortifié de reconnaitre l'individu face à lui.

— Kuroo-san !

— Akaashi… san.

Les deux se regardèrent, surpris de se retrouver dans une telle situation.

— Tu vas bien ? demanda Akaashi.

— Ouais, ça va, je crois. Qu'est-ce que…hum… qu'est-ce que tu fais là ?

— Je travaille… et te retourne la question.

— Aussi surprenant que ça puisse paraitre, j'étais à la poursuite d'un corbeau voleur.

Akaashi fronça les sourcils, circonspect, mais échappa finalement un rire léger :

— Évidemment. Je ne sais pourquoi, mais cela ne me surprend pas tant que ça.

Il tendit la main pour aider son ami à se redresser. Une fois Kuroo debout et bien stable sur ses jambes il releva les yeux. Akaashi le détaillait discrètement sans pour autant que son regard ne trahisse la teneur de son jugement.

— Hum… Ce n'est pas une robe, juste un grand T-shirt avec un short en dessous… Des potes m'ont prêté ça, je m'étais hum… Je m'étais renversé trois cafés dessus…

— Oh… En poursuivant le … le corbeau j'imagine ?

— Oui… Voilà.

Akaashi rit de nouveau.

— Eh bien, malgré sa nature accidentelle, je trouve que cela te sied plutôt bien.

Kuroo sentit le sang lui monter aux joues.

— Oh…euh, merci.

Cherchant à tout prix à éviter son regard, Kuroo dévia le sien en direction de l'arbre, et découvrit qu'Akaashi y avait installé au pied une petite nappe parsemée de dizaine de livres.

— Charmant bureau pour travailler.

Akaashi suivit son regard.

— N'est-ce pas ?

Le brun hocha la tête. Et…et il continua de hocher la tête, beaucoup trop longtemps pour que cela semble naturel. Il continuait de regarder la nappe posée au sol, et…de hocher la tête. Il dut mentalement se forcer à arrêter pour que son corps suive. Il devinait l'air dérouté d'Akaashi dans sa vision périphérique mais ne détourna pas les yeux de la nappe.

— C'est une jolie nappe.

— Oui.

Et le silence retomba. Akaashi rit. Kuroo tourna son regard dans sa direction.

— Veux-tu te joindre à moi pour un moment ?

Kuroo sourit, et acquiesça. Akaashi retourna s'assoir sous l'arbre, et il le suivit. Ils s'installèrent côte à côte, et restèrent silencieux un moment, échangeant parfois un sourire. La situation en devenait presque gênante, mais le brun ne savait absolument pas quoi faire pour l'arranger. Ce fut Akaashi qui prit l'initiative :

— Et donc, j'ai cru comprendre que tu t'étais fait mal mener par un corbeau ?

Kuroo sourit, et commença à lui compter ses mésaventures. Plus il avançait dans le récit, et plus il animait son histoire de grands gestes, de caricatures théâtrales, et d'un soupçon de romanesque. Voir Akaashi se détendre de plus en plus et rire à son histoire l'incitait à en rajouter toujours plus, ne se lassant pas de le voir ainsi, et de la douce sensation que son rire provoquait en lui. La discussion finit par digresser, et ils parlèrent longtemps, échangeant euphoriquement sur tout ce qui pouvait leur passer par la tête. Le soleil commençait à se coucher, les rayons dorés se perdant dans le feuillage des arbres pour tomber en fines perles dorées dans les cheveux d'Akaashi. Et chaque fois qu'il l'entendait parler, Kuroo s'enivrait de sa voix, de sa présence. Tout en lui était si musical. Alors que la nature bruissait autour, assemblée cacophonique de gazouillement et de croassement, Akaashi avait le grandiose harmonique d'une symphonie.

Ils se turent. Le silence entre eux cette fois n'avait plus rien de gênant. Il était doux et apaisant. Le soleil avait presque disparu derrière l'horizon, peignant le ciel d'une palette somptueuse, faite de rose et d'orange.

Kuroo regarda l'heure sur son téléphone :18h12. S'il voulait rejoindre sa bande au CAPE, il ne fallait pas qu'il s'attarde trop. Il tourna les yeux vers Akaashi. Son regard était tourné vers le ciel, un léger sourire au bord des lèvres. Kuroo ne voulait pas partir. Un sentiment tordu et étrange monta en lui, et il dut détourner les yeux. Il connaissait ce sentiment pour l'avoir ressenti il y a peu. Cette impression d'urgence et d'impérieux. Il laissa sa tête retomber sur ses genoux et plongea en lui. Il avait beau tenter de toutes ses forces d'évincer cette pensée, elle revenait toujours à lui, toujours plus pressante. Peut-être était-il trop capricieux, peut-être était-il insensé. Mais il voulait plus. Explorer davantage cette sensation tapie en lui, voir s'il pourrait la faire éclore, la redéfinir et la redessiner. Il comprit bien mieux l'expression « prendre la température ». Il avait la sensation d'être devant cette étendue, entre l'eau et la brume, entre deux états physiques à définir. Il voulait s'avancer, passer ses doigts pour la toucher, la comprendre, savoir si s'y aventurer n'était pas trop dangereux. Il frissonna, et la sensation le jeta hors de lui-même. Il refit surface. L'air s'était rafraichi et le vent balayait ses jambes nues.

— Tu as froid ?

Kuroo tourna le regard. Akaashi le regardait.

— Un peu, mais ça va aller, j'avais pas prévu de me balader jambe nues toute la journée.

Akaashi hocha la tête et se tourna pour récupérer son sac. Il en sortit une écharpe qu'il tendit à Kuroo. Ce dernier la reconnut instantanément. Elle lui avait quand même servi d'oreiller pendant quasiment une semaine, et avec le désastre de la machine à laver, il n'était pas près de l'oublier.

— Oh ! c'est l'écharpe que tu m'avais prêtée ?

Le brun hocha la tête. Kuroo le remercia et déplia l'étoffe pour couvrir ses jambes. Il posa de nouveau la tête sur ses genoux, et huma discrètement l'odeur du tissu. Elle avait retrouvé sa fragrance originelle : lilas et petrichor. Il échappa un rire. Au moins l'odeur de l'adoucissant avait disparu.

— Je constate que t'as réussi à enlever l'odeur barbe à papa-matcha.

Akaashi fronça les sourcils, ne semblant pas suivre ce que lui disait Kuroo.

— L'adoucissant.

— Oh ! En effet.

Kuroo échappa de nouveau un rire.

— Désolé pour ça… Je t'avais raconté cette histoire d'ailleurs ?

— Non ?

— Sérieux ?

Kuroo se lança de nouveau dans une de ses histoires de vie rocambolesque dont lui seul avait le secret. Quand il eut terminé, Akaashi riait tellement qu'il en avait les larmes aux yeux.

— Je te jure ! Bon j'y suis pas trop retourné après, déjà parce que j'avais un peu honte, et parce que mon meilleur pote m'a fait remarquer que c'était peut être une façade pour permettre à un gang de Yakuza de blanchir de l'argent.

Akaashi rit de nouveau.

— Ce ne serait pas si étonnant en effet.

— Non.

Ils continuèrent à converser, plus posément cette fois. Le regard de Kuroo trouva de nouveau l'écharpe. Il s'en détacha pour regarder Akaashi parler. Il ne fallut que quelques secondes pour qu'il détourne à nouveau les yeux. Il fit l'aller-retour plusieurs fois, incapable maintenant d'écouter ce que lui disait le brun. Il repensait à la discussion qu'il avait eue avec ses amis au Karasu, et la chose commençait à tourner en boucle dans sa tête, si bien que bientôt il n'entendit plus que cette pensée.

— Kuroo ? demanda Akaashi en voyant ce dernier changer d'attitude.

— Est-ce que tu as imprégné ton écharpe quand tu me l'as prêté ?

Kuroo écarquilla les yeux, mortifié d'avoir osé poser la question sans ménagement. Akaashi sursauta de surprise. Ils se regardèrent comme deux chouettes désorientées une bonne dizaine de secondes. Finalement, Kuroo vit le visage de son ami commencer à sérieusement rougir. Honteux, Akaashi réfugia son visage entre ses mains.

— Euh, désolé d'avoir demandé, je…

— Je suis vraiment désolé Kuroo-san, le coupa Akaashi. Je suis sincèrement navré d'avoir fait ça sans ton consentement préalable. Je…

Le passage à un langage plus poli amusa le brun.

Akaashi mit ses mains au sol et se pencha pour le saluer.

Kuroo échappa un sourire.

— Hey.

Il prit sa main pour qu'il se redresse. Akaashi le laissa faire, mais sembla surpris de son attitude.

— Relax, c'est pas grave… ça m'a juste surpris quand je… quand j'ai compris.

Le visage d'Akaashi se tordit de gêne, et il plongea de nouveau son visage dans ses mains.

— J'ai agi sur une impulsivité, je n'aurai pas dû mais… Et je ne pensais pas que tu t'en rendrais compte… Je… ça n'excuse rien mais…

— À vrai dire je m'en suis pas vraiment rendu compte… J'ai juste vu un pote faire ça pour faire rager un autre pote et euh, ils m'ont expliqué ce que ça voulait dire…

— Oh…

« Ah bah super » se dit Kuroo, « T'as bien pourri l'ambiance là, qu'est-ce que tu vas faire maintenant abruti ? »

— Mais… mais pourquoi ? Enfin, on venait juste de se rencontrer ?

« Mais oui continu comme ça, bien joué, quel con… »

Akaashi commença par bafouiller quelque chose sans queue ni tête. Il finit par se reprendre, inspira profondément et reprit plus posément :

— Eh bien… C'était surement mal venu de ma part, mais quand tu m'as dit où tu te rendais et au vu des événements que tu m'avais relatés, je me suis dit qu'il serait plus sage, au cas où de…

Kuroo attendu, mais rapidement il comprit qu'il ne terminerait pas sa phrase.

— Où je me rendais ?

Son interlocuteur gigota, mal à l'aise.

— Le quartier d'Asakusa.

— Oh…et ?

— C'est un endroit connu pour… héberger beaucoup de communautés détestables d'alpha-suprématiste… Et comme tu m'avais raconté que tes rencontres de la journée n'avaient pas été des plus pacifistes, je me suis dit… enfin, j'ai pensé… Non d'ailleurs je n'ai pas vraiment pensé, mais enfin...

— Tu voulais me protéger des méchants alphas, c'est ça ? Déguiser le mouton pour qu'il ne se fasse pas dévorer par les vilains loups ?

Akaashi se détendit et échappa un léger rire :

— Oui c'est à peu près ça…

Kuroo sourit tendrement.

— Merci.

Akaashi tourna son regard vers lui, surpris du remerciement.

— Ça m'a surement aidé.

Le brun en face de lui hocha la tête.

— Pas très élégant peut-être mais… Je comprends. Je comprends que tu as fait ça sans penser à mal, que tu l'as fait dans mon intérêt.

— Merci de ta compréhension.

Le silence retomba.

« Maintenant ! » hurla une voix en lui, et Kuroo sursauta presque, surpris de l'entendre si fort. La brume s'était levée, l'étang qu'il apercevait derrière n'avait pas l'air si hostile. Il avait envie de s'en approcher… Peut-être la température de l'eau y serait agréable ?

« Maintenant ! »

— Mais…je suis un peu déçu…

« Ok, pas mal, continue… »

Akaashi tourna la tête, l'air paniqué.

— Oh !

— Déçu que ça n'était que pour me protéger…

« Hum, un peu cavalier mais… »

Akaashi haussa un sourcil.

« Merde »

Kuroo laissa tomber la lourdeur de son commentaire précédent pour la légèreté et l'honnêteté de l'humour :

— Mince, j'essayais juste de flirter mais j'ai pas encore tous les codes de ce genre de choses.

Toujours un peu lourd, mais cela pouvait marcher. Après tout, c'était un jeu qu'ils aimaient bien jouer, à lui de faire comprendre que ce n'était plus pour jouer qu'il disait cela.

La remarque avait eu le mérite d'amuser Akaashi, qui échappa un sourire.

— Au vu de nos précédentes interactions, il ne fait aucun doute pour moi que tu connais déjà bien les codes.

— Vraiment ? fit innocemment Kuroo, qui ne put cependant pas empêcher un sourire mutin de lui échapper.

Akaashi rougi légèrement.

Kuroo se rapprochait de plus en plus du bord de l'eau, et elle lui apparaissait de plus en plus limpide.

— Bel exemple de mise en pratique, t'entraines-tu souvent ?

Kuroo s'aventura à approcher sa main de la surface :

— Hum, pas vraiment, on ne se voit pas tant que ça en fin de compte.

Sa main frôlait presque l'eau.

— Cela doit-être naturel chez toi alors.

Il était maintenant temps de se mouiller.

— Hum, mais je pense que j'aurais besoin de plus de pratique, quelque chose de plus intensif, qu'est ce que tu en dis ?

Akaashi pouffa. Il sourit et tourna les yeux vers son interlocuteur. Kuroo attrapa son regard et le maintint. Il voulait que son regard transmette qu'il ne riait plus, qu'il s'agissait cette fois d'une demande sérieuse. Akaashi le comprit très vite. Son sourire fana, et se fut avec horreur que Kuroo vit ses traits prendre ceux de la gêne désolée.

— Oh…

— Oh ?

— Kuroo-san.

L'utilisation du « -san » ne l'amusa que très peu cette fois. Il tenta tout de même de maintenir les apparences :

— Akaashi-san ?

Le trait d'humour ne fit que très peu d'effet.

— Je suis désolé.

Adieu façade, Kuroo tenta un sourire, mais ce dernier se fana très vite.

— Oh, désolé, j'ai mal interprété… je… désolé… balbutia Kuroo.

Akaashi tourna la tête. Il ferma les yeux. Après une inspiration, il les ouvrit de nouveau.

— Ne t'excuse pas. C'est moi. J'ai conscience d'avoir pu envoyer quelques signaux qui ont laissé penser que… Je m'en excuse.

Kuroo resta silencieux.

— Tu es quelqu'un que j'apprécie beaucoup Kuroo-san, mais…

— Mais ?

Kuroo établit le contact visuel, aussitôt brisé.

— Il y a certaines choses que tu ne sais pas et… enfin, je ne peux pas m'y risquer. Bien que j'apprécie le temps passé ensemble, j'ai bien peur que cela en reste là.

Kuroo venait de tomber la tête la première dans la flotte et elle était sacrement glacial !

— Oh…ok, je comprends.

Le silence retomba.

— Désolé… s'excusa Akaashi.

— Non, c'est rien vraiment ! Pas de soucis, on oublie, c'est… c'est rien vraiment !

Kuroo avait parlé beaucoup trop vite et sur un ton beaucoup trop haut perché pour que cela paraisse crédible.

Silence.

Kuroo se releva soudainement et attrapa ses affaires.

— Si ça ne te dérange pas je vais y aller.

— Oh…oui.

Kuroo cependant ne partit guère, et les deux se regardèrent longuement, sans rien dire.

— Ça va aller ? finit par demander Akaashi.

— Oui, pas de problème… euh bon bah, à plus alors.

— Oui…

Et Kuroo tourna les talons pour s'en aller. Il alla prendre le métro, et se félicita de sa maitrise. On ne le reprendrait plus à pleurer dans les transports en commun. Et puis, rien de terrible, il n'en était pas non plus à en faire tout un drame, il se sentait parfaitement bien. Oui, parfaitement. C'est en tout cas ce qu'il se répéta en boucle sur le chemin du CAPE : qu'il allait parfaitement bien, qu'il allait passer une soirée avec ses amis et que cela lui sortira de la tête complètement tant il allait bien rigoler. Après tout, il avait cette histoire de corbeau fourbe à leur raconter ! Il réussit à croire à cela jusqu'à arriver devant sa bande d'amis. Ils étaient tous déjà là, et l'ambiance effervescente du lieu le ravit instantanément. Sugawara fut le premier à le remarquer.

— Sympa ta robe !

Oikawa à ses côtés sembla moins ravi de le voir dans cet accoutrement. Il se rua vers lui et lui murmura :

— Mec t'abuses ! je t'avais dit de te changer je vais me faire…

Il ne finit pas, ses yeux détaillant Kuroo suspicieusement.

— Ça va ? demanda le brun.

— Moi ça va, mais toi, ça va ?

— Euh oui…

Oikawa ne le lâcha pas du regard.

— Non mais où t'as trouvé ça ! C'est… Ça va ?

Sugawara venait de s'approcher de lui, décelant lui aussi instantanément que quelque chose n'allait pas.

— Oui, ça va.

Le mensonge ne prit pas.

— Tu es sûr ? insista Sugawara.

Ah ! Pas cette voix-là ! Elle avait toujours eu raison de lui ! Impossible d'y résister !

Le visage de Kuroo se tordit des remous de larmes qu'il avait tant tenté de refouler.

— Pas trop. Enfin, si ça va, rien de grave.

— J'ai déjà entendu ça quelque part, commenta le châtain.

— Qu'est-ce qui se passe ?

Pas cette voix ! Par pitié !

— Non ça va… Je viens juste de me manger un méga vent mais ça va.

— Oh non… Je suis désolé, lui dit Sugawara de sa voix la plus douce.

Kuroo haussa les épaules, se raccrochant aux quelques miettes de contenances qu'il lui restait.

— Un câlin ? proposa Sugawara en ouvrant les bras.

Le brun hocha la tête et laissa son ami entourer ses bras autour de lui. Kuroo se détendit finalement et laissa s'effondrer les maigres barrières qu'il avait tenté d'ériger.

— T'es nul en bachelor en fait, commenta Oikawa.

Kuroo échappa un rire.

— Pff, ta gueule.

— Je constate juste les faits.

À ce moment-là, Yamaguchi qui passait derrière Suga croisa son regard.

— Ça va ?

Le brun hocha négativement la tête.

— Oh merde ? Qu'est-ce qui se passe ? demanda Yamaguchi en se rapprochant.

— Il s'est pris un vent, expliqua Oikawa.

— Merde ! De qui ?!

— Akaashi, répondit le brun.

— Oh ouf ça va !

— Comment ça « ouf ça va » ? le réprimanda Sugawara.

— Bah moi je suis team Kenma, alors ça va.

— Depuis quand ya des teams ?

— Peu importe, un peu de compassion !

Kuroo nota que Sugawara avait complètement évincé la question.

— Hmm, je suis désolé pour toi, finit par lui dire Yamaguchi avant de se joindre à leur câlin.

Kuroo se sentait déjà mieux. Mais il savait ce qui allait encore plus lui remonter le moral.

— Yama ?

— Hmm ?

— Tu peux ronronner s'il te plait ?

Yamaguchi pouffa mais s'exécuta aussitôt. Le son apaisa instantanément Kuroo.

— Merci.

— C'est pas mon T-shirt ça ?

Kuroo sursauta en entendant la voix d'Iwaizumi.

Il entendit Oikawa murmurer :

— Et merde…

-Fin du Chapitre-

Ce chapitre me fait rire, mais je l'ai gâché, oups, désolé !

Dédicace aux corbeaux, volatiles à qui je fais mauvaise presse mais que j'adore au demeurant, les gars, je m'excuse, je pense à vous. Même si je sais que les Japonais vous détestent parce que vous faites disjoncter l'électricité en faisant vos nids sur des lignes électriques avec des cintres. Peace !

Prochain chapitre : « La mort des étoiles »

« — Kenma, je vais pas tenir longtemps !

— Je l'ai presque…

— Euh, Ken…

Kuroo tangua et Kenma commença à basculer. Sentant que la chute n'allait pas tarder, Kuroo fit en sorte de le faire basculer dans le sens contraire. Il sentit le blond tomber en arrière et ses pieds perdre appuie. Il réussit à le ceinturer au niveau des cuisses, mais l'impulsion le fit tomber à la renverse. Il tomba sur le dos, le choc se répercutant dans sa poitrine. Le poids de Kenma lui arriva dessus et le choc lui coupa le souffle un moment.

— Ça va ?

Kuroo ouvrit les yeux. Kenma n'avait rien.

— Ça va, et toi ?

— Oui.

Ils se regardèrent, avant d'exploser de rire.

— T'es toujours un sac à conneries, commenta le blond. »

Merci d'avoir lu ! À très vite !