Merci beaucoup à Sukhii et Thaïs d'avoir relu ce chapitre :)
Bonne lecture !
CHAPITRE 5
"La mort d'un être plein de bonté libère parfois des forces mauvaises qui, sans cela, seraient restées contenues." L'Épouvanteur - Joseph Delaney
Le voile brumeux qui avait recouvert les plaines et la magie des sorciers avait disparu. Samhain était passé. Ils auraient dû se sentir bien, enfin débarrassés de cette atmosphère étouffante caractéristique du Sabbat.
Et pourtant.
L'horrible nouvelle parue dans la Gazette du Sorcier s'était répandue comme une traînée de poudre dans les couloirs de l'école.
La plupart des élèves étaient restés assez indifférents à la première attaque au Lancashire, ça ne les concernaient pas, après tout. Mais à présent, les événements prenaient une toute autre ampleur : c'était la famille Weasley qui avait été attaquée, dont quatre membres étaient présents dans la Grande Salle, avec eux.
Un journal froissé avait été abandonné sur la table et le titre attira l'attention de Harry, qui venait de s'installer auprès des rouges-et-or.
Nouvelle attaque inquiétante à Loutry Ste Chaspoule, la famille Weasley prise pour cible.
Harry parcourait les lignes en diagonale, sans vraiment savoir ce qu'il y cherchait, à part un endroit où poser les yeux.
...puisqu'elle fait partie des vingt-huit Sacrées, cette attaque remettrait en question la théorie du ministère à propos d'un groupe d'anciens Mangemorts. Cependant, une source au Magenmagot affirme que cela ne change rien à cette hypothèse, dans la mesure où les Weasley sont en conflit depuis plusieurs générations avec certaines autres familles du registre en raison de leur position sur la valeur du sang, et ce depuis les années trente, ce qui est un mobile suffisamment...
Le Gryffondor détourna la tête et préféra la baisser vers ses doigts qu'il triturait sous la table, anxieux. Et il n'était pas le seul : l'attaque aurait bien pu toucher les Fawley, les Flint, les Abbot, les Greengrass, les Londubat… Puisqu'une famille de Sang-Pur avait été attaquée, cela voulait dire que personne n'était à l'abri.
Alors tout prenait une tournure différente : ça devenait réel.
« Ça va aller Ginny, calme-toi… »
Harry écoutait sa meilleur amie réconforter la cadette de la famille. Elle était parcourue de sanglots, incapable de se ressaisir et les larmes se mêlaient à la morve sans qu'elle ne s'en rende compte.
Personne ne savait si Arthur Weasley allait s'en sortir. La table était silencieuse, brisant leur habitude. Aucune blague ne titillait l'esprit de Fred et George, et Ron n'avait pas décroché un mot depuis qu'il était sorti du bureau de McGonagall.
Harry ne savait pas quoi faire pour rassurer son ami. Il lui avait donné une accolade à son retour, au petit matin, mais Ron s'était vite réfugié dans les bras d'Hermione et l'avait tenu contre lui avec force, comme s'il avait peur qu'elle soit sur le point d'être blessée elle aussi. Alors Harry leur avait laissé l'intimité nécessaire, sans trouver sa place dans ce drame.
Lui qui s'était toujours senti intégré à la famille Weasley, traité comme un enfant de plus, ne savait pas trop où se mettre et comment réagir. Il voulait partager son angoisse, donner et trouver du réconfort, serrer l'épaule de George, enlacer Ginny, parler à Ron... Assis sur le banc, les jambes pressées entre celles d'Hermione et celles de Neville, il se taisait et gardait les yeux rivés sur ses ongles rongés, attendant le pronostic.
Depuis le moment où il avait regagné son dortoir, ses paupières ne s'étaient pas closes, et une petite voix lui susurrait que c'était lui qui avait commandité l'attaque… Dans ses visions, il était Voldemort après tout, et il n'avait rien pu faire...
« Là, Ginny, là… Mange un peu, tu ne tiendras pas la journée sinon », dit Hermione d'une voix douce.
Lui aussi avait l'estomac noué, et son ventre le lançait alors qu'il voyait Hermione s'autoriser à accompagner son amie dans ses pleurs.
L'ambiance était lourde. Très lourde.
« Ron… tenta Hermione devant le regard vide du rouquin.
— Papa va bien. »
Personne n'osa le contredire.
Dumbledore revenu, Harry aurait pu trouver refuge auprès de lui, comme avant. Le vieux sage lui aurait alors expliqué que son ressenti était normal et il lui aurait dit toutes sortes de phrases percutantes qu'il ne pouvait penser par lui-même. Mais le Directeur n'avait pas levé ses yeux sur lui, malgré toutes ses tentatives d'attirer discrètement son attention pendant les repas qui suivirent. Il allait devoir faire sans.
Les cours furent maintenus malgré la situation, mais les Weasley avaient eu l'autorisation de rendre visite à leurs parents, et surtout d'aller trouver du réconfort auprès de leur mère, qui était consciente et peu blessée. Harry, lui, alla en cours comme les autres.
La tête basse et les yeux rougis, il affronta sa journée comme une dagyde de lui-même.
« C'est horrible hein, ce qu'il s'est passé ? lui souffla Hermione en Histoire de la Magie. Harry n'avait même pas fait l'effort d'écrire une phrase.
— Hm. »
''Je sais, c'était moi'' n'était pas une bonne réponse, il le savait, mais c'était celle qui sortirait de ses lèvres s'il ouvrait la bouche. Têtue, Hermione persévéra.
« Ginny est dévastée. Mais c'est les jumeaux qui m'inquiètent le plus. Ils ont l'air si… fermés. »
Harry trempa sa plume dans son encrier et gratta quelque chose à propos de Graxar Le Fidèle, un des milliers de goblins dont leur parlait leur professeur depuis cinq ans. Le message 'tais-toi s'il te plaît' était clair.
« Tu penses qu'il va s'en sortir Monsieur Weasley ? »
La voix de sa meilleure amie tremblotait, mais il s'obstinait à ne pas répondre et à ne pas la regarder en face. S'il parlait, il craquerait. Mais la jeune fille soupira et sa main se plaqua contre l'écriture brouillonne de Harry, l'empêchant d'écrire.
« Harry, dis quelque chose. Pourquoi tu ne parles pas ? »
Ah.
Harry savait qu'elle faisait référence à son comportement immédiat, mais... cette question fit accélérer les battements de son cœur.
''Pourquoi je ne parle pas ?''
Harry avait la réponse, mais il la gardait précieusement, au chaud dans sa tête, enfouie sous des tonnes de connaissances et de pensées diverses pour ne pas avoir à y faire face.
Mais ce n'était pas ce que demandait Hermione. Elle ne posait pas la question.
Alors Harry ne donna pas la réponse.
« Qu'est-ce que tu veux que je dise ? On ne peut rien faire, on peut juste attendre. »
Voilà, très bien. Respire.
Hermione fronça les sourcils et détourna le regard, posant désormais sa main sur son bras. Cette proximité le fit frissonner. Il n'aimait pas être touché, mais le contact le ramena un peu à la réalité et il se détendit légèrement.
« C'est vrai. On ne peut qu'attendre », admit Hermione. Elle reprit contenance et se traits se détendirent. Harry eu la désagréable impression de voir Snape lorsqu'il se composait un visage parfaitement neutre. Cette tendance à réprimer ses émotions le mettait mal à l'aise, il n'avait pas l'impression que c'était quelque chose de bien.
Harry et Hermione passèrent leur journée ensemble, et il trouva du réconfort dans sa présence calme et désormais silencieuse. Ils comptaient les minutes, les heures.
Lorsque Ron, Ginny, Fred et George revinrent, le constat restait le même qu'au matin : leur père était toujours dans un coma magique. Le petit groupe de Gryffondor se rendirent lentement dans leur tour, réfugiés devant la cheminée brûlante que les autres élèves eurent la décence de leur laisser.
« Les médicomages disent que le coma aide la guérison, les informa Fred.
— Qu'est-ce que… qu'est-ce qu'il lui est arrivé, exactement ? » osa demander Lee Jordan, le meilleur ami des jumeaux.
Les autres adolescents levèrent des regards curieux sur Ginny qui s'apprêtait à répondre. La chaleur du feu avait séché les larmes sur ses joues, et sa tresse était en pagaille. Ses yeux noisette fixaient ses chaussettes.
« Ils l'ont torturé. Maman a dit qu'après, il était devenu... qu'il était incapable de parler. » Elle ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, hésitante. « Ils sont arrivés dans la maison et ont attaqué Papa tout de suite. Maman a essayé de le protéger, mais ils l'ont envoyée valser à l'autre bout de la pièce. C'est lui qui les intéressait.
— Parce qu'il travaille au ministère, devina George.
— Et, continua Ginny comme s'il elle n'avait pas été interrompue, ils l'ont soumis au Doloris. Très longtemps. »
Sa voix se brisa et elle se mordit la lèvre. Tous imaginaient la scène avec horreur. Harry frissona, se souvenant de l'insoutenable sensation de lave sous sa peau, bien pire qu'un os qui se casse, pire que cent Pousse-Os, si intense qu'elle lui avait fait oublier son nom. L'indifférence de Voldemort. Le sourire de Lucius.
Harry sentit Neville gigoter à côté de lui avant de partir discrètement.
Hermione prit Ron dans ses bras, et Harry osa poser sa main sur celles de ses deux amis dans un maigre réconfort.
Il savait très bien ce qui était arrivé aux Weasley. Il n'avait pas besoin de l'imaginer. Les Mangemorts étaient enragés, fanatiques.
Le cadran de la montre de Ron brilla à la lumière des flammes, et il s'excusa auprès de ses amis.
« Je dois aller à ma retenue avec Snape… à tout à l'heure… » murmura Harry. George lui offrit un faible sourire, et il fila hors de la Salle Commune, mais ses pensées le suivirent.
Comment Snape avait-il pu devenir un Mangemort ? Un monstre ?
L'homme n'était pas quelqu'un de gentil, il le savait. Il était froid, cynique, privilégiait les Serpentard, semblait éprouver beaucoup trop de plaisir à cracher ses sarcasmes, et ne donnait pas l'impression d'avoir la moindre envie de changer son comportement.
Harry comprenait que c'était nécessaire pour être crédible aux yeux de Voldemort, mais Snape n'avait eut aucune raison d'être comme ça avant le retour du mage, pensa t-il en faisant claquer ses chaussures contre la pierre. Il ne faisait pas semblant.
Etait-il si mauvais qu'il ait pu réellement suivre Voldemort ? Est-ce qu'il avait sû ce qu'être Mangemort impliquait ? Est-ce que la même haine que Yaxley avait brûlé dans ses yeux ? Pourquoi était-il devenu un espion ?
Une fois devant les quartiers du professeur, il renonça à poser toutes ces questions. Il risquait bien de finir en ingrédient s'il osait demander tout ça à la terreur des cachots…
A peine eut-il eu le temps de lever la main vers la porte que celle-ci s'entrouvrit avec un petit grincement.
« Entrez. »
Harry avança pas à pas dans l'entrée des quartiers du professeur jusque dans le salon, bien plus chaud que le couloir. Il se détendit un peu, mais restait inquiet : la Legilimencie allait être aussi douloureuse que la dernière fois ? Est-ce que Snape allait en profiter pour dénicher des souvenirs embarrassants ?
« Assis », ordonna son professeur en interrompant ses pensées. Il lui montrait le canapé.
Le jeune garçon obéit et pris place, les genoux sautillants tant il était anxieux. L'homme en noir posa son imposante stature sur le fauteuil d'un bleu vieilli, à gauche entre le canapé et la cheminée, et croisa ses jambes sous sa robe.
« Bien. Que savez-vous de l'Occlumencie ?
— Heu…
— Éloquant », tacla Snape. « L'Occlumencie est l'art de protéger son esprit de l'intrusion d'une autre personne. Il existe plusieurs méthodes. Aucune n'est meilleure qu'une autre dans l'absolu, le choix dépend de l'aisance de l'apprenti, et de ce que la situation impose. »
Le visage de Harry évoquait toute son incompréhension. Snape soupira et se pencha vers lui.
« En clair : soit vous videz votre esprit, soit vous créez des diversions et subterfuges, soit vous construisez un vulgaire bouclier. Mais je ne pense pas que vous soyez assez subtil pour les deux premières méthodes », dit Snape avec sarcasme.
Harry se contrôla et ignora la pique. Il n'était pas si incapable.
« Ne pensez pas à un chat », ordonna Snape.
Bien sûr, l'image d'un chat se forma dans son esprit.
« Mais… c'est impossible de ne pas penser ! le contredit Harry.
— C'est une question de discipline. Il s'agit de maîtriser un phénomène naturel... comment faites-vous pour vous endormir ? railla Snape.
— Bah… j'attends de tomber de sommeil, j'imagine. »
Snape fronça les sourcils. Cette réponse n'avait pas l'air de lui plaire.
« Ce n'est pas sain. Mais l'Occlumencie pourra vous aider à vous endormir normalement. »
Très bien, pensa Harry. Tant qu'à faire, il voulait bien prendre tous les avantages que cet apprentissage qui s'annonçait long et pénible pouvait offrir.
« Nous allons essayer la méthode des subterfuges, sait-on jamais. C'est la plus intéressante, car elle trompe votre attaquant tout en lui cachant votre connaissance de l'Occlumencie. Pensez à un souvenir en particulier, une image, et tenez vous-y. » Il nota le tressautement de ses jambes et son regard fut moins dur. « Je n'envahirai pas votre vie privée, et je ne chercherai pas de souvenirs humiliants, si c'est votre crainte. A chaque fois que j'attaquerai, restez sur ce souvenir. Restez-y agrippé. »
Harry hocha de la tête. Ça n'avait pas l'air bien compliqué. Une image… Le feu de cheminée de Snape, voilà qui ferait l'affaire. Il ferma les yeux et laissa ses poumons se remplir doucement, puis les rouvrit.
« Legilimens », prononça Snape, sans baguette à la main.
Il sentit à nouveau cette présence étrangère s'enfoncer dans son esprit, déchirant un peu son crâne et faisant siffler ses oreilles. Mais c'était bien plus doux que la dernière fois. Il s'imagina le petit feu de cheminé, crépitant. Mais Snape poussait. Il voulait voir autre chose. Harry le sentit fouiller du côté du déroulement de sa journée.
La cheminée. Le feu. Chaud et confortable…
Snape poussa encore, cherchant plus loin, grattant plus fort. Harry eut un bref éclair d'une vision de lui-même dans son lit, en train de pleurer. Il la repoussa.
La cheminée. Le son du bois qui craque, l'odeur des cendres.
Là, une griffe puissante sembla trancher son esprit, fouillant sans aucune pudeur autre chose, plus loin. Le cendrier froid d'Oncle Vernon, sur la table basse du salon propret et ordonné. L'expression dédaigneuse de Tante Pétunia. Les oeufs grillant dans la poêle, chaque matin. Harry réussit à éloigner ces souvenirs avec difficulté, les uns après les autres.
La cheminée, la cheminée !
Mais Snape était trop puissant. La griffe tordit ses pensées et sa mémoire, et il lui sembla voir les yeux glacés de son professeur devant lui.
L'image de la cheminée éclata. Snape avait gagné.
Harry se retrouva projeté à nouveau dans le monde physique, les fesses bien ancrées dans le canapé, ses bras parcourus de spasmes.
« Pour une première fois, vous n'avez pas de quoi rougir. Vous avez tenu cinq secondes.
— Vous déconnez ? Il s'est passé au moins plusieurs minutes !
— Non Potter, je ne plaisante pas. Le temps qui s'écoule durant une connexion mentale est en réalité très court. Et notre… bataille mentale était rapide. Vous sentirez mieux cela au fur et à mesure des exercices. »
L'homme arborait un petit sourire satisfait. Il semblait ravi de ne pas s'être fait expulsé de l'esprit de son élève, cette fois-ci. Sa moue se fit soudain plus pensive.
« Cette méthode ne vous convient pas. Ce n'est pas naturel pour vous. Connaissant votre nature… impulsive, je persiste à penser qu'une méthode plus frontale sera plus efficace. Le bouclier me semble être un choix plus approprié, finalement. »
Harry ne savait pas s'il devait se sentir insulté ou non.
« Vous avez l'air à l'aise avec le feu. Pourriez-vous imaginer une barrière avec cet élément ? » Harry hocha la tête. « Visualisez un cercle de feu protégeant vos souvenirs et vos pensées. Prêt ?
— Hm.
— Legilimens. »
Harry se retrouva au centre de lui-même, entouré par de larges flammes ondulantes. Lui, était assis en tailleur, au milieu d'elles. Snape avait raison, le feu était un élément qui le mettait à l'aise.
« Voyons comment vous vous en sortirez cette fois », susurra Snape, ayant une consistance matérielle dans son esprit, derrière le rideau de flammes. Il flottait dans le néant.
Ses yeux noirs se fixèrent au siens et il commença à pousser dans son cerveau à la recherche d'informations.
« Qu'avez-vous mangé ce matin ? »
Avec horreur, Harry ne pu s'empêcher de penser à son petit déjeuner et vis la scène se rejouer dans son esprit. Une pomme, de l'avoine, un verre d'eau. C'était comme pour le chat : impossible à contrôler.
« A quoi servent ses flammes au juste ? Utilisez les, bon sang », rouspéta Snape.
Mais elles étaient sensées le protéger des attaques de Snape, pas de ses propres pensées !
Comme pour appuyer un peu plus sur son incompétence, le Legilimens s'approcha de lui, son regard toujours vissé sur le sien, et effleura les flammes du bout des doigts. Aucune douleur ne déforma ses traits.
« Ce ne sont pas de vrais flammes. Les lois physiques ne s'appliquent pas ici. Nous flottons dans le vide de votre cerveau, ce feu ne brûle sur rien… Si vous ne leur demandez pas de brûler, elles ne brûleront pas. Il faut penser à tout. La seule limite est celle de votre esprit. Il faut vous persuader que ces flammes peuvent brûler. Qu'elles peuvent brûler un être sans corps. »
Oh. Ça semblait logique, en effet. Harry posa son regard sur le cercle enflammé. Il fallait qu'elles soient brûlantes... dangereuses. Destructrices, qu'elles fassent fondre la peau de quiconque les toucheraient. Si puissantes, qu'elles pourraient agir sur le plan psychique.
Il semblait à Harry qu'elles avaient l'air plus chaudes maintenant. Il releva ses yeux verts vers ceux de son professeur, attendant son verdict.
L'homme approcha une nouvelle fois sa main, et la passa dans les flammes.
Que ses doigts fondent.
Snape recula vivement et étouffa un grognement en se tenant la main.
« C'est mieux, Potter », grogna t-il.
Harry était si fier de son petit exploit qu'il manqua presque le rictus de son professeur.
« Mais j'ai une question, ajouta l'homme d'une voix traînante. Qu'est-ce que ça vous fait d'imaginer Weasley sur son lit d'hôpital ? »
La bouche de Harry s'ouvrit toute seule et son sourire disparu. Comment Snape osait-il parler de ça maintenant ?
Mais il ne comprit son erreur que trop tard. Il ne pensait plus aux flammes, il ne pensait plus au bouclier, il était sans protection. Le rictus carnassier de Snape s'agrandit et il fusa comme une flèche dans sa mémoire à nue.
Harry se retrouva à nouveau sur le canapé, le souffle court.
« Merde... souffla t-il.
— Encore. Trouvez autre chose. Ouvrez les yeux quand vous êtes prêt », le pressa son professeur.
Harry ferma les paupières, sentant un nouveau mal de crâne se pointer. Un autre bouclier. Il ne voulait pas être à la merci de Snape, il lui fallait une protection. Un endroit où il se sentait en sécurité, qu'il maîtrisait…
Il ouvrit les yeux.
« Legilimens. »
Snape se retrouva cette fois-ci dans une maison moldue. Harry avait choisi de l'emmener ici, en terrain inconnu pour l'homme, mais que lui connaissait comme sa poche. Terré dans son placard, il était enroulé autour de lui-même et Snape ne l'aurait pas.
« Charmant. C'est donc l'endroit où votre famille vous a choyé », susurra l'homme en faisant quelques pas dans le couloir de l'entrée, glissant ses doigts sur le guéridon où reposaient photographies familiales et babioles décoratives. Harry avait une conscience aiguë de ses déplacements. « Vos moldus ne sont pas là ? »
Harry résista à la tentation de penser à eux. Son placard. Le noir. Le noir qui protège toujours. Ne penser à rien. Arrêter de respirer.
Prétendre ne pas exister.
« Et votre chouette, Potter, où est-elle ? »
Il se concentra à nouveau, tentant de se boucher les oreilles avec ses mains, mais c'était peine perdue : Snape était dans sa tête.
« A quoi ressemble votre oncle ? A t-il l'habitude de s'asseoir sur ce fauteuil ? »
L'image du Moldu obèse apparu dans le siège, malgré lui. Snape plissa les yeux.
« Et votre tante ? »
Ce fut au tour du canapé de plier sous un nouveau poids. Tante Pétunia avait les lèvres pincées au milieu de son visage creux, son regard perdu dans l'écran de télévision.
« Ravissant tableau, nargua t-il. Et vous ? Où êtes vous ? »
Cette fois, Harry feinta : il visualisa le noir de la pièce, et Snape n'était pas plus avancé.
« Bien. Une dernière question. Quelle est l'adresse de cette maison ? »
4 Privet Drive, affichait le panneau qui venait de surgir dans les pensées de Harry, et donc dans celui de Snape.
« Merci monsieur Potter. Je sais désormais comment et où attaquer votre famille. »
La voix de Snape claqua, cassante. Et il avait raison. Si Voldemort avait été à sa place, Harry n'aurait pas pu les protéger.
Le retour à la réalité fut plus violent encore. Il s'écroula sur le tapis.
Harry se releva tant bien que mal, les dents serrées et les doigts s'enfonçant dans le tissage aux arabesques beiges et bleues.
« J'essaie, je vous jure que j'essaie, mais c'est vraiment dur, protesta t-il.
— Je n'ai jamais dit que cela ne le serait pas, répondit Snape avec un sourcil levé. Il vous faut un autre bouclier. Ne pensez pas à quelque chose qui pourrait vous cacher, ce n'est pas le but. Vous devez imaginer quelque chose qui vous permette de cacher vos souvenirs. De les protéger. Et à la fois, trouver une méthode pour résister aux attaques. Là, vous avez simplement dissimulé votre représentation de vous-même, vos souvenirs étaient partout autour de moi, je pouvais y piocher à volonté. Protégez-les. »
La fatigue et la sensation d'échec commençait à énerver Harry. Il ferma les yeux presque douloureusement, et créa une nouvelle fois un bouclier.
Cette fois, il va morfler.
« Legilimens. »
Harry choisi d'être nulle-part. Il n'avait pas de corps physique. Il était partout. Et il observait avec colère son professeur, perdu dans un labyrinthe. Le labyrinthe du Tournoi des trois sorciers.
Pour une fois, l'homme ne fit aucun commentaire. Ni compliment, ni critique. Il se contenta d'avancer à petits pas prudents, le bruit de ses chaussures étouffé par l'herbe rase.
Harry sentit une première poussée secouer son crâne. Il réagit vite, et les hauts buis s'étirèrent en lianes épineuses autour de Snape. L'homme hoqueta presque de surprise et suffoqua. L'attaque mentale cessa immédiatement.
Harry retint avec peine un petit ricanement : c'était au tour de Snape de se sentir perdu.
Le professeur reprit son souffle et regarda les lianes disparaître aussi vite qu'elles étaient venues. Harry le vit étudier son labyrinthe. Les murs de buissons étaient démesurément haut, recouverts d'épines aussi tranchantes que des poignards, et le ciel était inexistant. Seul existait le labyrinthe. Sombre, inquiétant, silencieux.
Froid.
« Ça ne vous ressemble pas, Potter. Il vous faut un bouclier à votre image pour pouvoir le tenir ! » jugea Snape dans le vide.
Pour qui se prenait Snape pour penser savoir ce qui lui ressemblait ? Harry sentit sa colère monter encore. Après tout ce qu'il avait vu, à quoi voulait-il que son esprit ressemble, une petite prairie bucolique ?
« Très bien, après tout », murmura Snape à lui-même.
Harry sentit une nouvelle attaque. Plus puissante encore. Furieux, il utilisa sa douleur comme énergie de riposte. Snape voulait le faire souffrir ? Il souffrirait tout autant. L'homme gémit et eut un sourire satisfait, mais il était bien plus endurant que lui. Ça ne fonctionnerait pas. Il changea de tactique.
« J'ai vu une attaque dans une maison. Je me souviens du rire de McNair par dessus les cris d'une enfant. Je me demande ce qu'il comptait faire du cadavre de sa mère... », cracha t-il, sa voix résonnant de toute part puisqu'il était partout à la fois, « Vous avez participé à ce genre de choses horribles combien de fois, Mangemort ? »
Snape ouvrit la bouche et ne put contrôler son expression incrédule.
Il devait le faire perdre. Il devait lui prouver qu'il n'était pas un idiot incapable. Et il était en colère, et sa tête était en feu.
« Vous vous en souvenez au moins ? Ouais, bien sûr. Et combien de cauchemars vous avez fait ? Combien de fois vous avez rendu votre repas en repensant à vos actes ? » Harry avait tellement mal à la tête, et il sentait sa colère pulser dans son crâne. « Ou peut-être même que vous avez apprécié ?
— Vous allez trop loin Potter… le prévint son professeur. Pourtant, Harry éprouvait une satisfaction particulière. L'occasion de se défouler, d'extérioriser, ne se présentait pas souvent. Ça faisait du bien.
— Alors..? Vous n'attaquez plus ? » le nargua t-il.
En guise de réponse, Snape serra les poings et se composa une expression grave. Harry se sentit soudain perdre le contrôle : Snape attaquait de nouveau, de manière plus agressive que jamais. Son esprit se contracta sur lui même, et le labyrinthe trembla. Les murs végétaux rapetissèrent, et Harry en eut le souffle coupé. Il tenta de résister plus fort, mais Snape était un maître, et lui n'était rien.
Harry se rendit compte d'à quel point il avait été stupide de le provoquer.
« Gardez le contrôle ! » lui intima l'homme.
Harry retourna sa douleur contre Snape, mais ça n'avait plus aucun effet.
Il eut une idée. Snape avait dit qu'il était difficile de gérer une émotion pendant une intrusion mentale. Était-ce vrai pour le Legilimens également ?
Il se concentra, tentant de mettre de côté l'attaque puissante de son professeur, et rassembla sa douleur immédiate, ainsi que son angoisse par rapport à Arthur, son horreur face à sa première vision, sa peine et sa solitude, sa culpabilité… Et diffusa toute cette énergie bouillonnante dans le labyrinthe.
L'esprit de Snape fut touché de plein fouet, et il gémit en reculant. Harry profita de ce moment de faiblesse pour pousser le plus fort possible Snape hors de son esprit, et… ça marcha.
Tous les deux étaient écroulés au sol, trempant de sueur, et se dévisageaient.
« C'était… à la fois stupide et ingénieux », articula Snape.
Harry s'effondra contre le bord du canapé et regardait Snape avec défi, tentant d'ignorer le frissonnement qui lui parcourait l'échine.
« Me donner accès à vos émotions aurait pu me permettre d'atteindre aisément les souvenirs qui y étaient liés. Mais je dois admettre que j'ai été surpris. Effectivement, vu votre… état émotionnel, vous auriez été bien incapable de vider votre esprit. La technique du bouclier est bien plus adaptée à votre situation. »
Ses longues robes noires collant à son torse, Snape ouvrit le col serré autour de son cou et se redressa, le regard noir.
Harry attendait la remontrance qu'il sentait venir.
« Pour votre gouverne, je n'ai jamais tué. Pas de ma main tout du moins... », avoua t-il d'une voix basse et dangereuse, « Et je n'ai jamais commis le crime dont vous m'accusez. Je n'ai jamais partagé leur sadisme. Ne vous avisez plus de m'insulter de la sorte. »
Son ton était si sec que c'était comme s'il l'avait giflé, et Harry eut la décence de baisser les yeux. Il entendit Snape se lever et se réinstaller sur son fauteuil, le souffle plus calme.
« Quelqu'un de votre âge ne devrait pas avoir à subir les petites séances de divertissement du Seigneur des Ténèbres. Mais votre esprit gryffondoresque est buté, vous devriez maîtriser convenablement cet art et réussir à vous protéger de Lui. »
Le compliment eut l'air de lui arracher la gorge.
« Je ne suis pas contre les techniques sournoises comme vous m'en avait fait la démonstration. C'est même une bonne idée. Mais si vous voulez faire mouche, frappez dans le mile, pas à côté, le corrigea t-il. Cependant, vous comprendrez que je me dois de vous mettre en difficulté. J'utiliserai ces méthodes également, donc je devrai utiliser vos faiblesses contre vous.
— D'habitude, vous ne prévenez pas », ne put s'empêcher de tacler Harry en pressant sa main sur son front brûlant.
Snape soupira et croisa les jambes, reprenant sa stature altière, en bien meilleur état que son élève.
« Il me semble que nous sommes en... trêve. Et mon rôle a toujours été de vous aider à survivre.
— Ça ne vous empêche pas de me détester, s'emporta Harry, que l'occasion de se défouler sur Snape avait rendu arrogant.
— Ne dîtes pas de sottises. Si je vous détestais vous seriez déjà mort. Et je me dois d'être aussi désagréable que possible en public pour ne pas compromettre ma couverture », répondit l'homme au tac-au-tac. Malgré son ton assuré, il se gardait de le regarder dans les yeux.
Oh, Harry vit rouge. Tant de mauvaise foi…
« Et c'est quoi votre excuse pour les quatre dernières années ? » cracha t-il.
L'homme serra les poings sur les accoudoirs de son fauteuil et ouvrit la bouche pour répondre, mais se ravisa. Il passa à la place une main dans ses longues mèches noires.
« Je n'ai pas de comptes à vous rendre. Je comprends que la situation des Weasley vous soit insupportable, mais ce n'est pas une raison pour vous servir de moi comme exutoire. »
Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Les adultes, toujours les mêmes : ils demandaient du respect, mais n'en donnaient aucun en retour... Néanmoins, il se retint. Un mot de plus aurait pu faire basculer la trêve dans les limbes.
Sa colère toujours présente, il se mordit la langue et ne dit plus rien.
« Notre leçon est terminée, conclu le professeur en se levant. Rentrez dans votre dortoir. Avez-vous votre baguette ?
— Oui, répondit Harry d'une voix sèche.
— Bien. Vous reviendrez demain, à la même heure. Ne soyez pas en retard. »
Harry sortit sans un mot de plus, manquant de bousculer une des larges étagères sur son passage.
Il ne vit pas la biche argentée qui le suivait de loin.
Quand il passa le portrait de la Grosse Dame, un bon quart d'heure plus tard, qui avait d'abord refusé de le laisser entrer sans qu'il ne sache pourquoi, Harry arriva dans une salle commune bien oppressante.
Ron était assis devant le feu, les yeux vides. Sur le canapé qui faisait face à l'âtre, Ginny était entourée de ses deux autres grands frères. Ils étaient seuls et n'échangeaient aucun mot.
Son cœur manqua un battement.
Personne ne l'avait entendu entrer, alors il s'avança à tâtons vers la cheminée imposante.
« Qu'est-ce qui se passe ? » osa t-il demander d'une voix tremblante.
La tête de Ron s'enfonça encore plus entre ses genoux, et c'est Fred qui prit la parole, ses yeux puisant de la force dans ceux de son jumeau.
« Papa... Papa est parti. »
Non.
Non, ce n'était pas possible.
Harry passa son regard affolé sur ses amis, et remarqua enfin ce qu'il n'avait pas voulu voir. Les larmes qui ruisselaient sur les joues de Ginny. La blancheur maladive de Ron et le son de ses dents qui grinçaient entre elles. L'accablement de Fred qui se lisait sur tout son corps. Les mains de George qui pressaient celles de son frère et de sa sœur, comme pour s'assurer qu'ils étaient bien là.
Ses jambes chancelèrent, et Harry se laissa tomber sur le canapé pourpre, en état de choc. Par automatisme, George pressa sa cuisse contre la sienne, l'incluant dans sa large étreinte et Harry ne pu s'empêcher de se demander combien de morts il était capable de supporter.
« Mais… mais ils avaient dit qu'il pouvait s'en sortir, que le coma l'aiderait à—
— Tais toi ! Il est mort, cette idée de coma était une connerie ! tempêta Ron en sortant de son mutisme.
— Je— »
Son ami vit du coin de l'œil l'accolade que George lui offrait et sa mâchoire se contracta encore. Avec force, Ron s'arracha du sol et se planta face à lui, le dominant de sa grande taille.
« 'Je' 'je 'je'... Mon père est mort, qu'est-ce que tu peux dire ? Que c'est triste ? Que t'es désolé ? Que maintenant, t'es là, après avoir passé les derniers jours dans ton coin ?!
— Ron, arrête ! » tenta de le calmer Ginny.
Harry se ratatina sur lui-même. Le visage de Ron était un champ de bataille où se débattaient la rancœur, l'angoisse, la tristesse... mais c'est la souffrance brute qui frappa Harry. Jamais son ami n'avait eu les traits si tirés. Il observa ces lèvres ravagées par ses propres dents, les articulations de ses poings, rougies par un probable coup dans un mur, et reconnu toute la détresse qui envahissait avec brutalité son meilleur ami et dont il ne savait que faire. Sa propre vue se brouilla de larmes et Harry leva une main apaisante vers Ron.
« Je comprends…
— Pardon ? T'as jamais connu tes parents. T'as aucun souvenir d'eux ! Tu ne peux pas comprendre ce que c'est de perdre quelqu'un que tu as connu, quelqu'un pour qui tu as des milliers de souvenirs, quelqu'un dont tu peux encore sentir l'odeur ! » cria Ron, et sa voix se cassa sur la fin de sa phrase.
La bouche de Harry s'ouvrit sous le choc du coup invisible. Il sentit une boule monter dans sa gorge et demander à sortir, alors il prit la fuite en poussant Ron loin de lui et se réfugia dans son dortoir, ignorant les appels des jumeaux et la fureur de Ginny contre son frère.
Harry n'avait rien fait, il n'y était pour rien. Pourquoi cette colère ?
...Rien fait ? Vraiment rien ? lui susurra une voix. Qu'en était-il de sa vision ? Et s'il en était sorti plus vite ? Et s'il avait réussit à empêcher Voldemort de lancer l'ordre d'attaquer ?
Et s'il était un peu coupable, dans le fond ?
Non, non, non, se défendit Harry. Il n'y était pour rien ! Il ne contrôlait pas ses visions !
Mais s'il en avait parlé plus tôt à quelqu'un, s'il avait commencé les leçons plus tôt…
Incapable de faire face à ces pensées, il s'effondra sur son lit, ferma les rideaux pour se cacher de ses camarades endormis, et se balança d'avant en arrière, ignorant les larmes qui transformèrent sa vue en un amas de couleurs informes.
Arthur était mort.
La guerre était là. C'était pour de vrai. C'était quelqu'un qui lui était cher. C'était pour de vrai.
Sa respiration se fit sifflante, et il se sentit paniquer, manquant d'air. Il étouffait. Comme la dernière fois. Il était tellement pris dans ses pensées d'horreur qu'il n'entendit pas Fred et George monter à sa rencontre et écarter les pans du baldaquin. Il perçu à peine la magie qui les entoura d'une bulle insonorisée.
« Eh, n'écoute pas Ron, il est simplement… Depuis l'attaque il a refusé d'imaginer que Papa pouvait mourir. Alors que les médicomages nous ont prévenu que c'était ce qui allait arriver, il était beaucoup trop gravement blessé », déclara Fred avec douleur. Puis il sembla se rendre compte dans la pénombre que Harry n'allait vraiment pas bien. « Merde, George ! »
Les deux jeunes hommes se jetèrent sur le lit auprès de Harry, qui les suppliait du regard en tirant sur sa cravate sans parvenir à la défaire. Aidez-moi !
« Anapneo ! » lança un des deux rouquins.
Harry sentit sa gorge se gonfler d'air brusquement, stoppant son hyperventilation. Il s'accrocha au pyjama de George, et prit des inspirations grandes et profondes.
« Là, Harry, là… murmura George en se calant derrière lui, lui offrant son torse comme support. Harry s'y adossa avec reconnaissance.
— Il doit être autant choqué que nous. On aurait dû le lui annoncer avec plus de tact », réalisa Fred. George acquiesça.
Les trois garçons restèrent un moment ainsi, sur le petit lit de Harry. Seule la lumière de la lune éclairait le dortoir, et les lourds rideaux éclipsaient presque toute la faible lumière. Dans l'ombre, les jumeaux se laissèrent aller à leur propre peine et pleuraient en silence. Fred serrait le poignet de son frère avec force, son visage enfouit dans sa nuque. A ses côtés, George passa une main dans ses cheveux et l'autre s'enserra autour de la taille de Harry, le tenant fermement contre lui alors que sa respiration s'apaisait enfin.
Le silence s'étira, coupé uniquement par les petits sursauts du souffle du plus jeune, les reniflements de Fred, et les murmures rassurant de son jumeau. Les mots perdaient de leur sens à force d'être répétés, mais ils étaient comme une mélodie rassurante à leurs oreilles.
Quand Harry parvient à se reprendre, il s'éloigna et se retrancha à l'écart sur la couverture.
« Pardon… C'est pas… Je ne devrais pas réagir comme ça… s'excusa t-il en s'essuyant les yeux.
— Qu'est-ce que tu racontes ? demanda Fred en avançant une main prudente vers lui, comme pour l'empêcher de s'isoler.
— C'est votre père ! »
Les jumeaux se lancèrent un regard indéchiffrable, et Harry se souvint de ce que Snape lui avait dit sur la Legilimencie naturelle entre jumeaux.
« Hé, tu passes presque tous les étés avec nous au Terrier, encore un peu et tu vas te retrouver avec ta propre aiguille sur l'horloge... tu fais partie de la famille Harry, c'est normal que tu sois... regarde, Hermione pleure presque autant que Ginny ! » plaisanta faiblement Fred.
Harry leva des yeux brillant vers eux.
« Ron est un crétin. Il se rend pas compte de ce qu'il dit… Tu sais, Papa nous avait déjà mis dans la confidence. Il savait que son comportement au ministère lui risquait une attaque de Tu-Sais-Qui.
— Hm, confirma Fred, lui et Maman nous ont parlé des années de Terreur… Ils n'ont pas voulu inquiéter Ron et Ginny, ils disaient qu'ils étaient trop jeunes. Mais avec Bill et Charlie on était au courant que… que notre famille était à nouveau une cible, dit-il en haussant les épaules d'impuissance.
— Bon, Percy est toujours aussi idiot et il s'est fâché contre Papa à cause de ce que dit le ministre, mais… » Il secoua la tête comme pour remettre de l'ordre dans ses idées. « Écoute Harry… »
Les deux pairs d'yeux marrons se rencontrèrent, incertains. Harry était presque sous la couette à présent, et se sentait comme un enfant qui s'apprêtait à entendre une grande révélation de ses parents. Enfin, il supposait que ça devait ressembler à ça.
« Il ne faut pas rentrer dans le jeu de Tu-Sais-Qui. On est tous en danger. Maman, Bill, Charlie, peut-être nous, bientôt. Mais il ne faut pas abandonner, on se bat tous pour qu'il ne reprenne pas le pouvoir, et Papa n'aurait pas voulu qu'on ai peur. Il va falloir être fort, surtout toi.
— Fred, mollo…
— C'est Harry ! Tu crois que le l'autre dangereux va attendre qu'il soit prêt ? Ça fait des années qu'il essaie de lui mettre le grappin dessus, il faut se préparer à se battre, il faut le protéger. La guerre va pas tarder à éclater, tout le monde le sait, sauf les débiles de la Gazette. »
Harry savait bien tout ça, mais il voulait se rouler dans la couette et pleurer, c'est tout. Les deux rouquins lui envoyaient à la figure toutes ses inquiétudes et ses peurs. Il n'était pas prêt. Il voulait faire son deuil, et que plus personne ne meurt.
« Fred, il a quinze ans...
— Et nous seize. Et alors ? »
Si Harry avait eu connaissance des seconds prénoms de Fred et George, peut-être aurait-il comprit la lueur de vengeance qui réchauffaient leurs regards. Mais il se sentait simplement dépassé par ce qu'il se passait et presque honteux de ne pas être aussi combatifs qu'eux. George poussa Fred à le laisser tranquille, et lui tapota une dernière fois l'épaule avec une poigne contenante. Ils partirent en le rassurant sur le fait que Ron s'excuserait le lendemain.
Harry attendit qu'ils montent au sixième étage de la tour, et se dégagea de sa couverture. Dans l'obscurité, il tâtonna de sa main le bout de son lit jusqu'à trouver sa malle. Avec un petit grincement discret, il l'ouvrit et y glissa son bras pour en retirer un pull. Son dernier pull de Noël.
Il se cacha ensuite sous la couette en tirant à nouveau ses rideaux, et serra compulsivement le tissu avec un ''H'' brodé au fil doré.
Ils seraient bientôt en guerre, mais pas cette nuit.
Il était la cible de Voldemort, mais pas cette nuit.
Il devrait se battre… mais pas cette nuit.
Cette nuit, il était un enfant de nouveau orphelin, avec son doudou dans les bras. Rien d'autre.
Il serait fort demain.
Ça sera tout pour aujourd'hui ! N'hésitez pas à partager vos réflexions avec une review, ça motive :)
J'ai interprété ce dialogue de HP7 comme la preuve que Snape n'avait jamais tué :
"That boy's soul is not yet so damaged," said Dumbledore. "I would not have it ripped apart on my account." "And my soul, Dumbledore? Mine?" "You alone know whether it will harm your soul to help an old man avoid pain and humiliation," said Dumbledore. "I ask this one great favor of you, Severus, because death is coming for me as surely as the Chudley Cannons will finish bottom of this year's league."
Dumbledore demande à Snape de le tuer afin d'éviter à Draco d'abîmer son âme, et parce que Dumbledore est déjà condamné par la malédiction de la bague des Gaunt. L'indignation de Snape semble sous-entendre qu'il n'a jamais tué. Mais, un peu plus loin, on peut avoir un doute.
Dumbledore opened his eyes. Snape looked horrified. "You have kept him alive so that he can die at the right moment?" "Don't be shocked, Severus. How many men and women have you watched die?" "Lately, only those whom I could not save," said Snape. He stood up. "You have used me."
J'ai donc pris le parti que Snape a sûrement contribué à des morts par les potions qu'il doit sûrement fournir à Voldemort, qu'il a assisté à des meurtres, mais je ne crois qu'il ai tué de sa main, d'un Avada, sinon je ne pense pas qu'il aurait eu ces mots sur son âme. Qu'en pensez vous ? :)
A la prochaine !
