Bonjour tout le monde et bienvenue, BIEEEENVENUE sur la fanfiction de... oups pardon je me suis prise pour Bob Lennon 8)
Je suis en plein Nano, mais j'ai pris le temps de corriger cet interminable chapitre :D Merci beaucoup à Thaïs pour ses corrections et précieux conseils (Celebrimbor te bénit pour ta patience) !
Bienvenue donc, et bonne lecture !
CHAPITRE 6
"C'est un digne homme, mais sa mémoire ressemble à un débarras : ce dont on a besoin est toujours enfoui." - J.R.R Tolkien
Assis sur un imposant roc encastré dans la terre, Harry laissait ses pensées dériver, bercées par la vision tranquille du lac. L'air était froid, mais sec. Une petite brise secouait ses cheveux emmêlés, et des milliers de feuilles dorées jonchaient le sol, se mêlant à la gadoue.
Il avait décidé de ne pas manger ce midi. Cette mauvaise habitude commençait à s'installer, mais il aimait beaucoup se reposer dans le parc, loin des bruits et des regards appuyés... ça valait bien la douleur d'un estomac vide.
Des pas se firent entendre derrière lui. Dans ce silence, il n'aurait pas pu les ignorer et il reconnu facilement la magie de leur propriétaire. Harry ne fut donc pas surpris lorsqu'il entendit Ron se racler la gorge dans son dos.
« Salut… dit sobrement le rouquin avec une gêne perceptible. Comment tu vas ? »
Celui ci se tenait en appui sur une jambe, embarrassé et clairement incertain de la conduite à tenir.
Quelques jours avaient passé depuis l'annonce du décès d'Arthur Weasley, qui avait plongé l'école dans une ambiance chaotique où partisans et détracteurs de la thèse du retour de Voldemort s'écharpaient. Le clan Weasley avait été plus soudé que jamais et avait reçu de nombreuses preuves de soutien de la part de la communauté magique. Bill était venu à Poudlard à plusieurs reprises, transplant de Gringotts jusqu'à Pré-au-lard pour apaiser sa fratrie, au grand bonheur des jumeaux qui avaient pu se reposer un peu sur le briseur de maléfices. Charlie, lui, écrivait tous les jours des lettres, à tel point qu'il devait utiliser plusieurs hiboux pour tenir les incessants allers et retours de Roumanie. Depuis peu rentrée au Terrier, Molly était soutenue par Percy qui — d'après Ginny — y passait tous les soirs. C'est ainsi que naturellement, le système de la famille s'ajustait peu à peu à la perte du père de famille.
Hermione avait été une perle, offrant à tour de bras du réconfort, une accolade, des fiches de révision, et des remontrances entourées de bienveillance, notamment à Ron. Celui-ci semblait avoir conscience d'avoir fait du mal à son ami, mais sans vraiment savoir comment réparer son erreur.
Le vent se leva et fit brasser quelques vagues. Dans le décor, seuls les deux adolescents étaient immobiles et muets.
C'est Harry qui brisa le silence.
« Et toi ? » éluda t-il.
Le rouquin détourna le regard et lissa les pans de sa robe pour se donner contenance, faisant briller son insigne de préfet par mégarde.
« Écoute Harry je… je suis désolé de t'avoir crié dessus.
— C'était injuste… et c'était pas la première fois », fit remarquer Harry avec peine.
Tous deux avaient en tête les épisodes affligeants du Tournoi des trois sorciers, lorsque la jalousie de Ron l'avait consumé jusqu'à le pousser à rejeter son meilleur ami. Harry en avait énormément souffert. Ça serait mentir de prétendre qu'il n'en gardait aucune rancœur.
Combien de fois Ron allait-il avoir ce genre de comportement ? Allait-il se rendre compte un jour que sa situation de Survivant n'était en rien enviable ? Que lui, donnerait tout ce qu'il avait pour vivre à la place de Ron ?
« Je sais, admit celui-ci. Je suis désolé. J'suis con parfois, tu le sais bien », dit-il en haussant les épaules.
Harry leva un sourcil au ''Parfois'', puis soupira et se remit à fixer le lac.
En cette fin d'automne, tout était gris autour d'eux et le vent sifflait entre les branches déjà presque nues. Beaucoup de gens auraient trouvé ce paysage maussade et froid, mais Harry y trouvait un reflet de lui-même. Il ne pleuvait plus, aucun orage ne déchirait le ciel, le temps était calme. C'était comme le soulagement qui l'envahissait après chaque crise de larmes : il était épuisé, ses joues étaient humides, mais il avait assez pleuré.
Il se sentait mieux, prêt à affronter le monde.
Les jumeaux avaient raison, ils seraient bientôt en guerre, s'ils ne l'étaient pas déjà. Et il avait un but : maîtriser l'Occlumencie afin de protéger les siens.
« Tu... tu ne m'en veux pas ? » demanda presque timidement Ron en se balançant sur ses pieds.
Harry ne put qu'admirer la candeur de cette phrase. Mais il comprit. Ron souffrait, Ron avait perdu son père, et il n'avait pas besoin, en plus, de perdre un ami.
« Évidemment que non, idiot, dit-il avec un faible sourire. Mais il faudrait qu'on mette des choses à plat tu ne crois pas ? »
Harry fixa longuement Ron, puis se retourna vers l'étendue d'eau glaciale. Son ami s'avança jusqu'à être à ses côtés, ses chaussures s'enfonçant dans la boue.
« Toi tu as... commença Harry, cherchant ses mots. Tu as le deuil. Et moi, j'ai l'absence. Tu vois ? Je ne saurais jamais ce que c'est d'avoir une famille, des parents. Quelqu'un qui me lit une histoire, qui me met un pansement, qui est fier de moi. J'ai toujours été seul. Je n'ai jamais eu tout ça. »
Ron ne dit rien, mais Harry sentit qu'il s'était tendu, et retenait peut-être des larmes. Il passa une main nerveuse sur ces propres yeux humides avant de continuer.
« Et toi, tu dois être hanté par les souvenirs, je suppose. Tu ressens du manque, tu n'es pas habitué à être seul, c'est brutal. Je crois… je crois que nos deux situations sont injustes et tristes. Et je crois qu'aucune n'est plus enviable qu'une autre. Je ne peux pas savoir ce que tu ressens, et tu ne peux pas être à ma place non plus. Mais ton père est le premier adulte — avec ta mère — qui m'a accepté chez lui, comme un membre de sa famille. » Les images de la maisonnée si chaleureuse dansèrent dans son esprit et Harry sentit un fin sourire étirer ses lèvres. « Tu ne peux pas savoir comme ça m'a rendu heureux ! Mes premiers cadeaux de Noël, les pulls de ta mère, les vacances à lézarder dans le jardin, les anniversaires… tout ça, ce sont des premières fois que j'ai vécu avec tes parents. Et parfois… parfois j'ai pu me laisser croire que j'étais juste un gamin de plus au Terrier. »
Ron le regardait maintenant avec une expression bouleversée, comme s'il ne s'était jamais douté de tout ce qui traversait l'esprit de Harry en ce moment. C'était sûrement le cas.
« Alors oui, j'ai dépassé les bornes, je n'aurais jamais dû me laisser croire ça. Mais n'empêche, moi aussi j'ai mal. J'ai perdu une des premières personnes qui m'a accepté chez elle alors que j'étais rejeté dans ma propre famille... Je sais que c'est pas pareil, je sais que je ne peux pas vraiment comprendre ce que tu ressens, mais... » Hésitant, il se tourna vers l'adolescent qui le dépassait de nombreux centimètres.
Exprimer ses sentiments de façon si ouverte lui demandait un effort immense, et il regrettait presque d'avoir parlé autant, tant il craignait la réaction de son ami.
Ron avait visiblement la gorge serrée et ne devait pas avoir confiance en sa voix, alors il prit Harry dans ses bras avec une infinie tendresse. Comme Molly, pensa t-il.
Abandonnant ses doutes, il se laissa porter par les vagues de soulagement que lui prodiguait l'accolade du rouquin, et ses paupières se fermèrent doucement sous le coup de la gratitude.
Il n'était pas si seul que ça.
« T'es comme un frère pour moi, imbécile ! » railla Ron, un sourire larmoyant dans la voix.
Harry savait qu'il était sincère, et l'embrassade allégeait sa poitrine. Il aurait aimé être présent à l'enterrement, mais seule la famille — la vraie — avait eu le droit de quitter l'école. Alors il avait effectué un petit rituel avec Hermione, rien que tous les deux, juste à côté du même rocher où il était assis. Son coeur se serra en repensant aux au revoir qu'ils avaient prononcé à voix basse, sous le coucher de soleil de la veille. Harry resserra ses bras autour du dos de Ron, pensant à la distance qu'il devait pourtant mettre entre eux. Tant qu'il ne maîtriserait pas son esprit, il ne pourrait se permettre d'être trop proche de ses amis et par là même, de leur faire courir un risque. De toute façon, leur amitié d'enfants n'était plus tout à fait la même, et le trio changeait de forme — Harry avait enfin ouvert les yeux sur les mains tendues, les caresses et les sourires.
Les temps se faisaient de plus en plus sombres, et Harry était heureux que Ron et Hermione puissent compter l'un sur l'autre. Lui qui s'étaient déjà senti différent suite aux événements tragiques du cimetière, savait que le fossé ne pouvait que se creuser plus encore. L'avenir était aussi sombre que le ciel de novembre, mais pour l'heure, il profita de l'accolade et respira l'odeur apaisante de Ron, humant son parfum de cannelle et de pain d'épice.
« Tu sais, j'ai vu que tu dormais avec », chuchota le Weasley sur le ton de la confidence.
De quoi parlait-il ? Ah, le pull...
« Moi aussi je dors avec, rajouta t-il douloureusement. Moi aussi. »
Ils échangèrent un regard complice, malgré la tristesse. Après tout, ces pulls étaient la marque de fabrique de la famille Weasley, Harry était fier d'en posséder. C'était ses cadeaux le plus précieux, avec la cape d'invisibilité de son père et le balais de Sirius.
« Allez, on a Potions, soupira Ron en se détachant doucement de lui. Courage, fuyons ! » plaisanta t-il faiblement en se mouchant dans sa manche.
Ils s'étaient mis rapidement en route et avaient gravit les marches humides de l'entrée du château avant de se faufiler dans le dédale des donjons visqueux. Si l'air frais était assainissant et agréable en extérieur, la sensation d'humidité glacée des sous-sols l'était beaucoup moins.
Le cours venait tout juste de commencer. Harry se hâta de s'asseoir entre Hermione et Neville tout en essayant d'ignorer le regard mauvais de la terreur des cachots.
« Granger, attachez vos cheveux. »
La jeune femme obéit sans commentaire, regroupant ses épais cheveux bouclés en un chignon lâche. L'art des potions demandait de suivre certaines consignes de sécurité, mais Harry remarqua que l'homme ne fit pas la même remarque à Pansy Parkinson, qui gloussait un peu plus loin, assise sous une gargouille défigurée par les siècles.
Était-ce parce qu'il ne faisait jamais le moindre reproche à ses serpents, ou parce qu'il rêvait secrètement que l'insupportable sorcière se blesse, Harry eu un doute. Son sourire moqueur ne passa pas inaperçu puisque Snape le fusilla du regard.
C'était vraiment convainquant.
« Aujourd'hui, susurra le professeur en détachant ses yeux des siens, le cours portera sur la potion d'Aiguise-Méninge. Comme son nom l'indique, cette mixture permet à celui ou celle qui la boit d'augmenter ses capacités cognitives. Nul doute que la majorité d'entre vous y trouvera une utilité… Évidemment, il est interdit de la consommer avant un examen », rajouta t-il après avoir entendu quelques exclamations enthousiastes. « N'essayez pas de violer cette règle », les menaça t-il, sa voix forte résonnant contre les pierres humides de la salle.
Le sorcier drapé de ses interminables robes noires était suffisamment impressionnant pour qu'aucun élève ne s'y risque.
« Suivez les consignes inscrites au tableau. En temps normal, je devrais vous demander de vous mettre par deux, cette potion demandant beaucoup de concentration, poursuivit-il de sa voix traînante. Néanmoins, dans la vie réelle vous n'aurez pas toujours un acolyte à vos côtés pour vous assister dans votre tâche. Vous vous débrouillerez donc seuls. »
Harry soupira et replaça ses correctement lunettes sur son nez. Le cours promettait d'être long.
« Un problème monsieur Potter ? Désiriez vous un sbire pour faire le travail à votre place ? lança Snape avec un haussement de sourcil moqueur.
— Non monsieur », répondit-il d'une voix qu'il tâcha de garder neutre.
Le regard de Snape s'attarda encore quelques instants sur lui. Harry fronça les sourcils en soutenant son regard. Harry cru déceler un petit rictus qui ressemblait à un sourire sur le visage de son professeur, mais celui-ci se détourna bien vite de lui pour allumer plusieurs torches d'un geste théâtral.
Quelques ricanements lui parvinrent de sa gauche. La petite clique de Draco se moquait ouvertement de lui, mais le blond l'encourageait discrètement du regard.
Bien. La potion.
Déterminé à prouver qu'il était capable de faire des mixtures de qualité, il s'appliqua et pu même donner un petit coup de main à Neville, qui était anxieux à cause de la présence oppressante du Maître des Potions.
« Merci Harry. »
Le survivant lui sourit en retour. Neville n'était pas son ami le plus proche, mais il avait toujours éprouvé beaucoup de sympathie pour lui. C'était un garçon humble et bienveillant, ce qui était une vraie bouffée d'air frais à Poudlard — ou plus largement dans le monde sorcier. Il se surprit à espérer que l'épouvantard de Neville était toujours la terreur des cachots : qu'il garde des peurs candides...
A la fin de la matinée, il remplit sa fiole d'un échantillon de son travail, et la posa sur le bureau de Snape avec une expression de défi. Sa potion était aussi réussie que celle d'Hermione. Son professeur ne dit rien, mais Harry savait qu'il approuvait sa hausse de niveau. De plus, ça donnait une excellente crédibilité à leurs supposés cours de rattrapage. L'adolescent sourit et quitta la classe.
Harry se laissa ensuite porter par la journée qui se déroula de manière... correcte. La mort du père des Weasley planait sur l'école et l'humeur était morose, mais les élèves trouvaient toujours des moyens de se changer les idées… Il traîna les pattes jusqu'à la salle de Défense, des friandises plein la bouche qu'ils s'étaient partagés entre adolescents. Mais le goût sucré qu'il avait sur la langue devint amère quand une voix perfide et nasale susurra au dessus de lui :
« Oh oh oh. N'est-ce pas petit pote Potter ? Comment vous allez ? Tu sais, toi... et les voix qui parlent dans ta tête ? »
Peeves.
Oh si la magie pouvait faire effet sur cette plaie de l'école, il ne se gênerait pas pour le faire taire. Plusieurs élèves se moquèrent de lui, approuvant les paroles de l'esprit frappeur. Il préféra ne pas lui accorder un seul regard, sachant pertinemment que répondre à cette créature ne ferait que l'encourager dans sa malveillance. Il avait des années d'expérience en la matière. Serrant les poings autour des bonbons qu'il tenait dans ses poches, il garda les yeux résolument fixés droits devant lui, soutenu par Hermione, et continua d'avancer dans le couloir étroit. Mais la créature sournoise le suivit et s'amusa à lui renverser un pot d'encre sur la tête.
Harry s'arrêta quelques secondes et mordit ses les lèvres, bouillonnant de colère en sentant le liquide froid glisser entre ses cheveux et tâcher le col de sa chemise qui dépassait de sa robe.
Ne dit rien, ça lui ferait plaisir.
D'autres élèves atteints par quelques gouttes d'encre protestèrent et Peeves leur tira la langue. En soupirant, Hermione leva sa baguette et leur créa une bulle protectrice, et ils se dépêchèrent d'entrer dans leur salle de classe.
« Bonjour à vous ! Je vois que notre sujet d'étude a encore une fois fait des siennes », les accueillit Remus avec un sourire. « Recurvite. Allez, allez, asseyez-vous. »
Harry capta bien le regard appuyé de son professeur sur lui, mais il ignora la pair d'yeux mordorés qu'il se bornait à éviter depuis sa conversation avec Sirius.
Les pas des élèves firent craquer les lattes abîmés du parquet, expulsant de la poussière dans les airs, ce qui provoqua quelques éternuements. Harry renifla et s'assit au premier rang, tâchant de rester éloigné des bocaux placés sur les bibliothèques qui recouvraient les murs de pierre, et qui étaient remplis de choses qui le faisait toujours frissonner.
Dans le cours de Remus, il était toujours aux côtés de Hermione, puisque c'était avec elle qu'il s'entraînait la plupart du temps. Elle et Draco formaient avec Harry les meilleurs de la classe, il ne pouvait donc pas se faire tout petit ici.
« Aujourd'hui, nous allons voir concrètement les actions d'un esprit frappeur dans un cadre qui ne vous est pas familier. Vous êtes habitué à Peeves, mais tout le monde le connaît, et il est bridé dans ses actions par certaines règles de l'école qu'il est obligé de suivre. Mais un esprit frappeur domestique, c'est bien différent… »
Assis derrière son bureau, Remus tapota de sa baguette un large récipient dont s'échappait une lumière cristalline et des volutes souples. Harry reconnu l'objet comme étant une pensine, même si elle était d'apparence bien plus modeste que celle qu'il avait vu dans le bureau de Dumbledore après le Tournoi.
Hermione se contorsionna sur le banc à côté de lui pour tenter de mieux la voir, clairement intriguée. Le professeur murmura une formule et les volutes se déplièrent au dessus du large bureau, formant un écran de fumée arrondi.
« Ici, vous allez voir les souvenirs d'un Moldu anglais. Notez bien les détails qui vous paraîtrons important et les questions qui vous viennent à l'esprit », annonça Remus en se décalant vers le côté de la salle.
Dans la surface fumeuse, des images se mirent à se former. Un homme asiatique d'une trentaine d'année était dans une chambre, remplissant des papiers administratifs. Soudain, des bruits de vaisselle et d'eau se firent entendre, et l'individu sursauta. L'homme tourna la tête vers la cuisine, qu'il ne pouvait pas voir de l'endroit où il était, avec un air de pure terreur sur le visage : il n'y avait personne d'autre que lui dans l'appartement.
La pensine leur transmettant également les pensées et les émotions du possesseur du souvenir, les élèves surent que ce n'était pas la première fois que cette scène se passait chez l'homme. Il était tétanisé, et n'osait pas sortir. Il ne voulait pas aller dans la cuisine. Il ne voulait pas aller dans cette pièce parce qu'il savait ce qu'il y trouverait : absolument rien. Rien à part des assiettes qui se lavent et se cassaient toutes seules, et une sensation de froid affreux.
Les volutes qui formaient l'écran bougèrent encore une fois, pour montrer une seconde scène. Cette fois-ci, l'homme rentrait chez lui, les bras chargés de courses. Une fois passé l'embrasure de sa porte d'entrée, il se figea et un gémissement de peur resta coincé dans sa gorge.
La serpillière posée dans l'entrée était suspendue dans le vide.
L'homme lâcha ses courses dans le couloir de l'immeuble, et sortit à reculons sans quitter la serpillière des yeux. Il ferma à clef et se précipita dans la rue, de la sueur dégoulinant de son front.
Remus mis fin à la visualisation des souvenirs par un mouvement sec de sa baguette. Les élèves sortirent de leur torpeur et les volutes de souvenirs retournèrent doucement se poser dans la pensine.
« Alors. Quelqu'un veut commencer ?
— Oui, dit Dean en levant la main. Si c'est un esprit frappeur, pourquoi il n'est pas visible ?
— Bonne question. Parce que vous avez vu la scène comme l'a vécue ce pauvre bougre. Et c'est un Moldu : il ne peut pas voir les phénomènes magiques.
— Mais, l'interrompit Parvati en fronçant les sourcils, il y a des Moldus qui voient des choses pourtant ! »
Remus eu un petit sourire et s'assit sur son bureau, ses jambes croisées révélant le violet criard de ses chaussettes.
« En effet, ce sont majoritairement des Moldus qui ont des ancêtres sorciers, ou à l'inverse des Moldus qui sont de nouveaux porteurs du gène. Mais ce n'est pas le sujet de ce cours, miss Patil, vous verrez ça en Etude des Moldus. »
La jeune fille baissa son bras, et Hermione pris la relève.
« Mais vous nous avez dit qu'un esprit frappeur se forme de magie. Alors pourquoi y aurait-il des esprits frappeurs dans des lieux moldus ? »
C'était apparemment une question que leur professeur attendait, puisqu'il lui accorda cinq points avant de répondre.
« Il peut y avoir plusieurs raisons à cela. D'abord, un sorcier ou une sorcière peut avoir vécu en ces lieux avant des Moldus. Deuxièmement, l'appartement peut être construit sur un ancien lieu sorcier ou païen. Troisièmement, la magie peut prendre différentes formes. La divination, la prière, la méditation, la transe… tout ces phénomènes sont des phénomènes magiques qui peuvent êtres pratiqués par des Moldus. La magie ne viendra pas de leur corps et les effets seront moindre que chez des sorciers, mais la magie présente dans les environs, un objet, ou un animal, ira jusqu'à eux pour les accompagner dans leurs tâches. Ainsi, un esprit frappeur peut se créer de ces résidus magiques là. »
Harry nota ces informations sur son cahier, et il vit du coin de l'oeil quelques Sang-Pur avec un air railleur.
« Les Moldus sont régulièrement victimes d'esprits frappeurs, poursuivit Remus. C'est ce qui alimente leurs peurs et leurs œuvres d'épouvante. Le rôle des différents gouvernements sorciers est de s'assurer d'aider les victimes. C'est le même service que celui des Oubliateurs qui s'en charge. La plupart du temps, les attaques d'esprits sont mineurs alors les sorciers se font simplement passer pour des médiums et font fuir l'esprit frappeur discrètement. Il arrive aussi que les moldus arrivent à faire fuir l'esprit par eux-même, à l'aide de prières et d'incantations.
— Mais on ne leur jette pas d'oubliette dans ce cas ? s'épouvanta une Serpentard, derrière Harry.
— Non. Les esprits frappeurs ne remettent pas en cause le Code du Secret. Tout comme les fantômes. Parce que les Moldus y sont habitués et ne les associent pas à l'idée d'un autre monde : pour eux, ils font parti du leur. »
Harry n'avait pourtant jamais vu de fantôme ou d'esprits avant d'arriver à Poudlard. Les seules choses étranges qu'il avait vu étaient des phénomènes qu'il avait lui même créé sans le vouloir et que les Dursley lui avait fait payer cher. Perdu dans ses souvenirs, il se laissa absorber par la contemplation des détails de la salle de classe, comme par exemple ce bocal contenant un insecte d'un magnifique bleu roi avec des ailes implantées sur la tête, l'un des seuls qui ne contenait pas de créature répugnante. Draco dû s'apercevoir de son ennui, puisqu'un mot voleta sous les bancs jusqu'à se poser sur ses cuisses. Il l'attrapa avec un sourire, et lu le petit message de son petit-ami. Il disait qu'il lui manquait, et qu'il espérait qu'il allait bien, compte tenu des événements récents.
L'écriture élégante lui mit du baume au cœur.
« Professeur ? On peut changer un esprit frappeur d'endroit ? Ou alors on doit le… faire disparaître ? » interrogea à nouveau Hermione.
— Les esprits frappeurs ne sont pas forcément des esprits du lieu. Donc il est parfois possible de les déloger. Ça requiert un sort de bannissement. Mais parfois, ils sont attachés au lieu et il existe alors plusieurs solutions : soit l'esprit frappeur n'en était pas un, mais était juste un esprit du lieu mécontent, auquel cas il suffit de lui prêter attention et de lui demander ce qu'il souhaite. Soit on dématérialise l'esprit : c'est à dire que l'on fait le processus inverse de sa création, on fractionne la magie qui le compose, et on la disperse, ou l'utilise pour quelque chose. Quand l'esprit est trop puissant, comme Peeves, il ne reste plus qu'à trouver des accords avec lui… »
— Et si l'on rase la maison ? insista Hermione.
— Si c'est un esprit du lieu, il pourra en mourir. Mais un esprit du lieu n'est pas belliqueux, ça serait cruel. Si c'est un esprit frappeur, il survivra dans les ruines du bâtiment. Ce n'est donc pas une solution efficace, et elle est très coûteuse. »
La sorcière acquiesça et reprit ses notes rapides.
Pendant ce temps, Harry griffonna sur un bout de papier pour Draco, le rassurant sur son état et lui déclamant des sentiments qui le faisait rougir. Il le vit voleter discrètement sous les tables, et Hermione était trop concentrée sur sa plume pour se rendre compte de quoi que ce soit.
Puis, il se déconcentra totalement du cours jusqu'à ce qu'un nouveau petit bout de parchemin fasse son apparition. Il le prit avec un sourire, mais déchanta bien vite lorsqu'il le déplia.
''Taré.''
Juste un mot. Et pourtant… il se retourna vivement, cherchant à trouver celui ou celle qui était à l'origine de cette insulte, mais il ne vit aucun visage suspect. On le dévisagea juste parce qu'il était rouge de colère. Il froissa le papier entre ses doigts et serra les dents.
Hermione le remarqua et attira son regard vers ses yeux noisettes brillant d'inquiétude.
« Montre moi, qu'est-ce que c'est ? »
Harry refusa, mais elle claqua la langue et le lui arracha des mains. Elle lu le mot et, estomaquée, souffla une injure.
« C'est injuste… Tout ça est de la faute de la Gazette. Elle monte les gens contre toi. Même les élèves qui t'ont vu revenir avec le corps de Cédric sont persuadés que le retour de Tu-Sais-Qui n'est qu'une invention ! » chuchota t-elle
Harry grimaça et accouda son bras sur la table, sa main cachant sa bouche.
« Désolée… Je ne voulais pas t'y faire penser…
— C'est rien, marmona Harry en balayant l'air de sa main libre. Mais c'est débile. Qu'est-ce qu'ils s'imaginent qu'il lui est arrivé alors ? Une grippe foudroyante ? ironisa t-il.
— La Gazette dit des choses contradictoires… Certains journalistes disent que c'est un accident du Tournoi. D'autres… » elle n'osait pas finir sa phrase, mais elle obéit au regard insistant de son ami, « certains sous-entendent que c'est toi qui l'a tué. Oh ne les écoute pas Harry, ils sont idiots ! » rajouta t-elle en le voyant se tendre.
Une boule naquit dans l'estomac de Harry et il sentit ses yeux s'humidifier. Non seulement Cédric lui revenait en rêve pour l'accuser, mais même ses propres camarades pensaient qu'il était coupable ?
Monstre, cingla une voix familière dans son esprit.
La sonnerie retentit, et il s'échappa rapidement de la salle, abandonnant Hermione, et Remus qui l'appelait. Il courut dans les couloirs sans véritable but, la respiration sifflante. Il jura en enfonçant ses ongles dans ses paumes pour se calmer. Vraiment, il allait falloir qu'il apprenne à se contrôler, et vite.
Par un automatisme qu'il n'avait pas eu conscience de développer, ses pas le menèrent à nouveau devant les appartements du professeur Snape.
Décidément…
Mais c'était stupide : Snape devait avoir finit son cours et était sûrement en train de se diriger vers la Grande Salle pour le dîner. Et tant mieux d'ailleurs, il n'avait pas envie de voir le professeur graisseux. Pas du tout. Vraiment pas. Il allait retourner tranquillement au rez-de-chaussée et—
La porte de la salle de Potions s'ouvrit.
« Potter ? Que faites vous là ? » s'empressa de demander Snape. Visiblement inquiet d'une éventuelle attaque, il sortit sa baguette pour les protéger avec une rapidité qui impressionna Harry. Mais il se ravisa vite quand il réalisa que son élève était victime d'une attaque d'un tout autre genre.
« Respirez. »
Harry leva ses yeux brouillés vers l'adulte, mais il était incapable de faire ce qu'il lui demandait. Snape râla quelque chose dans sa barbe inexistante et le tira dans ses quartiers, chuchotant le mot de passe à voix basse. De toute façon, Harry aurait été bien incapable de le comprendre vu son état. Il ne put s'asseoir, il sentait que c'était une mauvaise idée. Pour respirer, il devait rester debout.
« Anapeno », soupira l'homme.
Les poumons de Harry prirent de grandes inspirations contre son gré, et son esprit se fit moins embrouillé. Encore ce sort… Combien de fois en aurait-il besoin ? Mais le souffle qui lui revint ne le calma pas, au contraire : il avait maintenant les pensées assez claires pour sentir la culpabilité qui lui tordait violemment le ventre, ravivée par un simple petit bout de parchemin. Il était pathétique. Qu'est-ce qu'il allait faire la prochaine fois qu'il serait face à Voldemort ? L'étouffer sous son stress ?
« Potter, asseyez-vous », ordonna Snape en fronçant ses sourcils noirs.
Harry, qui était toujours incapable de parler, secoua la tête de nombreuses fois, le regard fixe. Il ne parvenait pas à faire disparaître les images du cimetière qui dansaient devant ses yeux comme un esprit dont il serait le lieu…
Était-ce vraiment de sa faute ?
« Regardez-moi. Occludez. »
Occluder ? Comment ? Il n'avait aucun ennemi à combattre. Personne n'était dans sa tête. Comment pouvait-il se défendre contre lui-même ?
« Faites un effort, si vous ne vous parvenez pas à vous calmer seul, je vais devoir entrer dans votre esprit », le prévint Snape, essayant de lui donner le courage nécessaire. Mais ça ne fonctionnait pas du tout, au contraire : Harry était encore plus apeuré.
Harry était perdu au fond de son esprit, et ne voyait même plus le salon.
Snape maugréa alors quelque chose et brandit sa baguette sur son élève, le fixant de ses yeux sombres.
« Legilimens. »
Quelque part au fond de lui, Harry avait assez de lucidité pour savoir qu'il refusait que son professeur fouille dans ses souvenirs. Il ne voulait pas qu'il découvre ce qu'il cachait à tout le monde. C'était hors de question. Alors le labyrinthe se dressa à nouveau. De toute façon, il y était déjà... Les murs végétaux étaient plus hauts que jamais, et les épines noires des ronces se dressaient contre l'intrus, comme dotées d'une volonté propre.
Snape fit claquer sa langue contre son palais. Il n'aimait vraiment pas ce bouclier. Beaucoup trop lugubre pour un adolescent normal. Mais qui croyait encore que Potter était normal ? pensa t-il avec une ironie amère.
Harry quant à lui, n'avait cure des pensées de son professeur intrusif. Il s'était retranché dans le centre de son labyrinthe, là où personne ne pourrait le trouver. Là où tout ce qui comptait était à portée de main. Mais c'était une défense à double tranchant : il protégeait ses souvenirs et son âme, tout en étant à leur merci. De plus, être ici, au centre de son crâne, le mettait mal à l'aise.
Quelque chose de sombre y battait comme un cœur.
« Potter ! maugréa Snape sous l'assaut des ronces. Protégez-vous de vos souvenirs, videz votre esprit ! »
Je ne peux pas ! aurait voulu lui crier Harry, mais il était perdu dans un mélange intoxiquant d'émotions. Toujours les mêmes, toujours là, juste sous la surface. Dans ses rêves, au fond de ses yeux qui se perdaient dans le vague, sur le bout de sa langue quand il était en colère. Un vent se leva et tourbillonna entre les murs du labyrinthe, et sa poitrine semblait se déchirer tant ses poumons le brûlait. Il sentait que loin, quelque part, son corps était sur un canapé et ses ongles griffait ses bras.
Snape jugea la situation trop grave pour ménager la pudeur de l'adolescent. Il força autant que possible ses barrières et tenta de savoir ce qui tournait en boucle dans l'esprit de son élève. Il devait savoir. Pas par curiosité malsaine, mais parce qu'il sentait que la santé mentale de Potter était en jeu.
Et elle était peut-être en jeu depuis trop longtemps.
Harry sentit l'intrusion, et fit de son mieux pour y échapper, mais ses forces étaient trop faibles face à la volonté du Maître Occlumens. Il vit alors ses souvenirs s'échapper, fuir de sa protection sous forme de filaments lumineux.
Non non non ! Snape ne devait pas savoir ! Personne ne le devait ! Trop de choses se cachaient dans ces souvenirs, trop de choses que lui-même refusait de voir !
Mais Snape ignora la détresse qui faisait trembler cet esprit instable. Il devait comprendre. Il avait un rôle à jouer dans cette guerre : protéger le Survivant, même contre son gré.
Il amena à lui les volutes de souvenirs et pénétra en elles sans que Harry ne puisse y faire quoi que ce soit.
Snape vit le bout de papier et l'insulte brève et concise. Il vit Cédric tomber sur le sol les bras en croix et le regard vide. Voldemort le fixant de ses yeux rouges. Voldemort enfonçant son doigt dans la chair de sa cicatrice béante. Cédric l'accuser dans son sommeil.
NON !
Snape repoussa la maigre défense de son élève. Il vit les journées sans fin de Potter, cet été. Les cadenas dans sa chambre, à l'extérieur. Les barreaux à ses fenêtres. La latte de parquet où il cachait sa baguette et quelques affaires précieuses. Il tréssaillit sous le regard de Pétunia, dégoulinant de mépris. Le visage rond et stupide de Dudley, ses jeux cruels, la "chasse à Harry". Les répliques cinglantes et le sarcasme, seules armes de Harry sans sa baguette. Les yeux de Dursley, brillant d'une haine à son égard presque aussi forte que celle du Seigneur des Ténèbres.
SORTEZ DE LA ! hurlait maintenant Harry, se tenant mentalement le crâne entre ses ongles, refusant d'en supporter plus.
Ils entendirent tous deux le bruit crissant des verrous de sa chambre, chaque soir.
Le gargouillement incessant de son ventre à chaque début d'été. Son silence, au bout de quelques semaines.
Les verrous.
Le grattement d'Hedwige sur la vitre de la fenêtre, les murmures affolés de Harry, qui l'enjoignait à s'éloigner de la maison.
Les verrous.
Les bruits de la console de Dudley, pendant que la peau de Harry brûlait sous le soleil, le jean tâché de terre pendant qu'il replantait la plate-bande de Lys.
Les verrous.
Les insultes acides de Vernon, son visage rougit par l'alcool, l'accusant de tous les maux, de son mauvais entretien annuel avec son supérieur, de la mauvaise santé de Marge depuis qu'il l'avait gonflée comme un ballon, des mauvaises notes de Dudley, de ses nuits gâchées, ruinées par ses insupportables cauchemars, est-ce qu'il ne pouvait pas SE TAIRE ?
Les verrous.
Je vous en prie, arrêtez, suppliait Harry. Était-ce à Snape ou à son oncle ?
Snape observa, stupéfait, l'élève le plus arrogant de Poudlard courber l'échine devant ce faible Moldu. Il le vit obéir sans discuter, exécuter corvées sur corvées, supporter insultes sur insultes, coups sur coups.
Comme si, quelque part, il le méritait.
Et la culpabilité qu'il sentait vibrer dans l'esprit de Harry ne faisait que confirmer ses soupçons.
Merlin, il était temps de faire quelque chose.
Alors que les souvenirs commençaient à remonter le temps, Snape distingua un petit garçon recevoir sa première gifle après avoir appelé son oncle Papa, être traîné vers un escalier, et... fut brusquement expulsé de l'esprit de l'adolescent.
Avec un hâletement, il ouvrit les yeux sur un Harry Potter prostré sur le sol contre la bibliothèque, enroulé sur lui-même, comme prétendant ne pas être là.
L'homme, si sûr de lui par nature, se sentit subitement horriblement gêné par la souffrance dont il était témoin, par la pudeur qu'il avait violé, et n'avait aucune idée de comment réagir.
Il se passa la main sur la peau tirée de son visage, tentant de recoller tous les morceaux du puzzle.
De son côté, Harry n'était plus qu'une boule d'émotions contradictoires. Il était furieux contre Snape, mais aussi soulagé de ne plus porter ses souvenirs pour lui seul. Et puis, il lui avait caché le placard, et d'autres souvenirs plus embarrassants. Mais il était également plein d'angoisse : est-ce que Snape allait se moquer de lui ? Profiter de sa faiblesse ? En parler à tout le monde ?
« Je... commença l'homme, pour la première fois sans voix. Je ne pensais pas que vos souvenirs des événements de l'année passée étaient si traumatiques. Je ne comprends pas pourquoi Dumbledore ne vous a pas proposé de psychomage. »
Il se savait pas non plus.
L'espion dû comprendre que Harry ne se sentait pas prêt à bouger, puisqu'il s'accroupit à ses côtés. L'étrangeté du geste lui fit lever les yeux vers son professeur.
« Potter. Pourquoi n'avez vous parlé à personne du comportement de votre famille ? » demanda t-il d'une voix calme.
Pourquoi ? Parce qu'il avait déjà essayé. Il avait parlé à sa maîtresse de primaire quand il avait brusquement refusé de faire un cadeau de fête des mères à sa tante. Mais elle ne l'avait pas écouté et l'avait poussé à terminer son dessin. Il avait parlé à l'infirmière scolaire quand il était revenu avec un large bleu sur la joue. Elle avait organisé une rencontre avec ses tuteurs, qui n'avait eu comme seule conséquence de faire éviter à Vernon son visage. Et ni l'une ni l'autre ne s'était inquiétée quand les Dursley avaient fourni un mot de dispense de piscine.
« On ne peut pas faire confiance aux adultes », répondit-il alors, d'une voix amère.
Les yeux sombres de Snape s'écarquillèrent, comme s'il le voyait pour la première fois. Ces mots… c'était des mots qu'il aurait pu prononcer quand il avait son âge. Il était même sûr de les avoir déjà dit.
Comment s'était-il tant trompé sur Harry Potter ?
« Dumbledore n'a t-il rien fait pour vous retirer de cette maison ? » demanda t-il. Il savait que le vieux fou n'aurait rien fait pour un élève lambda, mais pour le Survivant..?
Les yeux verts de Harry se perdirent sur les motifs étranges du tapis, éclairés par la cheminée un peu plus loin. Avec un rictus de douleur, il se redressa légèrement et reposa sa tête contre la bibliothèque dans son dos. A ses côtés, Snape était toujours accroupit, ses longues robes répandues autour de lui sur le sol. Son expression était soutenue, ses lèvres pincées, et ses yeux... indéchiffrables.
« Il devait être au courant, répondit Harry, Madame Figgs savait que ça n'allait pas bien.
— Arabella...
— Vous la connaissez ? s'étonna Harry.
— C'est une Cracmol membre de l'Ordre. Elle a toujours été chargé de veiller sur vous... Ce vieux fou ! tempêta Snape sans se retenir. Il se leva et se pencha vers sa cheminée, les poings serrés sur la pierre. Il semblait hésiter à s'en servir.
— S'il vous plaît, ne lui dites rien ! implora Harry. Le directeur savait déjà ce qu'il avait traversé, pourquoi aller lui chercher des noises et prendre le risque que ça lui retombe dessus ? Il avait été suffisamment puni plus jeune, quand il avait eu le courage de se plaindre…
— Harry, est-ce que le directeur vous a expliqué pourquoi vous deviez vivre là-bas, au moins ? » lui demanda Snape.
Encore sous le choc de son attaque de panique et de la Legilimencie, Harry remarqua à peine la douceur de sa voix et l'utilisation de son prénom.
« Oui, il me l'a dit en première année. Je ne voulais pas retourner chez les Dursley et… et il a dit que grâce au sacrifice de ma mère, c'est avec Tante Pétunia que je suis le plus en sécurité. »
C'eut l'air d'énerver encore plus son professeur, si c'était possible, mais il comprit que sa colère n'était pas dirigé contre lui. L'homme se détacha de la cheminée et revint vers l'adolescent, sans chercher à l'encourager à s'asseoir sur le canapé brun.
« Écoutez-moi bien. Dumbledore est un homme puissant. Peut-être autant que le Seigneur des Ténèbres. Mais il n'est pas infaillible. Il ne faut pas prendre tout ce qu'il dit pour argent comptant.
— Comment ça ? demanda Harry, perplexe.
— Vous avez déjà été attaqué chez les Weasley ? Vous avez déjà été attaqué dans votre dortoir ? Croyez-vous que le Seigneur des Ténèbres aurait pu vous atteindre chez Dumbledore ? Ou chez n'importe qui qui a sa maison sous un Fidelitas solide ? »
Harry ne savait pas quoi répondre, et ne comprenait pas où il voulait en venir. La Protection du Sang avait l'air indispensable…
« Harry. Est-ce que vous pensez que ça aurait pu se passer ?
— Non, mais—
— Est-ce que vous pensez que vivre chez des tuteurs abusifs vous mettait en sécurité ? Ils vous protégeaient peut-être du Seigneur des Ténèbres, mais qui vous protégeait d'eux ? insistait-il, comme si ce qu'il était en train de dire était d'une importance capitale.
— Je ne sais pas ! » craqua Harry.
Il ne voulait pas penser à ça. Il voulait croire, pour son propre bien, que tout ça n'avait pas servi à rien, qu'il avait été en sécurité, que Dumbledore avait eu raison.
« De toute façon, personne d'autre n'aurait voulu de moi ! finit par rétorquer Harry.
— Merlin… Des dizaines de familles se sont portées volontaires. Y comprit Minerva et le loup qui vous sert de professeur ! »
Stupéfait, Harry se redressa de la bibliothèque, les vêtements rendus collants par la sueur maintenant froide. McGonagall avait voulu l'élever ? Et Dumbledore avait refusé ? Il comprenait que la demande de Remus ait été rejetée, mais celle de McGonagall ?
Harry sentait peu à peu certaines de ses convictions s'effriter. Pourquoi Dumbledore avait-il fait ce choix ? Calant sa tête sur ses genoux osseux, il posa la question à son professeur du bout des lèvres, craignant la réponse.
Le professeur resta silencieux si longtemps que Harry cru qu'il ne répondrait pas.
« Vous souvenez-vous, quand je vous ai dit qu'il y a certaines choses qu'il vaudrait mieux que vous ignoriez ? La réponse en fait partie. Ce que je peux vous dire, c'est que si Dumbledore n'est pas un enfant de cœur, il n'est pas non plus une mauvaise personne. Le choix qu'il a fait avait un sens. » La voix de Snape était amère. « Vous n'avez pas passé des années chez ces moldus pour rien… mais je déplore sa décision. »
Il se releva avant de continuer ses révélations, s'accoudant au fauteuil bleuté et replaçant une mèche de ses cheveux noirs derrière son oreille.
« Minerva et moi avons tout fait pour vous empêcher d'aller là bas. Nous savions, elle savait, se reprit-il, que ces Moldus n'étaient pas qualifiés pour s'occuper d'un sorcier, et encore moins d'un sorcier demandant une attention particulière. »
Harry fronça les sourcils. Ce discours ne lui plaisait pas.
« Oh bon sang Potter, je ne déteste pas les Moldus ! Mais ceux-là... Il était irresponsable de leur confier votre garde.
— Vous avez l'air de bien les connaître », nota Harry.
L'homme lui lança un regard noir et indéchiffrable alors que la lumière des flammes de l'âtre dansait sur ses traits, déjà trop marqués pour son âge encore jeune.
« Gardez juste à l'esprit que la protection qui vous entoure n'est pas uniquement due à votre mère. Des milliers de mères se sont sacrifiées pour leur enfant, et pourtant, votre cas est rare. »
Harry s'apprêta à lui en demander plus, mais Snape tourna les talons et l'empêcha de voir son visage. Regrettait de lui avoir dit cela ? Peut-être avait-il peur que Harry tente de lire dans son esprit...
« Lyca ! » appela Snape d'une voix forte.
Une elfe de maison apparu dans le salon obscur avec un 'pop' sonore, faisant sursauter Harry.
« Oui monsieur ? répondit militairement la petite elfe jaunâtre coiffée d'un bonnet orange et habillée d'un tablier immaculé.
— Fais-nous deux sandwich. »
L'elfe se tourna dans sa direction pour comprendre qui composait ce 'nous', et sa bouche s'ouvrit en grand quand elle se rendit compte qu'elle faisait face à Harry Potter. Elle lui offrit aussitôt une courbette respectueuse, manquant de faire tomber son couvre-chef, et haussa les sourcils devant sa position saugrenue. Harry rougit, il était vrai qu'être avachi sur le sol n'était pas une façon très orthodoxe de s'asseoir.
« Oui monsieur ! Je vous envoie ça tout de suite monsieur ! » s'époumona t-elle en disparaissant de nouveau.
Le professeur s'approcha à nouveau de lui. Harry se rendit compte qu'il était grand, l'impression accentuée par sa posture princière et sa silhouette sombre qui se confondait avec les ombres de la pièce. Il lui offrit sa main, une évidente aide pour se relever.
Plus qu'avec leurs dernières entrevues, les révélations, l'attitude affable qu'il avait apprit à découvrir, Harry comprit.
Snape ne lui proposait pas de l'aider à se relever de la pierre glacée. Snape lui proposait de l'aider à se relever tout court.
Voyant qu'il n'arrivait pas à se décider, l'homme tenta une autre approche.
« Je sais qu'on ne peut pas donner sa confiance aux adultes... Et je ne vous le demande pas. Laissez-moi la mériter », proposa t-il avec une grimace qui pouvait peut-être — de loin — s'apparenter à un sourire.
Harry osa un mince rictus lui aussi, et plaça sa petite main matte dans celle immense, pâle, et fine que son professeur lui tendait.
La tête de Ron s'il le voyait…
'Pop'
Snape mis Harry sur ses pieds et lui tendit un des sandwichs qui venaient d'apparaître sur la table basse.
« Tenez. Je suppose que vous ne souhaitez pas manger dans la Grande Salle ?
— Non… » répondit Harry en s'emparant du sandwich, ignorant le rouge qui lui montait aux joues.
Assis sur son fauteuil fétiche, Snape le détaillait d'un regard nouveau.
Harry savait qu'il était dans un état lamentable, les cheveux noirs collés par la transpiration et les yeux parsemés de vaisseaux sanguins éclatés par les pleurs. Il sentit le regard de Snape s'attarder sur ses joues creusés.
« Arrivez-vous à manger convenablement ? Votre estomac ne s'est peut-être pas bien remis de votre privation de nourriture. »
Harry hésita à l'envoyer paître. Il n'était pas prêt à parler de ça, mais il sentait que l'homme ne pensait pas à mal. Il faisait juste une… analyse.
« Ça va. Au début c'était difficile, mais maintenant j'arrive à manger.
— Vu votre masse corporelle et les habitudes alimentaires que je vois lorsque vous êtes à table, je crois bien que vous ne vous rendez pas compte du problème. »
Il sentit l'énervement revenir. Il voulait bien de l'appui de Snape, mais il savait se débrouiller seul.
« Je vais bien », siffla t-il en serrant les dents.
L'homme ne l'écouta pas et effectua un sort en direction de son ventre. Des écritures dorées se formèrent à ses côtés, et Harry se sentit mis à nu.
« Vous avez un ulcère. Et votre estomac est petit. Il est normal que vous ne parvenez pas à manger si vous avez un estomac enflammé », diagnostiqua Snape en partant farfouiller dans ses étagères, à côté de son bureau couvert de livres et de notes en tout genre.
C'est encore moins rangé que d'habitude.
« Tenez », dit le professeur en lui tendant une fiole contenant un liquide poisseux. Était-il vraiment obligé de boire cette chose ? « Buvez », insista l'homme.
Harry posa son sandwich et obéit, sentant la mixture immonde couler dans sa gorge. Le goût rance et acide ne quitta pas sa langue. Mais pourquoi les potions étaient-elles si infectes ?
« Vous avez également une côte mal soudée. Je suppose que l'on sait tout les deux d'où elle vient ?
— Non, c'était pendant le cimetière… le détrompa Harry avec sincérité. Je suis tombé quand la statue m'a lâché », précisa t-il en faisant référence à l'ange de pierre auquel Voldemort l'avait attaché.
L'homme lui offrit un regard compatissant qu'il ne lui connaissait pas. Harry songea que Snape était de plus en plus expressif avec lui. S'en rendait-il compte ?
« Il va vous falloir une autre potion. »
Oh merlin…
« Non c'est bon, j'irai voir madame Pomfresh ! » s'empressa t-il de proposer.
La tentative passa, même si Snape avait l'air soupçonneux.
« Je lui demanderai si vous êtes passé, bien sûr.
— Bien sûr, répondit Harry avec un léger sarcasme, en se grattant les cheveux pour se donner contenance.
— Nous nous verrons ce soir pour notre cours, Potter, le congédia le Maître des Potions. Emportez votre sandwich avec vous. »
Il chopa son repas dans une main, son sac dans l'autre, et salua son professeur d'un mouvement de la tête. Avant de quitter la pièce, il se retourna presque, sans oser directement regarder Snape.
« Merci professeur, dit-il en rougissant. Pour m'avoir aidé tout à l'heure, et… tout ça. »
Harry grimaça devant son manque d'éloquence habituel.
« Il faut bien que quelqu'un le fasse. Allez retrouver vos camarades, monsieur Potter. »
Harry se redressa et quitta les donjons avec un soupir léger. Il n'avait plus mal à la tête.
Merci beaucoup de suivre cette histoire, n'hésitez pas à échanger avec moi en commentaire, je réponds toujours :)
A bientôt !
