Salut !
J'ai commencé une année un peu serrée niveau timing, alors j'ai préféré privilégier la qualité à la rapidité ^^
J'espère que cette suite vous plaira !

Bonne lecture !


CHAPITRE 7

"Ces derniers temps, toutefois, je me suis demandé s'il n'existait pas quelque chose, tapi dans les ténèbres." -Joseph Delaney


Même s'il continuait à enfuir ces douloureux souvenirs dans un coin de sa tête et refusait d'y penser plus de quelques secondes, partager le secret de sa situation chez les Dursley avait fait un bien incroyable à Harry, qui s'était senti plus léger.

Mais cette allégresse fut cependant de courte durée et l'humeur de Harry était rapidement redevenue maussade, car la Gazette devenait de plus en plus acerbe contre lui et Dumbledore. Hermione avait eu raison : les journaux l'accusaient maintenant sans détours d'avoir tué Cédric de ses propres mains. Bien sûr, ils n'avaient aucune preuve, et par précaution le Priori Incantatum avait été jeté sur la baguette de Harry à la fin du Tournoi : la logique voulait donc que Harry soit innocent, mais l'admettre reviendrait à accepter le retour de Voldemort. Et c'était bien trop compliqué pour la société sorcière.

Remettre le gouvernement en question, quitter la douce illusion de paix et de sécurité, se préparer à une nouvelle guerre, revivre la Terreur…

Impossible.

Alors malgré les preuves qui s'accumulaient, les Morsmordre qui teintaient le ciel et les nouveaux cadavres qui encraient les journaux, les sorciers fermaient bien fort leurs maisons et leurs esprits. Et c'est Harry qui en faisait les frais.

Essayant de chasser ces pensées malheureuses, il se promenait avec ses amis dans le château, revenant tous les trois de la bibliothèque. Ses devoirs s'étaient vite accumulés à cause de sa procrastination, et le manque de sommeil de l'adolescent n'arrangeait rien.

« Harry ? » demanda une voix dans son dos alors qu'il riait à une blague de Ron.

Les trois jeunes gens tournèrent la tête, et Harry serra ses doigts sur les livres qu'il transportait entre ses bras. A quelques pas d'eux, dans le couloir étroit, Remus tendait sa main vers lui, comme s'il avait peur qu'il détale en le voyant. Et Harry devait avouer que l'idée lui titillait l'esprit… il avait soigneusement évité l'homme depuis sa 'discussion' avec Sirius à travers la cheminée.

« Harry, est-ce que l'on peut parler un moment ? » lui demanda le professeur comme s'il s'adressait à un animal à apprivoiser avec prudence.

Il osa enfin lever franchement les yeux et plonger son regard dans celui qu'il considérait comme son deuxième parrain. L'iris doré et doux de Remus l'apaisa et il sentit ses épaules se décontracter.

« Je suppose, oui… » murmura t-il en évitant les regards pleins de questions de ses amis.

L'homme sourit et se détendit à son tour.

« Tu veux venir dans mon bureau ou tu préfères discuter ailleurs ? »

Harry abaissa à nouveau son visage sur ses chaussures. Il ne savait pas trop comment se comporter avec Remus. Après tout, c'était avec Snape qu'il s'était confié sur ses cauchemars, et c'était Snape qui savait tout ce qu'il se passait dans sa tête. Remus était avec Sirius ce qu'il avait de plus proche d'une famille, et pourtant il lui cachait beaucoup de choses.

« Comme tu veux », répondit-il en haussant les épaules. Avec un signe de tête, Remus l'entraîna dans son bureau, à l'abri des oreilles indiscrètes et de ses amis qui le saluèrent de la main, perplexes.

Le bureau de la salle de Défense était loin d'être la plus lumineuse du château, et Harry frissonna sous sa cape en grimpant les escaliers abîmés par la succession de professeurs.

« Tu as encore une retenue avec le professeur Snape ce soir ? demanda l'homme en s'asseyant sur le bureau de bois ancien, faisant craquer les os secs de ses genoux.

— Non, c'est des cours particuliers de potions», menti Harry, toujours aussi étonné que ce mensonge soit accepté par tout le monde.

Le loup-garou lui offrit un sourire compatissant qui le dérangea. Il ne voulait pas de sa pitié, il était très content de ses cours d'Occlumencie : pour une fois qu'un adulte le prenait au sérieux et lui faisait faire un entraînement utile !

« Severus n'est pas trop dur avec toi ?

— Non. Il est bien plus agréable qu'en cours », révéla t-il en grattant machinalement un nœud du bois qui cassait la structure lisse du bureau.

Remus ne parut pas très surprit et s'adossa contre son fauteuil en massant son dos endolori. Harry détourna le regard, devinant la source de ces douleurs. Sinistra avait insisté pour déplacer le cours d'astronomie de quelques jours afin de profiter de la pleine lune.

« Je m'en doutais. Severus se sent très concerné par toi, tu sais. A sa manière, bien sûr. Il a tendance à hurler sur tout le monde et répéter que l'Ordre est incompétent, que nous devrions faire selon ses idées à lui, que ta sécurité n'est pas assez assurée… il a trouvé un allié de taille avec Maugrey ! » conclu Remus en riant.

Harry s'imaginait fort bien le comportement de Snape, puisque ça correspondait tout à fait à ce qu'il avait entr'aperçu lorsqu'il avait écouté à la porte de Remus quelques semaines plus tôt. Il ne répondit rien, toujours occupé à détailler les nervures des planches alourdies par les grimoires et instruments de son professeur.

« Sirius m'a raconté votre… conversation », l'informa Remus en voyant qu'il gardait le silence. « Harry, j'espère que tu sais que nous sommes là et que tu peux tout nous dire sans crainte. »

Harry s'apprêta à ouvrir la bouche pour répondre, mais Remus l'empêcha de commencer sa phrase.

« Et si tu ne veux pas en parler tout de suite, ce n'est pas grave. Personne ne te force à tout cracher d'un coup. Tu peux prendre ton temps. Et le jour où tu seras prêt, sache que Sirius et moi sommes disponibles. Même au milieu de la nuit. D'accord ? »

Les yeux cachés par ses cheveux trop longs, Harry hocha la tête, embarrassé.

L'adolescent glissa ses doigts sur le bureau jusqu'à s'adosser au mur de pierre, à côté de la petite lucarne qui servait de fenêtre à la pièce médiévale. Il préféra changer de sujet.

« Est-ce que… est-ce que tu peux m'en dire plus sur l'Ordre du Phénix ? Hermione et Ron m'en ont vaguement parlé mais… »

L'homme détourna le regard, un peu mal à l'aise, mais répondit tout de même. Harry sentit qu'il lui cacherait la majorité des choses importantes.

« C'est une organisation qui s'est créée durant les années de Terreur », commença t-il en croisant les jambes, faisant grincer son fauteuil. « Dumbledore a réunit les sorcières et sorciers qui voulaient se battre contre Tu-Sais-Qui. Tes parents, Sirius, les Wealsey, les Londubat… nous sommes beaucoup a en avoir fait parti. Et désormais, les survivants ont repris le boulot... ainsi que de nouvelles personnes qui se sont jointes à nous.

— Et qu'est-ce que vous faites, concrètement ? »

Remus décroisa ses jambes et passa une main dans ses courtes boucles châtains.

« On cherche des renseignements sur les agissements de Voldemort, on essaie de contrecarrer ses attaques, Severus espionne… on essaie aussi de prévenir les êtres magiques de ne pas s'allier à Tu-Sais-Qui. Je crois que c'est cette partie qui est la plus difficile.

— C'est ce que tu fais ?

— C'est ce que j'ai fait pendant la première guerre. J'ai essayé de convaincre des meutes de ne pas se joindre à lui. Mais... il était plus convaincant que moi », avoua t-il avec tristesse.

Les nombreuses cicatrices qui recouvraient le visage de Remus sautaient à présent aux yeux de Harry. Et ses yeux d'or étaient plus durs que d'habitude. La vie d'un loup solitaire ne devait pas être aisée…

« C'est à dire ? insista Harry, appuyé contre la pierre poussiéreuse et froide.

— Eh bien… Tu sais qu'il existe de nombreuses lois qui régissent la vie des loups-garous ? » Harry acquiesça. « A la séparation du monde sorcier du monde Moldu, les sorciers ont prit toutes les décisions à la place des autres espèces magiques, et les ont traitées comme des choses sans volonté propre, en les parquant ici et là. Quiconque se révoltait était abattu sur le champ. Et les loups-garous ne sont pas des créatures qui se laissent facilement dominer. Aucun accord n'a été trouvé pour nous. Notre nature même va à l'encontre des humains. Moi, je ne fais pas partie d'une meute, je vis en sorcier, je ne chasse pas— »

L'adolescent frissonna, et il ne sut si c'était à cause du mur glacé ou de l'expression étrange qu'il croyait percevoir dans son regard.

« —mais imagine ce que c'est pour les autres de mon espèce… reprit Remus. Alors quand Tu-Sais-Qui leur propose des terres, de la nourriture à volonté, être libre… C'est tellement beau qu'ils refusent de voir le piège. »

Harry dégluti et se frotta les bras à travers ses manches pour se réchauffer.

« Voldemort ne compte pas vraiment les aider ?

— Oh non. Remus eu un rire amer. Voldemort déteste tout ce qui n'est pas sorcier. Il les utilisera pour gagner la guerre, puis il les tuera ou les réduira en esclavage, au cas-où il en aurait encore besoin plus tard.

— C'est horrible… »

Harry était humain, il avait peur des loups-garous actifs, mais il ne leur souhaitait pas pour autant un tel sort.

« Oui, répondit Remus, un air douloureux sur le visage.

— Et… pourquoi tu ne fais plus ça, maintenant ?

— Je voulais justement t'en parler : j'ai une nouvelle mission pour l'ordre, déclara Remus sur le ton de la confidence. Dans la mesure où tu passes beaucoup de temps avec le professeur Snape et qu'il est chargé de veiller à ta sécurité au sein du château depuis des années, il a été décidé que je serai absent quelques semaines. »

La mâchoire de Harry s'ouvrit toute seule tant il était choqué. Certes il ne parlait plus autant à Remus qu'autrefois, mais il était tout de même un de ses piliers, en plus d'être un excellent professeur !

« Cette fois, nous n'allons pas attendre que Voldemort fasse de nouvelles propositions aux loups-garous. Ils ne lui font plus confiance depuis la dernière guerre et nous devons à tout prix éviter que cette tendance s'inverse. Alors je dois partir en mission pour effectuer le travail en amont et leur proposer l'aide de Dumbledore. Sachant que je suis moi même un loup-garou sous sa protection, avec un poste dans la plus prestigieuse école de Grande-Bretagne, j'ai de bons arguments », affirma Remus avec un sourire.

L'homme semblait à la fois ravit et inquiet. Il devait tenir son rôle très à cœur.

« Je comprends », murmura Harry, déçu.

Remus s'aperçut de son trouble et se leva pour lui serrer l'épaule avec délicatesse.

« Ne t'inquiète pas, je serai vite de retour. Et ma remplaçante ne te dépaysera pas trop, elle est très compétente ! le rassura Remus avec des yeux pétillants.

— Elle fait partie de l'ordre ?

— Elle est sympathisante. Je crois qu'elle n'a pas encore fait son choix. Mais je l'ai déjà rencontrée. »

Il y avait quelque chose dans l'expression de Remus qui poussait Harry à en savoir plus, mais son professeur lui annonça qu'il avait du travail et réussit subtilement à le convaincre de rejoindre ses amis.

Sans s'en rendre compte, Harry fut mis à la porte avec douceur et se retrouva dans le couloir désert.

Il resta quelques instants sur le pas de la porte, digérant la nouvelle de Remus, puis il se secoua et marcha à pas lents dans le dédale des couloirs de plus en plus larges à mesure qu'il quittait l'aile et rejoignait les escaliers principaux.

Il ne savait pas trop où aller. C'était samedi, il aurait pu sortir prendre l'air dans le parc comme il aimait le faire, mais il s'aperçut en regardant à travers les hautes fenêtres gothiques que la pluie commençait à tomber.

Prit d'une impulsion, il s'éloigna encore un peu de la salle de Défense Contre les Forces du Mal et ouvrit son sac en le faisant tenir en équilibre sur sa jambe. Il sortit un bout de parchemin et le stylo Moldu qu'il gardait en permanence dans son sac pour ce genre d'occasions — tellement plus pratique que ces maudites plumes ! — et griffonna à la va-vite une note à l'intention de Draco :

'RDV à l'endroit habituel

James'

C'était leur manière de s'écrire : simple, efficace, et discret. Il utilisait son deuxième prénom, partagé par quatre autres élèves, au cas-où quelqu'un intercepterait le message. Ça leur était déjà arrivé une fois l'année précédente — pour un message qui ne comportait heureusement pas d'informations compromettantes —, alors ils étaient devenus très prudents. Draco, quant à lui, signait par l'initiale de sa mère.

Il fit voleter la note par un sort que Draco lui avait apprit, et se dirigea vers la salle abandonnée en espérant que le Serpentard l'y retrouve.

Sur le chemin, il eut le temps de penser à son début d'année mouvementé. Il n'avait pas pu reparler sérieusement avec Fred et George, mais leurs paroles sur la guerre et les combats à mener résonnaient fort dans sa tête. Même s'il était bien trop jeune pour se sentir prêt à tout ça, il avait la sensation que c'était ce qu'il devait faire : se battre. Il ne voulait plus être impuissant face à Voldemort. Il ne voulait plus subir, il voulait attaquer.

En aurait-il le droit ? Après tout, c'était à lui que Voldemort s'en prenait chaque année… Il fallait qu'il apprenne à se défendre sérieusement, il n'aurait pas toujours quelqu'un pour se sacrifier à sa place, pensa t-il avec amertume.

Tandis que ses pensées étaient congruentes au doux son des gouttes tapant sur les carreaux des fenêtres, ses pas le conduisirent par automatisme dans l'aile abandonnée, un des nombreux recoins de Poudlard que les amoureux et les fauteurs de troubles affectionnaient. Sa main s'accrocha à la poignée de la seconde salle à droite et clencha. Ne prêtant pas attention au décors vétuste de la petite salle ancienne, il remua la poussière au sol et s'installa en tailleur sur le rebord de la fenêtre circulaire qui trônait sur le mur lointain. La fine vitre était froide, mais il y posa son front et essuya la buée pour mieux voir l'extérieur du château. La salle étant orientée à l'Ouest, les collines du parc, presque bleutées à cette heure, s'étendaient devant ses yeux jusqu'à la forêt interdite qui semblait ne jamais s'arrêter.

Soudain, un petit cliquetis se fit entendre et Draco apparu dans l'entrebaillure de la porte. Il vérifia que personne ne le suivait avant d'entrer puis se tourna vers lui.

Harry sourit et le regarda avec une infinie tendresse. Il était heureux de le voir.

Mais l'autre jeune homme avait le visage dur et une expression étrange, le fantôme d'une souffrance inscrit sur son visage.

« Draco ? »

L'adolescent — que son visage inquiet rendait bien plus vieux — leva sa baguette vers la porte pour la verrouiller d'un mouvement sec. Méfiant malgré lui, Harry se tendit sur son perchoir. Qu'avait Draco ? Voulait-il lui faire du mal ?

Mais le blond avait une toute autre idée en tête. Sous le regard perplexe de Harry, il défit de ses doigts fins tous les pans de ses robes. Il se rapprochait de Harry au fur et à mesure que les couches de vêtements disparaissaient.

Sa cape. Sa robe. Sa sous-robe. Sa chemise. Ses chaussures. Ses chaussettes, encore un pas...

Il ne lui restait que ses sous-vêtements quand il se tint devant son amant, le regard certain et brûlant. Le regard de Harry coula sans pouvoir le contrôler vers le bas de l'anatomie du Serpentard et il déglutit. Il prit une grande inspiration et força son propre bas-ventre à se calmer. Ce n'était pas le moment. Il connaissait bien ce regard. Draco avait la très fâcheuse habitude de l'utiliser comme exutoire pour fuir ses problèmes, et Harry ne parvenait pas toujours à résister à la tentation de s'y laisser aller aussi.

« Draco, qu'est-ce qui se— »

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, puisque Draco le tira par la main vers un des vieux bureaux. D'un coup de baguette, il transfigura la chaise en un fauteuil moelleux en velours et poussa Harry dedans.

Harry se laissa tomber et entrouvrit les lèvres, le souffle accéléré, sans même avoir le temps d'apprécier le talent de Draco en Métamorphose.

« Draco...

— Tais-toi », murmura Draco en se penchant vers son cou alors que le brun soupirait malgré lui.

Inquiet de la souffrance qu'il percevait dans ses yeux ombragés, Harry posa une main sur le torse de son petit-ami et le tint à distance. Une bataille de regard eut lieu et Harry se sentit perdre. Son regard brulant fixé sur le sien, Draco ondula son bassin contre le sien et Harry se mordit la lèvre.

« Tu n'as pas envie ?, le tenta t-il.

— Si, tu sais bien que si », souffla Harry, faiblement.

Il plongea son regard dans celui de Draco et prit son visage en coupe entre ses doigts froids. Quelques mèches blondes cendrées glissaient devant ses yeux d'un gris teinté de touches plus chaudes qu'Harry appellerait 'tourterelle' s'il connaissait aussi bien les noms des nuances de couleurs que le Sang-Pur. Son vocabulaire lui semblait bien pauvre face à la richesse du gris des yeux de son amant, et il se sentait minuscule quand il se sentait dévoré par eux.

« Alors tout va bien, fais-moi confiance », conclu Draco en le sortant de sa rêverie.

Sur ces mots, le Serpentard se mit à genoux, et Harry sentit son excitation monter en flèche. Merlin, ce qu'il aimait le voir comme ça, offert…

Le Sang-Pur d'ordinaire si fier de sa haute stature se pencha pour prendre sa virilité en bouche, ne le quittant pas des yeux. Harry rejeta sa tête en arrière, la bouche entrouverte dans une muette supplique, et ses mains descendirent se loger dans les cheveux de Draco.

Une flamme brûlante incendia son bas ventre pour remonter jusqu'à sa gorge, et il ferma les yeux pour savourer la sensation. Ça faisait longtemps…

Draco était vraiment doué à ce petit jeu. On aurait pu croire qu'il était surprenant de sa part de se vouer à un acte sexuel qui le plaçait dans une position soumise, mais Draco ne voyait pas du tout les choses de cette manière. Oh non. Harry avait vite compris que pour lui, rien n'était meilleur pour asseoir son pouvoir sur quelqu'un. Dans cette posture, Draco le dominait totalement. C'était son rythme, il contrôlait sa force, sa cadence… Il arrêtait quand il le voulait, et ne se gênait pas pour faire subir à Harry des pauses infernales. Il avait eu des mois pour expérimenter sur son joli cobaye. Et il le torturait de la plus envoûtante des manières.

Mais Harry était loin de s'en plaindre. Entre deux soupirs, il rouvrit les yeux et tomba sur une vision qui aurait pu le faire mourir de plaisir en un instant. Le gris hypnotique de Draco, fier et hautain, était fixé sur le sien, mouillé par la brume.

Oh oui, c'était bien Draco qui avait le contrôle.

Puis, alors que Harry n'aurait pour rien au monde voulu que ça s'arrête, Draco décida que c'était assez et se releva pour chevaucher l'autre adolescent. Harry releva son regard vague vers les joues rosées du blond et le sentit brusquement autour de lui.

Il referma les paupières et se mordit la lèvre, s'empêchant de gémir.

« Draco, tu vas te blesser… gémit-il — parce que, de qui se moquait-il ? Il était incapable de se taire avec ce que Draco lui fa—

— Je veux penser à autre chose, Harry », répondit Draco en un souffle, les sourcils froncés sous la brûlure mais visiblement décidé à continuer.

Harry sentit la détresse dans la voix de son amant, et ses yeux lui demandèrent une dernière fois s'il était vraiment sûr de ce qu'il faisait, mais l'autre hocha la tête, son visage à la fois certain et douloureux. Alors Harry le laissa faire en reposant sa nuque sur le dossier du fauteuil.

Draco avait souvent eu besoin de cette intimité pour soulager son esprit et ses angoisses, et Harry savait que c'était la plus saines des méthodes qu'utilisait Draco pour se défouler. Il préférait vraiment ça qu'autre chose…

Le rythme du blond était cruel. Harry fit courir le bout de ses doigts sur les bras que Draco tenait autour de sa nuque, glissa sur ses côtes, le faisant frissoner. Draco poussa un léger soupir et Harry poursuivit son exploration, les yeux presque clos. Ses hanches, encore si fines, ses cuisses ciselées par le Quidditch... et Harry quémanda, n'y tenant plus. Draco eu un petit gloussement moqueur et il se mut autour de Harry.

C'était intenable. La sensation était brûlante. Harry avait l'impression d'avoir besoin de plus, beaucoup plus, sans jamais pouvoir être satisfait. Il ne se sentait pas complet.

« S'il te plaît, Draco… »

Il ne savait pas trop pourquoi il suppliait, mais Draco se pencha vers lui pour l'embrasser. Et c'était dans ces moments-là que le Serpentard l'embrassait vraiment. Ses lèvres jouaient avec les siennes, et Harry répondait avec le peu de concentration qui lui restait. Draco se redressa, un sourire conquérant imprimé sur son visage, et se mit à se toucher lui-même, frustrant Harry en éloignant ses mains.

« C'est moi qui dirige, Potter. »

Le message était limpide, et Harry n'aurait voulu pour rien au monde une autre place sur terre. Alors il se contenta de caresser et griffer le dos de Draco au gré des secousses de plaisir qui parcouraient son corps. Celui-ci commençait à perdre de sa superbe, les sourcils plissés par le besoin de se laisser aller. Harry laissa alors sa bouche s'approcher du torse du blond et fit courir sa langue sur la chair opaline qu'il avait apprit à connaître par coeur. Draco se mit à gémir.

Gagné, réussit à penser Harry à travers sa fièvre.

Le Sang-Pur accéléra la cadence, cherchant dans la délivrance un paradis. Harry l'accompagna comme il put mais ses jambes se mirent à trembler, sa vision recouverte de tâches noires, et il se laissa succomber à la petite mort, se répandant à l'intérieur de l'autre jeune homme en coupant sa respiration si fort qu'il devint rouge. Draco gémit plus encore et quelques instants plus tard, sa vue se brouilla à son tour, il se reteint de justesse aux accoudoirs du fauteuil.

« Par Morgane…

— Arrête de jurer dans des moments pareils, grogna Harry en caressant tendrement le dos du blond, avachit sur sa poitrine.

— Je ne jure pas, je remercie », rectifia Draco, le souffle court.

Harry gloussa, épuisé.

« Eh, c'est moi qu'il faut remercier, ta Morgane elle y est pour rien dans la toute puissance de mon—

— Tais-toi ! » dit Draco en lui plaquant sa main sur la bouche, riant lui aussi.

Heureusement, c'était sa main propre, pensa Harry avec amusement.

Draco tapota le bureau à l'aveuglette à la recherche de sa baguette et leur lança un sort de nettoyage.

« Tu t'habille déjà ? râla Harry en voyant Draco rassembler ses vêtements.

— Trop fatigué pour ça ? Vieillard », se moqua t-il.

Harry lui tira la langue et s'étendit à nouveau dans le fauteuil. Les sorciers étaient incroyables : ils étaient capables de partager leur magie, leurs pensées, mais étaient trop prudes pour ne pas remettre leurs sous-vêtements après une partie de jambes en l'air ! Et encore, des sous-vêtements… des culottes longues des siècles passés pour ce qui était de malfoy !

Puisqu'il voyait son air goguenard, Draco releva le menton et le défia d'une expression supérieure.

« Ce n'est pas parce que tu t'habilles comme un dépravé que je dois en faire de même.

Vieillard. »

Ce fut au tour de Draco de sourire. Leurs différences étaient ce qui les avaient fait se haïr, mais également ce qui les avaient intrigués.

« Tu me raconte ce qui n'allait pas ? » souffla Harry en se remettant les cheveux en place — c'est à dire en pagaille.

Draco lui lança son caleçon à la figure.

« Rhabille toi et peut-être qu'on pourra parler comme des êtres civilisés. »

Le Survivant poussa un juron et obéit pendant que Draco s'asseyait sur le bureau, posant ses pieds encore nus sur les jambes du brun.

« Je te propose un marché, susurra Draco, l'air bien plus détendu à présent. Je te dis quelque chose, et tu m'en dis une autre en retour. Ça te conviens ? »

Hm. Serpentard jusqu'au bout des ongles. Harry hocha la tête et serra la main de son petit-ami en gage de sa bonne foi. Ça ne lui plaisait pas, mais depuis qu'il avait dû parler à Snape, il se sentait plus prêt à révéler ses problèmes. Et il était trop curieux pour résister.

« Alors ? Pourquoi tu étais dans cet état ? » demanda t-il en reboutonnant sa chemise.

Draco se passa la langue sur les lèvres et détourna le regard.

« Le Seigneur des ténèbres devient de plus en plus... oppressant. Mes parents m'envoient des lettres tu sais, et ils me racontent qu'il utilise le Manoir comme base. Mais il y organise aussi ses réunions de Mangemorts. Les lettres sont... discrètes. Mais je me doute qu'il se passe des choses que même mon père n'approuverait pas. Ce n'est plus notre maison. Il s'accapare tout…

— Merlin… soupira Harry en s'imaginant parfaitement ce qu'il devait se passer au Manoir.

— A toi », exigea Draco en reposant ses yeux sur lui.

Harry se tortilla sur son fauteuil, recommençant à avoir un peu froid. Il posa ses doigts sur les pieds de Draco et les massa distraitement, s'occupant les mains. Devait-il vraiment lui dire la vérité ? Ce qui lui mangeait la majorité de ses pensées et l'empêchait de dormir la nuit ? Devant le regard tendre et compatissant de son petit-ami, il décida que oui.

« Je revois Cédric en rêve. Et... il m'accuse de l'avoir tué, il dit que tout est de ma faute », avoua t-il à voix basse. Il continua, sans pouvoir s'arrêter à présent : « Mes parents aussi disent que c'est de ma faute. Et je revois cette femme…

— Quelle femme ? demanda Draco, perdu.

— C'est ton tour », le coupa Harry, la voix tremblante.

Le jeune Malfoy soutint son regard quelques secondes, puis capitula.

« D'accord… Père est de plus en plus exigeant. Il ne supporte pas que Granger soit meilleure que moi dans la plupart des cours. Il veut que je la dépasse. Alors je dois travailler dur, mais elle passe tout son temps à travailler, c'est impossible ! »

Le Griffondor sourit en revoyant les nombreuses matinées où il avait découvert son amie endormie dans la Salle Commune, un livre à la main.

« Pourtant c'est une née-moldue… le titilla Harry.

— Oui. Et c'est bien ça qui met Père hors de lui. »

Harry savait que Draco ne partageait pas aussi terribles que son père, mais il savait aussi que son point de vue était sensiblement le même que celui de sa mère et accordait une importance à la noblesse.

« A toi. Qui est cette femme ? »

La gorge de Harry se tordit toute seule et il dégluti, un goût acide remontant de l'estomac.

« C'est une Moldue… la mère de famille tuée dans le Lancashire, elle était mariée à un Langue de Plomb. »

Draco fronça les sourcils, intrigué, et il se pencha vers Harry pour mieux l'entendre.

« Draco... » Ne sachant quoi dire, il fut direct : « J'ai des leçons d'Occlumencie.

— D'Occlumencie, mais pourquoi ? demanda t-il, un brin de panique dans la voix alors qu'il semblait faire le lien dans sa tête.

— Cette famille. Et les Weasley. J'ai tout vu. J'étais là... dans les pensées de Voldemort », souffla Harry en baissant les yeux sur ses mains qu'il tordait dans tous les sens.

La peau déjà très pâle de Draco devint translucide. Il semblait mortifié.

« Harry. Tu plaisantes.

— Non. Il y a apparemment une connexion entre lui et moi. Parfois, sans raison, je rêve de lui. Mais ce ne sont pas des rêves, c'est réel ! » Sa respiration s'accéléra et il resserra sa prise sur les chevilles de son amant alors qu'il revoyait ces images traumatisantes dans son esprit. « Et… Je ne peux pas le contrôler Draco, je te le jure ! J'ai essayé de l'empêcher de faire tout ça, mais je n'ai aucun pouvoir sur lui ! » gémit Harry en lui offrant un visage désespéré.

Le Malfoy secoua la tête et passa une main tremblante sur son visage, griffant presque sa bouche.

« Draco…

— Et il ne t'est pas venu à l'esprit d'en parler à quelqu'un ?! le gronda Draco alors que son ton montait.

— Si… C'est l'autre chose que je voulais te dire… répondit Harry en se recroquevillant un peu plus sur le fauteuil conjuré.

— A ce stade tu pourrais me dire que tu es secrètement amoureux de Weasley.

— Snape est au courant, le coupa Harry dans sa piètre tentative d'humour. Je n'ai pas des rattrapages en potion, c'est un prétexte pour les leçons d'Occlumencie. »

Draco ouvrit la bouche, mais aucun mot n'en sorti. Il regardait son petit ami comme s'il était un adolescent particulièrement stupide. Ce qu'il était peut-être un peu, admit Harry dans sa tête. Mais il avait décidé de faire confiance à Draco, qui avait plus encore à perdre que Harry s'il décidait de le trahir.

« Merlin… Je savais bien qu'il se passait des choses pas nettes. Severus ne donnerais jamais des cours de rattrapage. » Il prononça ce mot comme s'il disait 'garderie' ou 'baby-sitting'. « Mais l'Occlumencie… Tu sais que c'est quelque chose de vraiment difficile à maîtriser ?

— Je m'en sors pas si mal, plaisanta faiblement Harry avec un léger sourire goguenard.

— Tu ne feras jamais rien comme les autres, hein ? » se moqua Draco pour toute réponse.

Un petit silence s'installa entre eux, et Harry ne savait pas si le blond était fâché contre lui ou s'il était juste perdu dans ses pensées. Il jouait distraitement avec les poils fins des chevilles de son amant, attendant qu'il se décide à parler.

« C'est à moi, non ?

— Heu, oui », confirma Harry, surprit.

Draco détourna son visage, essayant de préserver une expression neutre.

« Ma mère… dans ses lettres, je sens, je sais qu'elle ne va pas bien. Elle est de plus en plus distante et… absente. Mentalement, précisa t-il. La situation du manoir lui fait beaucoup de mal, et j'ai vraiment peur, je l'ai déjà vu dans des états... des états particuliers. Et je ne veux plus jamais la voir comme ça. »

Sa voix était maîtrisée, il disait tout cela avec un parfait contrôle de son visage. Il ressemblait à Snape. Cette manière d'enfoncer ses émotions au plus profond de son crâne… c'était vraiment dérangeant. Harry avait l'impression que pour eux, souffrir était honteux. Mais était-il nécessaire de balancer des choses aussi sombres comme si c'était des événements du quotidien ?

Draco ressemblait aussi à son père quand il faisait ça, et ça, ça ne lui plaisait pas du tout.

« Tu la revois quand ? demanda t-il timidement.

— Pour Yule. J'ai envie de la voir… mais je ne veux pas aller au manoir. Je ne veux vraiment pas, Harry. »

Le visage de Draco se mit enfin à révéler sa profonde anxiété, et Harry fut prit de pitié pour lui. Devoir vivre deux semaines dans l'antre de Voldemort...

Les yeux de Harry glissèrent vers les carreaux de la vitre ronde, toujours marquée de ses empreintes de doigts repoussant la buée. Quelques silhouettes marchaient au loin, courant sous la pluie.

« Dumbledore ne pourrait pas—

— Dumbledore est parfaitement au courant que le Seigneur des Ténèbres est là-bas, le coupa Draco. Le manoir est sous Fidelitas, et Père tire les ficelles du ministère, il est inaccessible. Si je reste à Poudlard, ça reviendrait à choisir un camp, à dire que je ne suis pas honoré de la présence de Tu-Sais-Qui sous notre toit. Et ça mettrait en danger ma famille », conclua Draco d'une voix tendue.

Harry aurait voulu lui dire qu'on avait toujours le choix, qu'il ne pourrait pas rester sous la coupe de Voldemort longtemps sans se mettre en danger… mais il sentait que ces mots rendrait Draco hors de lui.

Alors il se tut et le prit dans ses bras, les berçant tous les deux sous la mélodie de la pluie.


Quand Remus lui avait dit qu'il allait devoir partir en mission et être remplacé, Harry n'avait pas pensé que ça avait voulu dire 'tout de suite'.

A peine cinq jours plus tard, l'homme lui avait dit au revoir rapidement, et une inconnue s'était assise à sa place à la table des professeurs.

« Chers élèves ! » clama Dumbledore pour se faire entendre dans le chahut du repas, et le silence se fit. « Mes chers élèves, comme il n'a sans doute pas échappé à votre attention, le professeur Lupin sera absent pour une durée indéterminée.

— Pas trop tôt, chuchota quelqu'un derrière Harry. Il se tendit mais ne dit rien.

— Je vous présente donc sa remplaçante : Njemile Mensah ! Elle s'assurera de suivre le programme du professeur Lupin et de ne pas vous faire prendre de retard, notamment pour ceux qui passent leurs B.U.S.E. et A.S.P.I.C. cette année. »

Harry détailla avec plus d'attention la trentenaire. Elle était très belle : ses cheveux frisés étaient retenus par une queue de cheval serrée, sa peau était très sombre, et de nombreux bijoux dorés scintillaient sur elle. Mais son expression était glaciale. Son attitude lui rappelait McGonagall. Il espérait qu'elle ne leur fournirait pas autant de devoirs…

« Professeur Mensah a travaillé dans de nombreux domaines avant d'accepter le remplacement de Professeur Lupin, poursuivit Dumbledore en courbant aimablement sa tête vers l'attention de tous les regards. Elle a notamment participé à la dernière, et malheureusement trop longue, guerre de la société magique Éthiopienne qui a été frappée par une horde de Nundu. »

Hermione frétilla à ses côtés. Elle avait l'air sincèrement impressionnée, mais Harry, lui, n'avait aucune idée de ce qu'était un Nundu. Il lui posa discrètement la question.

« C'est une créature d'Afrique de l'Est. Une sorte de léopard géant qui se nourrit d'humains, et dont le souffle est aussi mortel que la peste. Il est responsable de nombreuses épidémies et il faut plus de cents sorciers pour le maîtriser ! » chuchota t-elle, créant des soupirs admiratifs de ceux qui l'avaient entendue.

La nouvelle enseignante se leva, faisant étinceler sa robe sorcière qui semblait vivante. Harry avait déjà vu ce genre de robes au Chemin de Traverse ou pendant le Tournoi des trois sorciers, mais cette robe-ci était assez spectaculaire : longue et bouffante, nacrée comme de la soie et de dominante rouge, mais parcourue de larges motifs bleus et dorés qui semblaient glisser sur le tissu au gré de ses mouvements. Professeur Mensah inclina sa tête pour les saluer, faisant cliqueter ses lourds bijoux d'or, puis se rassit sous les polis applaudissements de bienvenue.

Son curriculum vitae avait fait sensation. Et sans surprise, la plupart des Serpentard étaient ravis de ce changement de professeur. Mais combien allaient se renseigner sur les Sang-Pur éthiopiens afin de savoir quel degré de respect ils leur devaient… Harry plissa le nez devant l'air très intéressé de certains.

Le premier cours de leur professeur arriva rapidement.

La salle de classe n'avait pas changé d'un iota, puisque Mensah n'était que remplaçante. Cependant, l'ambiance du cours était déjà entièrement différente.

Contrairement à Remus qui en avait l'habitude, elle n'était pas assise sur le bureau. Elle se tenait droite, les mains entrelacées devant son ventre, et les observait avec le regard d'une personne qui sait ce qu'elle vaut.

Il ne faudrait pas plaisanter avec elle.

« Tout le monde est là, j'espère ? Je commence mon cours à cinq. Si vous arrivez après cette minute, c'est trop tard, et vous ne rentrez pas dans mon cours sans une excellente raison. Est-ce clair ?

— Oui Madame, répondirent plusieurs élèves particulièrement réceptifs.

— Je vais bien sûr suivre le programme de votre professeur, mais j'y ajouterai quelques informations supplémentaires pour contribuer à votre formation », dit elle en fouillant sur un tas de papiers qui était sur le bureau. « Je vous donnerai quelque cours sur des créatures et des techniques de défense que votre professeur ne connaît pas. Chaque combattante et combattant a sa propre expérience... »

Mensah ne perdait pas de temps... La plupart des camarades de Harry étaient intrigués. Hermione, tout particulièrement.

« Aujourd'hui, je vais vous donner votre premier cours complémentaire au programme du professeur Lupin. Que vous a t-il dit sur les différentes natures des esprits frappeurs ? Oui, monsieur… ? commença t-elle en levant la tête vers l'élève qu'elle ne connaissait pas.

— Dean Thomas. Remus nous a expliqué que les esprits frappeurs étaient parfois confondus avec des esprits du foyer mécontents, répondit le jeune homme, jouant distraitement avec ses cheveux crépus.

— Et vous a t-il dit comment réagir face à un esprit du foyer dans cette situation ? »

Dean eu une petite grimace négative.

« A mes yeux, il est important de vous l'enseigner. Et ce pour une raison très simple : la théorie voudrait qu'on distingue ces deux êtres, puisqu'ils sont différents et que nous traitons du sujet des esprits frappeurs. Néanmoins, dans la pratique, la situation est la même : vous êtes face à un esprit qui met la pagaille dans votre maison. Vous serez bien avancés le jour où l'esprit de votre foyer aura le même comportement qu'un esprit frappeur », plaisanta t-elle rudement.

Elle leur expliqua alors la nature d'un esprit du foyer, de comment lui prodiguer l'attention nécessaire, quelles pouvaient êtres ses revendications — elle insista bien sur le fait que la plupart des esprits du foyer réclamaient simplement que la maison soit mieux entretenue —, et comment réagir. Et Harry dut bien admettre qu'elle n'était pas une mauvaise enseignante.

« Madame ? demanda Hermione lorsque le cours toucha à sa fin et que chacun s'apprêtait à ranger plumes, encriers et parchemins dans leurs sacs.

— Oui miss Granger ?

— Est-ce que vous pouvez nous parler de la guerre qui a sévit dans votre pays ? »

Les plumes, encriers et parchemins restèrent encore quelques instants sur les tables. Mensah croisa ses bras autour de sa poitrine et jaugea du regard la jeune femme brune. Son expression se radoucit après quelques secondes où on aurait pu entendre un vif d'or voler.

« L'Ethiopie n'est pas tout à fait mon pays, je née en Angleterre, précisa t-elle. Mais j'ai passé de nombreuses années à voyager dans différents pays d'Afrique sub-saharienne. Cette zone du monde fait partie de celles qui subissent le plus de choses… entre le monde moldu et le monde sorcier, il est dur de savoir lequel est le plus enviable. D'ailleurs, la séparation entre les deux est plus fine qu'en Europe. Et parler de la guerre… » Elle soupira. « J'ai connu beaucoup de guerres Mademoiselle Granger. Sur laquelle voulez-vous des informations ?

— Est-ce que les mineurs participent aux guerres les pays dans lesquels vous avez combattu ? » pressa Hermione, et Harry capta un air étrange dans son regard.

Madame Mensah se passa une main dans ses cheveux tressés, faisant scintiller ses bijoux. Elle passa ses yeux acérés sur tous les élèves de sa classe, et Harry aurait pu jurer qu'elle essayait de lire dans leurs pensées. Par précaution, il releva ses barrières mentales. L'enseignante le détailla longuement du regard. Harry ne trésailla pas, et elle eu un petit sourire satisfait.

« Pourquoi voulez vous savoir ça ? répondit-elle finalement en reportant ses yeux dorés sur la jeune fille.

— Comment sommes nous sensés survivre si l'on ne nous apprend pas à nous battre ? interrompit Harry d'une voix forte, faisant fi des quelques soupirs moqueurs derrière lui. Même si certains élèves ne croyaient pas au retour de Voldemort, la majorité sentait bien que ça devait être la vérité, avec toutes ces attaques…

— Je comprends votre inquiétude. Je n'ai pas pour habitude de mentir, je suis quelqu'un de franc. Dans ces pays où j'ai combattu, même les enfants savent se battre. Ils n'ont souvent pas le choix... Vous voulez que je vous dise le fond de ma pensée ? » elle fit planer un petit moment de silence. « Si une guerre se déclare en Angleterre, et j'ai bien l'impression que ce n'est qu'une question de temps, vous ne serez pas prêts. Savez vous comment maîtriser un meurtrier aguerrit ? Une tortionnaire concentrée sur sa tâche ? Savez vous instinctivement comment former une position défensive lorsque vous êtes deux ? Trois ? Huit ? Savez vous calculer votre pourcentage de réussite dans un combat ? Combien connaissez vous de sorts défensifs et offensifs ? » assena t-elle d'une voix dure.

Plus les questions avançaient, plus les visages des adolescents se décomposaient. Comment allaient-il faire ? Pourquoi n'avaient-ils aucun cours de défense réelle ? Les murmures inquiets emplissaient la salle, mais l'expression de leur professeure restait calme.

« C'est n'importe quoi. Vous êtes tous paranoïaques », souffla Seamus à quelques sièges de lui. Tout les regards se tournèrent dans sa direction. Certains étaient rassurés par ses paroles et s'y accrochaient comme à une bouée de sauvetage, d'autres le trouvaient idiot. Dean lui essaina un coup de coude dissuasif.

« Tu fermes les yeux parce que la vérité te fais peur. Des gens meurent dehors. Ta famille pourrait bien être la prochaine », menaça — presque — une voix féminine.

Seamus se tourna brusquement vers Parkinson et la foudroya du regard. Mais son visage se troubla. Et l'inimitié que ressentait Harry à l'égard de son camarade se transforma en pitié : bien sûr que Seamus avait peur. C'était bien pour ça qu'il était incapable d'admettre la situation dans laquelle leur monde se trouvait. Il était effrayé et devait se sentir impuissant.

Comme les autres sorciers.

Qui voulait revivre une guerre, après tout ?

Mais, se reprit Harry, ne pas accepter l'existence de quelque chose ne l'empêchait pas d'exister ! C'était un comportement contre productif. C'était comme lorsqu'il était petit et que son corps était paralysé par la peur lorsqu'Oncle Vernon était d'humeur mauvaise : c'était dangereux. Il fallait bouger. Bouger pour vivre.

« Professeure, vous ne pouvez pas nous donner des cours de défense ? Des vrais ? demanda Tracey Davis, une élève discrète de Serpentard.

— C'est à vous de convaincre votre directeur. Je ne suis qu'une remplaçante, refusa Mensah.

— Donc vous nous balancez qu'on va crever, comme ça, et que c'est notre problème ? En gros ? s'énerva Seamus.

— En gros, répéta t-elle en souriant. J'ai côtoyé des enfants de huit ans qui avait un entraînement comparable à celui d'un Auror. Je pense donc que réclamer une formation à votre directeur n'est pas trop demander des adolescents », cingla t-elle.

Harry contracta sa mâchoire, mais elle avait raison.

« Le cours est terminé », conclut-elle.

Harry se leva et rangea ses dernières affaires. En sortant, il sentit clairement les yeux perçants de la combattante traîner sur sa silhouette. Il frissonna et accéléra le pas pour rejoindre ses amis.

« Il y a quelque chose de louche chez elle, chuchota t-il en replaçant son sac sur son épaule.

— Pourquoi tu dis ça ? Elle est brillante ! s'enthousiasma Hermione.

— Je sais pas… elle me met mal à l'aise.

— Mais non, elle est juste pas très expressive. Et puis, elle nous pousse à nous débrouiller par nous mêmes, je trouve ça bien », affirma le roux.

Ron avait sûrement raison. Elle était très différente des autres professeurs. Mensah sortait tout droit d'une guerre qui n'était toujours pas finie, de ce qu'il avait comprit. Elle ressemblait beaucoup à Fol-Oeil, maintenant qu'il y pensait.

« Tu as encore rattrapage avec Snape ce soir ? » demanda son meilleur ami.

Harry acquiesça, et Hermione lui serra l'épaule en guise de réconfort.

S'ils savaient…

Harry changea de sujet, interrogeant Ron sur le prochain entrainement de Quidditch, et subit l'expression mauvaise de Seamus durant tout le dîner. Alors que Ron et Ginny s'embourbèrent dans une dispute à propos des Harpies de Holyhead et des Canons de Chudley, Harry sentit sa colère contre son camarade flenchir. La peur, ce n'était que de la peur... Harry se surprit à imaginer quelles étaient les causes de la haine de Voldemort. Envers lui, envers les moldus, envers le monde…

Est-ce que Voldemort avait des raisons d'être comme ça ? Aurait-il pu être autrement ?

Il secoua la tête et reprit un morceau de poireau frit. Non, il n'allait pas commencer à essayer de comprendre Voldemort.

Il avait ses limites.

« Tu manges mieux depuis quelques temps, 'Ry ! remarqua Neville qui était à ses côtés, peu intéressé par le débat sportif.

— Oui, j'avais un ulcère, Snape m'a filé une potion, répondit-il sans réfléchir.

— Oh. Cool de sa part », supposa Neville, clairement perplexe.

Harry se fustigea mentalement : il ne devait pas dire ce genre de choses, il ne devait pas sous entendre que Snape avait fait preuve d'empathie envers lui ! Il devait penser à sa couverture !

« Il est presque vingt heure, Harry, tu devrais y aller, tu vas être en retard, le rappela à l'ordre Hermione alors qu'elle griffonnait des notes sur son carnet tout en mangeant son dessert.

— Mince oui, merci, à ce soir ! »

Harry enfourna une dernière bouchée de sa tartelette, et sorti de la grande salle. Il faudrait vraiment qu'il se trouve une nouvelle montre... Il trottina dans le hall, laissant son regard traîner sur les sabliers géants qui affichaient des résultats assez serrés. Pouffsoufle et Serpentard étaient en tête. Le premier match étant en Novembre, son équipe allait très bientôt avoir une chance de rattraper son retard.

Il glissa naturellement dans les sous-sols du château. A chaque pas qu'il faisait, le bruit des élèves de la grande salle s'éloignait pour laisser place à un silence rond et reposant. Il était loin le temps où il était terrifié par les cachots et ses bruits humides. Savoir qu'il n'y avait plus de Basilic à l'intérieur aidait certainement.

Sans s'embarrasser de plus de politesses, Harry toqua aux quartiers de son professeur et ouvrit directement la porte, qu'il savait déverrouillée.

« A l'heure, apprécia Snape. Bien. Asseyez-vous », ordonna l'homme qui se leva de derrière son bureau pour l'accueillir. « Vous n'êtes pas allé voir l'infirmière pour votre côte. »

Le ton réprobateur fit rougir Harry, qui avait tout simplement oublié.

« Comment pouvez-vous oublier quelque chose qui doit vous faire souffrir à chaque fois que vous vous appuyez dessus ? » demanda son professeur, sidéré.

Mince, il avait dû parler à voix haute.

« J'm'appuie pas dessus. Tout simplement, ironisa Harry, ce qui lui valu un regard noir.

— Vous savez qu'une côte mal ressoudée doit être brisée à nouveau pour pouvoir être correctement guérie ? Allez-vous m'obliger à vous la recasser moi-même, ou vous daignerez enfin boire cette potion ? »

Harry grimaça en imaginant le goût du Poussos.

« Nous feront cela après notre séance, soupira Snape. Vous avez travaillé sur vos barrières mentales ? »

L'adolescent se redressa, se préparant aux choses sérieuses.

« Oui monsieur.

— Bien, jugea Snape, satisfait. Il sortit sa baguette et la pointa vers Harry comme à son habitude, mais il ne prononça pas le sortilège.

— Monsieur ? demande Harry, perplexe.

— Je serai peut-être obligé de chercher des souvenirs douloureux. Nous n'avons pas le luxe de ménager vos sentiments, le Seigneur des Ténèbres ne prendra pas cette peine », l'averti t-il.

Harry acquiesça, la mâchoire contractée. Il savait que c'était nécessaire, et il se considérait déjà assez chanceux de la prévenance insoupçonnée de Snape. Son professeur le sonda du regard, comme si malgré ses dires il hésitait à se plonger à nouveau dans ces souvenirs d'enfance.

« Legilimens », prononca enfin Snape.

Brusquement, l'homme se retrouva à nouveau dans le dédale absurde de lierres et de plantes épineuses qui constituaient la barrière mentale de Harry. Mais il n'avança pas. Snape restait sur place, les yeux fermés et le dos droit, bougeant au rythme de sa respiration profonde.

A quoi il joue ? se demanda Harry.

Doucement, l'homme caressa l'imposante plante qui se trouvait à ses côtés. Harry la fit s'enrouler autour du poignet de son professeur, mais l'homme resta de marbre.

Pourquoi il n'a pas mal ?

« Voulez vous vraiment me blesser, Potter ? »

''Non'' fut la réponse qui surgit malgré lui dans son esprit et que Snape capta très bien.

« Vous voilà donc dans une mauvaise posture… Vous cherchez à faire du mal à cette projection de mon corps. Mais vous savez qu'elle n'est qu'une projection, rien de plus. Vous savez que vous ne me blessez pas vraiment. Mais comment m'empêcher d'avancer dans votre esprit si vous ne m'intimidez pas ?

— Vous avez mal quand même, même si c'est pour de faux, répliqua Harry, sa voix vibrant partout dans son esprit.

Pour de faux ? Susurra son professeur, qui n'avait plus du tout l'air amical. Ceci n'est pas un jeu Potter. Il faudra plus qu'un petit labyrinthe pour faire reculer le Seigneur des Ténèbres. Pour me faire reculer moi. »

Sa voix grave et traînante résonna. La mèche de lierre qui était enroulée autour de son bras faiblit, mais Harry resta concentré et poussa les fines aiguilles à se planter dans la peau de son professeur.

« Voyez-vous, une projection n'est que ça : une projection. Vous cherchez à blesser une illusion, un rêve, du brouillard… Cette douleur fait sursauter n'importe qui la première fois, comme dans un rêve particulièrement désagréable. Mais une fois que l'on a réalisé que ce n'est qu'un rêve, que rien de tout cela n'est réel, qu'est-ce qui m'empêche d'ignorer cette douleur factice et de… continuer à avancer ? » demanda t-il en joignant le geste à la parole.

Il se fondit dans les épaisses haies piquantes et ne prêta pas attention aux centaines de petites déchirures qui commençaient à abîmer ses robes noires et sévères. Harry mit toute sa force mentale dans l'effort de l'arrêter, il tenta de le blesser comme il put, de freiner son avancée, d'aller jusqu'à lui balafrer le visage, mais Snape continuait de marcher droit devant, dans sa direction. L'homme sentait où était le cœur de son esprit, et s'y rendait sans hésitation.

Harry commença à prendre peur. Il ne pouvait pas atteindre son corps réel ! Comment Snape voulait-il qu'il l'atteigne autrement que par sa ''projection'' ?

Perdu, il fit grandir encore les haies, il fit grossir les aiguilles, il déchira la robe de son professeur sous les griffes de ses plantes, mais rien n'y fit.

« Ce n'est pas un jeu », répéta l'homme en écartant les dernières branches acérées qui le séparait du cœur de l'adolescent.

Harry se sentit nu sans la protection de son labyrinthe. Lui qui pensait avoir tant progressé s'était bien fourvoyé… A quoi tout ça avait servit si Snape était capable d'ignorer ses attaques aussi facilement ?

« Vous ne devez pas blesser mon apparence », lui répondit-il sans avoir besoin d'ouvrir la bouche. « Vous devez blesser mon esprit, tenter d'atteindre mon âme. »

La voix caverneuse de son professeur résonnant dans sa tête le fit frissonner, et il sentit à nouveau cette sensation horrible de violation, comme la première fois qu'il avait été soumis à la Legilimencie. Aucun échappatoire était possible. Il était dans sa tête, coincé avec l'esprit de quelqu'un d'autre à l'intérieur, et il sentait cette partie sombre de lui-même être beaucoup trop audible et à découvert pour son propre bien. Mais elle était cachée, tout irait bien.

« Blesser votre… âme ? » répéta Harry avec un certain trouble.

En un flash, le souvenir de la petite boule argentée s'échappant des lèvres de Sirius, entouré par les détraqueurs, lui revint en mémoire. Comment la blesser ? Comment vouloir la blesser ? C'était… il n'avait pas de mot, mais il sentait que c'était interdit, tabou, monstrueux.

« Oui. Ce que vous voyez n'est pas un corps. Vous ne voyez même pas. Vos yeux sont rivés sur les miens, dans le canapé de mon salon, pas ici. Vous imaginez la projection de ce que je veux vous faire imaginer. Je pourrais tout aussi bien vous montrer autre chose. Quelque chose de plus… motivant pour me repousser. »

Harry frissonna et écarquilla les yeux en voyant l'homme se métamorphoser en un humain plus petit, plus gras, plus… Oncle Vernon.

« Alors garçon ? »

Harry n'était plus un enfant. Il n'avait plus peur de son oncle. Mais il devait avouer qu'il était beaucoup moins rassuré que par la vision du vrai Snape. Le potioniste avait beau être désagréable, il n'avait rien de comparable avec Vernon.

Mais Vernon n'était pas vraiment là.

Il n'était pas vraiment là.

Alors il resta calme.

La projection de Snape se permit alors un sourire, ce qui était très étrange à observer sur le visage de son oncle, et Harry sut qu'il avait réussit quelque chose.

Mais son professeur eu un léger rictus de douleur et l'exercice s'arrêta brutalement.

Le décor du salon confortable de Snape réapparu devant lui.

« P-professeur ? » bredouilla Harry qui avait du mal à s'habituer aussi rapidement que l'homme au retour à la réalité.

— Bien, j'arrive » l'entendit-il dire. Harry tourna la tête pour voir à qui il s'adressait. Snape s'était déplacé du canapé avant qu'il n'avait eu le temps de s'en rendre compte et était penché sur un patronus ailé que Harry avait du mal à distinguer puisqu'il était à moité caché par le corps de l'enseignant. La créature disparut en bondissant à travers la porte et Snape s'attelait déjà à la préparation de poudre de cheminette.

« Rentrez dans votre dortoir, Potter. Je dois me rendre quelque part.

— C'est l'Ordre ? » osa t-il demander, grelottant alors que sa sueur refroidissait sur son corps.

Le regard de Snape se fit acéré.

« Ça ne vous concerne pas. Et nous aurons une discussion à propos de votre manie d'écouter aux portes », cingla-t-il.

Harry voulu répliquer qu'il n'avait rien espionné du tout et que c'était Remus qui avait développé le sujet avec lui, mais il fut renvoyé dehors par une puissante main dans le dos.

« Rentrez vite, et gardez votre baguette sur vous. N'oubliez pas votre potion », dit Snape en lançant son propre Patronus afin qu'il le surveille et en lui collant la fiole dans les mains.

Harry eu tout juste le temps d'acquiescer avant de se faire claquer la porte au nez.

Il observa un moment la biche fantomatique qui flottait à ses côtés et lâcha un soupir tendu.

« C'est parti pour une nuit à attendre… » soupira t-il dans le couloir froid, sentant déjà l'angoisse se glisser dans ses veines.


Assis sur son lit défait, Harry grimaça en s'habillant et grogna, souhaitant plus que tout au monde que le soleil refuse également de se lever. Le dos de Harry était courbé par la fatigue et la tension. La séance avec Snape avait été particulièrement intense, et il avait très peu dormi. Il était inquiet, prêt à découvrir un nouveau meurtre dans les journaux.

Au moins, il n'avait pas fait de vision cette fois-ci, se dit-il pour positiver.

« Allez dépêche-toi, on va manquer le déjeuner ! » le pressa Ron.

Harry noua rapidement les lacets de ses chaussures et marcha à pas rapides aux côtés de ses amis, direction la grande salle. Il s'avachit sur la longue table en bois massif comme il en avait l'habitude et grignota ce que son estomac pas très matinal lui permit d'avaler, écoutant légèrement les piailleries de ces camarades. Les hiboux n'avaient pas encore commencé leur tournée, et Parvati tournait les pages de son magazine de Sorcière Hebdo qui avait déjà bien servi, aux côtés de sa soeur qui s'était joint à elle à la table des Gryffondor. Les quatrième année gloussaient à propos d'une blague qu'avait fait Peeves à Sinistra. Et Ginny écoutait avec méfiance Fred et George lui présenter leur nouvelle invention — une nouvelle confiserie pour leur Boîte à flemme.

L'attention de Harry fut distraite des conversations adolescentes par un tintement de verre. Dumbledore s'était levé et faisait scintiller les quelques perles qui retenait la tresse de sa barbe blanche.

Harry sentit soudain cette sensation de plus en plus familière de compression dans la poitrine. Comme une boule, un noeud, qui se formait d'un coup. Comme une crampe du souffle. Il respira, se rappelant des exercices de Snape, et tenta de dissiper cette très désagréable sensation physique. Mais le directeur n'attendit pas qu'il se calme pour commencer son discours.

« Mes chers élèves. Je me vois dans l'obligation de vous informer d'une nouvelle dont nous nous doutions, mais que nous espérions tous fausse... »

Le seul bruit qui était encore audible dans la salle fut la page de magazine que Patil serra tellement fort qu'elle se froissa.

« Depuis cet été, pas moins de six attaques ont eu lieu sur le sol sorcier et le sol moldu. Ces attaques n'avaient jusqu'alors jamais étés revendiquées, bien que la marque des ténèbres flottait à chaque fois au dessus des lieux des crimes. Bon nombre d'entre nous ont alors supposé qu'il s'agissait de l'œuvre d'anciens Mangemorts. Mais... dans la nuit d'hier, un de ces Mangemorts à été capturé par des civils et remis aux autorités. Cet homme a été interrogé sous Veritaserum. »

Un silence incroyablement épais régnait sur la salle. Tous les yeux étaient rivés sur la bouche du directeur et capturaient avec peur les mots qui en sortaient. Que ce soit les yeux de personnes comme Hermione, comme Seamus, ou comme Draco, tous affichaient la même expression : la crainte.

L'air dans la poitrine de Harry se comprima encore plus.

« Il s'avère, continua Dumbledore, que cet homme a confirmé le pressentiment de beaucoup de sorciers. Celui qui a commandité toutes ces attaques est une personne que nous redoutons tous et que nous aurions préféré abandonner au passé, mais nous ne pouvons plus fermer les yeux. »

La plupart des professeurs affichaient un air sombre, comme s'ils étaient perdus dans des souvenirs enfouis.

« Voldemort est de retour. »


On commence enfin les choses sérieuses :D
A bientôt pour le chapitre 8 et n'hésitez pas à partager vos impressions !