Résumé : « Prends ton temps… Quoi que tu choisisses, j'espère que ça ne changera rien entre nous… »
C'est ce que lui avait dit Kenma. C'était bien joli, mais plus le temps passait, plus il se disait qu'il fallait qu'il se rende à l'évidence : ce ne serait en aucun cas possible.
Même avec toute la bonne volonté du monde, il savait que ça ne pourrait être vrai. Indéniablement, quoi qu'il choisisse, cela changerait quelque chose. Bien sûr que cela changerait quelque chose : « Désolé Kenma, je préfère que l'on reste amis, mais on pourrait aller faire un resto ensemble un de ces quatre ? Avec tes deux partenaires pour qui j'ai clairement des sentiments, l'un avec qui j'ai flirté pendant des mois, l'autre que j'ai embrassé au milieu d'un gymnase, mais pas d'embrouille ».
Il soupira. Quelle connerie putain ! Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire ?
Chapitre 20 : Purgatoire 2
Près d'une semaine s'était écoulée depuis « les événements », et Kuroo, qui tournait avec de moins en moins d'heures de sommeil au compteur, commençait à avoir énormément de mal à maintenir sa routine estudiantine. Il tenait quand même à garder le plus possible la tête hors de l'eau. Il arrivait plus ou moins à rester éveillé durant les cours, écouter cependant était une autre histoire… Il gribouillait vaguement quelques mots par-ci par-là, mais il n'était pas bien sûr de retenir l'essence du cours qu'il suivait… Ce vendredi matin ne ferait pas exception. Il avait réussi à correctement noter les deux premières minutes du cours, ensuite, tous ses neurones avaient décidé de le laisser en plan, certainement pour partir faire du parachute ascensionnel. Bon peut-être que tous ses neurones n'étaient pas partit, il en restait encore un ou deux qui avaient pour objectif de le torturer.
Il avait dit à Kenma qu'il devait réfléchir, mais il n'avait pas précisé la fenêtre temporelle de cette réflexion. Il sentit son corps s'engourdir. Une boule se forma dans sa gorge. Le temps commençait à lui peser.
« Prends ton temps… Quoi que tu choisisses, j'espère que ça ne changera rien entre nous… »
C'est ce que lui avait dit Kenma. C'était bien joli, mais plus le temps passait, plus il se disait qu'il fallait qu'il se rende à l'évidence: ce ne serait en aucun cas possible.
Même avec toute la bonne volonté du monde, il savait que ça ne pourrait être vrai. Indéniablement, quoi qu'il choisisse, cela changerait quelque chose. Bien sûr que cela changerait quelque chose ! « Désolé Kenma, je préfère que l'on reste amis, mais on pourrait aller faire un resto ensemble un de ces quatre ? Avec tes deux partenaires pour qui j'ai clairement des sentiments, l'un avec qui j'ai flirté pendant des mois, l'autre que j'ai embrassé au milieu d'un gymnase, mais pas d'embrouille ».
Il soupira. Quelle connerie putain ! Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire ?
Il inscrit cette même phrase sur son cours, tentant peut-être de l'exorciser, de la manifester hors de lui pour pouvoir s'en détacher ? Il regarda longuement la phrase, tout autour disparut dans le chao de son tumulte interne. Il ne s'aperçut même pas que Chris avait penché son regard vers sa feuille de cours, et alors qu'il cherchait certainement à recopier une des informations qu'il n'avait pas saisies, tomba sur le débat intérieur de Kuroo et ses démons. Il ne fit aucun commentaire et tourna de nouveau son attention vers leur professeure.
Kuroo réussit à se focaliser de nouveau sur le cours, mais malheureusement pour lui, son attention ne perdura qu'à peine deux minutes. Après ce court laps de temps, il soupira, croisa ses bras sur la table et y enfouit son visage. Il finit par relever la tête lorsque Chris posa une main sur son épaule.
— Ça va ? lui murmura ce dernier.
— Oui t'inquiètes, je suis juste éclaté, j'arrive pas à suivre…
Chris hocha la tête.
— Tu t'es couché tard ?
— Ouais…
Chris avait l'air soucieux de son état, Kuroo dut inventer un mensonge pour le rassurer :
— J'ai juste commencé une série et j'ai pas pu décrocher avant trois heures du mat'.
Plausible ça non ? Surtout que ça lui était déjà bien suffisamment arrivé par le passé. Ça arrivait à tout le monde ce genre de chose, non ? L'excuse parfaite !
— Oh, c'était quoi ?
Piégé.
Qu'est-ce qu'il allait répondre : « Kuroo regarde le plafond jusqu'à ce que mort s'ensuive » ? Pas bien sûr que cela constitue la meilleure réponse.
— Hmm… C'était l'histoire de… -son regard tomba sur la trousse à petits extraterrestres d'Oikawa- d'un astronaute qui voyage dans l'espace et qui découvre une planète habitée de -il balaya discrètement son environnement, la jeune femme devant lui avait une peluche de lama en guise de porte-clés- une planète habitée par des lamas intelligents et il… euh – vite vite, une idée !- il leur apprend à jouer au basket-ball.
Au basket-ball ?
Chris haussa un sourcil.
— Très absurde, mais c'était pas mal…
— Je vois ça, mais pourquoi pas, ça s'appelait comment ?
— Euh… Space…Lama-ball.
— J'irai regarder alors, tu m…
— Chut ! finit par les couper Oikawa.
Ils se turent et revinrent au cours, Kuroo remerciant intérieurement sa diva casse-pied d'être intervenue pour mettre fin à son calvaire. Dieu sait quelle absurdité il aurait bien pu sortir s'il avait continué.
La suite de la journée se déroula sans encombre, Kuroo réussit à s'accorder quelques minutes de siestes à la pause déjeunée, précieuses minutes qui lui permirent de maintenir son attention une bonne partie de l'après-midi. La fin de la journée arriva enfin. Les trois amis se saluèrent et partirent chacun de leur côté. Mais alors que Kuroo s'éloignait pour aller prendre le métro, Chris le rattrapa.
— Tu veux venir chez moi ? lui demanda le blond de but en blanc.
Kuroo fronça les sourcils, pas bien sûr de ses intentions. Il n'aurait pas pu le lui demander avant qu'ils se séparent ?
— Euh… pour faire quoi ?
— Je sais pas… Trainer, boire une bière. J'ai des consoles aussi, on peut jouer aux jeux vidéo… juste comme ça.
OK… Pourquoi Kuroo sentait-il qu'il y avait anguille sous roche ?
— Euh… je sais pas, je suis toujours fatigué et…
— Tu pourras faire une sieste dans le train si tu veux, le coupa Chris.
Kuroo releva les yeux. Chris était insondable, comme à son habitude, mais il sentait qu'il n'avait pas vraiment son mot à dire. Chris inciterait jusqu'à ce qu'il cède de toute façon: le regard de son ami avait quelque chose d'impérieux et de pressant, Kuroo ne pouvait pas lui échapper. Il finit par accepter. Il s'endormit à la seconde ou le train démarra, et ne reprit conscience qu'une fois arriver à destination. Il mit plusieurs minutes à reprendre ses esprits, mais réussit néanmoins à revenir à lui, sa sieste improvisée ayant malgré tout fait des merveilles. Ils conversèrent légèrement jusqu'à ce qu'ils arrivent chez Chris. À peine furent-ils arrivés que son ami l'invita à s'assoir à la table du jardin. Une fois Kuroo installé, Chris hocha la tête et retourna à l'intérieur, interrompant leur conversation alors que Kuroo n'avait pas encore terminé sa phrase. Il revint quelques instants plus tard avec deux bières à la main, et alors que Kuroo allait reprendre le cours de leur conversation, Chris le coupa :
— Alors ?
Kuroo fronça les sourcils.
— Alors quoi ?
— On peut en parler maintenant.
— Parler de quoi ?
Chris insista du regard, Kuroo ne mit pas longtemps à comprendre où il voulait en venir.
— Tu sais de quoi.
— Oh…Oh… c'était une embuscade, c'est ça ?
— Pas vraiment… j'ai vraiment des bières, et de quoi jouer.
Kuroo haussa un sourcil.
— Ça te dérange ? Ça avait l'air de te préoccuper, c'est pour ça que je propose.
Le brun s'enfonça dans sa chaise. Certes, il n'avait pas forcément envie d'en parler, surtout qu'il n'avait pas prévu de le faire… Mais il ne pouvait pas rester coincé comme ça indéfiniment! De plus, Chris était surement la personne la mieux placée pour parler de… ça. Il croisa les bras.
— Je sais pas, c'est embarrassant…
Chris haussa un sourcil.
— T'as passé trois quarts d'heure la semaine dernière à me parler de tes histoires de vestiaires au lycée, on en est plus là, non ?
Kuroo rougit et échappa un rire pour accuser le coup.
— OK, ok, tu m'as eu...
Chris sourit et réajusta sa position.
— Tu as pu y réfléchir du coup ?
Eh merde, on en était vraiment là ?
— Je suis bien trop sobre pour en parler là !
Chris échappa un sourire en coin :
— Bois deux gorgées de plus, ça fera l'affaire.
Kuroo pouffa.
— Hey ! C'est pas sympa de se foutre de mon métabolisme !
— Je me fous de rien du tout, je m'appuie sur des faits.
— Mouais…
Il prit une nouvelle gorgée.
— Du coup.
— Du coup quoi ?
— Tu y as réfléchi ?
Kuroo soupira. Il ne pouvait plus lui échapper maintenant. Il regarda la porte-fenêtre: peut-être pouvait-il tenter une évasion ? Il y renonça, un peu à contrecœur, et répondit finalement :
— Non… enfin oui mais…
— Mais ?
— Je sais toujours pas…
Chris hocha la tête.
— Qu'est-ce qui te dérange ?
— C'est pas évident ?
Le blond hocha négativement la tête.
Évidemment, ils n'avaient pas du tout grandi dans le même contexte : en plus d'avoir grandi en Europe, Chris avait été élevé par cinq parents, bien sûr qu'il ne voyait pas où était le problème ! À vrai dire lui non plus n'arrivait pas vraiment à formuler quel était le problème… Enfin si, bien sûr que si…
— Pourquoi tu y mets autant de résistances ?
C'était fou tout de même toutes ces personnes se prenant pour des apprentis psy, il y en avait certains qui avaient loupé leur vocation !
— C'est pas évident ?
— Non… Je crois pas. Enfin, mise à part que c'est en divergence avec les normes sociales que tu connais.
Kuroo soupira intérieurement, il préférait nettement quand le blond n'arrivait pas à s'exprimer en japonais : les conversations étaient beaucoup moins profondes !
— Mais depuis quand tu t'occupes de ce genre de chose ? finit par remarquer Chris.
— Quoi ? Je respecte très bien les normes sociales, merci.
— Je te dis pas que t'es pas polie, mais tu vois ce que je veux dire, non ?
— Non.
Chris haussa un sourcil, très peu convaincu.
Kuroo voyait parfaitement où il voulait en venir. Depuis l'adolescence, il avait bien compris que ce que le social voulait lui inculquer était parfois absurde, il avait fini par lui faire un pied de nez et avait peu à peu érigé son propre code de conduite.
— Admettons, lui concéda le brun, décidant qu'il était temps qu'il arrête d'éviter la conversation.
— Je comprends bien qu'il faut du temps pour déconstruire ce genre de chose, que ça se fait pas en claquant des doigts, mais qu'est-ce qui t'embête au fond ?
Kuroo se contenta de hausser les épaules.
— Tu es vraiment attaché à l'idée de la monogamie ?
Kuroo manqua de s'étouffer avec sa bière. En voilà une bien étrange question ! Il n'aurait jamais pu imaginer qu'on la lui poserait sérieusement un jour... Diable il y a peu, il ne pensait même pas qu'il y avait d'autres possibilités ! Alors non, il n'avait pas trop eu le temps d'y réfléchir… Enfin si, depuis qu'il avait discuté de ses histoires de cœurs à la dernière soirée de Chris, et que la chose lui avait été soumise, il devait admettre que l'idée lui avait parfois traversé l'esprit, mais rien de bien concret…
— Apparemment…
— Hum…
Ils se turent. Kuroo réfléchit longuement. S'il était honnête avec lui-même, non, conceptuellement parlant, il n'était pas plus attaché que ça à… à la « monogamie », l'idée ne l'indisposait pas plus que cela au fond, il comprenait vaguement le principe. Mais de là à l'intégrer à la fois mentalement et… factuellement dans sa vie, il y avait du chemin à faire.
Et puis… c'était un dénouement qu'il n'avait vraiment jamais envisagé… Pourtant, des histoires de triangles amoureux, il y en avait à foison. À ce qu'il sache, Bridget Jones n'avait jamais envisagé le fait qu'elle pouvait finir son happy end à la fois avec Mark Darcy et Daniel Cleaver (oui, il avait deux sœurs qui adoraient ce film, il avait dû le voir une bonne cinquantaine de fois et c'était surement ce qui l'avait aidé à améliorer son anglais, normal qu'il s'en serve de référence non ?). Bon mauvais exemple, Daniel ne la méritait clairement pas… Et Daniel et Mark n'étaient pas déjà en couple… Mais passons, il n'avait vu ce dénouement nulle part d'ailleurs auparavant. Ce n'était donc pas si étonnant qu'il ait tant de mal à l'intégrer non?
C'était peut-être ça son problème ? Il avait voulu se la jouer à la comédie américaine ridicule, et il s'était fait avoir.
— Je sais pas, peut-être que j'essayais juste de… de batifoler à droite à gauche sans me prendre la tête et que je me suis fait prendre la main dans le sac.
Chris n'eut pas l'air convaincu.
— J'avais un pote à la fac qui faisait ça… Il avait genre, cinq dates pas semaines, à chaque fois avec une nana différente, il arrêtait pas… Certes, il ne s'attachait jamais à aucune d'entre elles… Il a fini par sortir avec son meilleur pote… Je crois qu'ils sont toujours ensemble d'ailleurs…
— Hum, c'est ça, t'essayais certainement juste de « batifoler à droite à gauche ».
Était-ce du sarcasme qu'il entendait dans sa voix ?
— Je sais pas, peut-être ?
Chris le regarda d'un air désabusé.
— Non, ok, j'essayais juste de pas y réfléchir, j'avais zéro plan en vue, zéro stratégie… Ou plutôt c'était ça ma stratégie, le problème c'est qu'elle m'est revenue en pleine gueule et que je me suis bien fait baiser.
— Pas vraiment, le corrigea Chris.
Kuroo rougit, ne s'attendant certainement pas à ce genre d'intervention.
— Non mais pas littéralement ! Enfin tu vois !
— Littéralement ou pas, je pense pas que tu te sois fait « baiser ».
Il soupira.
— Kuroo… Je peux te poser une question ?
— Hum ?
— Si tu les avais rencontrés tous les trois à un moment différent de ta vie, tu aurais tenté quelque chose ? De sérieux je veux dire.
— Surement oui…
— Bah alors ?
— Mais… pas comme ça ! Je peux pas tout avoir non plus c'est… il souffla et laissa sa tête s'écraser sur la table.
— Bah pourquoi ? T'as pas besoin de faire grand-chose en plus, juste de voir où ça peut te mener, non ?
— Laisse-moi deviner, toi aussi tu penses que c'est un « miracle » ?
Chris haussa les épaules.
— It's uncanny.
— Hmm…
Le silence s'étendit. Le soleil avait disparu depuis un moment derrière l'horizon, l'air commençait à se rafraîchir. Voyant qu'il ne tirerait rien de plus de lui, Chris proposa :
— Tu veux qu'on rentre ? On peut faire une partie de Mario Kart si tu veux ?
— OK.
La discussion finit par naturellement s'éloigner de leur échange précédent, au plus grand bonheur de Kuroo qui se laissa volontiers embarquer dans un débat infertile tenant à départager qui de Princesse Pitch où Harmonie avait le plus de charisme. Ils ne réussirent pas vraiment à s'accorder sur la question et se lancèrent dans la course. Peu à peu, l'attention de Kuroo se détourna du jeu, si bien qu'il finit par se prendre un mur et n'essaya même pas de se remettre sur le circuit. Il tenait fermement le volant entre ses mains, regardant l'écran d'un air vide.
— Euh… Kuroo ? finit par s'inquiéter Chris.
— Je sais pas… C'est juste que… Je sais pas, on dit toujours « Tu trouveras la bonne personne », pas « les bonnes personnes » je sais pas, ça me parait… je sais pas, inégal ou injuste ? échappa Kuroo sans qu'il ait eu le temps d'y mettre plus de formes.
Chris mit le jeu sur pause, et tourna son regard vers son ami :
— Kuroo… Tu as bien deux sœurs ? Tu les aimes pareilles toutes les deux ?
— Oui, mais…
— Tu as bien plusieurs amis, chacun avec un lien différent, qui t'apportent quelque chose de différent, non ?
— Mais c'est pas pareil, je…
— Pourquoi c'est pas pareil ?
Kuroo ne sut quoi répondre.
Chris inspira et reposa la manette, avant de tourner son regard vers Kuroo.
— L'amour romantique, c'est comme toutes les autres formes d'amour je pense. Ça se divise pas, ça se multiplie.
Kuroo en resta coi.
— J'imagine que t'as raison…
Kuroo lâcha enfin les armes.
Il savait d'où venait cette résistance finalement… Il avait juste peur. Il était terrifié à l'idée de devoir se jeter dans cet inconnu. S'engager dans une relation avait toujours était effrayant pour lui, même s'il était profondément attaché, même s'il aimait de toutes les putains de fibre de son corps ! Alors là… Là ses craintes dépassaient l'entendement. Là il avait l'impression de devoir se jeter dans un gouffre, sans savoir ce qu'il y avait au fond, et son instinct de survie lui hurlait de rebrousser chemin, de ne pas s'approcher plus du vide.
Mais bordel, il le savait… Il savait qu'il avait envie de fermer les yeux et de s'y jeter. Il ne pouvait juste pas s'y résoudre.
Il avait juste peur.
Il reprit sa bière posée sur la table basse et en engloutit la moitié. L'alcool commençait à l'étourdir.
— Je crois que j'ai juste peur en fait… avoua-t-il.
— Ah… T'as peur de quoi ?
— Je sais pas… de m'engager dans un truc que je connais pas, je sais juste pas comment ça marche…
— Bah… tu apprendras.
— Et puis, peut-être que je le supporterais pas, je sais pas, la jalousie, juste, je sais pas…
— Tu verras bien.
Intervention très constructive, merci!
— Et puis, si ça marche pas, si je m'entends pas finalement avec, si c'est déséquilibré, si ça marche pas ? Ça me ferait chier de les perdre pour… Pour des bêtises, juste parce que je sais pas quoi faire…
Chris se laissa tomber dans le canapé, levant les yeux au plafond:
— Tu peux pas savoir à l'avance.
— Ouais, d'où la flippe que je me tape.
— Ce serait triste de pas commencer une histoire par peur de comment elle pourrait se terminer non ?
— Hum…
Point recevable en effet, ce n'était pas pour autant que cela facilitait les choses.
Le silence s'installa de nouveau. Chris hésita à relancer la partie, voyant que le brun avait repris sa manette. Mais Kuroo l'abandonna très vite et reprit :
— OK, mais…
— Mais ?
— Je sais pas… ça fait longtemps qu'ils sont ensemble apparemment, je sais pas combien de temps exactement mais… Si j'arrive pas à m'intégrer ? Je veux dire, commencer une relation hum… plus classique, c'est nouveau pour les deux parties, là je m'incruste dans une relation déjà existante, qui existait bien avant moi…
— Hum… Déjà… Faut pas forcément te dire que c'est « une relation ».
— Comment ça ? Tu me perds là…
— Bah, c'est trois personnes différentes, avec chacun un lien particulier à l'autre, c'est « des relations ».
— Euh…
— Toi non plus, enfin de ce que tu nous en as déjà dit, tu n'as pas le même rapport avec chacun d'entre eux, non ? Les liens que tu crées, ce que tu construiras, ce sera nouveau pour eux aussi. Ces liens, ces relations, elles n'existaient pas avant toi, elles existent avec toi. Certes, il faut cohabiter avec la dynamique qui existe déjà, mais s'ils t'ont proposé, c'est qu'eux aussi veulent créer ces liens, et dans ton cas, qu'ils sont prêts à t'intégrer dans leur dynamique.
Kuroo ne sut que répondre. Son corps commençait à être secoué de tout un tas d'émotions contradictoires, il avait la tête embrumée et le cœur en vrac. Il laissa lui aussi sa tête retomber sur le canapé.
— Je me répète mais, dans tous les cas, ce serait bête de rien faire juste parce que t'as peur, non ?
— Hum…
Kuroo pouffa, Chris tourna son visage dans sa direction.
— Tu parles pas beaucoup, mais quand tu le fais, c'est pas pour rien dire bordel.
Chris échappa un rire. Le silence s'installa de nouveau.
— Et puis… reprit le blond.
— Humm ?
— Si on en parle, c'est que tu y as déjà réfléchi non ? Sinon t'aurais déjà refusé, tu crois pas ?
— Surement…
— T'es même pas obligé de t'engager à quoique ce soit pour le moment, tu peux juste leur en parler et voir ce que ça donne.
— T'as raison… Enfin j'imagine… Faut juste que je trouve comment aborder le sujet…
Chris sourit.
— Mais je m'en fais pas trop pour toi, je pense que tu as ce qu'il faut.
— Comment ça ?
— Je veux dire… tu es honnête avec toi-même…
Bof.
— Tu es honnête avec tes sentiments et…
Bof encore, ces derniers mois en étaient bien la preuve.
— Et tu es toujours ouvert au dialogue.
Kuroo haussa un sourcil.
— C'est pas facile à trouver tu sais.
Kuroo devait bien s'accorder cela. Il avait été élevé en tant que garçon au japon, il lui avait fallu des années de déconstructions et des années de navigation dans un milieu plutôt underground pour en arriver là… Il ne savait pas de quoi il avait si peur au fond. S'il y réfléchissait bien, il avait dû construire son identité sur un territoire inexploré que personne ne l'avait préparé à affronter. Il n'avait pas renoncé, et il en était fier.
— T'as raison… je suis carrément un rebelle en fait…
Chris pouffa.
— Tu me fais un peu penser à ma mère, t'aurais dû voir la tête de ses parents quand elle a quitté le japon avec le reste de mes parents. J'étais pas là pour le voir mais on m'en a parlé.
— Chris, est-ce que tu es mon ami parce que je te fais penser à ta mère ?
Le blond haussa un sourcil, sur ses lèvres glissa un rictus amusé :
— Peut-être un peu.
— Oh ! j'hallucine !
— On reprend la partie ?
— Détourne pas la conversation !
Trop tard, Chris avait de nouveau lancé le jeu.
— Ma mère sait pas jouer à Mario kart.
— Comme si ça répondait à la question.
Il abandonna le débat et se relança dans la course.
Il jeta un coup d'œil discret dans sa direction. Il était bien content de l'avoir dans sa vie, même si cela était uniquement parce qu'il lui rappelait sa mère. Finalement, cette intervention avait payé. Il n'était toujours pas bien sûr de ce qu'il allait faire, mais il commençait à y voir un peu plus clair.
-/-
Trois jours s'étaient écoulés depuis sa dernière discussion avec Chris. Il avait retrouvé le sommeil, ce qui avait été miraculeux pour rétablir le bon fonctionnement cognitif de son cerveau. Il n'avait plus autant peur, mais il ne savait toujours pas comment il devait venir vers eux... Comment devait-il ouvrir le dialogue ? La solution la plus simple serait d'envoyer un message, il avait toujours une conversation en stand-by avec Kenma, il pouvait très bien le contacter ainsi... Cependant, il ne savait pas quoi dire ni comment s'y prendre… Il avait donc laissé le temps s'étendre, attendant qu'un signe, divin peut-être, lui parvienne. Super, parler de signe lui avait foutu l'intégralité des chansons du dessin animé Anastasia en tête ! Plus rien ne pouvait émerger dans son cerveau à présent à part les paroles de « voyage dans le temps ». Il avait dû se mettre à chanter à voix haute en y pensant car bientôt Oikawa se mit à chanter distraitement avec lui, le nez toujours plongé dans ses cours. Ils s'étaient installés dehors sur une table pour étudier un peu en attendant leur dernier cours de la journée. Kuroo, qui avait pourtant ses notes de biochimies posées face à lui, n'avait pas lu un traitre mot depuis près de dix minutes. Il continua de chanter à voix basse, la voix d'Oikawa raisonnant avec la sienne :
« Doucement, pas à pas,
marchons vers l'avenir
Sur la route du bonheur.
Est-ce qu'on m'aimera ?
Ai-je raison de partir ?
Tant de questions dans mon cœur »
Il releva les yeux, abandonnant complètement sa lecture. Il regardait les petits groupes d'étudiants marcher ensemble, les sourires, les échanges animés. Son regard s'accrocha finalement à une figure lointaine, il plissa les yeux pour la détailler.
« Oui, c'était bien un signe ! »
Il venait de reconnaitre Bokuto. Il se figea, et se tut complètement. Oikawa releva les yeux, surpris de ne plus l'entendre. Il fallait qu'il fasse quelque chose.
Maintenant.
Sans plus de cérémonie, et sans prendre le temps de réunir ses affaires, il se leva et se mit à courir en direction de Bokuto.
— Kuroo ! entendit-il hurler dans son dos.
Il ne se retourna pas et continua sa course. Bokuto était trop loin pour qu'il puisse l'appeler, et le fourbe s'éloignait de plus en plus, se rapprochant de la sortie. Il poussa assez pour diminuer l'écart entre eux, mais après quelques tentatives, constata qu'il n'était toujours pas à portée de voix. Il traversa le portique de sortie et s'arrêta pour balayer des yeux les environs, ayant perdu toute trace du jeune homme qu'il poursuivait. Il le vit enfin à quelques mètres de lui, entrant à l'arrière d'une voiture. Il accéléra, jurant en voyant la voiture redémarrer pour sortir de la place de parking. Alors que le véhicule venait de regagner la route, prêt à s'en retourner vers une destination inconnue, Kuroo, à court d'idées, se planta devant, bras grands écartés. La voiture pila juste devant lui mais il ne put éviter la collision et se prit le pare-chocs dans les jambes. Le choc le déséquilibra et il se rattrapa de justesse en étendant les bras pour ne pas s'étaler de tout son long sur la voiture. Ne prenant même pas le temps d'intégrer l'incident, il fit le tour pour se planter devant la portière côté conducteur. La fenêtre se baissa :
— Mais Kuroo ça va pas t'es taré ! lui hurla Kenma, au bord de l'hyperventilation.
En passant sa tête à l'intérieur, Kuroo constata que le trio était au complet. Ils le regardaient avec sidération, choqués de ce qu'il venait de se produire.
— Oh, vous êtes tous là, remarqua Kuroo, comme s'il ne venait pas du tout de se prendre une voiture.
— Si j'avais pas freiné à temps tu serais passé sous mes roues, sombre abrutie !
— OK.
Kenma se tut, et haussa un sourcil.
— OK, répéta Kuroo sans y mettre plus de formes.
Le trio passa de la stupéfaction à l'étonnement.
— Tu veux dire que…
Bokuto passa sa tête entre les deux sièges et hurla :
— Tu veux dire que c'est oui !
— Oui je sais pas, mais je veux bien tenter, voir si…
Il n'eut pas le temps de finir, Bokuto sortit de la voiture pour se jeter sur lui. Il l'enlaça si vigoureusement qui en perdit le souffle.
Au profond sentiment d'euphorie qu'il ressentit, Kuroo sut qu'il avait pris la bonne décision. Il verrait bien ce que le futur lui réservait. Il avancerait un pas après l'autre.
-Fin du chapitre-
Hey !
Petit chapitre de transition, mais je pense qu'il était tout de même nécessaire. J'espère qu'il vous aura plu !
Maintenant on passe aux choses sérieuses ! (on veut du love pardi!)
Prochain chapitre : « La ferme aux papillons 1 »
« — Si tu en doutais, sache que je suis là de mon plein gré. Je suis content d'être ici, avec toi.
Le brun lui sourit.
— Moi aussi.
Ils se regardèrent. Cela lui rappela la première fois qu'il avait rejoint Akaashi au Fukuro, et qu'ils s'étaient regardaient longuement au moment de se quitter, bêtement émoustillés de la présence de l'autre. Kuroo fut le premier à briser le contact visuel :
— Bon, on va où du coup ?
— Oh, une exposition immersive des œuvres de Monnet, le peintre français. J'en avais eu des bons échos lors de son passage à Chicago.
— Nice. »
See ya
