CHAPITRE 8

"Seules les légendes permettent de perpétuer ce que la nature condamne. Seuls les mythes ne reconnaissent pas de limite au possible." - Andrzej Sapkowski


Marchant à pas rapides dans le château, les trois Gryffondor se disputaient à voix basse jusqu'à ce que Ron hausse la voix :

« Mais Harry, on ne peut pas faire ça, on va faire perdre tous nos points !

— On s'en fiche des points ! » cria presque Hermione.

Les deux garçons s'arrêtèrent nets dans leur course.

« Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait à Hermione ? » répliqua Ron pour détendre l'atmosphère devenue lourde, mais sa tentative tomba à plat. Le silence, après leurs éclats de voix, résonnait dans le cloître, encore humide de la dernière pluie automnale.

La posture de la jeune femme était si rigide qu'elle en devenait tremblante. Son regard noisette, braqué sur celui de Harry, était décidé.

« Harry, on doit demander de l'aide à Dumbledore, c'est la guerre dehors. »

Excédé, Harry se redressa vers son amie et la pointa du doigt avec défi avant de se pointer lui-même.

« Et tu crois que je ne suis pas au courant ?

— Tu n'as pas l'air de t'en rendre compte, non », affirma-t-elle sans se laisser impressionner et en le regardant d'aussi haut que sa plus grande taille lui permettait.

Harry se mordit les lèvres, mais ne pouvait pas leur révéler qu'il vivait la guerre, le soir, dans son sommeil. Qu'il avait des visions et qu'il était bien plus impliqué que tout le monde le pensait.

Parfois il pensait à le leur dire. Il pensait aussi à la manière dont il devrait le faire. En s'excusant de leur avoir caché la vérité ? En profitant d'une dispute pour lâcher cette bombe ?

Mais il savait qu'elle serait leur réaction. Ils le regarderaient comme un fou ou comme une bête de foire, comme quand il entendait le Basilic. Alors il tint sa langue.

Tandis que Harry croisait les bras sur son torse, imitant la posture de son amie dans un duel de regards, Ron se glissa entre eux et posa une main sur son épaule, sa peau opaline capturant un rayon de soleil qui passait par là.

« Mensah est une bonne prof. Elle pourra nous aider, elle nous l'a dit. On est pas obligé de créer un club de défense derrière le dos de Dumbledore Harry, il y a une autre solution, tenta de le convaincre le cadet Weasley, glissant un regard soutenant à sa petite amie.

— Non, elle a juste dit qu'on devait demander des cours de pratique, pas qu'elle les assurerait, contra Harry.

— Raison de plus pour demander alors, il n'y a rien à craindre », répondit-il en souriant.

Ron savait être fourbe.

« Si Dumbledore dit non, alors on ne pourra pas créer de club, il s'y attendra ! »

Tout le monde avait fini par comprendre que Harry éprouvait des sentiments de méfiance vis à vis de la remplaçante de Remus. Mais il n'avait jamais réussi à leur expliquer la raison. Et il refusait également de demander de l'aide à Dumbledore. Alors tout ce qu'avaient trouvé à répondre ses amis, c'était qu'il était paranoïaque et que son instinct se trompait souvent.

Et il était le mieux placé pour savoir qu'ils n'avaient pas tort. Entre Snape et Draco, il s'était effectivement bien trompé. Mais était-ce une raison pour le traiter comme un enfant qui criait au loup ?

Sa colère, qui semblait n'être en réalité que le masque de son angoisse, lui tiraillait les boyaux et il se sentait pris au piège. Il ne voulait pas de cours avec Mensah, même si c'était irrationnel, même si ce n'était pas vraiment la cause de sa tension, et il se laissa exploser.

« Et pourquoi vous n'y allez pas sans moi, hein ? Vous êtes obligés de toujours avoir mon accord pour parler à un professeur ? » cracha-t-il avant de le regretter aussitôt.

Hermione et Ron eurent un petit mouvement de recul, blessés, et Hermione s'apprêta à répondre mais Ron la pris par le bras pour la faire taire et bomba le torse.

« Très bien. On y va seuls alors. Mais cette fois-ci, tu ne te plaindra pas d'être tenu à l'écart. »

Harry ouvrit la bouche sans que plus rien ne puisse en sortir, et ne put qu'observer bêtement ses amis reprendre leur marche. Hermione lui lança un regard déchiré par la colère et l'inquiétude, et il fut laissé seul.

La raison de leur dispute trouvait son origine dans les jours qui avaient suivis l'annonce de leur directeur concernant le retour de Voldemort.

D'abord, il y avait eu un silence glacé dans la Grande Salle, puis une vague de panique déferla sur les élèves. Plusieurs premières et deuxièmes années avaient souffert d'attaque de panique qu'il fallut soigner rapidement à coup de sortilèges, et quelques adolescents téméraires – où idiots – avaient fait pleuvoir des insultes sur les Serpentard, présumés Mangemorts d'office. Harry se souvenait du regard de profonde détresse que lui avait lancé Draco.

Dumbledore avait ensuite fait résonner sa voix dans la Grande Salle pour inciter à un retour au calme, mais c'est Mensah qui avait fait rentrer les choses dans l'ordre. Le simple fait de la voir se lever, son regard dur illuminé par ses robes scintillantes, avaient fait taire les élèves les plus angoissés.

Elle les avait toisés de toute sa hauteur, les écrasant de sa prestance, irradiant de force et de sévérité. Après avoir fait glisser un regard méprisant sur la salle, un regard que tout le monde avait interprété comme ''vous allez tous mourir si vous ne contrôlez pas vos émotions'', elle avait pris la parole :

« Le Seigneur des Ténèbres était vivant hier. Et le jour d'avant. Et la semaine d'avant. Que vous l'appreniez maintenant ne change rien. Rasseyez-vous. Mangez. Et réfléchissez ensemble à ce que vous allez faire de cette information. »

Elle s'était rassise afin de montrer l'exemple, et les larmes avaient séchées, laissant place à un brouhaha animé, chacun évoquant son point de vue et ses idées.

Le lendemain, vingt élèves avaient quittés l'école. Les élèves restants, eux, étaient déterminés.

C'est en repensant à ce moment que Harry comprit que les autres – et par les autres il voulait dire 'le reste du monde' — avaient des capacités d'adaptation bien plus poussées que lui.

Il était au courant du retour de Voldemort depuis des mois, il l'avait vu, il lui avait survécu, et pourtant il n'arrivait pas à se détacher de cette peur qui lui tiraillait les entrailles et l'empêchait d'avancer. Il avait d'abord pensé que c'était normal, que seuls les adultes avaient cette capacité, grâce à l'expérience et la maturité. Mais en voyant des élèves d'à peine douze ans décidés à apprendre à se battre pour leur vie et celle de leurs proches, il se sentait… enfantin.

C'est avec cette dérangeante pensée qu'il percuta Snape dans les couloirs du premier étage.

« Un mot, Potter, dans mon bureau », annonça-t-il d'un visage neutre.

À peine surpris — il commençait à penser que Snape avait le même pouvoir que Dumbledore : savoir où il se trouvait, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit — Harry suivit les robes noires qui claquaient sur le sol glacé jusqu'à la solide porte de chêne qui fermait le bureau de son professeur.

« Monsieur Potter. Je me dois de vous informer qu'en vue des… récents événements, commença-t-il d'une voix traînante, il va falloir vous munir d'encore plus de vigilance qu'à l'habitude.

— C'est à dire ? Vous craignez une attaque dans le château ? supposa-t-il en s'avançant vers le bureau tandis que son professeur s'asseyait.

— Pas des Mangemorts. Il y a dans cette école des personnes qui feraient n'importe quoi pour attirer ses faveurs. Mais il y a aussi des familles qui sont tenues dans sa main par la force, que certains ici souhaitent simplement protéger », explicita-t-il d'une voix sourde en se penchant vers l'avant, faisant craquer son fauteuil.

Harry soupira longuement.

« J'ai bien conscience que ce que je vous dis ne va pas améliorer vos… angoisses. Mais me taire serait une faute que je ne peux me permettre. Ma mission, monsieur Potter », il se rapprocha encore et Harry pouvait sentir sa senteur d'armoise, « est de vous protéger. Et contrairement à d'autres personnes ayant la même mission, je ne considère pas que cela signifie vous placer dans une cage dorée, coupé du monde et de la réalité. Vous devez savoir ce qu'il se passe. »

Malgré le nœud qui lui tordait le ventre, Harry appréciait vraiment le fait de ne pas être traité comme un enfant. Même si ça devait venir de Snape, pensa-t-il avec amertume. Il aurait aimé qu'un autre adulte le juge autant digne de confiance.

Penché sur la table, ses doigts gelés contre le bois, Harry laissa à son esprit quelques instants pour réfléchir. Il mourrait d'envie de demander à Snape ce qu'il s'était passé quelques jours plus tôt, quand il avait dû arrêter leur leçon, mais il se retint. L'homme n'avait pas l'air d'humeur à s'ouvrir à lui.

« Qu'est-ce qu'il va se passer maintenant ? » demanda Harry d'une petite voix.

Sur le visage de Snape, trop tiré pour son âge, se dessina une expression surprise. Ne l'avait-il pas surestimé ? L'adolescent si frêle avait-il les épaules assez larges pour le rôle qu'il avait à jouer dans cette guerre ?

L'homme prit le temps d'observer en détail le visage de son élève, décelant bien sûr l'angoisse, mais aussi une volonté de se battre - ou plutôt de se défendre - qui brillait dans ses yeux.

Ils jouaient avec le feu avec cet enfant.

« J'ai entendu dire que la professeure Mensah avait fait forte impression auprès des élèves et que tout le monde désire à présent des cours de combat. Vous ne partagez pas cette envie ?

— Je... je ne sais pas, avoua Harry en détournant les yeux. J'ai envie d'apprendre à me battre. C'est juste que j'aurais aimé... ne pas avoir à le faire ? répondit-il avec un geste d'impuissance. Je ne sais pas si ce que je dis est compréhensible.

— Ça l'est monsieur Potter. Malheureusement, nous vivons une période sombre. Personne n'a le loisir de choisir une vie normale, vous encore moins. »

Il se repositionna dans son siège, jouant distraitement avec sa plume tâchée d'encre sèche, posée devant lui dans son encrier, et continua :

« Je pense pour ma part que des cours de combats vous permettrons de canaliser votre anxiété, de montrer à votre corps que vous êtes capable de vous défendre et d'être utile. De vous prouver que vous n'êtes pas impuissant. »

Harry mûrit ces paroles sans répondre, laissant son regard se perdre sur les différents parchemins qui recouvraient le bureau de son professeur. S'il avait été dans ses quartiers, il aurait été plus à l'aise, mais entre les murs du bureau et des pierres humides de la pièce jointe à la salle de classe, il ne se sentait pas capable de s'épancher sur ses sentiments.

« Nos cours d'Occlumencie avancent bien. Cet apprentissage ne vous apprend-il pas une certaine sérénité ?

— Si. Mais un entraînement au combat... c'est beaucoup plus réel. Je ne pourrai plus faire comme si tout allait bien. »

Les deux sorciers laissèrent le temps s'étirer. Après quelques minutes assez silencieuses du côté de Harry qui était perdu dans ses pensées, il fut reconduit dans les couloirs par son professeur, sans un mot de plus. Alors comme ça, Voldemort faisait du chantage à des familles pour que leurs enfants s'en prennent à Harry ? L'adolescent remonta les marches pour quitter les cachots afin d'aller en cours de Botanique, tentant de ne pas chercher à deviner de qui il s'agissait.

Avant d'arriver aux serres — il était légèrement en retard — il croisa Angelina qui l'attendait de pied ferme, les bras croisés et l'air tendu.

« Angelina ?

— Je ne m'attarde pas, j'ai cours de sortilèges, je t'ai préparé ton emploi du temps pour les prochaines semaines » déblatéra la septième année rapidement en lui tendant un morceau de papier plié en deux. « Je veux que tu l'apprennes par cœur et que tu t'y tiennes. Tu peux arriver en retard en cours si tu veux mais pas aux entraînements. »

Comme il ne réagissait pas, elle secoua le parchemin avec exaspération pour qu'il le prenne.

« Heu… je—

— L'entraînement de Quidditch, Harry. Réveille-toi. On change les horaires ce week-end, t'as intérêt à être en forme ! » conclu-t-elle en tournant les talons sans lui laisser la possibilité de répondre.

Harry eut l'air un peu idiot quelques secondes, son papier à la main et la bouche entrouverte. Il avait oublié leur premier match. Et c'est le pas lourd en se dirigeant vers les serres qu'il se rendit compte qu'il n'avait pas tant que ça envie de jouer. Voler sur un balai avait toujours été la chose qui le rendait le plus heureux, qui le faisait se sentir libre. Il adorait le Quidditich, vraiment, ne serait-ce parce que c'était la seule chose pour laquelle il était loué qu'il ne devait pas à ses parents ou à sa célébrité. Il était un bon joueur, et peu importe le balai — contrairement à Draco, pensa-t-il avec un brin d'amusement.

Mais le Quidditch lui semblait bien futile à présent. Était-ce raisonnable de s'engager à nouveau dans une activité chronophage alors qu'il avait déjà les cours, les leçons d'Occlumencie, et les futurs entraînements au combat qui ne manqueraient pas d'arriver ?

Il lui faudrait le retourneur de temps de Hermione… et beaucoup de sommeil, plus qu'il n'en avait.

En marchant dans les jardins du château, il grelotta malgré le soleil timide illuminant les perles de rosée qui glissaient le long des hautes herbes.

Non. Le Quidditch était une mauvaise idée. Il dirait à Angelina de trouver un nouvel attrapeur. Il eu un pincement au cœur en prenant cette décision, mais il savait que c'était le choix le plus sage. Il pourrait toujours faire du Quidditch pour s'aérer l'esprit, mais pas en compétition. Et il pourrait toujours reprendre l'année prochaine… Trois heures par semaine, c'était intenable, pensa t-il en lisant le petit papier.

« Monsieur Potter, entrez, dépêchez-vous ! » l'invita Chourave en lui ouvrant la porte de la serre avec ses épais gants.

Il chassa ses pensées tristes du mieux qu'il le put et enleva sa cape en laine avant de s'asseoir à côté de Ron. Celui-ci faisait clairement la tête, mais brûlait également de lui raconter leur entrevue avec Dumbledore, il le sentait. Alors il abrégea le supplice de son ami.

« Comment ça s'est passé ? » chuchota-t-il.

Ron le regarda un peu de haut, même s'il avait un petit sourire sur le visage qu'il n'arrivait pas à cacher. Il était trop fier pour continuer à être fâché contre Harry.

« On est allé voir Dumbledore, et on lui a demandé avec beaucoup d'assurance qu'on exigeait des cours de combat — Hermione sourit en entendant le ton de Ron — il nous a dit que c'était prévu depuis un moment avec Mensah et d'autres profs, et que des cours facultatifs allaient être proposés dès la semaine prochaine ! »

Hermione poursuivit :

« Il ne l'a pas encore annoncé mais il nous a révélé que les cours seraient donnés les mercredi et samedi après-midi.

— Comme ça on pourra ne pas en louper trop malgré le Quidditch. Tu as reçu le planning ? » demanda Ron.

Harry acquiesça en grimaçant, incertain du moment où il faudrait lui annoncer qu'il ne jouerait plus. Il écouta Ron s'extasier sur ses futures techniques de gardien et évita soigneusement le regard suspicieux d'Hermione durant toute l'heure, préférant se concentrer sur le travail du jour. Il s'aperçut que la plante qui était posé sur les paillasses était celle qu'il avait trié le jour de leur retenue avec Snape en début d'année.

« La jusquiame est une plante à manier avec précaution, mettez des gants mademoiselle Bones ! Elle est utile pour de nombreuses choses et est similaire à la Belladone. Elle peut dans certaines potions permettre à un sorcier de se métamorphoser en animal, imitant les propriétés d'un Animagus. Elle peut également vous faire voyager, si vous avez la malchance de l'ingérer, aux pays des rêves comme au pays des cauchemars… Elle est aussi parfois utilisée dans une préparation à jeter sur certaines créatures de la nuit. »

Neville eu une moue admirative et examina la large fleur jaune et noire de plus près. Il recula bien vite en plissant le nez devant son odeur.

« C'est une plante très utile. Et très chère. Le premier que je vois m'abîmer une feuille aura affaire à moi ! »


Dumbledore ne fit pas d'annonce publique à propos des cours de combat. A la place avaient été disposés de longs parchemins sur les panneaux en liège de l'entrée du château, où chacun pouvait s'inscrire à différents horaires afin de constituer des petits groupes équilibrés.

Harry avait attendu quelques jours pour prendre connaissance des places encore disponibles. Le vendredi soir, emmitouflé sous son écharpe, il s'était rendu seul face au tableau, et hésitait. Presque tous les élèves du château avaient déjà écrit leur nom sur un des nombreux parchemins.

« J'attendais que tu t'inscrives, je veux faire équipe avec toi », chuchota une voix dans son dos. Il reconnut Draco et les muscles de ses épaules se détendirent en sa présence. Il ne lui avait pas parlé en face à face depuis un moment.

« Tu ne penses pas que ça sera suspect ?

— On est souvent en duo en cours de défense, depuis des années. Et puis tout le monde s'imagine que c'est notre nouvelle manière de se battre sans se prendre de retenue. » répondit Draco avec un sourire narquois qui ne cachait plus rien de sa tendresse.

Harry savait qu'ils ne risquaient pas grand-chose, tout le monde étant au chaud dans les salles communes, alors il s'autorisa à caler son dos contre le torse de son amant. Draco glissa son bras sous sa cape et l'enroula autour de sa taille. Le jeune homme frissonna.

« Alors, quelle heure tu choisis ? lui demanda-t-il tout contre son oreille.

— Je voulais y aller samedi après-midi mais c'est l'heure de notre entraînement de Quidditch.

— Choisis une autre heure, alors, répondit Draco avec flegme, ses fines lèvres caressant la base de son cou.

— Je ne veux plus jouer… » chuchota Harry en baissant les yeux.

Draco se redressa un peu, silencieux, et observa l'adolescent blotti contre lui.

« J'ai trop de choses à faire, je ne pourrai pas gérer le Quidditch en plus.

— Aux limbes le Quidditch, répondit le blond après réflexion. Personne ne t'en voudra.

— Ça t'arrangerai bien, se moqua Harry. Je suis l'atout principal de l'équipe, et les gens voudront se détendre, histoire de ne pas penser à ce qu'il se passe dehors... Ils vont râler.

— Qu'ils râlent, ils sont tous idiots », jugea Draco en grognant dans son dos.

Les deux amoureux restèrent un moment l'un contre l'autre, profitant simplement de ce petit moment de solitude et de tranquillité. Mais Harry commençait à avoir les pieds froids et il se dépêcha d'écrire son nom sur le parchemin. Le Serpentard fit de même, après avoir attardé sa main sur la sienne pour lui prendre son crayon de papier.

« C'est moi qui assure les rondes aujourd'hui...

— Pourquoi tu me dis ça ? » susurra Harry qui avait sa petite idée, une douce flamme lui réchauffant le bas-ventre.

Draco se pencha vers lui et caressa son nez droit contre le sien, le regard à la fois tendre et plein d'envie.

« Je vous offre une heure loin du monde monsieur Potter, juste en ma compagnie. Qu'en dites-vous ? » plaisanta Drago, dont la chevelure blonde brillait presque dans la nuit.

Harry hocha la tête, les yeux rieurs, et le suivit en courant dans les escaliers qui, pour une fois, les menèrent où ils le voulurent.


Harry soupira en passant ses mains dans ses cheveux. Elles étaient froides et il ne parvenait pas à les réchauffer. Il ne parvenait jamais à les réchauffer.

Dans son dos, le siège confortable épousait ses épaules contractées et il laissa aller sa tête contre le haut du dossier, fermant les yeux. Le crépitement du feu l'avait toujours bercé. Il sentait sa chaleur presque lui brûler le tissu de ses robes tant il était près. Madame Cole l'aurait sermonné... Cette vieille bique.

Le manoir était calme. Il préférait toujours ces heures-là. Quand la même la nuit semblait morte.

Un frottement désagréable à ses oreilles le fit grimacer, mais il accueillit avec plaisir la lourdeur du corps de Nagini qui s'enroulait sur ses cuisses comme un chat. Elle savait toujours quand ses pensées se perdaient trop loin. Elle savait le ramener.

Distraitement, il caressa les écailles lisses de son familier et apprécia la force de cet être de muscles. Ses sifflements étaient comme une berceuse, et enfin, il s'autorisa à se détendre, à mettre en suspens ses questionnements sur la conduite à tenir...

Quelle conduite ?

Harry ouvrit lentement les yeux et observa ses mains si blanches qu'il devinait toutes ses veines, veines qui semblaient vides.

Brusquement, il comprit dans quel corps il était et eu la sensation de se figer.

Ne cédant pas à la panique, Harry se demanda pourquoi il était conscient d'être là, alors que d'ordinaire dans ses visions, il était Voldemort.

Pouvait-il tirer parti de cette situation exceptionnelle ? Il était dans la tête du mage noir, conscient de lui-même, et aucune torture morbide n'était en cours devant ses yeux. Il pourrait tenter quelque chose.

Harry n'avait jamais vraiment pratiqué la Legilimencie, ses cours avec Snape ne servaient pas à ça. Mais… il pourrait essayer de trouver des informations, non ?

À peine eut-il le temps de formuler cette pensée qu'il sentit ses mains se contracter sur la peau du serpent, et l'ombre d'un autre esprit se fermer sur le sien.

Il était repéré.

Harry ouvrit les yeux — les siens cette fois — le corps tendu à l'extrême. Il prit quelques secondes pour observer le dortoir à travers ses rideaux ouverts et se rassurer sur sa présence dans son propre corps, puis expira doucement. Il n'avait réveillé personne. Tremblant quelque peu, il se leva et se rendit dans la salle de bain.

Il traina ses jambes courbaturées par ses visions nocturnes et tâtonna dans le noir à la recherche du lavabo le plus proche.

La magie, Harry, la magie, se sermonna-t-il en soupirant. Il tira sa baguette de son attache en cuir et lança un faible Lumos. Son regard glissa paresseusement de ses pieds contre la pierre gelée jusqu'aux poignées du robinet, alors il ne le vit pas tout de suite. C'est quand il leva les yeux vers le miroir qu'il lâcha presque sa baguette de stupeur.

Ses yeux étaient rouges.

Un clignement d'œil plus tard et ils reprirent leur couleur verte, si vite qu'il pensa avoir rêvé.

Qu'il se convint qu'il avait rêvé, en détaillant, le souffle court, son visage fatigué dans le miroir.

Il ne lui en fallut pas plus pour se décider que, définitivement, le Quidditch était secondaire. Il avait de problèmes bien plus urgents à régler.


C'est dans cette optique déterminée qu'il se rendit plus tard à leur premier cours de combat.

Le rendez-vous avait été donné dans les couloirs du troisième étage, toujours peu fréquentés. Leur professeure était stoïque, les mains dans le dos, attendant que tout le monde arrive.

Impatient, Harry regarda autour de lui : ils étaient une petite dizaine, tous vifs malgré le déjeuner qui pesait dans leur estomac et la grasse mâtiné que certains s'étaient accordés. Le groupe était composé d'élèves qu'il ne connaissait pas bien. Tous les âges avaient étés brassés, ce qui lui paraissait hautement inconscient : comment pouvait-il se battre correctement contre des première année ? Seule Lavande était de son âge et de sa maison, et Harry avait pris soin de ne pas croiser ses camarades avant le cours, car il n'avait pas encore eu le courage d'avouer qu'il abandonnait le Quidditch et qu'il serait absent à l'entrainement des Gryffondor. Rapidement, Draco se fraya un chemin à ses côtés, et le groupe fut au complet. Le col roulé noir lui allait bien. Draco surprit son regard appréciateur et haussa un sourcil goguenard. Harry cacha son sourire du mieux qu'il put et reporta son attention sur leur professeure.

« Bienvenue, commença Mensah. Les cours que je dispense sont facultatifs, néanmoins je vous demanderai d'être présent à chaque fois que vous vous inscrivez à une horaire, car je travaille la composition des groupes à l'avance. »

La plupart des élèves acquiescèrent, et Harry nota que les plus jeunes étaient complètement sous le charme de leur enseignante. Deux jeunes élèves avaient même mis des anneaux dorés dans leurs tresses, comme pour l'imiter, et il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.

« Regardez bien les tableaux d'affichages avant chaque séance, car notre lieu de rencontre ne sera jamais le même, continua t-elle d'une voix autoritaire, se déplaçant entre eux dans le long couloir. Nous ne sommes pas dans une salle de classe, nous sommes dans la réalité. Vous avez besoin de savoir vous battre n'importe où. Et je dis bien n'importe où. Que je ne vous entende pas vous plaindre des lieux que je choisis, même s'ils ne sont pas confortables. Est-ce clair ? »

Le petit groupe hocha la tête mais un murmure mécontent se fit entendre.

« Oui jeune homme, quelque chose ? » demanda Mensah.

Un élève que Harry pensa être en troisième année releva la tête et dit d'un ton tendu :

« Pourquoi les Serpentard ont le droit d'être là ? Tout le monde sait que la majorité sont des enfants de Mangemorts, c'est du suicide de les laisser s'entrainer et voir notre entrainement ! »

Des murmures outrés s'élevèrent, mais quelques regards — soit inquiets, soit haineux — semblaient montrer leur accord.

« Je me fiche de votre maison, rétorqua Mensah. Un Mangemort peut venir de n'importe laquelle. S'il y avait effectivement des Mangemorts parmi nous », dit-elle en balayant les élèves du regard. « je ne ferai aucune différence. Vous êtes mes élèves, mon rôle est que vous surviviez, peu importe votre camp. »

Quelques adolescents protestèrent mais elle les fit taire en menaçant quiconque contestant ses choix d'être exclus du cours.

« Je ne veux rien entendre de plus sur ce sujet. Aujourd'hui les groupes seront constitués de duos de votre choix, puis je vous demanderai d'échanger les groupes pour des combats à quatre que je définirai. Mettez-vous en place. »

Le petit attroupement se dispersa dans toute la longueur du couloir. Comme tous les week-end, les élèves avaient quittés leurs robes sombres d'uniforme. Ces jours-là, les différences étaient toujours frappantes, entre les cultures, les goûts, et bien sûr, le choix de vêtements sorciers, ou moldus, ou un mélange des deux. Harry, dans son jean délavé et trop grand, se tourna vers Draco, nonchalamment accoudé contre le mur mais qui prenait bien soin de ne pas froisser son pantalon cintré. Draco inclina la tête sur le côté dans une expression de défi et enroula ses doigts sur sa baguette baissée. L'étroitesse du couloir allait rendre l'entrainement difficile, entre le fait de se mouvoir et l'importance de ne pas lancer des sorts contre n'importe qui par mégarde. Mais c'était bien sûr l'objectif de l'exercice.

« Vous commencez quand vous voulez. Il n'y a pas de top départ dans un réel combat. Tous les sorts sont permis, sauf la magie noire », ajouta-t-elle avec une moue presque déçue.

Draco n'avait pas changé de place. Même si sa posture laissait penser qu'il n'était pas du tout prêt, Harry le connaissait suffisamment pour savoir que tous ses muscles devaient être tendus comme des ressorts. Le Serpentard était extrêmement agile, et lui en comparaison était pataud et avait besoin d'être bien équilibré sur ses deux jambes un peu pliées, pour être assez réactif.

Autour d'eux, quelques étincelles timides commençaient à fuser, et Harry dû se déplacer tout en essayant de ne pas quitter Draco des yeux. Il sentait que celui-ci n'attaquerait pas en premier, il attendait, un Protego derrière les lèvres.

« Petrificus totalus », lança Harry en évitant un élève plus petit que lui qui allait lui rentrer dedans sans faire attention.

Comme prévu, Draco se protégea d'un mouvement sec de baguette, sans même bouger. Être acculé au mur pouvait souvent être un choix idiot, mais ici ça lui permettait de ne pas se recevoir d'élèves ou sorts dessus, contrairement à Harry. Et il avait l'avantage de contrôler facilement les sortilèges informulés — ce dont Harry était très jaloux.

« Stupefix ! »

Draco contra encore, le regard à présent dur, et renvoya un sort que Harry réussit habilement à éviter en se cachant derrière une camarade qui s'écrasa brutalement sur le sol, son nez se cassant dans un craquement sinistre.

Harry se tourna brusquement vers Draco, outré par la violence du sort, mais celui-ci réattaqua.

« Protego ! » souffla-t-il entre ses dents crispées de colère. Draco n'y allait pas de main morte et ses sorts étaient à la limite du légal. Et Harry comprit à cet instant pourquoi ce cours était si important : en Défense contre les forces du mal, ils n'apprenaient que des sorts défensifs. Il n'avait donc qu'une petite poignée de sorts d'attaque en tête, alors que Draco en connaissait sûrement des dizaines, parce que Draco avait été formé par son père, et que son père se fichait des lois.

Il était dans la merde.

Le combat se poursuivit, Harry enchaina sort sur sort tout en esquivant ceux des autres, gaspillant rapidement son énergie pendant que Draco restait intouché et intouchable, le visage moqueur. Alors Harry en eut marre de jouer selon les règles. Il garda sa baguette en main mais se jeta contre Draco pour lui arracher la sienne, façon moldue.

Draco poussa un gémissement de douleur sous la torsion de son poignet mais eu le regard brillant de ceux qui aiment se battre.

« Ce n'est pas trop tôt », articula-t-il avec difficulté, essayant de le repousser, « Arrête de jouer au héros, si tu veux survivre il va falloir te salir les mains, Potter. »

Harry eut un rictus agacé et le prit au mot, agrippant ses bras au-dessus de sa tête pour tenter de les lier ensemble et le mettre hors d'état de nuire. Draco eu un sourire en voyant Harry ainsi, repensant à la veille.

« Concentre-toi abruti ! » lui souffla Harry, mais il fut surpris par un violent coup de genou dans son entrejambe et il laissa filer Draco malgré lui. Il se laissa glisser contre le mur avec un grognement douloureux, les mains honteusement cachées entre ses jambes, et le blond se tenait à présent debout au-dessus de lui, baguette contre son cœur.

« Perdu », lui susurra-t-il avec une certaine satisfaction. Harry le foudroya du regard.

Ils furent sortis de leur monde par Mensah qui claqua des mains pour attirer l'attention du groupe.

« Cessez le combat ! »

A travers les cheveux ondulés qui lui tombaient sur les yeux, Harry remarqua que Draco et lui n'étaient pas les seuls à être transpirants et épuisés. Même les plus jeunes se débrouillaient, et l'enseignante avait l'air satisfaite.

« J'ai pu avoir un aperçu des failles et des forces de chacun d'entre vous. Maintenant nous allons passer aux combats par paires. Mettez-vous en équipe avec votre adversaire et trouvez un duo à affronter. »

Draco reporta ses yeux sur Harry et n'hésita qu'une seconde avant de lui tendre la main pour le relever. Personne ne leur prêtait attention de toute manière, et cela faisait suffisamment longtemps qu'ils ne se battaient plus en public pour qu'il puisse se permettre de lui tendre la main sans que personne ne remette son ''appartenance'' au Seigneur des Ténèbres en cause. Mais Harry garda sa main quelques secondes de trop dans la sienne, par principe.

Tout deux se battirent contre Lavande et Justin durant de longues minutes. Si Harry avait la sensation quelque peu humiliante d'être novice en duel quand il se battait contre Draco, il se rendait compte face aux deux autres élèves que c'était juste Draco qui était meilleur que lui. Enfin... Harry s'attarda sur leurs postures assurées, leurs mouvements souples, leurs coups d'œil suffisants pour décider d'une stratégie sans un mot... Harry aussi était un bon duelliste. Son défaut majeur se situait dans sa méconnaissances de sortilèges et son manque de créativité, il était prévisible. Mais il avait plus de ressources magiques que les autres et se fatiguait donc moins vite.

Ils se battirent du mieux qu'ils purent, et à la fin du cours, tous étaient vidés, mais d'une bonne fatigue.

« Vous vous êtes dépassés, c'est très bien, les félicita Mensah en claquant des mains. Finch-Fletchley, vous gaspillez votre magie beaucoup trop vite, n'enchaînez pas les sorts trop puissants. Brown, faites vous un peu plus confiance, vous vous retenez. » Elle distribua critiques et pistes d'amélioration à la plupart des adolescents, notamment ceux qui n'étaient pas très sûrs d'eux. « Allez tous prendre une douche bien méritée. Oh, et, Zabini, vous vous me ferez le plaisir de mettre des chaussures adaptées la prochaine fois, ce n'est pas un concours de mode. »

Malgré son teint sombre, Harry aurait pu jurer voir le Serpentard rougir. Les élèves saluèrent leur professeure et partirent en s'étirant les muscles endoloris, se perdant dans des conversations exaltées et se félicitant les uns les autres. Un début de camaraderie naissait dans le groupe.

En les suivant, Harry sentit les yeux perçants de Mensah sur sa nuque. Elle n'avait donné aucun conseil ou remarque à lui et Draco. Peut-être se doutait-elle de quelque chose à leur propos ? Ils restèrent tous deux un moment côte à côte dans la joyeuse petite foule, Blaise à la gauche de Draco et Lavande à la droite de Harry, puis, arrivés aux grands escaliers, se dirent au revoir du regard.


Harry avait réussi à éviter ses amis — et surtout Angelina — toute la journée et était à présent dans les quartiers de Snape à observer les livres poussiéreux de sa bibliothèque. La séance d'Occlumencie avait duré moins longtemps que d'habitude car les réserves magiques de Harry avaient déjà été bien sollicitées par le cours de combat. Il s'autorisait donc une petite pause dans le canapé brun pendant que Snape corrigeait des copies.

Le son du grattement de la plume du professeur devenait familier. Mais le feu qui crépitait dans la cheminée lui rappelait sa vision de la veille et l'esprit de Harry restait agité, malgré l'ambiance confortable qui flottait maintenant entre eux.

Harry réfléchissait à ce que lui avait dit Draco. Qu'il fallait qu'il arrête de jouer dans les règles s'il voulait survivre. Les yeux posés sur un grimoire dont il sentait que ce qu'il renfermait était très sombre, il se releva et approcha ses doigts de la couverture mais son geste fut brusquement arrêté par la voix de Snape.

« Potter. Ne touchez pas à ça.

— Pourquoi ? demanda Harry, faisant courir ses doigts sur le bois vernis l'étagère qui recouvrait tout le mur.

— Ce sont des ouvrages dangereux.

— Voldemort aussi est dangereux », répondit-il d'une voix trainante.

Snape le fusilla du regard pour avoir prononcé le nom du mage noir mais leva enfin le nez de ses copies.

« Quelque chose me dit que je ne vais pas aimer ce qui va suivre. »

Harry s'humidifia les lèvres et tenta de s'éloigner du livre, sans succès. Il était intrigué et ne pouvait détourner le regard, alors il répondit sans bouger les yeux.

« Malfoy m'a battu en cours de combat. Je sais que j'ai plus de puissance que lui, mais je ne connais que des sorts défensifs. Alors comment est-ce que je peux espérer le vaincre sans avoir un minimum de connaissances en magie noire ? » osa t-il demander.

Il y eu un petit silence puis Harry entendit l'homme se déplacer jusqu'à lui et poser sa main sur son épaule, ce qui le fit sursauter, le sortant enfin de sa contemplation du grimoire. Le professeur le fixait et une expression attentive se lisait sur son visage.

« Il n'existe rien répondant au nom de 'magie noire'. La magie n'a pas de couleur, pas de camp. Ce dont vous parlez se nomme les Arts Sombres. Et s'ils sont sombres ce n'est pas par rapport à leur nature, mais celle des humains. »

Harry le regardait sans comprendre, coincé entre la hauteur de Snape et l'imposante bibliothèque.

« Cette forme de magie est à l'image des plantes psychotropes : elle n'est pas mauvaise en soi, et peut même être très utile, mais son charme est vénéneux et nous sommes peu à pouvoir lui résister. » Sa voix se fit plus basse et il s'éloigna d'un pas. « Vous pensez utiliser et dominer la magie, mais c'est l'inverse qui se passe, et vous ne vous en rendez-compte que trop tard.

— Comme... comme une drogue ?

— Exactement. C'est pourquoi nous n'enseignons pas cet Art à Poudlard. Et vous ne l'apprendrez pas non plus, malgré les circonstances. Vous êtes beaucoup trop instable pour ce type de magie.

— Et vous ? » ne put-t-il s'empêcher de demander.

Snape se retourna à moitié et lui lança un regard indéchiffrable.

« Qui pensez-vous que je sois ? »

L'homme ne lui fournit pas d'autre réponse que ces paroles énigmatiques et s'appuya contre son bureau, les bras croisés. Les manches de sa chemise noire étaient retroussées, mais son étui à baguette cachait la Marque. Ses robes reposaient depuis longtemps sur son bureau, ses traits détendus le laissait faire ses trente-cinq ans, et Harry se surprit à découvrir chaque jour un peu plus la nonchalance naturelle de son professeur. Qui l'aurait cru...

« Et le livre, il est sur quoi ? » questionna Harry.

Snape hésita avant de répondre.

Harry sentait que leur relation évoluait lentement vers quelque chose de nouveau. Harry acceptait le verbe tranchant de son professeur, qui en retour acceptait ses humeurs et son insolence. C'était un numéro d'équilibriste, mais Harry sentait qu'ils avaient tous deux des choses à gagner dans cet effort.

« C'est un grimoire très ancien », lui concéda-t-il. « Il contient des rituels à certaines divinités. »

Harry haussa un sourcil intrigué. Seul Draco lui parlait de temps à autres de choses à propos des dieux. La société sorcière était païenne comme si ça allait de soi, et personne n'en parlait clairement hormi lors d'expressions de la vie de tous les jours. Alors il était curieux. Comme il y a un mois, quand Snape lui avait fait ressentir la magie lors du Sabbat d'Halloween.

« Il s'agit de l'ouvrage d'une vielle völva, une sorcière scandinave du VIIIème siècle. Elle y parle du Seiðr, c'est une forme de magie très ancienne, proche du chamanisme et hautement sacrée. Peu de personnes la pratiquent encore.

— C'est de la magie noire ? Enfin, des… des arts sombres ? »

Snape eut une petite moue hésitante, ne sachant clairement pas comment lui expliquer un concept qui avait l'air complexe.

« Oui et non. Cela dépend. C'est très primitif. Il ne s'agit de pas de magie propre comme celle qu'on apprend à Poudlard, pas de baguette, pas de sortilège bien définit… Il s'agit d'abandonner le contrôle, de laisser la magie et son animalité nous envahir. C'est une forme de magie très pure, difficilement contrôlable.

— Je ne vous imagine pas abandonner tout contrôle et laisser votre animalité vous envahir, plaisanta Harry en se rasseyant sur ce canapé qui devenait un peu le sien.

— Et pourtant, le détrompa Snape avec un rictus, j'ai pratiqué cette magie, il y a longtemps... Mais en effet, avec les temps actuels, lâcher tout contrôle serait du suicide pour un espion. »

Il nota cet air nostalgique que Snape avait dès qu'il évoquait son passé. Mais Harry était très prudent. Il pouvait lâcher quelques plaisanteries, se permettre une certaine familiarité, mais il savait que s'il en demandait plus sur son histoire, il serait mis à la porte.

« Vous pensez que je pourrais pratiquer cette magie ? »

Snape eu un petit rire étouffé, mais réfléchit tout de même à sa question.

« Vous pourriez, dit-il en se tenant le menton dans une moue pensive. Oui, peut-être même plus facilement que d'autres. Votre impulsivité, votre manière de vous fier à votre instinct, vos émotions qui vous engloutissent… Vous avez ce côté primitif nécessaire au Seiðr... Mais j'ai peur que, comme pour les Arts Sombres, vous vous y perdiez. »

Une tension particulière régnait dans l'air. Harry sentait que Snape s'empêchait d'en dire plus, ce qui décuplait la curiosité de Harry. Qu'entendait-il par se perdre ?

« Mais », poursuivit Snape en se dirigeant à nouveau vers la bibliothèque en pin, « j'ai certains livres qui pourraient vous être utiles. Celui-là par exemple recense de nombreux sorts, offensifs comme défensifs. Ils sont tout à fait à votre portée. »

Il lui tendit un petit livre vert à la couverture abîmée.

« J'ai inscrit quelques notes à l'intérieur, mais n'en tenez pas compte. Avec cela vous devriez pouvoir tenter de maîtriser monsieur Malfoy en duel », ajouta-t-il avec un petit sourire narquois.

Harry prit le livre dans ses mains, cachant avec peine un rictus amusé, et fut pressé de retourner à son dortoir avant le couvre-feu.

En fermant la porte des appartements de son professeur, son regard fut à nouveau happé par le grimoire de la bibliothèque que Snape avait pris soin d'éviter de toucher.


A suivre... :)