Ce chapitre contient un dialogue et une scène qui sort directement d'Harry Potter et l'Ordre du Phénix. Le dialogue en question a été légèrement modifié pour s'adapter aux variations de cette histoire, et l'autre scène est intégralement reprise ici. Il s'agit du "Pire souvenir de Rogue", souvenir que Harry voit dans la Pensine en cinquième année. Ici, il s'agit d'une leçon d'Occlumancie qui a mal tourné. J'ai ajouté quelques phrases pour décrire les émotions de Harry durant le visionnage de ce souvenir, mais je n'ai absolument rien changé au contenu. Les dialogues, actions, et toutes les phrases décrivant la scène entre les Maraudeurs, Snape, et Lily, sont les exacts mots (hormis ma préférence pour "Snape" au lieu de "Rogue") de J.K Rowling. Donc... ne m'accusez pas de dépeindre un tableau peu flatteur des Maraudeurs ;)


CHAPITRE 9

"When you spring to an idea, and decide it is truth, without evidence, you blind yourself to other possibilities." Robin Hobb

Harry avait bien sûr dévoré le livre de sortilèges que Snape lui avait prêté. Il lui avait fallu de nombreuses soirées — et quelques cours d'histoire de la magie — pour le finir, mais il avait énormément appris. Ou plutôt, il s'était rendu compte d'à quel point il avait des lacunes. Le livre regorgeait de techniques de défenses magiques qu'il maîtrisait, mais il avait avait été ravit de découvrir autant de sortilèges offensifs, certains flirtant même avec la légalité.

Il caressait donc l'espoir de pouvoir vaincre Draco en duel.

Cependant, une pensée dérangeante ne cessait de tourner dans son esprit, brisant sa motivation : 'rien de tout ça ne sera utile face à Voldemort'. Il ne comprenait pas pourquoi Snape refusait de lui en apprendre plus. Certes, il lui avait survécu par quatre fois, mais il n'aurait sûrement pas cette chance indéfiniment…

Harry fut tiré de ses pensées par Ginny, qui avait suivi son regard et lui chipa son livre dépassant de son sac alors qu'ils étaient en train de déjeuner.

« Qu'est-ce que c'est ?

— Tss, Ginny, rends le moi ! râla Harry.

— De l'Art magique, sortilèges oubliés ? D'où tu sors ça ? » demanda-t-elle avec malice. Elle ressemblait trop aux jumeaux pour son propre bien.

Hermione fut intriguée à son tour et se pencha sur la couverture. Harry se dépêcha de reprendre l'ouvrage de la poigne de la cadette Weasley en la fusillant du regard. Il se pencha sur son sac pour ranger le livre tout au fond.

« C'est vrai ça, où tu l'as trouvé ? C'est pour les cours de combat ? demanda Hermione, naturellement attirée par un livre qu'elle ne connaissait pas.

— Je l'ai trouvé à la bibliothèque », menti Harry. Lamentablement.

Son amie haussa un sourcil sceptique et fini de mâcher sa pomme avant d'affirmer :

« Je ne l'ai jamais vu à la bibliothèque.

— Tu n'as peut-être pas lu tous les livres de la bibliothèque non plus Hermione », renchérit-il en détournant le regard. Il ne pouvait pas dire que le livre venait de Snape. Il était d'ailleurs très chanceux que l'homme ne soit pas présent à la table des professeurs ce jour-là. Il lui aurait passé un savon pour son inconscience.

« Je ne les ai pas tous lu, répondit Hermione piquée au vif, mais j'aurais remarqué un livre de ce genre puisque j'ai emprunté quatre manuels pour les cours de combat. Pourquoi tu ne veux pas nous dire d'où il vient ? »

Elle plissa les yeux se pencha sur la table avec une moue suspicieuse, imitée par Ginny. Harry réfléchit rapidement. Il était tenté de dire que Remus ou Sirius le lui avait envoyé par hibou, mais ce serait un mensonge trop simple à percevoir : ils étaient tous présents à la distribution matinale du courrier, elles l'auraient vu. Alors il choisit un mensonge plus crédible et pria pour que les autres changent de sujet.

« Je l'ai pris dans la Réserve », chuchota-t-il avec un regard qui voulait dire maintenant taisez-vous je vais pas le crier sur tous les toits.

Heureusement pour Harry, c'est à ce moment que McGonagall passa derrière lui en toussotant pour attirer son attention.

« Monsieur Potter, un mot pour vous », murmura-t-elle de ses lèvres pincées.

Harry prit le papier qu'elle lui tendit puis elle continua sa route jusqu'à la table présidant la Grande Salle. Il déplia le bout de parchemin et reconnu l'écriture élégante du Directeur. Enfin, il s'était décidé à lui adresser la parole !

Harry,

Je te prie de bien vouloir me retrouver dans mon bureau ce soir avant le dîner, j'ai quelques informations à te partager.

P-s. : C'est la saison des pommes d'amour.

« Et merde… moi qui pensais que cet enfoiré était tombé malade », râla Ron à côté de lui.

Harry sursauta, croyant d'abord que Ron parlait du mot qu'il venait de recevoir, mais en suivant son regard il comprit que son ami parlait de Snape. L'homme aux longues robes noires était en train de se glisser derrière la table des professeurs par la petite porte du fond de la salle, par là où entrait souvent Hagrid. Malgré la lumière des bougies flottant un peu partout — même le plafond enchanté n'arrivait pas à produire assez de luminosité ces jours nuageux de décembre —, le teint de son professeur était blafard et il semblait essoufflé. Qu'avait-il encore fait ?

« Quoique chi, il a 'ien l'air 'alade finalement ! » poursuivit Ron, la bouche pleine. Neville, pas si concentré que ça sur son devoir d'Histoire de la Magie qu'il rédigeait à la va-vite, pouffa.

Les yeux de Harry furent attirés par l'échange de regard qui se fit entre Njémilé Mensah et Severus Snape. L'expression de l'homme était meurtrière, mais la femme détourna très rapidement le regard, se plongeant dans une conversation avec Sinistra. Ce fut bref, mais Harry le vit, et ça ne fit qu'augmenter ses questions à propos de la remplaçante.

Snape capta son regard à lui aussi, une fois installé sur sa chaise, et Harry comprit qu'il s'entretiendrait avec lui plus tard. Mais à la fin du repas, alors que des petits groupes d'élèves commençaient à se trainer en dehors du réfectoire et qu'il prenait son temps pour partir, voyant Snape quitter la table des professeurs, il fut spectateur d'un échange de mots entre Draco et son parrain, au bout de la grande table des serpents.

Mais qu'est-ce qu'il se passe ?

Draco hocha sèchement la tête et sorti de la salle, suivi de près par Théodore Nott et d'autres camarades. Harry quant à lui, fut tiré de son observation par l'apparition du visage taquin d'Hermione dans son champ de vision.

« Deeebout monsieur le paresseux ! Tu as divination ! »

Avec un sourire surpris, Harry repoussa la tête de son amie et ses lourdes boucles brunes qui lui chatouillaient le nez, et consentit à se lever.

« Allez vieux, sept étages, c'est rien », plaisanta Ron avec une grimace. Ils avaient tous pris l'habitude de monter une somme astronomique d'escaliers (cent-quarante-deux !) durant toutes leurs années d'études. Mais ça n'en demeurait pas une partie de plaisir.

Le petit groupe de cinquième année marcha avec réticence – pour la plupart – vers les grands escaliers qui n'étaient heureusement pas d'humeur à leur faire perdre du temps. Hermione les laissa au sixième étage pour se rendre en Arithmancie, non sans vanter les mérites de professeure Vector et plaindre leur choix "ridicule" d'avoir continué la Divination. Mais Harry rétorqua qu'Hermione passait à côté d'un cours au grand potentiel comique.

« Tu sais pourquoi Dumbledore veut te voir ? lui chuchota Ron alors qu'ils étaient à la queue du groupe.

— Aucune idée. Mais je le sens pas. Ça ne peut pas être une bonne nouvelle pour qu'il sorte de son mutisme… »

Il le rassurera comme il le put puis parla de Quidditch à Harry avec enthousiasme et de la nouvelle saison qui allait commencer, et le brun tenta désespérément de changer de sujet avant de comprendre que Ron cherchait probablement à éviter de penser, lui-aussi, à une possible mauvaise nouvelle. Harry serra la mâchoire et pressa avec douceur l'épaule de son ami, qui n'eut qu'un fantôme de sourire.

Arrivés tout en haut du château, Harry grimpa après Lavande sur l'échelle qui les conduisait à la salle de Divination située sous les combles. C'était une des seules salles de classes réellement chaude l'hiver, grâce à sa position tout d'abord, mais surtout grâce aux petits feux aux odeurs enivrantes que faisait toujours brûler Trelawney dans ses chaudrons.

Harry posa ses coudes sur le parquet et se hissa dans la salle, manquant de décocher un coup de pied à une camarade à sa suite.

« Entrez, entrez jeunes gens ! » clama Trelawney de sa voix illuminée et rocailleuse.

Ron soupirait déjà et s'assit à une des petites tables recouvertes de nappes brodées de motifs célestes. Harry le rejoignit en sortant son cahier de divination, rempli de dessins et autres gribouillis de femmes à énormes lunettes.

Trelawney avait décidé que le début d'année serait dédié aux Oracles, des cartes divinatoires différentes selon la personne les ayant créés. Harry et Ron s'étaient vu attribuer un obscur oracle sorcier auquel ils ne comprenaient rien. Le grand rouquin étala le vieux jeu de carte sur la table sans grande conviction.

« Aaaalors. Si je fais un tirage en carré, le résultant n'est pas fameux.

— Je vais encore mourir dans de terribles souffrances ? bailla Harry, la tête reposant sur ses bras croisés.

— Oh mais n'en doutez pas ! » lui susurra Trelawney qui se glissait entre les élèves.

Harry haussa les épaules et leva le menton vers Ron.

« Nan vieux. En gros les trois cartes du haut, celles qui prédisent le futur, disent que tu vas être confronté à… heu… je suppose que le dieu Loki est censé représenter une sournoiserie, ou un changement brusque. Et à côté tu as la Forêt, et la Révélation. Donc... » Ron se gratta le nez, perplexe. « Je dirais que tu vas te retrouver étouffé sous le sapin de Noël, plaisanta son ami.

— Une perspective très réjouissante. Et les cartes d'en dessous ? »

Le garçon pencha son visage constellé de tâches de rousseur sur les six autres cartes écornées posées entre eux et fit une moue perplexe.

« La première ligne doit représenter la situation présente et la seconde les conflits qui vont arriver. Ou, attends », s'interrompit-il en relisant son manuel. « Ou alors c'est le passé et la deuxième ligne le présent ? Ah oui c'est ça. Dans la première t'as l'Œil, le dieu Baldr, et la Cloche, et dans la deuxième c'est la Punition, les Mains Jointes, et la Flèche. La cloche c'est l'instinct, l'alerte. Baldr, bon ça tu vois, et l'œil... Ça sent la trahison tout ça. Et la deuxième ligne... » Un long silence concentré plana et Ron se mordit la lèvre inférieure. « J'y comprends rien vieux, éloigne-toi des sapins et puis voilà », finit Ron en bâclant sa faible analyse.

Harry nota cette 'prédiction' dans son carnet et coupa les cartes.

« En tout cas si je dois me méfier de quelqu'un, j'ai ma petite idée. »

Avachi dans son pouf jaune, Ron se redressa paresseusement et desserra son nœud de cravate déjà bien lâche.

« Tu fais une fixette, Harry. Elle est très bien Mensah, affirma-t-il en choisissant de nouvelles cartes.

— Je sais pas… quelque chose chez elle m'inspire la méfiance. Elle est trop… elle ressemble un peu à Remus parfois.

— Remus ? T'as peur de Remus maintenant ? » s'étonna Ron.

Harry fronça les sourcils, ne sachant pas traduire avec des mots son sentiment vis à vis de leur professeure.

« C'est pas ça, mais… J'ai perçu un regard entre elle et Snape quand il est arrivé ce midi, c'était bizarre, on aurait dit qu'ils cachaient quelque chose tous les deux. Un peu comme Remus et lui cachent des choses par rapport à — il chuchota — l'Ordre, parfois. »

Son meilleur ami, à la mention de Snape, fut plus enclin à réfléchir.

« Qu'est-ce que tu veux faire de toute façon ? Elle nous donne des cours de combat, c'est une bonne prof, alors elle peut bien fricoter avec Snape si elle veut. Peut-être qu'elle fait partie de l'Ordre aussi. »

Peut-être oui…

Il resta dans ses pensées, son regard se perdant de temps à autres à travers les vitraux embués. Puis un détail attira son attention et fit surgir en lui une excitation soudaine.

« Hé, Ron, regarde ! dit-il en pointant le doigt vers la fenêtre. D'autres élèves avaient aussi remarqué :

— Il neige ! »

L'excitation monta vite au sein de la classe, et Trelawney n'eut pas d'autre choix que de les laisser sortir en avance. Ils dévalèrent l'échelle et les escaliers quatre à quatre et profitèrent de leur temps libre pour courir dehors. Les élèves de Divination n'étaient pas les seuls à avoir quitté le château, constata Harry. Il sautilla dans la poudreuse en faisant crisser ses chaussures, leva le regard vers le ciel maculé par la lourde neige tombant par milliers de flocons, et fut un instant émerveillé par ce phénomène pourtant tout à fait naturel.

« Tu viens Harry ? » l'invita Luna Lovegood, ses longs cheveux blonds déjà recouverts de givre.

Harry la suivit dans l'attroupement, amusé par la jeune fille à qui il n'avait pas fait attention avant leur voyage dans le Poudlard Express. Il observa ses camarades tenter de ramasser assez de neige encore éparse pour se façonner de minuscules boules, et se sentit plus serein qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Même Rusard, qui avait couru derrière eux en entendant leur vacarme, ne les empêcha pas de s'autoriser cette parenthèse enfantine.

Luna tourna sur elle-même et s'amusa à attraper des flocons avec sa langue, et Harry fit de même avec un grand sourire.


Quand l'effusion de joie fut passée, les élèves se rendirent dans la Grande Salle pour leur heure de devoirs surveillés. Snape en profita pour arrêter Harry sur le pas de l'immense double porte.

« Monsieur Potter », commença-t-il après avoir fit un mouvement de baguette discret autour d'eux, « Je sais que vous avez reçu un mot du Directeur. La raison vous appartient, cependant je dois vous donner quelques précautions à suivre. »

Tout ouïe, Harry hocha la tête.

« Ne le regardez pas dans les yeux, et tâchez de ne pas le laisser s'en rendre compte. C'est un excellent Legilimens, bien plus doux que je ne le serai jamais, vous ne pourrez pas savoir s'il est dans votre esprit ou non. Par principe, pensez à des choses sans importance durant toute la durée de l'entretien. Ne le laissez pas savoir que vous apprenez l'Occlumancie, et ne le laissez pas savoir que vous avez des visions. Est-ce clair ?

— Oui. Mais… comment je peux éviter aussi longtemps de le regarder ? protesta Harry.

— C'est ce que vous faîtes systématiquement quand vous êtes en froid avec quelqu'un et que vous vous retenez de lui hurler au visage. Ce qui est exactement votre situation actuelle avec le Directeur », répondit-il avec un petit sourire fourbe.

Harry acquiesça et observa les autres élèves bavardant de l'autre côté de la porte. Snape le connaissait bien. Mais cette méfiance à l'égard du directeur le peinait.

« Professeur, je peux vous poser une question ? »

Devant la politesse inhabituelle de l'adolescent, l'homme l'invita à poursuivre.

« Vous pensez quoi de Mensah ? demanda-t-il sans détourner la tête de sa contemplation de la fourmilière d'élèves.

— Avez-vous écouté aux portes récemment ? demanda Snape, suspicieux.

— Non ! protesta Harry. C'est juste que... après tous les professeurs peu recommandables qu'on a eu, je me méfie maintenant.

— Il est vrai qu'introduire un loup-garou dans une école n'était pas très recommandable, je suis agréablement surpris de vous entendre l'admettre. »

Harry roula les yeux et ravala un sarcasme à propos de Mangemorts et de professeurs de Potions.

L'homme observa à son tour la salle et resta silencieux quelques instants.

« Votre instinct n'est pas toujours mauvais. C'est les conclusions que vous en tirez qui le sont. Vous aviez raison de vous méfier de la plupart des gens qui ne vont ont pas inspiré confiance, mais la réflexion qui suivait cet instinct vous a toujours donné tort. Par exemple, j'étais bel et bien un professeur cachant un secret et ayant un lien avec le Seigneur des ténèbres. Mais vous avez oublié de penser que je pouvais être un espion et que j'aurais pu vous tuer mille fois si j'avais souhaité votre mort.

— Donc ?

— Donc réfléchissez mieux », conclut Snape.

Légèrement vexé, Harry fut abandonné par son professeur qui fit claquer ses talons sur les froides dalles de pierre. Avec un soupir résigné, il le suivit entre les tables et s'installa auprès de ses amis.

« Harry ! J'ai reçu une lettre de ma mère, Coqcigrue s'était perdu dans les dortoirs au lieu de venir la livrer ce matin ! chuchota Ron avec excitation. Hermione, Ginny, et les autres Weasley étaient tous penchés autour de la table pour ne pas être entendus.

— Et ? Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Harry sans trop savoir s'il était question d'une bonne nouvelle ou non.

— On ne va pas passer les vacances de Yule au terrier, on sera tous au quartier général de l'Ordre, là où on était cet été. Bon c'est un endroit vraiment bizarre, mais maman m'a dit que tu seras avec nous ! » s'enthousiasma-t-il avec un grand sourire en lui tapant le dos.

Une douce chaleur remplit la poitrine de Harry. Il allait passer ses vacances avec ses amis, pas éloigné de tout, et au plus près de l'action, c'était génial !

Ginny poursuivit, d'un ton plus triste :

« On était sensés aller voir Papa au cimetière… mais on sera sous haute surveillance apparemment : pas le droit de mettre un pied en dehors de l'appartement, ça va être infernal…

— Parle pour toi, nous on sait transplaner ! » murmurèrent les jumeaux à l'unisson.

Harry tourna son regard vers la table des Serpents, se demandant où serait Draco pour les fêtes… il espérait que le jeune homme n'aurait pas à aller au manoir. Qui sait ce qu'il pourrait se passer avec Voldemort dans les parages.

« C'est sûrement de ça que veut te parler Dumbledore », poursuivit Hermione.

Il lui offrit un petit sourire, perdu dans ses pensées. Il doutait que ce soit la seule raison.

Le professeur Flitwick et le professeur Snape surveillaient la salle, et Harry n'avait aucune envie de travailler. Machinalement, il tira sur le col de sa chemise qui dépassait de sa robe ouverte, puis tritura la fine peau qui recouvrait ses ongles. Il avait envie que le professeur lui parle à nouveau, oui, c'était ce qu'il désirait depuis le début de l'année. Mais à présent, Décembre était arrivé, et avec lui le froid entre eux s'était encore épaissit, si c'était possible.

Pourquoi avoir attendu tout ce temps ?

« Monsieur Potter, cesser de rêvasser et retournez à vos devoirs », ordonna doucement Flitwick en passant dans sa rangée.

Harry lâcha sa cravate et essaya de se concentrer, mais ses yeux se perdirent dans les mouvements des autres élèves.

Quand ils avaient études dans la Grande Salle, les tables étaient métamorphosées selon les besoins. Aujourd'hui, comme beaucoup d'élèves devaient travailler en groupe, les grandes tables avaient été métamorphosées en petites tables rondes permettant de travailler ensemble. Ça donnait à la salle un aspect plus 'bibliothèque' que 'réfectoire', ce qui lui plaisait beaucoup.

Face à lui, deux tables plus loin, Draco discutait à voix basse avec Blaise Zabini sous le regard agacé de Théodore Nott. Harry avait entendu dire que le jeune métis était une des rares personnes à avoir une famille célèbre ne prenant pas partie dans cette guerre. Draco lui avait raconté que sa mère n'était intéressée que par sa fortune, ce qui était inhabituel chez les sorciers. La seule politique qui l'intéressait était celle qui lui permettait d'augmenter son capital. Mais est-ce que Zabini avait hérité du même état d'esprit ? Est-ce que Draco prenait un risque en étant ouvertement ami avec un membre neutre de sa maison ? Nott, lui, était un garçon plutôt solitaire, mais il semblait se rapprocher de plus en plus de Draco et Zabini, alors que Crabe et Goyle semblaient maintenant préférer la compagnie de Bulstrode et Parkinson... A quoi jouait Draco ?

Le blond dû sentir ses pensées, car il leva les yeux vers lui. Il avait l'air tendu. Zabini attira à nouveau son attention et pour toute réponse, Draco poussa un soupir en rongeant ses ongles.

Harry tiqua. Ce n'était pas dans les habitudes du Serpentard.

« Tu n'as écrit que ça ? On doit rendre cet essai demain et il doit faire trente centimètres ! » s'alarma Hermione en le rappelant à l'ordre.

Ron ricana, pensant à une blague grivoise.

« J'y arrive pas, franchement, qui se préoccupe des guerres goblines, on voit que ça ! Pourquoi il ne nous apprend pas autre chose ? râla Harry.

— Binns est un fantôme, il n'a pas toute sa tête, répondit Dean avec philosophie. Enfin, il a plus de tête que Nic—

Chut ! »

Les élèves se calmèrent quelques instants sous – enfin, devant, puisqu'assis ils étaient à sa hauteur — le regard sévère de Flitwick.

« Allez, concentrons-nous », décida Hermione, voix de la sagesse.

Harry retourna à son parchemin, mais laissa régulièrement son regard vagabonder vers son petit-ami qu'il ne pouvait pas aider.


Une heure plus tard, il se retrouva à traîner les pieds dans les couloirs, défiant du regard les portraits qui médisaient sur son passage. Il était en retard à son entrevue avec le directeur, et ce serait mentir que de dire qu'il ne l'avait pas fait exprès. Il l'avait attendu des mois, le vieil homme pouvait bien l'attendre quelques minutes.

Arrivé devant l'imposante statue ailée de l'escalier en colimaçon, Harry tira son mot de la poche arrière de son jean pour se remémorer le mot de passe.

Évidemment...

« Pomme d'amour », grommela-t-il.

La statue se satisfit de sa voix mollassonne et s'actionna pour le faire monter jusqu'en haut de la tour directorale.

Durant son ascension, Harry se surprit à caresser distraitement du bout des doigts sa baguette, rangée contre son poignet. Devait-il vraiment craindre Dumbledore ? Cette pensée le mettait mal à l'aise. Mais il devait admettre que la plaisante relation qu'il avait eu avec le directeur en première année était à présent drastiquement différente. Après le Tournoi, l'homme qui avait été son mentor était devenu dur. Harry ne l'avait jamais imaginé comme un guerrier, un combattant, un dirigeant. Il avait gardé l'image qu'il en avait eu à ses onze ans : un vieux sage aux belles paroles, drapé de robes farfelues et abritant des araignées dans son chapeau.

Maintenant, les yeux rieurs cachés par les lunettes en demi lunes étaient devenus perçants.

Il toqua à la porte et tâcha de paraître détaché.

« Entre, Harry. »

À travers la lourde porte de chêne, la voix du directeur n'était pas hostile. En entrant, Harry lâcha sa baguette et la camoufla sous sa manche. Dumbledore le nota, et Harry repensa aux instructions de Snape, décidant de lui faire confiance.

Lâchant de sa main froide mais transpirante la poignée en fer forgée, Harry se concentra sur des pensées qui pourraient flouer le directeur si celui-ci venait à tenter de lire dans son esprit. Il pensa donc à ses petits tracas du moment, entre Mensah et vacances de Yule. En dessous, il plaça ses souvenirs liées à Draco, car c'était un secret que Harry voulait garder – Dumbledore le sentirait – mais qui n'était pas aussi important que ses visions de Voldemort. Quitte à faire un sacrifice stratégique…

Merlin, je commence à penser comme Snape.

« Bonsoir Professeur », le salua-t-il en observant les nouvelles babioles du directeur. Il avait une bonne mémoire photographique grâce aux Dursley – chaque chose qui n'était pas à sa place ne devait pas échapper à son regard – alors il les repéra immédiatement. Un grand et fin miroir se tenait près de l'armoire à Pensine, et Harry reconnu la glace à l'ennemi que le faux Fol Œil avait dans son bureau. Dedans, de nombreuses ombres voletaient, mais aucune n'était nette, ce qui le rassura.

« Bonsoir Harry, assied-toi je te prie. » Il obéit. « Une tasse de thé ? »

Harry fit non de la tête et perçut du coin de l'œil le vieil homme se servir seul.

« Je crains de ne pas t'avoir convoqué pour t'annoncer une bonne nouvelle… Je me vois dans le regret de te dire que tu vas devoir renoncer au Quidditch cette année. Je sais que cette activité est nécessaire à ton bien être, et que tes camarades comptent sur toi », il lui sourit, « mais cela est devenu trop dangereux depuis le retour officiel de Voldemort. N'importe qui pourrait t'attaquer des gradins, et il serait possible de transplaner aux portes du parc puis profiter de l'effervescence du jeu pour glisser jusqu'au stade. Alors que si les Mangemorts savent que tu ne joues plus, ils n'y verront pas d'intérêt.

— Des Mangemorts dans les gradins ? questionna Harry, le regard vissé sur le scintillement des petites étoiles brodées sur le haut de sa robe.

— Eh bien... Dumbledore se repositionna sur son fauteuil, gêné. Je ne peux te cacher qu'il risque d'y avoir quelques nouvelles recrues parmi les élèves. Mais nous les surveillons de près. »

Harry pensa à Draco, qui devait être un suspect de choix. Ça l'énerva.

« Vous ne pouvez pas savoir qui surveiller. Pettigrew a surprit tout le monde », s'entendit-t-il dire pour faire taire le directeur.

Celui-ci n'eut pas la réaction attendue… Harry vit du coin de l'œil qu'il le jugeait du regard, méfiant. Choqué, le sang de Harry ne fit qu'un tour et il décida qu'il était temps d'arrêter de tourner autour du pot.

« Vous ne vous inquiétiez pas tellement pour moi, ces derniers temps. Quand j'étais à Privet Drive et que tout le monde était à Londres… »

Dumbledore se redressa et son regard s'adoucit.

« Je m'excuse Harry. La… situation, est très compliquée. Je me doute que tu dois trouver tout cela injuste, mais je te demande de me faire confiance. Je ne t'ai pas laissé chez ta tante pour rien.

— Pour quoi alors ? siffla Harry. Je n'étais pas obligé d'y passer tout l'été. J'ai passé plein de fin d'été au Terrier. Et quand bien même, vous auriez pu, je sais pas, m'expliquer, plutôt que de m'ignorer pendant des mois ? »

Il se retenait fort de le regarder. Qu'est-ce qu'il en avait envie… pour voir l'impact de ses mots. Pour voir si l'homme essayait de lui mentir. Mais il se contint en analysant les objets argentés posés sur le large bureau de bois sombre. Objets qui tremblotaient un peu.

« Harry, calme-toi. Tu sais que ta magie est très sensible à tes émotions », prévint Dumbledore.

Harry se figea, repensant à toutes ses humiliantes crises de colère, son impulsivité, et les conséquences de son tempérament pour ses proches. Honteux, il n'eut pas besoin de se forcer pour baisser les yeux sur le parquet.

Dumbledore se leva et, à l'instar de Snape, il marcha en rond dans la pièce. À force d'étudier la carte du Maraudeur, Harry savait que c'était dans ses habitudes.

« Je t'ai laissé chez ta tante pour que tu puisses bénéficier de la plus haute protection du sang possible. Voldemort est plus proche que jamais, tu en as besoin. »

Harry repensa aux doutes qu'avait émis Snape à propos de cette protection mais tint sa langue.

« Vous auriez au moins pu me parler de l'Ordre du Phénix. Remus m'a raconté ce que c'était, et je suis presque sûr que Fred et Georges en font partie, je pourrais être utile et je suis assez concerné par… il fit un geste de la main évoquant le retour du Mage Noir.

— Je comprends Harry, mais c'est non. Les jeunes Weasley ne font pas parti de l'Ordre, ils ont encore quelques mois pour être majeurs et aucun mineur n'est impliqué.

— Je suis impliqué », répliqua-t-il avec agacement.

Le Directeur entrouvrit la bouche, hésitant à dire quelque chose. Harry se permit d'observer sa gestuelle : il était clairement gêné, il essayait d'être ferme, mais avec douleur visiblement. Mais Harry n'était pas d'humeur docile. Il l'avait trop fait attendre.

« Donc si je comprends bien : je suis assez adulte pour vous faire confiance les yeux fermés, pour rester enfermé chez mon Oncle et ma Tante sans rien dire, pour renoncer à mes loisirs par crainte de subir une attaque d'apprentis Mangemorts, et pour me retrouver presque chaque année face au type que personne n'ose appeler par son nom, par contre je suis encore trop jeune pour être actif dans une guerre qui me touche de très près ? »

Dans son dos, il sentit Dumbledore se tendre à son ton sec et sarcastique. Et il pouvait presque sentir quelque chose dans son crâne, comme si… non, il ne pouvait pas lire dans son esprit sans contact visuel. N'est-ce pas ?

Par précaution, Harry s'autorisa à penser aux Dursley, seuls souvenirs suffisamment oppressants pour ne pas être interférés par les autres, plus importants à dissimuler. Son genou se mit à tressauter.

Le vieil homme posa sa main sur son épaule pour le tourner doucement vers lui, mais il avait les yeux humides, alors le directeur ne se formalisa pas de son absence de contact visuel.

« Ta peine est légitime, Harry... Tu comprendras un jour que tout cela est pour le plus grand bien. » Il s'accroupit à sa hauteur et son ton se fit doux et concerné. « Je te demande des choses déjà bien difficiles. La plus difficile de toutes étant de me faire confiance. Mais je sais que tu portes de nombreux fardeaux, et je ne tiens pas à t'en ajouter... »

Harry acquiesça, mais le goût de l'amertume lui rongeait la bouche. S'il avait assez muri pour ne plus avoir peur de Snape et pour ne pas hésiter à être insolent à son égard, il avait encore trop de respect pour Dumbledore pour oser se comporter ainsi avec lui, alors il ne resta silencieux.

S'il s'était autorisé à le regarder dans les yeux, il aurait vu toute la tendresse contenue dans le regard du vieil homme, et la peine qui lui marquait les traits.

Mais Harry garda résolument les yeux fixés sur ses mains, serrés en poings sur ses genoux tremblants.

Après avoir hésité à poursuivre la conversation, le sorcier le laissa prendre congé.

À nouveau dans l'escalier, Harry souffla et s'essuya les yeux. Dumbledore lui avait enfin parlé, oui, mais Harry pensa au temps où il était simplement un vieux sage rassurant. Il pensa à ses yeux pétillants, à cet homme qui prenait toujours du temps pour l'apaiser avec quelques phrases philosophiques. Il laissa son esprit s'attarder sur le fantôme du toucher de la main de Dumbledore et retourna machinalement à son dortoir.

Tandis qu'il dévalait les marches pour rejoindre la Grande Salle, son estomac se noua un peu plus et Harry déglutit. Ses émotions étaient conflictuelles et il ne savait pas à qui se confier. Il était triste, il était en colère, et il aurait voulu que les choses se passent autrement. Le mal de tête familier qui accompagnait toujours sa rogne le coupait de ses pensées et il fut surpris de se retrouver devant la porte des quartiers de Snape.

Il ne se souvenait pas d'être descendu aux cachots.

Harry aurait mieux fait de remonter dîner, mais c'était comme si un pivert martelait son crâne alors Harry grimaça et toqua à la porte.

Celle-ci s'ouvrit par magie, et il dépassa l'entrée pour se rendre dans le salon. Snape était là, assis sur son fauteuil, les jambes croisées sous un livre et un sourcil levé.

Harry ne sut trop quoi faire de son corps à cet instant. Il n'avait pas été invité, et était en pleine possession de ses moyens. Il n'était quand même pas sensé s'asseoir comme s'il était chez lui ?

Snape écourta son trouble en posant son ouvrage sur la petite table basse. 'L'art et l'usage des malédictions' put-il déchiffrer sur la couverture vieille comme le monde. Il n'y accorda pas plus d'attention et planta son regard dans celui de l'adulte, reprenant contenance.

« Je viens de voir Dumbledore, déclara t-il, les dents serrées.

— Je devine à votre absence de panique que votre entrevue avec le directeur s'est bien déroulée ?

— Il n'a rien deviné en tout cas. Je ne crois pas. Je ne l'ai pas regardé.

— Restons sur nos gardes tout de même, Dumbledore est très fin. Vous pourriez ne pas vous en être rendu compte, ajouta l'homme, l'air soucieux. De quoi voulait-il vous parler ?

— Il veut que j'arrête le Quidditch.

— Je vois… » Il sembla réfléchir quelques instants. « C'est pour le mieux. »

Ces mots firent écho à ceux de Dumbledore et c'est comme ça, rien qu'avec ces mots, que l'esprit de Harry fut englouti par un raz de marée bouillonnant. Comme un barrage trop longtemps contenu, il céda, et il sentit un rire froid sortir de sa gorge.

« C'est pour le mieux », répéta t-il.

Le Potionniste se pinça les lèvres.

« Je n'aime pas votre ton, monsieur Potter », l'alerta le professeur.

Ses ongles se plantèrent dans les paumes de ses mains, son rictus se figea, et avant que des mots acides puissent quitter sa bouche, la température du salon fut brusquement étouffante.

« Monsieur Potter… »

Harry expira difficilement et fit craquer sa nuque douloureuse, fermant les yeux un instant. Il allait dire quelque chose qu'il pourrait regretter s'il le regardait en face.

C'était lui qui avait décidé d'arrêter le Quidditch. Lui. C'était sa décision. Est-ce qu'on pouvait au moins lui laisser ça ?

« On m'a bien dressé hein ? » cracha Harry d'une voix si enrouée qu'elle était à peine audible. Il remarqua à peine le feu qui débordait maintenant de la cheminée. « Fais ça garçon, fais ci Harry, ne faites pas ça Potter… ne sois surtout pas utile à l'Ordre, obéis sagement et dix points pour Gryffondor, singea t-il, acerbe.

— C'est comme ça, déclara Snape avec froideur. Car malgré la haute opinion que vous semblez avoir de vous-même, ce n'est pas à vous qu'il appartient d'espionner le Seigneur des Ténèbres.

— Non… ça, c'est votre travail, n'est-ce pas ? » lui lança Harry.

Il n'avait pas voulu dire cela. Les mots étaient sortis tous seuls.

Pendant un long moment, ils s'observèrent. Harry était convaincu qu'il était allé trop loin. Pourtant, il y eut une étrange expression sur le visage de Snape lorsqu'il lui répondit :

« Oui, Potter, dit-il, les yeux étincelants. C'est en effet mon travail. »

L'homme pencha légèrement la tête, le regard intense et se leva lentement, et Harry remarqua qu'il avait la main serrée sur sa baguette. Cette vision arracha un nouveau rictus à Harry.

« Même vous ? souffla t-il, repensant à la suspicion de Dumbledore.

— Potter, vous n'êtes plus un enfant, vous devez contrôler votre magie.

— Oh au contraire, contra t-il avec un rire sec, on m'a bien fait comprendre que je suis un enfant, et que je n'ai absolument pas mon mot à dire. Sur rien.

— Potter, reprit Snape après un profond soupir, apaisez vos émotions. Occludez. »

Harry le foudroya du regard.

« Ça non plus je n'ai pas le droit ? D'être en colère ? »

Soudain, il glapit sous un nouveau tiraillement de sa migraine. Il ramena sa main fébrile sur son front, mais Snape dû mal interpréter son geste et Harry n'entendit même pas le sort avant d'être projeté dans son propre esprit.

Sans qu'il ne puisse contrôler quoi que ce soit, les hauts buis aux branches étroitement serrées sortirent de terre et les étoiles moururent. Mais l'air restait brûlant. Harry pouvait sentir le battement de son cœur résonner dans le labyrinthe.

« Là, rassemblez-les, calmez-les. Vous ne devez pas laisser vos émotions vous maîtriser, l'enjoint t-il avec un calme factice. Harry percevait très bien les sentiments de son professeur. De l'agacement, de l'inquiétude… de la peur.

Sortez de ma tête, siffla t-il, apparaissant devant l'homme.

— Cela a peut-être échappé à votre attention monsieur Potter, mais vous êtes en train de mettre le feu à mon salon. Nous ne sortirons pas tant que vous ne serez pas parvenu à calmer votre magie. »

Constatant l'inefficacité de son approche, Snape changea de tactique et sa voix se fit plus douce. Fatiguée.

« Vous avez la sensation de ne pas maîtriser votre vie. Vous n'avez aucun contrôle sur les choix que l'on prend pour vous depuis toujours. Et en même temps, on place sur vos épaules des responsabilités trop lourdes, et sans contrepartie. Je comprends, Potter. Mais si vous ne contrôlez pas vos émotions, vous devenez leur esclave — »

Le souffle de l'homme fut brutalement coupé par des ronces qui s'était jetées sur lui et l'entravait comme un filet du diable, un peu plus à chaque mouvement. Il sentit l'esprit de Snape s'agiter et tenter de s'extirper de son esprit.

Non.

Les ronces enserraient les jambes et les bras de Snape, et Harry avait bien retenu la leçon. Ce n'était pas sa projection qu'il visait. Snape l'observa, bouche bée.

« Qu'est-ce que vous comprenez, au juste ? » Son regard glissa sur le bras droit du Mangemort. « Ah… Mais c'était votre choix, ça, professeur. »

L'espace de quelques secondes, il réfléchit à l'idée de se taire, de cesser cette folie et s'excuser platement. Mais… Snape lui avait bien dit qu'il devait oublier sa morale de Gryffondor et se battre pour de vrai.

« Comment ont réagit vos parents quand ils ont su que vous étiez devenu un esclave de Voldemort ?

— Ne prononcez pas… son nom, déglutit-il avec peine, sa poitrine compressée par les liens.

— Mais peut-être que c'est eux qui vous y ont poussé et que vous avez obéi sagement ? Papa et Maman n'aimaient pas les Moldus ? » le coupa t-il avec hargne.

L'homme eu un rictus irrité mais ne rentra pas dans son jeu. Harry sentit qu'il ripostait, tâtonnait, grattait à la recherche de souvenirs, de quelques chose, pour reprendre prise.

« Après tout, l'humiliation c'est votre marque de fabrique. » Il pensa à ses premiers cours de potions, à ses onze ans, où Snape se moquait ouvertement de lui sans raison valable. Les remarques sarcastiques auxquelles il ne pouvait pas répondre. Il convoqua ces souvenirs et l'émotion qui s'en dégageait. « Ça doit être de famille. »

C'est fou ce que vous ressemblez à votre père, Potter. Lui aussi était excessivement arrogant. Son petit talent au Quidditch lui donnait l'impression, lui aussi, d'être au-dessus des autres. Il passait son temps à se pavaner, accompagné de ses amis et de ses admirateurs… La ressemblance entre vous est saisissante, inquiétante, même, dit le Snape de son souvenir, penché au dessus de sa paillasse, pendant que les autres élèves gloussait.

« Mon père aussi vous l'aviez pris pour cible à votre époque ? »

Snape sembla se retenir de dire quelque chose, mais se ravisa et continua de gratter.

Il n'a même pas le courage de me répondre, pensa Harry avec colère.

Ils étaient en trêve, il le savait. Le Snape Occlumens, celui qui l'avait aidé pendant son attaque de panique, n'était pas le même que le Snape professeur de potions. Mais l'amertume des années précédentes était encore vive… Et il avait si mal à la tête qu'il ne parvenait plus à réfléchir.

Lamentable, Potter. Vingt points en moins pour Gryffondor, parla encore une fois Snape, lors d'un cours de deuxième année où Draco avait lancé les mauvais ingrédients dans sa potion et que le professeur avait feint l'ignorance.

« Pauvre Potter. Le traumatisme est si grand », se moqua Snape, avant de lui imposer lui aussi quelques souvenirs.

Harry frissonna devant la vision de Voldemort, courbé au dessus de Pettigrow, le corps tordu par un Doloris.

Le souvenir cessa aussi vite qu'il était apparu, et Harry se sentit minable. Être un professeur injuste et désagréable n'était sûrement pas ce que Snape pouvait considérer comme 'grave' dans son référentiel, mais il voulait… il voulait quelque chose, des excuses au moins, une explication, au mieux.

Il perçu soudain la trace d'une émotion qu'avait ressenti Snape en voyant Pettigrow en souffrance. Une sorte de… de vengeance. Instinctivement, Harry profita de la brèche qu'il sentait dans l'esprit de son professeur pour… s'engouffrer dedans.

Contrairement à tous les autres souvenirs que Harry avait pu voir, en Occlumancie comme dans une Pensine, ce souvenir là était net. Précis. Comme s'il s'était passé la veille. Et pourtant, des uniformes aux robes datées jusqu'au jeune homme qui lui ressemblait beaucoup, tout lui indiquait que le souvenir devait avoir vingt ans.

« Tiens, voilà de quoi t'amuser un peu, Patmol, dit le Gryffondor à voix basse. Regarde qui est là… »

Il reconnu son père. A peine plus jeune que sur les photos. Ses pommettes hautes, son nez droit, ses lèvres plus fines que les siennes. Ses yeux bruns, arrogants.

« Parfait », murmura l'autre jeune homme à sa droite. Plus petit que James, mais tout aussi assuré. Sirius avait enroulé ses cheveux sombres autour de sa baguette dans un chignon lâche et son si beau visage se déformait dans un rictus mauvais. « Servilus. »

Harry se retourna pour suivre le regard de Sirius.

Ils étaient plusieurs élèves à être assis dans les jardins de Poudlard, près du lac. A quelques mètres, un Snape bien plus jeune, plus frêle, que celui qu'il connaissait, soupirait et rebroussait chemin, après avoir tendu un parchemin de notes à une élève rousse. Alors qu'il s'éloignait, Sirius et James se levèrent à leur tour.

Remus et Pettigrow restèrent assis. Remus semblait être plongé dans le livre posé sur ses genoux, mais ses yeux restaient immobiles et une légère ride était apparue entre ses sourcils. Harry fut frappé de voir déjà des cicatrices sur son visage. Pettigrow regarda successivement Sirius et James, puis Snape, une expression d'avidité sur le visage.

« Ça va, Servilus ? » lança James d'une voix forte.

Snape réagit si vite qu'il semblait s'être attendu à cette attaque. Lâchant son sac, il plongea la main dans une poche de sa robe de sorcier et sa baguette était déjà à moitié levée lorsque James cria :

« Expelliarmus ! »

La baguette de Snape fit un bond de quatre mètres dans les airs et retomba derrière lui sur une pierre avec un petit bruit mat. Sirius éclata d'un grand rire qui ressemblait à un aboiement.

« Impedimenta ! » dit-il en pointant sa propre baguette sur Snape qui fut projeté à terre au moment où il plongeait pour ramasser la sienne.

Autour d'eux, les élèves s'étaient retournés et regardaient. Plusieurs d'entre eux se levèrent pour venir voir d'un peu plus près. Certains semblaient inquiets, et d'autres avaient l'air de s'amuser.

Snape était allongé par terre, le souffle court. James et Sirius s'avancèrent vers lui, leurs baguettes brandies. En même temps, James lançait des regards par-dessus son épaule vers les filles assises au bord du lac. Pettigrow était également debout à présent. Il avait contourné Remus pour mieux voir et contemplait le spectacle avec délectation.

« Alors comment s'est passé ton examen, Servilus ? demanda James.

Chaque fois que je le regardais, son nez touchait le parchemin, dit Sirius d'un air mauvais. Il va y avoir de grosses taches de gras sur toute sa copie, ils ne pourront pas en lire un mot. »

Des rires s'élevèrent un peu partout. De toute évidence, Snape n'était pas très aimé, mais Harry n'avait jamais vu un comportement aussi ciblé sur un autre élève avant. Pas un élève visiblement aussi esseulé. Sauf peut-être Luna… il avait entendu des histoires désolantes sur les quatrième année de Serdaigle. Mais il ne les avait jamais vraiment pris à sérieux...

Pettigrow émit un ricanement aigu. Snape essayait de se relever mais le maléfice agissait encore sur lui, et il se débattait comme s'il était attaché par d'invisibles cordes. Le voir si vulnérable serra le cœur de Harry, qui sentait sa colère se déplacer peu à peu sur quelqu'un d'autre.

« Attends... un peu, haleta-t-il en regardant James avec une expression de haine. Attends... un peu !

Qu'est-ce qu'il faut attendre ? demanda Sirius avec froideur. Qu'est-ce que tu as l'intention de nous faire, Servilo, t'essuyer le nez sur nous ? »

Snape laissa échapper un flot de jurons et de formules magiques mais avec sa baguette à quatre mètres de lui, rien ne se passait.

« Qu'est-ce que c'est que ces grossièretés, lave-toi la bouche, dit James d'un ton glacial. Recurvite ! »

Des bulles de savon roses s'échappèrent alors de la bouche de Snape. La mousse qui recouvrait ses lèvres le faisait tousser, l'étouffait à moitié...

« Laissez-le TRANQUILLE ! »

James et Sirius se retournèrent, et James se passa aussitôt la main dans les cheveux.

L'une des filles assises au bord du lac, celle avec qui Snape avait parlé, s'était levée et s'approchait d'eux. Elle avait une épaisse chevelure roux foncé qui ondulait sur ses épaules et d'extraordinaires yeux verts en amande – les yeux de Harry.

Sa mère…

« Ça va, Evans ? » demanda James.

Tout à coup, le ton de sa voix était devenu beaucoup plus agréable, plus grave, plus mûr.

« Laisse-le tranquille », répéta Lily.

Elle regardait James avec la plus grande répugnance.

« Qu'est-ce qu'il t'a fait ? demanda t-elle, et sa voix épuisée fit comprendre à Harry que ce genre de scène ne devait pas être la première.

Eh bien voilà, répondit James qui sembla réfléchir à la question, le plus gênant, chez lui, c'est le simple fait qu'il existe, si tu vois ce que je veux dire... »

Un bon nombre d'élèves éclatèrent de rire, y compris Sirius et Pettigrow, mais Remus, toujours concentré sur son livre, resta impassible, tout comme Lily.

« Tu te crois très drôle, dit-elle d'un ton glacial, mais tu n'es qu'une abominable petite brute arrogante, Potter. Laisse-le tranquille !

C'est d'accord, à condition que tu acceptes de sortir avec moi, Evans, répondit précipitamment James. Allez... Sors avec moi et je ne porterai plus jamais la main sur le vieux Servilo. »

Derrière lui, les effets du maléfice d'Entrave se dissipaient. Snape rampait imperceptiblement vers sa baguette en crachant de la mousse de savon.

« Je ne sortirai jamais avec toi, même si je n'avais plus le choix qu'entre toi et le calmar géant, répondit Lily.

Pas de chance, Cornedrue, dit vivement Sirius qui se tourna à nouveau vers Snape. Oh ! Attention ! »

Mais il était trop tard. Le Serpentard avait pointé sa baguette droit sur James. Il y eut un éclair de lumière et une entaille apparut sur sa joue, éclaboussant sa robe de sang. James fit volte-face. Un deuxième éclair de lumière plus tard, Snape se retrouva suspendu dans le vide, les pieds en l'air.

Il avait bien semblé à Harry que leurs uniformes étaient différents. Ce n'était pas que des sur-robes, mais également des robes sorcières traditionnelles, sans pantalon. Le bas de sa robe était tombé sur la tête de Snape, révélant deux jambes maigres et un caleçon grisâtre.

Des acclamations s'élevèrent de la petite foule des élèves. Sirius, James et Pettigrow rugissaient de rire.

Lily, dont le visage furieux avait un instant tressailli comme si elle allait sourire, lança :

« Fais-le descendre !

Mais certainement », dit James.

Il donna un léger coup de baguette et le jeune Snape retomba par terre comme un petit tas de chiffons. Se dépêtrant de sa robe, il se hâta de se relever, la baguette brandie, mais Sirius s'exclama:

« Petrificus Totalus ! »

Et Snape bascula à nouveau par terre raide comme une planche.

« LAISSEZ- LE TRANQUILLE ! » hurla Lily.

Elle avait sorti sa propre baguette, à présent, sous l'œil méfiant de James et de Sirius.

« Ah, Evans, ne m'oblige pas à te jeter un sort, dit James avec gravité.

Alors, libère-le du maléfice ! »

James poussa un profond soupir puis se tourna vers le Serpentard à terre et marmonna la formule de l'antisort.

« Et voilà, dit-il tandis que Snape se relevait tant bien que mal. Tu as de la chance qu'Evans ait été là, Servilus.

Je n'ai pas besoin de l'aide d'une sale petite Sang-de-Bourbe comme elle ! »

Il vit le visage de Lily se décomposer et il ne sut pas si c'était son cœur ou celui de Snape qui se tordit de douleur. Le souvenir fut presque vidé de toute sa substance, et plus rien autour n'existait hormis ce visage.

Toute colère avait disparu.

A bout de souffle, il s'écroula sur ses genoux, et sa baguette roula sur le parquet. Il eut très froid, tout d'un coup.

Pendant des minutes qui lui parurent interminables, il resta figé, n'osant bouger d'un pouce. Il percevait la respiration sifflante de Snape devant lui. La tension était palpable, et Harry aurait voulu avoir le temps de réfléchir à son épitaphe.

Parce qu'il allait mourir, c'était certain. Il n'échapperait jamais à ça.

Il vu du coin de l'œil Snape bouger et il se détesta — se détesta — pour ça, mais il ne put empêcher son corps de sursauter et son bras de couvrir son visage.

Alors que les insultes pleuvaient dans sa tête, pestant contre son comportement de gamin fragile, il entendit Snape lâcher un soupir très profond.

« Relevez-vous Potter. »

La respiration de Harry était si contrôlée, si silencieuse, qu'il se sentait manquer d'air.

« Potter. Je ne vais pas vous faire de mal. Juste… relevez-vous. »

Ce fut l'immense fatigue qu'il perçut dans la voix de son professeur qui le convainc qu'il ne risquait rien. Pour l'instant.

Il garda tout de même les yeux résolument rivés sur le sol, alors qu'il se redressait faiblement et faisait un petit pas en arrière.

« Je vous avais bien dit de taper juste… » murmura Snape avec un petit rire amer.

Harry releva prudemment la tête et vit que le regard de l'homme était perdu dans l'âtre. Seules des braises y fumaient, à présent, et des trâces sombres de brûlure en dépassaient.

« Nous n'en parlerons pas, dit-il après un long silence. Je ne veux jamais, je dis bien jamais, entendre que vous avez touché un seul mot de ce que vous avez vu à vos petits camarades.

— N-non, enfin bien sûr que non ! » protesta Harry, choqué qu'il puisse le tenir en si basse estime.

Hantés, les yeux de Snape détaillèrent les siens, des émotions conflictuelles sur son visage.

« Sortez », souffla t-il.

Sans se faire prier, Harry se glissa précipitamment vers la porte, ne croyant pas sa chance.

« Ne soyez pas en retard à notre prochaine leçon, demain soir. »

Une fois dans le couloir, il emplit enfin ses poumons et s'adossa sur le mur, tremblant. Le visage blessé de sa mère était gravé dans sa mémoire et il sentit ses yeux se remplir de larmes.