Résumé :

« — Je pensais pas que tu l'avais gardé, dit-il en entendant Kenma revenir.

— Hm ?

Kuroo se tourna pour lui montrer ce qu'il avait entre les mains. En voyant l'objet, Kenma échappa un léger sourire :

— Bien sûr que je l'ai gardé.

— Oh, tu tiens à moi !

La remarque, se voulant à l'origine humoristique, n'amusa que moyennement le blond, aux vues de l'air blasé qu'il prit :

— Bien sûr idiot, sinon tu serais pas là.

— Certes, mais quand même !

Kenma fit rouler ses yeux, mais Kuroo n'eut aucun mal à voir ses joues commencer à rougir. »

Chapitre 23 : la ferme aux papillons 3

Kuroo n'était pas formidable avec les GPS, il devait se l'avouer. Il tournait généralement au mauvais endroit ou continuait son chemin beaucoup trop loin, manquant la bifurcation indiquée par l'appareil, et l'idée de devoir faire demi-tour lui était douloureuse. Il préférait donc attendre que le GPS recalcul son itinéraire plutôt que de revenir sur ses pas, et cela augmentait généralement dramatiquement son temps de trajet. C'est exactement ce qu'il fit, encore une fois.

Après quelques minutes plantées sur le trottoir, Kuroo avait baissé les yeux sur le téléphone que Bokuto lui avait laissé et s'était mis en marche. Bien entendu, il interpréta le tracé du GPS comme s'il s'agissait d'un texte de littérature classique dont la signification profonde était nébuleuse. De ce fait, son temps de trajet passa très vite de cinq minutes, comme originellement annoncé, à quinze. Le fait qu'il se soit retrouvé au milieu d'un quartier résidentiel n'arrangeait pas non plus les choses. Il regardait vaguement les maisons autour, avec les vélos pour enfant abandonnés devant des voitures aux prix surement aussi astronomiques que les maisons devant lesquelles elles étaient garées. Super, en plus ils s'étaient pommés dans un quartier huppé ! Quand il baissa de nouveau les yeux, l'écran était devenu noir. Kuroo tritura les boutons sur le côté, et réussit finalement à faire apparaitre l'écran d'accueil. Il passa son doigt sur l'écran et le schéma de déverrouillage lui fut demandé. Il refit le dessin qu'il avait vu Bokuto faire, certain qu'il s'agissait du bon. « Modèle incorrect dessiné » lui annonça l'appareil. Kuroo fronça les sourcils, et réitéra le dessin. « Modèle incorrect dessiné. Essai restant :2 ». Kuroo inspira, sa mémoire lui jouait-elle des tours ? Pourtant il voyait clairement Bokuto dessiner le schéma devant ses yeux. Confiant, il réitéra l'action. Encore raté. Essai restant 1. Bon, il fallait qu'il agisse judicieusement, un faux pas et il se retrouverait pommé au milieu d'un quartier résidentiel sans point de repérage et sans moyen de communication. Il regarda autour, tentant de se repérer dans un environnement qui lui était clairement inconnu. Il soupira, peut-être avait-il manqué un point ? Oui, c'était surement ça ! Alors qu'il s'apprêtait à réitérer le dessin de déverrouillage, il manqua d'échapper le téléphone. Il le rattrapa in extremis. Malheureusement pour lui, ses doigts balayèrent l'écran, formant un dessin au hasard. « Modèle incorrect dessiné. Appareil verrouillé ». Et merde… Kuroo releva les yeux. Il regarda autour de lui, tel un naufragé perdu en mer. Il se rappela la fois où il avait perdu ses parents au festival d'été quand il était enfant, journée sombre de son existence… Il avait pleuré dans un coin et avait complètement raté le feu d'artifice. Ses parents avaient fini par le retrouver, et ils lui avaient dit que si jamais il se perdait de nouveau, il fallait qu'il retourne au dernier endroit dont il se souvenait. Le conseil lui avait moult fois servi par la suite… Il soupira et décida de faire demi-tour, tentant de regagner la rue où Bokuto l'avait laissé. Plus difficile à dire qu'à faire, toutes les maisons se ressemblaient plus ou moins et des dizaines de bifurcations s'offraient à lui. Il tenta de garder son calme, mais plus il avançait, plus il sentait les larmes lui monter aux yeux. Il avait de nouveau quatre ans, perdus dans un rayon de supermarché, et la sensation n'était pas vraiment agréable.

Il finit par reconnaitre un coin de rue, il échappa un sourire de soulagement, certain d'être sur la bonne voie. Il arriva sur la rue adjacente, qui ne ressemblait en rien à celle qu'il avait quittée plus tôt. Il baissa les bras, il était définitivement perdu… Super ! Quelle idée aussi de l'avoir laissé comme ça ! Il n'avait pas le…

— Ji !

Son cœur fit la ola en reconnaissant la voix qui venait de l'interpeller. Il se tourna, le cœur empli d'espoir et d'allégresse. Ce fut avec une joie immense qu'il vit Kenma à quelques pas de lui !

— Kenma !

Il se précipita dans sa direction et l'enlaça fermement une fois à sa portée. Le blond pouffa, et lui rendit son étreinte.

— Qu'est-ce que tu fous là ?

Kuroo se détacha finalement de lui.

— Je me suis perdu.

— T'as pas de GPS ?

Il leva le téléphone devant ses yeux :

— J'ai bloqué le téléphone de Bokuto…

Kenma le regarda, incrédule, avant d'exploser de rire.

— J'aurais dû m'en douter !

— Oui ! Quelle idée de m'avoir laissé sur le bord de la route, telle une âme en peine !

— Pff, ça va ! Allez vient Roméo.

Kenma se mit en route et il lui emboîta le pas. Ils restèrent silencieux. Kuroo ne s'en formalisa pas, il avait l'habitude de ce silence, Kenma n'était pas un grand amateur de small talk, et cela ne le dérangeait pas plus que ça.

— Ça s'est bien passé ? finit par demander le blond.

Kuroo hocha la tête, et ne manqua pas d'échapper un rougissement. Kenma échappa un sourire en coin.

— Vous avez fait du shopping ? demanda le blond en désignant le sac que portait Kuroo.

Il rit :

— Oui, regarde ce que Bokuto a trouvé, une merveille, ironisa-t-il en tendant le sac.

— Qu'est-ce qu'il a trouvé encore…

Il ouvrit la poche, et se stoppa. Il finit par échapper un léger rire.

— Ça lui va plutôt bien, mais bon, je crois qu'il va falloir quelques ajustements, annonça-t-il en montrant les déchirures sur la robe à fleurs.

— Tu peux pas imaginer le nombre de fois où ce genre de chose lui arrive…

— Il doit avoir une garde-robe intéressante.

— Oui… Je te jure qu'il va la porter sa robe à fleurs, un sourire presque démoniaque se dessina sur les lèvres du blond.

Kuroo rit, et ils continuèrent leur discussion en marchant, Kenma lui comptant toutes les immondices stylistiques dont la penderie de son partenaire regorgeait.

— On est arrivé, finit par annoncer Kenma.

Kuroo releva les yeux. Ils venaient de s'arrêter devant une maison au style moderne, entendu sur trois étages cuboïdes, le dernier d'entre eux certes plus petit que les autres, mais trois étages tout de même. Sur le côté au deuxième étage, Kuroo devina une grande baie vitrée, et un petit jardin s'étendait derrière une clôture en bois. Kuroo en resta bouche bée.

— Woh… C'est chez toi ?

— Chez nous.

— Woh… Le loyer doit être astronomique… Mais bon à trois…

— On a pas de loyer.

Kuroo haussa un sourcil.

— Je l'ai acheté.

Le brun cligna des yeux plusieurs fois, incrédule.

— Tu l'as acheté ? Toute la maison ?

Kenma hocha la tête, visiblement satisfait.

— Enfin, techniquement Keiji est le propriétaire, puisque je ne peux pas être propriétaire terrestre, mais c'est moi. On y va ?

Kuroo, dans l'incapacité de s'exprimer à présent, hocha la tête et le suivit.

— Je pensais pas que ça gagnait autant de jouer aux jeux vidéo sur internet…

Kenma haussa un sourcil.

— Mouais, c'est pas mal. Mais l'argent ne vient pas de là…

— De quoi alors ?

— J'ai développé un programme de cryptages de données que j'ai revendu l'année dernière. Et deux, trois autres trucs aussi pour des grosses boîtes.

Kuroo se stoppa.

— Tu sais faire ça ?

Kenma se contenta de sourire.

— Oui.

— Woh. Tu m'avais pas dit que t'avais fait des études pour ça…

— Hmm, j'ai fait un an, j'ai arrêté quand je me suis aperçu que je pouvais très bien me débrouiller sans.

— Woh, ok.

Décidément, ce garçon ne cesserait jamais de l'impressionner.

Kenma déverrouilla la porte d'entrée et pénétra à l'intérieur. Kuroo le suivit. L'endroit était plutôt sombre, peu attrayant, il était presque déçu. Kenma dut le remarquer car il précisa :

— C'est juste le garage ici, et la buanderie.

Il se baissa pour retirer ses chaussures en bas de l'escalier. Kuroo en fit de même et le suivit à l'étage. Kenma ouvrit la porte et ils pénétrèrent à l'intérieur. Cette fois, Kuroo fut loin d'être dessus. L'endroit s'ouvrait sur une salle de vie charmante, la lumière des baies vitrées s'infiltrait partout, révélant l'espace d'une clarté chaleureuse. Sur sa gauche était installé un salon, séparé par un bar d'une cuisine tout équipé. A sa droite, une salle à manger. L'endroit était décoré avec goût, peuplé de couleurs, d'objet de décorations divers et de plantes. Kuroo échappa un sourire, émerveillé.

— Nice !

— C'est Kōtarō qui a fait la déco.

— Vraiment ?

— Il sait pas s'habiller, mais il a du goût.

Kuroo pouffa. Il s'avança dans la pièce. Au bout, sur le côté de la cuisine, il découvrit un long couloir, où il compta cinq portes.

— Mais c'est immense putain… Vous avez quoi, trois salles de jeux et une piscine intérieure ? plaisanta-t-il.

— Non… Mais on a quatre chambres.

— Quatre ?

Même sa maison de famille ne comportait pas quatre chambres ! Par chance, étant le seul garçon de sa fratrie, et l'ainé, il n'avait jamais partagé sa chambre, mais ses sœurs partageaient encore le même espace. Il était sûr que Kasumi s'était empressé de prendre sa place quand il était parti, mais les faits restaient inchangés.

— On voulait un endroit où on pouvait avoir notre propre espace sans se marcher dessus.

— Bah c'est réussi. Mais pourquoi quatre ?

— Une chacun… La quatrième était une chambre d'amie à l'origine.

— À l'origine ?

— C'est devenu une chambre commune, Kōtarō et Keiji y restent la plupart du temps… Et puis la salle de bain est pratique quand on doit partir en même temps le matin.

— Vous avez deux salles de bains ?!

— Oui, enfin, une salle de bain et une salle de douche.

Cela n'enlevait rien à son émoi.

Kenma lui fit une rapide visite des lieux. À l'étage, sous les toits, se trouvait une petite chambre, encombrée d'une myriade d'objet incongrus et mal assortis : des chevalets côtoyaient des pelotes de laine emmêlées ; une paire de rollers derby avait trouvait de la compagnie auprès d'une vielle guitare uni-corde et d'un skate uni-roue. Apparemment Bokuto avait eu de nombreux hobbies qui n'avaient jamais vraiment complètement pris. Il lui avait dit qu'il avait des tas de talents qui lui étaient inconnus, il n'avait pas pensé qu'il pouvait faire potentiellement référence à ses compétences en derby. L'endroit cependant ne semblait pas avoir été habité depuis un moment, mais Kuroo ne fit aucun commentaire. En bas, sur la gauche, Akaashi avait une petite chambre, disposant simplement d'un lit et d'un bureau encombré de multiples livres. La salle de bain était réellement à tomber par terre, avec sa fantastique baignoire d'angles et ses multiples jets, Kuroo avait l'impression de s'être retrouvé dans une suite luxueuse d'un hôtel cinq étoiles. La « master bedroom » était également somptueuse, et visiblement bien plus habitée que le reste des chambres à l'évidence. Il fut impressionné par les dimensions gargantuesques du lit s'y trouvant. Trouver des draps pour cette taille de matelas atypique ne devait pas être facile du tout!

Ils arrivèrent finalement devant la dernière porte.

— Et là c'est ma chambre.

Il ouvrit la porte, alors qu'il s'attendait à découvrir un antre de geek, où des fils couraient dans toutes les directions et où le plafond état couvert d'écrans, quel ne fit pas sa surprise en découvrant un espace cosy et bien rangée, un malheureux ordinateur portable était posé sur un petit bureau installé contre le mur.

— Oh…

Kenma haussa un sourcil.

— Non c'est cool… J'adore la lampe de chevet en forme de champignon…

— Hmm ?

— Je m'entendais juste à un truc de gros gamer, genre set up venue du futur et tout !

Le blond échappa un sourire en coin.

— Mon bureau est à côté, il désigna une porte au fond de la pièce.

Silence.

— Tu veux voir ?

Kuroo hocha la tête et alla se planter devant la porte. Kenma le suivit et lui ouvrit.

Kuroo échappa un soupire d'émerveillement. L'endroit était bien plus futuriste, et bien plus mystique qu'il n'aurait pu imaginer. Le mur ouest de la pièce était pratiquement complètement recouvert de panneaux acoustiques. En face, derrière un fauteuil dont le prix devait déjà dépasser celui de deux mois de loyer, s'étendaient trois écrans incurvés. Installé devant, un clavier aux courbes épurées clignotait de toutes les couleurs. Le bureau était encore encombré de panneaux de contrôle et d'un microphone venu tout droit d'une station spatiale internationale surement capable de communiquer avec le système solaire voisin. Trois écrans étaient encore accrochés sur le mur. Deux tours, cœurs de cet écosystème électronique, étaient installées de chaque côté du bureau, les entrailles de ces bêtes étaient visibles sur le côté et brillaient d'une lumière bleutée.

— Délire !

Kuroo avait de nouveau 13 ans et il adorait ça.

— Pourquoi ya deux tours ?

— Une pour les jeux, une pour le stream.

— Ça doit être des monstres !

— Hm, ouais. Ça m'a couté le même prix que ma première voiture, mais ils sont fiables.

— Woh.

Kenma, contre toute attente, se remit à parler, détaillant avec précision chaque pièce de son set up. Kuroo l'avait rarement entendu parler autant, et bien qu'il n'y comprenne pas un traitre mot, il le laissa continuer. Son visage avait quitté son flegme habituel, prenant des traits mués de passion. Il sourit, attendri de le voir ainsi. Kenma finit par le remarquer et reprit son expression initiale.

— T'as rien compris n'est-ce pas ?

— Nope.

Kenma échappa un sourire et déclara finalement :

— Allez vient.

À contrecœur, Kuroo quitta l'entre des merveilles.

— Oh, attends je reviens.

Kenma retourna à l'intérieur du bureau, s'attelant à une tâche nébuleuse. Kuroo se détacha de lui et s'avança dans la pièce. Il balaya la chambre des yeux. Être dans cette maison avait quelque chose d'anticlimatique. D'une part, il avait cette sensation de gêne lancinante, ne sachant pas encore comment se mouvoir dans l'espace, ne pouvant pas vraiment se l'approprier. D'un autre côté, cela avait quelque chose de familier. Il se rappela les journées de leur enfance où ils passaient leurs week-ends fourrés chez l'un ou chez l'autre, s'exilant dans leur chambre pour échapper aux regards curieux des parents. Il sourit pour lui-même et s'avança dans la chambre, notant chaque détail composant l'espace. Il rit pour lui-même. Malgré son style s'approchant du punk, grunge ou quelque chose comme ça, la chambre était décorée comme une sorte d'antre féérique peuplé de guirlandes aux couleurs pastel.

Il s'arrêta devant le bureau, décoré d'artefacts mnésiques qu'il détailla des yeux sans pour autant comprendre les souvenirs y étant attachés. Jusqu'à ce qu'il tombe sur un objet qu'il connaissait, et qui fit ressurgir en lui des flots mémoriels qu'il chérissait. Il s'agissait d'une petite figurine de Kiki la petite sorcière chevauchant son balai, Jiji le chat noir installé dans son sac. Il se saisit de la figurine pour la faire tourner sous ses doigts.

— Je pensais pas que tu l'avais gardé, dit-il en entendant Kenma revenir dans la chambre.

— Hm ?

Kuroo se tourna pour lui montrer ce qu'il avait entre les mains. En voyant l'objet, Kenma échappa un léger sourire :

— Bien sûr que je l'ai gardé.

— Oh, tu tiens à moi !

La remarque, se voulant à l'origine humoristique, n'amusa que moyennement le blond, aux vues de l'air blasé qu'il prit :

— Bien sûr idiot, sinon tu serais pas là.

— Certes, mais quand même !

Kenma fit rouler ses yeux, mais Kuroo n'eut aucun mal à voir ses joues commencer à rougir.

— Heureusement, parce que ça m'avait coûté un bras ce truc… J'avais économisé plein d'argent de poche pour…

Il s'arrêta, Kenma s'était approché de son lit et était actuellement en train d'essayer de ramper en dessous. Intrigué, Kuroo s'approcha. Le blond finit par sortir une boîte à chaussure qu'il posa sur le lit.

— C'est quoi ?

Kenma ne lui répondit pas, il se contenta de s'installer sur le lit et l'invita à en faire de même. Une fois cela fait, il lui tendit la boîte.

— Ouvre.

Kuroo s'exécuta. Il échappa un sourire en découvrant son contenu. C'était une véritable capsule temporelle, regorgeante de dessins qu'ils avaient faits lorsqu'ils été enfant, de cailloux peints, et de photographie. Kuroo se saisit de la première photographie : il s'agissait d'une photo d'eux enfant posant devant un sapin, tous deux habillés de pull immonde.

— Oh, je me souviens de cette année-là… Pff, tu faisais encore la gueule.

Kenma se saisit de la photo :

— Je fais pas la gueule, je suis hyper heureux là !

Kuroo se contenta de rire, pas une once de béatitude n'était visible sur le visage de l'enfant.

— Rigole pas c'est vrai !

— Mais je te crois !

— Mouais… Je me souviens, c'était le Noël où j'ai eu ma nintendo DS.

— Oh ! Mais oui ! Je me souviens parce que j'avais fait le mur le soir pour pouvoir venir jouer !

— Pff, oui, et tu t'es éclaté au sol quand t'as voulu repartir, heureusement qu'il avait neigé.

— Ah ouais… J'avais boité pendant des jours, mes parents avaient pas arrêté de me demander si j'avais des problèmes à l'école.

Ils explosèrent de rire en chœur.

Ils continuèrent de voyager dans leur souvenir à travers les petites reliques gardées dans la boîte. Les minutes coulaient sans qu'ils ne les sentent passer : ils étaient rentrés dans une dimension parallèle où le temps n'avait presque plus cours.

— J'arrive toujours pas à croire que t'aies continué de faire du volley après ça.

— Hm, à vraie dire je voulais arrêter en entrant au lycée.

— Pourquoi ? s'insurgea Kuroo.

— Je voulais arrêter avant mais mes parents voulaient pas. J'avais élaboré un plan pour pouvoir arrêter en rentrant au lycée.

— Vraiment ?

— Hm, plutôt facile, j'avais juste à leur dire que l'équipe était pleine d'alpha terrifiant et que je préférais faire autre chose.

— Pff, comment ils auraient cru à ça, t'es plus terrifiant que n'importe quel alpha.

— Certes, mais mes parents n'avaient pas l'air de penser ça.

— Pff… Et du coup ? Ton plan n'a pas marché ?

— Je n'ai pas eu à le mettre en place.

— Oh, pourquoi ?

Kenma grimaça, un sourire tordu s'étendit sur ses lèvres. Kuroo pouvait presque deviner sur ses traits l'adolescent qu'il avait été à cette époque.

— Quoi ?

— C'est super con maintenant que j'y pense, ça fait tellement stéréotype…

— Pff, pourquoi ?

— Parce que, j'ai continué parce que…

Il s'éclaircit la gorge.

— Parce qu'y'avait un garçon dans ma classe sur lequel j'avais un crush monstrueux qui faisait partie du club de volley.

— Oh ?

Kuroo fit tressauter ses sourcils pour taquiner le blond. Kenma leva les yeux au ciel, faussement exaspéré, mais finit par échapper un sourire.

— Donc, ce garçon y jouait ?

— Ouaip… Du coup je me suis inscrit, tout ça pour découvrir que le garçon en question avait déjà un copain, et que je pouvais pas le piffer. En plus de ça il était aussi dans l'équipe, donc j'étais obligé de le supporter toutes les semaines.

— Oh… Et du coup après t'as rencontré Akaashi et Bokuto et t'as oublié ton crush !

— Non.

Kuroo fronça les sourcils.

— Mais… Akaashi m'a dit que vous vous étiez rencontré au début du lycée… Oh ! C'était lui ton crush !

— Yep.

Kuroo ricana.

— Tu pouvais pas supporter Bokuto ?

— Non, vraiment pas.

Le brun éclata de rire :

— Merde, le pauvre, Akaashi m'a dit que lui non plus il pouvait pas le supporter au début.

— C'est que de prime abord, il est quand même casse couille. Il arrêtait pas de hurler tout le temps et il nous faisait des scènes en plein jeu. Mais bon, je trainais quand même beaucoup avec Keiji, donc avec Kōtarō par extension. Et…

— Et ?

Le blond tourna ses yeux vers le plafond, et un sourire tendre s'étendit sur ses lèvres.

— Et je suis tombé amoureux.

— Oh, trop mignon !

— Non pas trop mignon ! Tu peux pas savoir ce que ça fait d'avoir des sentiments pour deux personnes que…

Kuroo s'éclaircit la gorge. Kenma tourna son regard dans sa direction et le vit hausser un sourcil.

— Vraiment je peux pas savoir ?

La remarque amusa Kenma :

— Ok, ok, mais moi je savais déjà qu'ils étaient ensemble.

— Mouais, moi aussi, on se rappelle de l'intervention ?

— Ok, ok, tu vois, mais j'étais jeune, et… Et c'est aussi comme ça que j'ai compris que j'aimais les garçons et… Enfin pas vraiment mais j'avais éludé la chose assez longtemps pour l'oublier, bref c'était le bordel.

— Bon, bah j'imagine que ça s'est pas trop mal fini non plus.

— Non…

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

Kenma soupira :

— Un jour ils m'ont pris à part, genre bloqué dans un couloir…

— Romantique.

— Pff, tellement, j'avais peur qu'ils s'en soient rendu compte et qu'ils soient venus me régler mon compte.

— Ça leur ressemble pas trop…

— C'était la seule hypothèse que j'avais mais en fait…

— Hm ?

— Bah, ils m'ont fait une déclaration.

— La fameuse.

— Ouais, mais te plains pas, toi au moins t'étais pas bloqué dans un couloir.

— Hm… Et du coup, tu t'es barré en les laissant en plan.

Kenma parut surpris :

— Comment tu sais ?

— Tu me l'as dit.

— Oh… c'est vrai. Bref, j'ai bien essayé de les oublier, et de plus leur parler, mais pas facile à faire puisque je les voyais tous les jours.

— Hm… Et du coup, comment ça s'est fini ?

— Ils m'ont courtisé pendant six mois et… j'ai fini par céder. Et… on en est là aujourd'hui.

— Six mois !

— Hm.

— T'es hard-core.

Kenma échappa un sourire mais n'ajouta rien.

Le silence s'étendit entre eux. Kuroo sentait que le blond voulait lui dire quelque chose. Lui aussi peut-être, mais plus aucune pensée ne pouvait se formuler clairement dans sa tête. L'atmosphère avait changé, et le brun ne savait pas comment la gérer.

— Tu veux jouer à Mario kart ? finit par demander Kenma.

— Tu me demandes si je veux jouer à Mario avec un pro des jeux vidéo qui va m'exploser la tronche ?

— Je suis pas un pro de Mario kart.

— J'y crois moyennement.

— Et du coup ?

Kuroo réfléchit. Cela ne changerait pas grand-chose au final. Déjà petit, Kenma était bien plus fort que lui, ça ne l'avait pas empêché de jouer. En plus, il avait eu l'occasion de s'entrainer avec Chris, peut-être avait-il une chance finalement ?

— Ok !

Ils sortirent de la chambre pour aller s'installer dans le salon et lancèrent le jeu. Comme prévu, Kuroo se fit largement écraser. Mais cela ne le démoralisa pas pour autant ! La tâche était ardue, mais il savait qu'il avait une chance, si minime soit-elle ! Au bout d'une dizaine de parties, Kenma proposa de changer de jeu, mais il refusa : son honneur était en jeu ! Il choisit cette fois le circuit, son circuit, celui dont il connaissait le moindre virage. Et ce fut avec une intensité dramatique qu'il se lança dans la course. La tâche fut ardue, et semée d'embuche, mais finalement, il en sortit victorieux. Une fois la ligne d'arrivée dépassée, il hurla, finalement victorieux ! Après une petite danse de la joie en bonne et due forme, il s'attela à vanter sa victoire auprès de son adversaire. Ce dernier ne paraissait pas plus affecté que cela, semblant même satisfait. Kuroo réalisa ce qu'il s'était passé, et l'euphorie redescendit.

— Tu m'as laissé gagner c'est ça ?

— Non pas du tout.

— Allez, non ! se plaignit le brun avant de s'étaler dans le canapé pour bouder.

— Fallait bien que je te laisse une chance.

— Je ne veux pas de ta pitié ! rétorqua-t-il dramatiquement.

Kenma pouffa, Kuroo lui balança un oreiller au visage. Le blond ne se laissa pas faire et lui rendit la pareille. Leur chamaillerie continua jusqu'à ce que Kuroo se prenne un coude dans l'œil. Sa blessure au combat ne sembla pas affecter le blond plus que ça qui se contenta de ricaner.

— Tu m'as fait mal !

— Désolé.

— T'as pas l'air désolé.

— Non, je m'en fous.

Kuroo explosa de rire.

— En fait t'es toujours énervé contre moi et tu te venges !

— Comment ça je suis énervé contre toi ?

— Je sais pas, Bo m'a dit que t'étais vénère.

— J'étais pas vénère.

— Hmm ? Vraiment ?

Il soupira.

— C'est juste que, sur le coup, de constater d'un coup que tu chafouinais depuis des mois avec mes partenaires, ça m'a un peu… froissé.

— Froissé ?

— Je savais pas si tu faisais ça juste comme ça pour faire la girouette, ou si t'étais sincère.

— Hmm…

L'information passait toujours bizarrement dans son cerveau, mais il s'y accommodait peu à peu.

— Après je me suis rappelé que c'était toi.

— Et ?

— Et, je voyais pas comment tu pouvais pas être sincère.

Kuroo lui sourit.

— Akaashi m'a dit que t'étais vénère contre lui aussi.

— Hm…

— T'es toujours énervé ?

— Non.

Ils se sourirent.

— J'étais énervé et blessé qu'il ne m'en ait pas parlé plus tôt. Kōtarō, je comprends, le connaissant ça a dû lui tomber dessus comme ça sans qu'il ait capté avant, mais Keiji… Il savait clairement ce qu'il était en train de se passer et il n'a rien dit.

— Il pensait que je comprendrais surement pas, enfin je pense. Du coup... pas la peine... J'imagine.

Kenma leva les yeux au ciel :

— Bullshit, c'est surtout qu'il fait son alpha têtu, il garde tout pour lui en pensant que c'est à lui de tout gérer.

— Et ça t'agace ?

— Ouais… Mais bon, au final j'ai de la chance j'imagine.

— De ?

— Que ça ait tourné comme ça… Que tu sois là.

Kuroo sourit, sentant son cœur commencer à s'agiter dans sa poitrine. Sa tachycardie empira lorsque Kenma sortit de son coin pour venir s'allonger sur lui. Il croisa les bras sur son torse, et y reposa sa tête, ne le lâchant plus du regard. Il sentit les échos des battements de son cœur résonner dans sa cage thoracique, rejoignant le rythme du sien.

— Tetsu ?

L'interpellé fut secoué d'un frisson. Cela faisait des années qu'il ne l'avait plus appelé comme ça. Pas une seule fois depuis qu'ils s'étaient retrouvés. Sentant que sa voix allait chavirer s'il répondait à haute voix, il se contenta de hocher la tête.

— Est-ce qu'il faut qu'on te coure après pendant six mois pour que tu nous acceptes ?

Son cœur battait à présent si fort que la résonnance était presque assourdissante.

— Je tiendrais pas aussi longtemps, je n'ai pas ton endurance.

Ils se sourirent.

— Hum, Kuroo détourna les yeux, faudra peut-être aller doucement avec moi, je suis quand même bien pommé et… et voilà.

— Ok, je comprends. Et du coup ?

— Du coup ?

— C'est un oui ?

Kuroo rougit furieusement et tenta de dissimuler son visage derrière le coussin du canapé.

— Je sais pas si j'ai trop le choix, j'ai déjà embrassé les deux d'avant. Tu crois que je peux partir avec toutes les bachelorettes ?

Kenma ne répondit pas. Soucieux de sa réaction, Kuroo se tourna pour retrouver son regard. Contre toute attente, Kenma le regardait, un brin de malice dans les yeux.

— C'est quoi cette tête ?

— Tu n'as pas embrassé toutes les bachelorettes.

Kuroo sentit son cœur grossir, grossir, jusqu'à devenir gigantesque, jusqu'à ce qu'il vienne taper sur sa cage thoracique comme sur un tambour tendu, balançant des giclées de sang si violemment dans tout son corps qu'il s'en sentit aussitôt fébrile. Si violement que sa tête se mit à tourner.

— Humm, ah oui c'est vrai, mais je crois que ça peut s'arranger.

Kenma lui sourit, et il se redressa pour se rapprocher de lui. Kuroo le rejoignit à mi-chemin et leurs lèvres se rencontrèrent.

Ça boue dans sa tête, dans ses organes c'est l'effervescence. Ça pétille et ça tintinnabule, ça fait des boucles, ça tourne, ça monte encore comme une immense vague et sa renverse tout sur son passage.

Ils se séparèrent et il ouvrit de nouveau les yeux.

— Ça fait bizarre quand même.

— De quoi ?

— Que ça soit toi.

Kenma haussa un sourcil.

— Comment ça ?

— Bah je veux dire… t'es mon méga crush d'enfance et… mon meilleur ami… ça fait un peu bizarre.

— Ça me fait bizarre aussi.

— Hm, je pense qu'on devrait recommencer, histoire de vérifier.

Kenma pouffa et se pencha de nouveau vers lui.

— Alors ? demanda le blond après leur baisé.

— Alors je pense que je vais pouvoir ouvrir une ferme à papillons avec tous ceux qui me poussent dans le bide.

— Ils...poussent ?

— Oui, bon, t'as compris…

— Non Ji, je veux savoir si tu penses que les papillons poussent sur des arbres.

— Bah évidemment, quelle question !

Kenma leva les yeux au ciel. Il lui sourit finalement et vint de nouveau s'allonger sur son torse.

— Du coup c'est oui ?

— Oui.

— Nice.

— Nice, c'est tout ?

— Tu veux quoi ?

— Un autre bisou.

— Hmm… Tiens-toi, ya les zozos qui arrivent. Ils attendent en bas depuis dix minutes.

— Quand est-ce que t'as sorti ton téléphone ?

— J'ai pas sorti mon téléphone.

Quoi ?

— J'en reviens toujours pas que tu les appelles les zozos.

— Pff, c'est Konoha qui les appelle comme ça à la base.

— T'es pote avec Konoha-san ?

— Ouais, il est cool. Et puis c'est le seul autre Sô-kita que je connaisse, ça rapproche.

— Mouais… Bah il me terrifie.

— Je vois pourquoi…

Alors que Kuroo allait reprendre la parole, il entendit des pas de course dans l'escalier et Bokuto ouvrit la porte à la volée. Alors qu'il s'apprêtait surement à hurler quelque chose, il se ravisa en les apercevant :

— Oh, j'interromps quelque chose ?

— Non, déclara Kenma.

— Parfait !

Il lâcha ses affaires au sol et se précipita vers le canapé. Il s'accroupit devant, posant sa tête sur le bord, pour pouvoir faire face à Kuroo.

— Alors ?

— Hmm ?

— Est-ce qu'on a un petit copain ?

Kuroo sourit. Il releva les yeux, et croisa le regard d'Akaashi. Il tourna ensuite les yeux vers Kenma, puis Bokuto. Il n'avait plus une once de doute dans son cœur, ses résistances s'étaient évanouies.

— Oui.

Bokuto échappa un babillement joyeux et se jeta dans ses bras. Par chance, Kenma se recula assez rapidement pour pouvoir éviter une collision. Kuroo échappa un rire de pure euphorie.

Il ne savait pas vraiment ce qu'il faisait ni où cela le mènerait, mais il savait qu'il avait fait le bon choix.

— Fin du chapitre—

Et fin de cette partie, on commence maintenant un nouvel arc !

C'est ainsi que Kuroo se retrouva non pas avec un, non pas deux, mais bien trois petits amis ! J'espère que ces dates vous auront plu ! J'ai adoré écrire cette partie ! (moult fluff c'est pour ça)

Mais ce n'est que le début !

Prochain chapitre : « le début d'une nouvelle histoire »

« — Bro, d'ailleurs.

Kuroo tourna la tête pour faire face à son interlocuteur.

— Juste… Ca va ?

— Oui pourquoi ?

— Je sais pas, je demande. Ça fait un gros changement. J'y ai jamais vraiment réfléchi parc'que c'est ce que j'ai toujours connut, mais pour toi, je sais pas je me dis que…

— Non, ça va. Je suis juste… heureux.

Bokuto lui sourit.

— Je pense que j'avais juste peur en fait.

— Peur de quoi ?

— Je sais pas… de l'inconnu ?

— T'as toujours peur ?

— Un peu oui… mais c'est plus pareil. Et puis – il tourna le regard, accrochant celui de son petit ami- j'ai envie de vivre ça. »

See ya !