Résumé :
« — Bro, d'ailleurs.
Kuroo tourna la tête pour faire face à son interlocuteur.
— Juste… Ca va ?
— Oui pourquoi ?
— Je sais pas, je demande. Ça fait un gros changement. J'y ai jamais vraiment réfléchi parc'que c'est ce que j'ai toujours connut, mais pour toi, je sais pas je me dis que…
— Non, ça va. Je suis juste… heureux.
Bokuto lui sourit.
— Je pense que j'avais juste peur en fait.
— Peur de quoi ?
— Je sais pas… de l'inconnu ?
— T'as toujours peur ?
— Un peu oui… mais c'est plus pareil. Et puis – il tourna le regard, accrochant celui de son petit ami- j'ai envie de vivre ça. »
Chapitre 24 : Le début d'une nouvelle histoire
Si sa vie était un film, il aurait surement pris fin ici. Peut-être qu'Hollywood, si tant est qu'Hollywood conte son histoire, aurait ajouté un feu d'artifice, ou un baiser dans une fontaine. Des baisers dans une fontaine ? Peu importe, sa vie n'était pas un film, et son histoire ne s'arrêtait pas là.
Il ouvrit les yeux et ne reconnut pas instantanément où il se trouvait. Le soleil était levé, et la pièce baignait dans une lumière matinale. Il sourit, il était chez Kenma. Enfin, chez Kenma, Bokuto et Akaashi. Ses petits amis. Il sourit bêtement à cette pensée. Il n'était pas reparti tout de suite. Il n'était pas reparti du tout d'ailleurs. Ils avaient longuement discuté, sans rien toucher de bien profond, juste défaire peu à peu tout ce qui s'était passé pour s'approprier ces souvenirs. Ils avaient ensuite commandé à manger et avaient regardé une rediffusion de pacific rim à la télé et… et après il ne se souvenait plus. Il avait donc dû s'endormir avant la fin du film. Il tourna la tête, et sourit : Bokuto s'était endormi à ses côtés. En relevant la tête, il constata qu'Akaashi aussi était là, endormi dans un fauteuil à côté du canapé. Il écouta leurs respirations. Il ferma les yeux. Il avait cette étrange impression, celle de ne plus vraiment être en contact avec la réalité, et pourtant d'y être ancré profondément. Il finit par entendre du bruit derrière lui, et décida de s'extirper du canapé pour aller voir ce qu'il en était. Il trouva Kenma dans la cuisine, en train de faire bouillir de l'eau.
— Hello, lui murmura-t-il.
— Bonjour, lui répondit le blond.
Ils restèrent plantés comme ça, l'un face à l'autre, sans rien dire, se contentant de se sourire.
— Il est quelle heure ? finit par demander Kuroo.
— Six heures.
Il fit la moue, il n'était pas un grand fan des réveilles si matinaux.
— Qu'est-ce que tu fais déjà debout à cette heure-là ?
— Encore, je me suis pas couché, j'allais me faire une tisane.
Kuroo fronça les sourcils.
— J'étais en stream, éclaircit Kenma.
— Ah cette heure-là ?
Le blond se contenta de hocher la tête.
— Il y a toujours une partie de la planète debout. Je te fais un café ?
— Oh ouais merci.
— Soluble ça te va ? Je veux pas faire trop de bruit avec la machine.
— Parfait.
Ils allèrent s'installer sur la table de la salle à manger. Ils restèrent silencieux, dialoguant du regard. Sans savoir qui initia le geste en premier, leurs mains finirent par se rencontrer, leurs doigts se liant puis se déliant, jouant ensemble pour mieux s'apprivoiser. Ils se séparèrent finalement en entendant du bruit derrière eux. Bokuto était levé, il avait les yeux encore lourds de sommeil et une coiffure des plus improbable qui fit rire le brun. Il s'approcha de lui, et avec une aisance tendre, passa sa main dans ses cheveux, avant de poser un baiser au sommet de son crâne. Il s'approcha ensuite de Kenma, se planta devant lui et passa sa main sous son menton pour qu'il relève la tête. Le blond suivit le mouvement, et le laissa venir à lui. Kuroo sourit. Il se souvint que plus jeune, drainé de ses échecs amoureux et des rendez-vous pourris avec des inconnus rencontrés sur internet, il avait souvent souhaité sauter les moments tellement malaisants des premières heures d'une amourette pour magiquement se retrouver dans une relation établie. Il ne pensait pas que son souhait serait exaucé si littéralement.
— Tu pues, taquina Kenma
— Jamais, lui rétorqua Bokuto.
Il repartit en direction de la cuisine, et revint un mug à la main pour s'installer avec eux. Alors que la conversation allait reprendre, Akaashi fit son apparition. Il se planta devant eux, les regardant d'un air vide, si bien que Kuroo se demanda s'il était vraiment réveillé.
— Bonjour, ô lumière de ma vie, le salua Kenma, un brin moqueur.
Akaashi ne répondit rien, il plissa les yeux et échappa un long grognement. Sans rien ajouter de plus il disparut dans le couloir. Ses deux partenaires ricanèrent, visiblement habitués à cette réaction.
— Euh ça va ? demanda Kuroo.
— Oui, il est juste pas du matin, dit Kenma.
— Il est parti se recoucher, ajouta Bokuto.
— Ji, tu veux faire quoi ? Je vais aller me coucher, mais Kōtarō est debout.
Le concerné hocha vaguement la tête.
— Wouah, je vois déjà les avantages à avoir trois petits copains, plaisanta le brun.
Ils lui sourirent.
— Je vais partir courir, annonça Bokuto dans un bâillement. Tu veux venir ?
— Ok, ça me fera pas de mal.
— Nice.
— Je pense que je vais dormir quatre, cinq heures. On peut sortir manger un truc ensemble ce midi.
— Grave.
Kuroo se contenta de hocher la tête. Il avait déjà explosé, et de loin, le record du (des ?) date le plus long, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?
Bokuto avala le reste de son café en une gorgée et partit en trottinant dans le couloir. Après avoir entendu quelques grognements, chuchotements et chahutements, Kuroo le vit revenir en jogging.
— Tiens ! dit Bokuto en lui balançant un pantalon de jogging et un t-shirt.
Il comprit qu'il n'avait pas intérêt à lambiner. Il finit sa tasse et alla se changer. Cinq minutes plus tard il était dehors, les neurones pas encore bien en phase, mais prêts à suivre la cadence. Bokuto lui sourit, et ils se mirent en route. L'air était doux, et les rues étaient encore vides et silencieuses. Ils sillonnèrent les petites allées, quittant progressivement les pavillons haut de gamme pour des rangées de vielles maison des années 70 aux murs ternis par le temps. Sur un vélo dormait un vieux chat, et un corbeau croassa du haut d'un poteau. Les lignes électriques enchevêtrées dans un entrelacs fouillis laissaient passer entre les interstices de leur amas quelques bouts de ciel bleu. Chose rare quand il était en compagnie de Bokuto : ils restèrent silencieux. Seuls leur souffle et les bruits de la ville commençant à s'éveiller troublaient la musique du silence. Kuroo se sentait apaisé, et même s'il savait que cela ne durerait pas bien longtemps, il avait l'esprit clair. Ils finirent par rejoindre un parc et s'engagèrent dans des allées verdoyantes bordées d'érables, de saules et de geckos. Là aussi ils ne croisèrent presque personne, peut-être un ou deux joggeurs, et un vieil homme promenant son chien. Ils passèrent sur un pont tendu au-dessus de la verdure, et arrivèrent finalement jusqu'à un étang artificiel. Ils arrivèrent sur un ponton en bois, et le cul-de-sac sonna la fin de la course.
— T'es bien silencieux, remarqua Bokuto quand il eut repris son souffle.
— Hmm, il est tôt. Et toi aussi t'es pas très bavard. Ça me surprend d'ailleurs.
Bokuto haussa un sourcil :
— Ça te surprend ?
— Un peu oui. La dernière fois qu'on a couru ensemble j'ai failli mourir d'asphyxie parce que t'arrêtais pas de me faire rire.
— Hmm, mais il était pas tôt, t'étais juste en gueule de bois. C'était cool d'ailleurs ! Quand on a chanté à tue-tête après et tout.
— Hmm…
— Bon après t'as commencé à m'éviter c'était moins cool mais… bon c'est passé maintenant.
Bokuto força un sourire. Le vent fit rouler l'eau de l'étang.
Kuroo soupira.
— J'ai vraiment merdé sur le coup j'avoue… Mais si ça peut te réconforter, j'ai chialé dans le métro après, je te dis pas la gueule des gens, en plus c'était bondé.
— Vraiment ?
— Hmm… La honte.
— Oh Bro ! Désolé de t'avoir fait chialer ! Bokuto l'attira à lui pour le prendre dans ses bras.
Kuroo échappa un léger rire mais se joignit à l'étreinte. Il murmura à voix basse :
— Désolé de t'avoir évité et de t'avoir blessé.
Bokuto ne répondit rien, mais resserra l'étreinte.
Ils finirent par se séparer et s'installèrent côte à côte face à l'étang. Ils regardèrent les canards faire des ronds dans l'eau et écoutèrent les oiseaux chanter du sommet des arbres.
— Bro, d'ailleurs.
Kuroo tourna la tête pour faire face à son interlocuteur.
— Juste… Ça va ?
Le brun fronça les sourcils.
— Oui pourquoi ?
— Je sais pas, je demande. Ça fait un gros changement. J'y ai jamais vraiment réfléchi parc'que c'est ce que j'ai toujours connut, mais pour toi, je sais pas je me dis que…
Il laissa intentionnellement la fin de sa phrase en suspens, ne sachant surement pas vraiment comment exprimer sa pensée. Mais Kuroo comprit. Il prit le temps d'y réfléchir. Il plongea en lui, analysant ce qu'il ressentait. Il connaissait cette sensation, pour l'avoir déjà rencontré : une légère désorientation, mais le sentiment d'une évidence, et du bonheur que cela apportait. Il se souvenait la première fois qu'il avait eu un amoureux. Malgré tout les dictâtes sociaux qui l'avaient élevé, cela lui avait paru profondément naturelle. Il ressentait exactement la même chose à présent : quelque chose de calme, d'apaisant et doux. Certes, il avait de la chance d'être entouré de gens ouverts et tolérants, et le monde n'aurait pas toujours cette bienveillance. Mais il connaissait déjà ça, il n'en avait plus peur. Il avait mis du temps à voir ses dernières résistances tomber, mais maintenant il savait qu'il n'en avait plus besoin, il sentait que c'était la bonne voie.
— Non, ça va. Je suis juste… heureux.
Bokuto lui sourit.
— Je pense que j'avais juste peur en fait.
— Peur de quoi ?
— Je sais pas… de l'inconnu ?
— T'as toujours peur ?
Tetsurō haussa les épaules. Il sentait le regard de Bokuto sur lui, le sien était toujours tourné vers l'horizon.
— Un peu oui… mais c'est plus pareil. Et puis – il tourna le regard, accrochant celui de son petit ami- j'ai envie de vivre ça.
Il lui sourit, et après un rapide coup d'œil pour vérifier les alentours, s'approcha pour venir poser un baiser sur ses lèvres. Puis il posa son front contre le sien, et ils restèrent ainsi plusieurs secondes. Kuroo finit par échapper un rire, ce qui intrigua son vis-à-vis.
— Rien, je pense à la gueule qu'ils vont faire au CAPE.
— Oh CAPE ?
— Hmm, ma bande d'alpha… enfin, ya pas que des alphas quand même, mais bon, c'est eux qui me donnent « une odeur déroutante ».
— Oh eux… et euh, pourquoi ?
— Ça fait quasi deux mois que je leur sers mon drama toutes les semaines, il est temps qu'ils aient le dénouement. Et faut que je remercie Chris aussi… C'est quand même un peu grâce à lui que je suis là.
— Tu le remercieras de ma part aussi alors.
— Pff, oui.
Ils repartirent, traversant le parc à pied cette fois, prenant le temps de se gorger de l'atmosphère. Un petit « shinrin-yoku »* avait toujours quelque chose de bénéfique. Le dialogue revint peu à peu, reprenant bientôt sa teneur loufoque d'origine. Heureusement pour Kuroo, il n'était pas en train de courir cette fois. Lorsqu'ils revinrent aux abords de la maison, presque deux heures s'étaient écoulées.
— Bon, t'es prêt ? demanda Bokuto en levant les yeux de son téléphone.
Kuroo fronça les sourcils.
— Prêt pour quoi ?
Son vis-à-vis se contenta de faire trémousser ses sourcils.
— Bo, prêt pour quoi ?
— la « discussion ».
Kuroo sentit un relent d'anxiété monter en lui, pas bien sûr de ce à quoi il devait s'attendre. Bokuto, qui perçut instantanément son trouble, se contenta d'échapper un ricanement sans lui donner plus d'explication.
— La discussion de quoi ?
Silence.
— Bo ?
— Tu verras bien, pas de stress.
Pas de stress ? Plus facile à dire qu'à faire !
Kuroo n'eut pas plus d'explications, ils venaient de revenir à la maison. La question lui sortit de l'esprit lorsqu'ils regagnèrent l'étage. Akaashi était levé, son aura bien différente de celle qu'il avait quelques heures plus tôt. Il était installé à la table, en robe de chambre, lunette sur le nez et livre à la main, une tasse fumante devant lui, incarnant parfaitement la figure de l'intellectuel distingué. Il releva les yeux de son ouvrage en les entendant arriver, et leur adressa un sourire. Bokuto échappa un gazouillement en le voyant et se jeta sur lui pour venir l'embrasser sur la joue. Kuroo approcha avec plus de retenue, leurs regards s'attrapèrent et ils se sourirent mutuellement. Sans vraiment calculer son action, Kuroo saisit sa main qu'il embrassa du bout des lèvres. Il fut très vite sorti de sa bulle lorsque Bokuto pouffa.
— Vous êtes chelou, commenta-t-il, amusé.
Kuroo se contenta de lui tirer la langue, apparemment capable de passer de l'attitude de gentleman à celle d'un enfant de cinq ans en moins d'une seconde. Akaashi leva les yeux au ciel mais ne fit aucun commentaire.
— Tu as l'air plus en forme que tout à l'heure, remarqua Kuroo.
Le brun face à lui se raidit imperceptiblement. Il s'éclaircit la gorge avant de prendre la parole :
— Oui. Je m'excuse si j'ai pu paraitre un peu…
— Grognon ? le coupa Bokuto.
— Rude.
— Hmm, il laisse juste sortir son alpha ronchon quand le soleil n'est pas encore levé depuis assez longtemps.
— Kōtarō.
— Quoi c'est vrai ! Il veut juste pas l'admettre.
Avant même que son partenaire n'ait pu se défendre sur le sujet, il reprit :
— Bon je vais me doucher, Bro, tu peux aller dans la salle de bain, j'irai dans celle de la chambre.
Kuroo hocha la tête et le suivit, après lui avoir prêté des sous-vêtements et une serviette de bain, il le laissa seul. Le brun referma la porte, et attrapa son reflet dans le miroir. Son image, dans cette pièce qui lui était inconnue fit office de point d'ancrage, et il sourit, avant détourner les yeux. Lorsqu'il revint dans la pièce principale, propre comme un sou neuf, il constata que ses trois petits amis étaient installés à la table. Il croisa le regard de Bokuto qui remua encore une fois ses sourcils. Kuroo se raidit.
— T'es déjà levé, demanda-t-il à Kenma.
Il se contenta de hausser les épaules.
— Viens t'assoir avec nous.
Kuroo resta interdit un moment, avant de s'exécuter. Il s'installa face à eux et attendit. La sensation était terrible et il ne savait vraiment pas à quoi s'attendre.
— C'est juste pour mettre quelques petites choses aux clairs, il vaut mieux le faire dès maintenant, reprit Kenma.
— Euh ok…
— Bon. Déjà, sache que, même si nous sommes dans les faits exclusifs, tu n'as pas à l'être. La seule chose que nous demandons c'est que tu nous en parles, dans les limites de ce avec quoi tu es confortable. Et bien entendu de te protéger, de nous protéger. L'inverse est réciproque.
Kuroo était maintenant entre l'atterrement et le malaise. Il ne s'attendait certainement pas à devoir recevoir un « sex talk » de la part de Kenma. Même ses parents n'avaient jamais vraiment abordé le sujet avec lui. Il comprenait bien pourquoi il était important de communiquer ce genre de chose… À croire qu'il était plus attaché au non-dit nippon que ce qu'il pensait. Et puis, il était vrai que dans les premières heures d'une relation, il n'y avait pas souvent place à la rationalisation. Il était surement plus sain de le faire, mais ça ne tenait pas encore de l'agréable de son côté. Dans les faits, il ne pensait pas avoir la capacité ni émotionnelle ni physique d'allait battre la campagne en plus de maintenir trois relations. Il se contenta de hocher la tête.
Akaashi le coupa dans ses pensées.
— Ça te parait raisonnable ?
— Euh… Oui… A vrai dire je… je suis déjà passé de zéro à trois, je pense pas commencer ah… enfin. J'avoue que je n'y ai pas encore bien réfléchi. Et je… enfin…
Il commençait à perdre ses mots, ne sachant pas vraiment quelles directions prendre.
— C'est juste la… règle de base, hum… On pourra en reparler plus tard pour définir plus… enfin, quand tu y auras réfléchi.
— Euh… Ok.
Kenma hocha la tête.
— Il est important tu communiques tes besoins, et ton ressenti. Je, enfin nous- il tourna le regard vers ses partenaires- comprenons bien que c'est tout nouveau pour toi, et que ce n'est pas évident, sache que nous serons toujours ouverts au dialogue.
Kuroo décela le regard que Kenma adressa en biais à Akaashi. Apparemment la mise au clair ne lui était pas uniquement destinée. Il vit le brun tourner les yeux sur sa tasse, objet qui semblait soudainement plein d'intérêt à ses yeux.
— Je comprends, répondit-il finalement.
— Bien.
Kenma échappa un soupire discret. Même s'il avait pris le leadership, apparemment engager cette discussion n'avait pas était si aussi facile pour lui qu'il n'y paraissait.
— Ok.
Kenma commença à se redresser.
— C'est tout ?
— Tu avais une question ?
— Euh, non, pas pour le moment.
— Du coup oui c'est bon. On pourra refaire un point plus tard.
Ils avaient bien compris qu'il ne tirerait rien de plus maintenant. Kenma et Akaashi quittèrent la table pour se rendre dans la cuisine. Bokuto était toujours face à lui, un sourire goguenard aux lèvres. Il se leva pour s'approcher de lui.
— Ça va ?
— C'était affreux, lui avoua le brun à voix basse.
Cela n'avait pas été si affreux que cela, mais Kuroo aimait le dramatique, que voulez-vous.
Bokuto pouffa.
— Je crois qu'il va falloir que tu t'habitues.
— Hmm…
Bokuto lui sourit, et posa son front contre le sien une seconde avant de se redresser.
— Kenma ! On mange quoi du coup ?
— On mange rien il est même pas dix heures là.
— Non mais après !
Ils continuèrent de discourir sur l'heure appropriée du repas et Kuroo repartit dans ses pensées.
— Merde !
— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Bokuto
— Je devais aller bouffer avec des potes, faut que je leur dise que je serais pas là.
— Tu peux y aller si tu veux.
— Hmm, je préfère rester. Faut juste que je leur dise. Tu peux me prêter ton téléphone ?
— Hmm…
Alors qu'il allait lui tendre, il se ravisa.
— Oh mais attends ! T'as ta carte sims ?
— Dans mon portefeuille, pourquoi ?
— J'ai mon vieux téléphone, attends.
Sans lui donner plus d'explication il se précipita dans le couloir et revint quelques instants plus tard.
— Tiens.
Il lui tendit un téléphone, certes qui avait dû essuyer quelques chutes, mais qui somme toute semblait en parfait état.
— Il marche bien, Kenma m'en a offert un autre entre temps, donc.
— En fait c'est pas ton mec, c'est ton sugar daddy c'est ça ? commenta Kuroo.
Bokuto pouffa, et se pencha à son oreille :
— Notre Sugar Daddy.
Kuroo rougit idiotement. Son expression arracha un sourire à son petit ami. Il se redressa pour se diriger vers le salon, et il le suivit.
-/-
Yamaguchi avait dû apprendre très jeune l'art de se mouvoir sans émettre le moindre bruit. Même si son habilité n'avait pas émergé de circonstances heureuses, elle avait l'avantage de lui être utile. Sans mentir, il avait un tel talent, il en était presque à l'inscrire sur son CV. Cela lui était particulièrement utile à présent qu'il vivait dans un minuscule appartement avec son partenaire qui se réveillait au moindre bruit. Nuance : les bruits que lui seul faisait. La chose était finalement assez injuste : le vacarme des travaux en bas de la rue ne le dérangeait pas du tout, mais le cliquetis de sa cuillère dans une tasse le faisait partir en vrille et il était capable de lui balancer tout ce qu'il avait sous la main à la figure. Heureusement pour lui, il s'agissait bien souvent de simple oreiller. Pour le moment, il était sauf : il avait réussi à se lever et à préparer un petit déjeuner sans qu'un bruissement ne se fasse entendre. Il remua sa tasse de thé le plus délicatement possible et doucement, reposa la cuillère sur le plan de travail. Il tourna les yeux en direction du lit : aucun mouvement, aucun projectile en vue. Il était sauf. Mais soudain ! Malheurs ! En se retournant, il avait heurté le manche de la cuillère qui à présent se rapprochait bien trop rapidement du sol. Il réussit néanmoins à la rattraper avant qu'elle termine sa chute. Il échappa un soupir, il l'avait échappé belle ! Alors qu'il se pensait tirer d'affaire, la sonnerie de son téléphone retentit. Il se figea, mortifié. Il tourna lentement la tête : Tsukki semblait toujours assoupi. Ouf !
Il déverrouilla son téléphone et découvrit qu'il avait un message de Kuroo. Tiens, il avait de nouveau un téléphone apparemment.
« Désolé, je pourrais pas venir tout à l'heure, on se fait un truc plus tard dans la semaine ? »
Yamaguchi souffla, déçu.
« Roh, tu crains, j'espère que t'as une bonne raison au moins » répondit-il.
Nouveau message.
« Bonne je sais pas »
Nouvelle sonnerie. Cette fois il lui avait envoyé une photo.
— Oh bordel ! s'exclama-t-il
— Tadashi merde ! s'insurgea Tsukki.
Il lui balança son oreiller, mais Yamaguchi l'évita sans problème, il babilla gaiment et se jeta sur le lit.
— Tu fais chier !
— Chut, regarde !
Yamaguchi lui fourra le téléphone sous les yeux, la lumière agressa les pauvres rétines de son partenaire qui ne manqua pas de s'en plaindre. Yamaguchi souffla et attrapa les lunettes du blond qu'il lui fourra sous le nez.
Sur la photo, Kuroo souriait à la caméra, il devait être allongé sur les genoux de quelqu'un, deux autres silhouettes étaient discernables à ses côtés. En légendes de la photo, il avait écrit, avec autant de fioritures qu'une carte d'anniversaire émanant d'une jeune enfant : « with my bfs ». Tsukishima échappa malgré lui un sourire :
— Bien, comme ça il arrêtera de nous casser les pieds.
Il se retourna dans le lit. Yamaguchi, qui n'avait pas lâché le sourire benêt qui lui pendait aux lèvres depuis qu'il avait reçu le message, se remit à roucouler.
— Attends je vais l'envoyer à Suga.
— L'emmerde pas avec ça, il doit bosser.
— Trop tard !
Suga le reçut quelques secondes plus tard, il dut finir de prendre la commande d'un client avant de pouvoir regarder son téléphone à la dérobée. Il échappa un sourire bienveillant, et alla discrètement montrer son téléphone à Hinata qui attendait au bout du comptoir. Il s'empressa ensuite de transférer le message à Oikawa. Il ne fallut pas plus de dix minutes pour que l'intégralité des membres du CAPE soit au courant. Chris fut le dernier à lui envoyer un message, une simple pousse levée. Kuroo comprit. Il sourit, et répondit simplement :
« Merci ».
Sans lui, il en serait surement arrivé à ce point-là à en moment où un autre, mais surement pas aussi vite. Et pour cela, il lui en était profondément reconnaissant.
Il verrouilla le téléphone, et partit rejoindre ses petits amis.
— Fin du chapitre—
* shinrin-yoku : bain de forêt.
Hey ! Petit chapitre cette semaine, mais pas de soucis, bientôt arrive de bien plus gros monstres (pas tant que ça, j'essaye de me tenir quand même, je découpe sinon je me retrouverai avec des ogres de 60 pages, je vais éviter). On commence le nouvel arc tout en douceur. J'espère que ce chapitre vous aura plu !
Prochain chapitre : « rencontre du troisième type »
« Il sortit son téléphone et envoya un message à Sugawara :
« Je peux venir avec mon copain ? » demanda-t-il.
La réponse ne mit que quelques secondes à arriver :
« Lequel ? »
« Ah Ah, ça change quelque chose ? »
« Non, c'est Tadashi qui veut savoir. »
« Bokuto » »
« Oui, pas de soucis »
— Ok c'est bon.
Bokuto, attrapa son sac d'un mouvement vif et s'exclama :
— Yeah !
— Chut ! le réprimanda le reste des étudiants. »
See ya
FT
