Résumé : « Il sortit son téléphone et envoya un message à Sugawara :

« Je peux venir avec mon copain ? » demanda-t-il.

La réponse ne mit que quelques secondes à arriver :

« Lequel ? »

« Ah Ah, ça change quelque chose ? »

« Non, c'est Tadashi qui veut savoir. »

« Bokuto » »

« Oui, pas de soucis »

— Ok c'est bon.

Bokuto, attrapa son sac d'un mouvement vif et s'exclama :

— Yeah !

— Chut ! le réprimanda le reste des étudiants. »

Chapitre 25 : Rencontre du troisième type

Ainsi commença pour Kuroo un tout nouveau quotidien. Entre les rendez-vous galants, le CAPE, et ses cours, il n'avait presque plus l'occasion de contempler lacunairement le plafond de sa chambre, et il n'allait certainement pas s'en plaindre.

Leurs relations commençaient à prendre son propre rythme, peu à peu il nouait des liens de plus en plus intimes avec ses petits-amis.

Il se souvenait encore avec tendresse de la fois où il avait emmené Kenma chez Ukai l'endroit était souvent désert à la tombée de la nuit, parfait pour son asocial préféré. Le tenancier avait profité d'un moment de solitude de Kuroo pour se pencher vers lui :

— Dis-moi gamin, ce serait pas cet « ami » qui te faisait tourner la tête par hasard ?

— Non, avait répondu le brun dans un sourire.

Sa réaction avait paru déstabiliser le tenancier.

Aux vues de leur dernière conversation, Kuroo n'avait pas hésité à se confier à lui.

— Apparemment t'es plutôt un bon conseillé sentimental.

L'homme face à lui n'avait pas semblé comprendre où il voulait en venir.

— Tu te souviens que je t'ai dit que cet « ami » avait un partenaire.

— Ah oui, ça j'l'ai pas oublié.

— Bon bah en fait il en a deux.

— Oh.

— Et bien c'est l'un d'entre eux, et soit dit en passant mon meilleur ami d'enfance que j'avais perdue de vue depuis un bail.

Ukai-oji avait semblé soufflé par la nouvelle.

— Sacré coïncidence !

— Hmm….

Kuroo avait posé un regard sur son petit-ami, avant de retourner son attention vers Ukai-oji. Il sourit, et l'homme comprit enfin où il voulait en venir.

— Non… les trois ?

Kuroo s'était contenté de hocher la tête, ne lâchant rien de son sourire.

Il avait alors explosé de rire. Un rire de bonhomie bienveillante si bruyant qu'il fit sursauter Kenma qui manqua de tomber de la chaise où il venait de s'installer de nouveau.

— Ah !Bien joué gamin ! T'arrêteras pas de m'étonner. Allez tiens, tourné pour moi !

Il avait resservi leur bol et leur avait planté deux bières sous le nez, Kenma avait paru surpris du rebondissement mais n'avait pas eu le temps de demander plus de précisions, que déjà Ukai-oji insistait pour trinquer avec eux.

Il faudrait qu'il lui présente le reste de la petite troupe un jour ou l'autre d'ailleurs.

De temps à autre il repensait à la conversation qu'il avait eue avec Chris. Malgré les craintes qu'il avait pu avoir avant de s'engager dans cette histoire, ou plutôt ces histoires, le rythme lui était venu plutôt naturellement. Enfin, ce n'était pas non plus comme si tout lui était venu instinctivement, loin de là, il en avait fallu des longues discussions, des tables rondes afin que chacun établisse ce qui leur allait le mieux, et petit à petit, Kuroo arrivait à exprimer et à articuler ces besoins et ses sentiments de plus en plus facilement. La lumière n'avait pas encore été faite sur tout, mais cela viendrait en son temps, il n'en doutait pas une seconde.

Il comprenait maintenant pourquoi Chris lui avait expliqué qu'il ne s'agissait pas « d'une » relation, mais de plusieurs. Chaque relation qu'il entretenait était bien distincte des autres. Mais il avait également appris que dans « ces relations » en plus des liens interpersonnels, se trouvait également le « tout ». Il n'avait pas à « jongler » avec quoique ce soit, leurs liens existaient dans un réseau interconnecté qui ensemble formait comme un écosystème.

Kuroo était un scientifique, et il aimait à décortiquer les éléments composant un système complexe.

Il en avait notamment l'occasion lorsqu'ils se retrouvaient tous les quatre. Ils sortaient rarement en groupe la semaine, mais il passait tout de même la plupart de ses week-ends fourrés chez eux. Il avait alors l'occasion de s'adonner à un passetemps, certes duquel il devrait certainement rougir, mais qui venant de lui ne l'étonnait pas plus que cela : il aimait à les voir interagir entre eux, deviner la nature des liens unissant les personnes qui lui étaient si chères. La façon si singulièrement familière qu'ils avaient de se mouvoir autour de l'autre, deviner les facettes si différentes d'eux que chaque interaction révélait. Il n'avait jamais eu l'occasion de vivre cela : on ne voit jamais de l'extérieur comment l'autre aime, et comment il peut aimer de multiple façon. Il y avait quelque chose de fascinant et de profondément émouvant à le découvrir. Bokuto et Akaashi avaient une relation très tendre. Bokuto regardait tous ses partenaires comme s'il était la huitième merveille du monde (Kuroo y compris), mais le regard qu'il réservait à Akaashi était des plus attendrissant. Il se souvenait être tombé sur eux une soirée, dansant une valse sur une musique imaginée que seuls eux deux pouvaient entendre, se regardant comme si le monde autour s'était tu une seconde.

Ils n'étaient pas les derniers non plus à se prendre le chou, rallant pour des broutilles à moindre occasion. Mais leur débat n'enflait vraiment jamais, se dégonflant d'eux même sans éclat, généralement décontenancés et amusés du contenu de leur prise de bec.

Akaashi et Kenma avaient une relation particulière aussi, sans remous en apparence, mais d'une connivence qui ne pouvait échapper au regard. Ils pouvaient passer de longues heures, blotties l'un contre l'autre, à ne pas échanger un mot, chacun voguant à sa propre occupation. Leurs silences étaient doux et apaisants, et ils avaient cette formidable capacité de pouvoir dialoguer d'un regard. Cependant, lorsqu'ils décidaient de converser, ils pouvaient débattre des heures durant, refaisant sans cesse le monde sans jamais s'essouffler ou se lasser de la parole de l'autre.

Kenma et Bokuto avaient une relation plutôt joueuse. Ils s'envoyaient des mesquineries verbales à la figure et explosaient de rire, où se battaient comme deux enfants, courant à travers la maison pour échapper à l'autre. Qu'il était étonnant de voir Kenma ainsi, d'apparence pourtant si composé, exploser de rire avec la même intensité qu'un bambin. Il ne comptait plus le nombre de fois où il avait vu Bokuto trainer le blond par les pieds à travers l'appartement, le fourbe, hilare, lui ayant dénié un baiser qu'il finissait toujours par lui céder.

Bien rarement il pouvait se sentir jaloux de ceux qu'ils possédaient. En tout cas pas pour le moment. Il avait conscience que les liens qui l'unissaient à eux étaient encore juvéniles, et le constater ne réveillait pas en lui la moindre insécurité. Il n'avait pas de raison de l'être. Bien au contraire, les voir ainsi enflait son cœur de tendresse et faisait croitre un peu plus chaque jour les sentiments qu'il avait pour eux. Et il sentait bien que cela était réciproque. De son côté, la nature du lien qu'il avait avec chacun de ses petits-amis n'avait pas vraiment changé, gardant leur teneur d'antan, mais elles s'étaient approfondies, attendries également. Bokuto était déjà très tactile avec lui, ce qui n'était pas vraiment étonnant venant du personnage. Pourtant, ce qui l'avait étonné était qu'Akaashi et Kenma l'étaient tout autant, même s'ils avaient plus de retenue hors des murs de leur maison. Il n'était pas rare qu'Akaashi l'enlace sans crier gare dès qu'il le croisait dans un couloir où qu'il était occupé à autre chose. Et Kenma avait le formidable réflexe de se mettre à ronronner bruyamment dès qu'il entrait dans la pièce où il se trouvait, venant se blottir contre lui comme un gros chat dès qu'ils s'asseyaient quelque part.

Non, quoi qu'on puisse en penser où en dire, Kuroo était profondément heureux.

-/-

Le repos ne fut que de courte durée. La vie perdit vite de sa légèreté : les examens étaient de retour. Ou plutôt, ils allaient bientôt l'être. Ses rendez-vous galants, il les passait à présent à la bibliothèque universitaire, ce qui était amer certes, mais nécessaire. Il devait tenir bon, car bientôt viendrait la délivrance des vacances d'été.

Il posa les yeux sur sa montre : 18h40. Il sourit, satisfait : il avait revu et fiché tous les cours qu'il voulait pour la journée, sa mission avait été remplie avec succès. En relevant les yeux, il constata que son collègue de travail, qui n'était autre que Bokuto, avait lui décidé de s'adonner à une tâche bien plus sympathique : la sieste. Il pouffa. Le jeune homme avait l'air apaisé, abandonné au sommeil, le visage écrasé sur un volumineux livre d'économie qui avait l'air de faire un oreiller tout à fait confortable. Il releva les yeux et sonda les alentours. La bibliothèque était loin d'être vide à cette heure-là, mais ils s'étaient installés dans un coin perdu, et mis à part si quelqu'un décidait de venir se documenter sur la vie des grenouilles africaines, ils étaient complètement à l'abri des regards. Kuroo s'extirpa de sa chaise le plus discrètement possible et fit le tour de la table pour s'installer à côté de son petit-ami.

— Bo, murmura-t-il

Seul un gémissement étouffé de sommeil lui répondit.

Le brun se pencha vers lui et déposa un baiser sur sa tempe avant de coller son front contre sa tête. Bokuto finit par refaire surface, et sans pour autant se redresser, il tourna son visage vers lui et ouvrit un œil.

— Il est quelle heure ? marmonna-t-il.

— 18h40.

L'endormie, ou plutôt l'ex-endormie, soupira profondément.

— Merde… ça me faisait tellement chier que je me suis endormie.

— J'ai vu ça.

Bokuto releva les yeux, le regardant avec insistance.

— Quoi ? demanda le brun.

— Il me faut quelque chose pour me réveiller.

Kuroo voyait bien où il voulait en venir, mais fit tout de même mine de ne pas comprendre :

— Un café ?

— Non, lui fut-il répondu d'une voix plaintive et trainante.

— Pff, ok, ok.

Sans plus de résistance, Kuroo s'approcha pour déposer un baiser sur ses lèvres.

— Mieux ?

Bokuto se contenta de hocher la tête. Il se redressa finalement et s'étira comme un gros chat.

— On fait quoi ? On bouge ? Tu veux passer à la maison ? On pourra continuer un peu comme ça, demanda-t-il.

— Hmm, j'ai bien avancé là, je vais aller au CAPE je pense.

— Oh , ok.

Aucun d'eux ne bougea, et Bokuto continua à regarder son petit-copain sans prononcer un mot.

— Tu…tu veux venir ?

— Je peux ?

— Bah je vais demander mais je pense que oui, attends.

Il sortit son téléphone et envoya un message à Sugawara :

« Je peux venir avec mon copain ? » demanda-t-il.

La réponse ne mit que quelques secondes à arriver :

« Lequel ? »

« Ah Ah, ça change quelque chose ? »

« Non, c'est Tadashi qui veut savoir. »

« Bokuto »

« Oui, pas de soucis »

— Ok c'est bon.

Bokuto, attrapa son sac d'un mouvement vif et s'exclama :

— Yeah !

— Chut ! le réprimanda le reste des étudiants.

Bokuto ne parut pas le moins du monde désolé, et commença à trottiner gaiment vers la sortie.

Une fois dehors, Kuroo lui demanda finalement.

— Ça va aller ?

Le concerné sembla dérouté par la question :

— Oui, pourquoi ?

— Je sais pas, ya beaucoup d'alphas, je demande.

— Hmm, oui, je suis sous suppresseur, ça va aller. Et puis ils ont l'air cool tout de même.

— Ouais.

Ce fut Kuroo qui des deux fut le plus stressé par cette rencontre. Il ne pouvait pas vraiment s'expliquer pourquoi, il avait la vague impression de devoir présenter son petit-ami à ses parents. Il finit par lâcher prise en arrivant devant la porte du CAPE, Bokuto avait l'air sûr de lui et détendu, il ne voyait pas du tout comment cela pouvait mal se passer. Et son impression fut juste. Tous le saluèrent chaleureusement à leur arrivée. Il fit le tour des présentations, chacun semblant accueillir Bokuto comme s'il s'agissait déjà d'un membre de cette famille. Le ton fut un peu plus froid lorsqu'il arriva à Tsukishima, mais ce fut avec un plaisir immense qu'il décela dans le regard de Bokuto la même étincelle de malice qu'il avait eue lors de sa première rencontre avec le blond. Il se frotta les mains discrètement. Diable qu'il allait s'amuser à tourmenter le blond maintenant qu'il avait un acolyte pour le faire. Kageyama et Hinata furent les derniers à être présentés. Comme à son habitude, Kageyama retranscrit à l'oral ce qu'Hinata signait. Bokuto l'écouta, et finalement se tourna vers le rouquin pour lui répondre en signant. L'attention réjouit le jeune homme qui en sautilla de joie.

— Je savais pas que tu savais signer aussi, remarqua Kuroo.

— Si, Keiji et Kenma aussi, lui répondit naturellement son petit-ami. C'est plus pratique, conclut-il.

Kuroo ne comprit pas en quoi cela était plus pratique, cependant le reste de la petite troupe sembla valider ses dires. Il mit ça sur son côté « bêta pommé » et n'en demanda pas plus, il finirait bien par trouver. Il balaya la salle des yeux : quelqu'un manquait à l'appel.

— Il est pas là Oikawa ?

— Il arrive, il est juste à la bourre.

— Oh.

À ce moment-là, des pas se firent entendre dans l'escalier et Oikawa apparut finalement.

— Désolé pour le retard, Kōshi je te jure que si tu…

Oikawa se figea en voyant Bokuto.

— Bokuto-san.

Il en avait presque oublié que les deux s'étaient croisé assez de fois pour être capables de se reconnaitre. Oikawa se pencha pour le saluer. Kuroo le vit réajuster son t-shirt, visiblement inconfortable. Ah, il comprenait d'où cette gêne pouvait lui venir : pris dans les révisions, il n'avait pas eu l'occasion de revêtir son costume d'élégante diva, et cela le froissait atrocement.

Comme prévu, Bokuto n'y prêta guère attention, et s'approcha de lui en souriant.

— Oikawa-san, non ?

Il lui répondit d'un hochement de tête, et Bokuto lui rendit son salut. Ils se regardèrent encore quelques secondes.

— Hum… super T-shirt, commenta Bokuto.

Oikawa baissa les yeux sur son fameux T-shirt « I belive » à têtes de martiens. Il fronça les sourcils, presque défiants. Son vis-à-vis décela bien vite de quoi il en retournait :

— Non mais sans rire. Je veux dire, ya déjà des milliards de planètes semblables à la notre dans notre galaxie, et une centaine que l'on sait potentiellement habitables. À l'échelle de l'univers, c'est presque inévitable que la vie soit apparue quelque part d'autre.

Kuroo cligna plusieurs fois des yeux, ne s'attendant certainement pas à ce genre de réponse. Oikawa quant à lui semblait désarmé, ses yeux en brillaient presque d'admiration. Il finit par se pencher assez pour attraper le regard du brun :

— Ok, j'ai changé d'avis, c'est mon préféré. J'aurais dû voter pour lui.

Kuroo pouffa. Bokuto se tourna également, le questionnant du regard.

— Ces fourbes ont parié sur qui j'allais finir entre toi, Akaashi et Kenma.

La nouvelle ne sembla pas froisser le concerné plus que ça. Il semblait même plutôt amusé de l'apprendre.

— Vous avez tous gagné du coup, match nul, non ?

— Bien malheureusement non, commenta dramatiquement Oikawa.

Bokuto fronça les sourcils.

— Chris et le seul à avoir parié sur vous trois, précisa Kuroo.

Le blond, installé sur le canapé derrière eux les salua, un rien goguenard.

— Oh, bien vue. J'avoue que j'aurais pas parié sur ça non plus.

— Quoi ? s'exclama Kuroo.

— Bah quoi c'est vrai.

— Mais…

Il n'eut pas l'occasion d'en demander plus. Yamaguchi venait de leur proposer une partie de Daifugō et Bokuto accepta sans même prendre le temps de s'expliquer. Kuroo abandonna encore une fois et les rejoignit finalement.

À un moment de la partie, il prit le temps de faire le tour de la table des yeux. Il échappa un sourire, ravi de constater l'aisance avec laquelle Bokuto s'était intégré et de la bienveillance de ses amis.

— T'es derniers Kuroo, grosse merde, lui lança Oikawa.

Eh merde.

-/-

La soirée était déjà bien avancée quand ils ressortirent. Les parties de cartes s'étaient enchainées, ils avaient finalement arrêté lorsqu' Oikawa, encore une fois froissé des victoires à répétition de Chris, avait jeté ses cartes sur la table d'un dramatique qui lui était si cher. S'en était suivi un débat absurde, et peu à peu la discussion avait dérivé. Ils avaient fini par tous se retrouver autour du canapé, papotant de tout et de rien en sirotant des bières. Une soirée typique en soi. Ils avaient fini par se décider à partir après que Yamaguchi se soit endormi étalé à même le sol. Une fois dehors, ils avaient remonté la rue ensemble, puis s'en était retourné chacun de leur côté, saluant chaleureusement Bokuto et Kuroo. Ils se retrouvèrent finalement seuls.

— On va vers le métro ? demanda le brun.

— Hmm, non, Kenma passe me chercher. Tu veux qu'on te ramène en passant ?

— Allez.

S'il pouvait éviter le métro, il était preneur. En plus cela lui donnerait l'occasion de voir le blond qu'il n'avait pas encore pu voir cette semaine-là.

Ils attendirent sur le trottoir, Kenma arriva à peine quelques minutes plus tard. Kuroo monta à l'arrière et se pencha pour déposer un baiser sur la joue de son petit-ami, Bokuto s'installa à l'avant.

— C'était bien ? demanda le blond.

— Trop cool !

Sans même attendre une seconde de plus, Bokuto s'embarqua dans un monologue euphorique, décrivant avec enthousiasme le déroulé de sa soirée, ne lésinant pas sur le moindre détail. Kenma l'écouta attentivement, et Kuroo décela le sourire tendre qu'affichait le blond en jetant un œil au rétroviseur intérieur.

— Oh y'avait ce gars, hum… le rouquin, il leva les yeux sur le rétroviseur pour attraper le regard de Kuroo.

— Hinata.

— Oui, Hinata ! Je suis sûr que tu l'adorerais !

— Hmm ?

— Carrément, tout à fait ton genre de pups.

— De pups ? demanda Kuroo.

Bokuto cette fois se tourna pour lui faire face :

— Les « pups » sont des catégories de personnes que Kenma voudrait adopter, décrit-il d'un air docte.

Le blond à ses côtés lui envoya un coup de coude. Malheureusement pour lui, non seulement cette attaque venait confirmer ses dires, mais en plus cela ne fit qu'accroitre l'amusement de son partenaire.

— C'est bon à savoir, commenta le brun. Et j'avoue que je vois assez ce que tu veux dire. Il a carrément le potentiel.

— Ah ! tu vois.

Kenma ne répondit pas et se contenta de lever les yeux au ciel.

— Oh, et j'avoue que je m'y attendais pas, mais y'avait un prima, et…

— Un prima ? intervint Kenma, un rien d'inquiétude dans la voix.

— Ouais, mais super bonne vibe, super nice, assez étonnant.

— Hmm, étonnant venant d'un prima.

— Ouais, mais j'te jure c'est assez dingue !

Dans un moment de latence, Kuroo demanda enfin :

— C'est quoi un prima ?

— Un prima c'est un alpha très dominant. Dans les hiérarchies alpha, c'est le second d'une meute qui est destiné à reprendre la tête, expliqua le blond.

La définition ne vint en rien égayer la compréhension du brun. Il ne voyait pas de qui il pouvait s'agir…

— Qui ça ? s'empressa-t-il de demander.

— Euh… Merde son nom… Hum… Tu sais, son mec est cool aussi, un bêta…

— Oikawa ?

Cela pouvait à peu près faire sens…

— Non, le Sô-shi, hum…

— Un Sô-shi !

— Sugawara ?

Kuroo et Kenma avaient parlé avec la même intensité stupéfaite.

— Oui ! Bah super cool !

Le brun se renfonça dans son siège. Il était assez étonné de l'apprendre. Ça ne venait en rien changer la vision qu'il avait de son ami mais… c'était… étonnant.

— Ah bah oui je confirme, il est super cool. C'est lui qui m'a présenté à tout le monde… Et qui m'a aidé à acheter du gel douche quand je suis arrivé.

— Pff, quoi ?

— Il m'a sauvé, j'étais à deux doigts d'acheter du « phéromone booster plus » !

Bokuto explosa de rire.

— Ah bah oui, heureusement !

Le silence retomba.

— Oh et y'avais aussi hum… Yamaguchi ?

— Hmm, et ?

Qu'est-ce qu'il allait encore bien pouvoir apprendre.

— Il est cool aussi… Il a une aura assez particulière pour un alpha, super genre… apaisante.

— Keiji a une aura apaisante, commenta Kenma.

— Ouais, mais je sais pas… Pas pareil… Il est chouette.

— C'est une pestouille pourtant, remarqua le brun.

— J'aime bien les pestouilles, commenta Bokuto, tournant son regard vers le blond. Ce dernier lui envoya un coup de coude en guise de réponse.

Ils continuèrent de converser, Kuroo venant au secours de Bokuto qui n'avait apparemment retenu aucun des noms. Ils arrivèrent quelques minutes plus tard, et après un « goodbye kiss » en bonne et due forme, sortie de la voiture. Il salua ses petits-amis, et regarda la voiture partir.

Il sourit pour lui-même. La présentation à la famille adoptive s'était bien déroulée. Maintenant il fallait convaincre Akaashi et Kenma de sauter le pas.

-/-

La vie d'un étudiant était parfois cruelle.

Plus les examens se rapprochaient, et moins il avait l'occasion de pouvoir passer du temps avec ses petits-amis. Il se consolait en se disant que la fin était proche, et qu'il trouverait le temps pendant les vacances d'été de pouvoir le faire. Pour le moment, il se débrouillait pour pouvoir voir Akaashi et Bokuto sur le campus, et même s'il ne pouvait les voir bien longtemps, il était simplement heureux de pouvoir passer un peu de temps avec eux. Ce jour-là, Kenma, qui était venu déposer Akaashi à la fac, était resté passé sa pause de midi avec lui. Kuroo n'y laissait rien paraitre, mais Dieu que cela était frustrant : impossible de pouvoir échanger ne serait-ce qu'une infime marque de tendresse. Kuroo aurait tué pour un câlin, un tout petit de rien du tout ! Juste histoire de recharger ses batteries… Mais le temps leur était compté, ils étaient déjà en train de remonter le campus pour atteindre le parking, ils allaient bientôt devoir se séparer.

Kenma finit par le déceler. Il lui sourit tendrement.

— Je sais que t'as du boulot, mais si tu peux, passe ce week-end. Les zozos sont en pleines révisions aussi de toute façon donc bon.

Kuroo hocha la tête, penaud.

Ils s'arrêtèrent à quelques mètres de la sortie.

— Bon je vais y aller.

Kuroo ne répondit pas de suite. Il scruta les alentours rapidement : il n'y avait que peu de monde, et ils étaient partiellement cachés derrière un muret en bétons de plusieurs mètres de haut. Il fallait qu'il saisisse sa chance, c'était maintenant ou jamais ! Enfin, c'était maintenant ou dans trois jours, mais peu importe. Lentement, il ouvrit les bras, implorant le blond de son regard de labrador en mal d'amour. Kenma s'en aperçut et échappa en sourire. Bingo ! Mais à sa plus grande infortune, alors que le blond se rapprochait de lui, il fut coupé dans son élan :

— Oh Kuroo !

Bordel de fuck !

Kuroo baissa rapidement les bras, et Kenma se tourna en direction de la voix. Yamaguchi trottinait vers eux, l'air tout guilleret, pas du tout comme s'il venait de ruiner quelque chose d'extrêmement important ! Le brun s'efforça du mieux qu'il put de ne pas paraitre trop froissé pour ne pas éveiller les soupçons.

— Yamaguchi.

— Bah enfin je te trouve, je voulais te…

Le jeune homme venait d'apercevoir Kenma. Kuroo retint son souffle : merde. Il n'était pas bien sûr que Kenma soit d'humeur à rencontrer son fanclub maintenant. Pourtant, passé la surprise initiale, il vit un sourire poli se dessiner sur les lèvres de Yamaguchi.

— Je n'avais pas vu que tu étais accompagné, bonjour, il se pencha pour saluer le blond.

Kenma réciproqua l'action mais il ne dit rien. Il tourna le regard vers Kuroo et déclara :

— Je vais y aller du coup, à plus tard.

Et comme cela, après avoir de nouveau salué Yamaguchi, il s'en alla. Kuroo avait presque envie d'exploser en larmes, mais il fallait qu'il reste digne ! Le jeune homme face à lui regarda le blond s'éloigner, et alors qu'il allait de nouveau parler, il se stoppa en découvrant le regard du brun. Il se tourna de nouveau, fit plusieurs aller- retour du regard entre les deux individus. Il échappa finalement un hoquet de stupeur et se figea complètement.

— Euh… ça va ?

S'en suivit un charabia incompréhensible, comme si quelqu'un dans son cerveau avait appuyé en même temps sur toutes les touches du clavier dédié à la parole, ce qui donna à peu près la chose suivante :

— kjqrgoqerkenkq

Oui ?

Yamaguchi reprit son souffle.

— C'était Kenma non ?

— Euh…

— Bordel Tadashi mais te barre pas comme ça, intervint Tsukishima qui venait de faire son apparition, tu…

Il se tut en voyant la tête que tirait son partenaire.

— Euh… qu'est-ce qui lui prend ?

Yamaguchi attrapa la manche du blond qu'il secoua frénétiquement :

— Mais oh qu'est ce qu…

— Je viens de voir ApplePie, finit par lâcher Yamaguchi.

Ce fut autour du blond de jouer à « chat statut ».

— Quoi ?

— Je te jure je… c'était Kenma non ?

Kuroo ne répondit rien. Pouvait-il encore mentir ?

— T'es sûr ? demanda Tsukki.

— À la tête que tirait Kuroo, c'était forcément un de ses mecs. J'ai déjà vu Bokuto-san, et je sais qu'Akaashi-san ne ressemble pas à ça… donc.

— Oh bordel ! Tu l'as vraiment vu !

Kuroo haussa un sourcil, le blond avait perdu tout de son air de gamin méprisant, il avait des étoiles dans les yeux et souriait comme un enfant venant de croiser son idole :

— Il était comment ? s'empressa-t-il de demander.

— Formidable…

Les deux explosèrent de rire, comme deux fangirls en pleine implosion. Ils commencèrent même à sautiller comme des petites puces.

— Euh…

— Oh ! Ça a refait ma journée ! s'exclama Yamaguchi, qui avait à peu près retrouvé son état normal. Kuroo ! Tu m'avais jamais dit que c'était un oméga !

— Vraiment ? intervint le blond.

— C'est important ? demanda Kuroo, gêné.

Sa réponse sembla sidérer Yamaguchi. Il cligna des yeux plusieurs fois, son attitude rivalisant avec celle de sa diva favorite :

— C'est important ? C'est important !

— Oh Kuroo, murmura Tsukishima.

— Non t'as raison c'est pas important, c'est pas comme si le type sortit de nulle part, qui a gagné en solo le tournoi d'« Overlord land fantasy » face à des centaines d'équipes blindées de monstres du gaming,

— Remporté le même tournoi trois années consécutives en indépendant, alors que les agences de tout le pays cherchent à se l'approprier.

— Un des plus gros streamers du japon, qui a monté sa propre entreprise par-dessus le marché, était également le premier oméga du pays, voire de la planète à l'avoir fait !

En effet, ça claquait pas mal. Kuroo échappa un sourire de fierté.

— Oh bordel, je l'aime encore plus, murmura Yamaguchi, au bord de l'hyperventilation.

— Moi aussi… lui répondit son partenaire.

— J'ai tellement envie de pouvoir lui parler, je veux absolument le revoir !

— Moi aussi… Tsukishima s'était tourné vers lui. Était-il vraiment en train de l'implorer du regard ?

On aura tout vu.

Les deux compères continuèrent dans leur lancé, babillant euphoriquement sans discontinue. Kuroo s'en détacha. Il porta son regard au loin. Le blond avait complètement disparu. Il sentit un poids lui écraser la poitrine.

— Ça va ? demanda Yamaguchi.

Kuroo hocha négativement la tête. Bien sûr que non, quel idiot !

— J'ai pas eu mon câlin à cause de toi…

Yamaguchi pouffa en voyant l'air tout penaud qu'affichait le brun.

— Oh, je suis désolé, allez viens là !

Il s'approcha pour le prendre dans ses bras.

— Il est naze ton câlin, bouda le brun, ce qui ne l'empêcha pas pour autant de répondre à l'étreinte.

— Désolé…

— Ouais c'est ça, tu t'en fous pas mal.

— Complètement, j'ai pu voir mon idole, je l'aurais fait mille fois.

— Si cruel.

— Là, là, lui répondit Yamaguchi en lui tapant dans le dos.

Kuroo pouffa.

Mais quelle saleté celui-là…

-/-

La suite des rencontres ne se passa pas comme il s'y attendait. Bien que Bokuto ait magnifiquement bien vendu les attraits du CAPE, les deux autres étaient encore réticents. Ils n'avaient rien dit de particulier, mais Kuroo avait compris. Non pas qu'ils soient contre, mais ils n'allaient pas sauter sur l'occasion non plus comme l'avait fait Bokuto. Il comprenait que rencontrer tout ce petit monde-là d'un coup pouvait être intimidant. Kenma n'était pas un grand fan des foules, et Kuroo lui avait avoué que certains d'entre eux connaissaient déjà son identité « secrète », ce qui n'arrangeait rien. Akaashi n'avait aucune identité secrète à cacher, mais soyons clair, ses compétences et son aisance sociale étaient proches de celles de Kenma. Il accepta ce qu'il en était, au temps viendrait son heure.

-/-

Ce fut étonnement Yamaguchi qui créa le déclic.

Les examens avaient fini par arriver et Kuroo commençait presque à en voir le bout. Il ne lui restait plus que deux partiels et à lui les vacances ! La pression était lentement redescendue, il ne s'inquiétait pas plus que ça pour la fin des examens et s'accorda même un peu de détente. Pas de grandiose révision pour le week-end, il pouvait enfin passer du temps avec ses petit-amis !

Ils étaient en train de les attendre à l'entrée du campus. Ils avaient prévu de se rejoindre à la fin de la journée pour repartir ensemble. Kenma fut le premier à arriver sur les lieux.

— Je suis déglingué par contre… Ya pas un endroit où je peux prendre un café ? demanda le blond.

— Hum, ya une machine là-bas, lui indiqua le brun en pointant le bâtiment à leur gauche.

— Cool, file de la monnaie.

— Tu me racket ?

— Non, j'ai juste pas de monnaie.

— Et moi j'en ai ?

Kenma fronça les sourcils.

_ Ok allez tiens.

Kenma prit les pièces, marmonna un vague remerciement et partit en direction de la machine à café. Kuroo resta planté là, seul au milieu du parking. La nuit était déjà tombée, et les réverbères venaient de s'allumer, leur lueur orangée se mêlait au bleue nuit rosée du ciel crépusculaire.

— Yo Kuroo ! Qu'est-ce que tu fous planté là tout seul ?

Il se retourna et tomba sur Yamaguchi qui le salua jovialement.

— Je suis pas tout seul.

Yamaguchi fronça les sourcils, presque inquiété :

— Euh, bah si.

— Non, j'attends là.

— T'attends quoi ?

La réponse n'eut nul besoin d'être prononcée.

— Ji, tiens ta monnaie.

Il vit Yamaguchi se figer. Le rouge lui monta aux joues et Kuroo se demanda presque s'il devait s'inquiéter pour la santé de son ami.

— Oh, c'est toi, dit simplement Kenma en constatant sa présence.

Yamaguchi émit un gémissement étrange, tenant de l'excitation et de la détresse.

— Ap…Ke… Bonjour.

— Bonjour, lui répondit le blond, un brin de tendresse dans la voix.

— Yamaguchi Tadashi, se présenta le jeune homme solennellement.

— Kozume Kenma, lui fut-il répondu.

Kuroo se tourna : Kenma avait l'air composé, calme. Kuroo lui avait parlé de ses fanboys, enfin prévenu plutôt. Il avait redouté la réaction du blond. Apparemment il s'était fait du souci pour rien.

— Kozume-san, je suis un grand fan, lui confessa Yamaguchi solennellement.

— J'ai entendu ça. Kenma se pencha à son tour. Merci de me suivre et de supporter mon travail. Tu peux m'appeler Kenma.

— Kenma-san…

— Kenma, le coupa le blond.

Yamaguchi se détendit finalement, mais son fangirling s'intensifia. Kuroo les laissa discuter, Kenma semblant ravi de pouvoir converser avec lui. Après quelques minutes, Yamaguchi avait presque retrouvé une attitude normale. Leur conversation fut interrompue lorsque Kenma fut soulevé du sol sous le regard médusé de son interlocuteur.

— Kenma ! babilla joyeusement Bokuto, frottant sa tête contre le dos de son partenaire.

— Kōtarō, répondit le blond, singeant le ton mielleux qu'avait pris Bokuto.

— Tu m'as manqué.

— On s'est vu ce matin.

— Hmm, je sais.

— Ok, et moi on s'en fout, intervint Kuroo.

Bokuto reposa Kenma, et trottina vers lui. Une fois à sa hauteur, il prit son visage entre ses mains et lui répondit tendrement :

— Non, tu m'as manqué aussi.

Kuroo échappa un sourire et Bokuto l'embrassa.

— Tu n'es pas tout seul Kōtarō, gronda une voix dans leur dos. Akaashi venait d'arriver à leur hauteur.

Bokuto prit enfin conscience de son environnement et son regard croisa celui de Yamaguchi qui le salua de la main.

— Oh ! Yamaguchi ! T'es là ! Coucou !

— Coucou, lui répondit le plus jeune, un brin de timidité dans la voix.

— Désolé pour ça.

Yamaguchi se tourna en direction de la voix. Il hoqueta silencieusement en voyant pour la première fois le brun.

— C'est rien, hum, Akaashi-san je présume.

Le brun hocha la tête.

— Yamaguchi Tadashi, se présenta-t-il avant de le saluer.

Le brun lui rendit son salut, mais avant même qu'il n'ait pu ajouter quoi que ce soit, Bokuto était déjà sur lui, tentant de défendre son cas.

Yamaguchi profita de cet instant pour se rapprocher de Kuroo.

— Damn, you've got taste.

Kuroo pouffa avant d'échapper un sourire de fierté.

— I know.

Son ami lui sourit.

— Bon, je vais vous laisser, maintenant que je sais que t'es pas seul dans le noir comme un psychopathe ! Ravis de vous avoir rencontré. Passez au CAPE si vous avez l'occasion, ce serait vraiment super de vous avoir avec nous ! À plus !

Il les salua d'un mouvement de tête et partit en direction du métro.

— Tu avais raison, il a une bonne aura, dit Akaashi.

— Tu vois, j'vous l'avais dit !

-/-

L'invitation de Yamaguchi avait fait son effet. Ce fut donc accompagné de ses trois petits copains que Kuroo arriva au CAPE le jeudi suivant. Cette fois Kuroo avait bien cru qu'il allait s'évanouir avant de pouvoir arriver à destination. L'enthousiasme de Bokuto avait néanmoins réussi à lui sortir la tête de l'eau, et il avait rapidement repris confiance en lui. Comme lors de la rencontre avec Bokuto, toute la petite troupe les accueillit avec bienveillance. Kenma eut à peine le temps de faire un tour des présentations que Yamaguchi et Tsukishima lui étaient tombés dessus. Kuroo avait rigolé intérieurement en voyant Tsukishima se retrouver face à son idole. Le blond avait délaissé son attitude froide et supérieure pour revêtir des traits plus juvéniles, émerveillé et intimidé par la présence du Kenma. Il s'était adressé à lui d'une voix mal assurée, bégayant sur chaque mot, peinant atrocement pour construire une phrase complète. Bien malheureusement pour lui, il avait perdu toute l'attention de Kenma lorsqu'Hinata était arrivé pour le saluer. Le rouquin s'était jeté entre Kenma et Tsukishima pour s'adresser à lui avec enthousiasme. Il n'avait eu tout d'abord aucune réponse. Hinata avait lentement baissé les bras, confus d'être intervenu avec tant d'assurance. Kuroo s'était approché pour voir ce qui l'en était. Kenma ne disait rien, mais ses pupilles avaient triplé de taille. Alors que Kuroo était prêt à intervenir, Kenma s'était alors mis à ronronner bruyamment, ne lâchant toujours pas des yeux le rouquin face à lui. Kageyama, qui n'avait pas perdu une miette de l'échange, était alors intervenu, se plaçant de façon menaçante devant son partenaire. Cependant, un rapide échange visuel avec le blond lui apprit qu'il n'en voulait en rien à sa vertu et s'écarta. Hinata demanda au brun de quoi il en retournait, mais avant même que ce dernier n'ait pu formuler une réponse, Kenma lui avait finalement répondu en signant. Le visage du rouquin s'était illuminé d'un immense sourire avant de se remettre à signer à toute allure. Après cela, plus personne ne put détacher l'attention de Kenma de lui, au plus grand désespoir de Yamaguchi et Tsukishima.

Akaashi de son côté eut un peu plus de mal à s'adapter. Il était resté près de Kuroo, ne parlant que lorsque cela était nécessaire, ne quittant pas une seconde son masque austère. Heureusement, Chris avait fini par s'approcher de lui pour lui parler, dans une langue que Kuroo ne sut pas vraiment discriminer. Le visage du brun s'était peu à peu déridé, reprenant de la douceur éthérée que Kuroo lui connaissait si bien. Tout le monde fut pris de cours lorsqu'un rire léger et pétillant lui avait échappé, collectivement charmé par son petit-ami. Cela suffit pour qu'Akaashi s'ouvre finalement, et qu'il participe aux conversations avec plus de confiance. Kuroo prit le temps de prendre un peu de recul, observant sans intervenir ce qui se passait autour de lui. Comme il était étrange de les voir tous ici, comme si deux univers-bulle venaient de rentrer en contact pour n'en former plus qu'un. Il avait échappé un sourire, simplement heureux de pouvoir être entouré de tous ceux qui comptaient tant pour lui.

À la fin de la soirée, alors qu'ils étaient tous en train de repartir, Sugawara s'était approché de lui. Il avait simplement pausé une main sur son épaule, et lui avait adressé un sourire. Kuroo eut l'impression d'avoir eu la bénédiction d'un parent, et même si cela n'avait vraiment rien d'officiel, cela avait eu le mérite de lui réchauffer le coeur.

-/-

Les vacances d'été étaient enfin arrivées. Alors qu'il pensait pouvoir passer les premières semaines tranquillement en compagnie de ses petits amis, la mère de Kuroo l'avait rapidement rappelé à l'ordre. Enfin, elle l'avait appelé une dizaine de fois en lui demandant d'une voix plaintive quand il pensait rentrer pour rendre visite « à sa pauvre mère esseulée » qui avait apparemment oublié l'existence de ses deux autres enfants. La stratégie de sa mère avait été efficace, la culpabilité de Kuroo avait eu raison de lui. Il avait fini par céder et avait pris des billets d'avion pour partir la semaine suivante. Pourtant, plus la date de son départ approchait, et plus l'idée de devoir se séparer de ses petits-amis lui était difficile. Il dut se rappeler à l'ordre plusieurs fois : il n'était pas un gosse non plus, se séparer d'eux une semaine n'allait pas le tuer ! N'empêche que son cœur se serrait douloureusement à la seule pensée de devoir partir. Il s'en était passé des choses depuis son arrivée à Tokyo, c'était la première fois depuis sa rentrée qu'il allait quitter la ville. Il se souvenait du désamour qu'il avait eu pour cet endroit lorsqu'il y était arrivé pour la première fois. Il avait du mal à croire qu'il ait tant de mal à partir maintenant. La semaine s'écoula, plus que quelques heures avant son départ…

Il était allongé dans le lit de Kenma, le blond affalé à ses côtés, les yeux rivés sur sa Nintendo. Akaashi et Bokuto étaient sortis faire des courses pour le repas du soir. L'appartement était calme, seules leurs respirations et la musique de la Nintendo troublaient le silence.

Kuroo leva les yeux vers Kenma, son visage simplement éclairé par la faible lueur des guirlandes enroulées autour de sa tête de lit et par l'écran de sa console. Le blond capta son regard. Il lui sourit, et passa sa main dans ses cheveux, posant un baiser sur son crâne avant de retourner à sa partie. Kuroo ne détacha pas son regard de lui, il se rapprocha un peu plus. Cette fois Kenma éteignit la console et la déposa sur sa table de chevet.

— Viens-là, murmura-t-il.

Kuroo obtempéra, il posa sa tête sur le torse du blond et se laissa fondre dans son étreinte. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, Kuroo écoutant les battements du cœur de Kenma tandis qu'il caressait ses cheveux.

— Je veux pas partir, finit par avouer le brun, prenant une voix enfantine.

— C'est juste une semaine, ya pas mort d'homme.

— Si !

Kenma pouffa.

— On va pas s'évaporer dans la nature. Et puis tu vas pouvoir profiter de ta famille.

Kuroo soupira, vaguement convaincu. Le blond passa sa main sous son menton pour lui faire relever les yeux. Il se perdit dans le regard de Kenma, et finit par s'approcher pour l'embrasser. Il sentit le blond sourire, et il enroula les bras autour de son cou, se laissant couler dans le baiser. Ils finirent par basculer sur le côté bougeant sans jamais interrompre l'échange. Leurs jambes s'entrecroisèrent et Kuroo passa ses bras dans le dos de Kenma pour le serrer contre lui. Il sentait son cœur se gonfler de plus en plus, la simple idée de devoir se séparer de lui était douloureuse. Il le voulait plus près, encore plus près, tout à lui. La sensation finit par gagner tout son corps, la chaleur brulante tombant jusqu'à son bas ventre. Il sentit son corps réagir à sa commande muette. Pris de cours, il sursauta et brisa l'échange.

Bordel. Il ne savait pas bien pourquoi cela l'avait surpris, ce n'était pas non plus comme s'il ne l'avait pas vu venir mais… bien sûr qu'il y avait pensé, il y pensait sans cesse, mais l'idée avait un goût amer, et il n'avait pas beaucoup plus creusé. Maintenant qu'il y était confronté, tout ce qu'il avait tenté de refouler lui retombait sur la gueule. Il baissa les yeux sur Kenma. Avant qu'ils ne se séparent, il avait senti la pression que le blond avait exercée contre sa poitrine pour l'éloigner de lui. Le blond le regardait, les yeux écarquillés, le souffle court. Une stupeur muette se lisait dans son regard, et il devina qu'elle n'avait pas était simplement provoqué par sa réaction. La surprise passée, il put lire l'inquiétude dans son regard :

— Ji, je…

La porte d'entrée claqua et ils entendirent la voix de Bokuto et Akaashi leur parvenir.

— Désolé, scanda Kuroo avant de se relever d'un bond, quittant la chambre précipitamment, laissant un Kenma complètement désorienté derrière lui.

Il ne fit son apparition que plusieurs minutes plus tard, arrivant dans le salon comme si de rien était. Ils dinèrent tous ensemble, Kenma ne le lâchant pas des yeux tandis que lui faisait tout ce qu'il était en son pouvoir pour éviter de croiser son regard. Il repartit après ça, avec l'excuse qu'il devait encore préparer ses affaires avant son départ. Il refusa qu'on le ramène, essayant d'avoir l'air le plus détacher possible pour ne pas éveiller les soupçons. Il partit le lendemain, sans avoir pu mettre les choses au clair avec Kenma.

Bordel, il se détestait pour avoir agi comme ça.

-Fin du Chapitre-

¯\_(ツ)_/¯ Petit angst en cours de préparation, mais un petit, si petit qu'il ne mérite surement même pas l'appellation !

Prochain chapitre : « Retour au bercail »

« — Salut le moche, le salua Kasumi.

— C'est parce que tu baises comme un lapin que t'as maigri, c'est ça ? murmura Natsume, un sourire goguenard pendu aux lèvres.

Kuroo leva les yeux au ciel. Non, mais apparemment se creuser les méninges pour l'éviter était son nouveau sport favori. Décidément il n'avait pas eu le droit à cinq minutes de répit.

— Bah oui, c'est exactement ça, tu m'as démasqué, répondit-il d'un air blasé.

Sa petite sœur lui sourit, bien consciente des bêtises qu'elle proférait, et lui envoya une grande tape dans le dos.

— J'espère que les fruits de mer t'ont manqué parce qu'on va bouffer que ça, la prévint Kasumi. »

À la prochaine.