Résumé : « — Qu'est-ce que tu fais ?

Kuroo releva les yeux de son ordinateur. Bien trop prit dans ses recherches, il n'avait même pas remarqué que Keiji était venu s'installer en face de lui.

— Euh… je cherche un stage… ou plutôt une idée…

— Oh ? Déjà ? Je pensais que les stages n'avaient pas lieu avant l'année prochaine ?

— C'est ce que j'ai dit ! Mais Oikawa et Kōtarō m'ont stressé à me dire que j'étais déjà à la traine !

— Ça me semble tout de même exagéré, mais je ne suis pas sûr d'avoir toutes les clés en main pour comprendre l'urgence.

Kuroo partit dans un long monologue, retraçant les détours et aller-retour de sa réflexion. Keiji l'écouta en silence, hochant la tête de temps à autre.

— Puis-je venir chez toi ce soir ?

Akaashi l'avait coupé au beau milieu de sa phrase. Kuroo se tut, surpris de la soudaine demande et de son degré de politesse.

— Chez moi ?

Son petit-ami hocha la tête. »

Chapitre 32 : Rentrée des classes

Les vacances d'été étaient officiellement terminées, il était temps de retourner s'enfermer dans un amphithéâtre mal ventilé durant de longues heures. La journée avait commencé en beauté avec Nobishi-san, homme charmant qui avait le don de les prendre pour une bande de sombres abruties illettrées, et dont la voix nasillarde avait la folle capacité de vriller les tympans de son auditoire. Seule consolation : Kuroo avait pu retrouver ses camarades de classe favoris Chris et Oikawa. Les retrouvailles s'étaient faites sans grand éclat, reprenant leur place en cours comme s'ils y étaient la veille.

— Vous avez déjà réfléchi à où vous allez faire votre stage ? demanda Oikawa une fois sorti de cours.

Kuroo réajusta son sac à dos et tourna les yeux vers son ami.

— Non, pas encore, mais ça va on a le temps, c'est pas avant l'année prochaine, ya de la marge.

— Nobishi-san à raison, mieux vaut se dépêcher.

— Mais c'est pas avant avril, mai prochain, ya largement le temps, relax.

Oikawa haussa un sourcil :

— Relax ? Non, voyons Kuroo, un peu de jugeote. Mieux vaut commencer dès maintenant les recherches ! Les entreprises demandent des financements dès septembre pour pouvoir prendre des stagiaires, et la compétition est rude, d'autant plus pour des programmes internationaux, autant s'y prendre au plus vite pour être en tête de liste. Enfin, je dis ça pour toi, puisque je sais déjà où je vais demander, dit-il, relevant le menton pour prendre son air de grande dame que Kuroo connaissait si bien.

Le brun échappa un sourire en coin.

— Hum, vraiment, et tu vas demander où ?

— La NASA bien sûr.

Kuroo échappa un pouffement, ce qui ne manqua pas de lui attirer les foudres d'Oikawa qui lui jeta un regard noir.

— La NASA, vraiment ?

— Hmhm, l'institut d'Astrobiologie de la NASA plus exactement.

— Woh, classe… répondit Kuroo, se retenant toujours d'éclater de rire. Je savais pas qu'il avait des branches au Japon.

— Ne sois pas stupide Kuroo, l'institut se situe en Californie.

— Tu comptes partir en Californie pour ton stage ?

— Évidement… Quoique je ne suis pas certain… Ils ont des sites de recherches un peu partout sur la planète, celui en Australie est pas mal… Ou au Canada.

— T'es vraiment sérieux en fait…

— Évidement.

Tetsurō échappa un sourire sincère cette fois.

— Cool, j'espère que ça va le faire.

— Évidement.

Kuroo hocha la tête et tourna son attention vers Chris :

— Tu sais déjà où tu veux le faire toi aussi ?

— Pas encore… J'hésite entre la recherche académique et l'industrie. Je me tournerai naturellement plus vers la recherche mais je me dis que connaitre en peu plus le monde de l'entreprise serait bien…

— Woh… vous y avez déjà pas mal réfléchi en fait…

Cette fois Kuroo ne trouvait pas cela amusant du tout. Oikawa avait peut-être raison, il était déjà à la traine et il fallait qu'il se ressaisisse… Merde, mais il n'avait aucune idée d'où demander… Mais s'il lambinait trop, il finirait par ne plus avoir le choix du tout…

— Tu me fais stresser maintenant !

— Bien, comme ça tu bougeras tes fesses.

Ils allèrent s'installer sur l'une des tables de pique-nique se situant devant leur bâtiment de cours. Ils avaient encore une heure à attendre avant de devoir retourner s'enfermer dans un amphi. À peine furent-ils installés qu'Oikawa sortit son ordinateur portable.

— Tiens, tu pourrais demander à Takeda pharmaceutique, annonça ce dernier, apparemment ils cherchent du monde.

— T'es encore sur ça ?

— Je fais ça pour toi Kuroo… T'as un profil LinkedIn ?

— Un quoi ?

— Kuroo… met y un peu du tient je t'en supplie, il tourna son écran d'ordinateur, regarde tu crées un profil avec ton parcours, comme ça les entreprises peuvent consulter ton profil s'il elles cherchent quelqu'un et tu peux aussi effectuer des recherches ciblées pour trouver, tu cliques là et tu…

— Yo vous faites quoi ?

Ils tournèrent tous trois les yeux pour découvrir que Bokuto les avait rejoints. Ce dernier se pencha pour embrasser la joue de son petit ami et s'installa à ses côtés.

— Honnêtement je sais pas trop, dit Kuroo.

— J'explique à cette tête de pioche comment faire un profil LinkedIn.

— T'as pas de profil LinkedIn ? reprit Bokuto, limite outrée.

— Ahah super drôle.

— Je rigole pas, c'est super important pour la visibilité, et pour les recherches pros. C'était pas hyper populaire au Japon jusqu'à ya pas longtemps, mais ça commence à venir et vu le rayonnement international, c'est toujours ça de gagné.

Kuroo en resta coi.

— Comment tu sais ça toi ?

Bokuto fronça les sourcils, réellement dérouté.

— Babe, je suis en master de commerce international, ça te surprend tant que ça ?

Kuroo ne sut pas répondre. Il finit par hocher négativement la tête.

— Oh oui c'est vrai, tu as déjà commencé à chercher un stage pour l'année prochaine ? lui demanda Oikawa.

— Yep, j'ai déjà pas déposé pas mal de CV, mais j'attends encore les réponses.

Oikawa tourna les yeux vers lui, un rien blasé.

— Tu penses toujours que c'est moi qui exagère ?

— T'as pas encore commencé à chercher Babe ? Tu sais que ça va vite, il faut se dépêcher !

— Oui ok ! C'est bon j'ai compris ! Arrêtez de me stresser comme ça !

Bokuto et Oikawa échangèrent un regard, surpris de sa réaction. Finalement, un sourire un rien moqueur se dessina sur leurs lèvres.

— En fait Bokuto-san, joyeux anniversaire. C'était bien ce week-end ? intervint Chris.

— Oh oui hier ! Merci !

— Oh, joyeux anniversaire, dit Oikawa.

— Merci.

— Vous avez fait quelque chose de spécial, demanda Chris ?

— Non, on est juste allés chez mes parents et…

Il fut coupé dans sa phrase par Oikawa qui s'était levé en échappant un cri de surprise.

— T'as rencontré tes beaux-parents ?

— Euh… oui… Enfin beaux-parents je…

— Et tu nous as rien dit ! Oikawa s'affala sur la table, plaçant ses mains sous son menton, braquant son regard sur Kuroo.

— Je veux tout savoir !

Eh merde, lui qui comptait ne pas du tout aborder le sujet, il était cuit… Au moins ils ne parlaient plus de stage, c'était déjà ça.

-/-

Kuroo n'arrivait pas à croire qu'on ait pu lui gâcher sa rentrée ainsi… Personne ne sera surpris d'apprendre qu'il était de nature anxieuse, et qu'un rien pouvait commencer à le faire partir en spirale. Heureusement pour lui, il avait l'habitude, et avec le temps il arrivait presque à prendre cela avec un rien de nonchalance. Certes, une partie de son esprit partait à la dérive et tournait dans le vide sans fin en moulinant les scénarii les plus atroces, mais toute une autre partie de lui, bien plus blasé, arrivait à le faire relativiser. Certes la balance était fragile, mais c'était déjà cela de gagner. Il était donc toujours en combat interne lorsque la fin de la journée approcha. Ses cours s'étaient finis en milieu d'après-midi et il s'était retrouvé en solitaire après que ses deux amis l'eurent délaissé pour se rendre en cours de microbiologie. Il avait vaguement considéré l'idée de se rendre à la bibliothèque mais finalement s'en était détourné. Il se dit que passer du temps avec ses petits-amis lui serait surement bénéfique… Malheureusement Kōtarō était encore en cours jusqu'à dix-huit heures trente, Kenma injoignable et Keiji déjà partie au Fukuro… Il avait hésité à retourner directement chez lui, mais l'idée de se retrouver seul dans son lugubre et minuscule appartement ne le séduisait que moyennement. Il avait commencé à goûter au luxe de vivre dans une maison, et d'être sans cesse entouré, difficile maintenant d'apprécier pleinement le cagibi dans lequel il vivait et ses douches tièdes. Il avait donc opté pour la non-solitude de son lugubre appartement et avait pris le métro pour se rendre au Fukuro, au moins il pourrait continuer à travailler tout en étant en compagnie de son amoureux, parfait combo. De plus, maintenant que Konoha le trouvait assez tolérable pour le laisser rester sans pester, l'endroit était redevenu un de ses repères favoris. Il avait été accueilli bien chaleureusement en arrivant, et après avoir trainé au comptoir une bonne quinzaine de minutes, avait décidé d'aller s'installer à une table. Il avait tout d'abord décidé de réorganiser ses cours de la journée, mais bien vite cette histoire de stage lui était revenue et il avait tout délaissé pour se lancer à la recherche d'un stage sur le net, ou du moins d'une idée pour orienter ses recherches.

— Qu'est-ce que tu fais ?

Kuroo releva les yeux de son ordinateur. Bien trop prit dans ses recherches, il n'avait même pas remarqué que Keiji était venu s'installer en face de lui.

— Euh… je cherche un stage… ou plutôt une idée…

— Oh ? Déjà ? Je pensais que les stages n'avaient pas lieu avant l'année prochaine ?

— C'est ce que j'ai dit ! Mais Oikawa et Kōtarō m'ont stressé à me dire que j'étais déjà à la traine !

— Ça me semble tout de même exagéré, mais je ne suis pas sûr d'avoir toutes les clés en main pour comprendre l'urgence.

— Ah voilà ! Apparemment les entreprises cherchent déjà et font des demandes de financement et ce serait pour cela qu'il faut que je me bouge… Je peux bien comprendre mais je n'ai pas encore réfléchi à ce que je voulais faire et puis…

Kuroo partit dans un long monologue, retraçant les détours et aller-retour de sa réflexion. Keiji l'écouta en silence, hochant la tête de temps à autre.

— Puis-je venir chez toi ce soir ?

Akaashi l'avait coupé au beau milieu de sa phrase. Kuroo se tut, surpris de la soudaine demande et de son degré de politesse.

— Chez moi ?

Son petit-ami hocha la tête.

— Euh ok, si tu veux…

— Parfait !

— Mais j'ai pas grand-chose à manger par contre… Si, j'ai des ramens instantanés… Ou on peut passer au Konbini avant de…

— Les ramens, parfait. Je finis dans vingt minutes, le coupa de nouveau Keiji.

Tetsurō fronça les sourcils, surpris de son attitude. Il délaissa complètement son trouble lorsque son amoureux lui sourit. Non, il n'était pas bien difficile de le convaincre…

— Ok, je t'attends là alors.

Keiji hocha la tête et retourna derrière le comptoir. Kuroo le regarda repartir, toujours troublé de la… spontanéité de cet échange. Cette pensée finit par se dissoudre complètement, remplacée par la simple euphorie de pouvoir passer du temps avec son amoureux. Vingt minutes s'écoulèrent, et ils repartirent ensemble. La nuit avait déjà commencé à tomber lorsqu'ils partirent en direction du métro. Lorsqu'ils arrivèrent chez lui, le ciel était déjà noir. Ils se retrouvèrent dans son petit appartement, éclairé d'une lumière orangée, dégustant des ramens instantanés, assis à même le sol, discutant, et riant. Le tableau n'était peut-être pas parfait mais Tetsurō ne l'aurait changé pour rien au monde. Son anxiété s'était apaisée, évincée par le rire de Keiji. Seul inconvénient pour Kuroo, cela avait fini d'éventrer sérieusement son stock de ramens, puisqu'une fois le premier bol terminé, le ventre de Keiji avait crié famine comme s'il n'avait pas été nourri depuis des jours. Ils en rirent une première fois, puis une fois encore lorsque l'épisode se répéta au bout du second bol.

— T'étais affamé, ma parole, remarqua finalement Tetsurō.

— Oh, désolé… Pour tout te dire je n'ai pas eu le temps de me restaurer ce midi, et je ne suis pas certains que mon organisme ait absorbé quoique ce soit de ce que j'ai mangé hier.

— T'excuses pas… Hier chez les parents de Kōtarō ?

Keiji hocha la tête.

— Je peux te confier quelque chose ?

Kuroo fronça les sourcils, soucieux.

— Oui, bien sûr.

— Nakayama-san me terrifie, murmura son amoureux.

Kuroo éclata de rire, ne s'attendant pas du tout à ce genre de confession.

— Ne ris pas, c'est vrai !

— Non mais je te crois, il me terrifie aussi.

— N'est-ce pas ?

— Ça me rassure même en fait. Je pensais qu'il était comme ça avec moi parce que je suis le petit nouveau et que, bah bêta quoi, ça me rassure de voir que c'est pareil pour toi.

— Ne t'en fais pas, je ne suis pas sûr que cela pèse beaucoup dans la balance.

Kuroo éclata une nouvelle fois de rire.

— Je pensais qu'ils avaient passé ton enfance à vouloir te fourrer avec Kōtarō, il doit pourtant être ravi de te compter dans sa famille !

— Non, absolument pas… Le reste de ses parents peut-être, mais Nakayama-san n'en a jamais été ravi… Et encore je devrais certainement me satisfaire du fait qu'il me tolère presque à présent. La seconde fois que je suis venu en tant que petit-ami officiel, il m'a dit qu'il ne s'attendait même pas à ce que je lui donne une digne descendance, j'avais quinze ans.

Kuroo ne put s'empêcher d'échapper un pouffement.

— C'est brutal.

— N'est-ce pas.

— Si ça peut te rassurer, hier il m'a demandé si je savais bien cuisiner car il n'était pas sûr de mon efficacité dans « le nid principal ».

Ce fut au tour d'Akaashi d'exploser de rire.

— C'est embêtant, moi non plus il n'est pas bien certain de mon efficacité, vu mon physique « malingre et peu impressionnant ».

— Il a vraiment dit ça ?

— Oui… Mais j'avais dix-sept ans, ce qui n'était pas bien loin de la réalité. Il est vrai qu'il ne m'a pas fait cette réflexion depuis un moment, je devrais très certainement m'en satisfaire…

— Hmm… Il n'y a guère que Kenma pour le défendre alors.

— C'est normal, c'est son favori, il n'oserait pas lui faire une réflexion… Et puis c'est lui qui a mis un toit sur la tête de son fils, facile après cela de s'attirer ses faveurs…

— Hmm, pas faux…

— Et encore, tu as eu de la chance d'avoir échappé à la rencontre avec ses grands-parents. La mère de Nakayama-san est la matriarche du clan. Femme d'exception certes, mais très loin d'être commode. Il est certain que c'est d'elle que vient l'attitude de Nakayama-san, et elle est bien moins… douce que lui.

— Ouh… j'ai très peu hâte de la rencontrer alors…

— J'espère également pour toi que ça n'arrivera pas de si tôt.

Ils rirent en chœur.

Keiji finit son troisième bol XXL de ramen, cette fois son estomac sembla s'en satisfaire. Il se releva pour aller récupérer son sac. Tetsurō le suivit des yeux et le vit ressortir de son sac deux tubes orange qu'il reconnut aussitôt. Il fonça les sourcils :

— Hum, Love ?

— Oui ?

— Désolé de… enfin… T'as déjà pris tes suppresseurs tout à l'heure, faut que tu en reprennes ?

Akaashi se stoppa, son regard perdu toute focalisation et il mit plusieurs secondes à revenir à lui.

— Oh, non… J'avais simplement oublié… Merci de me l'avoir rappelé.

Kuroo hocha simplement la tête, Keiji reposa son sac mais resta planté où il était.

— Hmm…tu veux regarder quelque chose ?

— Oh, oui, avec plaisir.

— Ok ! Faut que je te montre le drama qu'on a commencé avec mes sœurs, ils vont bientôt sortir la saison 2. Il faut du temps pour rentrer dedans mais une fois qu'on y est ça se laisse regarder !

Kuroo installa son futon et ils s'y installèrent, plaçant l'ordinateur face à eux. Il ne put s'empêcher de spoiler la moitié de la première saison avant de lancer le premier épisode. Tetsurō s'assit et laissa Keiji s'allonger sur lui, sa tête reposant sur son torse, lui donnant tout le loisir de le papouiller allégrement. Il se laissa happer par la série dès les premières minutes, il ne revint vraiment à lui qu'à la fin du premier épisode lorsqu'il entendit Keiji soupirer.

— Ça t'ennuie ?

Keiji releva les yeux pour trouver son regard.

— Je dois avouer que oui, un peu.

— Oh…

Un sourire un rien scabreux s'étendit sur les lèvres d'Akaashi.

— Mais seulement car j'ai une meilleure idée en tête.

— Oh ? Je me demande bien de quoi il peut s'agir ?

Il savait parfaitement de quoi il s'agissait.

Keiji lui sourit. Il se redressa, referma l'ordinateur et le posa plus loin. Kuroo le regarda revenir vers lui. Leur regards ne se lâchèrent pas une seconde. Keiji se pencha vers lui, passa une jambe de chaque côté de ses hanches pour s'assoir au plus proche de lui. Il passa ses mains dans ses cheveux et l'attira à lui dans un baiser fougueux.

-/-

Akaashi ouvrit les yeux. En tournant la tête, il constata que Tetsurō s'était endormi, son visage aux traits détendus reposait sur son oreiller. Il échappa un sourire, ne lâchant toujours pas des yeux son amoureux. Le silence de la pièce lui parvint dans toute sa lourdeur, donnant tout le loisir au tumulte qu'il abritait de lui faire écho. Son sourire se fana rapidement. Keiji inspira profondément, tentant de se défaire du poids lui écrasant le diaphragme. Il y renonça. En tournant la tête, il vit son sac, laissé parterre à quelques centimètres de lui. Il le détailla longuement, puis soupira, vaincu par sa propre conscience. Il se dégagea le plus discrètement possible de l'étreinte de Kuroo, déroulant ses membres le plus lentement possible pour que même le froissement de la couverture ne se fasse pas entendre. Il se figea en l'entendant gémir. Keiji échappa un soupir de soulagement en constatant que Tetsurō était toujours bien endormi. Il enfila ses sous-vêtements, attrapa son sac et partit en direction de la salle de bain. Alors qu'il allait refermer la porte, il sursauta en entendant la voix de Kuroo :

— Tu fais quoi ?

La voix du brun était tant embrumé de sommeil qu'il n'était pas certain qu'il soit complètement réveillé.

— Je vais… dans la salle de bain.

Silence.

— Ok… fais attention aux escargots.

— … d'accord.

Seul un gémissement ensommeillé lui répondit. Keiji attendit quelques secondes et referma la porte. Il était seul.

Il prit le temps de respirer profondément, deux, puis trois fois et finalement ouvrit son sac. Il en sortit deux tubes orange, qu'il considéra longuement.

Il fallait juste qu'il tienne un peu plus, juste le temps de trouver une solution. Juste un peu de temps, rien de plus. Il ouvrit le premier tube et glissa dans sa main un cachet… puis un deuxième. Il en fit de même avec le second tube. Il considéra les quatre petites pilules blanches dans sa main à la lumière crue du néon de la salle de bain.

Juste pour cette fois.

Il avala les cachets d'un coup et actionna le robinet pour prendre une grande gorgée d'eau. En se redressant, il trouva son propre regard lui faisant face dans le miroir. Il détourna rapidement les yeux.

Juste pour cette fois.

-/-

Cette fois Kuroo ne pouvait le nier : Keiji agissait vraiment, vraiment très bizarrement, et cela commençait à l'inquiéter. Il avait commencé par se dire que ce n'était peut-être qu'une vue de son esprit, ou simplement qu'il exagérait. Mais les faits étaient de plus en plus durs à nier… Tout avait commencé une dizaine de jours au paravent. Au début, cela pouvait ressembler à de la fatigue, Keiji semblant se déconnecter complètement de la réalité de temps à autre, restant planté au milieu du couloir, de la cuisine, de la rue, regardant dans le vide comme si le monde n'avait jamais existé, ou comme si son système interne avait complètement crashé. Il revenait cependant rapidement à lui, retrouvant l'attitude que Tetsurō lui connaissait d'ordinaire. Puis avait commencé à émerger tout un tas de comportements étrange, se produisant dans une fenêtre de temps si infime qu'il en venait presque à se demander s'il ne les avait pas juste hallucinés.

L'un des évènements de loin le plus alarmants était que Kuroo avait commencé à retrouver des cailloux sous son oreiller le matin lorsqu'il dormait dans la chambre de Kōtarō sous les toits. Il avait tout d'abord pensé à un rongeur se cachant quelque part dans les murs, qui avait décidé de faire son nid sous son oreiller… chaque soir… L'hypothèse avait été invalidée lorsqu'il s'était réveillé dans son propre lit, dans son propre appartement, avec des galets sous son oreiller. Il avait alors envisagé la piste du tueur en série, il avait même passé plusieurs heures sur internet, lisant de vieux articles et de sombres forums pour tenter de trouver si cela s'agissait d'une marque distinctive d'un serial killer toujours en cavale. Mis à part quelques infos sur la parade nuptiale des pingouins, il n'avait rien trouvé sur le sujet, pas une seule mention de « tueur aux cailloux » sur la toile. Il en était donc revenu à l'hypothèse du rongeur, peut-être était-ce courant à Tokyo à cette période de l'année et que ces petits animaux cherchent à faire leur nid pour l'hiver un peu partout dans la ville? Il avait finalement découvert le véritable coupable, et cela n'en était pas moins alarmant : une après-midi, alors qu'ils étaient partis se promener au parc d'Ueno avec Akaashi, ce dernier l'avait brusquement abandonné puis était revenu une dizaine de minutes plus tard pour lui fourrait dans les mains un caillou… Ne vous méprenez pas, l'attention était touchante, il s'agissait d'un joli caillou, lisse, coloré… mais d'un caillou tout de même. Kuroo avait longuement regardé le minéral, comprenant alors qu'il n'y avait jamais eu de rongeurs, ni même de serial killer, juste son petit-ami qui avait décidé de lui faire des offrandes de cailloux, et cela était bien plus alarmant que le reste. Il avait relevé les yeux, constatant alors qu'Akaashi avait le même regard que lorsqu'il se réveillait trop tôt le matin et qu'il n'était pas encore connecté à la réalité. Kuroo n'avait fait aucune remarque, se contentant de le remercier pour le cadeau qu'il venait de lui faire. Keiji lui avait souri et était immédiatement reparti à la chasse aux minerais. Il avait bien tenté d'aborder le sujet avec lui, mais Keiji était revenu comme si rien de tout cela ne s'était produit, retrouvant son élégance et le pétillant de son regard.

Kuroo avait commencé à envisager la piste du trouble dissociatif de l'identité, ce qui pouvait peut-être expliquer les brusques changements de personnalité et les pertes de mémoire… Il avait bien tenté de se renseigner sur la chose, mais il y avait renoncé, la lecture du DSM jouant bien trop avec sa nature hypocondriaque. Il s'était alors tourné vers les personnes qui le connaissait surement mieux que lui et qui, bonus, avait un lien « neurophysiologique » avec : ses partenaires. Ces derniers malheureusement n'avaient pas été d'une grande aide : Kenma s'était lancé en plein stream marathon et n'avait pas vu la couleur du ciel depuis un moment, sortant simplement de sa chambre pour refaire ses stocks de nourriture et respecter des mesures d'hygiène élémentaire. Kōtarō quant à lui, entre ses cours, sa recherche de stage et de petit boulot, et l'aide qu'il apportait à Kenma pour la modération de ses streams, n'était pas beaucoup plus présent. Il avait bien tenté de lui demander s'il ne trouvait pas que Keiji agissait bizarrement ces derniers temps, mais Kōtarō lui avait seulement répondu « Non, pas vraiment… J'ai l'impression qu'il est un peu distant, mais il doit être stressé avec ses cours et son dossier pour l'entrée en master, t'en fais pas. ». Tetsurō n'avait pas plus insisté, voyant bien qu'il n'en tirerait rien de plus. Le « un peu distant » l'avait d'ailleurs fait tiquer, parce qu'il ne pouvait pas en dire de même : Keiji n'était absolument pas « distant » avec lui, bien au contraire… Disons que son « appétit » était sans fin. Il ne s'en plaignait pas mais il devait avouer que cela commençait à faire beaucoup pour lui, parfois, et qu'il était bien trop faible psychologiquement pour y renoncer.

L'évènement de loin le plus étrange avait été lorsque Kuroo, qui avait pénétré dans la chambre de Keiji pour lui demander quelque chose, l'avait trouvé agenouillé en face de son lit, fourrant un sweat-shirt dessous.

— C'est pas à moi ça ?

Évidement qu'il s'agissait de son sweat-shirt, il le reconnaitrait entre mille, et cela faisait un moment qu'il avait disparu de la circulation.

Keiji avait tourné vers lui un regard de pure panique. Il s'était cependant repris bien rapidement. Étrange... Mais peut-être avait-il juste été surpris de sa soudaine apparition. Après tout, il était rentré sans s'annoncer.

— Oh, euh… Oui, je l'ai retrouvé, je me suis dit que j'allais le passer à la machine, s'était justifié Keiji.

— En le mettant sous ton lit ?

Keiji s'était contenté de hocher la tête.

— Oui, je… j'allais le mettre là en attendant… avec le reste.

— Le reste ?

La panique avait une fois encore traversé le regard d'Akaashi.

Alarmé, Tetsurō s'était avancé dans la chambre, se penchant pour apercevoir ce qu'il se trouvait sous le lit. Il ne fut pas déçu, puisqu'il y découvrit un enchevêtrement de draps, taies d'oreiller, de plaids (voilà donc où ils étaient passés ! ) et d'une tonne de vêtements dont il était sûr qu'ils n'appartenaient pas du tout à Akaashi. La chose était d'autant plus étrange que Keiji n'était pas du genre à faire trainer ses affaires, encore moins celles des autres... Il passait plus de temps à nettoyer chaque recoin de cette maison que n'importe qui d'autre.

— Je les ai mis là… en attendant, pour les descendre en suite.

Même Keiji n'avait pas l'air bien sûr de son argumentation. Kuroo fronça les sourcils. Il s'apprêtait à le confronter une bonne fois pour toutes, mais Keiji l'avait coupé avant même qu'il n'ait pu dire quoique ce soit :

— Sexe ?

La soudaine demande l'avait complètement pris de court.

— Quoi maintenant ?

— Hmm, avait confirmé Keij.

Il pensait réellement qu'il allait l'amadouer ainsi ?

Évidement que oui, et cela fut très effectif.

Résultat plutôt mitigé pour Tetsurō qui s'en était certes tiré avec un bon shot de dopamine, mais avec bien plus de questionnements irrésolus qu'au début de sa journée.

-/-

Kuroo avait bien tenté de trouver une explication logique au comportement de Keiji, mais malheureusement pour lui, son savoir était encore bien trop limité, et internet encore une fois n'était d'aucune aide. D'ailleurs cela était assez alarmant de constater qu'à chaque fois qu'il voulait faire des recherches sur les non-bêtas, le seul contenu qu'il trouvait était pornographique. Cela en devenait même lassant. Il avait bien formulé une hypothèse pourtant, mais il n'avait aucun véritable moyen de la vérifier. Il décida donc de se tourner vers ceux qui l'avaient bien plus éduqué sur le sujet dans le passé qu'internet : le CAPE. Il avait profité d'un moment de battement entre deux prises de bec et une partie de cartes pour poser sa question :

— Hey, je me demandais, pour mon hum… savoir personnel…

Oikawa tourna vers lui un regard blasé :

— Quoi encore ? Faut vraiment que t'arrêtes de regarder des pornos chelous…

— Mais… pas du tout ! Pourquoi tout le monde dit ça ?!

— Parce que c'est vrai…

— Non…Mais… C'est pas ma faute si ya si peu de sources fiables en dehors de… Peu importe.

— Qu'est-ce que tu veux demander ? intervint Sugawara de façon bien plus bienveillante qu'Oikawa.

— Je… je me demandais juste si les alphas nidifient aussi ?

Oikawa le détailla de la tête aux pieds :

— Pourquoi tu veux savoir ça ?

— Pour savoir…

— Hum oui certains, répondit Sugawara.

Oh… Intéressant.

— Oh… ok… je pensais que c'était seulement les omégas.

— Hum… Je crois que tous les omégas nidifient pendant leur grossesse et quand ils ont des nouveau-nés, mais pas forcément en œstrus. Attends, Noya !

— Non, mais attends, murmura Kuroo paniqué.

Il n'avait pas forcément envie de rameuter tout le monde sur la question. Trop tard, Nishinoya avait déjà tourné la tête.

— Question : est-ce que tu nidifies en œstrus ?

Kuroo cacha son visage dans ses mains en voyant ce dernier s'approcher d'eux. Il ne répondit à la question qu'une fois arrivé à leur hauteur.

— Euh… Non, mais Azumane oui… Il me fout le bordel à chaque fois d'ailleurs à déplacer toutes les couettes…Et je passe des jours à chercher mes fringues parce qu'il les planque partout.

Kuroo releva la tête, véritablement intéressé.

— Maintenant que j'y pense, intervint Sugawara, je ne suis pas certain que ce soit des nids que les alphas font… ça ne s'appelle pas pareille... Attends… des tourelles ?

— Des tonnelles.

Tous tournèrent la tête vers Kageyama qui venait d'intervenir.

— Des tonnelles ?

Le brun confirma d'un hochement de tête.

— Comme les trucs que tu mets dans le jardin ?

— Non…

— Ok… Mais du coup c'est quoi la différence ?

— Hum… Ça fait plus partit des comportements de parade…les nids sont plus fonctionnels que les tonnelles je crois, répondit Sugawara.

— Mais les tonnelles sont plus jolies, traduit Kageyama pour Hinata.

— Moi je les trouve mignons les nids d'Azumane, commenta Nishinoya.

— Yuu… se lamenta le concerné.

Il commençait à y avoir un peu trop de monde impliqué au goût de Kuroo.

Hinata commença à signer à toute vitesse, si bien que personne n'en saisit le contenu, mise à part Kageyama qui se contenta d'ajouter :

— Aucun commentaire

Sugawara détourna les yeux vers Kageyama :

— Je savais pas que tu faisais des tonnelles Kageyama.

Hinata parut fort ravi de cette ouverture et en profita pour sortir son téléphone. Alors qu'il s'approchait d'eux, Kageyama tenta de l'intercepter, mais le rouquin esquiva furtivement et tourna son téléphone vers la petite assemblée.

— Oh bordel ! s'exclama Nishinoya, penché au-dessus de l'épaule d'Oikawa qui paraissait lui aussi tout aussi interloqué.

— Je savais pas que tu avais un diplôme en architecture, plaisanta Sugawara qui avait récupéré le téléphone.

Tanaka et Daichi s'approchèrent, intrigués. Sugawara leur tendit le téléphone, sous le regard dévasté de Kageyama.

— Oh, Kageyama, je suis fière de toi, dit Daichi avec un sérieux désarmant.

— C'est Dubaï ton truc ! s'extasia Tanaka avant de se jeter sur le brun pour lui ébouriffer les cheveux.

Kageyama ne réagit même pas, beaucoup trop mortifié par ce qu'il était en train de se passer pour y faire quoique ce soit. Il finit par tourner les talons, malheureusement pour lui Sawamura et Tanaka le suivirent, continuant à l'inonder de compliments. Hinata reprit le téléphone et se lança à la poursuite de son partenaire avant même que Kuroo n'ait le temps de voir l'ouvrage tant admiré.

L'effervescence retomba finalement et Kuroo se retrouva de nouveau avec Oikawa et Sugawara qui avaient recommencé à se chamailler infantilement.

— Dis Suga-mama…

— Arrête de m'appeler comme ça ! s'insurgea l'interpellé qui mit fin une fois pour toutes à la bagarre de chiot en cours.

Il allait surenchérir mais se révisa en captant le regard de Kuroo.

— Qu'est qu'il y a ?

Kuroo hésita. Il n'était pas trop tard pour se raviser et garder tout cela pour lui.

— Je sais pas… Je m'inquiète pour Keiji.

— Comment ça ?

— Je sais pas… Il agit bizarrement ces derniers jours… Il agit pas comme d'habitude…

Kuroo se pencha pour parler plus à voix basse :

— Il arrête pas de me ramener des cailloux et… Je l'ai trouvé la dernière fois à planquer mon sweat shirt sous son lit et… Putain qu'il est horny tout le temps, c'est improbable…

Sugawara et Oikawa pouffèrent en chœur.

— Arrêtez c'est pas drôle !

— Pff… C'est pour ça que tu nous as posé cette question ?

— Oui…

— T'inquiètes pas, c'est peut-être rien… Il est peut-être en pré-rut…

— Je sais pas… C'est pas pareil que… Que quand Oikawa était, enfin tu vois.

— Ça varie en fonction de…

— Bokuto et Kenma n'ont pas remarqué ? le coupa Oikawa.

— Non… Je leur ai demandé, enfin Kōtarō, mais rien de particulier…

Le regard d'Oikawa s'assombrit, il se laissa retomber sur le canapé et croisa les bras, l'air soucieux.

— Et t'as rien remarqué de changer chez eux ?

— Non… Pas vraiment. Pourquoi ?

— Oui pourquoi ? insista Sugawara.

— Bah… S'il était en pré-rut, ils s'en seraient aperçus, et ça aurait déclenché leur cycle aussi…

— Oh oui…

— Merde… murmura Oikawa.

Il semblait avoir tiré de tout cela une conclusion inquiétante :

— Il suppresse.

Sugawara fronça les sourcils :

— Oui mais bon, on en est tous là au final non ?

— Non, il surdose.

Son inquiétude sembla se transmettre à l'argenté.

— Quoi ? Attendez, je vous suis plus, intervint Kuroo.

Oikawa se pencha en avant, attrapant son regard :

— Kuroo… je pense que tu devrais lui en parler. Sérieusement.

— Hum… ok, mais je sais pas si je devrais me mêler de ses histoires de cycle ou…

— Si c'est ce que je pense, il risque sérieusement de se faire du mal, le coupa le châtain. Les suppresseurs abaissent le taux de phéromones et d'hormones mais il ne faut pas bloquer les entrées en cycle. S'il commence à agir comme ça c'est surement qu'il entre en pré-rut… Mais si personne ne l'a remarqué c'est qu'il a augmenté les doses pour le bloquer.

Kuroo en resta sans voix. Il lui fallut plusieurs secondes pour pouvoir reprendre la parole :

— Mais pourquoi il ferait ça ?

— Ça j'en sais rien, mais s'il continue il va faire un rut réactif.

— Une… quoi ?

— Quand ton corps reprend le dessus, intervint finalement Sugawara.

— Et il le fait pas en douceur, termina le châtain. Il sembla hésiter, jeta un coup d'œil de chaque côté et reprit finalement à voix basse : ça m'est déjà arrivé, deux fois en fait…

Sugawara sembla secoué par la nouvelle.

— Vraiment ? Tōru…

— Oui je sais, ça craint…

— Mais quand ça ?

— Ya longtemps, quand j'ai commencé à vivre avec Hajime je… bref- il tourna de nouveau les yeux vers Kuroo- c'était une belle connerie, et ça peut être dangereux. Surtout avec deux omégas, ça peut leur déclencher un œstrus réactif à eux aussi, et c'est pas vraiment agréable.

Kuroo en était désarmé, il sentit sa gorge se nouer de détresse.

— Qu'est-ce que je fais ?

— Parle-lui… Si c'est vraiment ça, résonne-le. Il a surement ses raisons, mais, quelles qu'elles soient, je te jure que ça n'en vaut absolument pas la peine…

-/-

Il ne fallut pas longtemps à Kuroo pour se décider à agir. Il avait bien tenté de se persuader qu'il commettait une erreur, qu'il n'y avait rien de si important d'impliqué dans cette situation. Après tout, Kōtarō avait peut-être raison, Keiji agissait ainsi à cause du stress. Mais plus les jours s'écoulaient, plus les preuves validant l'hypothèse d'Oikawa étaient accablantes. Akaashi était devenu de plus en plus distant, même avec lui, comme s'il tentait de rester le moins de temps possible avec eux dans une même pièce. Comme s'il cachait quelque chose…

Kuroo s'était demandé s'il ne valait pas mieux en parler directement à Kenma et Kōtarō, mais il s'était rapidement ravisé. Si Oikawa avait vu juste, c'était directement avec Akaashi qu'il devait en parler.

Il était temps qu'il lui fasse face.

-/-

Keiji entendit son téléphone vibrer. Il n'y prêta pas attention immédiatement, décidant qu'il avait eu déjà assez de mal à se concentrer sur ce chapitre de littérature contemporaine pour s'en défaire si facilement. Il continua à lire, mais rapidement les mots s'emmêlèrent dans son esprit. Il avait beau tenter de relire encore et encore ce dernier paragraphe, les mots traversaient son esprit sans y faire résonnance, n'ayant plus aucun sens pour lui. Il renonça à aller plus loin et se laissa retomber sur le dossier de sa chaise. Il soupira et se massa les tempes. Il se sentait de plus en plus englouti, il allait finir par faillir. Son corps, son esprit allaient finir par faillir.

Il fallait qu'il tienne bon encore un peu.

Il attrapa son sac posé au sol et sortit d'une des poches intérieures le tube orangé, celui qui lui causait autant de trouble qu'il l'en libérait. Il le secoua. Il était presque vide. Déjà. Son ordonnance ne serait pas renouvelée avant plusieurs semaines… Pourtant, il fallait encore qu'il tienne… Juste un peu plus.

Son téléphone vibra de nouveau. Akaashi reposa la boîte dans son sac et récupéra son cellulaire. Il fonça les sourcils en découvrant que Tetsurō lui avait envoyé deux messages. Il l'avait croisé dans le salon i peine une heure, il devait encore être dans la maison, pourquoi n'était-il pas venu directement ici s'il avait besoin de lui demander quelque chose ? Il ouvrit tout de même sa messagerie.

« On peut parler ? »

« C'est important. »

Son souffle s'agita, il sentit l'angoisse monter en lui. Ce n'était vraiment pas le moment, pas de suite, pas là.

Il s'en faisait peut-être pour rien… Il était très probable que Tetsurō n'est pas… enfin que son problème soit ailleurs, il serait injuste de refuser de s'entretenir avec lui… Et refuser ne serait que plus suspect.

« Oui si tu veux » finit-il par répondre.

« Ok, prends le linge et rejoins-moi en bas. »

Bien que profondément perplexe, Akaashi s'exécuta. Il récupéra la panière à linge dans la salle de bain et descendit au sous-sol. En ouvrant la porte de la buanderie, il découvrit Tetsurō, attendant accoudé à la machine à laver.

— Qu'est-ce que tu…

Tetsurō lui fit signe de se taire, et il s'exécuta. Le brun prit la panière à linge et commença à trier les couleurs. Il finit par enfourner dans la machine le linge noir qu'il avait collecté, referma le tambour, ajouta la lessive et lança enfin le cycle.

— Tu… souhaitais que je vienne pour cela ? demanda Akaashi.

— Non, c'était juste pour pas qu'on nous entende.

Akaashi fronça les sourcils, alarmé par cette réponse.

— Je voulais discuter, et que cela reste entre nous, pour le moment en tout cas.

— Oh.

Keiji ajusta sa posture et joignit les mains, tentant tant bien que mal de reprendre contenance.

— De quoi voulais-tu discuter ?

Kuroo s'accouda de nouveau à la machine à laver.

— De toi.

— De moi ?

Keiji se concentrait sur sa respiration, comptant dans sa tête le rythme de ses inspirations pour éviter que son souffle ne s'affole.

— Keiji… Est-ce que ça va ? En ce moment je veux dire ?

— Oh… Oui, oui, parfaitement, mentit-il. Pourquoi me demandes-tu cela ?

— Parce qu'on dirait pas.

— Si, ne t'en fait pas, j'ai juste… beaucoup de cours et je… Vraiment rien ne grave, ne t'en fait pas.

Keiji tenta un sourire pour le rassurer et détourna rapidement le regard.

— D'ailleurs j'ai encore du travail je devrais…

— Hmm, du coup tu me promets que tu n'es pas en train de te faire du mal ou de mettre ta santé en danger ? le coupa Tetsurō.

Akaashi tourna la tête, le regard de son petit-ami capta instantanément le sien. Dans ses yeux dansait un mélange de colère, de tristesse, d'inquiétude…

Keiji perdu le compte de ses inspirations, mais il pouvait encore tenir.

— Tetsurō, non, je ne vois pas ce que tu veux dire, voyons je… Rassure-toi.

— D'accord. Donc tu n'es pas en train de surdoser tes suppresseurs pour éviter de rentrer en rut ? répliqua Kuroo, d'un ton cinglant.

Akaashi en eut le souffle coupé. Il en resta tétanisé de longues secondes.

Kuroo maintenu son regard, il put lire dans les yeux d'Akaashi qu'il hésitait encore à lui mentir. Mais il n'en fit rien. Il vit la seconde où il lâcha prise, où tout le poids qu'il tentait de soutenir depuis des semaines s'écrasa enfin sur lui, lourd et dense. Le masque de Keiji tomba, et celui de Tetsurō se brisa du même coup.

Akaashi soupira, et s'assit à même le sol. Il venait de baisser les armes. Il ne pouvait plus mentir, à lui-même, et à Kuroo. Il releva les yeux, et offrit à Kuroo en sourire triste :

— Je ne pensais pas que tu serais le premier à t'en rendre compte, murmura-t-il.

La colère et le défi avaient complètement abandonné Tetsurō, seuls le souci, la peur, la tendresse, pouvaient à présent se lire dans son regard.

— Oh… Love…

Il s'accroupit en face de Keiji et prit son visage dans ses mains. Le contact, si infime soit-il, ainsi que la résonnance de sa voix bouleversèrent Keiji qui sentit les larmes lui monter aux yeux.

— Pourquoi tu fais ça Keiji… lui murmura-il.

Il ne sut répondre, sentant une énorme boule se former dans sa gorge. Il ferma les yeux, et posa sa main sur celle de Tetsurō, il avait la sensation d'être en train de chuter et espérait que le contact ralentirait la descente.

— Je devrais peut-être pas m'en mêler… Je sais pas… Est-ce que c'est moi ? Je te jure que ça ne change rien … J'y connais pas grand-chose, mais je suis là pour vous. Je suis là pour toi Keiji.

— Non, ce n'est pas toi…

Le silence s'étendit de longues secondes.

— Tu veux m'expliquer ? T'es pas obligé mais je veux t'aider, je veux pas que tu te bousilles la santé comme ça.

Les mains de Keiji commencèrent à trembler. Kuroo les prit dans les siennes, tentant ainsi de le rassurer.

— Je… C'est vraiment idiot… Mais…

— Mais ?

— Hum… Il y a… six mois environs, nous avons… décidé pour la première fois de partager notre cycle ensemble… tous les trois.

— La première fois ?

— Oui…avant que nous habitions ensemble, ils avaient tendance à être désynchronisés et… Kenma a toujours eu des cycles difficiles… à la fois physiquement et psychologiquement, c'est pour cela qu'il voulait être seul. Je… Nous… Nous nous étions dit que peut-être cette fois... La médecin nous avait même dit que rester avec nous pourrez faciliter les choses pour Kenma…

— Et j'imagine que ça n'a pas été le cas ?

Keiji hocha négativement la tête.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

— Je ne sais pas vraiment… Je ne me souviens pas précisément… Mais je me souviens des sensations. Je me souviens de sa détresse, de la mienne, de celle de Kōtarō… Je me souviens de mon impuissance, parce que je sentais leur détresse et que je ne pouvais rien y faire…

Keiji explosa en larmes, mais il ne tremblait plus, ne frémissait pas, sa voix ne se gorgea en rien du sursaut de ses larmes. Pourtant, Kuroo n'avait jamais vu une si grande douleur dans le regard de son amoureux.

— Nous n'en avons jamais vraiment reparlé… Aucun de nous ne pouvait vraiment se rappeler de ce qu'il s'était passé… Nous avons tacitement décidé de le passer sous silence je pense. Je sais pertinemment que cela finirait par revenir, mais j'espérais trouver une solution avant… Je voulais juste un peu plus de temps…

— Love…

Kuroo l'attira à lui, le prenant dans ses bras, ne sachant absolument plus quoi faire pour apaiser son aimé.

— Je comprends Keiji, mais c'est quand même super con…

— Je sais…

— Tu vas arrêter ça du coup ?

Keiji l'enlaça à son tour.

— Oui…

— Bien…

Il embrassa sa tempe brulante.

— On va trouver une solution ok… Mais tu pourras pas avancer tant que tu te feras du mal, et que tu ne l'en auras pas parler.

Il sentit Keiji frémir.

— Ça va aller…

— Ok…

Ils restèrent ainsi enlacés de longues minutes, Kuroo berçant son amoureux dans ses bras pour l'apaiser. Il ne se sépara de lui que lorsqu'il le sentit reprendre courage.

— Bon, allez, on devrait remonter.

Akaashi hocha la tête et se redressa. Il inspira profondément, et attrapa la main de Tetsurō.

— Merci.

Il lui sourit.

Keiji lâcha sa main et se retourna pour aller ouvrir la porte. Il ne franchit cependant pas le pas de la porte et resta complètement figé devant. Kuroo, alarmé, pencha la tête sur le côté pour voir ce qu'il en était. Son cœur bondit en découvrant Kenma planté devant la porte, bras croisés. Son visage était complètement fermé, ne laissant rien paraitre de ses émotions, mais Kuroo put voir qu'il avait encore les yeux rouges et la peau humide de larmes.

— Tu es en colère ? demanda finalement Keiji.

— Non.

— T'as quand même l'air un peu en colère, commenta Kuroo.

Cette fois Kenma avait vraiment l'air courroucé, il tourna les yeux vers Kuroo :

— Oui, je suis un peu en colère. Mais je suis surtout triste.

Il tourna son regard vers Keiji.

— Triste d'apprendre que mon partenaire préfère se foutre en l'air plutôt que de venir me parler.

— Je voulais juste vous protéger, tenta de se justifier Akaashi.

Kenma ne sembla que peut apprécier la remarque :

— Akaashi Keiji, je te l'ai déjà dit et je le répète, je ne veux plus que tu me mentes. Je t'aime profondément, mais tu vas sérieusement devoir arrêter tes conneries.

La voix de Kenma était glaciale. Il avait parlé clairement en articulant chacun de ses mots. Keiji et Tetsurō frissonnèrent, intimidés par l'attitude de Kenma. Keiji baissa les yeux et hocha la tête.

Kenma sembla s'apaiser, il soupira et reprit :

— On en parlera plus tard. En attendant il faut prendre rendez-vous chez le médecin, compris ?

Keiji hocha la tête.

— Bien… Je te laisse en parler à Kōtarō.

Kenma s'écarta pour laisser passer Keiji. Le brun passa devant lui, il tenta d'attraper son regard mais Kenma ne lui accorda pas. Keiji soupira et partit pour de bon. Le blond relava le regard vers Tetsurō.

— Ne sois pas si dur avec lui…

— Qu'est-ce que je peux faire d'autre?

Le blond rentra dans la buanderie et ferma la porte derrière lui.

— Je suis désolé que tu te retrouves mêlé à cette histoire…

Kuroo fronça les sourcils

— C'est rien, et c'est vraiment pas ce qui me…

Il se tut. Kenma venait d'exploser en larmes.

— Merde, lâcha le blond avant de se laisser glisser contre la porte.

Tetsurō resta interdit plusieurs secondes, ne s'attendant pas du tout à ce que les choses tournent ainsi. Il ne savait plus quoi dire, alors il se tut. Il se contenta de s'assoir face au blond.

Kenma pleura encore quelques minutes en silence. Kuroo ne dit rien. S'il l'avait enfermé avec lui, cela devait être pour une raison.

Kenma releva finalement la tête, il capta le regard de Tetsurō un instant avant de détourner les yeux.

— C'est ma faute, dit-il finalement en s'essuyant les yeux du revers de sa manche.

— Pourquoi tu penses ça ?

— Parce que c'est vrai. C'est ma faute…

Kuroo ne répondit rien, il se contenta de se rapprocher de Kenma.

— Je… je me souviens plus non plus de ce qu'il s'est passé, mais c'était pas… Je crois… je crois que j'ai mal réagit et que… Je les ai abandonnés, je … j'ai senti qu'il se sentait abandonné. Je crois qu'il…

Il échappa une nouvelle salve de larmes, chaque mot lui semblait douloureux.

— Je crois qu'il est rentré en torpeur, ou qu'il a failli…

— En torpeur ?

— C'est quand tout le fonctionnement des organes ralentit, comme une hibernation profonde. Les alphas peuvent en mourir… Ça peut être mortel, ça aurait pu le tuer ! J'aurais pu le tuer Tetsu !

Kuroo cette fois se jeta sur lui pour l'enlacer. Kenma s'agrippa à lui, il le sera si fort contre lui que l'étreinte en était presque douloureuse. Kuroo ne savait pas quoi dire, submergé par ce qu'il venait d'apprendre, incapable de savoir ce qu'il devait faire. Impuissant.

— Ça va aller Kenma, on va trouver une solution, commença-t-il à lui murmurer.

Il répéta ses mots en boucles, espérant qu'ils finissent par atteindre Kenma. Le blond finit par se calmer, il desserra sa prise sur Kuroo mais ne se détacha pas pour autant de lui.

— J'ai merdé… J'aurais pas dû lui parler comme ça… J'aurais dû le rassurer plutôt que de… Enfin…

— C'est pas trop tard pour arranger ça…

Le blond se détacha finalement de lui. Il essuya de nouveau ses yeux.

— Pff… j'arrive pas à croire qu'il se soit dit que c'était une bonne idée de… merde, il croisa finalement le regard de Tetsurō, désolé Jiji.

— Désolé pourquoi ?

— Que tu te retrouves au milieu de nos conneries.

Kuroo lui sourit.

— C'est rien… J'ai un peu signé pour…

Il lui sourit. Kenma haussa un sourcil.

Kuroo se pencha pour l'embrasser, embrasser ses lèvres humides de larmes, lourdes de sa culpabilité, de sa colère de son chagrin.

— Faut que j'aille m'excuser, et qu'on voie ce qu'on fait.

— On y retourne ?

Kenma hocha la tête. Ils se levèrent, et bien qu'ils aient les jambes encore flageolantes, remontèrent à l'étage. Keiji était assis sur le tapis du salon et Kōtarō était dans la cuisine accoudé au comptoir, occupé à parler au téléphone.

— Il appelle la médecin, dit simplement Keiji.

Kenma hocha la tête mais ne répondit pas. Kenma et Keiji se regardèrent longuement.

— Désolé de t'avoir parlé comme ça, finit par lui dire Kenma.

En tournant les yeux vers le blond, Kuroo s'aperçut que ses yeux étaient de nouveau bordés de larmes. Le blond s'approcha de son partenaire, qui le suivit du regard. Il s'assit en face de lui et le prit dans ses bras. Kōtarō raccrocha. Il vint vers Tetsurō en s'apercevant de sa présence et laissa sa tête retomber sur son épaule.

— Alors ? demanda le brun.

— Il faut qu'on aille à l'hôpital faire un check up et une prise de sang…

— Ok.

Kōtarō releva la tête et l'embrassa sur la joue.

— Tu devrais rentrer.

Kuroo tourna les yeux, surpris. Il comprit en captant le regard de Kōtarō.

Là s'arrêtait sa place.

Il sentit son cœur se serrer mais se contenta d'acquiescer.

— Ok… dîtes-moi quand vous rentrez et si tout va bien.

Kōtarō acquiesça. Il se tourna et alla donner son compte rendu à ses partenaires.

Ils partirent à l'hôpital et Kuroo rentra.

Il n'en dormit pas de la nuit.

— Fin du chapitre—

Je vous avais prévenu, deux chapitre et revoilà le **drama** .

Ce chapitre nous fait entrer dans l'arc « Kuklos » qui compte 6 chapitres. Brace for impact, c'est certainement pas la partie la plus drôle !

Note plus légère : je ne suis pas sponso par LinkedIn, honnêtement, ça a fait un mix entre mes années master et les placements de produits dans les drama, ça avait dû m'amuser à l'époque.

Prochain chapitre « Parai kuklos 1 »

« Tetsurō en avait maintenant lui aussi les yeux humides. Il ne pensait pas que pleurer de gêne était possible. Kenma avait les yeux rivés au sol, se raccrochant visuellement aux motifs de la moquette comme si sa vie en dépendait.

Megi-san ouvrit son tiroir et en sortit une montagne de petites brochures qu'elle lui tandis. Kuroo se contenta de hocher la tête, récupérant les documents.

— Merci.

Il entendit Keiji échapper un soupire étriqué, Tetsurō n'osa pas tourner les yeux pour voir quelle était son expression faciale. »

See ya !

FT