Résumé:
« Oikawa Tōru avait deux passions dans la vie : l'astrobiologie et la mode. Avec le temps, il s'était bien rendu compte qu'il n'arriverait jamais à réunir ses deux passions, mais ce n'était pas pour autant qu'il y avait complètement renoncé non plus ! Il avait choisi la biologie, au moins il avait l'avantage d'être le plus stylé de tous les nerds présents dans son amphithéâtre chaque jour. Tiens, regarde-le celui-là, pensa-t-il en voyant rentrer dans l'amphi un individu qui avait eu l'audace de mettre une immonde chemise bicolor violette et rose bonbon à rayures jaune fluo, quelle horreur ! Avec un pantalon jaune canari, quel mauvais goût, quel déshonneur ! Il se demanda qui cet individu pouvait fréquenter fagoter ainsi, personne ne voulait être vu en présence d'une telle chose ! La « chose » en question avançait dans sa direction. Le drôle d'oiseau s'approchait de plus en plus, il était clair qu'il venait carrément vers lui maintenant : quelle audace, il ne tenait pas particulièrement à ce que cet individu s'installe près de lui, hors de question qu'il… Oh… Il reconnut enfin l'individu en question :
— Kuroo ?
— Yo , le salua son ami avant de s'installer à ses côtés.
Oikawa le regarda déballer ses affaires, profondément atterré.
— Ça va ? demanda finalement son ami en voyant la tronche qu'il tirait.
— C'est quoi cet accoutrement ?
Le brun baissa les yeux sur l'accoutrement en question.
— Oh, c'est les fringues de Kōtarō, c'est le plus proche de moi niveau taille. J'ai plus trop de fringues donc bon…
— C'est pas parce qu'il est le plus proche en taille qu'il faut que tu… comment ça, t'as plus de fringues ?
— Oh… mon appartement a pris feu ce week-end, du coup j'ai plus de fringues et plus d'appart.
Oikawa le regarda, stupéfait.
— Quoi ? »
Chapitre 39 : Mugi urushi
Madame, Monsieur :
Par la présente, je vous informe que mon appartement - située 5 Chome-6-3 Nishinippori, Arakawa City, Tokyo 116-0013, Japan- a été complètement détruit la nuit du 28 octobre dernier par un incendie déclenché par une fuite de gaz à la suite du tremblement de terre survenue le même jour à 20h41. Les dégâts concernent l'ensemble de l'appartement.
Je vous adresse le rapport d'incendie des pompiers, des photographies prises quelques heures après l'incendie ainsi qu'une liste précise des biens matériels détruits et les factures afférentes.
Je reste à votre entière disposition ainsi qu'à celle de l'expert afin qu'il fasse le constat des dégâts et que votre compagnie d'assurance puisse procéder à l'indemnisation.
Je vous prie d'agréer l'expression de mes salutations distinguées.
Kuroo Tetsurō
-/-
Kuroo avait dressé la liste des biens perdus dans l'incendie : il avait réussi à sauver son ordinateur et son téléphone, ses biens les plus couteux du reste, le montant des pertes ne devait pas s'élever à plus de 350 euros : des vêtements, des ustensiles de cuisine, son Kotatsu tout neuf… Mis à part cela, rien qui n'avait de véritable valeur marchande avait été perdu. Les photos qui lui restaient de son enfance, le petit mot qu'avait glissé sa mère dans le colis qu'elle lui avait envoyé il y a quelques semaines, son bégonia à moitié mort que Keiji et lui avaient trouvé lors d'une de leur sortie, ses cours, le t-shirt immonde que lui avait offert Kōtarō illustrant un rat jouant du banjo, quelques livres… Rien dont la valeur ne pouvait vraiment être déterminée justement. En regardant sa liste, Kuroo s'était dit qu'il avait eu de la chance. Il n'était pas arrivé avec grand-chose, il n'avait pas accumulé grand-chose… Ce n'était pas si grave que cela au final… Il allait bien, Kōtarō aussi… Ses petit-amis l'avaient accueilli, bien sûr, il avait un endroit où rester. Il avait l'habitude d'y passer du temps, si bien qu'il y avait tout de même quelques vêtements, sa brosse à dents, sa brosse à cheveux… Sa situation n'était pas si terrible finalement, il avait juste été un peu secoué. Non ?
-/-
— Oui mams, je te le répète ça va bien, plus de peur que de mal, je te l'ai déjà dit hier…
— Je m'inquiète juste pour toi bébé. C'est très gentil de la part de Kenma de t'héberger en attendant. Tu es sûr que ça ne le dérange pas ?
— Non mams, t'inquiètes.
— Mais il ne vit pas seul. Il a bien des colocataires, non? Peut-être que ça peut les importuner aussi tu sais…
— Non, t'en fais pas.
— Tu les connais bien ? Tu t'entends bien avec eux?
Kuroo se retint de pouffer : étant donné qu'il entretenait une relation romantique et sexuellement épanouie avec eux, oui il pouvait dire qu'ils s'entendaient bien. Kōtarō, à moitié affalé sur lui dans le canapé ne se priva pas lui d'échapper un rire discret.
— Oui je les connais bien et je m'entends bien avec eux.
— Bon… Mais il va falloir trouver une solution, tu ne peux pas rester là indéfiniment.
Kuroo croisa le regard de Kenma, assis sur le tapis face à lui.
— T'inquiètes pas mams je…
— Kenma est là ? Je voudrais lui parler.
— Oui il est là mais…
— Ok attends je t'appelle en vidéo, comme ça je peux te voir, et Kenma aussi.
— Non attends je…
Trop tard, sa mère était déjà en train de lancer l'appel vidéo. Kuroo, paniqué, s'extirpa du canapé, envoyant par inadvertance son genou dans la tête de son petit-ami, trébucha sur un autre et partit en courant dans le couloir. La caméra démarra et il vit enfin le visage de sa mère… ou plutôt sa bouche en très très gros plan.
— Mams, éloigne ta tête du téléphone.
Elle s'exécuta et il vit enfin complètement son visage. Tetsurō échappa un sourire, malgré tout ravi de la voir par caméra interposée.
— Hey Tetsu, je suis contente de te voir. Tu as l'air d'aller bien, ça me rassure.
— Je te l'ai dit, tu vois, tout va bien.
— Bon, montre-moi Kenma maintenant.
— Pff…ok.
Kuroo revint dans le salon, il s'assit sur le tapis, laissant tout de même Kenma hors champs pour qu'il ait la possibilité de se rétracter. Il croisa le regard de Kōtarō assis sur le canapé, se frottant toujours le crâne, pas forcément ravi que le brun lui ait shooté en pleine tête.
« Désolé » murmura Kuroo.
Kōtarō roula des yeux et se releva finalement pour quitter la pièce afin de leur laisser un peu plus d'intimité.
— Comment ?
— Non rien euh…
Kenma pencha la tête pour entrer dans le champ de la caméra.
— Bonjour Hatsuko-san.
— Kenma-kun, mon garçon ! Ravie de te revoir, dommage que ce soit dans de telles circonstances. Merci beaucoup d'héberger Tetsurō en attendant, je t'en suis extrêmement reconnaissante.
— Pas de problème.
— Si tu as besoin de quoi que ce soit, fais-le-moi savoir. Oh ! Et donne-moi ton adresse pour que je puisse vous envoyer quelques provisions.
— Mams pas besoin de…
— C'est qui ? le coupa une seconde voix.
Natsume apparut alors dans le champ de la caméra.
— Ton frère, et Kenma-kun. Il va l'héberger quelque temps en attendant.
Sa sœur tourna de nouveau les yeux vers la caméra. Elle échappa un sourire entendu.
— Oh… je vois. Comme c'est généreux.
Tetsurō fronça les sourcils, faisant mine de ne pas du tout voir où elle voulait en venir.
Elle agita ses sourcils suggestivement, ce qui n'arrangea en rien l'état de Tetsurō. Elle cessa lorsque sa mère tourna sa tête dans sa direction :
— Tu viendras m'aider Natsume faire quelques courses pour envoyer à ton frère ?
L'intéressée fit la moue :
— Non, c'est chiant.
— Natsu !
— Bon tchao les nazes.
— Oh… désolé pour son attitude Kenma-kun.
— C'est rien, rassura le blond, plus amusé qu'outré par l'attitude de l'adolescente.
— Bon. Je suis rassurée. Tetsu, je t'envoie tout cela rapidement. Prenez soin de vous les garçons. Si vous avez besoin de quoique ce soit, je suis là.
— Ok mams, à plus tard.
— Bisous !
— Bisous maman.
Il raccrocha avant d'échapper un long soupire.
Quelques secondes plus tard, son téléphone sonna de nouveau. Cette fois il s'agissait d'un message de sa benjamine sur leur conversation commune :
« And they were roommates. »
Kuroo leva les yeux au ciel. Pauvre enfant, elle qui croyait le taquiner ! Il n'allait pas s'empourprer pour si peu.
Faux, il rougit tout de même bêtement.
— Ji, l'interpella finalement Kenma.
— Hmm?
— Hmm… on en a parlé un peu avec Kōtarō et Keiji mais tu sais… hum, tu peux, enfin si tu veux…
Le brun fronça les sourcils.
— De ?
— Rester ici indéfiniment. Enfin si tu veux.
Kuroo se sentit envahi de sentiments contradictoires. Bizarrement, il n'y avait pas vraiment pensé. Il n'avait pas pensé à la possibilité que sa situation soit définitive… Diable, il n'était pas sûr de s'être encore bien rendu compte de sa situation… Il pensait que d'entendre cela l'aurait simplement rempli de joie, mais les sentiments l'habitant étant bien plus complexe : joie oui, mais aussi de la peur, de l'angoisse, et tout un tas de remous émotionnel qu'il n'arrivait pas encore à nommer. Il sortit de sa spirale en sentant Kenma prendre sa main. Il releva les yeux : le blond lui souriait.
— Oh… hum. Je…
— T'es pas obligé de donner une réponse maintenant… Et bien sûr tu n'es pas obligé tout court… C'est un grand pas, j'en suis conscient… Mais sache que si tu veux, tu peux. Ok ?
— Ok…
Kenma hocha la tête. Il se pencha pour l'embrasser et se releva finalement.
— Je vais retourner bosser un peu.
— Ok, à toute.
— À toute.
Et il partit. Kuroo se retrouva seul dans le salon, toujours un peu sonné parce qu'il venait de se passer. Il baissa de nouveau les yeux sur son téléphone :
« And they were roommates. »
-/-
Oikawa Tōru avait deux passions dans la vie : l'astrobiologie et la mode. Enfant, il rêvait de devenir le premier styliste intergalatiquement reconnu pour ses talents après avoir habillé tout Mars. Il ne s'était pas dégonflé en apprenant qu'il n'y avait surement plus de vie sur cette planète, la science en trouverait d'autres… Pardi, il en trouverait d'autre et là, il leur exhiberait ses talents sans retenu ! Même s'il s'agissait de poulpe géant à cent yeux, il trouverait sans nul doute le moyen de les rendre incroyablement stylés ! Avec le temps, il s'était bien rendu compte qu'il n'arriverait jamais à concorder ses deux passions, mais ce n'était pas pour autant qu'il y avait complètement renoncé non plus ! Il avait choisi la biologie, au moins il avait l'avantage d'être le plus stylé de tous les nerds présents dans son amphithéâtre chaque jour. « Tiens, regarde-le celui-là », pensa-t-il en voyant rentrer dans l'amphi un individu qui avait eu l'audace de mettre une immonde chemise bicolor violette et rose bonbon à rayures jaune fluo, quelle horreur ! Avec un pantalon jaune canari, quel mauvais goût, quel déshonneur ! Il échappa malgré lui une moue entre dégoût et dédain. Il se demanda qui cet individu pouvait bien fréquenter fagoté ainsi: personne ne voulait être vu en présence d'une telle chose ! La « chose » en question avançait dans sa direction. Il plissa les yeux : il avait oublié ses lentilles et ne sortirait ses lunettes qu'une fois le cours commencé, il n'arrivait donc pas encore à clairement décerner le visage de cette hérétique de la mode. Le drôle d'oiseau s'approchait de plus en plus, il était clair qu'il venait carrément vers lui maintenant : quelle audace, il ne tenait pas particulièrement à ce que cet individu s'installe près de lui, hors de question qu'il… Oh… Il reconnut enfin l'individu en question :
— Kuroo ?
— Yo , le salua son ami avant de s'installer à ses côtés.
Oikawa le regarda déballer ses affaires, profondément atterré.
— Ça va ? demanda finalement son ami en voyant la tronche qu'il tirait.
— Ça va ? Toi ça va, c'est quoi cet accoutrement ?
Le brun baissa les yeux sur l'accoutrement en question.
— Oh, c'est les fringues de Kōtarō, c'est le plus proche de moi niveau taille. J'ai plus trop de fringues donc bon…
— C'est par parce qu'il est le plus proche en taille qu'il faut que tu… comment ça, t'as plus de fringues ?
— Oh… mon appartement a pris feu ce week-end, du coup j'ai plus de fringues et plus d'appartement.
Oikawa le regarda, stupéfait.
— Quoi ?
— Ton appartement a pris feu ?
— Oui, après le tremblement de terre de samedi l'appart en dessous du mien a explosé à cause d'une fuite de gaz.
— Il a explosé… mais quoi Kuroo, tu… quoi ?! Pourquoi tu nous as rien dit ?
— Oh… j'ai oublié.
— T'as oublié de nous dire que ton immeuble avait explosé ?!
— Pas tout l'immeuble, juste l'appart sous le mien, le reste a juste pris feu.
— Juste pris feu !
Oikawa examina son ami sous toutes ses coutures :
— Ça va ? T'as rien eu ?
— Oui ça va… Kōtarō était avec moi, on a réussi à sortir à temps.
Il ne semblait effectivement avoir aucune séquelle physique, mais il devait quand même avoir pris un sacré coup sur la tête !
— T'inquiètes, ça va…
— Mais… de… Kuroo !
— Je voulais pas vous inquiéter. Et avec la déclaration à l'assurance et tout, j'ai un peu zappé…
Le regard du châtain s'adoucit.
— Je comprends mais t'aurais pu prévenir… Tu vas bien ? T'as besoin de quoique ce soit ? Dis-moi sinon je suis là si besoin de…
— T'en fais pas… Ça va. Je suis chez Kenma en attendant.
Oikawa se tut, ne le lâchant pourtant pas des yeux, tout de même soucieux de son état.
— Bonjour, les salua Chris en déposant ses affaires à côté de Kuroo.
Ses deux amis tournèrent les yeux dans sa direction et le blond comprit rapidement que quelque chose clochait.
— Tout va bien ?
— Oui ça va… commença Tetsurō.
— L'appartement de Kuroo a pris feu ce week-end et il nous a rien dit.
— Quoi ?
— Oikawa…
Chis regarda le concerné, profondément choqué.
— T'inquiètes Chris ça va.
— Je m'inquiète un peu…
— Non, je … ça va… Oikawa, qu'est-ce que tu fais ? demanda le brun en voyant son ami commencer à taper agressivement sur le clavier de son téléphone.
— Je préviens le groupe, si tu le fais pas il faut bien que quelqu'un le fasse…
— Non, mais attends, intervint Kuroo tout en essayant de lui retirer son téléphone des mains.
Oikawa réussit malgré tout à lui échapper.
— Voilà, déclara-t-il en reposant son téléphone sur la table. Après les cours tu viens avec moi en ville, je peux pas te laisser te trimbaler comme ça !
Kuroo comprit rapidement qu'il n'avait pas son mot à dire dans cette histoire… Le cours allait commencer de toute façon…
Son téléphone n'arrêta pas de vibrer au cours des deux heures qui suivirent. Cool, lui qui ne voulait pas les inquiéter, maintenant l'intégralité du CAPE étaient en train du lui crier dessus par message interposé…
Au bout d'un moment, il réussit à ouvrir la conversation.
Il sourit en constatant que tous lui avaient envoyé de chaleureux messages de soutien… Après lui avoir promis un remontage de bretelle en bonne et due forme une fois qu'il les reverrait.
-/-
Tetsurō sortit de la cabine d'essayage et se retrouva instantanément avec quatre paires d'yeux braqués sur lui. Il soupira :
— Va falloir m'expliquer pourquoi vous avez tous décidé de venir jouer aux critiques de mode là…
Oikawa haussa un sourcil et baissa ses lunettes sur le bout de son nez.
— Pardon ? Tu aurais préféré que je te laisse te trimbaler habiller comme ça ?
— Pas toi Oikawa… Mais je me demande bien ce que vous foutez là vous.
Sugawara eut l'air profondément surpris de cette remarque :
— Je travaille juste ici…
— Mouais…
— Moi je fais assistance, tu me dois bien ça, tu nous as même pas prévenus ! plaida Yamaguchi.
— Moi je suis là pour me foutre de ta gueule, répondit Tsukishima.
Voilà qui avait le mérite d'être honnête au moins…
— Tourne-toi, ordonna Oikawa.
Kuroo soupira mais s'exécuta tout de même. Son jury le regarda attentivement, semblant collectivement assez satisfait de l'ensemble.
— Suivante, commanda Oikawa.
Tetsurō retourna dans la cabine et procéda à l'enfilage de la tenue suivante.
— T'as réussi à faire marcher l'assurance du coup ? demanda Sugawara de l'autre côté du rideau.
— Ouais… mais soyons clair, j'avais pas grand-chose donc bon… J'ai réussi à sauver mon ordi et mon téléphone… Le reste valait pas des milles et des cents…
Il sortit de nouveau et sa petite assemblée sembla agréablement surprise par l'ensemble revêtu.
— Ça te fait un cul d'enfer, le complimenta Yamaguchi. T'es chez Kenma du coup ?
— Merci. Hmm, j'y suis pour le moment.
— Tu penses reprendre un appart ? demanda Sugawara.
Alors qu'il allait retourner dans la cabine, Kuroo y renonça. Il soupira et répondit :
— Honnêtement je sais pas… Faut que j'en discute avec eux mais…
— Mais ?
— Kenma m'a proposé de rester… indéfiniment je veux dire…
La nouvelle souffla la petite assemblée qui finalement sembla positivement ravie de l'apprendre.
— Oh vraiment ? Mais c'est génial ! commenta Yamaguchi.
Kuroo échappa un sourire clairement forcé.
— Ça… a pas l'air de te ravir, commenta l'argenté.
— Si… non… pff je sais pas mais…
Kuroo renonça à retourner dans la cabine et se retourna. Il s'assit à même le sol.
— Je sais pas…
— Oh… Tout va bien entre vous ? demanda Sugawara.
— Oui, ça va ! Ça va parfaitement !
— T'es plus habitué à la vie en communauté, c'est ça ? tenta Yamaguchi.
— Si... ,ça va, j'ai l'habitude de vivre avec eux mine de rien, ça me fait pas un gros changement, c'est juste que…
— Que ? insista Oikawa.
Kuroo soupira.
— Je sais pas… Ça se fait un peu rapidement non ? Je… peut-être que ça va trop vite… Ça fait que quelques mois qu'on est ensemble…
_ Et ? Ya pas vraiment de règles, si t'as envie et eux aussi, c'est quoi le problème ?
— En plus ça te fait économiser le loyer.
Remarque pertinente de Tsukishima… Il est vrai qu'au moins les ¾ de sa bourse n'auront pas besoin de passer dans un loyer.
— Oui… je sais pas… Justement, ça va peut-être trop vite… Je… Je sais pas… Je pensais qu'on en serait plus… loin quand cela devait potentiellement arriver…
— Honnêtement, tu viens de passer leurs cycles avec eux, c'est une étape vachement plus importante je trouve, vivre ensemble c'est pas si gargantuesque non ? remarqua Yamaguchi. Le reste de la petite assemblée sembla s'accorder sur ses dires.
— Justement… Ça fait beaucoup d'un coup non ?
— … Non. Mais après c'est toi qui le sens ou pas…
— Non mais… Et puis… C'est pas arrivé de façon… consentit j'ai envie de dire, ça m'est un peu tombé dessus sans que je puisse le voir venir… J'ai pas envie qu'ils… m'acceptent parce qu'ils s'y sentent obligés… c'est peut-être pas le moment non plus…
— Hmm je vois ce que tu veux dire…
— Ah tu vois je…
— Mais… je sais pas si j'irais jusqu'à penser que c'est pas le bon moment… Parfois la vie te brusque et… c'est pas forcément une mauvaise chose… Honnêtement, on a commencé à vivre ensemble avec Tsukki parce que je me suis fait virer de mon clan et que j'aurais fini à la rue sinon, et ça va, je pense toujours que c'était une bonne décision et je regrette rien du tout.
Tsukishima esquissa mine de rien un sourire tendre et prit la main de son partenaire dans la sienne.
— Exagère pas Tadashi, je t'aurais pas laissé à la rue, intervint Sugawara.
— T'étais pas loin d'y finir non plus, jamais je t'aurais fait porter ce poids et…
— Tu n'es jamais un poids pour moi Tadashi et…
— Peu importe, c'est pas la question, le coupa Yamaguchi. Ce que je veux dire c'est que… parfois les choses arrivent pour une raison et c'est pas une mauvaise chose non plus…
— Mon appartement aurait intégralement pris feu pour que je puisse vivre avec mes petits amis ? remarqua sarcastiquement Kuroo.
— Non… pas comme ça… Mais… Il faut prendre ce qu'il vient parfois.
— Hmm…
— Après… je vois pas ce qui t'empêche de prendre ton temps, intervint Oikawa. Tu peux toujours reprendre un appart et voir plus tard comment ça évolue… Tu peux choisir d'aller à ton rythme, non ?
— Hmm… Oui aussi…
— Bon, bah prend le temps d'y réfléchir et fais-toi confiance, allez, retourne à l'intérieur on a encore du pain sur la planche !
Kuroo hocha la tête et retourna dans la cabine.
Certes il pouvait choisir d'aller à son rythme… mais lui non plus ne savait pas sur quel tempo se caler : un allegro, moderato, andante ? Il ne voulait pas que la danse qu'il avait entamée finisse par le dépasser sans qu'il n'ait pu apprendre les bons pas en premier.
-/-
Kuroo était rentré ce jour-là avec de quoi refaire correctement sa garde-robe… encore ainsi qu'un sacré trou dans son portefeuille… encore une fois… Il était surtout revenu avec tout un tas de doutes, une lourdeur pesant sur lui dont il n'arrivait pas à se débarrasser. Il en avait exprimé les raisons, ou du moins ce qu'il pensait être ses raisons, mais la lourdeur, l'indécision et le trouble persistaient toujours.
Le reste de la semaine s'était écoulé sans qu'il ne prenne vraiment le temps d'y réfléchir plus amplement. Il laissait juste le temps le traverser sans y opposer de résistance, mais sans rien faire non plus pour résoudre sa situation. Ses petits-amis ne lui avaient pas reparlé non plus, ils le laissaient tranquille, attendant surement qu'il revienne vers eux quand il aura enfin pris une décision… Ce qu'il avait évité de faire. Bref, il n'était pas plus avancé.
Bokuto l'avait convoqué en ce samedi après-midi pour un peu d'activité manuelle : réparer le service à thé qu'il avait fracassé lors de sa dernière crise, plutôt justifiée, de Séismophobie. Ils étaient installés sur la table à manger, entourés de toutes les brisures de céramique, étrange puzzle désastreux qu'ils s'étaient apparemment décidés à résoudre. Kōtarō était occupé à polir l'un des fragments, Tetsurō tentait d'imiter ses gestes afin de s'occuper au mieux de son petit tas de céramique cassé.
— Hum… Et c'est censé prendre combien de temps ? demanda finalement le brun.
Kōtarō releva les yeux de son ouvrage.
— Pas longtemps, polie pas trop, c'est juste pour pouvoir recoller les brisures sans trop de problèmes.
— Non mais, je veux dire la réparation complète ?
— Oh…
Son petit-ami laissa son dos retomber dans sa chaise, visiblement occupé à calculer le temps qu'il leur faudrait pour terminer cet ouvrage.
— Hum… entre vingt jours et un mois je dirais…
Kuroo écarquilla les yeux.
— Vraiment ?
— Hmm… oui… Il faut environ une semaine pour que le mugi urushi sèche complètement… Après il faut appliquer le sugi urushi… attendre que ça sèche… Hum… peindre avec le noir… le rouge, et finalement ajouté la poudre dorée… donc ouais un mois je dirais…
— C'est super long !
Kōtarō attrapa de nouveau son regard.
— Un peu oui…
Il sourit.
— Mais ça prend du temps de guérir…
Tetsurō fronça les sourcils : voilà qu'il devait guérir des objets inanimés !
Kōtarō hocha simplement la tête. Il sortit d'une petite boîte une plaque carrée en verre qu'il plaça devant lui.
— Ma grand-mère m'avait expliqué quand j'étais plus jeune que le Kingtsugi, c'est un peu comme un voyage… C'est le début d'un nouveau cycle, une nouvelle vie.
Bokuto versa délicatement quelques grammes de farine sur la plaque de verre, puis, dans un geste détaché et contrôlé, forma à l'aide d'une pipette quelques gouttes d'eau autour. Il sortit ensuite de la petite boîte noire à ses côtés un tube blanc et fit s'en échapper une épaisse pâte marronne.
— C'est quoi ? demanda Tetsurō, regardant attentivement chacun des gestes de son amoureux.
— De la sève d'Urushi. On s'en sert pour faire le « Mugi Urushi » qui va servir à recoller les morceaux.
— Oh… ok…
Tetsurō le regarda commencer à mélanger le tout avec une spatule en bois. Chacun de ses gestes était lent, calculé, précis, ce qui fascina le brun. Qu'il était étrange de voir Kōtarō ainsi, dans cette transe douce et apaisée… Tetsurō ne lui connaissait pas une telle maitrise, il devait avouer qu'il ne s'attendait pas à ce qu'il puisse même en faire preuve. Pour sa défense il l'avait vu quelques heures plutôt tenter de verser du riz dans un bocal et en mettre les trois quarts à côté tant son geste était maladroit !
— Il faut dix ans entre la plante de cet arbre et la récolte… Environ 200g peuvent être récoltés…
— Pas trop économique, remarqua le brun.
Bokuto échappa un rictus.
— Peut-être…
La pâte était devenue brune et élastique maintenant. Il lui tendit une spatule en bois et Tetsurō s'en saisit sans pour autant savoir ce qu'il devait encore devoir en faire. Kōtarō récupéra une portion de la pâte brune qu'il appliqua sur les parties brisées de la céramique. Le brun le regarda faire attentivement, avant d'imiter son geste.
— Il faut du temps parfois…
Tetsurō releva les yeux mais ceux de Kōtarō restèrent sur son ouvrage, continuant d'appliquer le mugi urushi sur chaque brisure.
— Le kintsugi consiste à réparer les objets en sublimant leurs cicatrices, en reconnaissant le temps passé, et l'impact qu'il a sur nous, sur les objets…
Kōtarō reposa la spatule et récupéra les brisures, il les réunit, les remettant chacune à leur place initiale pour que la tasse retrouve sa forme d'origine.
— Comment ces fissures ont changé l'objet… Ça sert à rien de tenter d'effacer ce qui est déjà passé…
Il découpa quelques bouts de ruban de marquages qu'il déposa en travers des fissures.
— Ce qui compte c'est ce que l'on en fait ensuite. Alors oui, il faut un peu de temps…
Kōtarō se releva pour venir s'installer à ses côtés. Il accompagna ses gestes et Tetsurō sentit sous ses doigts toutes les brisures s'imbriquer ensemble pour retrouver leur place initiale.
— Il faut le temps que tous les morceaux solidifient ensemble, pour que les fissures colmatent… Il faut le temps d'identifier et reconnaitre les marques faites, s'en souvenir pour pouvoir les sublimer au mieux.
Kuroo tourna les yeux et attrapa enfin le regard de son petit-ami. Il lui sourit, et Tetsurō sentit son cœur s'alléger. Ils restèrent ainsi de longues secondes, dialoguant silencieusement. Finalement Tetsurō se pencha pour l'embrasser, Kōtarō ferma les yeux et accueillis ses lèvres avec douceur. Ils se séparèrent finalement et Kōtarō revint à sa place initiale pour récupérer sa tasse fraichement réparée. Ils avaient plus tôt préparé un carton, dans lequel ils avaient tapissé le fond de papier et placé sur les bords une serviette humide Bokuto il plaça la tasse à l'intérieur et invita le brun à en faire de même.
— Il faut une température entre 20 et 30 C° et une forte humidité pour que la pâte sèche correctement, expliqua-t-il avant de refermer le carton. Maintenant on attend.
Tetsurō regarda le carton, puis son amoureux. La tempête en lui s'était tue… Kōtarō avait étrangement trouvé les bons mots sans même qu'il s'aperçoive que c'était quelque part ce qu'il avait voulu entendre. Tout ce qui s'était passé ces derniers temps : le surdosage de Keiji, la peur de Kenma, la sienne aussi, la torpeur, son appartement… Tout cela l'avait finalement affecté plus que ce qu'il pensait, rien de cela n'était anodin. Alors oui, il avait peut-être le droit, le devoir même, de prendre un peu de temps, le temps que tout s'apaise, que les fractions de lui-même, les petits morceaux, retrouvent leurs places initiales, qu'il retrouve son unité avant de pouvoir aller de l'avant.
— Bon allez, faut qu'on s'occupe de la théière avant que la pâte sèche.
Kōtarō serra quelques secondes la main de son amoureux dans la sienne avant qu'ils retournent finalement à leur ouvrage.
-/-
— Ici vous avez une kitchenette avec un four ce qui est assez remarquable ! À votre droite la salle de bain, le thermostat pour l'eau est juste à l'entrée, et le panneau de contrôle de l'ofuro juste ici.
Tetsurō hocha vaguement la tête, balayant la pièce des yeux. L'agent immobilier continua de parler, mais il ne prêtait déjà plus attention à ses paroles.
Il avait reçu plus tôt dans la semaine un appel de sa mère. Pleine de bonne attention, elle avait commencé à effectuer des recherches d'appartement pour lui. Ne souhaitant pas non plus que ces recherches aient été vaines, et désireux tout de même se donner une chance de réfléchir à la chose, Kuroo avait contacté les agences proposant les biens pour effectuer quelques visites. L'une des agences lui avait répondu pour commencer les visites l'après-midi même. Il s'y était rendu directement après ses cours. Il n'avait prévenu personne. Pas la peine de bouleverser le programme de tout le monde aussi soudainement, s'était-il dit. Maintenant, il n'était plus bien sûr que c'était vraiment la raison principale…
Il en était à sa troisième visite déjà. Les appartements proposés étaient situés relativement proches les uns des autres, à deux pas de l'université, dans un quartier bien plus sympathique que celui où il vivait précédemment. Il était même assez proche du CAPE ! Les appartements étaient petits, certes, mais pas beaucoup plus que son précédent logement, le standing en était même nettement plus élevé pour un prix raisonnable : neuf, propre, avec de l'eau chaude… Parfait sous toutes les coutures. Cependant, aucun ne ravit complètement le brun. Une lourdeur l'avait accompagné tout au long de ses visites, un tiraillement intérieur mélancolique.
Il fut coupé dans ses réflexions lorsque le téléphone portable de l'agent immobilier l'accompagnant sonna.
— Oh, je suis vraiment navré, je dois prendre cet appel. Je vous laisse prendre vos marques, je reviens vers vous rapidement.
Il s'inclina et sortit de l'appartement. Kuroo se retrouva seul.
Il avait toujours trouvé à la solitude quelque chose d'agréable, de relaxant… Aujourd'hui, cette solitude l'étouffait. Il retourna dans la pièce principale, ses pas résonnant tout autour. Il s'assit sur le sol, laissant ses yeux balayer la petite pièce encore et encore.
« C'est pas trop mal » pensa-t-il intérieurement, tentant toujours de se convaincre.
« Non », lui hurla son esprit en réponse.
Il soupira.
Mine de rien, il s'y était fait… Il s'était habitué à eux… À se réveiller tous les matins avec eux, à partir courir avec Kōtarō, retrouver Kenma en fin de journée pour partir récupérer Keiji au Fukuro, à entendre Kenma râler de sa chambre parce que sa connexion internet ramait beaucoup en ce moment, à trouver Keiji assis dans son fauteuil plongé dans la lecture d'un sombre ouvrage en français ou en allemand, à chanter horriblement faux avec Kōtarō en cuisinant, à être réveillé aux aurores par la lumière filtrant à travers le petit velux de la chambre du haut… Il s'était habitué à vivre avec eux… Il était profondément heureux de vivre avec eux. Il se pensait grand solitaire, ses derniers jours, mois même, lui avaient prouvé le contraire.
Il avait pensé que cette peur qui le suivait depuis un moment était née de la nature abrupte de sa nouvelle situation. Il pensait craindre de brusquer les choses, de ne pas trouver comment tenir le rythme, comment rester à la hauteur. Il pensait que vivre avec eux changerait leur dynamique. Il avait raison. Elle avait changé. Les liens existants entre eux avaient changé : ils étaient plus profonds, plus fort… Quelque part profondément, il savait. Il savait qu'il aimait l'idée de rester avec eux. Non, il était complètement certain de sa volonté depuis le début : il voulait rester à leur côté. Peu importe que cela ne fasse que quelques mois, il en avait cure. Il était sûr maintenant, et il ne doutait pas une seconde que cela soit la bonne décision.
Dans ce cas, d'où venait cette peur ?
Son téléphone vibra et il baissa les yeux. Il s'agissait d'un message de sa mère.
« Alors, comment se passent les visites ? »
Tetsurō sentit son cœur se serrer.
« Comment je vais leur dire ? »
Kuroo écarquilla les yeux, surpris que ce soit la première pensée qui ait surgi en lui.
Oh…
Et si finalement il n'avait pas peur de prendre la mauvaise décision ? S'il avait peur de prendre la bonne ? Il savait que s'il acceptait de vivre avec ses petit-amis, il ne pouvait plus revenir en arrière. Il n'en serait pas capable. Il n'avait pas peur que cela brise tout, mais bien de l'inverse. Il ne pouvait plus vraiment se cacher… Bien sûr, il pouvait toujours garder le silence, rien de bien suspicieux à vivre avec trois hommes adultes, surtout dans une ville aussi peuplée que Tokyo où les gens habitaient les uns sur les autres. Mais combien de temps encore pouvait-il mentir ? Il avait bien compris que ses parents, malgré qui leur ai fait son coming out il y a de cela des années, avaient décidé tacitement de ne jamais faire revenir le sujet sur le tapis. Kuroo s'en était accommodé, mais cela restait douloureux. Douloureux, car il ne pouvait pas partager avec eux ce qu'il vivait, ce qu'il traversait, que cela fasse son bonheur ou non, comme s'il vivait une vie secrète qu'il ne devait sous aucun prétexte révéler. Alors là…
Il avait conscience du fait qu'il était dans un environnement privilégié, dans le sens qu'il avait trouvé à s'entourer de personnes qui le comprenaient, et qui l'avaient supporté, qui l'avaient accompagné. Ce n'était pas le cas de tout le monde. Le retour à la réalité était brutal… Il savait que la plupart des gens ne comprendraient pas, mais cela, il y était préparé depuis des années finalement… Il n'était pas préparé au rejet potentiel de sa famille, personne ne pouvait se préparer à une telle chose… Est-ce que ses parents le comprendraient ? Surement pas… Est-ce qu'il allait devoir leur mentir des années et des années encore ? Est-ce qu'ils finiraient par s'en rendre compte ? Cela changerait-il leur façon de le voir, leur façon de l'aimer ?
Il pensait s'être défait de ces questions, voilà qu'elles revenaient sur le tapis.
Retour à la case départ.
Tetsurō sentit les larmes lui monter aux yeux.
Et ses sœurs… Elles étaient certes ouvertes d'esprit, et l'avaient pleinement supporté jusqu'à aujourd'hui, mais est-ce qu'elles continueront à le faire si elles savaient ? Si cela changeait complètement le regard qu'elles posaient sur lui ? Si elles aussi le rejetaient ?
Il ne voulait pas les perdre. Il ne voulait pas avoir à choisir entre sa famille et ses amoureux…
Il ne pouvait pas simplement attendre, le temps ne résoudrait rien du tout. Peut-être était-il bêtement amoureux, mais il n'était pas prêt à se séparer de ses petit-amis, il voulait continuer sa route à leur côté aussi loin qu'il le pouvait. Il ne rentrerait jamais dans les petites cases adéquates qui auraient tant plus à ses parents, à ses grands-parents, à tout le monde. Il le savait déjà, rien de nouveau mais… mais jamais cela ne lui avait paru si concret…
Il avait rapidement pris conscience de cela lorsqu'il était plus jeune, il avait fait le deuil de tous ces films idylliques qu'on lui avait fourrés dans la tête depuis sa plus tendre enfance. Cela avait fait naitre en lui une nature profondément défaitiste et pessimiste, qu'il cachait derrière beaucoup de flegme. Il se souvenait que lorsqu'il avait eu son premier petit copain au lycée, même s'il était fou amoureux, même s'il était pleinement heureux, il y avait toujours eu cette petite voix dans sa tête qui lui chuchotait : « de toute façon, ça ne durera pas ». De toute façon, on allait finir par l'abandonner, l'autre finirait par revenir à la réalité, vouloir rentrer dans le moule, vouloir vivre paisiblement, dans le mensonge certes, mais paisiblement. Et ça n'avait pas loupé, il avait fini par le quitter, précisément pour ça. Si cela allait de toute façon finir, pas besoin d'en parler, pas besoin de se battre, de présenter qui que ce soit à sa famille, pas besoin de risquer de les perdre…
Et aujourd'hui ?
Aujourd'hui, la voix s'était tue. Il n'avait pas besoin de l'écouter, il ne craignait plus d'être abandonné. Pas par eux en tout cas.
Il savait ce que son silence signifiait.
Tetsurō se redressa, prit ses affaires et sortit de l'appartement. Il croisa l'agent immobilier, toujours au téléphone. Il le salua rapidement sans lui donner plus d'explications et dévala les marches pour retourner au rez-de-chaussée. Enfin, il passa la porte d'entrée, le vent frais vint fouetter son visage. Il se remit en marche, tentant de s'éloigner le plus rapidement possible.
Son esprit tournait en boucle, il n'arrivait pas à trouver d'issues. Cela lui apparut finalement comme une fatalité : il n'avait pas le choix, il ne l'avait jamais eu… À part si le choix était de vivre misérablement ou non. Il avait choisi de ne pas vivre misérablement. Alors il allait en parler avec les concernés, mais il resterait avec eux, quoi qu'il en coûte, même si toute sa famille le reniait, il tiendrait bon…
Il avait déjà eu cette conclusion au paravent… Il pensait l'avoir résolu, avoir trouvé un intermédiaire satisfaisant pour tous… Il n'avait finalement fait que retarder le verdict final.
Ses jambes refusèrent de le porter plus longtemps. Il s'arrêta au milieu de la chaussée, traversé par la foule. Il regarda le monde défiler autour. Il se reprit finalement et réussit à aller s'assoir sur le bord d'un muret. Il sortit son téléphone et regarda longuement le dernier message que lui avait envoyé sa mère. Il lui écrivit :
« Désolé maman »
Désolé, mais ma décision est prise.
Tetsurō explosa en sanglot.
-/-
Tetsurō baissa les yeux sur son téléphone : 18h45.
Personne ne devait être encore rentré : Kenma devait déjà être parti rejoindre Keiji au Fukuro et Kōtarō les avait prévenues qu'il devait rester tard à la fac pour finir un projet de groupe. Parfait, cela lui donnait un peu de temps pour se remettre les idées en place. Il grimaça en croisant son reflet sur l'écran de son téléphone : il avait tant chialé qu'il avait les yeux bouffis et le visage irrité. Yep, pas besoin que quelqu'un lui tombe dessus dans cet état, il n'avait pas franchement envie de s'expliquer pour le moment. En relevant les yeux, il constata que deux silhouettes étaient plantées devant le portail de la maison. Il fronça les yeux, tentant de déterminer de qui il pouvait bien s'agir. Il hoqueta en les reconnaissant : il s'agissait de Yūma Maeda et Naruhito Nakayama les parents de Kōtarō. Il se figea. Merde ! C'était bien le moment… Qu'est-ce qu'ils faisaient là ? Il hésita à faire demi-tour, mine de rien, ni vu ni connu et hop, le voilà débarrassé de ses beaux-parents !
— Je t'avais dit qu'on aurait dû prévenir Yūma, ils ne sont pas là.
— Je suis d'accord, mais cela n'aurait pas été une surprise mon bouton d'or. Ce n'est pas grave, on pourra repasser une autre fois.
Kuroo soupira. Il ne pouvait quand même pas les laisser en plan comme ça.
Il s'essuya les yeux d'un revers de manche, et s'avança :
— Nakayama-san, Yūma-san.
Les deux interpellés se retournèrent en l'entendant. Un sourire solaire s'étendit sur les lèvres de Yūma lorsqu'elle le reconnut.
— Oh, Tetsurō-kun, mon garçon te voilà !
Nakayama-san ne sembla pas profondément ravi de tomber sur lui. Il resta tout de même poli et se pencha pour le saluer. Kuroo en fit de même avant de reprendre la parole.
— Hum… Je suis désolé Kōtarō n'est pas là… Personne n'est encore là en fait…
— Oh… Ça ne fait rien, tu es là toi, lui répondit Yūma.
Nakayama-san hocha la tête.
— Oh euh…
Le silence s'étendit plusieurs secondes.
— Vous voulez tout de même… rentrer ?
— Avec plaisir Tetsurō-kun.
Il hocha vaguement la tête et passa devant pour déverrouiller le portail. Aucune parole ne fut échangée jusqu'à ce qu'ils soient enfin à l'intérieur.
— Kenma et Keiji ne devraient pas tarder, mais je ne sais pas quand Kōtarō va rentrer, je vais lui envoyer un message mais il devait encore travailler et… Enfin voilà.
— Ça ne fait rien. Nous voulions aussi te voir, lui répondit Yūma.
Tetsurō cligna des yeux, surpris.
— Moi ?
— Oui. Kōtarō nous a expliqué ce qui vous est arrivé, nous voulions nous assurer que tout allait bien, que tu allais bien.
Le concerné en resta coi, ému de la bienveillance.
— Oh, oui ça va… Ça va…
Dit-il à ses "beaux-parents" avec les yeux bouffis de larmes très crédible ça Tetsu ! Il resta planté là, sans rien dire.
— Nous t'avons ramené quelques vêtements si tu as besoin. Ils appartenaient à nos ainés, mais ils sont toujours en très bon état, lui dit la maman de Kōtarō.
Nakayama-san fit glisser de son épaule le large sac de courses qui tenait et le lui tendit. Il le récupéra, incapable de répondre pendant plusieurs secondes tant l'attention le surprenait. Il jeta un œil à l'intérieur, un tas de vêtements y avait été soigneusement rangé. Non mais non ! Il ne fallait pas lui faire ça alors qu'il était encore aussi fragile émotionnellement. Tetsu chiale pas, chiale pas ! Il sentit les larmes lui remonter aux yeux, mais il leur fit barrage.
— Merci beaucoup, dit-il finalement en s'inclinant.
Maeda-san lui sourit. Elle lui tendit un second sac :
— Nous vous avons ramené quelques courses aussi, il y a du frais, il vaudrait mieux le mettre au réfrigérateur rapidement, indiqua-t-elle.
Kuroo hocha la tête, il récupéra la poche et partit en direction de la cuisine. Il fit demi-tour avant d'arriver à destination, se rappelant qu'il devait quand même jouer les hôtes et faire bonne impression.
— Je vous sers un thé ?
— Avec plaisir.
Il acquiesça et repartit de nouveau. Il mit l'eau à chauffer et s'affaira à ranger les courses : il fut touché de constater que la plupart des choses avaient été achetées pour quatre. C'était une petite chose mais il se sentait… reconnu, inclus. Cela lui indiquait qu'il avait été accepté totalement, et cela l'émut. Mais merde ! Voilà qu'il avait de nouveau les larmes aux yeux ! Merde Tetsu, arrête ! Où est la masculinité toxique quand on en a besoin? Bordel ! Il se reprit en entendant que l'eau avait fini de bouillir. Il prépara un thé vert ainsi que trois tasses qu'il posa sur un plateau et se dirigea vers la salle principale. Il se stoppa avant d'avoir dépassé le bar : Nakayama-san et Yūma-san étaient debout face au buffet placé sous la fenêtre du salon, là où étaient posé de nombreux cadres photos. Yūma avait passé son bras sous celui de son partenaire, ils parlaient à voix basse. Nakayama-san se tourna vers sa compagne, lui adressant un sourire tendre. Il posa un baiser sur sa tempe avant de tourner de nouveau les yeux sur la photographie.
Depuis combien de temps était-il ensemble ? Vingt-cinq ans, peut-être même plus ? Ils avaient toujours l'air amoureux. Mine de rien, c'était un vison assez rare. Tetsurō sourit, attendri et apaisé. Il détourna les yeux, se dirigea vers la table et déposa le plateau, essayant de faire cliqueter la porcelaine pour attirer l'attention de ses invités sans avoir à les interpeller. Cela fut efficace, en l'entendant ils se séparèrent et vinrent dans sa direction. Alors que Kuroo s'affairait à les servir, Nakayama aperçut le carton posé au bout de la table et s'y dirigea. Il ouvrit les pans du carton et en sortit une des tasses que Kōtarō et lui avaient réparé. Il la retourna, la détaillant sous toutes les coutures.
— Oh euh… Kōtarō m'apprend le Kingstugi en ce moment, expliqua-t-il, plus pour combler le silence qu'autre chose.
Nakayama-san lui prêta un regard avant de détourner de nouveau les yeux. Il acquiesça et déclara finalement :
— C'est un bel ouvrage.
Maeda-san tourna les yeux vers son partenaire :
— Tiens, je ne savais pas qu'il savait faire ça, c'est toi qui lui as appris ?
Nakayama hocha négativement la tête.
— Non, ma mère.
— Oh.
Nakayama reposa l'objet, referma minutieusement le carton et vint s'assoir à côté de sa compagne.
Kuroo les servit, essayant de faire preuve de la plus grande délicatesse dont il était physiquement capable, c'est-à-dire pas grand-chose, mais présentable tout de même. Yūma entama la conversation, essayant visiblement de le mettre à l'aise. Cela fonctionna, et Tetsurō se détendit finalement. Cela ne dura pas bien longtemps, et il se crispa de nouveau lorsque Nakayama-san reprit la parole :
— Kōtarō nous a dit que tu avais passé leur cycle avec eux.
Tetsurō ne sut dire au ton de sa voix ce qu'il en pensait vraiment. Il ne savait vraiment pas comment répondre, ne se sentant pas complètement à l'aise d'aborder le sujet avec ses beaux-parents, particulièrement avec Nakayama-san.
— Oh, euh oui.
— Je ne m'attendais pas à ce que cela se fasse si rapidement.
Qu'est-ce que cela signifiait au juste ?!
— Moi non plus, lui répondit-il, ce qui surprit visiblement ses interlocuteurs.
— Mais, euh, en bien, tenta de se justifier le brun.
— Bien.
Yūma tourna les yeux vers son partenaire, lui jetant un regard entendu par-dessus ses lunettes. Cela contraria le concerné qui se crispa ostensiblement.
— Kuroo-san.
Son aplomb surprit l'interpellé qui en sursauta presque.
— Oui?
Il se tendit :
— Je tenais à m'excuser pour les propos que j'ai pu avoir, lors de notre première rencontre. Ils étaient déplacés.
Kuroo haussa un sourcil. Est-ce que Kōtarō lui en avait parlé ou est-ce qu'il s'en était rendu compte lui-même ? Peu importe. Il hocha vaguement la tête.
— Hm… j'avoue que cela m'a un peu… froissé au début. Mais je ne pense pas que cela était hmm, insensé.
Sa remarque surprit ses interlocuteurs.
— J'y ai réfléchi et j'ai compris que oui… Je ne pouvais pas apporter la même chose qu'eux, cela m'a permis de voir ce que je pouvais faire à mon échelle. Hum, enfin voilà. Merci.
Il se pencha pour le saluer.
Son intervention semblait avoir profondément troublé Nakayama-san, positivement il espérait… Yūma lui sourit.
— Je pense que c'est très mature de ta part.
Tetsurō ne sut que répondre.
— Je suis heureuse, et rassurée, de te savoir au côté de mon fils.
Ouf, fallait arrêter là ! Pas maintenant alors qu'il avait les émotions en vrac ! Chiale pas Tetsu, chiale pas !
Pourquoi ces gens, qu'il ne connaissait pas tant que ça, qu'il avait vu quelques heures une fois au paravent, lui accordaient tant de bienveillance ?
Il échappa un sourire et hocha la tête, ne sachant pas trop quoi d'autre lui répondre.
— J'ai cru comprendre que tu avais aménagé ici après l'incident, commença Maeda-san.
— Oui.
— Oh, et qu'est-ce que tu souhaiterais faire ? Retrouver un appartement ? Nous avons une connaissance qui travaille dans ce domaine- elle tourna les yeux vers son partenaire pour recueillir son avis- Yumiko-san, non ?
Kuroo se crispa, mais il tenta de faire bonne figure.
— Naru, tu as son numéro non ? Oh tu verras elle est très douée et…
Son regard s'était arrêté sur Kuroo.
— Oh…
Le jeune homme tenta de rester le plus neutre possible, mais il était déjà démasqué.
Un sourire s'étendit sur les lèvres de Yūma.
— Ce n'est pas ce que tu souhaites, non ? murmura-t-elle.
Son regard capta le sien. Tetsurō sentit sa gorge se nouer. Il détourna les yeux, et hocha la tête.
— Je crois bien.
Ses yeux s'embrumèrent de larmes. Il secoua la tête pour tenter de reprendre contenance. Il se pencha pour s'excuser.
— Je suis désolé, je… suis un peu hum…
Il ne prit pas la peine de terminer sa phrase.
Les deux partenaires échangèrent un regard.
— Oh, c'est normal de se sentir un peu dépassé, c'est un sacré changement, mais je suis sûr que tout va bien se passer.
Kuroo leur jeta un regard. Il hésita.
Après tout, foutu pour foutu.
— Oui, peut-être mais…J'ai confiance en nous, c'est juste que…
Les pensées recommençaient à s'emmêler dans sa tête.
— Hum… Mes parents ne sont pas vraiment au courant de … ma situation. Je ne viens pas exactement du même monde, je ne suis pas sûr qu'ils comprendraient… Je ne compte pas leur dire quoi que ce soit dans un futur immédiat mais… Mais j'ai réalisé que… ultimement, cela finira bien par arriver… J'ai juste peur de… leur réaction et de… les perdre.
Il se sentait si petit tout d'un coup. Tout petit face à eux deux. Face au regard si intense de Yūma.
— Oh… Tetsurō-kun… Je suis vraiment navrée, ça ne doit pas être facile à vivre. Je ne connais pas tes parents mais je sais une chose : s'ils t'aiment, ils finiront par comprendre, éventuellement, même si cela peu peut-être prendre du temps. Crois-moi, même si tu penses ne pas venir du même monde, je peux comprendre ce que tu ressens.
Elle tourna les yeux vers son partenaire. Ce dernier posa sur sa compagne un regard d'une tendresse infinie. Kuroo ne savait pas ce qu'ils avaient dû traverser ensemble, mais il savait qu'en effet, ils l'avaient compris.
Elle retrouva son regard.
— Et même si ça n'est pas le cas, sache que tu seras toujours accepté parmi les nôtres.
Oh… Voilà que venait le coup de grâce !
La vision de Tetsurō devint floue, embuée de larmes.
Heureusement pour lui et son honneur, ils entendirent la porte s'ouvrir, et ils virent apparaitre Kenma et Keiji.
— Je vais refaire du thé, s'empressa de dire Kuroo, se levant de table pour disparaitre dans la cuisine.
— Oh, Maeda-san, Nakayama-san, salua Akaashi en constatant la présence de ses beaux-parents.
— Keiji-kun, Kenma-kun, ravie de vous voir, dit Yūma.
Kuroo entendit ses pas résonner sur le parquet alors qu'elles s'approchaient d'eux.
— Kōtarō, bouge, tes parents sont là, hurla Kenma dans la cage d'escalier.
Tetsurō pouffa en entendant Kōtarō remonter les escaliers avec la discrétion d'un pachyderme en surpoids.
— Oh, Papa, Maman, qu'est-ce que vous foutez-là ?
— Kōtarō, c'est comme ça que tu nous parles ? le réprimanda Nakayama-san.
— On venait juste vous faire un coucou mon bébé.
Kōtarō laissa leur discussion ne devenir plus que des sons distants. Il inspira profondément. Un sourire lui échappa. La peur qui l'avait agité était toujours là, mais elle était maintenant réouverte d'un voile doux, apaisé.
L'eau avait fini de bouillir. Il revint à lui.
Il prépara la théière et les rejoignit.
Les parents de Kōtarō restèrent encore une bonne heure.
Lorsqu'ils repartirent, Tetsurō se joint à son petit-ami pour les raccompagner au portail.
— Oh et Maman, tu pourras dire à Paps qu'il me revoit le lien du gars là ?
— Du gars là ?
— Il saura, dis-lui juste.
— C'est noté, à plus tard mon chéri. Tetsurō-kun, ce fut un plaisir de te revoir.
Kuroo lui sourit, et hocha la tête.
— Pour moi aussi.
— Bien. Naru, je vais chercher la voiture, je passe te chercher.
Son compagnon hocha la tête et Maeda-san s'éloigna tout en les saluant de grands gestes de la main.
Kōtarō continua de parler avec son père, de râler infantilement plutôt lorsque ce dernier lui fit tout un tas de recommandations pour maintenir une bonne hygiène de vie.
La voiture arriva finalement.
— Ravi de vous avoir revu Nakayama-san, le salua poliment Tetsurō tout en se penchant.
— Naruhito.
Kuroo releva les yeux, troublé.
— Pardon ?
Avait-il mal entendu ?
— Tu peux m'appeler Naruhito.
Bien que profondément choqué, Kuroo se pencha de nouveau.
— D'accord… Naruhito-san.
Il se contenta de hocher la tête.
Il les salua et tourna finalement les talons.
Kōtarō lui aussi semblait profondément choqué de ce dont il venait d'être témoin.
— Bordel, qu'est-ce que tu lui as dit pour qu'il te… tu chiales ?!
— Non… mentit Kuroo, en larmes.
Dieu que cette journée avait été éprouvante.
-/-
Tetsurō releva les yeux de sur son téléphone, l'occasion était parfaite : ils étaient encore une fois tous affalés dans le salon, voguant chacun à leur occupation dans un silence apaisé. Si Kuroo voulait parler de sa… décision ? Ou simplement aborder le sujet, c'était surement maintenant. Il avait déjà attendu deux jours, n'ayant pas trouvé l'occasion de pouvoir aborder le sujet. Il n'avait pas non plus répondu à sa mère depuis ses visites. Il savait bien que l'avoir laissé sur un dramatique « Désolé Maman » n'était pas idéal, mais il se disait qu'il trouverait bien comment faire passer cela pour une simple banalité à laquelle il n'avait pas forcément prêté attention… Il verrait cela plus tard. Alors qu'il allait prendre la parole, Kōtarō se leva du canapé en bâillant, et partit vers la cuisine. Ah bah non, voilà qu'ils s'éparpillaient ! Heureusement, ce dernier revint après avoir avalé un grand verre d'eau. Il ne retourna cependant pas à sa place initiale. Kuroo le suivit des yeux. Kōtarō vint s'assoir derrière lui pour pouvoir l'enlacer. Encore mieux ! Allez Tetsu, courage.
— Hmm, commença ce dernier.
Cela attira l'attention de Kenma et Keiji qui tournèrent leur regard dans sa direction.
— Je… Kōtarō qu'est-c'que tu fous ?
Ce dernier avait commencé à le renifler bruyamment. Il l'entendit éternuer comme un caniche nain.
— C'est ton pull là, il sent comme Nao c'est…
Il éternua de nouveau.
— Tes parents m'ont dit qu'il le mettait plus depuis longtemps, et je l'ai relavé, comment il peut sentir ton frère?
— J'en sais rien.
— Bon… hum, je voulais vous parler d'un truc. Mercredi je… Babe tu fous quoi ?
Ce dernier avait commencé à frotter sa tête dans son dos. Kōtarō n'était pas dupe, il savait très bien ce qu'il essayait de faire : il voulait imprégner ses fringues pour remplacer la soi-disant odeur de son frère par la sienne. Tetsurō cependant n'était pas un grand fan de cette technique de marquage de territoire, surtout qu'il n'était pas un « territoire » à marquer.
— Sinon ça va jamais p…
— Je m'en fous, arrête ça, le coupa-t-il !
— Mais je veux te faire un câlin, je…
— Si tu veux faire un câlin, tu fais un câlin, mais je suis pas de la moquette, tu fais pas ça !
— Quel rapport avec la moquette ?
— Je suis pas un objet ou je sais pas quoi, il sent la lessive ce sweat arrête de me faire prendre des vessies pour des lanternes !
— Mais pas du tout je…
Il fut coupé par un grognement de Kenma. Penaud, Kōtarō se tut finalement. Il cessa son manège et se contenta de reposer sa tête sur son épaule.
— Tu voulais nous dire quelque chose ? intervint finalement Keiji.
— Oui – il tapa sur la main de Kōtarō qui avait commençait à frotter son poignet contre son flanc- je…
Il inspira profondément.
— Je suis allé visiter des appartements mercredi dernier.
L'annonce avait complètement pris par surprise sa petite assemblée.
— Oh… Et… Qu'en as-tu pensé ? s'aventura à demander Keiji.
Son regard passa de Keiji à Kenma, Kōtarō renforça son étreinte.
— Je… hum… ça m'a fait bizarre à vrai dire.
— Bizarre ?
Il hocha la tête, avant de détourner les yeux.
— Oui… je crois que je me suis habitué à… vivre ici. Je me suis senti… seul. Et…
Son regard trouva celui du blond.
— Kenma, par rapport à ce que tu m'avais dit je… je pense que je voudrais rester ici… indéfiniment. Enfin… si vous êtes d'accord.
Le silence s'étendit entre eux, tous semblaient avoir été surpris de son annonce.
— Afin, peut-être qu'on sera un peu à l'étroit mais.. c'est vous qui voyez mais je… enfin je crois que…
Il se tut, Kenma lui souriait. Il se leva et Tetsurō le suivit du regard. Kenma s'accroupit face à lui et prit son visage dans ses mains. Leurs regards se captèrent.
— Reste, murmura le blond.
Puis il se pencha pour l'embrasser. Kuroo échappa un sourire dans le baiser. Kōtarō resserra sa prise autour de lui en gazouillant, lui aussi visiblement ravit de sa décision. Tetsurō trouva le regard de Keiji. Il attendait sa réponse.
Il lui sourit à son tour et se redressa. Il vint lui aussi s'assoir face à lui, Kenma se décalant pour lui laisser la place. Keiji posa son front contre le sien et murmura :
— Évidemment que je suis d'accord…
Il l'enlaça. Kenma en fit de même.
Là, dans les bras de ses amoureux, Tetsurō se sentit profondément bien. Profondément comblé. Il était sûr de sa décision.
Peu importe ce que lui réserverait le futur, il était sûr d'avoir pris le bon chemin.
— C'est vrai que ce pull sent comme Nao, commenta Kenma.
— Ah tu vois je l'avais dit !
— Ok ok c'est bon, je vais le relaver ! Mais arrêtez de faire ça !
Voilà dans quoi il avait choisi de s'embarquer.
Plus tard, une fois leur routine retrouvée, Tetsurō sortit son téléphone. Il ouvrit la conversation avec sa mère. Elle s'était inquiétée de sa réponse, il n'avait pas encore pris le temps de la rassurer.
« Ne t'en fais pas »
« J'ai juste déjà trouvé ma maison »
Leur maison.
-Fin du Chapitre-
And they were roommates ;)
Désolé pour le retard, après plus d'appart, voilà que je n'ai plus d'ordi, chouette! (heureusement, le cloud suprême est avec moi, sinon ça aurait été 800 pages à la poubelle, ouf!)
Bon, que voulait vous, nous revoilà plongé dans les alambiques tortueux des pensées de Tetsu, on ne s'en lasse pas!
Retrour de Yuma et Naruhito, qu'on retrouve sous une autre lumière. On retrouve la familia très très vite de toute façon ;)
Prochain chapitre: "Sous l'eau"
"— Hey.
Tetsurō releva le regard de son bouquin de biochimie et tourna les yeux vers Kōtarō. Ce derniers, barricadé derrière une montagne de livres ouverts et de feuilles gribouillées, lui adressa un sourire fatigué.
Ils avaient commencé leur révision ensemble en milieu d'après-midi. Il faisait maintenant nuit depuis un long moment. Keiji lui s'était endormi entre ses livres.
— Hm ? fut le seul son que Kuroo fut capable de répondre.
— Joyeux anniversaire.
Tetsurō écarquilla les yeux, profondément surprit. Il déverrouilla son téléphone : 17 novembre, 00h03."
