Resumé:

"— Hey. Tetsurō releva le regard de son bouquin de biochimie et tourna les yeux vers Kōtarō. Ce dernier, barricadé derrière une montagne de livres ouverts et de feuilles gribouillées, lui adressa un sourire fatigué. Ils avaient commencé leur révision ensemble en milieu d'après-midi. Il faisait maintenant nuit depuis un long moment. Keiji lui s'était endormi entre ses livres. —Hmmm ? fut le seul son que Kuroo fut capable de répondre. — Joyeux anniversaire. Tetsurō écarquilla les yeux, profondément surpris. Il déverrouilla son téléphone : 17 novembre, 00h03."

Chapitre 40 : Sous l'eau

« Ne t'en fais pas » « J'ai juste déjà trouvé ma maison » Sur le moment, le dramatique du message adressé à sa mère lui avait beaucoup plu. Ce ne fut qu'ensuite qu'il le regretta un peu plus : il ne tenait pas à éveiller les soupçons. Il avait donc continué en vendant à sa mère tous les mérites de sa nouvelle situation :

1-Il n'avait pas à payer de loyer, et cela était tout de même sacrément miraculeux ! Qui pourrait laisser passer une telle opportunité !

2-Il n'avait pas besoin de racheter tout ce qu'il avait perdu dans l'incendie. Ce n'était certes pas grand-chose, mais s'il pouvait s'épargner l'achat d'un rice cooker, de couvert, de casseroles, il ne pouvait que mieux se porter ! L'argument économique n'avait pas forcément séduit sa mère : de l'opportunisme? Certainement pas! Pas de ça chez nous !

Il avait donc décidé de jouer sur un autre registre, un peu plus social :

1- Il avait de la compagnie. Comprenez-vous mère ? C'est que la solitude lui pesait tellement ! Lui, seul, perdu dans cette immense ville, livré à lui-même !

2- Il habitait avec son meilleur ami d'enfance, et si vous vous rappelez bien, ô mère, cela était son désir depuis son plus jeune âge ! Difficile cette fois d'argumenter ! Ah ! Sa mère avait donc fini par s'y faire.

Elle avait également trouvé que c'était une bonne excuse pour l'appeler plusieurs fois par semaine pour demander de ses nouvelles. Tetsurō s'en était accommodé, il est vrai que ces derniers temps il avait un peu oublié de prendre contact avec sa famille, c'était l'occasion d'y remédié.

— Ton anniversaire approche, tu as une idée de ce que tu voudrais ?

— Pas vraiment… Mais je vais regarder, je te dis si je pense à quelque chose…

— Hum bien, bien. Et tu te fais à ta nouvelle chambre ?

Kuroo s'était maintenant officiellement installé dans la chambre du haut, Kōtarō lui ayant cédé, sans grand remords puisque cela faisait déjà un moment qu'il n'y dormait plus vraiment et que l'intégralité de ses affaires était déjà dans la grande chambre du bas… Étant donné qu'il y avait passé de nombreuses nuits depuis déjà des mois, l'acclimatation n'avait pas été bien compliquée !

— Oui très bien.

Ils continuèrent de parler quelques minutes, Kuroo répondant aux questions de sa mère qui d'ailleurs devenaient de plus en plus farfelues : en quoi était-il important de savoir s'il y avait un toiletteur pour chien dans son voisinage ? Tetsurō commençait à se demander où elle voulait en venir pour lui tenir la jambe aussi longtemps avec de telles questions.

— Bon et alors?

Houlà, ce ton ne lui disait rien qui vaille. On y venait.

— On en parle pas beaucoup, mais… Côté amours, tout va bien ?

Kuroo se figea.

— Est-ce que tu as un petit-copain ?

Merde, merde, merde ! Elle qui évitait normalement soigneusement le sujet, qu'est-ce qu'il lui prenait tout à coup ? Est-ce que sa mère se doutait de quelque chose finalement ?

— Non…

Techniquement, il ne mentait pas : il n'avait pas un petit copain, mais bien trois !

— Hum d'accord d'accord… Et… de petite copine ?

Tetsurō leva les yeux au ciel et échappa un soupire. Bon bah non, sa mère ne se doutait de rien… Et elle continuait à être dans le déni !

— Oh non, ne pense pas que je… te … Enfin, ne soupire pas.

— Maman, tu penses vraiment que j'aurais une petite copine ?

— Je ne sais pas bébé.

— Tu sais déjà que non…

Il n'avait pas vraiment envie de rentrer en confrontation sur le sujet, mais il commençait à se lasser de cette attitude-là.

— Je sais je sais, mais… Mais, depuis que tu nous en as parlé, tu ne nous as jamais présenté personne. Tu as bientôt 23 ans, et tu n'as jamais parlé de personne… Je me pose simplement des questions.

Tetsurō fronça les sourcils. Est-ce qu'elle souhaitait vraiment parler de cela avec lui ? C'est quand même bien étrange de penser que parce qu'il ne lui a jamais parlé de ses petits-amis, il serait soudainement devenu hétérosexuel ! Et qu'il lui cacherait ! Quelle idée saugrenue !

— C'est pas parce que je te l'ai jamais dit que c'est jamais arrivé !

— Oh… Tu… as déjà eu un petit copain ?

— Oui, plusieurs Maman.

— Et tu ne m'en as jamais parlé ! Cela avait l'air de sincèrement la chagriner.

— Bah étant donné que tu viens de me demander si j'avais une petite-copine, je me demande pourquoi tient !

— Je ne sais pas moi, je demande, je ne voudrais pas que tu te sentes mal de m'en parler si c'est le cas. De quoi ? D'où cette idée lui venait-elle ?

Qu'est-ce qui dans le « je viens d'emménager avec trois mecs adultes » pouvait lui faire penser qu'il avait une petit-amie cachée ? C'était vraiment la conclusion qu'elle en avait tiré ?

— Maman…

— Je ne sais pas, tu pourrais être bi, ou pansexuel.

Tetsu faillit s'étouffer avec sa salive tant entendre ces mots dans la bouche de sa mère le choqua. Il pouffa :

—Non maman je suis pas bisexuel, ni pansexuel. D'où tu sais ça toi ?

— C'est tes sœurs qui m'ont parlé, elles n'arrêtent pas ! Elles n'arrêtent pas de me reprendre. « oui peut être que monsieur Tanaka est marié avec une femme et qu'il a des enfants, mais peut-être qu'il est pansexuel » Je ne m'y retrouve plus… J'essaye juste de comprendre c'est tout.

Kuroo en resta muet quelques secondes. Depuis quand ses sœurs avaient-elles décidé de s'allier à la cause queer, et de prendre l'initiative d'éduquer leur mère ? Même lui y avait renoncé !

— Pff… C'est un argument valable, et que mes sœurs essayent de te montrer qu'il ne faut pas forcément assumer l'hétérosexualité de tout le monde n'est pas une mauvaise chose, mais non, je ne suis pas bisexuel, ou pansexuel… Pas que je sache. Mais si ça change, je te le dirais.

— D'accord d'accord, je me demandais juste. Je me disais que peut-être qu'elles insistaient parce que tu n'arrivais pas à me dire quelque chose. Alors oui, certes, mais on était quand même bien loin de ce qu'il lui dissimulait vraiment !

— Non, je ne pense pas que ce soit pour me couvrir, ne t'en fais pas.

Si ce n'était pas pour le couvrir, c'est vrai qu'il était un peu étonnant qu'elles aient décidé de prendre les devants et s'embarrassent d'éduquer leur mère sur le sujet… Qu'est-ce qu'elles cherchaient à faire ? Il haussa les épaules. Bon, il n'allait pas s'en offenser, après tout, ça ne pouvait leur amener que du positif. Ah les jeunes !

— D'accord… Et du coup tu me dirais si tu avais un petit copain ? Piégé.

— Oui. Il ne mentait toujours pas : s'il avait « un » petit copain, avait-elle dit, ce n'était pas le cas. Il fallait juste poser les bonnes questions, voilà tout ! Il finit par réussir à détourner la conversation. Il sortit néanmoins de cet appel téléphonique avec la promesse de recevoir bientôt un crabe entier, à son plus grand malheur, mais au moins, il ne s'était pas fait griller.

À peine la conversation fut-elle terminée qu'il envoya un message sur la conversation avec ses sœurs. « Qu'est-ce que vous lui racontez à maman ? Elle vient de me demander si j'étais bi ou pan ! » Il n'eut malheureusement jamais de réponse, sa question pourtant très sérieuse ayant été évincée par quelques émojis et rires enregistrés, ce qui ne fit qu'accentuer son trouble.

Il oublia pourtant cet évènement bien rapidement, les partiels de mi-semestre approchaient de plus en plus, et il n'avait plus vraiment le temps de se préoccuper de cette nébuleuse histoire. Il en oublia d'ailleurs pas mal de choses, la tête complètement enfoncée dans les bouquins. Les jours défilaient à une allure folle, entre les derniers cours du semestre et le début des révisions, sa conscience ne faisait presque plus surface.

— Hey.

Tetsurō releva le regard de son bouquin de biochimie et tourna les yeux vers Kōtarō. Ce dernier, barricadé derrière une montagne de livres ouverts et de feuilles gribouillées, lui adressa un sourire fatigué. Ils avaient commencé leur révision ensemble en milieu d'après-midi. Il faisait maintenant nuit depuis un long moment. Keiji lui s'était endormi entre ses bouquins.

— Hm ? fut le seul son que Kuroo fut capable de répondre.

— Joyeux anniversaire. Tetsurō écarquilla les yeux, profondément surpris. Il déverrouilla son téléphone : 17 novembre, 00h03. Il s'agissait de la date de son anniversaire, en effet. Il laissa sa tête s'effondrer sur ses bouquins, terrassé plus que réjoui par l'évènement. Il tourna finalement la tête, retrouvant le regard de son petit-ami.

— Merci…

Kōtarō lui sourit.

— J'ai partiel dans huit heures, ajouta Tetsurō.

— Moi aussi. Il soupira de nouveau. Le silence s'étendit encore quelques instants.

— On va se coucher ?

— Hmm… Toute façon j'arriverai pas à continuer…

— Ça doit être la vieillesse ça… Il rit.

— Hmm, c'est certainement ça.

— Bon, je vais apporter Keiji dans son lit, sinon il va passer ça nuit-là… On part à 6h45 demain, dans ses eaux là ?

— Si tôt ?! se plaignit Tetsurō.

— Hmm… Je crois que Kenma va avoir besoin de la voiture dans la journée, on va devoir prendre le métro. Et il faut arriver un peu en avance. Kuroo l'achat un gémissement de désespoir.

— Je sais, je sais.

— C'est tout pourri comme anniversaire, se plaignit-il comme un enfant.

— Je sais, je sais… Promis, on rattrapera ça. Kōtarō se rapprocha pour poser un baiser sur sa tempe, ce qui mine de rien apaisa Tetsurō.

— Va te coucher, je m'occupe du reste babe.

Il hocha vaguement la tête, rangea ses affaires et quitta la pièce. Le réveille le lendemain fut des plus douloureux.

— Joyeux anniversaire Tetsu, se murmura-t-il pour lui-même. Un partiel de biochimie aux aurores n'était pourtant pas sur sa liste de souhaits… Comme l'univers pouvait être cruel parfois…

C'est ainsi que s'écoulèrent les dix jours suivants : s'endormir en plein milieu de la table du salon sur ses notes de révisions, puis se lever aux aurores pour partir à la fac. Lorsqu'il sortait de partiel, la nuit était déjà tombée, il n'avait même pas eu le temps d'apercevoir le ciel de jour. Les températures elles aussi étaient tombées. Au moins, se retrouver à 6h45 dehors par 5C° tous les matins avait le mérite de lui donner un bon coup de fouet. Finalement, il en avait vu le bout. Il avait bien tenté de célébrer la fin des exams avec ses amis le soir précédent, mais aucun d'eux n'avait tenu plus d'une heure, tous complètement séchés par les deux semaines qu'ils venaient de vivre (même ceux qui n'avaient pas eu besoin de passer d'examen d'ailleurs). Ce fut entouré d'une douceur apaisante qu'il s'éveilla le samedi suivant.

— Waky, waky babe. Il ouvrit difficilement un œil, qu'il referma très rapidement.

Il échappa un gémissement étouffé, le corps encore englué de sommeil. Il sentit des bras l'entourer, des baisers sur son visage.

— Tetsurō… Il ouvrit finalement les yeux.

Kōtarō était affalé sur lui et il lui sourit à la seconde où son regard trouva le sien. Keiji était allongé à sa droite, Kenma à sa gauche, ronronnant doucement.

— Oh, vous êtes tous là, remarqua le brun, un sourire béat s'étendant sur ses lèvres. Que me vaut cet honneur ?

— Hmm, joyeux anniversaire, murmura Kenma avant de poser un baiser dans son cou. Tetsu s'étira, échappant un gémissement ensommeillé en sentant son corps se réveiller tout doucement. — C'est passé déjà, arrêtez de me rappeler ma vieillesse…

— Pff, tiens, lui dit le blond en lui tendant une tasse fumante. Ce fut avec un bonheur infini que Kuroo découvrit qu'il s'agissait d'un bon café. Il engloutit la première gorgée avec ferveur.

— Woh, j'en avais tellement besoin, merci…

— Et tiens, dit Kōtarō avant de lui fourrer sous le nez trois paquets cadeaux, de notre part à tous les trois.

— Oh vous êtes trop chou…

— Déballes-les déjà, si ça se trouve c'est de la merde !

— Non, je n'y crois pas une seconde !

— Ouvres ! le pressèrent Kenma et Kōtarō.

— Ok, Ok ! Il prit le premier. Il s'agissait du plus volumineux : boite carrée emballée très sobrement d'un Furoshiki bleu ciel et dorée. À peine avait-il défait le nœud qu'il en devina le contenue. Il écarquilla les yeux, agréablement surpris, et se dépêcha de l'ouvrir complètement. — No way ! C'est le casque qu'on avait vu ensemble ! s'exclama-t-il en tournant les yeux vers Keiji.

Ce dernier hocha la tête en souriant. Une des pertes de l'incendie avait été ses écouteurs. Ces derniers étaient bien trop vieux et déglingués pour être pleurés, mais leur perte avait permis à Tetsurō de considérer l'idée d'investir dans un casque audio. Il en avait d'ailleurs repéré un il y a de cela quelques semaines lors d'une sortie avec Keiji, mais avait renoncé à se l'offrir. Ses goûts de riche l'avaient fait s'éprendre d'un casque au prix bien trop astronomique pour son petit portefeuille. Il était donc plus que ravi, et ému, de le trouver sous ses yeux.

— Trop cool.

— Ouvre, le pressa Kōtarō en lui tendant le suivant. Il s'exécuta et pouffa en en découvrant le contenu : il s'agissait d'un t-shirt couleur crème, représentant dans un style publicitaire vintage deux enfants jouant aux apprentis scientifiques, le tout accompagné du slogan « finding a cure for stupid people »

— Pff, merci. C'est ce que vous imaginez que je fais dans la vie ?

— On espère en tout cas, commenta Kenma. Il passa au troisième cadeau : il s'agissait d'une sobre, mais élégante chaine en argent. Kuroo en fit glisser les maillons sous ses doigts. Il la reconnaissait: il s'agissait d'un bijou que ses trois petit-amis possédaient déjà. Il sentit son cœur se soulever, ému. Il décida de jouer la carte de l'humour avant de finir par verser dans le dramatique :

— Woh, ça fait gang de Yakuza, mais sexy. Son intervention eut l'effet escompté, puisqu'il fit rire ses petits amis.

— On fait partit du même gang maintenant, continua-t-il, perdant de son souffle comique, penchant bien plus dans l'émotionnel. Kenma lui présenta sa main et il lui tendit le bijou pour qu'il lui passe autour du cou. Kuroo attrapa la chaine pour en détailler les ciselures.

— Merci… murmura-t-il. Le silence s'étendit quelques secondes, le temps comme suspendu. Kuroo se sentait parfaitement là où il devait être. Keiji se pencha, ses lèvres rencontrant les siennes pour s'effleurer, se câliner. Ils se séparèrent brièvement et se retrouvèrent dans un baiser, qui s'approfondit rapidement. Il sentit Kenma reprendre les cadeaux pour reposer au pied du lit. Il l'entendit se redresser, sentit son souffle dans sa nuque. Il se dégagea de la couverture, les mains de Kōtarō passer sous son T-shirt, et il sentit ses lèvres embrasser la peau de son ventre. Tetsurō se laissa glisser dans leurs éteintes.

Il était finalement assez rare qu'ils se retrouvent tous les quatre dans le même lit, et l'occurrence ne fit qu'accentuer son désir. Au moment une main se glissa dans son caleçon, la porte du rez-de-chaussée s'ouvrit. Ils se figèrent tous les quatre en reconnaissant le bruit.

— T'as pas fermé en bas ? murmura Kenma à l'adresse de personne en particulier, la panique se faisant entendre dans sa voix.

— Si, répondit Kōtarō, pas bien rassuré non plus.

Tetsu récupéra la couette qu'il tira sur eux, maigre tentative de protection.

Personne ne bougea pendant de longues secondes, chacun d'eux à l'affut du moindre bruit.

Une voix leur parvint finalement:

— Yo, ya personne dans cette baraque ?! Le moche, t'es où ?!

Kōtarō sortit la tête de sous la couette.

— Nao ?!

— Qu'est-ce que ton frère fout là ? pressa Kenma.

— J'en sait rien…

— Il est pas là peut-être ?

La phrase avait été prononcée d'une petite voix fluette d'enfant.

— Shin ?

— Mais si … Woh ! Vous êtes où ?

— Peut-être qu'ils dorment ?

— Oh oui, dit Nao, essayant de baisser d'un ton. Raté puisqu'ils l'entendirent tous les quatre parfaitement.

— Bon bah on risque pas de dormir maintenant, hurla Kōtarō, grognon.

Il se tira du lit et s'approcha de la porte.

— Kōtarō, l'interpella le blond avant qu'il ne l'ouvre.

— Quoi !

Kenma l'invita à baisser les yeux sur l'érection proéminente que son malheureux caleçon ne dissimulait que maigrement. Cela ne fit qu'empirer l'humeur de ce dernier qui marmonna quelque chose d'incompréhensible, visiblement courroucé. Il se rapprocha du lit, tira la couverture et s'en drapa, les laissant tous trois dans le froid. Kōtarō tapa des pieds jusqu'à la porte qu'il ouvrit à la volée :

— Qu'est-ce que vous foutez là ?!

— Oh, mocheté, c'est comme ça que tu nous reçois !

— Tu fais chier !

Son ainé n'eut pas l'air très réceptif à sa colère.

— Hm, hm, ils sont où tes mecs ?

— Là ! répondit Kenma.

Le silence s'étendit quelques secondes.

— Oh, vous êtes tous en haut ? J'interromps un truc ?

— Non ! s'empressèrent de répondre Tetsurō, Kenma et Keiji.

— Oui ! répond Kōtarō, resserrant la couverture autour de lui l'air vexé.

— Oh, bon déso ! Allez, vous vous tripoterez plus tard, viens !

Ils entendirent Kōtarō descendre les escaliers en tapant sur toutes les marches, continuant de râler. Son ton changea drastiquement lorsqu'il vit son petit frère. Tetsurō capta finalement le regard de ses petits amis, et ils pouffèrent en chœur.

— Bon, je crois qu'on va devoir y aller, annonça Kenma. Vous êtes présentable ?

Kuroo baissa les yeux sur le reste de son anatomie.

— Ah bah disons que ça m'a fait sacrément redescendre.

— Je peux en certifier également, confirma Keiji.

— Bon, bah allez.

Le blond se redressa en premier et sortit de la chambre.

Kuroo échappa un lourd soupire et enfouit sa tête dans le torse de Keiji. Ce dernier échappa un léger rire et attrapa son visage pour l'embrasser de nouveau.

— On y va ?

Il confirma d'un hochement de tête.

— J'enfile un truc et j'arrive.

— Ok.

Keiji s'extirpa du lit et disparut à son tour. Tetsurō échappa de nouveau un soupire, mais se leva finalement. Il enfila le premier sweat et jogging qui lui tomba sous la main et descendit l'escalier.

Alors qu'il traversait le couloir pour rejoindre la cuisine, Kōtarō lui barra la route. Il le détailla sévèrement de la tête aux pieds.

— Mets pas ça, va te changer ! le pressa-t-il.

La remarque ne lui plut que moyennement.

— Kōtarō, ceci est mon corps, j'en fais ce que je veux, et je porte ce que je veux.

Non, mais oh ! Il ne lui disait rien lui avec ses crop top jaune canari !

— Certes, mais pas les fringues de mon frère… quand il est là.

Encore avec cette histoire !

— Kō, c'est plus vraiment les…

— Oy, oy la mocheté, c'est pas la peine de faire la chieuse, t'y peux rien si ton mec préfère porter mes fringues… C'est mon musque naturel ça…

Kōtarō le regardait maintenant avec un air profondément blasé.

— Tu vois pourquoi maintenant ?

— Oui… Je vais me changer…

Avant qu'il n'ait fait demi-tour, Akaashi passa à sa hauteur, maintenant complètement habillé, et lui tendit un de ses pulls.

— Merci…

Kōtarō ne le lâcha pas jusqu'à ce qu'il ait retiré l'ex sweat-shirt de son ainé pour enfiler celui de leur petit-ami. Il fit finalement volteface et ils entrèrent en même temps dans la pièce principale.

— Nao… san, hésita Kuroo en voyant son « beau-frère ».

Il s'inclina, ne sachant pas vraiment quel degré de politesse lui accorder, sachant que ce n'était que la seconde fois qu'ils se rencontraient, mais qu'il s'était invité sans prévenir dans son salon…

— Yo Tetsu ! Déso pour l'interruption.

Il ne répondit qu'une bouillie de marmonnement sonore, ne sachant pas du tout quoi lui répondre de construit.

— Ah ! C'est toi !

Il baissa les yeux, et échappa un sourire sincère en découvrant le petit de la fratrie.

— C'est moi Shin-kun.

L'enfant lui sourit et étendit les bras. Il se pencha pour le porter, ravi de l'affection que l'enfant lui portait. Cependant, une fois dans ses bras, Shin lui désigna la chaise haute installée face au bar. Un bol de ce qu'il devina être un bon chocolat au lait fumant l'y attendait.

— Oh, tu veux que je t'installe?

Il hocha la tête. Tetsu s'exécuta, l'installant sur la chaise, mais restant tout proche, histoire de pouvoir réagir rapidement en cas de chute.

— Ouais, déso de vous dérangez comme ça, dit Nao tout en faisant le tour du bar, s'installant à côté de Kenma.

— T'as pas l'air désolé, râla Kōtarō qui n'avait visiblement pas encore décoléré.

— Hmm… il tourna les yeux vers Kenma, toi au moins je sais que tu faisais pas de bêtises.

L'intéressé échappa un sourire un rien graveleux.

— Non, mais j'aime bien regarder.

Kuroo écarquilla les yeux, surpris. Nao explosa de rire.

— Hmm, j'aurais dû m'en douter, en plus Yūji m'a dit qu'iel t'apprenait le bandage.

— C'est exact.

Kuroo cligna plusieurs fois des yeux. Il ne pensait pas que Kenma et Nao entretenaient… étaient si… enfin…

— C'est quoi le bandage ? demanda le plus jeune.

— C'est comme la corde à sauter, mais pour les grands, répondit son ainé.

— Woh, ça à l'air trop cool !

Nao pouffa.

— Lui dit pas des conneries, râla Kōtarō.

— Tu connais Yūji ? demanda Kuroo pour détourner la conversation.

— Hmm, on était au lycée ensemble.

— Oh…

— C'est par Nao qu'on s'est rencontré, précisa Kenma.

— Nice…

— Bon du coup vous faites quoi là ? intervint Kōtarō en croisant les bras.

Tetsu échappa un sourire pour lui-même, amusé de voir son petit-ami si ronchon. Il était rare de le voir de si mauvaise humeur, et sa mauvaise foi avait quelque chose d'attendrissant.

— Les parents sont partis en week-end, Nobu est chez sa meuf, Suki toujours à Sapporo et Megumi je sais pas, chez une pote je crois…

— Pourquoi ils t'ont demandé à toi de le garder ?

— Parce qu'apparemment ils ont fait autant de gosses pour s'épargner les babysitteurs… Et que je suis le seul dans le coin… et celib… Bordel ça fait accroche de site chelou…

La remarque eut le mérite de faire rire Kōtarō.

— Du coup on était que tous les deux et la crevette voulait te voir.

— Hmm… Et envoyer un message c'était trop dur ?

— Non, mais ça aurait pas été une surprise sinon !

Nao fit le tour du bar pour s'approcher de son petit frère qui déjà avait pris une posture de défense de boxe.

— Allez, souris le moche, je sais que t'es trop heureux de me voir !

Sans crier gare, il attrapa son petit-frère par les hanches pour le faire basculer en avant. Kōtarō ne se laissa pas faire et contra l'attaque immédiatement.

— Ah non, mais merde, ils en ont pour vingt piges là… se lamenta Kenma.

— Hm, je suis d'accord, intervint Shin.

L'enfant dégustait son bol de chocolat tel en gentleman de bonne famille, regardant ses frères se chamailler avec un rien de dédain dans le regard.

— Je trouve que ce ne sont pas des bonnes manières.

Kuroo sourit pour lui-même. C'est que les gênes Nakayama se faisaient sentir chez ce petit-là.

— Moi non plus Shin-kun, je n'apprécie pas ce genre d'activité, intervint Keiji, s'adressant à l'enfant comme s'il s'agissait d'un homme du monde.

— Hm… Je ne ferais jamais ça…

— Comment ça tu ferais jamais ça ! s'exclama son grand-frère en lui frottant les cheveux.

Il attrapa le plus petit à bras le corps, ce qui fit rire l'enfant aux éclats. Nao lui ébouriffa les cheveux et le fit décoller dans les airs, ce qui, aussi terrifiant que cela fut à regarder, amusa grandement le bambin qui échappa un hurlement de pure euphorie. Nao sécurisa finalement son petit-frère dans ses bras, riant avec lui. Kuroo sourit en voyant le tableau. En tournant les yeux, il trouva Kōtarō, les cheveux tout ébouriffés et les traits bien plus détendus que quelques secondes au paravent, ronronnant bruyamment sans qu'il semble s'en apercevoir. Il pouffa : finalement il n'était pas bien difficile à apprivoiser, son aîné savait bien cela.

— Bon, vous aviez prévu un truc aujourd'hui du coup ? demanda Nao, tournant les yeux vers Kenma et Keiji face à lui.

— Hmm, on comptait fêter l'anniversaire de Tetsurō.

Nao braqua les yeux dans sa direction :

— C'est toi anniv ?

— Non, c'était ya dix jours…

— Ah bah voilà.

— On était en plein exam, on pensait le fêter aujourd'hui, tous les quatre.

Voilà que Kōtarō le ronchon refaisait son apparition.

— Allez ! Vous êtes tout le temps tous les quatre ! Regardez, vous pouvez pas dire non à cette petite bouille ! s'exclama Nao, prenant le visage du benjamin de la fratrie dans sa main pour souligner son propos.

Tetsu tourna les yeux vers ses petits-amis, leur signifiant que la technique de séduction était plutôt effective sur lui.

— Shin-kun, qu'est-ce que tu voudrais faire ?

— Aller à l'aquarium !

L'idée sembla séduire l'assemblé.

— Je suppose qu'on pourrait aller au Parc Sea Life, c'est assez grand et…

— Non ! intervint le plus jeune.

Tous les regards se tournèrent vers le plus jeune.

— Pas là.

— Pourquoi pas là ?

L'enfant ne répondit pas, se contentant de dissimuler son visage dans le cou de son grand frère.

— Pff, ok, et du coup tu veux aller où ? demanda son ainé

— Sumida.

— Tu veux aller dans un aquarium dans un centre commercial ?

— Oui… Et comme ça après on peut aller aux magasins, et manger des glaces.

— Franchement c'est pas dégueu comme programme. Mise à part que les glaces par 10C° c'est pas ouf mais bon…

— Hmm… En plus ya pas mal de truc dans ce centre commercial, remarqua Kenma, téléphone en main. Ya même un planétarium.

— Wooh ! On pourra y aller ? intervint Kōtarō, ayant retrouvé son enthousiasme habituel.

— Pff , Ji, qu'est-ce que t'en dit ?

— Ça me dit bien.

— Va pour l'aquarium du centre commercial alors.

— Pourquoi tu tournes là ? On va pas se garer là? Ya un parking au centre commercial ! intervint Kōtarō.

— Ici c'est pommé et gratos, je vais pas payer les yeux de la tête alors qu'on est juste à côté, râla Kenma.

Shin, installé sur les genoux de son frère éclata de rire :

— Les yeux de la tête, hihi.

Nao pouffa.

Kuroo, bien qu'écrasé contre la vitre depuis bientôt une bonne demi-heure, échappa lui aussi un sourire.

— Voilà, hop, tout le monde descend, annonça le blond après s'être garé en deux temps trois mouvements dans un minuscule recoin d'une ruelle isolée.

Shin s'extirpa de l'étreinte de son frère pour venir lui ramper dessus et ouvrir la portière.

— Shin-kun attends tu vas…

Trop tard, l'enfant avait déjà sauté hors du véhicule. Kuroo déboucla rapidement sa ceinture en voyant l'enfant remonter la rue à toute vitesse.

— Oh le mioche, arrête-toi ! lui hurla son ainé.

Shin s'exécuta immédiatement.

— J'te jure…

Kuroo sortit tout de même rapidement pour rejoindre Shin.

— Bah alors, part pas en courant comme ça…

— Pardon, s'excusa le plus petit, tu prends ma main ?

Tetsurō regarda sa petite menotte tendue vers lui et la prit dans sa main. Une fois cela fait, Shin n'attendit pas une seconde de plus et se remit à courir, trainant Tetsurō derrière lui.

— Hey attends !

Ils arrivèrent finalement au bout de la rue. Shin s'était arrêté. Il avait les yeux levés au ciel, regardant face à lui avec émerveillement.

— Wohhh, c'est la tour de Tokyo, regardes !

Le brun tourna les yeux vers la direction indiquée : face à eux, s'étirant jusqu'au ciel, se trouvait effectivement une immense tour en métal. Tetsurō pouffa.

— C'est pas la tour de Tokyo ça Shin.

— Oh… répondit l'enfant, visiblement déçu. C'est sûr ?

— Bah qu'est-ce que tu racontes, tu l'as déjà vu la tour de Tokyo moustique, elle ressemble pas à ça.

Nao venait d'arriver à leur hauteur.

— Oh… oui… C'est quoi alors ?

— Skytree.

— C'est pas pareil ?

— … Non…

— Hmm… et ça sert à quoi ?

— Hmm… à diffuser la télé, ou la radio, expliqua Tetsurō.

— Oh, d'accord… Bon, allez, moi je veux voir les poissons ! s'exclama le plus petit, tirant sur le bras de Tetsurō pour le faire avancer.

— Ok, ok, céda le brun, voyant que tout le monde était dans le coin.

La détermination du plus jeune ne fut pourtant que de courte durée. Son objectif devint en effet moins pressant et précis lorsqu'ils pénétrèrent à l'intérieur du centre commercial. Il s'arrêtait maintenant devant toutes les vitrines, touchant le verre du bout des doigts, regardant à l'intérieur des magasins avec émerveillement. Ils durent promettre de revenir faire un tour une fois la visite de l'aquarium terminée pour que l'enfant se décide à avancer.

Ils arrivèrent finalement à destination. Il était encore tôt dans la matinée, l'aquarium venait à peine d'ouvrir ses portes et encore très peu de personnes étaient arrivées. Tout l'étage était plongé dans une pénombre bleutée, Tetsurō sourit pour lui-même en entendant Shin s'émerveiller de la couleur des leds installées sur chaque marche d'escalier.

Son enthousiasme redescendit grandement en découvrant que face à lui s'étendait de simple aquarium rectangulaire, habité de petit poisson nageant paisiblement à travers des décors verdoyants.

— Ils sont minuscules les poissons, bouda presque le plus jeune.

— Et alors, toi aussi t'es tout petit, commenta Nao.

— Et regarde Shin, c'est joli le fond ! lui dit Kōtarō.

Le plus jeune s'approcha, regardant ce que son grand frère lui désignait. Kōtarō commença à conter des histoires fantastiques, faisant la voix de tous les poissons des bassins, ce qui ne manqua pas de faire rire son petit frère. Kuroo les regarda voyager de tank en tank pour continuer l'épopée magique d'un aventurier aquatique imaginaire. Ils se détourna finalement d'eux en sentant une main effleurer la sienne. En tournant les yeux, il trouva Keiji à ses côtés.

— Hey, dit-il en souriant.

— Hey… lui murmura son amoureux.

Ils tournèrent tous deux les yeux vers le tank face à eux. De minuscules poissons gris nageaient en banc à travers des montagnes verdoyantes, traversant les étendues végétales comme s'ils volaient.

— Je sais bien qu'éthiquement, commença Keiji, je ne devrais pas apprécier de voir des êtres vivants arrachés à leur habitat naturel pour être enfermés dans de petites boites en verre…

— Hum, lui concéda Kuroo.

— Mais j'apprécie toujours autant les aquariums… Je sais, c'est mal.

Tetsurō pouffa.

— C'est vrai que dit comme ça…

Son épaule frôla la sienne.

— Peut-être qu'on sera réincarnés en poissons d'aquarium en guise de punition, hypothesa Tetsurō.

— Hum… Peut-être.

Il soupira.

— Ah bien y réfléchir, quitte à être réincarné en poisson, je préfèrerai être dans un aquarium.

— Pff, et ton éthique ?

— Oui certes, mais si on y réfléchit bien, pas de prédateurs, nourriture gratuite et sans danger, de la compagnie… Ce n'est pas si mal finalement.

— Tu dis ça parce que t'es un humain, peut-être que tes besoins changeraient en tant que poissons…

— Peut-être que tous les poissons ici sont des réincarnations d'être humain…

Kuroo grimaça.

— C'est devenu très noir très vite.

Keiji rit doucement.

— Peut-être… À croire que l'adolescent gothique que j'étais et toujours quelque part.

Kuroo écarquilla les yeux.

— De quoi ?

— Si nous allions plus loin ?

— Non, Keiji, attends ! Tu étais, tu… Oh mon dieu je veux voir des photos ! Pourquoi personne ne m'a rien dit, Keiji !

Le fourbe venait de disparaitre à travers les bassins.

— Yo, quoi de n…

— Tu savais que Keiji avait eu une période gothique ?

Tetsurō venait de couper brutalement la parole à Kōtarō. Ce dernier en sursauta ostensiblement, surpris de l'intensité.

— Je le connais depuis ses deux jours et demi, bien sûr que je sais. Mais je dirais plus grunge que gothique…

— Oh… c'est encore mieux ! Et tu m'as rien dit ?

— C'était quelque chose qu'il fallait dire ?

— Absolument oui !

— Pff…

— Si tu veux, j'ai des photos, proposa Kenma qui venait d'arriver à leur hauteur.

— Oh my, oui, je veux voir ça !

— Tu n'oserais pas… murmura Keiji, resurgissant dans leur dos.

— Je ne les ai pas gardés si longtemps pour rien ! rétorqua Kenma, faisant défiler sa galerie photo à toute vitesse.

— Comment cela se fait-il que tu aies des photos ? On ne sortait même pas encore ensemble à ce moment-là, remarqua Keiji.

Kuroo vit le blond commencer à rougir.

— Parce que tu m'obsédais, que j'étais jeune et un peu… étrange.

— Tu prenais des photos de Keiji en scred ? demanda Tetsurō.

Kenma ne répondit pas, mais son visage parla pour lui.

— C'est…

— Adorable.

— Creepy.

Keiji et Kōtarō avaient parlé en même temps.

— C'est un peu creepy je dois l'admettre, concéda Kenma. Mais ça va, on était amis à l'époque, t'étais pas non plus un parfait inconnu que je chassais à travers les couloirs du lycée pour prendre des photos de ta petite culotte.

Ils pouffèrent tous trois en chœur.

— N'empêche que c'est un peu creepy, marmonna Kōtarō.

— Comme la jalousie te va mal, plaisanta Keiji.

— Je suis pas j…

— J'ai jamais dit que je prenais pas de photos de toi non plus, le coupa Kenma.

Cela eut le mérite de lui clouer de bec instantanément.

— Oh…

— Tiens, j'en ai une.

Kenma leur tendit le téléphone. Il s'agissait d'une photo où l'on pouvait voir Keiji et Kōtarō assis l'un face à l'autre dans ce qui devait être un parc. Leurs visages portaient encore leur rondeur enfantine. Kōtarō était affublé d'une coiffure encore plus improbable que celle qu'il arborait encore aujourd'hui, défiant encore plus les lois de la gravité. Le reste de sa garde-robe semblait néanmoins bien moins extravagante que celle que Kuroo lui connaissait, puisqu'il portait simplement un jean et un maillot de sport. Keiji quant à lui, oh… Keiji était formidable. Il prit le téléphone pour détailler le tout de plus près : il portait un col roulé à rayures noires et blanches, surmonté d'un large T-shirt noir. Il avait de nombreuses chaines autour du cou, portait des bagues à chaque doigt, et de larges lunettes étaient perchées sur son nez, retenues par une chaine argentée. À travers les troues de son pantalon noir, Tetsurō devina les croisillons bien reconnaissables de bas en résille. Il rougit bêtement.

— Je… c'est magnifique… Ok je me l'envoie.

Il réussit à le faire avant que Keiji n'ait réussi à lui reprendre le téléphone. Ce fut finalement Kenma qui eut le dernier mot : il reprit le téléphone et le fourra dans la poche de son sweat-shirt. Kuroo récupéra son téléphone et ouvrit directement la photo qu'il venait de s'envoyer.

— Je la chérirai jusqu'à la fin de mes jours, murmura-t-il, ému.

Alors c'était donc cela le syndrome de Stendal ?

Il fut ramené à la réalité par la voix de Nao.

— Hey, bougez-vous là on avance !

Ils se tournèrent tous les quatre en direction de la voix : Nao et Shin les attendaient devant les escaliers menant à l'étage inférieur. Ils s'empressèrent de les rejoindre.

— J'en ai encore plein d'autres, lui confia Kenma. Je te les montrerai si tu veux.

— Avec grand plaisir !

Une fois en bas, ils tombèrent directement sur un large bassin où se reposaient et nageaient des dizaines de pingouins.

— Les pingouins ! s'émerveilla le plus jeune, allant immédiatement plaquer son visage contre la vitre le séparant des animaux.

Peu satisfait de la vue qu'il avait, il se tourna vers Tetsurō et leva les bras. Ce dernier comprit sa demande et le souleva pour le porter, ce qui offrait une sacrée élévation pour le bambin qui pouvait maintenant voir l'intégralité de l'enclos.

— Oh ! Génial, des pingouins bi ! entendirent-ils Nao s'exclamer.

En tournant les yeux, Kuroo découvrit qu'il était occupé à regarder un large panneau.

— Oww, des pingouins bi ! s'exclama Shin.

Son enthousiasme fit rire Tetsurō.

— On peut aller voir ?

— Si tu veux.

Ils se dirigèrent donc vers le panneau devant lequel était toujours planté Nao. Il s'agissait d'un diagramme récapitulant les relations existantes entre chacun des alcidés. Apparemment, ils n'avaient pas l'air de s'ennuyer, aux vues de la complexité des relations sociales du groupe, de quoi faire plusieurs saisons d'une série young adult netflix.

— C'est lequel ? demanda Shin , toujours intéressé par la vie amoureuse compliquée de ces oiseaux.

— Là, lui montra son frère.

En effet, le panneau indiquait que deux mâles avaient pendant un temps étaient amoureux. Leur histoire avait cependant déjà pris fin, et chacun d'eux avait trouvé une nouvelle partenaire, qui semblaient elles aussi entretenir des relations tumultueuses avec le reste de leur colonie.

Kuroo pouffa en repensant à la conversation qu'il avait eue avec sa mère il y a peu. Il sortit son téléphone pour prendre une photo qu'il envoya à ses sœurs.

— Je pensais que les pingouins étaient monogames, commenta Nao.

— Apparemment pas.

— Non… Oh le moche ! hurla Nao en apercevant son petit frère derrière lui.

— Arrête de m'appeler comme ça !

Tetsurō et Shin restèrent ensemble devant le panneau, détaillant ensemble toutes les relations de la colonie. Kuroo finit par reposer l'enfant pour qu'il puisse voir le bas du panneau.

— Ils s'entendent vraiment bien, entendit-il Keiji commenter dans leur dos.

— Hmm, truc de bêtas, ils se comprennent, commenta Nao, amusé.

— Nao, arrête avec ça, gronda Kōtarō.

Tetsurō ne réagit pas vraiment à l'intervention. Cependant, comme il s'était complètement tu, Kuroo tourna les yeux vers Shin : il semblait avoir très bien entendu ce qu'il se disait dans son dos et cela n'avait pas l'air de le réjouir particulièrement. Il vit son visage se fermer complètement. Finalement il fit volteface :

— Arrêtez de dire ça ! hurla-t-il.

Finalement il se rua sur son ainé, lui envoya un coup de pied dans les mollets et partit en courant.

— Shin je…

Kuroo leva les yeux vers Nao et Kōtarō.

— Tetsu il voulait pas dire que… commença Kōtarō.

— Je vais aller le chercher, le coupa-t-il, leur passant devant sans échanger un regard.

— Tetsu…

Il ne prit pas la peine de répondre et prit la direction qu'il avait vu le plus jeune prendre. Il se retrouva rapidement devant un immense bassin. À l'intérieur nageaient ensemble des bancs de poissons multicolores et quelques petits requins, le tout dans une eau bleu sombre parsemée de perle de lumière. Les circonvolutions de l'eau se reflétaient sur le sol.

Shin était affalé dans un fauteuil installé face au bassin, les yeux brillant de larmes, l'air particulièrement courroucé. Kuroo vint s'installer à ses côtés. Il tourna les yeux vers le bassin et ne dit rien, attendant de voir si Shin acceptait sa présence.

— J'aime pas quand ils disent ça, finit par lui dire l'enfant.

Kuroo tourna finalement les yeux. Il se contenta de hocher la tête, attendant qu'il continue.

— Je… ils peuvent pas savoir, personne sait, et puis ça m'énerve je…

Il ne continua pas.

Kuroo comprit qu'il n'irait pas plus loin.

Il lui paraissait étrange qu'un tel chose le vexe autant. Mais il comprenait dans quel monde il grandissait. Si effectivement il s'avérait qu'il était bêta, cela ferait de lui une minorité dans sa famille, dans son monde, ce qui n'avait jamais était son cas à lui, pas sur ce point-là en tout cas. Mais il comprenait. Ce n'était surement pas une pensée très agréable pour un si jeune enfant.

— Tu as raison Shin, ils ne peuvent pas savoir.

L'enfant renifla bruyamment.

— Oui…

Shin n'avait plus l'air en colère. Cependant, Kuroo pouvait bien voir que le tumulte persistait en lui.

— Mais tu sais… Hum… même si c'est le cas, euh, c'est pas très grave.

— Quoi ?

— D'être un bêta.

Shin croisa les bras.

— Hum… Tu sais, ya plein de gens qui le sont, c'est pas grave. Moi je suis un bêta par exemple et… bah ça va.

L'enfant tourna les yeux vers lui, réellement surpris.

— Vraiment ?

— Oui.

Le plus jeune renifla une nouvelle fois.

— Tu sais eux… quoi qu'il se passe, ça ne… n'influe pas, ou ne change pas, la personne que tu seras… Enfin… On en est pas là… Mais tu as raison, ils ne peuvent pas savoir. Et c'est pas important de savoir maintenant. Mais Shin, quoi qu'il arrive, ça ira, je te le promets ok ?

Le petit hocha vigoureusement la tête. Il se laissa finalement tomber contre lui, ce qui arracha à Tetsurō un sourire de tendresse.

Il tourna les yeux vers le bassin.

Une grande raie passa devant eux.

— Regarde Shin, une raie, on dirait qu'elle vole !

— Trop beau ! s'enthousiasma le plus petit, dont l'humeur avait drastiquement changé.

Il se leva finalement pour aller coller sa tête contre la vitre.

— Et regarde là ! Tu vois ça ! C'est trop beau !

— Oui, je vois je vois.

Tetsurō resta assis, les yeux tournés vers l'enfant dont l'attention était à présent pleinement consacrée à la découverte des merveilles dont le bassin regorgeait.

— Hey.

Tetsurō détourna son regard du bassin. Nao venait d'arriver. Il se contenta d'incliner la tête pour le saluer, puis finalement tourna de nouveau les yeux vers le bassin.

Il entendit le jeune homme à ses côtés soupirer.

Finalement, Nao s'assit à ses côtés.

— Hum, commença-t-il pour attirer son attention, désolé pour tout à l'heure.

— C'est rien, c'est plutôt ton frère que ça a vexé. Moi ça va. Tu n'as rien dit de particulier.

Il n'avait certes rien dit de particulièrement vexant. Même si Kuroo voyait très bien ce que ses propos avaient sous-entendu, il voyait très bien ce qui avait profondément vexé le plus petit. En général, lorsque quelqu'un faisait une remarque sur son secondaire, ou sur tout sexe d'ailleurs, ce n'était pas forcément pour en faire l'éloge, mais plus pour véhiculer de vieux stéréotypes. Kuroo n'y avait pas forcément été sujet dans sa vie, mais bon.

Il pouvait passer outre.

— C'est pas pour rien que le mioche s'est vexé, et je suis très loin d'y être pour rien…Hum… Peut-être qu'on a un peu abusé avec ça.

— Hmm…

Kuroo ne savait pas dire ce qu'il ressentait véritablement. Profondément, il comprenait que rien n'avait été dit pour le persécuter personnellement, mais cela l'avait tout de même vexé…

— Déso, c'était nulle de ma part. J'aimerais pas qu'on me fasse la même chose.

Kuroo se contenta de vaguement hocher la tête. Maintenant il voulait juste que la conversation prenne fin sans partir en cacahouète. Il n'avait pas forcément envie de rentrer en confrontation avec son beau-frère alors qu'il se connaissait si peu.

Dans sa vision périphérique, il vit Nao lui prêter un regard, avant de détourner rapidement les yeux, il frotta nerveusement sa nuque et reprit finalement la parole :

— Je t'avoue que… Je … pff je me rends compte que j'avais plein de préjugé, de truc débile… Enfin maintenant je vois que c'est débile. Et…

— Nao, c'est pas grave j'ai l'habitude, le coupa Tetsurō qui souhaitait s'échapper de cette conversation le plus rapidement possible.

Nao lui n'avait pas l'air de son avis. Apparemment il était aussi là pour challenger ses conceptions sociales. Franchement, Kuroo n'était pas en position de juger la nature de ses préjugés…

— Peu importe que t'ais l'habitude ou pas… Je veux dire, je me suis mangé tellement de ce genre de conneries dans ma vie, j'ai pas forcément envie de répéter le schéma.

Il soupira de nouveau.

— Je sais que… Enfin, on m'appelle bêta pommé depuis que je suis arrivé ici, ce qui très lucidement était plus que vrai, et l'est toujours d'ailleurs donc bon… Je comprends. On est quand même une bonne bande d'ignorants, je vais pas nier la discrimination systémique qui existe dans ce pays, et j'en profite assez grandement en général… Et j'ai surement dû, et dois toujours y participer malgré moi. Moi aussi j'avais plein de stéréotypes débiles et… enfin voilà.

— Woh, t'es parti hyper loin hyper vite, remarqua Nao.

Il est vrai que pour quelqu'un qui ne souhaitait pas participer au débat, il y avait quand même sacrément mis les pieds dans le plat.

— Désolé…

— Non, mais t'excuse pas.

Le silence tomba quelques instants entre eux.

— Moi aussi j'avais plein de stéréotypes débiles plein la tête jusqu'à tard, jusqu'à ce que je me retrouve ici en fait.

— Bon… après t'es quand même un mec queer dans un quad avec deux omégas et un alpha, niveau déconstruction je m'en fais pas trop, commenta Nao.

— Pff, vue comme ça…

— Même… déso… Je… Enfin, quand Kōtarō nous a dit qu'il sortait avec un bêta, ça… eux… je t'avoue que j'étais là « c'est qui cet abrutie », no offence.

— None taken.

— Mais… maintenant que je te connais un peu plus, je trouve quand même que t'es un mec sacrément cool.

— Euh… merci ?

— Et puis… quelque part ça me rassure.

— De ?

Nao échappa un long soupire.

— Que tu sois dans le coin. Mes parents… surtout mon père en fait, étaient en train de perdre les pédales, catastrophés que l'un de leurs enfants soit bêta… Hum… j'ai l'impression que ça va mieux… et je pense que c'est quand même grâce à toi aussi…

— Oh… euh… ok.

Tetsurō se rappela la première fois qu'il avait rencontré Naruhito-san, de la froideur de son regard. Il se rappela également la dernière interaction qu'il avait eue avec lui, il était vrai que son regard avait définitivement changé entre temps. Tetsurō ne savait pas vraiment ce qu'il avait fait de particulièrement remarquable pour s'attirer cette sympathie, mais il ne pouvait que s'en réjouir.

— Merci.

— De ?

— Pff, je sais pas…

— De pas être un abruti ? De rien j'imagine.

Son intervention fit pouffer son interlocuteur.

— Regardez le gros poisson ! les interpella Shin en désignant un coin vide de l'aquarium.

— Quel gros poisson ?

— Là !

— Ya rien là Shin…

— Mais si, vient regarder !

— Bon… bah si il faut que j'aille regarder alors, marmonna l'ainé.

Il tapota rapidement son épaule et se redressa pour aller à la rencontre de son petit-frère. Kuroo les regarda interagir. Shin avait retrouvé son enthousiasme, ayant visiblement déjà oublié ce qu'il s'était produit plus tôt.

— Hey babe…

Il tourna les yeux vers Kōtarō qui venait d'arriver à sa hauteur. Il lui sourit, et son petit-ami vint s'installer à ses côtés.

— Déso… Mon frère peut être un abruti parfois…

— Pff… c'est rien… On en a parlé… C'est ton petit frère qui était vexé. Mais ça à l'air d'aller maintenant.

Kōtarō tourna les yeux vers son cadet. Il échappa un sourire.

— Oui…

— Tu lui as parlé ?

— À qui ?

— Shin ?

— Vite fait… Mais j'ai pas eu à dire grand-chose… Il était énervé parce qu'il disait que personne ne pouvait savoir encore…

— Hmm… Peut-être que mes frères se sont assagis finalement.

— Assagis ?

— Hum… Franchement, ils avaient été sacrément merdique avec moi.

Tetsurō fronça les sourcils, tournant toute son attention vers son petit ami.

— Oh…

— Je… hum… quand j'avais genre, onze, douze ans… J'ai dû faire une radio et je sais plus quoi, une échographie, enfin, un truc comme ça.

— Ok…

Il ne voyait pas bien où il voulait en venir pour le moment.

— Non, mais rien de grave, j'avais juste avalé des épingles à nourrice.

Kuroo s'en horrifia.

— Non, mais fermé ! Enfin je savais pas, mais bon… Rien de grave.

— Une potentielle perforation c'est pas forcément ce que j'appelle pas grave !

— Bon ok, mais tu veux la suite de l'histoire ou pas ?

— Pff, oui vas-y.

— Bon… bref, les radios… J'en avais pas fait avant et, enfin… On aurait pu le savoir avant, mais mes parents voulaient pas forcément le savoir… Bref. C'est comme ça qu'ils ont appris, enfin moi aussi, mais bon, qu'ils ont appris que j'étais heu, qu'ils ont appris mon secondaire.

— Oh… euh… ok.

— Mes parents étaient ravis, après trois alphas enfin ils… m'avaient moi. Mais franchement, je l'ai vraiment, mais vraiment pas du tout bien prit… J'avais fait promettre à mes parents de ne rien dire, en tout cas jusqu'à ce que… jusqu'à ma présentation… Je crois que j'espérais que c'était une erreur, que finalement ça ne soit pas le cas…

— Euh… Et… pourquoi tu l'as mal pris ?

— Bah disons que c'est triste, mais c'est un peu signé « hello la vie de merde » quand même.

— Oh…

— Et puis… j'avais quand même des tas de préjugés en tête, que j'avais entendu à l'école, ou à la télé… Enfin… Je disais rien parce que je voulais pas blesser mes parents, surtout Papa et Maman et … Mais bon, ça me faisait bien chier…

— Humm…

— Soyons bien clair, ça me fait toujours bien chier, mais je me rends bien compte que c'est pas à cause de mon secondaire hum directement, c'est juste le système qui est fucked up. Sinon… bah ça fait partit de moi, et je… j'aime bien ça aussi de moi… Bref.

Tetsurō hocha la tête et l'invita à continuer.

— Mes frères ont vraiment été des grosses merdes avec ça… Franchement, à cet âge-là, je m'entendais pas masse avec eux déjà, mais là… Attends, un jour on était à une fête foraine, je faisais des auto-tamponneuses avec mes grands-frères et ma grande sœur et je me souviens que Nao m'a sorti un truc du genre « Profite, après tu devras demander la permission de ton alpha pour faire ça ».

Tetsurō grimaça.

— Ish… Ouais ça craint.

— Un peu ouais… j'aurais pu le buter, je crois. Ils se sont pris un sacré savon d'ailleurs… Mais… Je sais pas trop ce que mes parents leur ont dit, mais… Ils ont changé. Je crois que je suis rentré en cycle peu après ça et… Ils ont arrêté de me faire chier… Ils ont vraiment été adorables en fait, et…C'est aussi grâce à eux et leur support que je me sens relativement bien dans ma peau maintenant… Je m'entends bien avec eux aujourd'hui ; mais c'était pas super bien parti. Ils m'appellent toujours le moche, mais bon… C'est affectueux… J'imagine. Bref… Ce que je voulais dire c'est que Nao est un peu long à la détente parfois… Mais je pense pas qu'il pense à mal ou… je crois juste qu'il se rend pas compte.

— Il… s'est excusé… Je crois qu'il… enfin j'espère, qu'il embêtera pas ton frère avec ça.

— Hmm…

Un petit requin slaloma entre les rochers et passa à quelques centimètres de la vitre.

— Ya, genre huit mois je crois, Shin a dû aller à l'hôpital à cause d'un mal de ventre ou un truc du genre… Ils ont fait des radios et tout et… Bah on sait pas son secondaire exact, mais on sait que ce n'est pas oméga.

— Oh… Ok.

— On verra bien… J'espère juste que mes ainés répéteront pas les mêmes conneries qu'ils ont faites avec moi… Mais bon… Apparemment ça va, dit-il en tournant les yeux vers ses frères. Nao avait pris Shin dans ses bras et ils détaillaient ensemble les poissons nageant à quelques centimètres d'eux.

— Apparemment… Et puis…

— Hmm ?

— C'est aussi toi l'ainé maintenant, le grand-frère.

Kōtarō lui sourit.

— C'est vrai…

— Ni-san !

Kōtarō tourna les yeux et réceptionna dans ses bras son petit frère qui venait de courir dans sa direction.

— Hey moustique.

— J'ai vu tous les poissons !

— Hum, vraiment tous ?

— Oui, vraiment.

— Et tu leur as tous donné un nom ?

— Non… Mais j'ai faim ! Je veux manger des glaces.

— On va peut-être manger autre chose avant de manger des glaces.

Cette affirmation ne sembla pas particulièrement réjouir le plus jeune.

— Moi aussi j'ai la dalle, déclara Kenma qui venait d'arriver à leur hauteur, Keiji sur les talons.

— Oh attend, je veux voir la boutique avant ! s'exclama Shin. Nao, donne-moi mes sous !

— Donne-moi mes sous quoi ?

— Mes sous… maintenant ?

— Et le s'il te plait ?

— S'il te plait.

— Beaucoup mieux… Je viens avec toi attends. Hey, on vous rejoint dehors, signala Nao avant de prendre son petit frère par la main pour se diriger vers la boutique souvenir.

— Bon, on bouffe quoi du coup ?

Il n'eut finalement pas vraiment le choix, à peine le bout 'chou réapparut qu'il clama qu'il voulait bien manger autre chose que des glaces, mais qu'il refusait de manger autre chose que des nuggets de poulet. Ils lui avaient finalement cédé, ayant traversé tous les étages du centre commercial pour trouver de décents nuggets dans un restaurant de burger gourmet. Ils s'étaient ensuite fait balader à travers les magasins, Shin hurlant de joie et s'émerveillant face à tout et n'importe quoi : un magasin pour enfant comme une boutique de vêtement pour sexagénaire, tout y était passé. Ils avaient finalement réussi à pousser pour se rendre au planétarium, dont aucun d'eux ne profita réellement puisqu'ils s'endormir à peine installer dans les fauteuils. Tetsurō se rappelait vaguement avoir vu une nébuleuse diffusée sur le dôme au-dessus de sa tête avant de tomber dans les bras de morphée. Ce fut cependant l'une des siestes les plus agréables de son existence, mais également la plus chère. Après avoir refait un dernier tour des magasins, et voyant que Shin commençait enfin à fatiguer, ils avaient décidé de s'en retourner. Le voyage retour se fit dans le calme. Tetsurō était installé à l'arrière du véhicule, la tête reposant paresseusement sur la vitre. Il regardait le paysage urbain défiler. Les derniers rayons crépusculaires se reflétaient sur les façades en verres des immenses gratte-ciels, les faisant scintiller dans une lumière orangée. Il sourit pour lui-même. Cela avait été une bonne journée… Il avait surement vieilli, car il y a peu il aurait préféré organiser une grosse fête plutôt que de passer sa journée avec un gamin. Mais tout était très bien ainsi.

— Je vous dépose à la gare du coup ? Demanda Kenma.

— Hmm, ouais- répondit Nao en levant les yeux de son téléphone- ya un train dans dix minutes, on y sera ?

— Largement.

— Vous rentrez comment de la gare à la maison ? intervint Kōtarō.

— J'ai la voiture de Mams.

— Ok…

Ils arrivèrent finalement à la gare. Nao du réveiller son petit-frère. Ils les saluèrent et les remercièrent avant de tourner les talons pour pénétrer dans la gare. Cependant, avant même qu'il n'est pu redémarrer, ils virent Shin courir à toute vitesse dans leur direction, trottant d'un air paniqué.

— Pff, qu'est-ce qui lui arrive ? Shin, t'as oublié quelque chose ? demanda Kenma en ouvrant la fenêtre.

Le plus jeune ne lui répondit pas et fit le tour de la voiture pour se rendre devant la porte où était installé Kuroo. Il frappa et il lui ouvrit.

— Shin ?

Le petit était à bout de souffle.

— J'avais oublié !

Il lui tendit un petit sac à l'effigie de l'aquarium qu'ils avaient visité plus tôt dans la journée.

— Joyeux anniversaire !

Tetsurō cligna plusieurs fois des yeux, surprit de l'attention.

— Oh, fallait pas Shin-kun, c'est très gentil, mais…

— Shin !

Nao venait de refaire son apparition, complètement paniqué.

— Il est là, lui indiqua Kenma à travers la fenêtre.

— Je suis là ! hurla le petit pour indiquer sa position. Ouvre quand je suis pas là, précisa-t-il. Il le salua poliment et rejoint son ainé.

— Mais ça va pas de partir comme ça ! Ya des voitures ! le réprimanda Nao.

— Désolé, j'avais oublié quelque chose.

— Ne pars plus jamais comme ça ok ! Bon, dépêche, on va louper le train. Nao prit son frère dans ses bras et se dirigea à toutes jambes vers la gare, les saluant une dernière fois.

Une fois qu'ils eurent disparu pour de bon, ses trois petits copains se tournèrent vers lui.

— C'est quoi ?

— Un cadeau.

— Oui, mais quoi ?

— Vas-y ouvre !

Tetsurō s'exécuta. Emballé dans du papier, il trouva un mug. Il sourit, touché de l'attention et le sortit pour pouvoir en admirer les détails. La tasse était décorée de dauphins et de poissons en tout genre dans un décor des plus abominablement kitch.

— C'est magnifique… murmura-t-il.

Kenma pouffa.

— J'ai jamais vu un truc aussi moche.

— C'est ce qui fait son charme ! argumenta Tetsurō.

Akaashi échappa un sourire.

— Regarde, il y a écrit quelque chose derrière.

Tetsu fit glisser le mug sous ses doigts pour voir ce qu'il en était. Il sentit son cœur se serrer, noyé de tendresse lorsqu'il découvrit enfin ce qu'il y était inscrit.

— Ya écrit quoi ? demanda Kōtarō en se penchant.

— Grand frère, murmura Tetsurō, souriant tendrement.

Les trois autres sourires également.

— C'est un beau cadeau, déclara Kenma.

Tetsurō hocha la tête. Il rangea la tasse dans son petit sac qu'il serra contre sa poitrine.

Oui, c'était un très beau cadeau.

-Fin du chapitre-

note: j'ai moi-même par mégarde avalé une épingle à nourrice dans ma jeunesse, je n'ai rien découvert de particulier, mis à part que je suis stupide.

Prochain poste surement le 1er, à l'année prochaine ;) merci de m'avoir suivie cette année, on repart pour la suite!

Prochain chapitre: "Parenti acquisiti 2"

"D'après l'éminent philosophe allemand Karl Marx : « l'histoire se répète tout d'abord comme une tragédie, après comme une farce ». Kuroo ne savait pas bien comment il savait cela, ni d'où exactement sortait cette citation, mais elle avait tout de même surgi en lui de quelque part des tréfonds de son cerveau. Il n'était pas bien sûr du côté tragédie, mais il voyait plutôt bien ce qu'il voulait dire côté farce."