Résumé: "D'après l'éminent philosophe allemand Karl Marx : « l'histoire se répète tout d'abord comme une tragédie, après comme une farce ». Kuroo ne savait pas bien comment il savait cela, n'y d'où exactement sortait cette citation, mais elle avait tout de même surgi en lui de quelque part des tréfonds de son cerveau. Il n'était pas bien sûr du côté tragédie, mais il voyait plutôt bien ce qu'il voulait dire côté farce."

Chapitre 41 : Parenti acquisiti 2

D'après l'éminent philosophe allemand Karl Marx : « l'histoire se répète tout d'abord comme une tragédie, après comme une farce ». Kuroo ne savait pas bien comment il savait cela, ni d'où exactement sortait cette citation, mais elle avait tout de même surgi en lui, venue de quelque part des tréfonds de son cerveau. Il n'était pas bien sûr du côté tragédie, mais il voyait plutôt bien ce qu'il voulait dire côté farce. Une semaine s'était écoulée depuis qu'ils avaient décidé de fêter son anniversaire et qu'ils s'étaient retrouvés en très jeune, mais néanmoins charmante compagnie, à l'aquarium de Sumida. Nous étions le 5 décembre, jour sacré de la naissance d'Akaashi Keiji, et ses petits-amis et lui-même avaient décidé de retenter le réveil-surprise. L'opération était dangereuse : la cible n'était pas vraiment du matin, un faux pas et tout tournerait au vinaigre. Mais ils ne venaient pas les mains vides, loin de là : caféine, sucre rapide, cadeau et câlinage, voilà qu'elles étaient leurs principales armes. Leur mission ne pouvait que réussir ! Ils avaient envoyé Kenma en premier au front : le plus valeureux d'entre eux. La bête avait d'abord protesté, lâchant des grognements gutturaux comme un matou courroucé. Le blond, qui n'en était pas à son premier rodéo, avait rapidement réussi à l'amadouer et les avait invités à les rejoindre. Keiji s'était rapidement apaisé, leurs atouts avaient finalement fait la différence ! Une fois ses cadeaux déballés, il se laissa volontiers câliner, un sourire béat étendu sur ses lèvres, les yeux encore imbibés de sommeil, gazouillant à présent comme un moineau voyant arriver le printemps.

Soudain, alors qu'ils étaient occupés à paresser, ils entendirent le parquet du salon craquer. Ils se figèrent, tous à l'affut du moindre bruit. Les craquements reprirent : aucun doute, quelqu'un avait pénétré dans la maison. Instinctivement, ils se cachèrent sous la couverture.

— Je délire pas, ya vraiment quelqu'un ? murmura Kenma.

Les trois autres hochèrent la tête.

— Je suis sûr d'avoir fermé la porte, dit Kōtarō.

— Sûr sûr ?

— Sûr.

Silence. La panique commençait à monter.

— Ça peut pas être ton frère encore ? proposa Tetsurō.

— … J'en doute, on l'aurait déjà entendu hurler, répliqua Kōtarō. L'inquiétude se faisait clairement entendre dans sa voix.

— Hmm…

— C'est un cambrioleur alors !

— Qui est assez con pour faire un cambriolage à neuf heures du mat ! rétorqua Kenma.

— Je sais pas…

— Tetsu, va voir !

— Pourquoi moi ? couina le concerné.

— T'es le plus grand !

— Et alors ! Pourquoi pas Kōtarō, ça sert à rien d'aller autant à la salle pour même pas nous défendre ! Kenma, vas-y toi, prend tes cordes pour le ligoter.

La réflexion eut le mérite de les faire pouffer.

— Arrêtez, ce n'est pas drôle du tout, dit Keiji dans un rire nerveux tout en remontant les pans de la couverture.

— Allez Ji ! On a établi que c'était pas un cambrioleur, vas-y !

— Mais non !

— Si ça se trouve c'est un animal, genre un raton laveur.

— Ya pas de ratons laveurs ! Et puis j'ai jamais vu de raton laveur déplacer des meubles !

— … Un tanuki ?

— Allez ! Tu te montres pas, juste tu vas voir, et tu reviens.

— Tiens, lui dit Keiji tout en lui tendant une batte de baseball.

— Qu'est-ce que tu fous avec ça sous ton lit ?

— Au cas où !

— Non, bon attends, on est stupide, ça peut être dangereux... On bouge pas et on appelle la police !

— Oui…

Bien qu'au bord de la syncope, Tetsurō décida de jouer les grands chevaliers et de protéger ses amoureux au péril de sa vie. Il inspira, et prit la batte.

— Ji attends…

— Je vais juste voir, je reviens.

Les trois autres hochèrent la tête.

— Si je crie, venez me sauver.

— Ok.

À pas de loup, il se dirigea vers la porte de la chambre qu'il ouvrit discrètement. Il s'engagea dans le couloir. Il faisait beaucoup moins le malin à présent ! Son cœur battait si fort qu'il en avait la tête qui tournait, il tentait désespérément de contrôler son souffle erratique pour ne pas se faire repérer. Prenant son courage à deux mains, il remonta le couloir en longeant le mur. Il s'arrêta à mi-chemin et se pencha pour jeter un coup d'œil au miroir du salon. Il sentit son cœur exploser de pure panique en décelant quelqu'un dans le miroir. Paniqué, il rebroussa chemin et rentra de nouveau dans la chambre d'Akaashi pour se réfugier tout de suite sous la couverture.

— Ya vraiment quelqu'un, lâcha-t-il d'une voix étriquée de panique.

— Ok…ok. Pas un bruit, on va appeler la police, tenta de les réassurer Kenma.

— On peut pas rester là ! On va se faire repérer ! Si ça se trouve, ils sont armés !

— Qui ils ?

— Personne cambriole une maison seule à neuf heures du mat !

— Non je pense que y'avait qu'elle.

— Elle ?

Dans la panique, il n'avait pas eu le temps de détailler l'intrus, mais il pouvait maintenant se remémorer un peu mieux ce qu'il avait vu.

— Oui elle… Je suis pas sûr que c'était une voleuse non plus… Personne fait un cambriolage en tailleur et talons aiguilles, non?

Les trois autres parurent également décontenancés par ce détail.

— À quoi ressemblait-elle ? demanda Keiji.

— Je sais pas… Classe, cheveux longs noirs… Peut-être qu'elle s'est trompée de baraque.

— Ou c'est un subterfuge ! Après, elle va nous ligoter et nous crever les yeux !

— C'est bizarre de ranger la baraque de tes futures victimes, non ?

— C'est peut-être son mode opératoire…

— C'est débile, elle va laisser des empreintes partout !

Keiji semblait en pleine réflexion. Finalement, il demanda :

— Kōtarō, prends mon téléphone sur la table de nuit s'il te plait.

— Tu vas appeler la police ? demanda le concerné en lui tendant l'appareil.

— Non…

Il déverrouilla le téléphone. Il soupira et ferma les yeux, visiblement courroucé. Sans plus d'explication, il s'extirpa du lit et sortit de la chambre.

— Keiji attends ! C'est dangereux ! couina Kōtarō.

Tous trois se levèrent pour le suivre. Keiji n'avait pas l'air apeuré, juste en colère. Il remonta le couloir et arriva dans le salon :

— Tsu, je peux savoir ce que tu fais ici ?

Kōtarō et Kenma échappèrent un soupir de soulagement.

— C'est qui ? demanda Kuroo.

— Sa sœur…

— Tu ne peux pas rentrer comme ça sans t'annoncer, tu imagines ? Nous étions sur le point d'appeler la police, tu nous as fait une de ses frayeurs, tu ne p…

Ils virent finalement apparaitre la jeune femme. Elle prit son petit frère par les épaules et le regarda droit dans les yeux. La trespasseuse avait l'air bien plus effrayée qu'eux quatre réunis.

— Elles arrivent…

Sa panique se transmit directement à Keiji, qui s'empressa d'aller à son tour ranger l'appartement.

— C'est quoi ce délire ? murmura Kenma.

Ils pénétrèrent à leur tour dans le salon.

— Bonjour Tsubaki qu'est-ce que… se mouilla Kōtarō.

— Tiens, lui répondit simplement la concernée un lui tendant un plumeau- toi tu fais la poussière.

— Euh, ok mais…

— Vite ! On a pas beaucoup de temps !

— Qu'est-ce qu'elles viennent faire ici, elles ne sont pas revenues depuis des mois ?

— Surprise pour ton anniversaire, et une histoire de papiers je sais pas, mais il faut aller vite !

— Mais de qui ? demanda Kenma.

— Nos parents. Tiens, lave les vitres, lui ordonna Tsubaki en lui tendant un chiffon et du produit.

Kenma souffla, mais s'exécuta tout de même.

— Reste pas planté là toi tu…

La jeune femme releva finalement les yeux.

— T'es qui toi ?

— Hum… Kuroo… Tetsurō.

— Oh… ok. Toi tu passes l'aspirateur.

— Euh… Ok.

— Je vais faire une bassine d'eau chaude pour nettoyer le sol ! annonça Keiji en se précipitant dans la cuisine.

— Oui ! Et après occupe-toi de la salle de bain !

— D'accord… On a combien de temps ?

— Trois heures… peut-être un peu plus… Mais on n'a pas une seconde à perdre !

— On n'y arrivera jamais ! paniqua Keiji.

— L'aspirateur ! Vite !

Sans plus de résistance, Tetsurō alla récupérer l'aspirateur. Il fut si pris par ce remue-ménage (littéralement) qu'il n'eut même pas le temps de paniquer correctement à l'idée de rencontrer les parents de Keiji.

— Faut que je fasse changer le verrou de la porte bordel, râla Kenma.

-/-

Tsubaki ne les avait pas lâchés avant que chaque recoin de l'appartement soit propre, chaque joint épousseté, chaque millimètre du parquet ciré. Ils n'eurent pas une seconde de répit après ça, la jeune femme les ayant pressés de se préparer le plus rapidement possible, Tetsurō avait même dû prendre sa douche avec Keiji pour ne pas perdre une seconde. Il aurait bien profité de ce moment seul avec lui pour lui poser des questions sur ce qu'il était en train de se passer, mais y avait renoncé, l'intéressé étant bien trop prit dans ses propres pensées pour pouvoir répondre à ses questions. Ils avaient ensuite dû passer à l'inspection des tenues, et là encore, ils n'avaient pas pu faire usage de leur libre arbitre : chemise, pull, pantalon noir pour tout le monde. Ils étaient fin prêts pour recevoir la famille Akaashi, ou aller faire un service dans le resto étoilé du coin.

Ils attendaient à présent tous les cinq dans le salon en silence.

— Je vais préparer du thé, déclara Keiji en se levant.

Sa sœur l'attrapa par le poignet avant qu'il n'ait pu faire un pas de plus.

— Non ! Elles vont se douter que tu étais au courant !

— Je dois également faire semblant d'être surpris ?

— Oui ! C'est le but !

— … Mais je…

— Fais ce que tu peux Keiji !

— Excuse-moi Tsubaki, intervint Kenma, mais elles vont pas se douter de quelque chose si t'es là ?

— Oh… Oui ! Mince ! Il faut que je file !

Alors qu'elle récupérait ses affaires, la sonnette du portail retentit.

— Eh merde, merde !

— Pas de panique, on pourra dire que tu étais venu me rendre visite pour l'occasion, proposa Keiji.

— Ok, ok, ça peut marcher.

La sonnette retentit de nouveau.

— Bon il faut y aller, Keiji vas-y.

— Moi? Non, viens avec moi !

— Je suis pas censée être là !

— Peu importe, viens.

Sa sœur hocha négativement la tête, mais Keiji la saisit par le poignet et se dirigea vers la porte d'entrée. Tsubaki tenta de se débattre, en vain.

Kenma soupira.

— Pas vraiment comment j'envisageais ma matiné…

— Moi non plus…

Le silence s'étendit entre eux.

— Hum… Elles sont… si terrible que ça ? hésita Tetsurō.

— Non ! Non…

— Juste un peu, enfin…

Kōtarō agita étrangement ses mains.

— Un peu quoi ?

— Carrée.

— C'était carrée ça ? remarqua Kenma.

— Bah oui, comme ça, se défendit Kōtarō en recommençant sa gestuelle désarticulée.

Ils se turent en entendant des pas dans l'escalier et des voix leur parvenir, et se rangèrent instinctivement en rang d'oignon. Tsubaki fut la première à rentrer, suivi de son petit frère.

— La circulation ici est toujours un véritable cauchemar, ça au moins ça ne me manque pas du tout !

Une grande femme d'une cinquantaine d'années venait de pénétrer dans la pièce. Kuroo fut immédiatement saisi par son élégance et sa grande taille. Elle devait déjà approcher le mètre 80 et était perchée sur de fins escarpins noirs. Elle réajusta son élégant tailleur et retira ses lunettes de soleil, détaillant l'appartement sans sembler avoir remarqué leur présence.

— Ûme ma chérie, je ne pense pas que le trafic de Séoul soit beaucoup mieux, sa première compagne venait de rentrer à sa suite. Elle avait elle aussi une aura et une prestance mémorable, vêtue d'un somptueux kimono bleu ciel et d'un obi rouge vif décorée de fleurs dorées. Oh, les enfants, vous êtes là, déclara-t-elle posément avant de leur sourire.

— Torishima-san, Suzuki-san, ravis de vous revoir, les salua poliment Kenma.

Kōtarō et lui-même suivirent le mouvement, se courbant pour saluer les matriarches.

Alors qu'elles s'apprêtaient à les saluer en retour, ils entendirent de lourds pas dans l'escalier. Étrange, pourtant Kōtarō était déjà avec eux…

Surgit alors comme un boulet de canon la dernière des matriarches.

— Je suis tellement exitée ! Comme c'est bon de retrouver la maison ! Elle bouscula ses deux partenaires. Ses cheveux, attachés dans un chignon retenu par deux baguettes en bois, s'étaient défaits dans sa course. Elle portait une chemise à fleurs rose vif et un pantalon large noir dont les pans trainaient sur le sol.

— Akaashi-san.

— Kozume-kun, Bokuto-kun, comme c'est bon de vous revoir ! Elle se précipita sur eux, leur prenant à chacun une main qu'elle plaça sur son cœur. Son regard trouva finalement Tetsurō.

— Oh, et tu dois être Kuroo-kun.

Alors qu'il s'apprêtait à lui répondre elle se jeta sur lui et prit ses mains dans les siennes.

— Comme j'avais hâte de te rencontrer ! Oh c'est formidable! Oh, oh! Où sont les fleurs ? demanda-t-elle en se tournant vers ses partenaires.

— Yuu était censé les avoir, où est-il encore. Yuu, dépêche-toi !

Ils entendirent quelqu'un monter les escaliers d'un pas trainant. Apparut alors un adolescent de treize-quatorze ans, visiblement peu ravi d'avoir été trainé jusqu'ici. Il souffla une fois arriver en haut.

— Eh bien et bien, où sont tes manières Yuu, salue donc tes beaux-frères.

L'adolescent roula des yeux, se pencha mollement et tendit le bouquet dans le vide d'un air nonchalant.

— Oh… Merci Yuu-kun, je vais m'en occuper, se porta volontaire Kenma, parfaite occasion pour s'extirper de cette situation.

La femme en tailleur se racla la gorge, et se tourna vers son second fils. Elle haussa un sourcil et déclara :

— Tu ne penses pas avoir oublié quelques présentations Keiji ?

Tetsurō se raidit et serra ses mains dans son dos.

— Oh… Hum, Tet… Kuroo-san

Tetsurō tiqua, mais ne fit aucune remarque.

— Je te présente Suzuki Kyoshi- commença-t-il en désignant la femme en Kimono- Torishima Ûme- continua-t-il en désignant la businesswoman- et Akaashi Atsuko- aka le boulet de canon- mes parents. Mères, je vous présente Kuroo Tetsurō… Hum, mon… notre… petit-ami.

Super gênant, ce qui n'aidait en rien à apaiser l'anxiété commençant à bouillir en Tetsurō. Il se pencha tout de même une nouvelle fois et se présenta aussi solennellement que possible.

— Comme je disais, ravie de te rencontrer Kuroo-kun, intervint Atsuko. Et joyeux anniversaire Keiji ! Tu es surpris de nous voir ?

— Oh, très.

— Parfait, c'était l'effet escompté, dit Kyoshi dans un sourire pausé.

— Hum, venez installez-vous, intervint finalement Tsubaki invitant ses parents à venir s'assoir sur le canapé. Kōtarō les suivit également, entamant la conversation avec Atsuko.

Tetsurō resta planté dans l'entrée avec Keiji et Yuu.

— Hum… Ravi de te rencontrer Yuu-kun.

Le benjamin de la fratrie se contenta de plisser les yeux et de le toiser d'un air supérieur. Oikawa-san ? Vous ici ? Le plus jeune le détailla de la tête aux pieds et lâcha un commentaire dans une langue qui lui échappa, très certainement du coréen. Malheureusement pour lui, qui avait oublié que son frère était un monstre polyglotte, il lui répondit dans cette même langue d'un ton sévère. L'adolescent maintint son regard quelques secondes, avant de finalement le saluer poliment. Il ne manqua pas d'échapper un soupir exaspéré avant de rejoindre ses parents.

Tetsurō le regarda faire, et tourna de nouveau son attention vers Keiji, qui souriait maintenant malicieusement, visiblement satisfait de son intervention.

— Qu'est-ce qu'il a dit ?

— Des inepties…

— Oh… Et qu'est-ce que tu lui as dit ?

— Je l'ai repris sur la conjugaison d'un verbe. Et je lui ai dit que s'il voulait être irrespectueux, autant qu'il le fasse correctement.

Tetsurō pouffa :

— Woh, burn.

— N'est-ce pas. Allez, allons-y.

Kuroo hocha la tête et le suivit. Il s'installa sur le canapé et sentit son anxiété peu à peu redescendre. Les parents de Keiji étaient bien trop occupées à relater leurs vies dans la capitale Coréenne pour lui prêter attention.

— Il faut vraiment que vous veniez nous rendre visite les enfants, vous verrez, le jardin est superbe !

— En parlant de cela, intervint Suzuki-san en se tournant vers sa fille ainée, où est ta sœur ?

— Oh euh, à la maison Oka-san.

— Oh, il faudra lui dire de nous rejoindre plus tard ! répondit joyeusement Akaashi-san.

Torishima-san venait de se lever, partit visiblement inspecter la propreté des joints de la cuisine.

En tournant les yeux, Tetsurō constata que Keiji regardait sa mère faire d'un air soucieux.

— Keiji, tout se passe bien à la fac ? demanda Akaashi-san avec enthousiasme.

— Oui, très bien, je dois encore finaliser le dossier pour…

— Parfait, le coupa Akaashi-san, et toi Tsubaki ?

— Hmm, oui, très bien, juste quelques problèmes au centre, mais je…

— Superbe ! la coupa à son tour Atsuko. Oh, je ne vous ai pas encore parlé de la galerie n'est-ce pas ? Oh vraiment c'est…

Elle se tut lorsque sa partenaire posa une main sur sa cuisse.

— Atsuko, ma chérie, écoute donc ce que les enfants ont à dire.

— Oh oui, désolé, je m'éparpille, je m'éparpille. Kuroo-san, Keiji m'a dit que tu faisais de la biologie c'est vraiment formidable !

— Oh euh…

Akaashi-san chercha au fond de son sac sans attendre sa réponse et lui tendit une pierre… Visiblement non précieuse ni semi-précieuse : un caillou donc.

— J'ai trouvé cela la dernière fois sur la plage, peut-être peux-tu me dire de quoi il s'agit ?

— Maman, je ne suis pas sûr que cela soit son domaine d'expertise, intervint Keiji.

— Euh oui…

— Oh mince, Atsuko avait vraiment l'air déçue de l'apprendre.

— Mais si je devais deviner, je dirais que c'est surement… un galet, proposa Tetsurō.

— Un galet ! Superbe ! Tu vois qu'il s'y connait tout de même !

L'intervention fit sourire sa compagne. Suzuki-san tourna finalement les yeux vers Tetsurō. — Dans quel domaine se situe votre spécialité jeune homme ?

— Euh, la biochimie… Je suis en master de…

— Oh, la chimie oui ! Kyoshi, tu te souviens de notre amie, comment s'appelait-elle déjà ? Himiko-san ?

La discussion partit alors sur cette certaine Himiko-san et Tetsurō n'eut plus l'occasion de pouvoir en placer une (ce qui n'était pas pour lui déplaire à vrai dire). Suzuki-san réussit à reprendre la parole, conduisant la conversation en prenant bien soin que chaque personne s'exprimant ne soit pas de nouveau coupée. Cela ne sembla que moyennement satisfaire Atsuko, qui n'avait plus l'air de vraiment écouter quoique ce soit, son regard traversant la pièce sans se poser sur quoique ce soit pendant plus de deux secondes, ses jambes remuant dans un tremblement surexcité. Sa compagne tenta mine de rien de la calmer en posant une main sur sa cuisse, en vain.

— Oh je meurs de faim ! si on allait manger ? finit par s'exclamer Atsuko dans un moment de silence.

— Oh, euh, mais il n'est que … 10h15, remarqua Tsubaki.

— Alors ? Un brunch ! Parfait !

Le silence tomba, personne n'ayant trop d'arguments à avancer.

Kyoshi échangea un regard furtif avec Ûme.

— J'imagine que nous pouvons faire cela…

— Keiji tu as une idée d'où tu voudrais aller ? C'est ton anniversaire après tout.

— Hum je…

— Pas la peine, j'ai déjà une idée, déclara Akaashi-san.

Elle se pencha pour parler à l'oreille de sa compagne.

— Hum… J'imagine que c'est une bonne idée. Je vais appeler pour voir s'ils ont de la place.

Akaashi-san tapa joyeusement dans ses mains.

— Parfait ! Tsubaki, appelle ta sœur, dis-lui de nous rejoindre.

— D'accord, de nous rejoindre où ? Ici ?

— Non, non, là-bas !

— Là-bas… où ?

— Rohh, tu as raison, je vais gâcher la surprise si je le dis. Attends je vais lui envoyer le message moi-même. Elle agita ses mains vers Torishima-san. Cette dernière leva les yeux au ciel et fouilla son sac à main pour sortir un téléphone qu'elle tendit à sa partenaire. Akaashi-san le récupéra et après avoir tapé à une vitesse hallucinante, le tendit de nouveau à sa compagne.

— C'est fait ! Allez hop ! C'est décidé.

— Euh, d'accord… On prend la voiture ?

— Évidemment, je ne compte pas prendre le métro personnellement, remarqua Kyoshi.

— Je vais monter avec vous les garçons, déclara Atsuko, comme ça je peux vous montrer le chemin.

— Nous avons un GPS sinon, remarqua Keiji.

— Oui, mais comme ça la destination reste une surprise.

Keiji soupira.

— D'accord maman.

C'est ainsi que, pour le deuxième dimanche consécutif, Kuroo se retrouva écrasé contre la vitre arrière de la voiture de Kenma. Keiji avait pris le volant, écoutant les indications de sa mère assise à ses côtés, qui était aussi mauvaise co-pilote que Yūji. Au bout de trente minutes, ils se garèrent dans le quartier de Chiyoda. À peine la voiture arrêtée, Atsuko en sortit prestement et alla se planter en bas d'une immense tour de verre.

— Tada !

Le public ne sut trop que répondre.

— C'est…

— Le new otani !

Silence.

— C'est pas un hôtel ça, murmura Kenma.

— Allez, hop, venez, venez !

— On… ne devrait pas attendre…

— Oh, les voilà ! s'exclama Atsuko.

En tournant les yeux ils purent constater que le reste de la famille Akaashi venait également d'arriver. Atsuko leur fit des grands signes, ses partenaires lui répondirent avec plus de retenue. Tsubaki se détacha du groupe pour s'approcher d'eux rapidement, jetant des regards inquiets à son petit frère. Une fois à sa hauteur, elle se pencha à son oreille pour lui murmurer :

— C'est pas normal, ya quelque chose qui cloche…

Keiji lui retourna un regard inquiet.

— Je sais… Mais qu'est-ce que ça peut-être ?

— J'en sais rien, mais ça pue.

Keiji hocha gravement la tête.

— Dépêchez-vous ! leur hurla Atsuko.

Ils pénétrèrent finalement dans l'hôtel. L'intérieur était somptueux : le sol de marbre noir reflétait la lumière comme s'il avait été constellé de paillette d'or, au plafond, encastré dans des alcôves de marbre blanc, s'étendait sur toute la surface du hall de larges lustres composés de cubes dorés, reprenant les codes esthétiques traditionnels tout en y mêlant des notes plus modernes. Kuroo n'avait jamais pénétré dans un endroit si somptueux de sa vie. Akaashi-san trottina jusqu'à la réception, et après quelques mots échangés avec la personne installée derrière le comptoir, elle se dirigea vers le couloir menant aux ascenseurs en leur faisant signe de la rejoindre. Ils se retrouvèrent tous les neuf dans un ascenseur, où un monte-charge aux vues des dimensions gargantuesques de ce dernier.

— Dernier étage, annonça Atsuko avant d'appuyer sur le bouton correspondant.

Le silence s'étendit entre eux. Les parents de Keiji finirent par parler entre-elles, mais les « enfants » eux restèrent tous silencieux. Les portes s'ouvrirent finalement, et Tetsurō en perdit le souffle. Il sortit de l'ascenseur d'un pas chancelant, impressionné : l'entièreté du roof-top était vitrée de larges fenêtres, la ville s'étendant à perte de vue de tous les côtés.

— Trop beau ! s'exclama Kōtarō en se ruant vers la fenêtre la plus proche.

Tetsurō sourit et le rejoint également. Ils étaient si haut que cela lui donna presque le vertige. En contre bas s'étendait un immense parc designer dans un style traditionnel. À mi-hauteur avait été construite une cascade artificielle s'écoulant dans un bassin en contrebas parsemé de végétation aquatique.

— Pas mal hein ?

Ils se retournèrent tous deux et trouvèrent Atsuko, mains sur les hanches, regardant l'horizon fièrement.

— C'est splendide Akaashi-san !

— Ah, j'ai pas trop mauvais goût. Allez, venez par-là, on est installé là-bas.

Elle les accompagna jusqu'à une immense table installée au fond de la pièce, juste en face d'une des vitres. Tous s'installèrent et Kuroo se retrouva assis entre Keiji et sa sœur ainée.

— Vous allez voir, c'est vraiment délicieux, leur confia Akaashi-san. C'est un buffet, vous pouvez prendre ce dont vous avez envie, autant que vous voulez !

Kuroo se tourna, et, bien qu'il soit passé devant quelques instants au paravent, découvrit finalement les différents comptoirs installés un peu partout autour. Chacun d'entre eux lui promettait des merveilles : plats en sauce cuisinés, ou simple tartine, saumon, bœuf, poulet, nouille, ou spaghetti à l'italienne, tout y semblait merveilleux. Bien qui ne fût encore que onze heures du matin, il sentit son système digestif s'éveiller vaillamment et réclamer sa pitance à cor et à cri.

— Allez-y !

— Attendez, peut-être devrions-nous attendre Hiwamari, intervint Kyoshi.

— Oh oui… Ah tiens, la voilà, s'exclama Atsuko, faisant de grands gestes en direction de l'entrée.

En se tournant, Kuroo put effectivement reconnaitre Himawari Akaashi qui s'approchait d'eux.

— Désolé pour le retard, ils ne voulaient pas me laisser rentrer… Joyeux anniversaire crevette, clama-t-elle en s'approchant de son petit frère pour lui frotter vigoureusement les cheveux, ce qui ne réjouit que moyennement son cadet.

Elle s'approcha ensuite de ses parents pour les saluer.

— Tu aurais pu faire un effort Wari, qu'est-ce que c'est que cet accoutrement ? remarque Ûme.

La consternée baissa les yeux sur sa tenue : un sweat-shirt noir et un jogging gris détendu.

— Quoi ? Mère, je suis outrée! Chercheriez-vous à m'enfermer dans une quelconque stéréotypie de genre? Vous? dit-elle moqueusement.

Sa mère haussa un sourcil :

— Ton jogging à trou n'a rien à voir avec ça.

— T'en es bien sûr ?

Sa mère ne rétorqua rien et Wari continua son tour de table.

— Kenma, Kōtarō ! s'exclama-t-elle levant une main pour qu'ils la check ; ce qu'ils firent sans attendre. Son regard tomba finalement sur Tetsurō.

— Hey, salut toi ! Ça va depuis la dernière fois. Elle tourna les yeux vers son cadet ; tu sais qu'il s'était fait choper par les toutous la dernière fois, j'ai dû gueuler sur Ken-Ken pour qu'ils le lâchent !

— J'en ai entendu parler… répondit Keiji.

— Merci encore Himawari-san, remercia poliment Kuroo en inclinant la tête.

— Fait sauter le « san » et on serra tout bon chouquette, yo Yuu, tu fais toujours autant la gueule, c'est bon de te revoir !

Le benjamin ne prit pas la peine de lever les yeux de son téléphone et fit la moue. Cela ne contraria en rien son ainée qui bien au contraire, sourit et s'assit entre Yuu et sa sœur jumelle.

— D'ailleurs Kenma, j'attends toujours que tu passes avec ta caisse ! Histoire que je m'excuse pour la dernière fois !

— Ce n'est vraiment pas grand-chose Himawari, pas la peine.

— Wari, je pensais que nous en avions déjà fini avec ces bêtises, gronda sa mère.

— J'ai rien fait ! Rien à voir je le jure ! Tetsurō était tombé dans un trou avec la voiture de Kenma, je l'ai juste aidé à s'en sortir, et bon, j'ai pris une branche, ya pas mort d'homme !

Ûme retomba dans sa chaise, elle croisa les bras, sondant le visage de son ainée pour détecter s'il s'agissait de la vérité.

— Euh… je peux confirmer, intervint Kuroo.

— Ah, tu vois !

— Ken-Ken ? Vous étiez sur le territoire ? intervint finalement Akaashi-san. Son ton ne semblait porter aucun jugement, simplement de la surprise.

Tetsurō vit Keiji se raidir ostensiblement.

— Oui, répondit-il évasivement.

— T'inquiètes, il me l'avait dit. C'est juste pour la maison grise, comme d'hab. Pas comme s'il s'était déplacé pour voir ses sœurs. Himawari avait prononcé ces derniers mots en regardant son petit frère.

Ce dernier lui fit les gros yeux.

— La maison grise… commença Atsuko.

Tout le monde semblait parfaitement au courant de ce que cette « maison grise » signifiait.

— Tous les quatre ? finit par demander Ûme en tournant les yeux vers son fils.

Keiji hocha vaguement la tête. Tetsurō se retrouva bientôt avec trois pairs d'yeux braqués sur lui. Il leur sourit vaguement, terriblement gêné intérieurement. Les parents de Keiji finirent par échanger un regard entre elles.

— Oh…

— Je ne savais pas que c'était aussi…

— Aussi ? insista Keiji, légèrement sur la défensive.

— Si sérieux, termina Akaashi-san. Elle lui offrit un large sourire et Kuroo se détendit instantanément. J'en suis ravie ! N'est-ce pas, Ûme, Kyoshi ?

Les deux autres hochèrent à leur tour la tête.

Keiji saisit sa main posée sur la table et la serra furtivement.

— Oui.

Tetsurō se sentit rougir, il n'osa pas de suite tourner les yeux vers les parents de Keiji. Il croisa le regard de Kōtarō, qui lui sourit d'un air rassurant.

— Superbe, fêtons cela ! scanda Atsuko ; une carafe de votre meilleur jus de fruit, dit-elle en attrapant le regard du serveur passant par là.

Les ainés Akaashi échangèrent un regard en coin.

— Et toi Tsubaki, toujours rien ? reprit Atsuko.

La remarque ne sembla que moyennement plaire à la jeune femme.

— Non.

— Oh, ne t'en fait pas mon poussin, ça viendra.

— Mon bonheur n'a pas à dépendre de ça, je suis bien heureuse comme ça merci de vous en soucier. Elle souffla et se releva. Je vais chercher à manger, annonça-t-elle avant de sortir de table.

Atsuko parut gênée de la commotion que ses paroles avaient générée.

— Oh euh… ne… allez-y aussi, vous allez voir, il y a plein de bonnes choses.

Keiji n'attendit pas une seconde de plus et sortit de table, Tetsurō le suivit, ne souhaitant pas non plus rester dans les parages. Ils retrouvèrent Tsubaki planté devant un buffet composé exclusivement de poisson frit, regardant d'un air sévère le cuisinier derrière le comptoir plonger des morceaux de sèche dans de l'huile brulante.

— Tsu, ne t'occupe pas de ça…Tu sais qu'elle ne pense pas à mal en disant cela, tenta de la réconforter son cadet.

La jeune femme souffla et tourna les yeux vers Keiji.

— Hmm… Désolé d'avoir pourri l'ambiance comme ça.

— Tu n'y ai pour rien et puis…

Il ne put finir sa phrase, Kōtarō venait de le bousculer en hurlant :

— Oh mais vous êtes là !

— Bordel, ça fait trois fois qu'on me demande si je travaille ici, déclara Kenma en arrivant à sa hauteur.

Tetsurō baissa les yeux sur le plateau de Kōtarō, contenant déjà une entrecôte faisant bien la taille de sa tête et une pizza au fromage.

— Tu vas bouffer tout ça ?

Kōtarō baissa les yeux, surpris :

— Oui, genre l'entrée.

— L'entrée ?!

— Oui, j'ai vu que y'avait des pâtes aussi, et les desserts ont l'air super bons ! Pourquoi tu me regardes comme ça ? Si tu veux, je pourrais te passer un peu de pizza, mais y'en a là-bas sinon !

Cet homme était donc un gouffre sans fin…

— …Ok.

— Ah mais vous êtes là !

Himawari venait d'arriver à leur hauteur.

— Mais venez pas tous là ! Laissez pas les parents seules !

— Ca va, ya Yuu.

Keiji et Tsubaki hochèrent vaguement la tête. Ils échangèrent un regard et pouffèrent en chœur, très peu convaincus des capacités sociales de leur benjamin.

— Oh des takoyaki ! s'exclama Kōtarō.

Himawari se plaça entre son petit frère et sa sœur jumelle, tous trois faisant face aux yeux luisants des maquereaux.

— Bon y'a vraiment un truc qui cloche, murmura Himawari.

— Je trouve aussi, confirma Keiji.

— Oui… mais de quoi il peut s'agir ? demanda Tsubaki.

— Hmm… peut-être qu'elles vont revenir vivre ici ?

— Non… Maman n'aurait pas parlé aussi longtemps de son jardin si elles revenaient…

— C'est vrai…

— Hmm… Peut-être qu'elles ont rencontré quelqu'un ?

Ils considérèrent cette hypothèse.

— Non… elles l'auraient déjà ramené sinon…

— Hmm… Peut-être que Yuu a trouvé quelqu'un ?

Keiji fronça les sourcils.

— Yuu a treize ans, il ne va pas nous annoncer ses fiançailles ! Je doute qu'il faille convoquer la presse pour cela.

— Ok, ok non… bon… Alors…

Les jumelles et Keiji semblèrent avoir la même réalisation au même moment.

— Non…

Le silence tomba entre eux. Wari rit nerveusement.

— Non…non c'est surement pas ça ! Pas à cet âge-là quand même… Non ? Je veux dire c'est possible mais…

Silence.

— Non, je doute que ça soit ça. Allez, retournons à table.

— Mais j'ai encore rien dans mon assiette ! se plaignit Wari.

— Bah dépêche-toi ! Allez Keiji- elle lui fourra une assiette de poisson frit dans les mains, viens avec moi !

— Je n'aime pas ça je ne…

— Tient, de la salade, et le poisson c'est très bon pour la santé, maintenant vient !

Elle le tira par le bras pour l'entrainer à sa suite.

Toute la petite bande revint à table, Yuu jeta un regard noir à ses ainés. Il se pencha vers Wari :

— Abusé, vous m'avez laissé seul avec elles !

— T'es toujours seul avec elles, c'est quoi le problème ?

— J'ai dû meubler !

— Pff, c'est bon, ça va, ça va.

— Bon, allons-y ! s'exclama Akaashi-san, Yuu, tu viens ?

Elle n'attendit pas d'avoir recueilli le consentement de son fils pour le tirer par le bras à sa suite. L'adolescent tourna les yeux vers ses ainés, les suppliant du regard. Wari se contenta de lui faire un geste de la main, personne d'autre ne réagit. Le silence retomba à table. Tsubaki avait les yeux tournés vers ses parents, l'air soucieuse.

— C'est sûr qu'elles nous cachent un truc…

Elle continua de les regarder, sa jambe droite commençant à tressauter, elle commença même à ronger ses ongles nerveusement. Keiji et Himawari échangèrent un regard, inquiétés de voir dans quel état cette situation mettait leur sœur.

— Euh… Sinon, Tsu, ça va le boulot ?

L'intervention eut le mérite d'attirer son attention, mais pas d'améliorer son humeur. Elle souffla et s'enfonça dans sa chaise.

— Franchement, bof…

— Oh… échappa Wari.

Raté pour lui remonter le moral. Le silence retomba de nouveau.

— Hum… Et dans quel domaine est-ce que vous travaillez ? tenta Tetsurō.

Tsubaki tourna son attention vers lui.

— Je tiens une garderie périscolaire, j'accompagne majoritairement des enfants qui ont des troubles auditifs et qui rencontrent des difficultés à l'école.

— Oh, je ne savais pas que ce genre d'établissement existait, c'est plutôt bien.

— Ouais, mais bon, je sais pas si je pourrais continuer… Les aides que j'avais reçues pour l'ouverture ont fini depuis un moment, ma collègue est partie en congé mat' et elle m'a appris ya deux semaines qu'elle démissionnait… Je ne trouve personne pour la remplacer à temps plein, c'est la galère… Je sais pas si je pourrais rester ouvert très longtemps…

— Oh…

Décidément, lorsque Kuroo s'essayait au small talk, ça ne donnait vraiment pas grand-chose. Il baissa les yeux, gêné du climat qu'il venait de créer.

— Je savais pas que t'étais en galère comme ça Tsu, t'aurais dû m'en parler, dit sa jumelle, soucieuse.

— Qu'est-ce que t'aurais pu faire ?

— Je sais pas, je…

— Eh ! hurla Kōtarō, coupant brusquement la parole à Himawari, mais on connait quelqu'un qui pourrait t'aider ?

Une lueur d'espoir s'alluma dans les yeux de Tsubaki.

— Vraiment ?

Kuroo fronça les sourcils et tourna son attention vers son petit-ami :

— Qui ça ?

— Sugawara !

— Oh mais oui !-il tourna les yeux vers Tsubaki- Oui, j'ai un ami qui cherche depuis longtemps du travail et…

— Il serait génial ! le coupa Kōtarō.

Son enthousiasme concernant la recherche de travail de leur ami le surpris. Peut-être devrait-il l'embaucher pour l'aider à trouver un stage.

— Je sais qu'il a un diplôme d'enseignant, et il signe parfaitement, précisa Kuroo.

— Oh… s'il est disponible, son profil pourrait m'intéresser. Mais en cours d'année comme ça je ne sais pas… Et puis j'ai une intérimaire encore jusqu'en janvier prochain…

— Je pense pas que ce sera un souci pour lui… Je peux lui en parler…

— Comment il s'appelle ? demanda Tsubaki qui avait déjà dégainé son téléphone portable.

— Sugawara Kōshi.

— Oh… Sugawara ? Clan Sô-shi du Miyagi-ken ?

Kuroo fronça les sourcils.

— Je… suis pas sûr…

— Oui, le coupa Kenma.

Cela ne sembla en rien chagriner Tsubaki qui continua à pianoter sur son téléphone.

— C'est lui ?

Elle tourna son téléphone vers Tetsurō, il s'agissait d'une page d'un site d'annonce professionnel. Sur la photo du profil, il reconnut son ami.

— Oui, c'est lui !

— Hmm-elle fit défiler la page- son CV est pas mal en effet… Mais ya genre un trou de trois ans… -Tsubaki releva les yeux qu'est-ce qu'il fait maintenant ?

— Il… travail dans un seven-eleven… et un café… et un magasin de fringue aussi.

— Oh… Pas d'expérience sur le terrain ?

— Je… suis pas sûr, il saurait mieux vous en parler que moi… Mais… je sais qu'il n'a pas eu le concours d'enseignement.

— Je vois ça… Mais il a validé tout son parcours…

Elle fronça les sourcils, méfiante.

— Il n'a pas été arrêté ou quoique ce soit ? Je ne peux pas le mettre avec des enfants si c'est le cas, je ne peux pas vraiment prendre ce risque…

— Non ! Non pas du tout ! Enfin je crois pas…

— Tu crois pas ?

— Non, non, ce n'est pas ça !

Bien Tetsu, tu vends magnifiquement bien tes amis, grosse buse !

— Pas ça ?

— Euh… je ne sais pas si c'est vraiment à moi d'en parler ni si c'est vraiment important, mais…

— C'est un prima, intervint Keiji à sa place.

Cela ne sembla surprendre que moyennement Tsubaki.

— Oh… et ?

— Tu sais comment les jurys de ce genre peuvent être biaisés, continua son petit frère.

— Hmm, c'est vraiment des merdes sur ça… Sous prétexte qu'ils ne veulent pas se retrouver mêler à des histoires politiques… Ils m'ont fait le même cinoche en voyant mon nom de famille… C'est pour ça que j'ai créé ma propre structure d'ailleurs.

— Ca ne vous dérange pas ? demanda Kuroo.

— Pourquoi ça me dérangerait ? Il y peut pas grand-chose non ?

Tetsurō n'eut rien à répondre. Il se laissa retomber dans sa chaise et échappa un sourire.

— Non…

— Les petits de cet âge, alpha ou pas, prima ou compagnie, ils s'en foutent de toute façon… Et les parents sont majoritairement des bêtas… Même, s'ils ne sont pas contents, ils peuvent toujours mettre leurs mioches ailleurs ! J'ai son contact, je lui enverrai un mail. Merci.

Elle lui adressa un sourire et Kuroo lui répondit, réellement content pour elle, et pour Sugawara. Il avait hâte de voir la réaction de son ami ! Bon, rien n'était encore gagné, mais c'était déjà ça.

— De quoi discutiez-vous ? demanda Atsuko en s'installant de nouveau à sa place avec deux bonnes assiettes bien garnies qu'elles

— Kuroo-kun et Kōtarō-kun m'ont potentiellement trouvé quelqu'un pour le boulot !

— Excellente nouvelle, commenta Kyoshi.

— En parlant de bonnes nouvelles…

Tous tournèrent les yeux vers Atsuko qui venait de s'installer de nouveau, elle avait l'air de bouillonner d'impatience. Ses partenaires lui sourires.

— Atsuko, nous avions convenu d'en parler en fin de repas, remarqua Kyoshi.

— Je sais, je sais ! Mais je peux plus attendre ! On leur dit ?

Ses deux compagnes échangèrent un regard, et finalement hochèrent la tête de concert.

— Tsubaki, Himawari, Keiji, Yuu, commença Ûme, un rien d'émotions dans la voix.

— Merde, murmura Tsubaki à voix basse.

Tetsurō vit Keiji se crisper imperceptiblement.

— Nous attendons un heureux évènement ! déclara Atsuko en posant fièrement les mains sur son ventre.

La nouvelle ne déclencha pas la commotion attendue.

— Quel genre d'évènement, demanda Yuu, relevant finalement les yeux de son téléphone.

— Je suis enceinte mon poussin, précisa Atsuko.

Yuu en échappa son téléphone.

— Oh…

Atsuko passa les yeux sur chacun de ses enfants, son visage se décomposant peu à peu en découvrant leur expression.

— Et bien, je vois que ça ne vous ravit pas tant que ça…

— Oh, si ! intervint Keiji, simplement, nous sommes juste… surpris. Son ton était faux, si faux que Kuroo en frissonna.

— Ah oui c'est simplement la surprise, on est juste… sous le choc ! Mais c'est vraiment une superbe nouvelle, renchérit Himawari.

— Oui, oui, c'est vraiment génial ! ajouta Tsubaki.

-/-

— C'est vraiment de la merde !

Tsubaki laissa sa tête retomber sur la boite à gant, gémissant plaintivement.

Le reste du repas s'était déroulé dans cette atmosphère de fausse joie, et bien que tout le monde ait fait de son mieux pour relancer la discussion et les sortir de ce malaise, la lourdeur les avait accompagné jusqu'à ce qu'ils se séparent.

— N'exagère pas Tsu, commenta Keiji, installé au volant.

Kuroo tourna les yeux vers Kenma et Kōtarō, installés à l'arrière de la voiture avec lui, eux non plus n'avaient pas l'air très à l'aise.

— J'exagère ? J'exagère ! Quelle idée, un bébé, à cet âge-là ?

— Tu connais les parents, Maman doit être suivie par une armée de médecin, et tu sais bien que les omégas ont moins de complications sur ce point-là.

— Peut-être mais… À leur âge ! Et puis tu t'en souviens pas mais quand elle était enceinte de Yuu, c'était pas vraiment jolie jolie, tu te souviens dans quel état ça l'a mise après !

— C'était il y a treize ans, les choses ont pu changer.

— Changer ? Changer ! Non, non je crois pas…

— Tsu… on n'y peut rien, c'est leur décision.

— Pff…

Tsubaki laissa sa tête reposer sur la fenêtre, elle regarda le paysage défiler quelques minutes avant de reprendre :

— En plus leur histoire de « oups,on a pas fait exprès » mon œil, on était une majorité de personnes procédant un utérus à cette table, on voit pas nos mioches courir partout autour de la table, excuse nulle… Non, elles ont fait une bonne crise de la cinquantaine, elles se sont dit « tiens, avoir un mioche à ce moment-là c'est vraiment une super idée », j'te jure…

— Tsubaki…

— Pff… je sais je sais… Je m'inquiète c'est tout…

— Moi aussi… mais ça va aller.

— En plus ce mioche je vais avoir 26 piges de différences avec… je le verrais une fois tous les ans, il va même pas connaitre la tête de sa grande sœur…

— Raison de plus pour aller les voir plus souvent… Ou pour elles de revenir plus régulièrement…

— Pff…

Le silence s'étendit de nouveau.

— C'est à peine si je connais Yuu déjà… Je sais même pas ce qu'il aime ou pas, quelle musique il écoute…

— Tu sais quelle musique j'écoute ?

— C'est pas la question Keiji, tu soules.

La remarque fit pouffer ce dernier.

En relevant les yeux sur le rétroviseur intérieur, Kuroo put apercevoir Keiji. Malgré ses paroles, son expression semblait refléter les mêmes états d'âme que son aînée.

Le trajet continua dans le silence. Bien que le froid se soit installé au-dehors, le soleil tapait sur la vitre. Tetsurō laissa retomber sa tête dessus. Il avait fini par s'empiffrer, trompant le malaise. Une petite sieste postprandiale était la bienvenue. Il ferma les yeux et se laissa glisser vers le sommeil.

— J'espère qu'on aura une petite sœur, marre des frangins, commenta finalement Tsubaki.

La phrase pénétra l'esprit à moitié endormi de Tetsurō. C'était même 100% sûr qu'il s'agisse d'une sœur… Comment pouvait-il en être autrement. Il ouvrit un œil et tomba sur Keiji. Attendez, comment pouvez-il en être autrement ?

— Qu'est-ce qui t'arrive, demanda Kenma en voyant la tronche d'ahuris qu'il tirait.

Kuroo ne répondit pas. Quelque chose buggé dans son équation. Il savait que les femmes alpha pouvaient, enfin… Qu'elles pouvaient se débrouiller pour ça… Mais… Un donneur? Mais non, ça ne faisait pas sens avec le reste de...

— Tetsu ?

— D'où il sort ce Y… échappa-t-il sans vraiment y avoir réfléchi plus longtemps.

— Quel Y ?

— Le chromosome…

L'ensemble des regards se tournèrent vers lui.

— Le chromosome de qui ?

— De toi ? dit-il à Keiji. Enfin si t'en a un.

— Oui, j'imagine.

— Il sort d'où ?

Keiji et sa sœur échangèrent un regard. Son ainée explosa de rire.

— Il est à l'ouest ton mec, commenta-t-elle.

Un sourire amusé persistait sur les lèvres de Keiji.

— D'où veux-tu qu'il sorte ? De ma mère.

— Elle en a un ?

— … Oui.

La réponse suffit à Tetsurō.

— Oh… ok.

Il s'endormit à peu près trois secondes plus tard.

— Tetsurō…

Son prénom avait été prononcé dans un souffle. Il ouvrit un œil, Keiji lui sourit, et s'approcha pour l'embrasser. Tetsurō gémit en déroulant ses membres. Instinctivement, il étendit les bras et son amoureux vint l'enlacer. Il faisait sombre autour, il fallut quelques secondes à Kuroo pour comprendre qu'ils étaient toujours dans la voiture. Cette dernière avait été garée dans le garage, les autres avaient dû remonter déjà.

— J'ai dormi longtemps ?

— Non, vingt minutes je dirais…

— Hmm, ok, répondit-il dans un bâillement.

Il lui fallut encore quelques instants pour vraiment revenir à lui.

— Quelle journée…

— Hmm, acquiesça Keiji.

— J'avoue que je m'attendais pas à rencontrer toute ta famille en me levant ce matin.

— Moi non plus à vrai dire.

— J'avoue avoir eu un peu peur ce matin en voyant ta réaction, mais finalement tes mères ne sont pas si terrifiantes…

— Elles peuvent l'être.

— Hmm… Tes sœurs aussi sont sympas… J'ai moins eu l'occasion de converser avec Yuu.

Keiji pouffa.

— Bon… nouveau membre de la famille dans quelques mois…

— Hmm…

— Ta sœur avait l'air inquiète.

Keiji se laissa tomber sur le siège du milieu.

— Hmm… Oui.

Son amoureux laissa sa tête retomber sur son épaule.

— Mes parents n'ont pas vraiment eu… des expériences faciles de ce côté-là… La naissance de mes sœurs a déjà été difficile pour Oka-san, beaucoup de complication… Finalement on lui a dit qu'elle ne pourrait plus porter d'enfants… Je n'étais pas encore né, mais je sais que cela a été une période difficile pour elles.

— Oh…

— Maman… pour moi cela a été, mais pour mon petit frère, il y a eu beaucoup de complications, elles ont failli le perdre… Et puis quand il est né, elle a fait une dépression postpartum… J'étais encore petit à cette époque, j'ai mis du temps à comprendre, et honnêtement je ne me souviens plus bien de cette période. Tsubaki et Himawari elles s'en souviennent bien… C'est pour cela qu'elles s'inquiètent…

— Oh… je suis désolé pour elle…

Keiji hocha lentement la tête.

— Tout ira bien, murmura-t-il.

Son ton n'avait rien de sûr, il espérait, simplement.

— J'espère oui…

— Pour le moment, tout à l'air de bien aller en tout cas.

— Hmm …

Tetsurō posa un baiser sur la tempe de son amoureux.

Le silence s'étendit quelques instants.

— Désolé pour ce que j'ai dit tout à l'heure… c'était bête.

Keiji tourna les yeux vers lui.

— Pour quoi?

— Ta maman.

— Oh... Tu ne pouvais pas savoir…

— Hmm, même… C'était ignorant de ma part… très cisgenre pommé de ma part.

Keiji pouffa, il se tourna de nouveau. Ils se sourirent.

Alors qu'ils allaient s'embrasser, ils sursautèrent en entendant toquer contre la fenêtre. Ils tournèrent les yeux et tombèrent sur Tsubaki qui agitait une bouteille d'alcool.

— Apéro, venez !

Ils la regardèrent s'éloigner.

— Elle va finir soule sur le canapé.

Tsubaki refit son apparition et toqua de nouveau :

— Allez !

— Je crois qu'on va être obligé de sortir.

— Hmm…

Après un dernier baiser, ils s'extirpèrent finalement de la voiture.

Ils finirent tous souls sur le canapé ce soir-là.

-Fin du chapitre-

Bon, bah voilà, la famille Akaashi au complet 😉 J'aime bien les interactions que Keiji a avec ses sœurs, ça change de le voir comme cela je trouve.

(Ps: c'est en relisant que je me suis aperçu que Atsuko et Kōtarō ont pas mal de point commun, ça m'a fait rigoler)

Bonne année !

Prochain chapitre: "Ce qui nous lis"

"— Je… voulais te demander quelque chose.

— Hmm ?

— Hum… c'est peut-être une immense connerie… Mais j'ai envie d'essayer.

Tetsurō cessa ses caresses et fronça les sourcils.

— Qu'est… qu'est-ce que c'est ?

Le blond échappa un soupire. Il se redressa, disparut dans sa chambre et revint vers lui quelques instants plus tard. Sur la table basse, il posa un appareil ressemblant à un diffuseur d'huile essentielle emballé dans du plastique.

— C'est quoi ?

— Un pacificateur.

Tetsurō écarquilla les yeux.

— Qu'est-ce que tu fais avec ça ? demanda-t-il dans un souffle."