Résumé:
"— Mmmm ?
Tetsurō pouffa en entendant la voix encore toute endormie de sa cadette.
— Katsu-Katsu, il est 10h, c'est l'heure de se lever !
— Oh ta gueule.
Sa sœur lui ouvrit quelques instants plus tard, en pantalon pilou-pilou et sweatshirt délavé, les cheveux en pagaille et les yeux encore englués de sommeil. Il pouffa en la voyant ainsi. Alors qu'il allait faire un commentaire, Kasumi échappa un long gémissement ensommeillé et l'enlaça.
— Un câlin ! Mais que me vaut cet honneur ?
Sans mentir, sa petite sœur avait dû l'enlacer peut-être trois fois dans sa vie, l'occurrence avait donc de quoi surprendre.
— Je suis juste contente de voir mon grand frère, j'ai pas le droit ?
— Pff, si.
Tetsurō lui rendit son étreinte, et ils restèrent plusieurs secondes ainsi.
— Bon allez, rentres, dit Kasumi en se séparant finalement de lui."
Chapitre 43 : Retour au bercail 2
Tetsurō releva les yeux : au-dehors, il faisait nuit.
La nuit tombait si vite ces jours-ci.
Au loin, les lumières annonçaient la fin de l'année.
La maison était silencieuse, seule l'eau coulant dans l'évier perçait le silence régnant autour. En tout cas, il n'entendait plus que cela.
26 décembre
Comme à chaque fois que son esprit commençait à vagabonder, les pensées sombres resurgirent en lui. Elles avaient maintenant le goût de la mélancolie, du deuil aussi. Son cœur se serra.
Il avait bien réussi à s'en défaire un moment, à se faire une raison, à oublier. Après tout, il était heureux maintenant avec ses amoureux, heureux comme ils étaient. Il n'avait pas besoin de plus.
Mais il voulait plus. Ou plutôt, il voulait la possibilité d'avoir plus. Il était devenu cupide. Et il se détestait pour cela.
Avec les examens, la fin du semestre et les vacances approchantes, il avait réussi à ne plus y penser.
Ils étaient sortis ensemble le soir du 25. Ils étaient partis voir les illuminations de la ville, ils étaient même passés par le marché du parc de Shiba. Il s'était senti un moment envahi d'euphorie, émoustiller d'amour et de sonorité festive. Ses pensées noires avaient resurgi d'un coup, sans crier gare. Tout autour lui avait alors paru distant, irréel. Il avait bien tenté de se défaire de cette sensation, mais elle ne l'avait pas quitté. Elle s'était collée à lui, il portait sans cesse sur lui la peau de cette bête monstrueuse. Il avait fait comme si de rien n'était, comme si ses sentiments d'insécurité aussi n'étaient pas réel.
L'eau coulait toujours dans l'évier, il la sentait toujours dévaler ses mains, mais il ne savait plus dire s'il avait chaud ou froid.
Il revint à lui en sentant des bras l'enlacer.
Akaashi posa un baiser dans sa nuque.
— Ça va ? lui murmura-t-il.
— Hmm…
— Tu m'as l'air bien pensif.
— C'est rien. Je pense juste à… mon stage. Ça approche et j'ai toujours pas trouvé.
— Il te reste encore trois mois, tu as le temps. Kōtarō non plus n'a pas eu de réponse définitive pour le moment.
— Hmm… Je verrais ça en rentrant.
Kuroo ferma le robinet. Il se retourna pour faire face à son petit-ami. Ce dernier l'enlaça de nouveau, et posa un rapide baiser sur ses lèvres.
— Ça va aller, lui murmura-t-il.
— Hmm… Vous prenez quand l'avion pour Séoul ?
— Demain soir.
— Hmm… Vous y allez comment ?
— …En avion.
— À l'aéroport je veux dire.
— Vous nous emmenez avec Kōtarō ?
— Ok.
Keiji lui sourit et ils s'embrassèrent de nouveau.
— Et toi, quand est-ce que tu pars ?
— Après-demain.
— D'accor…
— À 7h30.
Akaashi grimaça.
— Décollage ?
— Oui…
— Oh… Comment t'y rends-tu ? Kōtarō t'y emmène ?
— Non, je vais pas le faire lever aux aurores. Je prends le train, le premier est à 4h30, ça passe. En plus vous savez que c'est pas beaucoup plus long en train ?
— Oui… Mais Kenma n'aime pas le train.
— Problème de riche.
Keiji pouffa.
— Il a de quoi.
— C'est vrai, et puis honnêtement il vit bien en dessous de ses moyens, je suis sûr qu'il pourrait faire tous ses trajets en limousine avec chauffeur sans problème.
— Oh non, cela impliquerait de faire la route avec un inconnu, il ne s'y risquerait pas, voyons.
Ils ricanèrent en chœur.
— Vous savez que je vous entends quand même.
Keiji et Tetsurō sursautèrent en entendant la voix du blond. Kenma était installé au bar, pianotant sur son téléphone. Il n'avait pas l'air particulièrement vexé, bien au contraire.
— On a dit des choses fausses ? demanda Tetsurō.
— Non.
— Bah voilà.
Kenma roula des yeux. Il se releva pour venir s'adosser au meuble à côté d'eux.
— Tu reviens quand ?
— Le trois.
— Si vite ?
— Nous revenons également le trois Kenma.
Le blond grimaça.
— Si vite ?
— Les cours reprennent ensuite.
— Ils sont vraiment radins en vacances quand même.
Keiji et Tetsurō acquiescèrent.
— Bon, on bouffe quoi ? demanda le blond.
— Des pâtes au pesto !
Kōtarō venait de surgir de nulle part pour hurler sa réponse.
Tous se turent, surpris de sa soudaine intervention.
— Ouais ok, répondit Tetsurō.
Il se sépara de Keiji pour aller chercher le faitout, Keiji alla récupérer les spaghettis et Kenma le pesto. Ils restèrent tous les quatre dans la cuisine, discutant légèrement. Kuroo sentit son cœur s'apaiser. Il savait que les pensées noires étaient toujours là, quelque part, mais là, à ce moment précis, il ne les entendait plus.
-/-
Kuroo laissa sa tête reposer sur la fenêtre, regardant le paysage défiler à toute allure. Il enfonça la tête dans sa doudoune. Il avait le corps lourd de sommeil. Il avait bien réussi à dormir un peu dans l'avion, mais il n'avait pas vraiment pu rattraper les effets catastrophiques de son réveil bien trop matinal (3h42 pour être exact). Tetsurō avait un peu trainé, avait failli s'endormir dans la douche pour émerger vingt minutes plus tard. Par conséquent il avait dû se dépêcher de terminer sa toilette, avait écrit un petit mot à Kōtarō pour lui souhaiter de bonnes vacances dans sa famille et c'était précipité hors de la maison. Comble de l'horreur, il avait même dû courir pour ne pas manquer le train pour l'aéroport. Finalement il avait eu son avion sans souci, mais son réveille matinale -nocturne plutôt- et sa course par température extérieure négative avaient tout de même sacrément détérioré son humeur. Il baissa les yeux sur son téléphone, 9h22, toujours pas de réponse de Kasumi.
Il devait rejoindre sa sœur en arrivant, mais cette dernière n'avait pas l'air d'être déjà sortie du lit… Il soupira et rangea le téléphone dans sa poche : pas grave, il connaissait son adresse, tant qu'elle lui ouvrait, pas la peine de la déranger pour le moment. Il était déjà pratiquement dix heures lorsque Tetsurō arriva aux abords de l'université. Il sourit en reconnaissant les bâtisses, les rues, les allées de ses jeunes années universitaires. Il avait dû neiger dans la nuit, la poudre blanche recouvrait les toits, les trottoirs, les abris bus et les arbres dénudés. Il dut vérifier de nouveau l'adresse sur son téléphone, mais sa connaissance du terrain lui permit d'arriver sans encombre devant le complexe universitaire où habitait sa petit-sœur. Il trouva le numéro que Kasumi lui avait indiqué par message et sonna.
— Mmmm ?
Tetsurō pouffa en entendant la voix encore tout endormie de sa cadette.
— Katsu-Katsu, il est 10h, c'est l'heure de se lever !
— Oh ta gueule, rentre.
— Ok j'arrive.
La porte d'entrée une fois déverrouillée, Kuroo pénétra à l'intérieur. Il sourit en reconnaissant le hall d'entrée : il en avait fait des soirées dans ce genre de complexes. Comme il était étrange de retourner sur « les lieux du crime » après tant de temps. Une fois arrivé devant l'appartement, il frappa. Sa sœur lui ouvrit quelques instants plus tard, en pantalon pilou-pilou et sweatshirt délavé, les cheveux en pagaille et les yeux encore englués de sommeil. Il pouffa en la voyant ainsi. Alors qu'il allait faire un commentaire, Kasumi échappa un long gémissement ensommeillé et l'enlaça.
— Un câlin ! Mais que me vaut cet honneur ?
Sans mentir, sa petite sœur avait dû l'enlacer peut-être trois fois dans sa vie, l'occurrence avait donc de quoi surprendre.
— Je suis juste contente de voir mon grand frère, j'ai pas le droit ?
— Pff, si.
Tetsurō lui rendit son étreinte, et ils restèrent plusieurs secondes ainsi. Le brun sentit son corps s'apaiser, son cœur s'alléger. Comme il était doux de la retrouver.
— Bon allez rentres, dit Kasumi en se séparant finalement de lui.
Il pénétra donc dans son minuscule appartement. Bien que petit, l'espace avait été pensé intelligemment, et Kasumi l'avait décoré avec goût, ce qui rendait le tout chaleureux et agréable.
— T'avais pas cours ce matin ?
— À midi… Café ?
— Yep, merci.
Elle lui servit une tasse, et ils s'installèrent autour de la petite table. Kasumi soupira comme si le poids de son existence était devenu trop dur à porter.
— Je suis morte…
— Relativise, moi j'ai dû me lever à 3h30.
— 3h… t'es pas bien! Qu'est-ce que tu fous à prendre des avions si tôt ?
— C'était pas cher.
— Ouais, mais c'est violent quand même…
Ils papotèrent encore un peu, jusqu'à ce que Kasumi l'abandonne pour partir se préparer. Kuroo continua de siroter son café, regardant la ville s'étendant derrière la fenêtre du petit appartement.
— Bon, j'ai le temps, mais je vais pas tarder, on se retrouve dans l'aprèm pour boire un café, et après on avise ? Je connais un endroit sympa qui vient d'ouvrir, on peut s'y rejoindre… quoi ?
Ce ne fut qu'à ce moment-là que Tetsurō constata qu'il devait sourire comme un débile.
— Rien… je suis content d'être là… t'es jolie comme ça.
Kasumi cligna plusieurs fois des yeux, surprise de sa réponse, et baissa les yeux sur son anatomie.
Il n'y pouvait rien, vraiment. Il se souvenait de sa sœur en salopette jaune jouant dans le jardin avec son seau en plastique, il était étrange de la voir ainsi : maquillée, bien habillée, les cheveux coiffés. Diable que ça lui foutait un coup de vieux.
— Euh… merci. Toi par contre t'es fagoté comme un sac à patates, t'as autre chose quand même, parce que je sors pas avec toi comme ça.
— Quoi ? J'ai juste un jean et un sweat.
— Hmm… Rappel moi qu'un de ses quatre faut qu'on retourne faire du shopping.
— Ah bah merci, c'était gratuit.
Elle sourit, et il retrouva la gamine taquine qu'elle n'avait jamais cessé d'être.
— Bon !
Elle engloutit son café d'une traite et reprit :
— J'y vais, je te laisse les clés. Tu peux prendre le lit si tu veux te reposer un peu.
Et elle se pencha pour l'embrasser sur la joue, ce qui prit complètement de court Tetsurō. Depuis quand Katsu était-elle devenue si démonstrative ? Elle ne sembla pas s'en formaliser et récupéra ses affaires avant de passer le pas de la porte :
— À toute !
La porte claqua.
Il sourit.
— À toute.
-/-
Tetsurō s'arrêta devant la porte d'un café. Il releva les yeux sur le nom inscrit sur la devanture, puis vérifia sur son téléphone : il était arrivé à destination. Il poussa la porte en verre, une petite clochette tintinnabula pour annoncer son entrée. Il sourit en découvrant l'intérieur, l'ambiance y régnant avait un petit quelque chose de familier. La décoration : le bois clair des tables ; les plantes grimpantes courant le long des murs, l'odeur du café, l'atmosphère ; cela lui rappela la première fois qu'il avait pénétré dans le Fukuro. Il s'installa à une petite table dans le fond de l'établissement, installé à côté d'une bibliothèque au style naviguant entre l'industriel et le cocooning. Il s'installa sur la banquette rose poudre et sortit de nouveau son téléphone.
« J'y suis, t'es là quand ? »
« J'arrive dans genre 5- 10 minutes »
« Je te commande un truc ? »
«Un graaaaannnd café stp »
« Ok ! Je suis installé au fond, à côté d'une bibliothèque. »
« Ok je vois, j'arrive »
Tetsurō sourit pour lui-même.
Même si Kasumi était entré à la fac alors qu'il était toujours inscrit ici, ils n'avaient jamais vraiment passé du temps ensemble en ville. Ils leur étaient arrivés de rentrer ensemble dans leur maison de famille, mais ils n'avaient jamais vraiment pris le temps de se rejoindre en dehors. Il avait fallu qu'il déménage à plus de 1000 km pour qu'ils se rejoignent enfin pour prendre un café.
Tetsurō se releva pour aller au comptoir.
— J'arrive, j'arrive, lui annonça le barista affairé à finir une boisson.
Il attendit patiemment, détaillant l'individu. Un blondinet plutôt mignon.
— Oi, me voilà, puis-je prendre votre commande ?
Leur regard se croisèrent, et Kuroo eut l'impression de le reconnaitre. Bof, il avait passé ses premières années universitaires à fréquenter les deux établissements gays de la ville, peut-être l'avait-il rencontré là-bas.
— Oh, Tetsurō ?
L'interpellé sursauta en entendant son prénom.
— Euh… On se connait ?
Le barista haussa un sourcil, un rictus lui échappa :
— Hmm, pas vraiment… Mais je me souviens de ton grain de beauté sur la fesse droite.
Tetsurō rougit furieusement.
Il avait presque oublié qu'il avait dû coucher avec les trois-quarts des hommes gays, bi, et pan de la ville… Son passé libertin le rattrapait finalement.
— Oh… euh… Hello.
Le jeune homme face à lui explosa de rire.
— Hmm, on va dire que ça me vexe pas que tu te souviennes pas de moi… T'étais plutôt populaire à l'époque.
Il lui fit un clin d'œil et Kuroo eut la puissante envie de disparaitre de la surface de la terre.
— Tetsu, la légende du Red… Ah…Je te sers quoi ?
— Hmm, un américano et un latté, lait végétal ?
— Avoine, amande, riz ? Ça fait un bail qu'on t'y a pas vu d'ailleurs, t'as viré de bord finalement ?
— Avoine. Hmm, non, non, j'ai viré de rien du tout… Je me suis juste calmé et… J'ai déménagé.
— Froid, Chaud ? Déménagé ? Où ça ?
— Chaud… Tokyo.
— Woh, t'es devenu un city boy !
Kuroo rougit bêtement.
— J'adore cette ville… Faudrait que j'y retourne un de ces quatre… Installe-toi je t'apporte ça.
Tetsurō hocha vaguement la tête et repartit. Une fois de retour à sa place, il échappa un soupire et réfugia sa tête entre ses mains. Bordel, « la légende du Red », le « Gigolo du Red » plutôt. Il pouffa. Même s'il n'en avait pas gardé que tu positif, cette période de sa vie avait été plutôt chouette… Il s'était bien amusé… Pas de quoi avoir honte.
— Désolé, j'ai mis du temps à arriver, t'as commandé déjà ?
Il releva les yeux : Kasumi venait d'arriver.
— Pas de soucis, oui ça arrive.
— Bien, j'ai trop besoin d'un café.
Le brun regarda sa cadette ranger ses affaires. Il haussa un sourcil. Elle était tout essoufflée, ses mouvements étaient maladroits, comme si…comme si elle était stressée ?
— Ça va ?
Kasumi releva les yeux, surprise.
— Hum… Oui, ça va.
— Ok, euh…
— Hop, et voilà pour vous, un americano, et un latte avoine.
Le barista venait de déposer les boissons. Il attrapa le regard de Kuroo en se redressant, échappant de nouveau un sourire malicieux.
— C'est pour moi, en souvenir du bon vieux temps. Ravi de t'avoir revu Tetsu.
Il lui fit un clin d'œil et repartit. Tetsu sentit ses joues rougir… Devant sa sœur en plus !
En tournant les yeux, il découvrit le regard entendu que lui prêtait sa petite sœur.
— Hmm, tu le connais ?
— Hm… Oui, euh… On s'est rencontré quand j'habitais encore ici.
— Rencontré, fit sa sœur en mimant des guillemets.
C'était maintenant l'entièreté de son visage qui était en feu.
Pour ne rien arranger à la situation, Kasumi se baissa pour lui demander à voix basse :
— Vous avez baisé ?
— Katsu !
Il voulait bien disparaitre maintenant, que les dieux viennent le récupérer sur le champ !
— Allezzzz, tu peux me le dire.
— J'ai pas envie de parler de ma vie sexuelle à ma petite sœur !
— Oh, ça va, ça va, je suis grande ! Allez, dis-moi.
— Ya rien à dire.
— Toute façon je le sais déjà, ça crève les yeux…
— Si tu le sais, pourquoi tu poses la question ?
— Pour te faire chier…
Il roula des yeux.
— T'as un copain ?
Mais que lui prenait-il donc ?
— Non.
Il ne mentait toujours pas, il n'avait pas « un » copain. Toc. Il n'allait juste pas préciser.
— Tu pues…
— Et toi, t'as un copain ?
La question sembla la prendre de court.
— Non.
Il devina une certaine agitation l'envahir. Il fronça les sourcils, pas certain de comprendre sa réaction. Pourquoi réagissait-elle ainsi si la réponse était non… Il écarquilla les yeux : plusieurs copains ?!
Kasumi s'empressa d'engloutir une gorgée de son café et reprit :
— T'as vu c'est chouette comme endroit !
Changement de sujet ! Kuroo mordit tout de même à l'hameçon.
— Super sympa… -il sourit pour lui-même- ça me rappelle là où bosse Ke…mon coloc.
Diable comme le mot était étrange dans sa bouche.
— Oh c'est vrai que t'as des colocs maintenant, chez Kenma c'est ça ?
Kuroo fit mine de regarder les livres, comme si la conversation était légère.
— Hmm c'est ça.
— C'est quoi déjà leur nom ?
— Bokuto Kōtarō et Akaashi Keiji.
— Hmm, ils sont chouettes ?
— Ouais…
— Ok… ok.
Il tourna de nouveau vers Kasumi. Son ton avait de nouveau changé. Elle tripatouillait maintenant nerveusement son téléphone. Elle déverrouilla et reverrouilla plusieurs fois son écran, puis regarda son fond d'écran d'un regard vide.
Qu'est-ce qui lui prenait ?
— Ça va ?
Elle sursauta.
— Oui, oui ça va.
Il haussa un sourcil, très peu convaincu.
— Hum… tu sais que si… ya un problème, tu peux m'en parler hein ?
— Oui, oui, mais non, t'inquiètes.
Elle posa sa tête entre ses mains et tourna la tête, sa jambe tressautait nerveusement. Elle inspira profondément, soupira, regarda de nouveau son téléphone, et finalement braqua son regard vers lui.
— Si, si en fait je voulais te parler d'un truc.
Il commençait à s'inquiéter.
— Oui, pas de problème je t'écoute.
Kasumi se tourna complètement vers lui. Elle posa ses poings sur la table, et ne lâcha pas ses mains des yeux. Elle expira difficilement.
— Ouf euh…
Silence.
— Oui ? l'invita son ainé.
— Ok… ok euh… Tetsurō… J'ai un truc à te dire… Je suis pas certaine, mais… enfin si… je peux pas le nier maintenant… Mais… euh…
Elle gémit.
— Bordel, comment les gens arrivent à faire ça !
— Faire quoi ?
— Attends attends - elle respira profondément- Ok… Ok. Tetsurō.
Elle avait relevé la tête et le regardait maintenant droit dans les yeux.
— Tetsurō…
— …Oui ?
— Je… ouf… Je crois que… Enfin…
Kuroo sentit son cœur commencer à accélérer, qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir lui dire ? Qu'elle avait un cancer ? Qu'elle partait vivre à l'autre bout de la planète ? Qu'elle avait décidé de se retirer dans un temple ? Qu'elle avait un cancer !
— Je suis bi.
Les pensées cessèrent de fuser dans sa tête.
— Oh… Ok.
Katsu haussa un sourcil :
— C'est tout ?
— Non, mais bordel tu m'as fait peur ! Je croyais que t'allais me dire que t'avais un cancer!
— Un cancer ? Non, mais… pff… -elle leva les yeux au ciel-
— Je sais pas t'étais hyper dramatique et tout !
— Hey, c'est pas facile ! Tu devrais savoir ça !
— Oui oui… Mais…
— En plus je… j'étais pas certaine de comment t'allais réagir…
Tetsurō haussa un sourcil :
— De comment j'allais réagir ?
— Je sais pas, que tu me dise genre « oh, mais c'est juste une phase », «non, mais ça existe pas, c'est soit l'un soit l'autre, tu pourrais pas choisir » ou hum…
Kuroo battit des cils, incrédule :
— Tu pensais que j'allais te faire des commentaires biphobique ? Moi ?
— Je sais pas… je sais pas, j'ai juste eu peur.
Il sourit, attendit. Il posa sa main sur la sienne, et leurs regards se captèrent de nouveau.
— Merci de me l'avoir dit. Et euh… je suis content pour toi.
— Hmm…
— Et bienvenu.
— Bienvenue ? Où ça ?
— The alphabet mafia.
Elle pouffa.
— Merci…
Kuroo s'enfonça dans la banquette.
— T'en as parlé aux parents ?
— Non, non… T'es la première personne à qui j'en parle… C'est tout neuf… Et puis j'ai vu comment ils ont réagi avec toi, je vais pas m'y risquer de suite…
— Ça va, ils sont pas si terribles.
Katsu lui jeta un regard désabusé.
— La dernière fois, Papa t'as demandé dans la voiture si t'avais une copine.
— Hmm… Mais maman m'a demandé si j'étais bi, c'est un début.
— Bof.
— Et puis relativise, la prochaine fois que paps demande, tu pourras lui répondre « lui non, mais moi oui »… Ça n'a pas à être v… Katsu ?
Kasumi regardait le sol avec insistance, rougissant jusqu'aux oreilles.
— Non… t'as une copine ? demanda Kuroo avec enthousiasme.
— Non, non… mais…
— Mais ?
— Rien, rien…
Tetsu haussa un sourcil, très peu convaincu.
— J'ai pas de copine, mais…
— Mais ?
— Ok, ok… mais j'ai un crush… un petit crush… non, un crush massif sur cette fille.
Tetsu pouffa, euphorique.
— Cette fille ?
— Oui… Elle… C'est… Tu sais que je… ils ont renforcé le tutorat cette année et euh… c'est ma tutrice.
— Oh… plus âgée ?
— Un peu… elle a genre… an, ou deux ans de plus que toi je dirais, mais… elle est - elle réfugiée son visage dans ses mains et échappa un cri étouffé- elle me… elle est si…
— Elle te fait tourner la tête ?
— Carrément !
Tetsurō ne pouvait à présent plus lâcher son sourire.
— Hum… Et elle, de son côté ?
— Je… je sais pas… c'est peut-être réciproque… Mais je sais pas, c'est peut-être juste amical… je sais pas…
— Oh…
— Ok… Et…
Le téléphone de Katsu vibra :
— Ok… et je lui ai peut-être proposé de nous rejoindre.
— Quoi ?
— Et elle est peut-être déjà là…
— De quoi… Katsu !
— Déso…
Elle tourna les yeux vers l'entrée.
— Ok, elle est là, soit cool, ok ? Cool !
— Ok…
Il tourna les yeux, suivant le regard de sa cadette.
Il put apercevoir une jeune femme, grande, longs cheveux noirs tombant dans son dos, vêtue d'un large pantalon noir et d'une cape de la même couleur. Les doc Martens noires qu'elles portaient contrastaient avec son style élégant, mais complimentaient le tout à la perfection. Tetsurō devait reconnaitre qu'elle avait une sacrée aura. Elle tourna la tête dans leur direction.
— Suki ! Ici, l'interpela Kasumi.
La jeune femme capta le regard de sa sœur et elle s'avança dans leur direction. Kuroo fronça les sourcils… Étrangement… Elle lui disait quelque chose… Il était pourtant sûr de ne jamais l'avoir rencontré, mais… elle avait quelque chose de familier de…
Qui donc lui rappelait-elle ?
— Tetsu, euh, je te présente ma tutrice… Nakayama Suki.
Les yeux de Tetsurō s'écarquillèrent.
Nakayama ! C'était ça la ressemblance !
Nakayama Suki, la grande sœur de Kōtarō !
Eh merde, merde, merde…
Il se pencha pour la saluer poliment.
— Suki, je te présente mon frère.
Merde, merde, merde.
La jeune femme lui rendit son salut.
Katsu ne devait pas l'apprendre, elle ne devait pas savoir !
Relax… elle ne connaissait peut-être même pas son existence… Ou peut-être n'avait-elle pas fait le rapprochement ?
— Ravi de faire enfin ta connaissance, Kuroo Tetsurō.
Leurs regards se croisèrent.
Yep, elle savait parfaitement qui il était, et inversement, elle savait qu'il l'avait reconnu.
Il était dans la merde…
-/-
Tetsurō ferma le robinet. Il resta un moment à regarder le fond de levier.
— Bordel Tetsu, mais qu'est-ce que tu fais ?!
La présence de Suki avait réveillé en lui une part sombre encore inexplorée : le grand frère super protecteur, et super casse-couille.
Après à peu près 5 minutes, Tetsurō avait bien vu qu'il n'y avait rien « d'amical » à leur relation. La tension entre les deux était suffocante. Et cela avait fait surgir une facette de lui qu'il aurait bien voulu ne jamais rencontrer.
Il avait bien essayé de se contrôler, mais c'était plus fort que lui ! Il fallait qu'il fasse des commentaires désobligeants et qu'il lance des regards noirs à tous va… Il ne se reconnaissait plus… Il se détestait ! Une part de lui, qu'il n'arrivait pas à contrôler, ne voulait pas, mais alors absolument pas, de Suki dans la vie de sa sœur. C'était plus fort que lui, mais elle lui donnait une impression de danger… Pour lui, parce qu'elle en savait trop sur lui, et pour sa petite sœur… Était-ce vraiment la meilleure personne pour que sa sœur s'épanouisse et explore ? Il savait que c'était idiot, et qu'il n'avait pas à s'en mêler, mais… C'était tout nouveau pour sa sœur, il connaissait déjà le secondaire de Suki et… Et tous les vieux relents de stéréotype et d'apriori lui revenait en pleine figure, il se sentait odieux, odieux que de telles pensées traversent son esprit, même furtivement. Il en était rendu à défier ouvertement l'alpha, en sachant pertinemment ce qu'il faisait… Et cela n'arrangeait vraiment rien à la situation. Il avait bien tenté de s'apaiser, c'est lui qui avait proposé d'aller au restaurant ensemble… Mais bien sûr, il avait décidé de bien tout foutre en l'air… Pauvre Katsu-Katsu…
Il inspira profondément et ressortit des toilettes. Sa contenance ne dura pas bien longtemps, et son humeur odieuse revint lorsqu'il aperçut sa sœur et Suki parler ensemble, se regardant dans le blanc des yeux niaisement. Il s'installa de nouveau, prenant bien soin de faire remuer la table pour annoncer son arrivée.
— Ça va ?
Kasumi avait l'air soucieuse. Elle voyait bien qu'il était en colère, et il savait qu'elle lui avait fait confiance, et qu'il était en train de la trahir.
— Ça va.
— Je t'ai sortie ta viande du feu, elles allaient trop cuire sinon.
Kuroo baissa les yeux sur son assiette, les morceaux de viande avaient même été ordonnés, et elle lui avait ajouté un peu de salade.
« Tetsu t'es vraiment une grosse merde » pensa-t-il.
— Merci…
« Tiens bon, pour Katsu, allez Tetsu reprend-toi ! »
— Tiens Kasy, celle-ci est prête.
Suki venait de récupérer un morceau de bœuf, elle approcha ses baguettes de sa sœur :
— Ouvre la bouche.
Kasumi s'exécuta et avala le bout de viande que lui avait tendu la brune.
Elles se sourirent.
— Oh attends, je t'en ai mis partout.
Elle essuya le coin de sa bouche du bout des doigts.
Kuroo, fumant, envoya un violent coup de genou dans la table. Cela eut le mérite de les faire cesser leur cirque, mais la table vibra tant que la boisson de Kasumi se renversa sur elle.
— Tetsu merde !
— Désolé, désolé !
« Mais arrêtes putain ! »
Il se saisit d'une serviette et épongea la table.
— C'est bon arrêtes, arrêtes ; sa sœur repoussa sa main. Je vais m'en occuper.
Elle était en colère.
Merde !
Il resta planté quelques secondes comme ça, serviettes à la main.
— Je reviens.
Kuroo attrapa son manteau et se précipita à l'extérieur.
— Bordel Tetsu, mais arrêtes, arrêtes !
Il shoota dans un caillou et se prit le rebord du muret par la même occasion.
— Aïe, mais putain !
— Hey mec, t'as un problème là ?
Il fit volteface, Suki l'avait suivi. Elle avait l'air en colère. Son regard le fit de nouveau disjoncter.
— Lâche-moi !
— Non je vais pas te lâcher, si t'as un problème avec moi, tu me le dis et t'arrêtes tes putains de conneries !
Allô ? La raison ? Hop, et non, la voilà partit !
— Un problème ?
Il avança, défiant et hostile :
— Ouais, peut-être bien que j'ai un problème avec toi !
— Mec, on se connait pas, je vois pas ce que tu me reproches en fait !
— Fait pas l'ignorante putain, tu sais très bien qui je suis, et je sais très bien qui tu es !
— Tu sais qui je suis ? Bordel, mais tu t'entends, tu sais rien de moi, et très clairement, tu veux rien savoir!
— Je sais ce que tu es !
Il se tut instantanément, surpris de sa réflexion.
— Ce que… je suis ? Wooh… c'est vachement offensant ça mec…
— Ouais je sais… Je me suis entendu… Déso.
— Et tu t'excuses maintenant ? Mais tu me fais bien rire putain ! Et puis ça veut dire quoi ce que je suis ?
Kuroo commença à tourner en rond.
— Katsu sais que ton secondaire ? Je… elle est pas prête pour ça et puis, elle est jeune et… je pense même pas que les concepts hors de la monogamie lui aient déjà traversé l'esprit et… c'est tout neuf je veux pas que… Et c'est une bêta, tu sais bien qu'elle peut pas être…
— Hep !
Suki venait de l'attraper par le bras pour qu'il lui fasse face.
— Je sais pas pourquoi je te dis ça parce que vraiment pas tes affaires, mais, de un, je sais pas d'où tu sors ça , c'est pas parce que mes parents le sont que je suis poly, la monogamie ça me va parfaitement, et puis même, que… de deux vraiment ? Tu te fous de la gueule de qui là ? T'as pas l'impression que c'est massivement hypocrite de ta part ? What the fuck gars !
Cette fois, la colère de Suki l'avait sacrément fait redescendre.
— Je sais… C'est stupide… Mais…
— Mais ?
— C'est ma petite sœur, je veux juste la protéger.
— La protéger ?
Suki explosa de rire :
— Non, mais tu te fous de la gueule de qui au juste ? Tu te crois où ? Ta sœur est une adulte, elle peut se démerder sans toi ! Et puis excuse toi, mais c'est fort, tu baises bien avec mon petit frère toi, et je persécute pas, sans dec !
Kuroo leva les yeux au ciel :
— Je te persécute pas…
— Pff, pathétique… Tu me reproches quoi au juste là ?
Elle piétinait presque de rage. Elle se retourna et inspira profondément. La colère ne l'avait cependant pas quitté :
— J'arrive pas à croire que mon frère ait de tels gôuts de merde putain ! Keiji et Kenema n'auraient jamais fait un tel shit show, ça c'est sûr !
La colère de Kuroo s'était diluée. Suki avait raison… Et il avait honte de lui.
— Alors maintenant, si tu pouvais arrêter tes projections sur la vie de ta sœur ce serait cool, par ce que vraiment, c'est un putain de comportement de merde !
La réflexion le secoua.
Oh… C'était ça… Il était effectivement en train de faire une projection sur la vie de Kasumi.
Il projetait sur elle tous les démons qui aujourd'hui le prenaient à la gorge.
Il voulait épargner sa sœur…
L'épargner du poids que la société prenait d'un coup lorsqu'on s'éloignait des clous.
L'épargner de la peur, comme lorsque Keiji était rentré en torpeur et qu'il avait cru le perdre. De la mocheté du monde, de la peur du rejet, de la peur de ne jamais pouvoir être à la hauteur… De ne pas pouvoir donner ce dont ce qu'il aimait avait besoin… De n'être qu'un chainon stérile…
« C'est une bêta, tu sais bien qu'elle peut pas être appareillée »
C'est ce qu'il avait voulu dire….
La réalisation lui fit un coup. Sans même s'en apercevoir, il éclata en sanglots.
— Ah non, mais chiale pas non plus ! Tu vas presque me faire pitié là.
— Désolé, j'ai pas beaucoup dormi…
— Elle est naze ton excuse…
La remarque fit éclater une nouvelle salve de larmes.
— Je sais !
Tetsurō s'assit sur le rebord du muret, désarmé, dégouté de lui-même.
— Désolé… c'était merdique de ma part…
— Ah bah oui je te confirme !
— Je veux juste pas qu'elle endure ce que j'ai dû endurer…
Il entendit Suki soupirer. Elle vint s'assoir à côté de lui.
— Tu sais que tu peux pas y faire grand-chose, non ?
Sa voix s'était adoucie, son courroux avait fini par s'essouffler.
— Je sais…
Il renifla bruyamment.
— Roh, allez tiens, tu me fais pitié là, lâcha Suki en lui tendant un mouchoir.
Tetsurō la remercia et s'essuya les yeux, il renifla et reprit :
— Désolé.
— Ça va j'ai compris…
Ils restèrent silencieux un moment.
— Désolé aussi…
— Pourquoi ? demanda Kuroo.
— Hmm… J'ai un peu fait exprès avec Kasumi… pour te faire chier.
— Oh…
Ils pouffèrent.
— Mais c'était sincère ?
— 100%. Juste un peu cavalier.
— Hum…
— Kuroo…
— Hmm ?
— Tu sais, je veux tout autant que toi protéger Kasumi.
— Hum…
Silence.
Finalement Tetsurō rigola pour lui-même. Suki le questionna du regard.
— Je me disais juste, c'est ton père qui va être ravi.
— Mon père ?
— Naka… Naruhito-san, déjà un Kuroo dans sa famille, je pas sûr que ça lui plaisait énormément, mais maintenant deux… pas sûr qu'il apprécie.
— D'où tu l'appelles par son prénom toi ? T'as la confiance.
— C'est lui qui m'a demandé.
— Hmm, et du coup tu te dis qu'il t'aurait dit ça s'il t'aimait pas un minimum ?
— Je sais pas…
— Il t'adore… Il m'a encore parlé de toi au téléphone la semaine dernière.
— Vraiment ?
— Hmm… Je t'avoue qu'après ton cirque je comprends pas bien pourquoi mais bon.
— Désolé… Hum on est pas vraiment parti du bon pied… On recommence : enchanté, Kuroo Tetsurō, grand frère surprotecteur terriblement déplacé.
Il lui tendit la main.
Suki pouffa, mais finit par la prendre :
— Nakayama Suki, ta sœur est la femme la plus géniale que j'ai rencontrée dans ma vie, et désolé, mais je vais pas la laisser filer comme ça.
Ses paroles réussirent à arracher un sourire à Tetsurō. Ils se serrèrent la main.
— Je comprends… Ton frère est formidable aussi, je vais pas le laisser filer.
— Hmm… Il est stupide… Je sais pas ce que tu lui trouves, encore les autres, je vois, mais Kōtarō, ce gosse n'a aucun goût c'est à pleurer…
— Tu rigole, t'as déjà rencontré ton frère ? C'est une bombe ! Et il me fait rire.
Suki échappa un rire :
— Ok, ok j'ai compris, on va éviter ce genre de discussion. Allez viens Jessica Rabbit, Kasumi va finir par se poser des questions.
Ils se levèrent. La colère avait complètement abandonné Kuroo.
— Nakayama…Hum, il murmura, ça peut rester entre nous ?
— De ?
— Tu sais quoi.
— Hum… Mais tu sais que ça va bien finir par sortir un jour ou l'autre.
— Peut-être…
Ils avancèrent encore :
— Du coup, on fait toujours semblant de rien savoir l'un sur l'autre ?
— Pas la peine.
Oups.
Kasumi se tenait face à eux, leur barrant la route, bras croisés et visiblement courroucée.
Tiens, revoilà la panique, elle ne lui avait pas manqué. Kuroo se figea.
— Oh… Kasy, tu… es là depuis longtemps ? s'aventura à demander Suki.
— Un moment oui.
Tetsurō sentit les veines dans ses jambes se contracter et son cœur s'écraser au fond de sa poitrine.
Merde.
— Oh, se contenta de répondre Nakayama.
Kasumi soupira, elle perdue sa posture hostile et demanda, sincèrement blessée :
— Pourquoi vous m'avez pas dit que vous vous connaissiez ?
— Humm… Bah… On se connait pas vraiment, c'est la première fois qu'on se rencontre, se justifia Tetsurō.
— On a juste des doss, l'un sur l'autre… Enfin j'ai plus de doss sur ton frère que lui sur moi mais bon.
Instinctivement Kuroo lui envoya son coude dans les côtes.
— Hey la violence là, ça va ?!
— On avait dit que…
— Tetsu, je me confis à toi et tu…
Il tourna son regard vers Kasumi, elle en avait les larmes aux yeux, elle se sentait trahie.
— Et tu réagis comme de la merde !
— Je sais, déso, c'est juste que …
— Que quoi ? J'ai pas cinq ans ! Je sais que Suki est une alpha, je sais d'où elle vient, je sais pour sa famille, et… et pour le reste, j'y ai assez réfléchi, et je sais en dans quoi je m'engage ! Je suis pas une gosse !
— Déso c'est…
— Dans quoi tu t'engages ? le coupa Suki.
Kasumi tourna les yeux vers elle. Tetsurō n'avait jamais vu une telle intensité éprise dans son regard :
— Enfin… je… si tu veux… Mais bon… Tu trouves déjà que je suis la femme la plus formidable que tu es jamais rencontrée, donc bon.
Elle avait tenté de mettre toute sa confiance dans cette phrase, mais sa vulnérabilité la rattrapa sur les derniers mots.
— Non ?
Suki lui sourit.
— C'est vrai.
— Bon… alors je me dis que… ce serait bête de laisser passer ça, non ? Enfin c'est …
Suki ne la laissa pas terminée et se jeta sur elle pour la prendre dans ses bras. Kasumi lui rendit son étreinte. Finalement, Suki prit son visage entre ses mains, et avec une ferveur inouïe, l'embrassa.
Kasumi échappa un rire euphorique lorsqu'elles se séparèrent.
— Suki on est en pleine rue !
— Et alors, je peux pas embrasser ma petite-copine ?
Kasumi sourit bêtement. Elle gazouilla et enserra fortement Suki dans ses bras. Alors que la jeune femme s'approchait pour l'embrasser de nouveau, elle la stoppa, ne manquant pas d'échapper un sourire béat :
— Mon frère est là.
Elles tournèrent toutes deux leur attention vers lui.
— Non, mais vous occupez pas de moi hein ! Euh…Je vais rentrer payer, je… je reviens.
Et il repartit à l'intérieur. Il sourit pour lui-même. Il avait eu du mal à lâcher prise, mais voir une telle expression de joie sur le visage de sa sœur le rendait profondément heureux… Il avait été idiot. Heureusement, tout avait l'air d'avoir bien fini…
Il récupéra toutes les affaires laissées à la table, paya, et sortit de nouveau.
Suki et Kasumi étaient assises sur un banc, occupées à discuter en se regardant dans les yeux, un sourire béat aux lèvres. Il roula des yeux : elles n'avaient pas chômé dit donc ! Il échappa un rictus et les rejoignit.
— Tenez, j'ai tout récupéré.
Sa soudaine apparition sembla les faire redescendre de leur petit nuage. Kasumi réajusta sa position, passant une mèche de cheveux derrière son oreille. Kuroo préféra s'en détourner, et s'affaira à refaire son sac.
— Tetsu…
Le ton de voix de sa sœur avait changé: déception, tristesse, surprise. Tetsurō releva les yeux :
— Oui ?
— Pourquoi tu m'as pas dit que tu sortais avec le frère de Suki ? Pourquoi tu m'as pas dit que tu sortais avec quelqu'un tout court ? Je t'ai posé la question tout à l'heure en plus !
Kuroo fit les gros yeux à Suki :
— J'ai rien dit ! Elle a entendu tout à l'heure.
Kuroo soupira :
— C'est compliqué…
Katsu fronça les sourcils, elle tourna la tête vers sa petite-amie :
— Mais ton petit frère, celui qu'à genre 20 ans ?
— 22 oui.
— Son autre petit frère à cinq ans, je suis pas un prédateur !
— J'en sais rien moi, râla Katsu.
— Oui, Kōtarō, confirma Suki.
— Oh…
Katsu tritura ses mains, elle semblait réfléchir. Tetsurō la vit froncer les sourcils.
— Tu m'avais pas dit qu'il était appareillé ?
Tetsurō écarquilla les yeux. Et merde ! merde !
Suki tirait la même tronche que lui.
— Euh… firent-ils en chœur.
— Tu parlais de mon frère ?
Tetsurō soupira… Il était un peu au pieds du mur maintenant. Il ne pouvait plus vraiment mentir… Il inspira profondément. Il croisa le regard de Suki, elle attendait de savoir ce qu'il souhaitait faire. Elle mentirait s'il le fallait. Tetsurō hocha la tête, il fallait qu'il lâche les armes maintenant. Sa sœur avait fait un énorme pas vers lui aujourd'hui, à lui d'en faire autant…
— Non… elle ne parlait pas de moi.
La réponse ne sembla en rien éclaircir la situation pour Kasumi. Elle eut un éclair de lucidité que Tetsurō aurait souhaité qu'elle n'ait jamais.
— Attends, ton frère c'est Bokuto Kōtarō ?
— Oui.
Katsu tourna les yeux vers son aîné :
— C'est pas avec lui que tu habites, le coloc de Kenma ?
— Si…
Katsu fit la carpe, ne calculant pas vraiment la situation. Elle se laissa retomber au fond du banc :
— Je suis pommée là…
— Kenma n'est pas le coloc de mon frère, précisa Suki.
Kuroo commença à faire de l'apnée.
Kasumi fronça les sourcils.
— Ils sont partenaires.
La réaction de Kasumi se fit en trois temps : déjà elle écarquilla les yeux, si bien que Tetsurō crut bien qu'ils allaient sortir de leurs orbites. Puis elle ouvrit grand la bouche, et finalement échappa un cri de surprise. Elle plaqua sa main sur sa bouche.
Elle braqua son regard sur son frère.
— Tetsu… Me dit pas que tu…
Elle échappa un nouveau cri de stupeur
— Tu as une aventure avec quelqu'un sans que ? Il le trompe avec toi ?!
— Non, non, je… personne ne trompe personne, je, tenta de se justifier Kuroo en agitant ses mains.
— S'il est pas au courant et que, enfin ça ressemble quand même, sur leur propre toit en plus ! Tu m'étonnes que tu voulais me cacher ça…
— Non, il est au courant, mais…
— Kenma est au courant en plus !
— Oui, tout le monde est au courant.
— Et bah pas moi… Suki, tu savais ça ? Et ça te fait rien !
— Oui je savais, et non ça me fait rien… Mais Kasy, je crois que tu passes à côté de l'info là.
— De l'info de quoi ? Que mon frère rend cocu son meilleur ami !
— Oui, voilà, non, tu n'y es pas.
Suki et Tetsurō échangèrent un regard.
— Kasumi, tu sais, je t'en ai parlé. Mes parents par exemple, ils ont trois partenaires.
— Oui, oui tu me l'as dit, mais…
—Bon, bah Kōtarō a Kozume Kenma, Akaashi Keiji…
— Akaashi Keiji? L'autre colocs de Kenma ? la coupa Katsu.
— Oui, toujours pas son coloc.
— Mais quoi !
— Laisse-moi finir ! Donc je disais : Kozume Kenma, Akaashi Keiji et -elle tourna les yeux vers lui, la bienveillance de son regard, une bienveillance qu'il n'avait absolument pas méritée, lui serra le cœur- et Kuroo Tetsurō.
Tetsurō échappa un sourire, gêné.
Kasumi fit de nouveau la carpe.
— Oui enfin je suis pas son partenaire, juste, euh, on est pas app...
— Je … comprends pas, le coupa Kasumi.
Maintenant il était tant que Tetsurō s'explique.
— Je t'ai dit que j'avais pas un petit-ami.
— Oui, mais manifestement tu m'as menti !
— Non.
— Bah si !
— Non -il baissa les yeux, caressa nerveusement sa nuque- j'en ai trois.
Kasumi en resta soufflé.
— De… quoi ?
Kasumi ferma les yeux.
— Oh, oh ok… je … m'y attendais pas à celle-là…
Elle ouvrit de nouveau les yeux et le détailla de la tête aux pieds. Kuroo sentit son cœur poignardé en voyant une once de dégout dans le regard de sa sœur.
— Je pensais pas que tu… pourrais faire ça, lui sortit-elle sèchement avant de détourner les yeux.
— Faire quoi, tomber amoureux ?
Suki était intervenue, un rien de sévérité dans la voix.
Kasumi la regarda, surprise de son intervention. Suki maintenue son regard. Cela sembla faire descendre Katsu, qui tourna de nouveau les yeux vers Kuroo, se rappelant que c'était son frère face à elle.
— Moi je vois rien de mal à aimer, continua Suki, que ce soit une, ou plusieurs personnes. Tu n'es pas d'accord ?
Silence.
— Si…
— Bon, bah voilà.
Silence.
— Allez, si on allait boire un coup ? Je crois qu'on a des choses à se raconter, déclara Suki.
Kuroo échappa un soupire.
Tout s'était passé si vite…
Il mit sa main sur sa poitrine. Il avait eu peur… Il avait toujours peur… Mais un immense poids venait de se lever.
— Bon tu viens ?
Kuroo releva les yeux.
Suki Nakayama.
Il la détestait i peine une heure… Il n'aurait jamais pensé trouver une alliée en elle.
Finalement, il était heureux que sa sœur et elle se soient trouvées.
-/-
Kasumi éclata de rire, sa voix ricochant sur les nombreux verres éparpillés sur la table.
— Ah bordel ! Je payerai pour voir la tête que t'as faite à ce moment-là ! Ah ! Mais c'est un film ton histoire !
Ils avaient pourtant commencé à discuter sérieusement, mais plus les verres s'étaient enchainés, plus l'atmosphère s'était décontractée. Tetsurō avait fini par leur raconter les aventures épiques et rocambolesques de ses histoires d'amours.
— J'en menais vraiment pas large… Du coup je me suis cassé.
— Tu t'es cassé ?! intervint Suki.
— Ouaip… Je les ai laissés là, au milieu de la carrée.
Kasumi éclata de nouveau de rire.
— Et après ?
— Après… J'ai failli me faire rouler dessus par Kenma en me foutant devant sa voiture, je leur ai dit que je voulais bien essayer, genre, de sortir.
— Hum… Et après ?
— Pas j'ai fait trois dates dans la journée.
— Donc plus que dans toute ta vie réunie…
— Hey !
— Chut Suki, allez et après ?
— Et après j'ai dit oui.
Kasumi applaudit gaiment.
— Ah j'adore les bonnes fins comme ça !
— Ya tellement de râteaux dans cette histoire, on se demande comment ça à bien finit.
Katsu pouffa :
— J'avoue.
Katsu reposa sa tête sur la table. Son ainé lui sourit tendrement :
— T'es cuite toi.
— Non…
Quelle menteuse…
Il vit les yeux de sa sœur s'embuer de larmes.
— Bah qu'est-ce qu'il y a ?
— Mais… je me dis juste… Je m'en veux de… Je t'ai dit des trucs pas gentils, et j'ai pensé des choses pas gentilles… Mais j'adore ton histoire, c'est trop mignon, et je suis trop contente pour toi !
Il sourit.
— Je suis trop content pour toi aussi.
— Tetsuuuuu
— Hmm?
Elle se redressa, manquant de faire tomber tous les verres au passage, que Suki rattrapa avec brio. Kasumi étendit ses bras pour enlacer son frère.
— Je t'aime.
— Pff moi aussi.
Il posa un bisou au sommet de son crâne.
Les cajoleries ne durèrent pas bien longtemps, Katsu releva la tête, cognant son frère au passage, et déclara solennellement :
— Je vais pisser !
Et elle partit en courant.
Suki et lui la regardèrent partir, et pouffèrent en chœur.
Leurs regards se captèrent.
Kuroo sourit.
— Qu'est ce qui te prend toi ?
— Rien… Je me dis juste… Ya deux heures genre, je t'aimais pas du tout, mais en fait t'es chouette…
— Toi aussi t'es chouette… Même si c'était pas vraiment bien parti…
— Hmm… Mais merci.
— De ?
— Je sais pas, d'exister ?
— Pff… t'es cuit aussi en fait ?
— Ça vaaaaa. T'imagines ?
— J'imagine quoi ?
— Bah t'es genre… deux fois ma belle-sœur…
Suki éclata de rire.
— Et toi deux fois mon beau-frère.
Ils se sourirent.
— Oh attends ! On fait une photo ? Je l'envoie à Kōtarō.
Il n'attendit pas la réponse et activa la caméra de son téléphone. Il ne prit même pas le temps de cadrer et envoya la photo.
Son téléphone ne tarda pas à vibrer : appel vidéo de Kōtarō. Il décrocha. Il sourit bêtement en voyant son amoureux. Il avait les cheveux dans les yeux et l'air totalement débraillé : ses frères n'étaient donc pas loin.
— Babe ? Ça va ?
— Hmm ?
— Oh, t'es juste bourré… Avec ta photo floue, j'ai cru que tu t'étais fait enlever !
— C'est le cas.
Suki passa dans le champ de la caméra.
— Yo le moche.
— Suki ! Qu'est-ce que vous foutez ensemble ?
Tetsurō attrapa le regard de Suki :
— Je lui dit ?
Elle sourit et hocha la tête.
— Oh ! c'est qui ! entendirent-ils hurler.
Nao et Nabu apparurent dans le champ de la caméra, écrasant leur petit frère entre eux.
— Oh ! Tetsu, qu'est-ce que tu fais là ? Suki ! Vous foutez quoi ensemble ?
— Si vous m'aviez pas coupé j'aurais pu savoir, râla Kōtarō.
Kuroo sourit :
— Il se trouve que je connais la petite-amie de ta sœur.
— Sa… Suki ! Tu nous as rien dit ! s'exclama Kōtarō.
— C'est que c'est tout neuf.
— Mais c'est qui ? intervint Nao.
— Suuukiiii !
Kasumi venait de revenir, elle ne prit pas note de la caméra et s'affala sur Suki. Sans crier gare, elle l'attrapa par la nuque pour l'embrasser.
— Ma sœur, répondit Kuroo.
Les trois frères en restèrent bouche bée.
— Sans dec'…
Kuroo hocha la tête.
Kasumi reprit enfin un peu contact, et constata enfin qu'elle était filmée.
— Oh coucou, dit-elle en faisant de grands gestes. C'est qui ? murmura-t-elle ensuite très peu discrètement.
— Mes frères, lui répondit sa petite-amie.
— Ohhhh…
Elle roula sur elle-même pour faire complètement face à la caméra.
— Coucou !
Les trois autres lui rendirent son salut.
— Tetsu, c'est lequel ton amoureux ?
La remarque prit de court Kōtarō qui lui offrit sa meilleure tête de chouette effraie.
— Au milieu.
— Oh- elle salua une nouvelle fois la caméra- hello Kōtarō !
— Hello…
— Bon Suki, ravi de te voir en bonne compagnie !
— Yep, tchao !
Nao et Nobu sortir du champ de la caméra. Kōtarō put enfin s'installer à son aise.
Kasumi le détailla. Finalement, elle tourna la tête vers son aîné :
— T'as vraiment pas des goûts trop dégueulasses, commenta-t-elle.
— Euh… merci, répondit Kōtarō. Babe tu lui as…
— Chut ! coupa Kastu.
Elle échappa un long râle. Diable que cette enfant était alcoolisée.
— Et ils sont où tes autres amoureux ?
— En Corée du Sud.
— En Corée du Sud ! Mais pourquoi ?
— La famille de Keiji habite là-bas.
— Oh… Mais moi je voulais les voireeeee.
— Plus tard plus tard. Bon Babe, je vais raccrocher.
— Oh attends ! Mais tu m'as rien expliqué du tout !
— Je te raconte en rentrant.
— Ok, mais t'oublies pas ! Amusez-vous bien, t'aime.
— Moi aussi je t'aime.
— A plus le moche.
— Bisous Suki, oh attends !
Suki quitta la conversation avant qu'il n'ait terminé sa phrase.
— Il est trop mignon ton amoureux Tetsu…
Kasumi attrapa les joues de Suki qu'elle malaxa dans ses mains :
— Toi aussi t'es trop mignonne… Quelle famille !
— Pff, ok, toi t'es complètement cuite ! On va rentrer, je crois, conclut Suki.
— Hmm…
— Bon je rentre avec vous, parce que là t'es pas en état non plus.
— Non ça va…
Ça n'allait pas. Tetsurō se souvint à peine du voyage en taxi qu'ils avaient pris pour rentrer chez Kasumi.
Il se réveilla le lendemain matin, encore habillé, étendu à même le sol. En tournant les yeux, il trouva sa sœur et Suki enlacées. Il sourit. En récupérant son téléphone, il constata que l'heure avait déjà bien avancé.
— Katsu-Katsu ! Il lui piqua le pied pour la réveiller.
— Quoi ?
— Debout, on a de la route, maman va râler si on arrive trop tard.
— Encore cinq minutes…
Ils partirent deux heures plus tard.
-Fin du chapitre-
Le PDA (Public Display of Affection) est une affaire de famille dans la famille de Kōtarō, et c'est visiblement très contagieux *wink*
J'ai beaucoup aimé écrire ce chapitre, j'espère qu'il vous aura plu.
Prochain chapitre: "Hatsuinode"
"— Tetstu !
L'interpellé grogna, il ne prit pas la peine d'ouvrir les yeux.
— Allez, Tetsu ! insista Kasumi.
Il soupira, attrapa son téléphone et déverrouilla l'écran.
— Katsu il est 6h30 bordel !
— Justement.
— Quoi justement ?
— Hatsuinode.
Hatsuinode. Le premier levé de soleil de l'année."
See ya
