Résumé: "— Le micro ! s'exclama-t-il finalement.

Les deux autres écarquillèrent les yeux, et Kenma appuya enfin sur la commande du son sur son deck.

— T'avais pas mute ?!

— Si !

— Bah non apparemment !

— Bordel ! "

Chapitre 47 : Game's on

Certaines choses étaient connues universellement, toute langue ayant sa propre traduction pour cette situation.

« Die ruhe nach dem sturm » : Le calme après la tempête.

Comment Kuroo avait réussi à se rappeler de cela ? Il ne savait pas trop, Akaashi avait cette influence sur lui. Qui sait, il finirait peut-être trilingue grâce à son influence.

Il en venait à préférer la version germanique à celle de sa langue natale : « Ame futte jikatamaru »

Après l'orage, le sol devient ferme. Voilà qui était plus agricole.

Mais le sens était là, la tempête qu'ils venaient de traverser avait ramené le calme, mais elle avait également apporté avec elle la fertilité : ils pouvaient mieux avancer ensemble sur des bases plus stables, ou un sol plus ferme.

Kenma avait eu un peu de mal à mettre en place la routine imposée par son partenaire. Surtout la partie sur le jogging : pas facile de s'y mettre quand les températures extérieures flirts avec le négatif. Kōtarō avait donc suggéré une activité intérieure : le yoga. En toute franchise, même si cela n'était pas bien catholique de sa part, voir Kenma tenter de faire la pose du chameau au milieu du salon avait quelque chose d'hilarant. Cependant, le karma étant passé par là, Kuroo avait trouvé cela beaucoup moins amusant lorsqu'il s'était retrouvé embarqué dans cette histoire, constatant que le blond avait bien plus de facilité que lui à jouer les contorsionnistes.

Sur les recommandations de celle de Kōtarō, le blond avait également trouvé une nouvelle psychologue pour le suivre, et pour le moment, il avait l'air de s'y faire assez facilement. Kōtarō les avait soit dit en passant un peu rappelant à l'ordre lui et Keiji, rappelant qu'ils n'étaient pas exempts de cette condition. Tetsurō, bien qu'étant le premier à louer les bienfaits du self-care psychologique, avait lui-même un peu du mal à s'y plier, l'idée le ramenant plutôt aux heures sombres de son adolescence. Passons pour le moment.

Les restrictions de temps de live avaient été bien plus compliquées à tenir. Comme le blond n'avait pas exactement commencé les entrainements, Kōtarō laissait courir, et s'endormait de toute façon avant d'avoir pu constater que le blond avait dépassé la limite du temps qui lui était alloué.

Il avait beau avoir suivi de multiple live, Tetsurō ne comprenait toujours pas les règles du jeu, et se demandait bien comment ce qu'il voyait à l'écran pouvait se décliner en tournois. Ça ne l'empêchait pas non plus de suivre de façon assidu les exploits nébuleux de son petit-ami.

Il était affalé dans son lit, suivant le live du blond sans pour autant en comprendre grand-chose, tentant d'en deviner les tenants et les aboutissants. Il releva les yeux de son écran en entendant toquer à la porte.

— Oui ?

— C'est moi, entendit-il Kōtarō répondre de l'autre côté de la porte.

— Vas-y, rentre.

Ce dernier s'exécuta. Kuroo le regarda entrer, attendant qu'il lui dise ce qu'il voulait. Kōtarō n'en fit rien et resta planté dans l'encadrement de la porte.

— Tu fais quoi ? finit-il par demander.

— Je regarde le live de Kenma.

— Oh… ok.

Silence.

— Il t'a viré de son bureau ? Normalement tu restes avec lui.

— Hmm, il m'a dit qu'il devait se concentrer… Et j'avais envie de m'étaler sur mon lit de toute façon.

— Oh ok…

Silence.

— Tu voulais quelque chose ? finit par demander Tetsurō.

— Hmm… câlin.

Le brun haussa un sourcil.

— Quel genre de câlin ?

— Un câlin câlin !

Tetsurō pouffa, mais lui ouvrit tout de même les bras.

— Bah viens.

Il n'en fallut pas plus à son amoureux pour venir se caler contre lui. Tetsurō réajusta sa position et bougea la position de son ordinateur pour continuer à suivre.

— C'est fou, j'ai beau regarder, je comprends toujours rien à ce jeu, finit par avouer le brun.

Sa remarque fit rire Kōtarō.

— Kenma t'a jamais expliqué ?

— Si… mais j'ai rien capté, des histoires de… je sais plus, tout un tas de lettres…

— De lettres ?

— Non, mais genre des acronymes chelous que j'ai déjà oubliés. J'ai fait style de suivre pour pas passer pour une bille, mais j'y connais vraiment rien… En plus je comprends pas comment ce qu'il fait fini en compétition, no offense, j'y comprend juste rien. C'est quoi ? Qui tue le dragon le plus vite ?! s'emporta Kuroo, accentuant sur le tragicomique de sa situation.

Cela eut l'effet désiré puisque Kōtarō explosa de rire.

— C'est parcequ'il joue en map ouverte là.

— Ah bah oui, bien évidemment, c'est clair maintenant, ironisa Kuroo.

— Pff… le jeu est assez hybride, tu peux jouer en map ouverte, explorer et faire des quêtes et tout, mais il y a des arènes où tu peux faire des battles en équipes.

— En équipe ?

— Hm hm…

— Il a une équipe ?

— Non.

La confusion ne fit que s'intensifier.

Son amoureux rit de nouveau.

— Bon attends.

Il prit l'ordinateur et écrivit dans le chat « Battle ! ». Presque aussitôt , des centaines d'autres viewers reprirent ses mots, bientôt ce fut la seule chose visible dans l'onglet du chat.

Ils entendirent le blond soupirer de l'autre côté de l'écran.

« Ok, ok ça va j'ai compris ! »

Kenma finit de détrousser une bande de gnomes belliqueux avant de satisfaire la demande de sa communauté. La page des commandes apparut à l'écran et le personnage se retrouva télétransporté dans une arène de combat. Kuroo fut presque déçue de constater qu'il ne s'agissait pas d'un colisée, des centaines de gladiateurs étant prêt à en découdre. Loin de là, puisqu'il s'agissait plutôt d'un terrain vague parsemé de quelques arbres et de rochers empilés les uns sur les autres. Point de gladiateurs en vue…

— En gros, reprit Kōtarō, il y trois équipes de cinq joueurs qu'y s'affrontent, le but étant de conquérir les bases adverses le plus rapidement possible. Assez classique, avec il y a deux attaquants, deux défenseurs et un guérisseur pour chaque équipe.

Kuroo fronça les sourcils :

— Je vois toujours pas comment il peut jouer sans équipes.

— Attends ! Et, il y a un personnage supplémentaire qui n'a pas d'équipe : le nécromancien. Son but et de tuer le plus de personnages et il gagne lorsqu'il a conquis les trois bases.

— C'est super chaud !

— Hmm, mais attends, il peut ajouter les personnages à son équipe. Enfin, hum… Bon, déjà quand un personnage meurt pendant la partie, qui fait genre vingt minutes max je crois, il peut revenir après un cool-down tant que sa base n'est pas tombée, Ok ?

— Hmm…

— Bon, bah si un personnage est tué par le nécromancien, il revient à sa base, mais le nécromancien peut prendre le contrôle à certain moment pour lancer des attaques.

— Woh, c'est vicieux.

— C'est ça qui est cool, commenta Kōtarō.

Kuroo pouffa en voyant son sourire carnassier.

— À la base c'était pas très populaire, le rôle est tellement dur à jouer que personne ne voulait le prendre… et il est totalement facultatif d'en avoir un par partie. - un sourire fier se dessina sur ses lèvres- Devine qui l'a popularisé ?

Kuroo n'eut pas besoin de plus de clarification.

Le combat commença doucement, Kenma se contentant pour le moment de visualiser les différentes bases pour analyser les actions de ses concurrents. Ce ne fut qu'au bout d'une bonne dizaine de minutes qu'il lança sa première attaque, et fit tomber trois adversaires en l'espace de quelques secondes. Bien qu'il n'y comprît pas encore grand-chose, Kuroo se laissa emporter par l'action, écoutant d'une oreille distraite les commentaires de son petit-ami.

Le blond en était déjà à sept kills, les positions sur l'écran commençant à changer si rapidement qu'il était presque impossible de suivre l'action. La première base tomba, attaquée par ses propres défenseurs, puis une seconde. La troisième était maintenant sur le point de basculer. Tetsurō s'était transformé en véritable supporter, lui et Kōtarō hurlant de plus en plus fort pour encourager leur favori. Lorsque la dernière base tomba et que le nécromancien fut annoncé vainqueur, ils se levèrent d'un coup et commencèrent à sauter d'excitation sur le lit, les lattes commençant à craquer. Heureusement, avant qu'ils n'aient pu totalement détruire le lit, ils furent rappelés à l'ordre par Keiji qui appréciait très moyennement leurs cris d'animaux à une heure si tardive. Ils se calmèrent donc et s'installèrent de nouveau.

— Alors ?

— C'était dingue ! s'enthousiasma Kuroo. Vachement plus sympa quand on comprend ce qu'il se passe.

Kōtarō lui fit un clin d'œil et s'installa de nouveau dans ses bras. Le blond lui n'avait pas perdu de temps et était retourné à ses quêtes, en étant maintenant à discuter bonnes affaires avec un nain des montagnes nommé Rubéone. Ils suivirent plus sagement le reste de l'aventure, mais finirent par s'endormir après une vingtaine de minutes.

Kuroo refit surface après plusieurs heures. L'ordinateur avait échoué un peu plus loin sur le lit. Il s'en saisit afin de s'assurer qu'ils n'avaient fait aucun dégât. Apparemment il avait évité la catastrophe : ouf ! En jetant un coup d'œil à l'écran, il constata que le live était toujours en cours, Kenma ayant apparemment fini par changer de jeu. Le mouvement finit par réveiller Kōtarō qui émergea en lâchant un long gémissement ensommeillé.

— Tu fais quoi ? lui murmura-t-il.

— On s'est endormie avec l'ordinateur, mais pas de dégât ça va.

Kōtarō ouvrit un œil, tombant sur l'écran.

— Il est encore en live ?

— Je crois oui.

L'information sembla le troubler un instant, mais finalement il se retourna, enfonçant sa tête dans l'oreiller.

— Il est quelle heure ?

— 3h35.

— Quoi !

Il se redressa d'un coup, saisissant son téléphone posé sur la table de chevet pour vérifier ses dires.

— Il se fout de ma gueule ! s'emporta-t-il. Ça fait six heures qu'il stream ! Il m'avait promis d'arrêter à minuit.

— Il a pas dû voir le temps babe…

— Il se fout surtout de ma gueule !

Kōtarō sortit du lit, courroucé, et s'empressa de descendre. Kuroo n'eut de ses nouvelles que lorsqu'il entendit Kenma arrêter de parler. Un bruit de distorsion se fit entendre suivit d'un cliquetis métallique, avant que la voix du blond ne se fasse de nouveau entendre.

— Tu viens juste d'éteindre l'écran tu sais.

— J'allais pas débrancher, ça coute un bras ton truc, mais t'as compris le message ?

Kenma soupira.

— T'as vu l'heure ?!

— Non, j'ai pas fait attention.

— Mais te fous pas de moi en plus !

— Tu dormais ! Qu'est-ce que ça peut te faire ?

Ils continuèrent à se chamailler, ce qui arracha un sourire au brun. Ses yeux tombèrent sur le chat, qui était en train de réagir à ce qui était en train de se passer. Ce fut à ce moment-là qu'il percuta : si lui pouvait les entendre, le reste des viewers aussi. Paniqué, il commença à écrire « micro, micro ! » dans le chat, mais il se rappela que l'écran devait toujours être éteint. Il se rua hors du lit et dévala l'escalier. En arrivant dans la chambre de Kenma, il ouvrit la porte du bureau à la volée. Les deux autres se turent, surpris de sa soudaine apparition. Il tenta de leur signer quelque chose pour éviter de parler à voix haute, mais cela ne fit qu'accentuer leur trouble.

— Le micro ! s'exclama-t-il finalement.

Les deux autres écarquillèrent les yeux, et Kenma appuya enfin sur la commande du son sur son deck.

— T'avais pas mute ?!

— Si !

— Bah non apparemment !

— Bordel !

Kenma bouscula Kōtarō pour allumer de nouveau l'écran. Le chat était toujours en train de réagir gaiment à ce petit happening, mais cela ne sembla pas du tout ravir le blond.

— Merde, merde, merde….

— Désolé, je pensais vraiment avoir coupé…

— T'as pas dit mon prénom ?!

— Non… je crois pas, je me souviens pas…

Le téléphone de Kenma vibra, et il le saisit pour regarder qui l'appelait en pleine nuit.

— C'est qui ?

— Yūji.

Il décrocha. Yūji à l'autre bout du fil éclata de rire.

— Bordel c'est pas drôle Yū !

— C'est un peu drôle, l'entendit-iel répondre.

— J'aurais pu me faire griller ! répliqua Kenma, lançant un regard noir à son partenaire.

— Relax, vous avez rien dit de particulier, et à cette heure-là, il doit pas y avoir beaucoup de nipponophones de toute façon, t'inquiètes.

Kenma échappa un soupire.

— Tu soules !

— Je t'avais dit d'arrêter à minuit !

— Et t'es pas ma mère !

— On va pas repartir sur ça !

Kenma souffla.

— Bon sortez, que j'essaye de réparer les dégâts.

Kōtarō ne sembla pas de cet avis.

— Je te promets je coupe bientôt, mais là je dois au moins conclure.

— Ok.

Ils sortirent de la chambre et Kōtarō tourna les yeux tout penauds vers Tetsurō.

— J'ai merdé.

Kuroo se contenta d'exploser de rire.

-/-

Après le drame de la nuit précédente, Kōtarō avait eu un mal fou à s'endormir… Seules quelques phases de microsommeil lui avaient été permises, le reste étant dédié à l'angoisse. Il était tombé d'épuisement en voyant le soleil se lever, et avait plongé dans un sommeil agité, très peu réparateur. Il s'était réveillé trois heures plus tard complètement en nage. Il avait abandonné l'idée de se rendormir et avait fini par se lever. Mais son trop peu d'énergie et l'anxiété l'empêchait d'utiliser pleinement ses fonctions exécutives. Il était installé à table dans la salle manger, regardant avec désespoir son mug de café qui devait probablement être froid à présent. Il releva la tête en entendant des pas dans le couloir.

— Hey, dit-il faiblement en voyant apparaitre Tetsurō.

Ce dernier paru surpris de le trouver ici.

— Hey ! T'es parti courir déjà ?

Son interlocuteur hocha négativement la tête.

— Non… pas la force…

Kuroo fronça les sourcils, soucieux.

— J'ai pas réussi à dormir, précisa Kōtarō. Enfin, bof.

— Oh…

Kuroo vint s'installer à côté de lui.

— À cause de ce qui s'est passé hier soir ?

— Oui…

— Vous voulez-dire quand vous avez crié comme des animaux en pleine nuit ?

C'est ainsi qu'ils remarquèrent la présence de Keiji, occupé à se servir un café dans la cuisine.

— Pire… se lamenta Kōtarō, laissant sa tête retomber sur la table.

— Désolé, lui répondit Kuroo, on s'est un peu laissé emporter.

Keiji haussa vaguement la tête, très moyennement satisfait de cette excuse. Il n'ajouta cependant rien de plus. Il s'adossa au bar, ne prenant pas la peine de venir s'assoir avec eux. Après une première gorgée de café, il demanda :

— Qu'est-ce qui se passe ?

— Jai méga merdé… se lamenta Kōtarō avant d'échapper un gémissement souffreteux.

Keiji haussa un sourcil et tourna les yeux vers Tetsurō.

— Ils se sont chamaillés avec Kenma hier alors qu'il était en live… et pas mute.

Les yeux de Keiji s'écarquillèrent, réellement alarmé. Avant qu'il n'ait pu demander quoique ce soit, Kuroo précisa :

— Ils ont rien dit de particulier, rien de grave.

— Tu connais pas internet, c'est des monstres... chougna Kōtarō.

— Mais non, je suis sûr que tout le monde s'en fout !

Il sortit son téléphone et chargea twitter :

— Je suis sûr que tout le monde s'en fout et que…

Il ne termina pas, regardant son téléphone d'un air sidéré.

— Babe ? Non fait pas ça c'est pas drôle !

Kuroo ne réagit pas. Paniqué, Kōtarō fit le tour de la table, et resta lui aussi tout aussi sidéré en voyant ce qui était inscrit à l'écran. Ce fut au tour de Keiji de les rejoindre, et il se retrouva rapidement dans le même état qu'eux.

— C'est pas passé inaperçu… constata Bokuto.

— Qu'est-ce que vous foutez ?

Trois paires d'yeux se tournèrent vers Kenma, qui venait d'entrer dans la pièce. Il n'avait pas choisi le bon jour pour se réveiller aux aurores. Certes, il était déjà 10h38, mais c'était bien tôt pour l'individu en question.

— Hum…

En constatant que personne ne lui donnerait une réponse, Kenma s'avança. Il rejoint très rapidement leur état de sidération. Sur le volet de droite annonçant les hashtags les plus utilisés, se tenait « Applepie » en 3ème position. Kenma saisit le téléphone.

— Merde, merde, merde.

Il s'éloigna, faisant défiler les tweets l'ayant cité. Les trois autres le fixèrent intensément, essayant de deviner la teneur du contenu en regardant son visage. Au fur et à mesure de sa lecture, les traits du blond s'adoucirent. Finalement un sourire glissa sur ses lèvres et il lâcha un pouffement.

— Quoi ! Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qu'ils disent ? s'empressa de demander Kōtarō.

Kenma ne répondit pas tout de suite, continuant de faire défiler la page.

— Kenma !

— Ça va, ça va - il éclata de rire- quelqu'un a traduit notre conversation et hum…

— Et hum quoi ?

— Ma communauté sait déjà que je ne vis pas seul, donc ça ne les a pas tant surpris que ça au final, mais hum… c'est un peu devenu un meme.

Kōtarō bugga complètement, n'arrivant pas à déterminer s'il s'agissait d'une bonne ou d'une mauvaise chose.

Kenma tourna le téléphone. Quelqu'un avait repris un meme où on voyait un jeune homme courir, « Applepie » écrit en travers de son visage, tentant de fuir un autre jeune homme flottant derrière lui de façon menaçante, le texte indiquant « His concern roomate ».

— Tiens et celui-là.

Cette fois il s'agissait d'un dessin où un guerrier brandissait son épée face à un monstre gigantesque. « Applepie streaming in the middle of the night » était écrit sur le chevalier alors que «Go to sleep !» était écrit en capitale sur le monstre. Tetsurō prit le téléphone pour continuer de faire défiler les images, Keiji et Kōtarō se plaçant à ses côtés pour suivre eux aussi. Le thème du monstre était récurant, Kōtarō étant tour à tour dépeint comme une créature terrifiante, un dragon, une araignée géante, associé toujours de commentaires assez affectueux contrastant comiquement avec son allure. Kuroo et ses petits-amis en étaient presque à pleurer de rire maintenant, mise à part Kōtarō qui trouvait la situation de moins en moins sympathique.

— Oh y'en a un avec moi ! s'exclama Kuroo.

Sur l'image deux personnes étaient en train de se battre alors qu'une troisième se tenait derrière eux, l'air désœuvré. « Apple pie and Sandy » était inscrit sur les deux combattants alors que son pseudo, « The black kat » était écrit sur la troisième personne.

— C'est qui Sandy ? demanda Kōtarō.

— C'est toi. Je crois qu'ils ont commencé à t'appeler comme ça.

— …Pourquoi ?

— Sandman, le marchand de sable.

Kōtarō s'éloigna du téléphone, l'air déconfit, ce qui ne fit qu'accentuer les rires de ses petits-amis.

— T'inquiètes, ça va pas durer, et c'est pas méchant, tenta de le rassurer Kenma.

— Et puis regarde, t'as quand même ton petit fandom, tenta le consoler Kuroo.

Kōtarō lut à voix haute le tweet désigné par Kuroo :

— « Franchement, je shipper Applepie avec TBK mais je vais peut-être changer d'avis », c'est qui TBK ?

— The black kat, c'est Ji, précisa Kenma.

—Oh…

— Ce n'est pas inquiétant que les gens commencent à se poser des questions sur tes… relations ? demanda Keiji.

— Pas vraiment… Et puis je préfère qu'ils me ship avec un de mes partenaires plutôt qu'un parfait inconnu, ou pire…

— Ah ouais… je me souviens quand on est tombé sur cette fic où tu sortais avec Nitro.

Kenma fit une grimace, profondément dégouté.

— C'est qui Nitro ?

— Un joueur de Russie, je l'ai écrasé en final il y a deux ans.

— Hum… ennemies to lovers, un classique, commenta Kuroo, t'as toujours le nom de la fic

Kenma lui donna un coup de coude, semblant néanmoins plutôt amusé par son commentaire.

— Comment ils peuvent écrire des fics, ils savent même pas à quoi tu ressembles ?

— Ça les empêche pas d'imaginer.

— Oh my, je veux vraiment cette fic… Attends, j'ai jamais tapé ton nom sur AO3, je vais voir ce que ça donne, s'enthousiasma le brun.

Kenma lui reprit le téléphone.

— Nope, no, je te conseil vraiment pas. Et puis comment tu connais ce site ?

— … Mes sœurs.

Kenma haussa un sourcil.

— Bon ok, j'en lisais au lycée… Quoi ! C'est pas ma faute s'il y a si peu de représentation queer dans les médias mainstream ! tenta-t-il de se défendre. Tu crois que j'ai appris l'anglais comment exactement ?

— En lisant du smut ? demanda sarcastiquement Kenma.

— Pas que !

— Hum… quel fandom ?

— Hum je me souviens plus.

— Ji, quel fandom ?

Kuroo fit mine de ne pas entendre et tourna les talons.

— Oups, vous avez vu l'heure ? Ça passe à une allure ! Bon je vais prendre une petite douche moi allez !

— Ji ! Quel fandom, quel pairing ? Ji !

Hors de question qu'il réponde à ce genre de questions. Il y avait certaines choses qu'il garderait à jamais dans son jardin secret.

-/-

Alors qu'ils avaient espéré que la vague de memes s'échoue rapidement et que cette malheureuse histoire soit rapidement derrière lui, ce ne fut absolument pas le cas. Dix jours s'étaient maintenant écoulés et la chose avait pris des proportions gargantuesques, les fans ayant continué d'étoffer leurs théories et les détournements en découlant. Cela n'avait pas impacté grandement le travail de Kenma, qui se contentait principalement de ne pas répondre aux questions ou de ne pas réagir aux commentaires concernant Kōtarō en ligne. Le mystère cependant n'avait cessé d'attiser la curiosité des fans. Cela ne ravissait que moyennement Kōtarō, dont le moral déclinait ostensiblement à chaque fois qu'il tombait sur ce genre de commentaire. Ils étaient tous les quatre installés dans le salon, chacun voguant à ses propres occupations. Kenma, très certainement occupé à explorer twitter, pouffa, tentant cependant de faire comme si de rien n'était.

— Quoi encore ?

— Rien.

— C'est encore sur moi ? Ça va au bout d'un moment ! C'est plus drôle !

Kenma ne parut pas complètement de cet avis. Il ne répondit cependant rien de plus et continua à faire défiler les tweeets sur son téléphone.

— Ça va c'est pas méchant.

Kōtarō soupira. Alors qu'il recommençait à défendre sa cause, il attrapa son sweatshirt pour l'enfiler. La tâche s'avéra cependant plus ardue que prévu, et il resta prisonnier du vêtement, la tête prise entre la capuche et le col. Cela ne l'empêcha pas de continuer à débattre, même si ses paroles étaient maintenant quasiment incompréhensibles. Kuroo, qui avait son téléphone dans les mains, alluma instinctivement la caméra, commençant par enregistrer sa réaction avant de passer en caméra arrière pour filmer Kōtarō, toujours en train de se battre avec son sweatshirt. Il finit par sortir sa tête du col, ses cheveux en pagailles cachant la moitié de son visage. Kuroo pouffa, ce qui attira l'attention de son petit-ami.

— T'es en train de me filmer ?

Kuroo s'empressa de repasser en caméra avant.

— Non.

Kōtarō, ne le croyant que moyennement, attrapa son téléphone pour s'en assurer. En voyant son visage à l'écran, il releva les yeux, lui adressa un regard suspicieux, mais finit par lui rendre l'appareil.

— Mouais…

Kuroo éclata de rire et stoppa l'enregistrement. Il s'empressa de visionner la vidéo. En entendant sa voix, Kōtarō se saisit de nouveau du téléphone :

— J'étais sûr que tu m'avais filmé !

— Désolé c'était plus fort que moi.

Kōtarō fit la moue. Il croisa les bras et s'étala de nouveau dans le canapé.

— Fait voir !

Il s'exécuta et tendit le téléphone à Kenma, qui échappa un sourire tendre en visionnant la vidéo.

— Râle pas, t'es choups dessus, regarde Keiji.

L'interpelé, qui était bien trop pris dans sa lecture pour suivre ce qu'il était en train de se passer, finit par relever les yeux de son livre. Sans savoir de quoi il en retournait. Il échappa à son tour un sourire une fois la vidéo terminée. Il ne fit cependant aucun commentaire et tendit de nouveau le téléphone à Tetsurō, qui s'empressa de la regarder de nouveau.

— Oh ! Je peux la poster en story ? s'empressa-t-il de demander, tournant les yeux vers Kenma.

Ce dernier sembla y réfléchir, mais finit par hausser les sourcils.

— On me voit pas dessus donc comme tu veux.

— Hey ! C'est moi qui suis dessus, pas Kenma ! C'est à moi qu'il faut demander ?

— Je peux ?

— Non.

— Mais pourquoi ? T'es trop chou dessus !

— Non !

— Ça va, personne va le voir à part mes potes, et même si c'est le cas, je veux juste montrer aux gens que t' es tout mims, pas du tout comment ils t'imaginent, peut-être qu'ils arrêteront avec les meme du coup ? tenta de le convaincre Tetsurō.

Kōtarō fronça les sourcils, très peu convaincu. Kuroo battit des cils pour l'amadouer, ce qui finit par faire céder son petit-ami.

— Bon ok…

— Yes !

— Mais me tag pas !

— Ok, ok, ok, répondit le brun, commençant déjà à préparer sa story.

Il posta la vidéo en entier, avec simplement écrit « pas si terrifiant Sandy ».

Il s'était cependant attribué une popularité bien démesurée par rapport à la réalité. Dans un petit coin de son cerveau, il avait réellement espéré prouver au monde entier que son petit-ami était bien loin du dragon courroucé qu'ils avaient pu s'imaginer. Malheureusement, bien qu'il épiât sans relâche son téléphone dans les heures qui suivirent, seul un petit nombre de ses amis tombèrent sur sa story. Sugawara, Hinata et Katsu lui avaient laissé un cœur et Suki lui avait répondu pour se foutre de son petit frère, apparemment incapable d'enfiler un pull du haut de ses vingt-trois ans. Il s'en contenta : ne s'inventait pas influenceur qui veut après tout. Il délaissa donc son téléphone pour le reste de son dimanche après-midi et ne s'en préoccupa plus.

Ce ne fut que le lendemain matin qu'il constata réellement l'ampleur que son geste « innocent » avait pris.

-/-

Tetsurō leva les yeux sur la pendule accrochée au-dessus du tableau : 8h30. Il soupira, comment le temps pouvait être si distordu ? Il lui semblait qu'il s'était écoulé des millénaires depuis la dernière fois que son regard s'était porté dessus, alors qu'en réalité, seule une poignée de minutes était passée. Il tenta malgré tout de se reconcentrer sur… la régulation éthylène chez Arabidopsis thaliana.

Après quelques secondes d'écoute, il décrocha de nouveau, laissant son regard voyager autour de lui. Il baissa finalement les yeux sur Oikawa, installé à ses côtés. Ce dernier n'avait pas l'air de s'intéresser au cours non plus… Ce qui était étonnant venant de lui qui était d'ordinaire si studieux. Peut-être s'attendait-il à pouvoir récupérer son cours en utilisant les notes de Tetsurō ? Malheureusement pour lui, il n'allait pas avoir grand-chose à récupérer. Il vit Oikawa quitter sa messagerie, surement prés à se concentrer de nouveau. Il n'en fut rien, et il le vit à la place lancer twitter.

Kuroo leva les yeux au ciel, et alors qu'il allait lui faire une remarque pour le taquiner, il fut coupé dans son élan lorsqu'il entendit son ami murmurer « What the fuck » à voix basse. Oikawa releva les yeux, son regard trouvant instantanément le sien. Le châtain avait l'air profondément atterré, et Tetsurō dut insister du regard pour qu'il cesse de le dévisager comme si une troisième tête venait de lui pousser en plein visage. Son ami fit glisser le téléphone sur la table et il put enfin constater de quoi il en retournait. Apparemment, quelqu'un avait fait des captures d'écrans de sa story et avait traduit ce qu'ils disaient, ce qui avait apparemment lancé un mouvement de fangirling monstrueux sur son petit-ami. Tetsurō sourit, étrangement fier. Adieu monstres et dragons, il s'agissait maintenant d'un dieu parmi les hommes. Le sobriquet de « Sandy » avait apparemment été troqué pour celui de « Morpheus » dieu grec du sommeil et des rêves. Tetsurō pouffa en faisant défiler les commentaires, qui étaient principalement bonne enfant, piqués d'une absurdité hilarante. Il pouvait bien reconnaitre là la digne descendance des posts tumblr abracadabrants. Cela finit même par arracher un rire à Oikawa, suivant lui aussi sa lecture.

Il finit par tomber sur un tweet reprenant une capture d'écran de la vidéo au moment où Kōtarō avait réussi à sortir la tête de son pull. Kuroo, innocent qu'il était, cliqua sur l'image pour l'agrandir : à la place, se lança une vidéo extrêmement kitch de montage photo sur une musique carillonnant qui retentit dans tout l'amphithéâtre. Paniqué, Kuroo tenta d'arrêter la vidéo, mais ne fit de faire disparaitre la page, le son continuant d'émaner du téléphone. Oikawa le récupéra en panique, désactiva le son et le balança au fond de son sac. En tournant les yeux, Kuroo constata que tous les élèves devant, ainsi que son professeur, avaient le regard braqué sur lui.

— Euh… mon réveille… j'avais oublié de le désactivé, tenta-t-il de se justifier.

Son professeur croisa les bras, très peu convaincus.

— Navré d'avoir interrompu votre grasse matinée jeune homme. Je vous prierai cependant de ne pas dissiper le cours, ou je vous fais sortir.

Grasse matinée, grasse matinée: il n'était encore que 8h45, heure raisonnable pour se lever. Certes cela faisait un bail qu'il ne s'était pas levé aussi tard en semaine depuis qu'il habitait avec ses petits-amis, mais un peu de bon sens tout de même! 10h15 peut-être, c'était pas mal pour une grâce mat', mais pas 8h45.

— Je me suis bien fait comprendre ? reprit son professeur, ce qui le sortit immédiatement de ses pensées.

Kuroo se contenta de hocher la tête, faussement navré, puis baissa les yeux, reprenant son stylo, attendant que le cours reprenne.

Une fois que l'attention de son professeur, et celle du reste des étudiants, ce fut détourné d'eux, Oikawa se pencha pour lui murmurer :

— Tu crais !

— Désolé !

Cela eut le mérite de les forcer à rentrer dans le cours, qu'ils prirent religieusement jusqu'à la fin.

-/-

— Plus jamais tu me fais ça ! J'ai failli avoir une crise cardiaque ! s'exclama Oikawa une fois qu'ils furent sortis de l'amphithéâtre.

— Désolé ! J'ai vraiment pas capté que c'était une vidéo.

Oikawa ne répliqua rien, mais fit tout de même la moue, ce qui fit sourire Kuroo malgré lui. Il attrapa son ami en passant son bras sur son épaule pour l'attirer à lui.

— Fait pas la gueule.

Alors qu'il allait passer sa main dans ses cheveux pour le décoiffer, le châtain, sentant l'attaque arriver, le poussa pour se dégager de lui. Sans succès.

— Je te jure que si tu me décoiffes !

Il se débattit jusqu'à tant que le brun le lâche, ne manquant pas d'échapper un rire en voyant son air de poule vexée.

— Arrêtes ! déjà que j'ai pas réussi à prendre le cours à cause de toi !

— À cause de moi ?! Gars, tu foutais rien depuis le début, t'étais sur twitter à stalker mon petit-ami !

— Je stalkais pas ton mec !

Alors que Kuroo allait répliquer, ils furent interrompus par Chris, qui les avaient suivit depuis leur sortie de l'amphithéâtre.

— Quand on parle du loup.

Ils relevèrent les yeux, apercevant Kōtarō qui avançait vers eux. En voyant qu'il l'avait remarqué, il leur fit un geste de la main. Les trois autres lui rendirent son salut.

— Qu'est-ce que vous foutez ? demanda Kōtarō une fois arrivé à leur hauteur.

Un sourire taquin se dessina sur les lèvres du brun.

— Bien le bonjour à vous, ô Morpheus !

Tetsurō lui fit une révérence, ce qui fit pouffer Oikawa malgré lui. Kōtarō quant à lui semblait perplexe.

— D'où ça sort encore ça ?

— T'as pas vu ? demanda Oikawa.

— Vu quoi ?

Avant que Kuroo n'ait pu lui répondre, Chris tendit son téléphone à Kōtarō en guise d'explication. En voyant sa tête partout sur le fil d'actualité, Kōtarō parut complètement déconfit.

— Quoi ! c'est pas méchant !

Le concerné soupira.

— Je veux juste qu'ils me lâchent la grappe… Comment ils ont trouvé ça ?

— Quelqu'un a fait des captures de la story que j'ai faite hier et l'a reposté sur twitter.

— Je t'avais dit que ça allait partir en live !

— T'as rien dit du tout ! Tu m'as dit oui !

Kōtarō se contenta de marmonner une réponse inaudible.

— Allez, râle pas ! s'exclama Tetsurō.

Il passa son bras dans le dos de son petit-ami pour l'attirer à lui. Ce dernier se laissa faire, mais continua de faire la moue.

— Boude pas, insista Kuroo, tirant gentiment sur les joues de son amoureux.

— Bon, sinon on va bouffer, j'ai la dalle ! intervint Oikawa, se déplaçant d'un pas décidé en direction du restaurant universitaire. Tu viens avec nous Morpheus ?

Kuroo pouffa.

— M'appelle pas comme ça aussi !

— Ça va, ya pire que d'être appelé comme un dieu, relax ! Allez, viens !

Kōtarō les suivit, ne manquant pas cependant de manifester son mécontentement.

Il ne lui fallut pas plus de dix minutes pour se faire à ce petit nom.

-/-

Les émois du web sur Kōtarō s'étaient finalement calmés après à peine quelques heures. C'était à la fois l'avantage et l'inconvénient d'internet : tous allaient vite. Cela n'empêcha pas la communauté de Kenma de continuer à s'enfoncer dans leur private jock, et cela faisait quatre jours non-stop qu'au moins deux fois par stream, l'entièreté du chat partait en délire sur Morpheus, qu'ils considéraient maintenant au panthéon des divinités à vénérer au même prix qu'Amaterasu.

Oikawa et Chris et lui-même étaient installés à la bibliothèque universitaire, révisant vaguement leurs cours de la semaine, essayant de passer le temps intelligemment avant de se rendre au CAPE.

« T'es où ? » reçu Kuroo alors qu'il était en train de ranger ses affaires.

« BU, mais on va bouger pour aller au CAPE ».

« Attendez-moi, je viens avec vous du coup ».

Kuroo sourit en lisant le message : cela faisait un moment qu'un de ses petit-amis ne s'était joint à lui pour l'occasion. Il prévint ses amis et ils attendirent Kōtarō devant la bibliothèque. Ce dernier fit son apparition après seulement quelques minutes d'attentes.

— Yo !

Tous trois saluèrent Kōtarō en retour, ce dernier leur rendit leur salut, puis attira Kuroo par le bras pour l'embrasser sur la joue. Ce dernier fit mine de tomber à la renverse, ce qui lui attira un regard blasé de la part de son petit-ami.

— Tu vas me faire la blague longtemps encore ?

Tetsurō ricana bêtement. Il avait peut-être étiré un peu longtemps la blague sur « le baiser de Morphée », feignant de s'endormir instantanément à chaque fois.

— Ok, ok j'arrêtes. Tu devais pas rentrer avec Kenma ?

— Si… mais ça me disait bien de venir en fin de compte. Je l'ai déjà prévenu.

Ils continuèrent à discuter quelques minutes avant de se mettre en marche. Alors qu'ils venaient de sortir de l'enceinte de l'université, le téléphone de Kōtarō vibra.

— Oh… Kenma me dit qu'il nous rejoint là-bas, déclara Bokuto en rangeant de nouveau son téléphone dans sa poche.

— Cool, c'est rare qu'il vienne. Surtout en ce moment… Je pensais pas qu'il lâcherait son clavier, déclara Kuroo.

— En ce moment ? demanda Oikawa.

Kuroo hocha la tête.

— Hmm, les dates du tournoi d'OLF viennent d'être annoncées, il commence à se préparer pour les sélections.

Oikawa et Chris hochèrent la tête en chœur.

— Au moins Tadashi et Kei nous feront pas chier, remarqua le châtain.

Kuroo acquiesça, ne manquant pas d'échapper un sourire. Il était vrai que dès que Kenma était dans le coin, ces deux-là étaient sages comme des images, buvant chaque parole du blond comme s'il s'agissait d'un prêche sacré.

Après une quinzaine de minutes de marches, ils arrivèrent enfin à destination. Quelle ne fut pas leur surprise lorsqu'ils constatèrent que Kenma était déjà arrivé ! Il était installé sur le canapé, Yamaguchi et Tsukki installés face à lui, le regardant comme s'il s'agissait de la septième merveille du monde. Kuroo, Kōtarō et Chris saluèrent tout le monde avant de se diriger vers le canapé ; Oikawa quant à lui n'avait pas pu échapper aux attaques traditionnelles de Sugawara. Kuroo leur prêta un regard. Sugawara rayonnait. Il avait commencé à travailler avec Tsubaki depuis plusieurs semaines déjà, et le changement radical de vie, l'accès à ce qu'il avait toujours rêvé de faire, l'avait métamorphosée. Ce qui pour le coup n'arrangeait pas Oikawa qui se retrouvait avec un Suga gonflé à bloc sur le dos à chaque fois qu'il avait le malheur de croiser son regard en arrivant au CAPE. Le brun sourit, avant de tourner les yeux vers le canapé. Kōtarō s'était déjà vautré dessus, au plutôt sur Kenma, ce dernier ayant déjà commencé à caresser distraitement les cheveux de son partenaire tout en continuant à discuter technique de combat avec Yamaguchi et Tsukishima. Il se tut lorsque Kuroo s'approcha d'eux. Il se pencha pour l'embrasser, et vint s'assoir sur l'un des poufs installés en face du canapé.

— Vous parliez de quoi ?

— Trop technique pour que tu puisses comprendre, répondit Yamaguchi.

La remarque limite hautaine fit pouffer Kuroo, qui n'insista pas plus cependant.

— Je pensais pas que tu viendrais, remarqua Kuroo à l'adresse du blond.

— Moi non plus, ajouta Kōtarō.

— Hmm… je commençais à fatiguer, je me suis arrêté avant de sérieusement m'énerver… Je lancerai juste un petit live en rentrant.

— Un petit live ! Je t'ai jamais entendu dire ça, remarqua Bokuto, marquant le dramatique de sa déclaration.

Kenma échappa un sourire en coin.

— Tu vois que je t'écoute des fois…

Ils se sourirent.

— Ça va ? Ça a l'air de te préoccuper, demanda Kōtarō à son partenaire.

Alors que le blond aller lui répondre, Tsukki intervint :

— Préoccuper ? Je doute qu'Applepie soit préoccupé !

Son partenaire hocha vivement la tête.

— Le chaos ne se préoccupe pas des champs de bataille qu'il décime !

Ils redescendirent sérieusement en constatant qu'ils avaient peut-être un peu forcé sur l'intensité de leurs propos.

— Désolé… s'excusèrent-ils en chœur.

Kenma échappa un sourire attendri. Il tourna de nouveau les yeux vers Kōtarō :

— Je suis un peu anxieux, mais ça va.

— Vraiment ? intervint Yamaguchi, paraissant réellement préoccupé.

Le blond soupira.

— C'est gentil de croire en moi, mais…

— Mais ? demandèrent Yamaguchi et Tsukki dans un souffle, dévasté de déceler les failles de leurs idoles.

— Je sais que vous avez l'impression que je suis un géant, mais… c'est pas vraiment le cas. Je suis un streamer faceless qui joue à des jeux niches en pleine nuit. Je suis pas grand-chose face à des joueurs pros en ligue qui touche 500.000 dols par mois. Ça me va, très bien, je veux pas dépendre de qui que ce soit et je veux me gérer comme je veux, mais…

— Attends, intervint Kuroo, t'as pas genre, des millions d'abonnés, c'est pas rien !

— Je dis pas que c'est rien, je dis que face à des ligues pros, je suis pas de taille.

— T'en vie quand même… et t'as une entreprise et tout non ? C'est pro ça ! remarqua Yamaguchi.

— C'est plus pour le développement de software que je l'ai… Et pour gérer les gens qui s'occupe de la chaine, comme Yūji, mais… Enfin, je me suis débrouillé jusque-là parce que OLF était plutôt low key et pas vraiment considéré comme un gros jeu, mais maintenant… Je sais pas si je peux assumer ça seul.

Personne ne sut trop quoi lui répondre sur le coup.

— Sans compter qu'ils risquent de renforcer les règles… Je sais pas, je fais quoi s'ils acceptent que les joueurs sponso ? Ils vont aussi surement vérifier l'identité des joueurs, je fais quoi s'ils veulent pas d'emmerde et qu'ils décident de pas m'accepter ?

— Pourquoi ils t'accepteraient pas ? demanda le brun.

Son petit-ami soupira, avant de lever les yeux au ciel.

— Ya écrit « oméga » sur ma carte d'identité, ça a pas tendance à enthousiasmé dans ce monde-là.

— Kenma… t'es le gagnant des trois derniers tournois, t'es surement la raison pour laquelle le jeu se retrouve propulsé sur le devant de la scène ! Je doute fortement qu'ils rejettent ta candidature, raisonna Kuroo.

Cela sembla rassurer le blond, qui s'enfonça de nouveau dans le canapé.

— Hmm…

— Et pour le sponsoring et la ligue, même si je suis sûr que c'est pas un critère pour eux, tu peux pas le faire seul ? intervint Kōtarō. Une ligue c'est pas si difficile à créer non ? Enfin, j'en sais rien…

— Non… mais pour le sponsoring, je peux pas inventer des tunes à me refiler ?

— Pff… je sais pas… tu peux toujours trouver une marque, je pense que t'auras pas de mal à trouver… et puis si tu veux le faire seul tu peux… je sais pas… Un peu de rebranding pour la hype et tu peux créer une boutique de produit dérivé pour le financement, faire appel à ta communauté. C'est comme ça que t'as toujours fait.

Kenma regarda Kōtarō, effaré.

— Quoi ? C'est pas une bonne idée ?

— Si… super idée.

— T'as l'air surpris… Je vous rappelle que je fais du marketing, j'ai du skill.

Kenma lui sourit.

— C'est vrai que c'est une bonne idée… Moi tu me vendrais n'importe quoi, je l'achète, emphasa Yamaguchi.

— Tu me vendrais des trombones que je les achèterais, continua Tsukki.

La remarque eut le mérite de faire pouffer Kenma. Il baissa les yeux sur son partenaire.

— Tu m'embauches du coup ? demanda Kōtarō, sourire aux lèvres.

— Yep.

— Cool, tu me la fais à combien la commission ?

— Loger et nourris ça te va ?

— Pff…

— Tu peux payer en nature.

Kōtarō éclate de rire.

— Venant de toi, j'imagine que tu veux juste que je fasse un potager, pas facile en hiver, tu sais.

— Je veux des tomates dans un mois.

Ils ricanèrent bêtement avant de s'embrasser, ayant visiblement oublié qu'ils avaient un public. Yamaguchi et Tsukishima échangèrent un regard, troublés.

Kuroo les regarda interagir, échappant un sourire à son tour.

Ne restez plus qu'à mettre tout en œuvre pour que la machine démarre.

Game on.

Kuroo ne se figurait pas encore qu'il se retrouverait bien malgré lui impliqué dans ce procédé.

Vendredi soir, 22h15. Alors que certain allait profiter de leur jeunesse pour se mettre la tête à l'envers dans un bar bruyant, Kuroo lui avait opté pour une heure de couché raisonnable. Ils avaient regardé un film avec Keiji et Kōtarō après le repas et avaient ensuite opté pour le confort de leur lit respectif. Tetsurō était occupé à regarder d'obscure vidéo youtube dont il n'avait pas totalement saisi le concept encore, lorsqu'il entendit toquer à la porte. Kenma ouvrit la porte avant qu'il ait le temps de répondre, Kōtarō sur les talons, qui semblait avoir apparemment été réveillé assez brutalement et qui avait du mal à reconnecter avec la réalité.

— Viens ! lui ordonna Kenma.

Le brun ne réagit pas immédiatement, ne comprenant pas la commande, pourtant très claire.

— T'étais pas en live ?

— Si, c'est pour ça, bouge.

Il fronça les sourcils, attrapant le regard de Kōtarō pour le questionner du regard. Ce dernier haussa les épaules, visiblement pas plus renseigné que lui sur la situation en cours.

— Mais… pourquoi ?

Kenma soupira. Il entra dans la chambre et le sortit de force de ses couvertures.

— On vient de me verser 40 mille yen* pour entendre vos voix, je vais pas m'en priver ! Bouge !

Kuroo le suivit sans plus de résistance.

À dieu heure de sommeil raisonnable, voilà qu'il était devenu commentateur de jeu sur la chaine de son petit-ami.

-Fin du chapitre-

* 40 mille yens = environ 285 euros

Hey,

On se demande beaucoup de choses, mais la plus importante est la suivante: quel était le Fandom préféré de Kuroo au lycée ? Nos équipes d'enquêteurs sont déjà lancées sur la question.

Sinon, beaucoup trop de chose que je maitrise bien trop peu dans ce chapitre: Twitter? Cet endroit me terrifie bien trop pour que j'y mette les pieds, même pour une étude de terrains.

J'espère que ce chapitre vous aura plu !

Prochain chapitre: "Nouvelle peau"

"Ils se figèrent en entendant un craquement provenant du plafond. Lentement, Kenma releva la lampe torche. Là, au-dessus de leur tête, se tenait le monstre, créature décharnée, aux huit membres désarticulés. La bête tourna sa tête à 360 degrés et échappa un cri strident en apercevant sa victime.

— Cours, cours, cours ! hurla Kōtarō."

See ya