Résumé: "Mesdames et Messieurs, il vient remettre son titre en jeu, pour sa première apparition en public, je vous demande de faire du bruit pour notre champion en titre : Applepie!"
TW: *Aggression, panique
Chapitre 51: Les combats du crépuscule
— Prêt?
Kuroo inspira profondément.
— Je crois.
Kōtarō lui sourit.
Le temps était venu : ils commençaient enfin leur stage.
Après une cérémonie de rentrée bâclée, voilà qu'ils étaient directement jetés dans la nature.
— Pas le choix de toute façon, répondit le brun. Toi ?
— On verra bien.
— Regarde-toi, ils vont pas pouvoir résister à tes charmes, plaisanta le brun.
Plaisanta, pas vraiment, Kōtarō était vraiment à tomber. Vu qu'il devait rentrer dans une grosse compagnie, il avait sorti le grand jeu : costume, cravate, le parfait attirail du businessman accompli. Tetsurō ne l'avait jamais vue si élégamment vêtue, et c'était loin de lui déplaire. Lui avait opté pour quelque chose de plus décontracté, tout en étant professionnel : après tout, le costume n'était pas forcément adapté à la vie d'un laboratoire.
— Fais gaffe, ils vont te prendre pour le CIO, commenta-t-il.
— Pff, t'es con.
Un rire roula dans sa gorge, mais ses lèvres capturèrent celles de son amoureux avant qu'il n'ait pu s'en échapper.
— Allez, sors, je vais être à la bourre, le pressa Kōtarō lorsqu'ils se séparèrent.
Kuroo hocha la tête. Il récupéra ses affaires et sortit de la voiture.
— Passe une bonne journée, dit-il.
— Toi aussi.
Après un dernier salut de la main, il referma la portière et la voiture redémarra. Il la regarda s'éloigner, sentant soudain le stress monter en lui. Il respira profondément, et s'avança vers l'entrée. Une fois à l'intérieur, il s'avança d'un pas assuré vers l'accueil. Il y reconnut la secrétaire, toujours pendu au téléphone. Lorsqu'elle l'aperçut cependant, elle raccrocha et attendit qu'il vienne à elle.
— Hey, j'te reconnais toi !
La familiarité désarçonna Tetsurō.
— Euh, oui. Je... je commence mon stage aujourd'hui.
— Hmm, tu vas t'amuser dit donc, répondit-elle sarcastiquement.
Le brun ne sut pas vraiment comment prendre cette remarque. Avant même qu'il n'ait pu répondre quoique ce soit, la jeune femme lui demanda :
— C'était ton petit-ami ?
Kuroo se figea instantanément. Il n'était pas là depuis une minute qu'il s'était déjà fait cramer. Il sentit ses joues s'enflammer, tentant tout de même de garder contenance.
— Relax, dit la secrétaire.
Elle releva le bras droit, baissant sa manche pour révéler à son poignet un bracelet aux couleurs du drapeau bisexuel. Kuroo se détendit, ne tenant cependant pas à répondre à la question.
— Je t'ai vue l'embrasser, pas très discret.
Il fallait vraiment qu'il apprenne à être un peu plus discret en public !
— Pour Suzuki-san c'est ça, reprit la jeune femme avant qu'il n'ait le temps de s'empourprer complètement, je vais l'appeler.
Et c'est ce qu'elle fit. Après quelques instants cependant, elle reposa le combiné :
— Il n'est pas disponible pour le moment, il va falloir attendre.
— Oh...
À ce moment-là, un homme d'une quarantaine d'années pénétra dans le bâtiment.
— Bonjour Miwa, dit-il poliment en passant devant l'accueil.
Alors qu'il s'apprêtait à passer les portes de sécurités, ladite Miwa l'interpella :
— Oh, Sukiya-san!
L'interpellé se tourna, surpris.
— Je vous présente Kuroo-san, dit-elle en désignant le concerné. C'est un étudiant de Todaï.
Les deux hommes se saluèrent poliment.
— Oh étudiant, en quoi si je peux me permettre ?
— Biochimie.
— Il commence son stage aujourd'hui, intervint la secrétaire, Suzuki-san n'est pas disponible, vous pensez pouvoir lui faire faire un petit tour en attendant ?
— Oh... avec plaisir.
Elle leur ouvrit une petite porte en verre et Kuroo suivit l'homme à l'intérieur du bâtiment.
— Ici ce ne sont que les bureaux.
Le brun hocha la tête et suivit son accompagnant en silence.
— Kuroo-san, vous êtes donc étudiant en biochimie.
— C'est bien ça.
— Je travaille moi-même au laboratoire de chimie.
Ils s'engagèrent dans un long couloir en verre traversant un carré de verdure.
— Oh, nous serons peut-être amenés à travailler ensemble alors, répondit Kuroo, jouant la carte de l'assurance autant qu'il le pouvait.
— Oh, oui peut-être, répondit Suzukiya-san avec un enthousiasme retenu. Cette aile-ci est consacrée aux laboratoires.
Ils traversèrent un couloir, de chaque côté, les vitres données sur des salles de manipulations, certains scientifiques en blouse travailler au bench, d'autres discutaient, les mains occupées sous des hottes à flux laminaire. Kuroo s'enthousiasma déjà à l'idée de pouvoir les rejoindre et mettre la main à la patte.
— Ici, nous nous occupons de synthétisation et le développement des formules. Ce niveau-ci est destiné au composé non toxique. Les étages supérieurs sont un peu plus sécurisés, je ne pense pas pouvoir vous les montrer maintenant. Hum... Au fond nous avons les spectromètres de masse et les chromatographes... hum, mais ce n'est pas vraiment intéressant à regarder.
Bien au contraire ! Tetsurō mourrait d'envie de rencontrer ce spectromètre, il ne rêvait même que de ça!
Ils se retrouvèrent de nouveau dans un couloir vitré donnant sur les ailes alentour. La taille du site était gargantuesque! Le brun se réjouissait déjà à l'idée de découvrir les merveilles y regorgeant.
— En face se trouve les laboratoires de biologie, expliqua Sukiya-san désignant l'aile en question. L'animalerie se trouve en dessous et court sur une grande partie de la surface du site.
Kuroo n'osait même pas imaginer la taille de l'animalerie en question.
— Un peu plus loin derrière, continua le scientifique, nous avons une plateforme de microscopie, une des plus performantes du pays. Elle est ouverte aux visiteurs venant d'autre laboratoire public et privé, hum... C'est assez impressionnant, mais je vous avoue que je n'ai pas eu trop l'occasion d'y mettre les pieds, il échappa un rire gêné. Malheureusement, je pense que c'est tout ce que je peux vous montrer pour le moment.
— Oh... hum, merci beaucoup.
Sukuya hocha la tête.
— Savez-vous déjà sur quel projet vous allez travailler ?
— Oh... hum non, on ne me l'a pas encore expliqué.
— Oh... étonnant. Vous aurez peut-être la chance de travailler sur les derniers projets, ils sont très secrets sur ce genre de projet.
— J'espère, j'en serais ravi.
Le chimiste lui sourit. Il y eut quelques secondes de battement avant qu'il reprenne la parole.
— Bon, il est peut-être temps d'y retourner, Suzuki-san doit vous attendre.
Ils se remirent donc en route, en retournant dans le hall principal, ils y trouvèrent effectivement Suzuki-san.
— Oh, Sukuya-san, Kuroo-san, vous voilà.
— Suzuki-san, il le salua d'un mouvement de tête, je lui faisais faire un petit tour du propriétaire.
— Très bien, répondit Suzuki, visiblement pressé. Et bien, allons-y.
Il se mit en marche sans attendre de voir si Kuroo le suivait. Ce dernier, pris de cours, salua son accompagnant avant de trottiner pour rejoindre le petit homme en costume.
— Avec toutes ces nouvelles technologies qui arrivent de plus en plus rapidement, nous attendions vraiment quelqu'un comme vous pour nous remettre à la page, lui dit Suzuki-san sans lui prêter un regard.
Tetsurō ne comprit pas forcément ce que cela impliquait, mais la perspective était excitante !
— Ce sont des informations très importantes que vous allez avoir entre les mains vous savez, nous comptons évidement sur votre discrétion.
— Bien sûr.
Kuroo fronça les sourcils, ils venaient de descendre au sous-sol. Finis les couloirs en verre et les petits jardins, bonjour long corridor en béton et néon blanchâtre. Où est-ce qu'il l'emmenait au juste ?
Son enthousiasme commençait à franchement dégringoler.
Ils arrivèrent finalement devant une porte, peinte d'une couleur bleu foncé essoufflé. Son accompagnant frappa et ouvrit avant d'avoir eu de réponse. Un homme échevelé d'une cinquantaine d'années releva flegmatiquement la tête. Ouf, depuis combien de temps n'avait-il pas vu la lumière du jour ? Kuroo ne tenait pas à verser dans le jugement hâtif, mais il semblait que l'homme en question était enterré là depuis des dizaines d'années. Ses yeux, presque sans vie, étaient bordés de larges cernes rougeâtres.
— Ah Yutaka-san! s'exclama Suzuki comme s'il venait de le croiser par hasard au détour d'un couloir. Je vous présente Kuroo-san qui vient vous prêter main forte pour quelque temps !
Yukata-san tourna une seconde les yeux vers lui, sans que cela ne déclenche le moindre mouvement de ses muscles faciaux, et tourna de nouveau son attention vers son supérieur, hochant lentement la tête.
— Parfait, je compte sur vous pour lui montrer les ficelles du métier dans ce cas. Kuroo-san, je vais vous montrer votre bureau.
Ils ressortirent et gagnèrent le bout du couloir. Il ouvrit une lourde porte, révélant derrière une immense pièce plongée dans l'obscurité. Suzuki appuya sur un vieil interrupteur, et quelques néons à la lumière faiblarde s'allumèrent, réveillant des allées entières d'étagères remplies à craquer de caisse en carton et de vieux classeur poussiéreux.
— Nous y sommes presque, annonça avec enthousiasme Suzuki-san.
Presque ? Comptait-il l'emmener jusqu'aux tréfonds des l'enfers ?
Il le suivit néanmoins jusqu'à une petite porte planquée dans le fond qui donnait sur... un placard. C'était sans nul doute un placard. Ils y avaient installé un petit bureau certes, mais c'était sans l'ombre d'un doute un placard.
Le moral de Kuroo était au plus bas. Il n'osait pas croire ce qu'il était en train de se passer. Non, il allait lui dire que c'était une plaisanterie et le remonter en haut, dans un laboratoire flambant neuf, et il allait rencontrer une équipe dynamique et passionnée qui le prendrait sous son aile... non?
— Et voilà! Vous avez même un bureau pour vous tout seul ! Pas mal non ?
Kuroo ne répondit pas, complètement médusé.
— Nous avions vraiment besoin de quelqu'un comme vous, vraiment. Nous avons besoin d'être à jour sur la digitalisation de toutes nos données, c'est primordial pour notre entreprise.
Kuroo lutta pour ne pas grimacer. Même s'il le tournait comme cela, cela avait quand même très peu de charme à ses yeux.
— Suzuki-san je pensais que... En fin je suis biochimiste, je pensais que.
— Oui, oui, plus tard, il faut déjà que vous vous familiarisiez avec tout cela, nous pourrons en reparler, s'empressa de répondre le petit monsieur. Bon –il força un sourire- eh bien je vais vous laisser, Yutaka-san vous expliquera tout ça.
Avant même que Kuroo n'ait pu dire quoi que ce soit de plus, Suzuki-san repartit sans rien ajouté de plus. Dépité, il se laissa retomber dans la chaise, dans le placard perdu dans un sous-sol. Comment avait-il fini là au juste ? Il réajusta sa posture en entendant quelqu'un venir: ah! Ce n'était qu'une plaisanterie finalement ! Une petite boutade pour l'accueillir. Tous ses espoirs furent balayés d'un seul coup lorsque Yutaka-san arriva dans l'embrassure de la porte. Il ne lui prêta même pas un regard et lui tendit un tas de feuilles.
— Les mots de passe pour l'ordinateur sont dessus. Ainsi que la procédure d'encodage. Suzuki-san vous transmettra les identifiants pour votre boite mail.
Kuroo hocha la tête et saisit les feuilles. La blague commençait à être longue.
Yutaka ressortit et revint quelques secondes plus tard avec une caisse pleine à craquer. Dessus était inscrit " Mars- Février 1975", le marqueur était passé du noir au brun avec le temps.
— Voilà pour commencer. Il faut encoder toutes les données par expérience, par jour et par scientifique. Vous savez où me trouver.
Et il partit.
Kuroo n'en revenait pas. Sérieusement ?
Lui qui s'était promis de rester digne et présentable pour son premier jour, apparemment il allait finir sa journée à sangloter dans un placard poussiéreux.
Malgré tout, il se décida à faire de son mieux, malgré la tâche ingrate qu'on lui avait refilée, et il se mit au travail.
-/-
Tetsurō avait très rapidement compris pourquoi son mentor, Yutaka-san, avait apparemment perdu depuis longtemps toute force vitale : rester dans un trou sombre et sans lumière naturelle avait de quoi faire déprimer, très, très rapidement. Était-ce même légal de faire travailler des gens dans ces conditions ? Apparemment oui. Kuroo se rendait compte que le code du travail de son pays laissait quand même à désirer. À peine les aiguilles de sa montre étaient-elles tombées sur midi, qu'il se leva de sa chaise pour remonter à la surface. Le soleil, si éclatant à l'extérieur, surgit au bout des escaliers, inondant instantanément son corps d'un sentiment d'apaisement. Diable que c'était bon ! C'était décidé : il allait prendre un bain de soleil ! Son corps lui réclamait à cor et à cri.
Il passa les portes sécurisées pour rejoindre l'extérieur. Alors qu'il s'avançait vers les portes, la secrétaire l'interpela. Surpris, il se tourna. Il fut invité à s'avancer vers le front desk.
— J'ai ta carte provisoire pour rentrer, tiens, lui dit-elle une fois arrivé à sa hauteur, lui tendant la carte en question.
Kuroo la remercia et récupéra son pass.
— Tu t'enfuis déjà ? ajouta la jeune femme, sourire aux lèvres.
— Si seulement... Non je viens voir la lumière.
La secrétaire haussa un sourcil :
— Ils nous ont foutu dans un aquarium et t'as besoin de lumière ?
— Crois-moi, là où ils m'ont fourré, j'en aie sacrément besoin, répondit Kuroo, matchant le niveau de familiarité de son interlocutrice.
— Comment ça ?
— Je suis dans un placard aux archives...
— Aux archives ? Qu'est-ce que tu fous là-bas ?
— J'en sais trop rien moi-même...
— Hmm... sacrée redescente.
— Un peu... Mais bon, je vais faire ce que je peux.
Elle échappa un rire clair :
— Bienvenue chez nous.
Il força un sourire.
— Bon, je vais te donner un petit tuyau, tu me fais pitié. Si tu vas au quatrième par l'escalier de droite, tu prends la porte extérieure pour longer le bâtiment et tu peux accéder au jardin qui est entre les passages reliant les différents bâtiments, c'est plutôt posé.
— C'est noté, merci pour le bon plan hum...
— Miwa, Kageyama Miwa.
Kuroo battit des cils, incrédule. La jeune femme haussa un sourcil, surprise de sa réaction.
— Ça va ?
— Hum... T'aurais pas un frère... ou un cousin... hum, Kageyama Tobio?
Ce fut au tour de Miwa de faire la carpe :
— Si, mon petit frère, tu le connais d'où ?
— On est pote, on est... dans le même club.
— Oh ! Sérieux ? Tu dois connaitre son partenaire aussi du coup ?
— Hinata oui.
— 14 millions d'habitants dans cette satanée ville, mais tu connais mon frangin. Bon bah tu lui passeras le bonjour quand tu le verras. Pas comme si cette tête de pioche allait m'envoyer un message pour demander de mes nouvelles de toute façon...
— C'est noté !
— Bon allez, du balai, j'ai du boulot moi.
Kuroo lui fit un dernier salut de la tête et repartit à l'intérieur, bien décidé à partir à la recherche de ce coin de paradis qui lui avait été décrit.
Il suivit toutes les instructions à la lettre, autant qu'il le put en tout cas. Mais sa capacité à se perdre en toute situation le rattrapa. Il dut finalement revenir sur ses pas, s'apercevant que sa capacité à discerner sa droite de sa gauche était très pauvre. Il dut même s'aider de ses mains pour s'assurer que son orientation était correcte. Finalement, après un bon quart d'heure, il arriva à destination. Il sourit en ouvrant la porte menant à l'extérieur. Il s'avança dans le jardin suspendu au milieu de cette immense cage de verre. Il s'engagea sur le petit chemin pavé traversant des carrées d'herbes longues et de fleurs, le tout était bien trop entretenu pour paraitre naturel, mais l'illusion était presque parfaite. Au centre, se trouvait de longs bancs un bois arrangés en carrée, reprenant la forme du jardin. Une fois qu'il y fut installé, il prit quelques secondes pour apprécier la lumière inondant son visage, l'air gorgé de l'arôme des fleurs, et le silence. Le bourdonnement de la ville n'était qu'un bruissement lointain ici. Finalement, il sortit le bento que Kōtarō lui avait préparé le soir même. Il sourit en découvrant qu'il l'avait décoré de petits ours en jambon et œuf et de boulette de riz en forme de cœur. Il sortit son téléphone, faisant défiler les stories. Oikawa était parti pour les États-Unis depuis plusieurs semaines maintenant.
Il avait décidé d'avancer sa date de départ pour pouvoir partir avec Iwaizumi faire le tour du pays avant de commencer son stage. Kuroo crevait de jalousie à chaque fois qu'il ouvrait ses stories, mais il ne pouvait s'empêcher d'aller les regarder plusieurs fois par jour. Lui et son partenaire avaient parcouru ensemble les villes les plus emblématiques du pays : New-York, Washington DC, Los Angeles, San-Francisco... Son profil était inondé de photos de toutes les merveilles qui avaient croisé leur route. Il l'avait appelé il y a quelques jours lorsque Iwaizumi était reparti pour le japon, et il l'avait écouté des heures durant raconter toutes ses aventures. Il sourit en découvrant sa dernière photo : on y voyait un immense panneau où était inscrit " Ames Research center: NASA research park" et il avait écrit "À nous deux" à côté de sa localisation : Mountain View, California USA. Il lui envoya un message d'encouragement et revint sur son profil pour regarder de nouveau les photos qu'il avait récemment publiées. Oui, peut-être qu'il était lui-même assigné à jouer les secrétaires dans un placard à balais, mais grâce à son ami, il pouvait un peu voir du paysage.
Il releva la tête en entendant une porte s'ouvrir : deux individus de sensiblement son âge, venaient de rentrer dans le jardin. Le plus grand des deux, un brun aux sourcils broussailleux, capta tout de suite sa présence. Kuroo lui adressa un salut poli de la tête.
— Oh, Makki, on s'est fait piquer la place.
Son ami, un jeune homme aux cheveux châtain décoloré, tourna à son tour son regard dans sa direction.
— Oh chier...
— Eh toi, l'interpela le brun.
Kuroo jeta un regard derrière lui: personne. Il s'adressait donc bien à lui. Il hocha vaguement la tête.
— Qu'est-ce que tu fais là ? On t'as jamais vu dans le coin.
Le ton n'était pas particulièrement menaçant, plutôt taquin même.
— Oh, eux, j'ai commencé ce matin... Et je viens prendre un peu le soleil avant de finir comme un vieux pruneau.
Sa remarque prit de cours son interlocuteur qui explosa de rire. Les deux individus s'avancèrent et le brun s'assit à ses côtés.
— T'as commencé ce matin et ils te laissent déjà te balader comme ça ? remarque le châtain face à lui.
— Ils m'ont abandonné dans un placard au sous-sol, je crois que personne ne s'inquiètera de ma disparition.
Les deux autres pouffèrent.
— Dans un placard ? demanda le brun.
— Hum... j'ai été envoyé aux archives... Pour les digitaliser, si j'ai bien compris.
Le châtain prêta un regard à son ami, les deux haussèrent les épaules :
— Je savais pas qu'ils recrutaient des bibliothécaires ici, commenta le châtain, sourire moqueur aux lèvres.
— Je suis biochimiste à la base.
— Ouch, ah ouais, ya un sacré décalage, dit le jeune homme assis à ses côtés. Bon écoutes, tu me fais un peu pitié, tu peux rester, mais interdiction de moufter.
— De quoi ?
Le brun sortit de sa poche un paquet de cigarettes. Il en mit une en bouche et tendit le paquet à son ami.
— On est pas censé fumer dans l'enceinte du bâtiment, précisa le châtain, prenant une cigarette.
Il lui en proposa une, mais Kuroo déclina l'invitation.
— Promis, votre secret et bien gardé, si je peux profiter un peu de la lumière tant que possible, ça me va.
— Deal ?
Le brun tendit la main. Kuroo sourit et la lui serra :
— Deal.
Ils prirent chacun une bouffée de leur cigarette et Kuroo se retrouva la tête prise dans un nuage de fumée. Il lutta pour ne pas toussoter.
— Moi c'est Matsukawa Issei, se présenta le brun.
— Hanamaki Takahiro, suivit le châtain.
— Kuroo Tetsurō.
— Enchanté Kuroo, bienvenue à Toribishi institut.
Kuroo grimaça comiquement, ce qui fit rire les deux compères.
— Vous faites quoi ici ?
— Moi je bosses à la plateforme de microscopie, Makki est au département de biologie, répondit Matsukawa.
— Je suis déjà jaloux...
— Allez, haut les cœurs, ça va aller.
— Peut-être qu'à rester dans le noir, tu vas pouvoir devenir complètement nyctalope, intervint le châtain.
— Je m'en réjouis déjà, répondit sarcastiquement Tetsurō.
— Bon allez, on va y retourner avant de se faire repérer, annonça Matsukawa avant d'écraser sa cigarette et de la ranger dans son cendrier de poche.
Il se leva et lui et Hanamaki se remirent en route :
— À un de ces quatre ! Tu sais où nous trouver !
— Bon retour dans ta bat cave.
Kuroo les salua de la main et les regarda s'éloigner. Il sourit pour lui-même, peut-être que ça n'allait pas être si terrible finalement. Il prit encore quelques minutes pour profiter du soleil, et se motiva pour retourner dans son placard.
-/-
Tetsurō se réveilla en sursaut. Le cœur battant la chamade, il demanda :
— C'est quoi ça ?!
Kōtarō à ses côtés échappa un long gémissement ensommeillé.
— Ton téléphone, répondit-il.
Tetsurō, qui avait encore du mal à retrouver ses repères, tâtonna hasardeusement la table de chevet. Il fit tomber son téléphone, qui continua de sonner sur le parquet, les vibrations se répercutant tout autour. Le brun se pencha pour le récupérer.
— C'est Oikawa...
— Je m'en fout, fais taire ce truc ! râla Kōtarō en s'enroulant dans la couverture.
Kuroo déclina l'appel. S'il voulait lui dire quelque chose, il attendrait une heure décente. Le silence retrouvé, Kuroo échappa un soupire d'aise et se blottis de nouveau dans le lit. À peine quelques secondes plus tard, le téléphone se mit à sonner de nouveau. Cette fois-ci Kōtarō perdit patience et lui balança son oreiller à la figure. Kuroo souffla. Il recueillit le peu de force qui lui restait, prit son téléphone et sortit de la chambre.
— Oikawa, il est 2h30 du mat' ici, j'espère que c'est important...
— Kuroo ! Désolé, décalage horaire, mais je devais vraiment te parler !
— Pourquoi moi... Tu pouvais pas attendre un autre moment ?
— Non! J'ai essayé d'attendre, mais je... je panique complètement là !
Kuroo échappa un soupire :
— Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
— Ok... je viens à peine d'arriver et là ils viennent de m'annoncer qu'ils ont ouvert un nouveau site d'étude et ils veulent m'y envoyer !
— Humm... bah c'est cool, c'est quoi le problème ?
— C'est au Brésil ! Perdu au milieu de nulle part !
Kuroo prit quelques secondes à intégrer l'information.
— Et alors ? C'est cool non ?
— Mais... tu comprends pas, je peux pas !
— Pourquoi tu peux pas !
— Parce que je... j'ai pas les papiers pour !
— Ils doivent le savoir ça, ils doivent pouvoir arranger quelque chose, sinon ils t'auraient pas mis sur cette mission !
— Oui, mais... Hajime a déjà pris ses billets pour le mois prochain et... et je parle pas portugais !
— Eh bah il change son avion, et puis tu seras avec une équipe de la NASA, ils doivent parler anglais, et puis au pire t'apprendras...
— J'ai rien à me mettre ! J'ai pas la garde-robe pour !
Cette fois Kuroo pouffa :
— Alors là tu t'inventes des problèmes... T'es en Californie, la météo est pas bien différente non? Et tu savais qu'ils allaient pas te laisser dans un bureau de toute façon... Au pire t'achètes ce qu'il te manque.
— Oui, mais...
— Je vois vraiment pas le problème, c'est chouette !
— Non ! Je suis en total panique, c'est pas ce que j'avais prévu du tout !
— Je me doute... Et j'entends bien que tu paniques, mais ça va. Ils t'envoient pas solo là-bas, tu seras pas seul, ils doivent avoir tout prévu, t'en fais pas. Et puis franchement, c'est cool le Brésil. C'est ton rêve de bosser sur ce genre de site, je le sais, ça va aller. Tu vas t'éclater, ça va être une super expérience, tu verras.
Il entendit Oikawa soupirer.
— Tu crois ?
— J'en suis sûr. T'es censé partir quand ?
— La semaine prochaine...
— Bah ça te fait une semaine pour te préparer, et tout bien organiser. Ça va aller.
— Ok...
— Ok.
— Hum... Eh toi ça va, le stage et tout ?
— Oikawa, j'adorerai discuter, mais là il est 2h30 du mat', je veux juste me recoucher.
— Oh... ok.
— On se rappelle plus tard ok ?
— Ok. Kuroo?
— Hmm?
— Merci.
Le brun sourit.
— C'est rien... Bonne nuit. Enfin, bonne après-midi, ou matinée, je sais pas.
— Ouais...
Et il raccrocha.
— J'te jure, murmura-t-il pour lui-même.
Malgré tout, il échappa un sourire.
Lorsqu'il retourna se coucher, Kōtarō s'était complètement enroulé dans la couverture. Dépité, et ne souhaitant pas particulièrement faire face à son courroux, ou dormir dans le froid, il remonta pour se coucher dans son lit. Lorsqu'il se réveilla de nouveau, il découvrit Kōtarō allongé à ses côtés.
Ils manquèrent tous les deux d'arriver en retard ce matin-là.
-/-
— Eh là Kageyama me répond juste "Oh, ok", tu parles d'un enthousiasme ! Bon pas étonnant non plus, mais bon. Miwa m'a dit que... tu m'écoutes ?
Kōtarō continua d'essuyer les assiettes, regardant ce qu'il faisait sans sembler être véritablement présent. Kuroo haussa un sourcil : manifestement non, il ne l'avait pas écouté d'un traitre mot.
Cela faisait quelques jours qu'il était ainsi. Au début, il lui répondait à côté de la plaque, voir pas du tout. Lorsqu'il lui faisait remarquer, il tentait d'afficher un sourire forcé et s'excusait, lui demandant de répéter. Il échappait tout ce qu'il tenait dans les mains s'il ne faisait pas extrêmement attention, se prenait les pieds dans les bords des meubles et dormait beaucoup plus qu'à son habitude.
Ils avaient tous les deux des journées plus éprouvantes que d'ordinaire, mais il lui semblait que c'était différent. Il y avait quelque chose d'autre... Il lui semblait qu'il était épuisé émotionnellement, qu'il n'arrivait plus à tenir, et même s'il essayait de ne rien y laisser paraitre, cela crevait les yeux.
Les traits de Kuroo se mouvèrent dans une expression de tristesse anxieuse. Il voyait bien que ça n'allait pas... Mais il avait beau lui poser la question, Kōtarō ne lui disait rien. Il tenta une nouvelle fois :
— Hey babe, ça va?
Cette fois il posa sa main sur son épaule pour l'interpeler.
Kōtarō sursauta, revenant brusquement à lui :
— Euh oui... ça va, ça va, t'en fais pas.
Réponse très peu convaincante...
— Tu veux qu'on se pose pour regarder un film, j'ai vu qu'on avait du chocolat en rabe aussi. Ou alors –il passa son bras dans son dos pour l'attirer à lui- on peut faire quelque chose de plus amusant, susurra-t-il.
Kōtarō échappa un faible sourire. Il posa ses mains sur son torse pour l'éloigner gentiment.
— C'est tentant... mais désolé babe, je suis juste épuisé là, je vais aller me coucher tôt je pense...
Kuroo leva les yeux sur la pendule : 20h30, sérieusement ? Il n'argumenta pas plus et se détacha de lui.
— Ok, repose-toi bien, lui dit-il avant de l'embrasser sur la tempe.
Kōtarō se tourna, rangeant les dernières assiettes dans le placard. Puis il l'embrassa sur la joue et partit. Le brun le regarda disparaitre dans le couloir : il y avait définitivement quelque chose qui clochait.
-/-
La situation ne s'améliora pas jusqu'à la fin de la semaine, Tetsurō commençait même à croire que Kōtarō essayait de l'éviter : difficile à faire puisqu'il était dans la même baraque, mais c'était le cas. Il évitait de converser longtemps avec lui et se couchait toujours aussi tôt. Ne voulant pas le déranger, Kuroo partait dormir dans sa chambre. Il ne le voyait plus qu'une poignée de minutes par jour. Le weekend arriva, cela allait devenir plus compliqué s'il tenait à continuer son manège ainsi, avait pensé le brun.
Il fallait vraiment qu'ils parlent. Kuroo attendait au bar, il avait préparé du café pour deux et était même sortit chercher de quoi petit déjeuné. Kōtarō fit finalement son apparition, mais alors qu'il allait prendre la parole, il intervint :
— Hey babe, je vais aller à la salle, je reviens dans deux heures, je pense.
Voilà qu'il lui coupait complètement l'herbe sous le pied. Sans rien ajouter de plus, Kōtarō enfila son manteau et sortit.
Ok, quelque chose clochait vraiment, cela ne pouvait plus continuer ainsi. Heureusement, il avait une idée.
-/-
— Je suis rentré...
Kōtarō se figea en voyant que son amoureux l'attendait derrière la porte.
— Euh... Babe?
Le brun ne répondit pas et le débarrassa de ses affaires. En se tournant, Kōtarō découvrit enfin l'espèce de cabane improvisée au milieu du salon. Deux draps avaient été étirés entre le canapé et le bord du meuble de télévision, le tout retenu par un empilement de vieux carton.
— Qu'est-ce que...
— C'est un nid... enfin une cabane... Les deux j'imagine.
— De quoi, mais...
— Pour toi.
Kōtarō tourna les yeux pour capter son regard. Avant même qu'il n'ait pu demander quoi que ce soit, Kuroo lui tendit le bras comme un gentleman et demanda :
— Me feriez-vous l'honneur de m'accompagner ?
Son petit-ami laissa son sac tomber au sol et saisit son bras. Ils s'avancèrent jusqu'à la cabane et s'accroupir devant. Kuroo releva le drap, découvrant l'intérieur : il avait empilé tout le matériel de nid qu'il avait pu trouver, et avait récupéré toutes les couettes de la maison. On se serait dit à l'intérieur d'un nuage. Il avait également récupéré l'une des guirlandes en leds de Keiji qui éclairaient la cabane d'une douce lueur dorée. Kōtarō rentra complètement à l'intérieur, détaillant chaque recoin de cette étrange installation.
— Installe-toi.
Kuroo ressortit. Il revint quelques instants plus tard, deux mugs de chocolat chaud à la main. Il en tendit une à son amoureux et vint s'installer à ses côtés.
— Pourquoi tu...
— Je te l'ai dit, pour toi.
Kōtarō haussa un sourcil.
— Quoi pour moi ?
— Bah... je sais pas... J'ai bien vu que ça allait pas fort en ce moment... Des fois juste... s'abandonner complètement à ce genre d'humeur en s'enroulant bien au chaud et en regardant des films débiles, ça aide... Je sais pas...
— Ça va tu sais.
Kuroo inclina la tête sur le côté :
— Non, je sais que c'est pas le cas babe.
Kōtarō maintint son regard.
— Je veux pas t'embêter avec ça...
— Babe, ton bien-être ne m'embête pas.
Il vit les yeux de Kōtarō s'emplirent de larmes, mais il les retint. Il hocha vaguement la tête et détourna les yeux.
— On est pas obligé d'en parler, on peut juste... chiller un peu, là. J'ai pris l'ordinateur.
— Ok...
— Tu veux qu'on regarde la danse des oiseaux ?
Kuroo savait que ce film lui remontait toujours le moral. Bien étrange certes, puisqu'il s'agissait d'un moyen métrage de la BBC sur les parades nuptiales des oiseaux du paradis, mais il savait que Kōtarō le regardait à chaque fois qu'il avait un coup de mou.
— On pourra regarder Brooklyn 99 après ?
— Si tu veux...
Kōtarō hocha la tête, et Kuroo lança le film.
Cela faisait déjà un moment qu'ils étaient installés dans la petite cabane lorsque Kōtarō se réanima. Ils n'avaient pas mis les pieds dehors de l'après-midi. La pénombre avait commencé à tomber, presque plus aucune lumière extérieure ne filtrait à travers les draps. Kōtarō s'était redressé pour fermer l'ordinateur, les plongeant tous deux dans le silence.
— T'as raison, finit par murmurer Bokuto, peut-être que ça va pas super...
Kuroo tourna les yeux vers lui. Il attendait qu'il continue. Mais après de longues secondes de silence, il se décida à demander :
— Tu veux qu'on en parle ?
Son petit-ami échappa un long soupir.
— Je... tu peux rien y faire vraiment.
— Peut-être... mais je suis là pour t'écouter si besoin.
Son petit-ami soupira de nouveau et s'enfonça dans le nid, s'allongeant complètement. Les yeux tournés vers le haut, il finit par lui répondre :
— Je suis juste... fatigué... j'en peux plus...
Il hocha la tête, l'invitant à continuer.
— Je sais pas c'est juste... plus j'avance, plus je me rends compte à quel point... je sais pas... Déjà avant... Keiji bosse, Kenma aussi, je sais que j'ai pas franchement besoin de fric, mais... J'ai bien essayé de trouver des petits boulots, mais à chaque fois, soit je me prends direct des remarques soit, personne me rappelle jamais, même si tout se passe bien initialement...
Kuroo ne comprenait pas encore ou il voulait en venir, mais il ne dit rien, le laissant continuer.
— Il suffit que je donne ma carte d'identité et pouf, plus personne me rappelle, silence radio. Personne ne veut gérer ça, personne ne veut vraiment avoir à gérer la TPO, c'est beaucoup plus facile de l'ignorer et de ne pas s'embêter avec. Ils préfèrent faire de la discrimination à l'embauche plutôt que s'emmerder avec ça. Je sais bien que c'est pas le cas partout... Konoha est bien manager et son secondaire n'a pas posé de problème... Tous les omégas que je connais s'en sortent bien au final... Va savoir pourquoi je tombe que sur des abrutis...
Oh... Il voyait beaucoup mieux maintenant.
— Peut-être que c'est moi au final...
— J'en toute franchement Kō...
— Pff... J'ai beau avoir envoyé des centaines des centaines de CV, avoir fait des dizaines d'interviews pour ce foutu stage, ça finissait toujours pareil. J'étais super contant quand Kotoga international m'a reçu. Ils sont monstrueusement grands, et ils ont toutes sortent d'employés, même s'ils doivent se soumettre à la TPO, ils le font sans trop de problèmes. Quand le gars des ressources humaines qui m'a reçu, il n'a rien dit sur mon secondaire... La barre est super basse je sais, mais bon... Je me suis dit que ça irait... C'est con, mais je me suis dit que si je travaillais majoritairement avec des bêtas, ça devrait pas poser trop de problèmes...
Kōtarō avait raison, la barre était incroyablement basse. Kuroo grimaça. Il avança sa main, caressant celle de son amoureux du bout des doigts.
— Sauf que bingo, ils m'ont foutu dans une équipe avec que des alphas, en mode alphasuprémasiste, mais corporate, c'est les pires... Ils me traitent comme leur boniche ou leur secrétaire... Et je sais bien que c'est pas le truc typique qu'ils font faire au petit nouveau, ya un gars de ma classe qui a été pris aussi et ils l'ont mis sur un véritable projet... C'est à peine s'ils me calculent. Tant mieux, parce qu'en ils le font, c'est pour me faire des remarques... Tu verrais comment ils parlent entre eux c'est... mais bon, je peux pas dire grand-chose.
— Woh Kō... je suis désolé... T'en as parlé à ton référent ? Tu peux peut-être changer de branche ou... je sais pas.
— Oui, mais bon, il m'a dit qu'il pouvait pas y faire trop grand-chose.
— Tu peux pas contacter la personne de la RH qui t'avait reçu ? Il peut peut-être...
— Non, le coupa Kōtarō, ils attendent que ça, que je me casse, que j'aille chouiner. Je leur donnerais pas ce plaisir.
Kuroo ne sut pas trop quoi lui répondre.
— Ya une nana dans l'équipe qui est oméga aussi... Je me suis dit qu'au moins elle serait de mon côté... Rien du tout, elle est limite pire que les autres... Je comprends au final, elle essaye juste de grimper l'échelle sociale, c'est juste nul que ça se fasse sur mon dos. Je suis un mec oméga, et je feat pas forcément dans la norme de... de à quoi je devrais ressembler, ça a tendance à déranger, mais... J'en ai marre d'être traité comme ça, comme... comme un...
— Paria ?
— Ouais.
Le silence s'étendit quelques instants.
— Babe... je suis désolé que ça t'arrive je...
— Tu peux rien y faire Tetsu.
Il ne continua pas. Il avait raison, il ne pouvait à y faire grand-chose.
— Mais ça m'a fait du bien d'en parler... merci.
Tetsurō hocha la tête.
— C'est normal... Tu sais, je... je suis pas forcément bien placé pour donner des conseils ou... enfin... Mais quitte à être un paria, emmerde-les bien. Montre-leur de quel bois tu te chauffes !
— Pff... ouais... en mode full CAPE.
— En mode full CAPE.
Le regard de Kōtarō s'adoucit et il échappa un sourire.
— Et puis sinon... t'es pas obligé de te pousser à subir ça... Vois avec ton référent si tu peux vraiment rien faire, ok?
— Ok...
Il tourna les yeux, pour la première fois depuis qu'il avait commencé à parler. Leurs regards se trouvèrent, Kuroo voyait bien que le problème n'avait pas du tout était démêlé, mais il vit dans les yeux de Bokuto que quelque chose avait changé, que quelque chose s'était rallumé, qu'un poids avait été soulevé. Son amoureux se pencha et l'embrassa sur le front. Il ferma les yeux et l'enlaça.
Ils restèrent de longues minutes ainsi. Finalement, Kōtarō se détacha de lui. Il ouvrit de nouveau l'ordinateur et relança l'épisode de Brooklyn 99 qu'ils avaient mis sur pose.
Cette nuit-là, ils s'endormirent sous la cabane. Ils ne la quittèrent véritablement que lorsqu'ils durent se résoudre à retourner à leur vie.
-/-
— Je me suis pris la flotte, j'ai dû rester dans mes fringues humides pendant des heures, c'était affreux !
Kuroo échappa un rire.
— Tu m'as dit qu'il faisait super chaud, ça doit sécher vite non?
Il vit Oikawa grimacer sur l'écran de son téléphone.
— Il fait super humide, ça sèche rien, juste moite quoi.
— C'est ça la vie de scientifique de terrain.
— Mouais...
— Sinon c'est cool ?
— Ouais grave, mais-Oikawa se figea- bordel ya un bruit!
Il tourna son téléphone pour pouvoir éclairer les alentours : il faisait déjà nuit noire là où il était, et il était en effet visiblement au milieu de nulle part dans la montagne.
— Je vais finir par me faire attaquer par une bestiole !
— Quoi comme bestiole ?
— J'en sais rien moi, un serpent, ou... ah bordel! s'exclama-t-il. Non c'est mon bras... ouf...
Tetsurō éclata une nouvelle fois de rire.
— C'est pas drôle putain sale merde ! Je... il ne continua pas, regardant droit face à lui, les yeux grands écarquillés.
Le brun mis du temps à comprendre, avait-il réellement aperçu une créature monstrueuse au loin ?
— Kuroo tu...
— Hey! Mais qui vois-je !
Kuroo se retourna, trouvant Matsukawa et Hanamaki directement dans son dos.
— Oh, salut !
Ils s'approchèrent tous deux, regardant son téléphone. Oikawa était toujours complètement figé.
— Oi, Tōru, toi ici, déclara Hanamaki, un sourire taquin au bord des lèvres.
— Takahiro, Issei...
Kuroo fit plusieurs allers-retours entre son téléphone et ses deux acolytes.
— Vous vous connaissez ?
— Euh... buggua Oikawa.
— Évidemment, c'est son ex, expliqua Matsukawa en désignant Hanamaki.
Kuroo en resta médusé.
— C'est pas mon ex ! s'exclamèrent Oikawa et Hanamaki en chœur.
— C'est mon futur époux, continua Hanamaki, sourire moqueur aux lèvres.
Son intervention lui attira un regard désabusé de la part d'Oikawa.
— Arrête tes conneries, tu vas lui faire croire n'importe quoi, répondit son ami.
Les deux autres pouffèrent.
— De... de quoi ? Kuroo questionna du regard Oikawa.
— Me regarde pas comme ça toi...
— Je dis pas n'importe quoi, on m'a promis ta main. Certes tu t'es enfui avec un beau brun, mais je t'attends toujours ! insista Hanamaki comiquement.
Woh. Kuroo se souvenait maintenant de cette histoire. Oikawa lui avait dit qu'il avait échappé à un mariage arrangé lorsqu'il était plus jeune, et qu'il avait fini par s'enfuir avec Iwaizumi. Apparemment, sa fuite avait profité aux deux parties.
Le monde était si petit.
Voyant qu'Oikawa n'en menait vraiment pas large, les deux compères explosèrent de rire.
— Je te taquine ! Et puis vue comme t'étais casse-pieds, j'ai échappé au pire.
— Hey !
— Humm, je confirme, il l'est toujours, intervint le brun.
— Kuroo !
— Pff... Je savais pas que vous vous connaissiez, dit Matsukawa.
— On est à la fac ensemble.
— Oh ok.
— T'es où là, pourquoi il fait nuit ? demanda Hanamaki.
— Au brésil, répondit le châtain.
— Qu'est-ce que tu fous là-bas ?!
— Je suis sur un site de recherche de la NASA.
— Woh... bah dit donc, y en a qu'on plus de chance que d'autre, intervint Hanamaki tout en secouant Kuroo par les épaules. Iwaizumi?
— Pas là.
Matsukawa et Hanamaki échangèrent un regard.
— Makki, je crois que t'as une ouverture !
L'intéressé éclata de rire.
— Non, il est juste au japon, s'empressa de préciser Oikawa.
— Rahhhh, dommage !
Makki sourit.
— C'est chouette, t'as toujours rêvé de bosser pour la NASA.
— Hmm...
— Bon allez, j'arrête la torture, déclara Hanamaki, au plaisir de t'avoir revu.
Il salua Oikawa et s'éloigna, regagnant l'intérieur du bâtiment. Matsukawa en fit de même et bientôt Kuroo se retrouva de nouveau seul dans le jardin intérieur. Lentement, il tourna les yeux vers Oikawa.
— No comments. Bon, il commence à se faire tard, je vais aller dormir.
— Hmm, c'est ça, fuit.
Le châtain leva les yeux au ciel et raccrocha.
Kuroo regarda son fond d'écran de téléphone quelques secondes. Un sourire finit par lui échapper.
Le monde était vraiment petit.
-/-
DRel'ik story-posté il y a 1h45
#Ji the black kat #Morpheus
— On peut mettre la sauce chocolat maintenant, ça ira bien avec la glace vanille, propose Kōtarō.
— Non, caramel plutôt ! rétorque Kuroo.
Les deux portent leurs regards vers la caméra.
— Tu préfères quoi ? demande Kuroo.
— Je sais pas, mettez les deux.
Les deux autres acquiescent et ajoutent copieusement les sauces caramel et chocolat dans le blender, donnant à leur mixture, originalement assez passable,une couleur de vieille terre boueuse.
— Ça à l'air dégueu, ricane la voix derrière la caméra.
— Mais non ya que des bonnes choses, argumente Kōtarō. Ok, on est bon.
Il appuie sur le bouton de démarrage du blender. Après quelques secondes, un bruit métallique strident s'échappe de la machine. Le couvercle saute et l'ensemble de leur mixture est projeté tout autour. Les trois hurlent, la caméra vacille et finalement l'enregistrement s'arrête.
Appelpie story- posté il y a 1h42
Photo d'une immense bâtisse gris clair métallique aux courbes arrondies futuristes, traversée de sillon de lumière dorée.
"Look like a spaceship WTF"
Localisation : Lotte mall Gangnam district- Seoul, South Korea.
Yamaguchi Tadashi story- posté il y a 1h30
Photo de Yamaguchi et Tsukishima, posant devant le panneau d'entrée du "Nebula max egame arena".
Localisation: Lotte mall Nebula max arena, Gangnam district- Seoul, South Korea.
DRel'ik story-posté il y a 1h15
Kuroo et Kōtarō sont dans la cuisine, la mixture a été recréée dans le blender. Les deux regardent l'appareil avec appréhension. Kōtarō hésite, puis prend son courage à deux mains pour appuyer sur le bouton. Après quelques secondes, nouveau bruit métallique.
— Non! s'exclament les trois acolytes en chœur tout en se jetant sur le blender.
Kuroo parvient à l'arrêter avant une nouvelle explosion.
La vidéo s'arrête brusquement.
KodzuKen-message privé il y a 1h12
Kenma traverse la foule agglomérée dans le hall d'entrée de la Nebula, les gens parlent fort, les cris euphoriques résonnent, certains ont revêtu leur meilleur cosplay de leurs personnages favoris. Personne ne lui prête un regard. La caméra se tourne et l'on découvre l'espace d'une seconde Keiji marchant à ses côtés.
"Personne me calcul j'adore"
Ji the black kat story- posté il y a 1h10
Photo du blender complètement désossé, Kōtarō en fond empoigne un tournevis, essayant de refixer l'hélice de l'appareil.
"Je m'entendais pas à faire du bricolage aujourd'hui"
Kimiya Izu story- posté il y a 1h08
Une parfaite inconnue et son milkshake protéiné sortent d'une séance de jogging intense.
KodzuKen message privé, il y a 1h05
Yamaguchi transcende la foule et fonce vers la caméra comme un boulet de canon.
"Je me suis fait repérer. Faut que je me dépêche d'aller en back stage"
Tsukishima Kei- story amis proches, il y a 1h02
Yamaguchi est planté au milieu de la foule, regardant autour d'un air désolé.
— Jure je l'ai vue ! Il est passé où ?
— On le voit dans 1h, ça va aller.
Yamaguchi soupire et se remet en marche.
La vidéo s'arrête.
Akaashi Keiji message privé- il y a 1h
Keiji fait face à la caméra, visiblement blasé. En arrière-plan on voit Kenma, habillé d'un pantalon noir et d'un col roulé à manche longue moulant de la même couleur. Ses cheveux sont plaqués sur sa tête par des centaines de barrettes. Il a une perruque noire dans les mains et regarde le sol d'un air désespéré.
"Il a peur d'être trop habillé pour l'occasion"
DRel'ik story-posté il y a 32 min
"Dernière tentative"
Kuroo et Bokuto sont de nouveau face au blender qui a été réassemblé, leur mixture a changé de densité, mais a toujours cette même couleur peu ragoutante. Les deux ont rabattu la capuche de leur sweat-shirt sur leur tête, serrée au maximum pour se protéger le visage. Ils font un pas en arrière et Kuroo se saisit d'une longue règle pour pouvoir allumer l'appareil à distance. Silence.
Le brun inspire profondément et appuis sur le bouton de démarrage. La machine obtempère sans ronchonner cette fois.
— Oh bordel ça a marché !
La vidéo prend fin.
Yamaguchi Tadashi story- posté il y a 31 minutes
"On y est !"
Sur la photo, prise en hauteur, on aperçoit la scène principale de l'arène. Une estrade est installée dans le fond. Derrière, deux immenses écrans géants incurvés s'étendent sur toute la longueur du mur. Une caméra fixe est installée devant. Au centre, quatre tables arrondies aux formes tout aussi futuristes que le lieu qui les héberge sont arrangées en cercles. Toutes possèdent cinq ordinateurs, de vraies machines de guerre prêtes pour le combat final. Au-dessus, quatre immenses écrans géants émergent d'une coupole inversée noire traversée de leds rouges et bleu. Les gradins, qui s'étendent tout autour, commencent à se remplir de fans.
Ji the black kat story- posté il y a 12 minutes
"On y est!"
Les trois milkshakes à la couleur marronnasse sont posés sut la table basse. En fond, l'écran plat affiche la retransmission en direct via Twitch de la scène de l'arène. On y voit les deux écrans géants sur lequel est écrit " Grand Final Overlord Land Fantasy". Le décompte s'écoule, plus que 12 minutes et 43 secondes.
Bokubro Kotabro story-il y a 11 minutes.
Kōtarō prend fièrement son milkshake en photo, en fond, on aperçoit Tetsurō et Yūji vautrés sur le canapé, discutant ensemble.
" On dirait une vieille diarrhée, mais c'est délicieux !"
Katsu-Katsu, message privé, i minutes
Kasumie et Suki posent devant la caméra. Derrière elles, l'ordinateur portable retransmet le stream du match. Le décompte passe à 5 minutes et 53 secondes.
Akaashi Keiji message privé, i minutes
On aperçoit Kenma au loin, il a maintenant sa perruque brune sur la tête, les cheveux lui tombant jusqu'au milieu du dos, ce qui n'est pas bien loin de sa longueur habituelle. La moitié de son visage est dissimulé derrière un masque en tissu noir. Il a les yeux levés au ciel, l'air stressé, mais déterminé. Autour, les équipes adverses sont occupées à réviser leur stratégie une dernière fois avant la grande finale. À sa droite filtrent à travers un rideau noir les néons rouges et bleus qui balayent l'arène de l'autre côté.
5
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1
L'arène se retrouva plongée dans l'obscurité. La musique s'éleva et dans un sursaut les écrans géants s'allumèrent d'un seul coup. Une vidéo se lança, reprenant l'histoire du jeu, et de sa montée en popularité, de tous les matchs ayant mené jusqu'à cette arène. On avait presque l'impression de visionner la bande-annonce du prochain blockbuster à succès.
La salle se retrouva de nouveau plongée dans le noir. Une nouvelle vidéo se lança, annonçant le nom de l'équipe russe, "Halo". Apparut alors à l'écran la cour d'un palais royal sud-coréen éclairé de lumières rouges tamisées. Les membres que l'équipe firent leur apparition à l'écran, et la foule commença à les acclamer. Tous se tenaient debout, bras croisés, regardant d'un air déterminé la caméra, comme s'ils allaient réellement prendre les armes pour se battre dans quelques instants. Les pseudos des joueurs apparurent à l'écran lorsque la caméra se rapprocha d'eux. Le focus passa sur un petit blond à lunettes, qui malgré son attitude s'approchant de celle d'un féroce combattant de MMA, n'en avait pas franchement la carrure. Il semblait plutôt s'être égaré sur le chemin de l'école. Son pseudo s'afficha à l'écran : Nitro.
— C'est lui Nitro ? s'exclama Kuroo.
— Ouais...
— Il fait gringalet... je m'attendais pas à ça.
— Le sous-estime pas, il est redoutable, commenta Kōtarō.
— Tu t'attendais à quoi ? Viktor Nikiforov ? remarqua Yūji.
— Plus ouais...
Yūji éclata de rire :
— Je m'attendais pas à ce que tu captes la référence.
— Tu le prends pour qui, bien sûr que j'ai regardé tous les épisodes de Yuri on Ice.
Alors que Yūji allait lui répondre, Kōtarō les pressa de se taire.
Le spot de présentation de l'équipe russe venait de prendre fin. Après quelques secondes d'obscurité, toutes les lumières de l'arène s'allumèrent d'un seul coup, révélant la présence des membres de l'équipe en chair et en os sur l'estrade au centre de l'arène. Les joueurs saluèrent la foule et descendirent de l'estrade pour rejoindre leur machine de guerre.
Une fois les Russes installés à leur PCs, la lumière se tamisa de nouveau, toute l'arène retomba dans le silence, et la présentation de la seconde équipe se lança sur les grands écrans. On reconnut à l'écran la cour du palais présenté plutôt, c'était maintenant au tour des français de jouer les féroces catcheurs. L'équipe apparut à son tour sur l'estrade, et ils partirent s'installer. Kuroo n'avait retenu aucun de leurs noms. Cela lui importait peu de toute façon, il n'y a qu'une personne qui l'intéressait réellement.
Finalement, ce fut au tour de l'équipe sud-coréenne d'être proprement introduite. Ils avaient fait un effort comparé aux deux épiques précédemment présenté. Pas de poses féroces, ils avaient opté pour le l'élégance d'un costume traditionnel. Après tout, ils étaient sur leur terre, ils avaient leurs honneurs à défendre. Malheureusement pour eux, comme pour les deux autres équipes, ils allaient devoir se battre contre une véritable légende.
La musique s'évapora, et tous retinrent leur souffle. Sur l'écran apparut la cour du palais, au premier plan, un piédestal vide faisait face à la grande porte. La musique reprit, plus mystérieuse cette fois, dénuée de fioriture grandiloquente : celui qu'elle annonçait n'en a pas besoin. Le plus redouté de tous fit alors son apparition : le nécromancien.
Malgré eux, Kuroo, Kōtarō et Yūji échappèrent un hoquet de surprise admiratif.
Kenma était à peine reconnaissable. Il était vêtu d'un long manteau noir flottant dans le vent, tel un mage puissant, une entité surhumaine prête à apporter la désolation sur son sillage. Il était entouré d'un halo d'arabesques noires, images de synthèse digne d'un film de 2010, mais qui faisaient tout de même leurs effets. Son visage était dissimulé derrière son masque de chat, celui que Kiyoko avait spécialement réalisé pour l'occasion. De nombreux yeux avaient été sculptés, conférant à l'animal, au demeurant sympathique, un aspect de déité malfaisante. Le pseudo "Applepie" s'afficha à l'écran, et la foule hurla de joie, acclamant avec enthousiasme son champion. La caméra passa derrière le nécromancien, et on le vit s'avancer lentement vers le piédestal. La musique murmurait, on entendait ses pas résonner sur le parvis du palais. Le plan changea pour lui faire de nouveau face. Le nécromancien tendit les mains et apparut alors, flottant face à lui, le grand trophée. La musique sursauta dans un souffle épique et Applepie saisit le trophée à deux mains, avant de le poser sur le piédestal. D'un seul coup : noir.
Lorsque tout se ralluma de nouveau, Kenma était au centre de la scène, les fans l'acclamaient furieusement. Eux aussi derrière leur écran s'époumonaient, le cœur débordant de fierté. Kenma se tenait sur l'estrade, le visage dissimulé derrière son masque, impassible face aux acclamations de la foule. Finalement, il saisit son masque et le retira, ce qui fit redoubler les cris de la foule. Il n'était pourtant pas beaucoup plus reconnaissable : la moitié de son visage était toujours dissimulé derrière un masque en tissu, de longs cheveux noirs ondulés dans son dos et ses yeux avaient viré au bleu céruléen. Même s'il était présent, il avait réussi à garder son anonymat.
"Mesdames et Messieurs, il vient remettre son titre en jeu, pour sa première apparition en public, je vous demande de faire du bruit pour notre champion en titre : Applepie!" traduit le streamer japonais quelques secondes après l'annonce du présentateur sur place.
Les hurlements surgirent de toutes les directions et firent grésiller les micros des commentateurs. Kenma salua la foule d'un rapide geste de main et alla s'installer, seul à sa table, face à ses 15 autres compétiteurs.
— Mon dieu, il doit avoir détesté chaque seconde...
— Heureusement ça s'est pas vu.
— Nan, il a l'habitude, des années d'émotions réprimées ça.
Kōtarō pouffa, surpris par la noirceur du commentaire. Yūji tourna les yeux vers lui, sourire moqueur aux lèvres. Ils pouffèrent en chœur.
— Chut, ça commence !
Le compte à rebours se termina pour de bon : la véritable bataille était sur le point de commencer. Les équipes commencèrent rapidement à mettre en place leur stratégie : plus ils vaincraient rapidement, moins leurs adversaires auraient le temps de retourner la situation. Comme à son habitude, Kenma commença doucement, se contentant de sillonner l'arène afin d'étudier les faits et gestes de ses adversaires. Il se retrouva cependant rapidement contrarié dans ses plans : l'un des attaquants de l'équipe russe l'avait repéré et s'était lancé à ses trousses pour le combattre directement. D'abord pris de cours, Kenma le repoussa comme il le put : il n'avait pour le moment aucun autre atout mis à part ses capacités de base. Heureusement pour lui, le reste de l'équipe russe était éparpillée aux quatre coins de l'arène, personne ne vint donc prêter main-forte à son assaillant.
Sur l'écran relayant les images du plateau, on vit très furtivement que le blond commençait à être agacé. Il aurait voulu la jouer discret pour pouvoir prendre le contrôle rapidement du plus d'avatars possible, voilà que son stratagème était mis à mal. Pas question pourtant qu'on lui mette plus longtemps des bâtons dans les roues. Applepie répliqua rapidement et finit par vaincre l'attaquant : voilà une nouvelle pièce à son jeu. Mais à peine l'adversaire avait-il été vaincue qu'un second membre de l'équipe russe, le personnage de Nitro, se mit à l'attaquer. Kenma, qui n'avait pas eu le temps de se remettre de l'attaque précédente, tenta malgré tout de se défendre, mais il succomba rapidement : retour à la case départ pour lui.
Sur le plateau de l'arène, on vit Nitro sourire victorieusement. Kenma eut l'air courroucé, mais son regard changea rapidement : il commençait à s'amuser, et il n'était pas près de lui lâcher du terrain. Le joueur russe l'attendait déjà près de son point de spawn. Kenma s'en aperçut rapidement et prit la poudre d'escampette dans la direction opposée. Il arriva rapidement dans un camp adverse, celui de l'équipe sud-coréenne. Il tomba sur un joueur qui avait le malheur de se balader seul et engagea le combat, qu'il remporta rapidement : et d'un pion dans son jeu. Nitro était toujours à ses trousses, ayant carrément abandonné ses partenaires pour venir personnellement l'emmerder. La stratégie faisait sens : Kenma était véritablement le plus redoutable des joueurs, autant garder un œil sur lui.
Le joueur coréen capturé lui non plus n'avait pas décidé de se laisser faire. Après le respawn de son nouveau pion, Kenma essaya de le faire venir à lui, mais le bougre ne se laissa pas faire : à peine avait-il une seconde de contrôle qu'il repartait dans la direction opposée. Changement de stratégie, Kenma décida de venir à lui. À peine avait-il retrouvé son pion que ce dernier commença à l'attaquer, ce qui le poussa Kenma à reprendre le contrôle pour le faire cesser. L'un des défenseurs coréens s'aperçut rapidement de la situation et vint à eux. Plus étonnant encore, il commença à attaquer le membre de sa propre équipe. Les attaques à son égard ne faisant effet que lorsque le nécromancien le contrôlait, ce dernier fut donc obligé de relâcher son emprise pour éviter de perdre son pion. Heureusement, personne d'autre n'était encore là. Mais Kenma savait que Nitro était toujours à ses trousses, et qu'il n'hésiterait pas à favoriser l'équipe adverse pour lui barrer la route. Malheureusement pour le nécromancien, voilà qu'un second attaquant arriva, prêtant main-forte à son coéquipier et à leur allié capturé par le nécromancien.
— Bordel ils ont vraiment décidé de lui mettre des bâtons dans les roues, remarque Kōtarō.
Kuroo hocha la tête, ne détachant pas une seconde son regard de l'écran, suivant nerveusement le combat en cours.
Ils perdirent un instant de vue le combat en cours, le focus passant à un autre endroit de l'arène où les Russes et les Français étaient en pleine confrontation également.
Yūji ricana, ce qui lui attira le regard des deux autres. Iel n'avait pas non plus lâché.e l'écran des yeux, et sur ses lèvres glissa un sourire carnassier :
— Vous en faites pas. Je m'inquièterais plutôt pour les autres. À l'emmerder comme ça ils vont s'attirer que des ennuis... Ça va être un bain de sang.
Et comme ael l'avait prédit, lorsque le focus retourne sur Kenma, il avait finalement repoussé un de ses adversaires : et de deux pions dans son jeu. Il venait de changer de stratégie. Alors qu'il préférait habituellement rester caché en répartissant ses pions sur le champ de bataille, il avait rapidement compris que personne ne lui laisserait assez de terrain pour qu'il puisse jouer cette stratégie. Il resta donc à découvert, entouré de ses pions qu'il forçait à rester à ses côtés, décimant rapidement tout ennemi se dressant sur son passage pour grossir ses rangs.
— Je vous présente la stratégie "Wolf Pack", annonça Yūji.
— Je l'ai jamais vu l'utiliser en compétition, murmure Kōtarō, l'air soucieux. Elle est super dure à maintenir, il va pas pouvoir passer toute la game comme ça.
— T'inquiètes, ça va le faire, regarde-le.
La caméra captura un instant l'expression de Kenma: il était plus déterminé que jamais, ses yeux suivaient avec précision chaque mouvement à l'écran et ses doigts bougeaient à une vitesse folle sur son clavier.
— Il l'a fait pas souvent parce qu'il a la flemme, mais il va s'en sortir très bien, j'en suis certaine.
Lorsque l'attention se porta de nouveau sur lui, ses rangs avaient grossi. Il s'attaquait maintenant au territoire de l'épique Coréenne.
Les commentateurs sont extatiques, la foule hurle, certain pour vocaliser leur désarroi, d'autre leur euphorie.
Finalement, le camp de l'équipe coréenne tomba. Sur les deux écrans géants à l'arrière, une énorme croix apparut sur la portion du territoire venant de tomber. Kenma ne perdit pas une seconde et se remit en marche : il venait de perdre beaucoup de ses pions en faisant tomber la base coréenne. Il n'avait plus que deux pions à ses côtés, un pour chaque équipe lui restant à vaincre. Lorsqu'il arriva sur le territoire de l'équipe française, les Russes en avaient déjà profité pour attaquer la base. Pas question pourtant qu'il leur cède du terrain ! Si le territoire tombait entre leurs mains, la partie se terminerait immédiatement, ce qui signifierait sa défaite. Certains attaquants russes détournèrent leur coup pour frapper directement Kenma: pas question non plus qu'ils lui cèdent du terrain. Le blond dut donc délaisser ses attaques pour se défendre. Les Russes étaient en train de gagner du terrain, plus qu'un coup bien placé, et la victoire était à eux. À l'écran, Kenma commençait à être en nage, mais la détermination brillait toujours dans son regard. À la dernière seconde, Kenma réussit à prendre le contrôle d'un des joueurs russes posté près de la base et lança son attaque en même temps que l'un des autres joueurs russes. Heureusement pour lui, son coup atteignit sa cible en premier et la base tomba enfin entre ses mains.
Les écrans géants affichèrent sa nouvelle conquête : ils venaient de rentrer dans les dernières portions du combat. À présent, chaque coup pouvait s'avérer déterminant pour qui voulait s'approprier la victoire.
Presque plus personne n'était sous le contrôle du nécromancien, mais il arriva rapidement à récupérer deux joueurs russes en remontant la carte pour atteindre le centre névralgique de leur territoire. Ses adversaires ne se laissèrent pas faire, et concentrèrent leurs attaques sur les membres de leur équipe tomber aux mains de Kenma pour lui éviter de gagner du terrain. Malheureusement pour eux, leurs efforts furent vains. Le blond avait gardé toutes ses attaques spéciales en réserve et commença à les lancer coup sur coup, décimant ses opposants sur son passage.
Seuls deux joueurs russes étaient encore hors de son contrôle. Nitro, sa némésis, est l'un d'entre eux.
C'était un combat d'égo qui venait d'être engagé : qui tombera aux mains de l'autre.
Malheureusement pour les Russes, maintenant que Kenma en avait fait une affaire personnelle, il n'avait plus aucune chance.
Sans attendre, Kenma lança ses attaques coup sur coup en alternant les joueurs sous son contrôle. Nitro tomba. À peine fut-il revenu à son point de respawn que Kenma prit le contrôle de son avatar, et lança une attaque sur la base russe.
Le silence tomba dans l'arène de la Nebula, comme dans le salon de tous les spectateurs. Sur l'écran géant, la croix apparut sur le dernier territoire. La musique explosa des haut-parleurs, la foule hurla à pleins poumons. Les écrans, devenus noirs un instant, annoncèrent finalement la victoire du nécromancien.
Pour la quatrième fois consécutive, Applepie venait de remporter la victoire. Il restait donc indétrôné.
Ce dernier ne semblait pas encore s'en être rendu compte. Lorsque la foule scanda son nom, il releva enfin les yeux de son écran. Ses adversaires l'applaudirent. En tournant le regard, Kenma trouva celui de sa némésis : les deux se sourient, ravis tout de même de s'être donné tant de fil à retordre. La musique épique se fit encore plus forte. Le présentateur coréen monta sur l'estrade, annonçant officiellement la victoire d'Applepie. Il s'avança vers le joueur pour l'inviter à le suivre. Kenma, le corps toujours remué d'adrénaline, avait encore du mal à se mouvoir correctement, et le présentateur dut l'accompagner jusqu'à l'estrade. Kenma se tenait droit, à bout de souffle et la peau humide de sueur. Il salua la foule et elle l'acclama.
Tetsurō, Kōtarō et Yūji de leur côté hurlèrent à pleins poumons, sautillant comme des puces, se joignant à l'acclamation de la foule. Kōtarō attrapa un oreiller pour hurler dedans. Lorsqu'il s'en débarrassa de nouveau, il avait le visage ravagé d'euphorie et les cheveux en pagaille. Le trophée fut finalement apporté à Kenma. Il le considéra un instant : c'était la première fois qu'il pouvait le tenir, la première fois qu'il avait la preuve matérielle de sa victoire. Il le saisit à deux mains et le présenta à la foule.
Les commentaires reprirent, et la retransmission fut réduite, les streamers commençant déjà à entamer leurs analyses. On put cependant voir Kenma reposer son trophée lorsque ses adversaires vinrent pour le saluer, tous ravi d'avoir participé à un combat si épique.
À Tokyo, les trois acolytes débriefèrent le match, se désintéressant de l'écran. Lorsque leur attention y retourna, la retransmission était terminée.
— Bon on doit pouvoir l'appeler maintenant, déclara Kōtarō en pianotant sur son téléphone. Ça sonne.
Les deux autres s'approchèrent pour pouvoir voir son écran. Lorsque Kenma décrocha, ils hurlèrent en chœur "Félicitation!". Kenma inclina la tête pour les remercier. Keiji était également dans le champ de la caméra, enlaçant son partenaire, souriant fièrement. En fond, on entendait encore les acclamations de la foule.
— Merci.
— Bodel, ils t'ont quand même donné du fil à retordre !
Kenma soupira. Il descendit son masque : il était en back stage et ne risquait pas d'être vu pour le moment. Son visage était encore rougi d'adrénaline.
— Un peu oui... Mais j'avais bien dit que j'allais les écraser.
Tetsurō pouffa, euphorique.
Soudain, des hurlements leur parvinrent du fond des backstage. Kenma remit prestement son masque et Keiji se détacha de lui, tous deux tournant les yeux vers la source des hurlements. En fond on vit apparaitre un boulet de canon. L'individu fut immédiatement intercepté par la sécurité.
— Je rêve ou c'est Yamaguchi ?
Kenma soupira :
— C'est lui...
Yamaguchi avait maintenant trois agents de sécurité tentant de le repousser, mais le bougre ne se laissa pas faire.
— Non, mais c'est bon je le connais... I know him, it's okay, dit Kenma à la sécurité.
Les agents, d'abord incrédules, finirent par relâcher le jeune homme, qui se lança à toute vitesse dans sa direction.
— Eh merde, j'aurais dû dire que je le connaissais pas.
À ce moment-là, Yamaguchi se jeta sur le blond. La caméra bascula et le téléphone chuta, ce qui coupa l'appel.
Les trois autres regardèrent l'écran, incrédules.
Après quelques secondes de silence, Yūji intervint finalement :
— Bon, on sort fêter ça ?
-/-
— Kanpaï!
Les verres s'entrechoquèrent, la moitié de leur contenant se retrouvant projeté autour. Les trois énergumènes, qui n'en étaient pas à leur premier tournés, engloutirent le reste de leur boisson en une gorgée.
Kōtarō soupira d'aise une fois le tout avalé :
— J'ai la gorge en feu, scanda-t-il avant de ricaner infantilement et de repartir se mêler à la foule.
Yūji et Tetsurō le regardèrent partir, incrédules. Ils échangèrent un regard et explosèrent de rire en chœur.
— On en reprend une autre tournée ? demanda immédiatement Yūji.
— Woh, attends, je vais faire une pause, je vais finir parterre sinon. Et faut bien que quelqu'un raccompagne celui-là, dit-il, désignant Kōtarō en train de danser torse nu au milieu de la piste, un boa rose bonbon autour du cou.
— Il l'a trouvé où son boa ?
— J'en sait rien. Mais pas question de repartir avec, ça va foutre des plumes partout.
— Je crois que tu vas pas avoir le choix.
La musique résonne partout autour, si bien que le sol en tremble, les vibrations se répercutant dans le corps de Tetsturo.
Après la victoire de Kenma, et après un début d'apéro à la maison, ils avaient décidé de partir se mêler à la nuit Tokyoïte. Et ils n'y étaient pas allé de main morte sur le costume de fête : paillettes et crop top argenté au rendez-vous, autant y aller avec entrain après tout.
Jaloux du maquillage intégral que Yūji avait réussi à faire en un temps record, les deux autres avaient fini par quémander eux aussi quelques paillettes et couleurs vivides aux bords des yeux. Ils pouvaient le dire avec certitude : ils étaient vraiment les plus belles pour aller danser.
— Tiens,
Yūji lui tendit un verre.
— Je t'ai dit que je faisais une pause, me pousse pas au vice !
— Relax, c'est de la limonade.
— Oh...
Kuroo leva son verre, et ils chinèrent de nouveau.
— Ça fait tellement du bien !
Yūji hocha la tête, échappant un sourire tendre. Ael leva les yeux, balayant la salle autour. Kuroo s'accouda au bar, jetant un coup d'œil à Kōtarō pour s'enquérir de son état. Ce dernier semblait toujours assez lucide, il tourna de nouveau les yeux sur son ami.e.
— C'était chouette aujourd'hui, faut qu'on traine ensemble plus souvent.
— Amen, lui répondit lea concerné.e en levant son verre déjà vide.
Ils se sourirent bêtement, et finirent par tous deux tourner de nouveau les yeux vers Kōtarō. Ils pouffèrent en chœur en le découvrant, dansant avec une jeune femme qui lui faisant faire des tours sur lui-même telle Cendrillon au bal royal. Dans un demi-tour, il finit par capter leur regard. Il leur fit de grands signes et s'approcha de sa partenaire de danse pour lui parler. Cette dernière tourna les yeux dans leur direction et leur offrit à son tour un sourire avant de les saluer de la main. Kōtarō attrapa son visage entre ses mains et ils s'embrassèrent du bout des lèvres avant que Kōtarō se détache d'elle pour courir dans leur direction.
— À boire ! scanda-t-il en arrivant à leur hauteur.
Yūji se tourna vers le barman et commanda une tournée de shot.
Kōtarō, ayant du mal à se tenir correctement debout, se laissa mollement tomber sur Tetsurō, lui offrant un sourire tendre, mais définitivement alcoolisé. Ce dernier réciproqua son sourire et ils se retrouvèrent dans un baiser.
— Je vois que tu as trouvé une partenaire de danse, Kuroo tourna les yeux vers la piste de danse, elle est mignonne.
Kōtarō soupira et frotta son crâne contre son torse. Il se redressa finalement et laissa sa tête retomber sur son épaule. Kuroo du se contorsionner pour apercevoir son visage :
— Hmm, c'est vrai, mais elle est lesbienne, je n'ai pas mes chances.
— Hmm, dommage, tu vas devoir rentrer avec moi, j'en ai bien peur.
Un sourire infantile se dessina sur les lèvres de son petit-ami :
— Hmm, dommage, fit-il avant d'éclater de rire.
Kuroo pouffa et saisit son visage entre ses mains, le remuant de gauche à droite, avant de frictionner ses cheveux, ce qui fit de nouveau rigoler son amoureux.
— Saleté va, échappa le brun avant de l'embrasser sur la tempe.
À peine les shots furent-ils déposés sur le comptoir que Kōtarō attrapa l'un des verres pour l'engloutir d'un coup.
— Hey, mais attends-nous ! le réprimanda Yūji.
— Vous êtes trop lent ! Et puis on aura cas en recommandé, on s'en fout, on est riche !
Tetsurō haussa un sourcil :
— Ton partenaire est riche, pas toi.
— Pareil ! Et toi, ton patron est riche, il est temps de lui demander une augmentation ! dit-il à l'attention de Yūji.
Cette dernière pouffa avant de répondre :
— Bien vu ça, je vais y penser !
Tetsurō éclata de rire, ce qui lui attira le regard des deux autres :
— Rien, juste... Je me suis rappelé que la première fois que je suis venu chez vous, je t'ai dit un truc du genre "en fait Kenma c'est ton Sugar daddy" et tu m'as répondu "Notre Sugar daddy", dit-il à l'adresse de Kōtarō.
— Bah c'est vrai.
— J'avoue, moi aussi c'est un peu mon sugar daddy, commenta Yūji.
— Il a un réseau de sugar babies en fait... à ce niveau-là, c'est presque un mac en fait.
Kuroo haussa un sourcil :
— Bah pas vraiment, la fonction associée n'est pas forcément remplie, non ?
— Tu sais pas, répliqua Kōtarō, peut-être qu'il me paye pour coucher avec toi.
De surprise, Yūji recracha le verre qu'iel venait d'engloutir et explosa de rire.
— Mais arrêtes, c'est affreux ! répliqua Kuroo, tout de même amusé.
— Je rigole, répondit-il sa voix trainant sur chaque syllabe. Bon allez !
Il les saisit Yūji et lui par le bras et se laissa mollement tomber en arrière.
— T'essayes de faire quoi là ?
— De vous prendre avec moi.
— C'est raté...
— Bon, mais allez, on va danser là !
Ils finirent par céder et le suivirent jusqu'à la piste de danse. Ils laissèrent leurs peaux se gorger de musique jusqu'à ce que chaque fibre de leurs corps s'en soit imprégnée totalement, jusqu'à ce que la raison et le temps chavirent complètement.
Au bout d'environ deux bonnes heures, Yūji, qui avait disparu à un moment donné pour converser avec des inconnus, vint les retrouver au milieu de la foule.
— Yu! s'exclama Kōtarō en se laissant tomber sur iel.
— Pff, je vais y aller, je pense.
— Déjà! s'exclamèrent les deux autres en chœur.
— Quoi déjà, il est 4h30!
— Attends une demi-heure, y'aura les métros.
— Nan, je vais y aller. Puis je comptais pas prendre le métro comme ça à cette heure-là, j'aimerais bien rentrer en un seul morceau.
Kuroo grimaça.
— Vous en faites pas, je vais prendre un taxi.
— Ok, fait attention à toi, envoie un message quand t'es rentrée.
— Ça marche, vous aussi alors.
— C'était trop chouette ! scanda Kōtarō, on refait ça bientôt hein !
— Promis.
Iel les embrassa tous deux sur la joue et repartit.
— Je l'adore, commenta Kōtarō en la regardant partir, continuant de remuer mollement ses bras en guise de danse.
— On va pas tarder non plus, t'es en train de t'endormir là.
— Pas du tout... je vois pas ce que tu veux dire.
— Mouais...
— Allez! Encore 1h.
Tetsurō roula des yeux, mais finit par accepter. Kōtarō, extatique, hurla de joie et se remit à danser de plus belle.
Après une bonne demi-heure, il reçut un message de Yūji lui annonçant qu'iel était bien rentré.
— Yu est bien rentrée, prévint-il Kōtarō.
— Ok...
— Ça va ?
— Hmm, je commence à fatiguer en fait...
— Tu veux qu'on rentre ?
— Ouais...
— Ok, on va chercher les affaires et on y va ?
Kōtarō hocha la tête.
Une fois leur affaire récupérée, ils sortirent finalement de la boîte. Au-dehors, l'air était frais. La nuit avait pris des couleur lapis-lazuli, annonçant l'aurore prochaine. Les rues étaient silencieuses, prises entre deux feux, les premiers lève-tôt partaient au travail alors que d'autres fêtards sillonnaient encore la nuit avant qu'elles ne s'achèvent. Tetsurō et Kōtarō discutaient légèrement, marchant dans la direction du métro.
— Oh ! Merde ! s'exclama Kōtarō soudainement, j'ai oublié mon sac !
— Ton sac ?
— Ma sacoche là, je l'ai laissé sur le comptoir quand j'ai mis mon manteau, merde ! J'ai tout dedans, mon téléphone et tout !
— Roh tu crains, râla Tetsurō en levant les yeux au ciel.
Ils coururent en direction inverse. Une fois arrivé à quelques mètres de la boîte, Kōtarō lui demanda de l'attendre et courut pour récupérer ses affaires. Kuroo fut ravi de pouvoir s'arrêter de courir, déjà bien trop essoufflé. Il s'adossa à une barrière de trottoir et attendit. Il commença à s'impatienter au bout d'une dizaine de minutes d'attente : Qu'est-ce qui lui prenait autant de temps bordel ? Il soupira : le connaissant, il devait avoir trouver quelqu'un à qui taper la discute... Alors qu'il sortait son téléphone pour lui écrire un message, il fut pris d'un violent sentiment de panique, comme si l'espace autour s'était compacté pour le faire suffoquer, comme si le ciel venait de s'écrouler. Son cœur accéléra et sa cage thoracique se contracta douloureusement. Il releva les yeux. Instinctivement, il sut.
Sans plus y réfléchir, il courut en direction de la boîte. Plus il s'approchait et plus la peur en lui montait. La panique arriva à son paroxysme lorsqu'il arriva au coin d'une minuscule venelle. Il s'y engagea sans plus y réfléchir. Son cœur explosa lorsqu'il aperçut Kōtarō.
*Il était à terre, les yeux révulsés de panique, complètement paralysé. Devant lui, le toisant hostilement, se tenaient trois individus, ricanant vicieusement. L'un d'eux s'accroupit devant Kōtarō. Alors qu'il allait poser sa main sur lui, Kuroo hurla :
— Kōtarō!
Les trois hommes tournèrent la tête dans sa direction. Celui qui était accroupi se redressa et le toisa, prenant une posture menaçante. La colère monta en Tetsurō, son corps bougea instinctivement et il se jeta sur eux, balançant son poing en avant, visant le premier attaquant sur son passage.
L'un de ses acolytes intercepta son attaque et lui envoya son poing en plein visage. Kuroo se retrouva projeté en arrière.
— Casse-toi sale merde, ça te regarde pas !
— C'est à nous, va-t'en ! hurla l'un des attaquants, prêt à lui envoyer un nouveau coup de poing au visage.
Cette fois Tetsurō réussit à éviter l'attaque en se baissant. Mais à peine s'était-il redressé pour contre-attaquer qu'un second assaillant le frappa au visage avant de lui envoyer un coup de pied en plein ventre. Tetsurō tomba en arrière, son corps s'écrasant au sol sans qu'il n'est pu retenir sa chute, ce qui lui coupa le souffle momentanément.
Il se prit un coup de pied au visage, et les trois agresseurs éclatèrent de rire, l'un d'eux cracha à ses pieds et ils se détournèrent de lui pour s'approcher de nouveau de leur victime. Kuroo tourna les yeux vers Kōtarō, toujours au sol, paralysé. En temps normal, Kōtarō aurait réussi à se défendre sans problème. Ces sales chiens le savaient, ils le savaient pertinemment, et n'avait pas hésité les coups bas pour le faire se soumettre.
Il fallait qu'il fasse quelque chose, et rapidement. L'adrénaline pulsait dans ses veines, chaque battement de son cœur affolé tapait violemment contre sa cage thoracique. Sa vision commençait à devenir floue, il fallait qu'il agisse vite. Paniqué, il balaya des yeux ce qu'il se trouvait autour. Face à lui, à peine quelques centimètres, une barre de fer était abandonnée au sol. Sans plus il réfléchir, il roula sur lui-même et attrapa la barre. Il se leva d'un bon, et mué de désespoir, le sang gorgé d'adrénaline, frappa l'un des attaquants au crâne. Un peu sonné, l'homme qu'il avait attaqué se tourna vers lui, prêt à répliquer. Avant qu'il n'ait pu le faire, l'un de ses complices l'en dissuada, il l'attrapa par le bras et les trois partirent en courant. Kuroo hurla de toutes ses forces, brandissant toujours son arme de fortunes. Il avait réussi à les effrayer assez pour qu'ils partent.
Du moins c'est ce qu'il pensait.
Le bras toujours en l'air, à bout de souffle, le corps tremblant, il tourna les yeux vers son petit-ami.
— Kō, ça va, c'est moi, je suis là... Tu m'entends ? Kō ?
Il ne lui répondit pas, il était toujours paralysé, le regard perdu dans le vide.
L'adrénaline redescendit d'un seul coup, et la douleur qu'il avait réussi à ignorer jusque-là commença à l'envahir. Il avait le goût du sang dans la bouche, chaque respiration lui était douloureuse.
— Kō ?
Il se prit un faisceau de lumière dans les yeux, et les ferma instinctivement.*
— Police !
Il tourna les yeux, se forçant à regarder vers la lumière : trois policiers le pointaient de leurs torches. Un soupir de soulagement lui échappa. Ils étaient en sécurité.
Cependant, les trois agents le considéraient avec prudence. Il réalisa qu'ainsi, tout l'incriminerait : il avait une barre de fer en main, qu'il brandissait devant quelqu'un à terre face à lui, complètement paralysé.
Il lâcha son arme de fortune : mauvaise idée. Les policiers, d'autant plus sur la défensive, se rapprochèrent furtivement du lui jusqu'à l'encercler.
— Je le défendais... ils étaient trois, ils sont partis, tenta-t-il d'expliquer, la voix encore écorchée de choc, je pense qu'ils ont utilisé une commande pour le...
Avant qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit de plus, l'un des agents lui avait fait une prise pour le mettre au sol et retenait maintenant ses mains dans son dos. Il se laissa faire, ne souhaitant pas envenimer la situation. Il répéta sa défense, en vain. Ils se mirent à deux pour le relever, lui maintenant les mains dans le dos et le trainèrent de force hors de la ruelle.
— Attendez, je...
Il tourna les yeux vers Kōtarō, le troisième agent était penché sur lui, lui parlant posément.
Il était en sécurité maintenant. C'est tout ce qui comptait à ses yeux.
Il se relaxa, abandonnant toutes résistances.
Finalement, Kōtarō tourna les yeux vers lui, et leurs regards se captèrent enfin.
Il lui sourit, essayant ainsi de le rassurer.
Son visage le faisait souffrir, mais il lui sourit.
— Ça va aller Kōtarō, ça va.
Il vit la panique s'allumer dans ses yeux. Mais il ne parla pas, ni ne bougea. Il en était encore incapable.
— Ça va aller babe, je te promets.
Il avait parlé dans un murmure, sa voix ne lui était pas parvenue, mais ses mots, si.
Kuroo laissa les policiers l'emmener jusqu'en dehors de la ruelle. Leur voiture était garée au coin de la rue, gyrophares allumés. L'un des policiers ouvrit la portière arrière et Tetsurō se pencha pour rentrer, restant aussi docile que possible.
Tout ce qu'il voulait, c'était que Kōtarō soit en sécurité. Pour le moment, son sort lui importait peu.
-Fin chapitre-
Hey,
Encore un long chapitre pour cette semaine, j'espère qu'il vous aura plu (malgré la fin, oups).
Je ne sais pas ce qui a été le plus difficile à écrire pour moi, le combat de Kenma alors que je n'y connais absolument rien, ou décrire l'ambiance d'une boite de nuit positivement ? Hum, je ne serais dire... Oh, et tourmenter Kōtarō et Tetsu, pas dingue non plus, mais bon.
Prochain chapitre: " La rosée des tempêtes"
"— On nage en plein délire, marmonna Tetsurō à bout de nerfs.
— Vous avez un problème Monsieur ?
— Oui j'ai un problème ! On s'est fait agresser, et vous nous traitiez comme si c'était nous les coupables !"
See ya
