Résumé: "— On nage en plein délire, marmonna Tetsurō à bout de nerfs.

— Vous avez un problème Monsieur ?

— Oui j'ai un problème ! On s'est fait agresser, et vous nous traitiez comme si c'était nous les coupables !"

TW: mention d'agression *

Chapitre 52: La rosée des tempêtes

— Ça va aller babe, je te promets.

Il avait parlé dans un murmure, sa voix ne lui était pas parvenue, mais ses mots, si.

Kuroo laissa les policiers l'emmener jusqu'en dehors de la ruelle. Leur voiture était garée à quelques mètres, gyrophares allumés. L'un des policiers ouvrit la portière arrière et Tetsurō se pencha pour rentrer, restant aussi docile que possible.

Au moment où il passa sa tête à l'intérieur du véhicule, un cri déchira l'atmosphère, si violent que la toile de l'aurore se déchira en un instant. Kuroo sentit son cœur exploser, il tourna les yeux vers la ruelle. Kōtarō continua de hurler, l'un des agents le retenait fermement en place. Il se débattait de toutes ses forces. Son regard trouva le sien : il était paniqué, enragé, d'une rage féroce et hargneuse. Un second agent se précipita sur lui pour le retenir et tenter de le raisonner. Le policier toujours à ses côtés le pressa de rentrer dans le véhicule. Kōtarō continua de se débattre, mais à peine réussissait-il à se défaire d'une entrave, qu'il en était de nouveau prisonnier.

— Kōtarō, ça va, ça va, ils ne vont rien me faire, tenta de le raisonner Tetsurō .

— Non! Non! Non! répéta en boucle Kōtarō.

— Monsieur, calmez-vous s'il vous plait.

— Non! C'est mon partenaire, c'est mon partenaire, lâchez-moi !

Pris de court, les policiers qui le retenaient relâchèrent leur attention. Kōtarō en profita pour se défaire de leurs emprises et se jeta sur Tetsurō . Ils se rencontrèrent si violemment que le brun se prit le bord de la portière dans la tête. Kōtarō le serrait furieusement contre lui.

— Kō, ça va, je te jure, murmura le brun.

Il ne l'écouta pas, continuant de répéter sa défense à tue-tête.

L'un des agents tenta de l'éloigner de lui, il repoussa son bras et fit volteface, se tenant défensivement devant Tetsurō .

— J'invoque l'article 127 alinéa 12 du traité de protection des omégas, vous pouvez pas me séparer de lui.

Les policiers échangèrent un regard. Autour d'eux, des dizaines de personnes s'étaient agglutinées, observant la scène, certains avaient sorti leur téléphone pour filmer. Le constatant, l'un des policiers, le plus âgé d'entre eux, fit signe à ses collègues de relâcher Kōtarō.

Ils montèrent ensemble dans la voiture de police.

-/-

— On nage en plein délire, marmonna Tetsurō à bout de nerfs.

Kōtarō et lui étaient installés dans un bureau, face à eux, l'agent qui les retenaient depuis déjà une bonne vingtaine de minutes, croisa les bras, les toisant sévèrement.

Kōtarō n'avait rien dit depuis qu'ils étaient rentrés dans la voiture. Il regardait la table face à lui, complètement éteint.

— Vous avez un problème Monsieur ?

— Oui j'ai un problème ! On s'est fait agresser, mon partenaire s'est fait agresser, et vous nous traitez comme si c'était nous les coupables !

Kuroo avait tout d'abord voulu jouer la carte de la docilité, ne voulant pas s'attirer des ennuis ou empirer la situation. Mais lorsqu'il avait compris qu'il s'agissait purement et simplement d'un interrogatoire, où tout ce qu'il disait était automatiquement remis en question, il avait complètement perdu son calme. Peut-être que passer pour un morveux colérique ne lui rendait absolument pas service, mais rester docile n'était pas dans le champ des possibles pour lui.

— Je vous prierais de redescendre d'un ton s'il vous plait.

— C'est pas possible bordel, échappa Kuroo en se laissant retomber sur sa chaise. Je vous le répète, on s'est séparé parce qu'il devait récupérer ses affaires, et quand je les retrouvais, trois individus étaient...

Les mots lui échappèrent, il avait la gorge nouée de colère et d'affliction.

— Ils étaient en train de l'agresser. J'ai tenté d'intervenir, mais ils se sont attaqués à moi. J'ai trouvé la barre de fer pour nous défendre. Ils sont partis au moment où vous êtes arrivé.

L'agent haussa en sourcil, très peu convaincu de sa version des faits :

— C'est tout de même bien arrangeant.

— Mais –il inspira profondément, agacé- j'ai fait quoi, je me suis tapé la tête sur les murs ?

Le sarcasme aurait peut-être plus d'effet ?

— Monsieur ici présent aurait pu tenter de se défendre.

Apparemment non, le sarcasme n'allait pas suffire. Il avait le visage complètement boursoufflé, mais il passait quand même pour le méchant.

— Il était clairement sous l'influence d'une commande, je peux pas faire ça, c'est quoi votre théorie au juste ?

— Ce n'est pas bien compliqué d'avoir des complices.

— Mais... je rêve... Il vous l'a dit, je suis son partenaire, pourquoi je l'aurais attaqué ?

Le policier fronça les yeux, avant de tourner le regard vers Kōtarō.

— Je ne vois pas Bokuto-san corroborer votre histoire.

— Il est clairement sous le choc ! répliqua véhément Tetsurō, vous vous attendiez à quoi ?!

Le policier, agent Kuriyama comme l'indiquait la plaque posée sur son bureau, soupira. Il tapa sur son clavier d'ordinateur.

— Je ne vois pas votre nom enregistré sur le fichier.

— Je ne suis pas enregistré.

— Ce qui est une fois encore bien arrangeant.

Kuroo soupira, exaspéré.

— Vous devez avoir Akaashi Keiji enregistré, son alpha.

— En effet.

— Appelez-le alors!

— Nous avons déjà tenté de le faire, sans réponse.

Kuroo retomba sur le dossier de sa chaise. Merde... Keiji devait avoir mis son téléphone en mode avion. Et puis aux aurores, il n'était pas près de lui répondre.

— Comment se fait-il que vous soyez en présence d'un oméga non accompagné ?

Le brun cligna plusieurs fois des yeux, complètement pris de cours par la question. La colère ne mit pas bien longtemps à remonter.

— Non accompagné... mais je rêve ! C'est un adulte que vous avez en face de vous, il peut bien faire ce qu'il veut ! On nage en plein délire.

— Vous n'avez pas répondu à ma question.

— Je vous l'ai dit, son... Akaashi-san est en Corée du Sud avec son...notre autre partenaire. On est sortie ensemble dans la soirée, on était sur le départ pour rentrer et... je vous l'ai déjà expliqué.

— Monsieur, vous avez beau vous répéter, cela ne...

— Je suis parti rechercher mes affaires.

Kuriyama se tut. Kōtarō venait de prendre la parole. Il avait toujours les yeux baissés. Sa voix était faible, monocorde, presque éteinte.

— Quand je suis ressorti, j'ai été accosté par trois individus. Ils ont essayé d'attirer mon attention. Je les ai ignorés, mais ça ne leur a pas plu. Ils ont insisté.

La gorge de Kuroo se noua, terrifié. Il sentit les larmes lui monter aux yeux.

— Pouvez-vous me décrire les individus en question ?

Kōtarō ferma les yeux, le souffle erratique, luttant de toutes ses forces pour ne pas s'écrouler.

— Sexe masculin, alphas, environ 1m85 à 1m90, deux avaient les cheveux noirs, l'un d'eux portait un bonnet gris... Je n'ai pas de souvenir précis de leurs visages.

Kuriyama tapa les détails sur son ordinateur.

— Et ensuite ?

Kōtarō respira profondément.

— L'un d'eux m'a attrapé par le bras pour me retenir, celui au bonnet, je crois... J'ai tenté de me défendre, mais ils... ont utilisé une commande pour... pour me soumettre. Ensuite la seule chose dont je me souvienne c'est d'avoir vu arriver Kuroo-san, puis vous. C'est tout.

Kuriyama finit de taper ce qu'il venait de dire.

— Si Kuroo-san n'était pas avec vous, comment se fait-il qu'il vous ait retrouvé si facilement ?

— Je l'ai appelé.

— Vous l'avez appelé ?

Kōtarō hocha lentement la tête.

— Comment ça vous...

— Je vous ai dit que c'était mon partenaire, trancha Kōtarō.

Kuriyama regarda les deux jeunes gens face à lui tour à tour. Il soupira et ajouta finalement :

— Bon... je vais quand même avoir besoin de plus de détails, il soupira, ça n'explique pas pourquoi vous étiez non accompagné à de telles heures. Et puis fagoté comme ça, ce n'est pas étonnant, vous vous êtes regardé ?

Kōtarō se courba en avant, refermant les pans de sa veste, profondément honteux.

— Sérieusement! Je vois pas ce que ça vient faire i...

Il se tut. Kōtarō venait de tourner les yeux vers lui, pour la première fois depuis qu'ils étaient arrivés. Il lui signifiait qu'il en avait assez dit pour le moment.

— On peut y aller maintenant ? demanda faiblement Kōtarō.

— J'ai bien peur que non, cela n'explique pas pourquoi vous étiez non accompagné. Il me faut la confirmation de votre alpha pour pouvoir terminer la procédure.

Et c'était reparti !

Kuroo commencé à perdre la maigre fois qu'il avait pour le système judiciaire de son pays.

Alors que le policier continuait à déblatérer des inepties, le brun tourna les yeux vers la vitre donnant sur le couloir adjacent. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il était en train de se passer ! Un agent en uniforme passa devant la vitre, et leurs regards se croisèrent furtivement. Tous deux écarquillèrent les yeux en se reconnaissant. Le policier fit demi-tour et ouvrit la porte du bureau où ils se trouvaient.

— Kuroo, Bokuto, qu'est-ce que vous faites là ?

— Daichi !

Il était sauvé ! Finalement, la justice japonaise n'était pas si terrible ! Un ange lui avait été envoyé !

Kuroo échappa un soupir de soulagement.

Kuriyama tourna les yeux vers son collègue :

— Sawamura, vous les connaissez ?

Il sembla se rendre enfin de compte qu'il était rentrer un peu brusquement dans le bureau de son supérieur. Il se redressa, le salua plus solennellement et reprit la parole :

— Des amis, qu'est-ce qu'il vous est arrivé ?

— Kōtarō s'est fait agresser... J'ai juste essayé de le défendre et... au lieu d'essayer de trouver ces abrutis, on doit justifier pourquoi on se trouvait là et se faire traiter comme des criminels, lâcha Kuroo.

— Monsieur n'était pas accompagné de son alpha. Il affirme que Monsieur ici présent est son partenaire.

Kuroo leva les yeux vers Daichi.

— Euh oui, je confirme.

Cela sembla chagriner Kuriyama:

— Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas la confirmation de l'alpha enregistré sur le registre.

— Oui, Akaashi Keiji, je le connais aussi. Il est hors territoire en ce moment avec leur troisième partenaire. Il n'y a pas de problème, je m'en porte garant s'il le faut...

— Sawamura vous ne...

La porte s'ouvrit de nouveau. Une jeune femme en uniforme venait de rentrer. Elle s'adossa à la porte nonchalamment :

— Chef, on a les images de ce qu'il s'est passé. Apparemment ces deux-là sont connus des réseaux sociaux. Quelqu'un a tout filmé en live.

Comment ça ?

Kuriyama sembla tout aussi troublé de Kuroo, il fonça les sourcils.

— Bon...

— Est-ce qu'on peut y aller maintenant ? demanda Kōtarō à mi-voix.

Kuriyama tourna les yeux vers Sawamura.

— Sawamura vous confirmez ? Je ne veux pas d'emmerde.

Ce dernier hocha la tête.

Kuriyama soupira et fit un geste de la main, les autorisant à quitter la pièce.

— Je ne vois pas de raison de vous retenir plus longtemps pour le moment.

— Woh attendez, vous avez même pas pris de plainte et...

Kōtarō lui attrapa le bras. Il sera pour le faire se taire. Kuroo tourna les yeux, surpris. Kōtarō avait les yeux baissés, évitant son regard. Il fit non de la tête.

— Je vais vous raccompagner, proposa Daichi.

Ils le suivirent, quittant enfin ce bureau des enfers. Kuroo avait une terrible envie de se retourner pour faire un geste peu élégant au policier. Il n'en fit rien, il n'avait pas envie d'être retenu ici plus longtemps.

— J'arrive pas à croire ce qu'il s'est passé, je suis vraiment désolé, je vais voir ce que je peux faire pour...

Il ne continua pas. Kōtarō s'était penché en avant pour le saluer poliment :

— Merci Sawamura-san, dit-il. Nous devons aller à l'hôpital, Tetsurō est blessé.

Il avait parlé d'une voix maitrisée. Tout cela ne lui ressemblait pas. Tetsurō en avait mal au cœur. Sawamura hocha la tête, comprenant bien que le calme de Bokuto ne tenait qu'à un fil et qu'il ne pouvait rien faire de plus pour les aider. Kōtarō se redressa, et sans lui adresser un regard, il se remit en marche.

Alors qu'ils traversaient le hall, ils furent de nouveau interpelés :

— Attendez !

En tournant les yeux, ils trouvèrent deux jeunes femmes, assises face au bureau de la policière qui était intervenue plus tôt. Elles se relevèrent et coururent dans leur direction. L'une d'elle, en robe à strass et talon haut, les cheveux bleu nuit retenue dans un chignon défait, arriva à leur hauteur en première.

— Je suis désolé... On a vu vos stories et, on a reconnu où vous étiez, on voulait juste vous rencontrer.

La deuxième jeune femme, sensiblement du même âge qu'eux également, cheveux rose bonbon et perchée sur des talons jaune canari, arriva à leur hauteur. Elle hocha la tête pour confirmer les dires de son amie.

— On cherchait rien de... j'étais en live quand c'est arrivé, on savait pas quoi faire et... désolé je n'ai pas pu couper l'enregistrement et...

— C'est vous qui avez appelé la police ? la coupa Kuroo.

La jeune femme se tut, et hocha la tête.

— Je ne savais pas quoi faire et...

Elle ne continua pas. Kuroo venait de s'incliner profondément.

— Merci, vous nous avez véritablement sauvés.

Il se redressa :

— Je ne sais pas ce qu'il se serait passé si vous n'aviez pas été là pour nous aider.

Les deux jeunes femmes hochèrent la tête, les larmes au bord des yeux.

Kōtarō s'avança à son tour pour leur faire face.

— Merci beaucoup.

Elles hochèrent la tête. Elles se décalèrent pour les laisser passer. Kōtarō releva la tête, attrapa Kuroo par le bras et se remis en marche.

-/-

Tetsurō ouvrit la caméra de son téléphone. Il grimaça en voyant son visage : il était boursouflé de partout, les couleurs des ecchymoses avaient glissé sur son œil droit et sur sa joue. On avait désinfecté et bandé les écorchures sur son visage et son corps. Maintenant que l'angoisse et la colère étaient retombées, la douleur lui anesthésiait tous les membres. On lui avait fait avaler des antidouleurs, mais rien n'avait encore commencé à faire effet.

Ce n'était certainement pas cela le plus douloureux.

Il avait eu atrocement peur.

Son cœur se serra douloureusement. Il avait envie d'exploser en larmes, mais se retint. Kōtarō était parti avec les infirmières pour se faire examiner, ce n'était pas le moment de craquer. Pas maintenant, et ce n'était certainement pas l'endroit non plus.

Même s'il voulait juste oublier, faire taire ses pensées pour le moment, toute la scène lui repassait en boucle encore et encore dans la tête.

Presque maniaque, il se saisit de nouveau de son téléphone, se connecta au Wi-Fi de l'hôpital et ouvrit twitter, recherchant son pseudo dans la barre de recherche. Des centaines de tweets apparurent, mais il ne s'y intéressa pas, en les faisant défiler, il trouva enfin ce qu'il cherchait : le lien de la vidéo clippée du live de la jeune femme qu'il avait rencontré au poste. Il la démarra.

Au premier plan, il reconnut les deux jeunes femmes qu'il avait croisées au poste. Elles étaient extatiques à l'idée de pouvoir leur tomber dessus, répétant des scénarii fantasmés qui leur permettrait d'attirer leur attention. Elles explosèrent de rire en chœur, bien conscientes de la nature délirante de leur invention.

— C'est pas Morpheus là-bas! s'exclama la jeune femme aux cheveux rose.

Son acolyte échappa un petit cri d'excitation et tourna la caméra.

Il reconnut en effet Kōtarō, à plusieurs mètres de la caméra, ressortant de la boîte de nuit.

— Oh bordel! Oui! C'est sûr!

— Il a l'air de partir par contre, on fait quoi ?

— Merde, on a trop trainé ! Je sais pas... On va pas lui courir après non plus, je veux pas qu'il nous prenne pour des psychopathes.

— Ok, ok. Il va surement passer à côté, on peut juste l'arrêter deux minutes, c'est pas bizarre ça ? On aura cas lui parler la victoire d'Applepie ou je sais pas.

— Bonne idée.

Alors qu'elles s'approchaient de la boîte, on vit apparaitre dans le champ de la caméra trois hommes, qui vinrent à la rencontre de Kōtarō.

Kuroo fit pose, tentant de zoomer au maximum, essayant de discerner leur visage ou une quelconque particularité physique. Il jura, la vidéo était trop pixélisée, et trop sombre, pour qu'il puisse discerner quoique ce soit.

Il laissa la vidéo reprendre, espérant trouver un autre plan pouvant lui donner plus de détails. Il vit les trois agresseurs s'approcher de Kōtarō, hurlant presque en pleine rue pour attirer son attention. Son petit-ami leur prêta un regard furtif, accélérant le pas pour s'éloigner d'eux. L'un des agresseurs, celui au bonnet gris, l'attrapa par le bras pour le retenir.

Kuroo sentit son cœur se serrer, comme si on tentait de le faire exploser comme une noix.

Kōtarō se défit sans difficulté de la poigne de son agresseur. Il lui fit un bras d'honneur et se retourna pour partir. L'homme au bonnet, le visage encore bien trop dissimulé par l'obscurité pour pouvoir être identifié, le rattrapa et le tira violemment à lui. Un second le saisit par le bras et ils le poussèrent contre le mur. Kōtarō se débattit, mais l'un des trois agresseurs lui hurla quelque chose et Kōtarō abandonna ses résistances, son corps l'abandonnant comme s'il s'était changé en poupée de chiffon.

Tous s'étaient produits en l'espace de quelques secondes.

Derrière la caméra, les deux streameuses échappèrent un cri d'horreur.

— Bordel ! Faut faire quelque chose vite!

— J'appelle la police, répondit son amie.

La caméra changea d'angle, l'image devenant flou. La streameuse était en train de courir, appelant au secours en hurlant, tentant d'arrêter les passants pour que quelqu'un vienne leur prêter main-forte. À ses côtés, on entendait son acolyte parler à la police au téléphone.

— Là ! s'exclama la jeune femme qui tenait toujours le téléphone.

La caméra continua de tourner. Une voiture de police apparut dans le champ.

— Attendez! Attendez!

Elle se jeta au milieu de la route, faisant de grands gestes, l'image devenant complètement brouillée. L'enregistrement redevint plus net au moment où la caméraman plaça ses bras en avant pour se retenir de tomber lorsque la voiture de police pila juste devant elle.

— À l'aide, s'il vous plait à l'aide !

La vision de Tetsurō devint totalement floue. Il était en larmes, effondré, mais il continua de regarder.

— Tetsurō ?

Il releva les yeux, Kōtarō venait de sortir de la salle d'examen. Son visage était vidé de toute émotion.

— Elles se sont jetées sur la voiture de police, échappa le brun, n'en revenant toujours pas. Elles se sont jetées sur la voiture pour nous aider.

Kōtarō, toujours impassible, le regarda longuement, et vint finalement s'assoir à ses côtés.

Ils tournèrent les yeux vers le téléphone, la vidéo continuait de défiler.

— C'est pas TBK ça? Si! Non, attendez, c'est pas lui, attendez !

Elles coururent en direction de la voiture, maintenant garée au bord de la route, la police retenait Kuroo pour l'embarquer.

On entendit hurler Kōtarō. Il apparut finalement dans le champ de la caméra, se jetant sur Kuroo en hurlant.

Ce dernier cliqua sur l'écran, arrêtant la vidéo.

Le silence retomba. Kuroo était toujours en larmes.

— Je veux rentrer.

Kuroo, pris de cours, tourna les yeux vers son amoureux. Il regardait face à lui, impassible, drainé, vide. Le brun renifla bruyamment. Il s'essuya le bord des yeux et lui répondit :

— Ok, ok, on y va.

Une fois tout finalisé ils quittèrent enfin l'hôpital. Le soleil au dehors était maintenant levé depuis plusieurs heures. À la seconde où ils sortirent de l'enceinte, une fois le réseau téléphonique et 4G retrouvés, leurs téléphones se mirent à sonner sans arrêt, notifiant des dizaines et des dizaines de messages et d'appels manqués. Kōtarō regarda l'écran, ne réagissant toujours pas :

— Kenma et Keiji ont essayé de m'appeler.

— Moi aussi.

Alors que Kōtarō allait ranger son téléphone, il vibra entre ses mains. Il regarda longuement l'écran.

— C'est Kenma.

Après encore quelques secondes de latence, il décrocha, mais ne dit rien.

— Kōtarō! Oh bordel, bordel! Enfin! Qu'est-ce qui... attends je rappelle.

Kōtarō regarda une nouvelle fois l'écran, puis finalement partit s'assoir sur un banc installé sous un petit préau. Tetsurō le suivit.

Le téléphone sonna de nouveau, c'était un appel vidéo de Kenma. Kōtarō décrocha, laissant le téléphone face à lui.

— Kōtarō, vous allez bien ?

Kenma et Keiji étaient face à la caméra, le visage ravagé de larmes et de panique.

— Je... Keiji étouffa un gémissement étouffé de larmes, je suis désolé, mon téléphone était en mode avion, je n'ai pas reçu les appels, j'aurais dû... sa voix s'étouffa dans un nouveau sursaut de sanglot.

— Bordel, bordel, bordel! On... On a vu les vidéos, j'ai eu des tas de messages de Sugawara et... Kōtarō ?

Ce dernier hocha vaguement la tête.

— Parle-moi, je t'en supplie, ça va ? Vous allez bien ?

Kuroo passa son visage dans le champ de la caméra :

— Ça va maintenant.

Il vit ses deux petits-amis écarquiller les yeux en l'apercevant, horrifiés.

— Bordel Ji !

Keiji plaqua sa main sur sa bouche, étouffant un gémissement.

— Ça va, ça va, c'est pas grand-chose, tenta de les rassurer Kuroo.

— Pas grand-chose ! Tu t'es vu ? Pas grand-chose ! Kō, Ji, qu'est-ce que... J'étais mort d'inquiétude, je suis désolé, tellement désolé... Je...

— Tu peux rien y faire Kenma. C'est pas...

Il se tut. Kōtarō venait d'exploser en larme. Il venait de craquer. Pour la première fois depuis tout ce qu'il venait de vivre, il craquait enfin. L'implosion était violente, cataclysmique, torrentielle. Kuroo le serra contre lui, embrassant sa tempe.

— Je suis désolé, échappa-t-il dans un soupir étouffé. Je suis désolé, désolé...

Le regard de Kenma s'adoucit, désarmé, profondément bouleversé.

— T'excuses pas, tu n'y es pour rien, t'excuses pas Kōtarō, ya pas à s'excuser, lui répondit Kenma, la voix gonflée de douceur et d'affliction.

— Je suis désolé... Ils nous ont filmés, je... Je voulais pas, désolé... Je veux pas que ça... que ça te retombe dessus, je suis désolé...

— Kōtarō, je m'en fous de ça, je m'en fous complètement, et ça me fout en rogne que... que ça soit la première chose qui te viennent à l'esprit, c'est moi qui devrais m'excuser. Je m'en fous complètement, je veux juste que vous alliez bien. Tu comprends, on s'en fout de ça, c'est vraiment pas important.

Kōtarō hocha la tête. Il hoqueta, échappant une nouvelle salve de larmes.

— Je te jure que... On va les retrouver et ils vont payer, ils vont regretter de...

— Non.

Kenma et Keiji sursautèrent, surpris de l'aplomb de sa réponse.

— Non ?

— On peut pas faire ça...

— Un peu qu'on peut, je vais pas laisser ces dingues se balader dans la nature !

— On peut pas...

Kenma se tut.

— C'est ma parole contre la leur, reprit Kōtarō.

— Tout est filmé, ça m'étonnerait que...

— J'étais seul... enfin –il s'essuya les yeux d'un revers de manche- Keiji n'était pas là, s'il décide de jouer sur ça, il risquerait d'être poursuivi pour abandon, et mise en danger de la vie d'autrui. Je veux pas que ça lui retombe dessus. On fait quoi s'ils lui retirent la tutelle ?!

Kōtarō attrapa le regard de son alpha. Keiji était bouleversé, terrifié de constater qu'il avait raison, qu'il ne pouvait rien y faire.

— Ils voulaient déjà pas nous faire partir à cause de ça...

Personne ne rétorqua, profondément démunies.

— Je suis vraiment désolé, murmura Keiji, la culpabilité et la douleur faisant vaciller sa voix.

— Tu n'y es pour rien...

Tous se turent, incapables de trouver quoi dire.

Kenma fut le premier à reprendre la parole.

— Ok, ok, mais... On en parlera plus tard, en attendant je...

— Kenma, il y a un avion dans 3h pour Narita, dit Keiji, téléphone en main.

— Ok parfait, on le prend, le blond tourna de nouveau les yeux vers la caméra, on arrive, ok? On fait aussi vite que possible. Je vais raccrocher, mais on arrive, ok ?

Ils hochèrent la tête en chœur.

— Ok, je vous aime, on arrive.

Et l'appel prit fin.

Le silence s'étendit, les poignardant d'un vide immensément douloureux.

Le soleil continuait sa course au zénith, les voitures klaxonnaient, les passants défilaient devant eux.

Le monde avait continué de tourner. Comme si rien de tout cela ne s'était produit.

Tetsurō et Kōtarō se tournèrent l'un vers l'autre. Dans un même mouvement désespéré, ils s'enlacèrent furieusement. Ils étaient deux naufragés ayant survécu à la tempête, mais le ciel au-dessus de leur tête avait perdu ses couleurs d'antan.

-/-

Le cerveau humain était parfois impressionnant. Sa capacité de résilience surtout. I peine quelques heures, Kuroo vivait l'un des évènements les plus traumatisants de sa vie, mais maintenant il était dans son salon, mangeant des cochonneries en regardant des vidéos ridicules sur son ordinateur. Kōtarō et lui avaient installé de nouveau le nid-cabane dans le salon et ne l'avaient pas quitté depuis. Son amoureux avait (presque) retrouvé son attitude habituelle. Ils riaient en chœur et plaisantaient sur les âneries qu'ils voyaient à l'écran, animés d'un souffle désespéré : ils allaient bien, ils étaient ensemble, et en un seul morceau. Dans un coin de sa tête, Tetsurō craignait de se réveiller en sursaut, de constater que ce n'était qu'un rêve, qu'ils ne s'en étaient jamais sorti et qu'ils étaient toujours dans cette ruelle. En attendant, il faisait semblant d'oublier, de n'être présent que dans l'instant, évitant le gouffre qui le guettait.

Le brun sortit son téléphone : pas encore de nouvelles de Keiji et Kenma. Mais ils ne devraient plus tarder maintenant. Son écran était rempli une nouvelle fois de notification. L'ensemble du CAPE les avait contactés en panique, et ses DMs Instagram étaient remplies d'inconnus demandant de leurs nouvelles. Pour le moment, il n'avait répondu qu'à Yuji; iel avait appris de Kenma ce qui s'était passé et les avait contactés immédiatement. Pour le reste, il avait laissé trainer, ne souhaitant pas particulièrement conter en détail ce qu'il s'était passé. Il reconnut l'un des noms d'utilisateurs dans ses messages privés : il s'agissait de la streameuse qui leur était venue en aide, elle leur demandait de leurs nouvelles également. Il se résigna et décida de lui répondre, il lui devait bien cela après tout. Une fois cela fait, il regarda longuement sa boîte de message remplie à craquer. Il y avait quelque chose de rassurant à le constater. Ils n'étaient pas seuls.

Il soupira, et alluma sa caméra. Il grimaça en voyant sa dégaine, mais fit quand même un signe de la victoire, constatant terriblement avec sa tête, cela en était presque amusant.

— Tu fais quoi ? demanda Kōtarō.

— Je fais une photo, histoire de montrer aux gens que je suis en un seul morceau.

— Oh...

Kōtarō passa à son tour dans le champ de la caméra, imitant sa gestuelle. Tetsurō prit la photo et la posta en story, prenant soin d'exclure sa famille pour ne pas les alarmer, puis mit immédiatement son téléphone en mode silencieux.

— Voilà comme ça s'est fait.

Le silence s'étendit. Il avait définitivement brisé l'atmosphère légère qu'ils avaient eu tant de mal à instaurer en premier lieu. Tout lui revint de nouveau, et la scène repassa en boucle dans sa tête. Elle lui était amère, mais lointaine, comme s'il en était à présent à des millénaires. Il soupira.

— Ça va?

— Ouais... j'arrive pas à croire que c'était ya à peine quelques heures.

Kōtarō acquiesça, tournant les yeux.

— Ouais... j'arrive pas à réaliser. Là ça va, mais... ça va être une autre histoire ce soir je pense.

— Y'aura Keiji et Kenma... ça va aller.

Son amoureux hocha vaguement la tête. Finalement il pouffa, et se laissa retomber en arrière. Kuroo haussa un sourcil, pas bien sûr de comprendre ce qu'il y avait de bien amusant.

— Pourquoi tu rigoles ?

— Non rien... je me suis rappelé de... "j'invoque l'article je sais pas combien alinéa machin du traité de protection des omégas", j'arrive pas à croire que ça soit passé.

Kuroo se tourna complètement, sidéré.

— Bah quoi ?

— Ça existe pas du tout... Et puis si c'était le cas, je connais pas la TPO par cœur, j'aurais jamais pu la citer comme ça !

Kuroo fit la carpe, n'arrivant pas à intégrer l'information :

— T'as menti ?!

— Oui... je voulais pas qu'ils t'embarquent.

— Oh... j'avais pas réalisé.

— J'ai capté que c'était des bêtas, je pouvais leur raconter ce que je voulais... Ils comprennent souvent pas grand-chose à la TPO.

— Oh... ça explique l'interrogatoire chelou...

— Aussi... mais bon. Si c'était pas le cas, ils auraient capté ton secondaire directement et ils m'auraient pas laissé partir avec toi.

— Comment ça ?

— Les bêtas ne peuvent pas être enregistrés, ça n'aurait pas marché de toute façon.

Oh...

Oui... Il avait juste imaginé que...

Ce n'était vraiment pas le moment d'y penser, mais... Il avait juste pensé que...

Kuroo se laissa retomber contre les oreillers. Il avait l'impression que tout son corps n'était plus fait que de chiffons moues ; son cœur, lourd comme un millier de petits cailloux, s'enfonçant dans sa chair. À croire qu'il était encore fragile émotionnellement, ce qui n'était pas étonnant non plus. Il avait envie d'éclater en sanglots. Mais il se retint, ce n'était vraiment pas le moment de penser à cela. Mais il avait juste pensé que...

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Kōtarō avait parlé à voix basse, d'une voix si douce qu'il dut lutter avec acharnement contre les larmes. Il tourna les yeux, essayant du mieux qu'il le put de paraitre neutre.

— Rien pourquoi ?

Kōtarō lui jeta un regard blasé. Il n'était absolument pas dupe.

— Tu sais que je sais que tu me mens là ?

Kuroo détourna immédiatement le regard. Il n'arriverait pas à maintenir les apparences bien longtemps.

— Tetsu...

— Rien, rien... -il soupira- c'est juste que... t'as vraiment menti sur tout ce que tu as dit ?

— Comment ça ?

— Rien... je sais pas.

Le silence s'étendit entre eux plusieurs longues secondes.

— Oublie, c'est pas grave.

Il entendit Kōtarō respirer profondément. Il leva les yeux vers le toit de leur cabane, évitant toujours de croiser son regard.

— Babe.

— Hmm ?

Il était vraiment mauvais en comédie. Il n'arrivait même pas à se duper lui-même.

— Désolé si c'est pas... clair, j'aurais dû m'en rendre compte.

— Comment ça ?

— Babe.

La torture commençait à être un peu longuette. Ses canaux lacrymaux ne resteraient pas bien longtemps assujettis à sa volonté s'il continuait ainsi.

— Oui ?

— Je t'ai appelé, et tu as répondu. Tu penses vraiment que j'ai menti sur ça ?

Cette fois il tourna les yeux, captant immédiatement son regard. Kōtarō lui sourit. Son corps de chiffon commença à s'animer de nouveau, son cœur battant déjà la chamade. Dans son bas ventre, commença à se former une boule, faite d'appréhension et de tendresse.

— Est-ce que tu veux dire que...

— Que ?

— Que tu.. Je... on est partenaire ?

Kōtarō hocha la tête.

— J'en ai bien peur.

La boule explosa, déversant en lui un torrent grandiose de milliers d'émotions, de tendresse profonde, d'amour, de confusion aussi. La vague évinça tout le reste, la peur, l'amertume, la douleur.

Il pouffa, ne luttant plus contre les larmes qu'il lui montait aux yeux. C'était la première fois qu'il le disait à voix haute. Qu'il le disait pour de vrai. C'était troublant, étrange, mais si évident. Il fondit en larme.

— Woh, désolé je...

Il ne put terminer, Kōtarō s'était penché pour l'embrasser. Il accueillit ses lèvres avec ferveur. Leur baiser avait le goût salé des larmes, mais elles n'avaient plus l'amertume de l'affliction et de la peur. Bien au contraire. L'espace d'un instant, ils avaient tout oublié, le monde n'était plus si terrible, loin de là. Tout était si grandiose.

Il ne se laisserait plus engloutir par la peur, il se sentait prêt à vaincre le monde entier.

Kōtarō mit fin au baiser et l'enlaça, le serrant puissamment contre lui. Sa présence était partout, jusque dans sa poitrine, elle s'était imprégnée dans tous ses neurones, dans tous les milliards de cellules, dans tous les atomes qui le constituaient.

Il entendit Kōtarō peiner à reprendre son souffle. Tetsurō , surpris, se décala, prenant son visage entre ses mains pour pouvoir le sonder. Il était en larmes, tout comme lui certes, mais son visage s'était crispé d'une douleur amère.

— Qu'est-ce qu'il y a ? lui murmura-t-il.

— Juste... je suis désolé...

— Pourquoi ?

Son amoureux... son partenaire, laissa sa joue retomber sur sa main, la serrant fort contre sa peau.

— Je l'ai activé dans la panique... je... c'est nul... je veux pas que ce soit ce dont on se rappelle et je... désolé.

— Oh babe...

Il l'enlaça.

— Non... je... je me souviendrais de ça maintenant de... et puis peu importe... j'oublierais pas ce qu'il nous est arrivé de toute façon... Mais plutôt que d'y pensé comme un...

Il ne savait pas vraiment quoi dire pour le consoler. Alors il se tut. Il se tut et il regarda en lui, sondant ce que tout cela éveillait, ce que cela signifiait pour lui.

— Non, je me souviendrais de nous maintenant, de tout ce qui nous a rapprochés avant... de la première fois que j'ai entendu ta voix, de cette fois où on était complètement bourré, qu'on chantait à tue-tête et que t'as essayé de me faire rentrer dans une poubelle pour dévaler la rue. De la première fois qu'on s'est embrassé dans ce foutu gymnase, ou dans cette salle de cinéma où on s'est fait virer comme des malpropres.

Kōtarō échappa un petit rire.

— Je me souviendrais de quand tu m'as demandé "alors est-ce qu'on a un petit-ami" et que j'ai répondu oui. Je me souviendrais de quand j'avais besoin de temps et que j'étais terrifié et que tu m'as accompagné. Je me souviendrais de la première fois qu'on a fait l'amour, de la première fois que je t'ai dit je t'aime. Je me souviendrais de la fois où tu m'as ouvert la porte du placard dans la tête et que tu m'as explosée le nez et que j'ai foutus du sang partout dans la cuisine.

— Non pas ça, répliqua Kōtarō, ne pouvant cependant pas s'empêcher de rigoler en y repensant.

— Si, ça aussi. Je me souviendrais de la première fois que je suis rentré sous la tonnelle, de ton regard lubrique dans la baignoire.

— Mais arrête...

— Et oui, je me souviendrais aussi de toutes les fois où j'ai eu atrocement peur pour toi, je me souviendrais de cette nuit toute ma vie. Mais ça va. Je suis pas là que pour les bons moments, et on va s'en sortir, ensemble. En attendant, je me rappellerai surtout de la première fois que tu m'as dit que j'étais ton partenaire.

— C'est pas moi qui l'ait dit, c'est toi.

— Tu l'as hurlé en pleine rue !

— Ça compte pas !

— Quoi ça compte pas ?!

— Oui.

— Bah qu'est-ce que t'attends ?

— Pff...

Kōtarō s'essuya le visage avec son t-shirt et se redressa. Il se tenait maintenant à genoux devant lui, son visage au-dessus du sien.

— Kuroo Tetsurō.

— Hmm ?

— Je t'aurais bien demandé, mais je crois que c'est trop tard.

— Je te donne mon consentement éclairé.

— Merci. Donc, je disais, Kuroo Tetsurō .

— Bokuto Kōtarō.

— Tu étais mon bro, puis mon bo.

Tetsurō éclata de rire.

— Acceptes-tu d'être mon partenaire ? C'est un club très privé tu sais, mais je dois te prévenir que tu n'es pas le premier membre à y rentré.

— J'en ai conscience.

— Parfait, parfait. Alors ?

— Eh bien... bordel, j'ai l'impression que tu me fais une demande en mariage, je suis en plein scénario de rom-com là.

— Nan, c'est pire.

— C'est pire ?

— Bah un mariage, tu peux toujours divorcer, là j'ai bien peur que t'es plus de mal à te débarrasser de moi.

— Deal.

— Alors ?

— Oui.

— C'était pas une question.

— Si c'était une question !

— Tu sais bien que s'en était pas vraiment une.

— Oh t'as gueule.

Il l'attrapa par la nuque et l'amena à lui. Kōtarō échappa un rire contre ses lèvres et finalement se laissa tomber dans le baiser.

Les ombres étaient toujours autour, elles imprégneraient leur esprit à jamais, et hanteraient leurs nuits encore longtemps. Mais pour le moment, ils étaient en sécurité, rien ne pouvait les rattraper.

-/-

L'après-midi était déjà bien avancée lorsque Kenma et Keiji les prévinrent qu'ils étaient arrivés à Narita. Le vol avait eu plusieurs heures de retard, ce qui avait profondément agacé Kenma qui avait failli les faire virer du vol.

Ils attendaient, ne prêtant pas une seconde attention au film qu'ils avaient lancé entre temps. Leurs petits-amis avaient insisté pour qu'ils les attendent à la maison, ils se débrouilleraient pour revenir de l'aéroport. Ce qui finalement tombait bien parce que ni Kōtarō ni Tetsurō n'avaient envie d'aller affronter le monde extérieur pour le moment.

Kōtarō releva la tête, revenant brusquement à lui. Il se redressa en un bon, se précipitant hors de la cabane, manquant de faire effondrer ses fondations déjà bien bancales. Kuroo ne comprit pas immédiatement, mais il sentit lui aussi un sentiment pressant et impérieux l'envahir. Il se leva à son tour et suivit Kōtarō qui venait d'ouvrir la porte d'entrée à la volée pour descendre les escaliers à toute vitesse. Tetsurō se sentit envahi d'un profond sentiment de réconfort lorsqu'une fois arrivé dehors, il constata que Kenma et Keiji étaient arrivés. Le taxi venait tout juste de repartir, leurs affaires encore éparpillées sur le trottoir. Keiji fut le premier à se retourner. Kōtarō ne prit pas la peine de trouver une utilisation à la porte du portail et sauta simplement par-dessus la barrière. Keiji lâcha tout ce qu'il avait en main et ouvrit les bras, les deux se retrouvant dans une étreinte puissante. Kenma se joint à eux. Il tourna les yeux vers Kuroo, qui lui avait choisi la sécurité de la porte, et le blond étendit le bras vers lui, l'invitant à les rejoindre. Il courut les derniers mètres et se joignit à leur étreinte. Kōtarō avait éclaté en sanglot, le visage réfugié dans le cou de Keiji qui caressait ses cheveux tendrement, les larmes dévalant également son visage. Tetsurō ferma les yeux, profondément rassuré de sentir la présence de ses amoureux.

-/-

— Non mais écoute moi! Je les retrouve, et je les ouvre délicatement, je retire tous les organes proprement et je remplie le tout de vieux chiffons.

Kōtarō grimaça de dégout avant d'éclater de rire.

Ils s'étaient tous les quatre vautrées sous la cabane. Après une bonne heure à parler, racontant en détail ce qu'il s'était passé, chialant de nouveau comme des madeleines, Kenma avait finalement commençait à se lancer dans le registre du gore, fantasmant des vengeances de plus en plus graphiques. Certes, ces idées étaient terrifiantes, mais leur simple évocation avait quelques choses de cathartique.

— De vieux chiffons ? Mais pour quoi faire ? demanda Kōtarō entre deux rire.

— Des marionettes! Je pourrais faire un spectacle comme ça, on pourrait tourner dans tout le pays.

Cette fois les trois autres explosèrent de rire.

— Mais elles vont pourrir tes marionnettes !

— Mais non écoutes, je leur fais un petit traitement chimique c'est bon. Je suis sûr qu'on peut trouver ça sur internet, ajouta le blond, dégainant son téléphone.

— Non mais cherches pas ça ! répliqua Kōtarō, lui reprenant l'appareil.

— Je pensais que tu leurs avait écrasé les yeux avec des aiguilles ? intervint Keiji.

— Oui, exactement, comme ça je pourrais les échanger avec des yeux en verres, ça fera plus réaliste. Keiji, ta sœur à fait de la taxidermie, je suis sûr qu'elle pourrait nous aider !

— Oh c'est dégueulasse... remarqua Kuroo, riant tout de même.

— Toi t'es le scientifique de la bande, on a besoin de toi.

— Ah parce que je suis inclus !

— Bien sûr, c'est une entreprise familiale.

— C'est devenu une entreprise ?!

— Tu rigoles maintenant, mais quand on se sera fait des millions avec nos spectacles de marionnette plus vrai que nature, tu rigoleras moins.

— Mais tait toi! supplia Kōtarō qui avait maintenant du mal à respirer tant il riait.

Son hilarité était certes démesurée, surtout aux vues du contenue de la conversation, mais terriblement communicatif.

— Je vais pas me taire, je te donne un super plan pour devenir riche et tu considères même pas mon idée !

— Mais on est déjà riche !

— Hmm, mais autant que j'investisse ma fortune dans quelques choses d'utile. On pourrait finir plein aux as !

— On sera surtout en prison, remarqua Keiji.

— Si on se fait pas prendre ça va.

— Hmm...

— Tu me diras, tu gagnes déjà de l'argent en tuant des gens virtuellement, ce serait dommage de s'arrêter en si bon chemin, remarqua Kuroo.

— Voilà, merci, enfin quelqu'un qui croit en moi !

— Et Netflix pourra acheter les droits pour l'histoire, ça serait pas mal, dit Kōtarō.

— Ouais, avec tout cet argent, on pourrait avoir tout ce qu'on veut en prison, pas trop mal, ajouta Tetsurō .

— Vous êtes immondes, lâcha Keiji, riant tout de même.

Ils rirent encore, animé de l'énergie du désespoir.

Le silence finit par retomber, et sa lourdeur, bien qu'ils aient désespérément tenter de s'en défaire, les accabla tous les quatre. Le visage de Kōtarō se métamorphosa, reprenant des traits plus graves.

— En vrai... on va faire quoi ?

Silence.

— Je pense qu'on ne peut pas faire grand-chose, murmura Kenma.

Ils ne dirent rien pendant près d'une minute.

— Faut quand même que... Je sais pas, qu'on essaye de rattraper le coup, vu que la vidéo est partout et que...

— Je sais pas si on peut y faire grand-chose non plus... C'est déjà en train de devenir virale.

— Désolé...

— T'excuse pas Kōtarō.

— Mais pour ta réputation et tout et...

— Je m'en fout... C'est pas grave, on verra bien.

Kōtarō soupira.

— Je peux toujours dire que j'ai mentit... Toute façon ya bien quelqu'un qui va se rendre compte que j'ai dit n'importe quoi.

— Mais t'as pas dit n'importe quoi.

— Ah parce que tu le connais le paragraphe 123 alinéa truc toi ? Faut pas deux secondes pour capter que c'est du bullshit.

— Peut-être, mais pour le reste... tu n'as pas menti, et ça se voit clairement.

Kōtarō se tut. Tetsurō et lui échangèrent un regard.

— On comptes en parler un jour d'ailleurs ? lâcha le blond.

Les deux autres lui prêtèrent un regard.

— De quoi?

— Oh... je sais que vous vouliez pas en parler à cause de moi mais... j'imagine qu'on peut maintenant, dit Kōtarō.

Silence.

— Mais de quoi ? intervint de nouveau Kuroo.

Kuroo se sentit envahit de petit picotement tiède, puis cette sensation… Instinctivemet il tourna les yeux vers Keiji. Ce dernier lui sourit :

— De cela.

Il resta interdit un long moment.

Il le savait, au fond de lui il le savait, depuis longtemps déjà. Leur dernier cycle n'avait fait que le confirmer. Il n'avait juste pas osé poser de nom dessus.

Son corps se changea de nouveau en poupée de chiffon, il avait les larmes aux yeux.

— Non mais arrêtez, j'en peux plus de chialer là, laissez-moi un peu de ma virilité toxique intact.

Les trois autres pouffèrent.

Tetsurō ne savait plus quoi dire, ni quoi faire. Finalement il demanda :

— Mais depuis quand ?

Kenma soupira.

— Depuis... les pacificateurs je pense.

Le brun écarquilla les yeux.

— C'était ya super longtemps ! Et j'ai pas arrêté de me torturer après, c'est pas cool !

— Désolé, répondit Keiji.

— Toi au moins du me l'a dit.

Il grimaça.

— J'ai un peu mentit. Je savais que ce n'était pas en cours juste... que c'était le cas. Enfin... plus ou moins.

Kuroo fit la poisson, incapable de trouver quelque chose de cohérent à répondre. Un peu plus et il allait finir dans le bassin à carpes koï de la grand-mère de Kōtarō. Il dut se forcer à fermer la bouche et resta en apnée quelques secondes avant de lâcher:

— Faut arrêter de me laisser dans le noir comme ça ! Je suis toujours un bêta pommé vous savez, faut me dire les choses !

Bye bye sa prestance, voilà qui se remettait à chougner.

Ses amoureux s'approchèrent pour l'enlacer.

Ses partenaires.

Parfois les nuits dévastatrices voyaient les plus beaux matins. Parfois, les combats les plus violent voyaient la naissance des plus belles choses.

Ils étaient très loin d'avoir échappé à la tempête, mais au moins, ils étaient ensemble.

-/-

Le nid-cabane était devenu leur QG général, il commençait à sérieusement avoir du mal à tenir debout, mais Kuroo ne pouvait plus se résoudre à le quitter. Il y resterait jusqu'à ce qu'il s'effondre s'il le fallait. Il avait bien tenté de le quitter pourtant. La nuit précédente, après qu'ils aient veillé un long moment, tous étaient partis se recoucher dans leur lit respectif. Peut-être avaient-ils pensé qu'un peu de temps pour eux pourrait leur être bénéfique. Grave erreur de calcul. Kuroo était partis se coucher le cœur léger et la peau abreuvée de tendresse. Malheureusement l'amour n'est pas un remède à tout, parfois l'angoisse ne prend pas son repos si facilement. À peine s'était-il retrouvé seul qu'elle avait retrouvé son chemin jusque lui. Elle l'avait enlacé de son lourd manteau, tombant sur lui comme une pluie de plomb. Il avait eu un mal fou à s'endormir, pour ne trouver que des cauchemars. Il avait tenu jusqu'à environ 3h du matin, avant d'abandonner. Il était alors descendu, avec l'intention de retourner sous le nid-cabane, espérant y trouver le réconfort. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il avait constaté que dans le salon, la petite lumière orangée était restée allumée sous la cabane. En soulevant le drap y menant, il avait senti son cœur s'apaiser en découvrant que ses trois partenaires y étaient déjà installés. Une fois allongée à leurs côtés, l'angoisse avait perdu sa trace.

Il avait émergé de nouveau aux premières heures de l'aurore, lorsque Keiji avait dû se lever pour partir en cours. Il avait presque oublié qu'il allait devoir retrouver la vie quotidienne, retourner dans son sous-sol mal éclairé, à remplir des cases toute la journée. Cette simple pensée avait failli lui arracher une nouvelle salve de larmes. Hors de question qu'il y retourne, pas maintenant, surtout pas avec la dégaine qu'il avait : le visage tuméfié et des cernes aussi violets que ses ecchymoses. Il avait envoyé un mail à ses supérieurs, annonçant seulement qu'il ne pourrait pas venir et avait planqué son téléphone sous une pile d'oreillers. Kōtarō avait fini par en faire de même : hors de question qu'il y retourne de suite ; "surtout pour me retrouver avec cette bande d'abruties" avait-il ajouté.

Le soleil était haut dans le ciel, Tetsurō était toujours sous la cabane, Kōtarō à ses côtés. Kenma avait fini par se lever pour partir travailler dans son bureau.

Il avait passé sa matinée au téléphone, à raconter en boucle ce qu'il s'était passé. Oikawa l'avait appelé au moment où il avait eu de nouveau accès au réseau internet, Sugawara et Yamaguchi l'avaient contacté juste après cela. Kasumi, qui l'avait appris de Suki, l'avait harcelé des heures durant pour qu'il lui réponde. Tetsurō avait été retissant à lui parler, il ne voulait pas particulièrement que sa famille soit au courant. Il avait fini par lui donner de ses nouvelles, mais lui avait fait promettre de ne rien dire à sa petite sœur et à ses parents. C'était peut-être égoïste de sa part, mais il ne voulait pas se résoudre à le faire. Il avait bien cru se faire démasquer de toute façon : leur histoire et la vidéo de son arrestation avaient été reprises par des dizaines de médias, ils étaient partout sur internet. Heureusement pour lui, leur nom n'avait été mentionné nulle part et la vidéo était de trop mauvaise qualité pour qu'il y soit formellement identifié. Seules les personnes connaissant son alias sur internet pouvaient rattacher l'histoire à lui.

Depuis, il n'arrivait pas à se résoudre à faire quoique ce soit. Tout cela l'avait épuisé, mais dès qu'il s'endormait, il se réveillait en sursaut à peine quelques minutes plus tard ; regardait un début de film pour l'abandonner avant le générique du début, bien trop agité pour se concentrer. Il ne pouvait même pas compter sur la compagnie de world wide web, internet était un véritable champ de bataille.

Le pire du pire s'était produit lorsque l'histoire avait été reprise par tout un groupe d'alpha-suprémacistes pour de la récupération politique au service de leur idéologie tordue. S'était élevée face à eux la plupart de la communauté de Kenma, donnant lieu à un combat bien improbable : extrême droite radicale vs une bande de geek. Le tableau était assez amusant. Il l'aurait été en tout cas s'ils n'étaient pas au cœur du débat lui-même. Kuroo y avait tout de même trouvé un peu de réconfort : bien qu'ils soient à présent au courant de leur secondaire, en tout cas de celui de Kōtarō, et de leur relation également (même s'ils n'avaient fait aucune déclaration à ce sujet) toute la petite communauté de fan qu'ils avaient ne les avait pas laissés tomber, ils étaient même les plus acharnés, se battant à cor et à cri pour défendre leur honneur.

Il laissa retomber son téléphone sur sa poitrine, désabusé et exténué. Il vibra quelques secondes plus tard. Il s'agissait d'un message sur la conversation qu'il avait avec ses collègues de boulot. Matsukawa lui avait envoyé une photo de leur lieu de rendez-vous habituel, montrant l'espace vide comme ces gens devant trouver à amazon que leur colis n'était jamais arrivé à destination.

"Je suis déçu de constater que tu nous as abandonnés. Tu t'es définitivement transformé en chauve-souris pour vivre dans les sous-sols de l'institut ?"

Kuroo pouffa, et s'empressa de lui répondre.

"Nan, je ne voulais pas que ma beauté vous effraie"

"Ta beauté nous éblouis chaque jour" répondit Hanamaki " Qu'est-ce qu'il te prend de ne pas nous bénir de ton gracié fasciés soudainement ?"

Tetsurō rigola :

" Si vous insistez"

Il prit une photo de son visage aussi coloré qu'un dessin d'enfant de 3 ans et leur envoya. Leur réponse ne tarda pas à lui parvenir :

"WTF mec!" ; "Fuck! Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?! Tu t'es battue avec un Tanuki ! Tu sais bien que tu ne peux pas gagner, ils sont imbattables".

"Vous en avez vraiment pas entendu parler ? J'ai l'impression que c'est partout..."

"Non, qu'est-ce qui s'est passé?"

Il soupira, hésitant à donner plus de détails. Il finit par envoyer le lien d'un des articles qui contait ce qu'il lui était arrivé, dénichant celui qui donnait le moins de détails possible, mais racontait les faits sans trop de romance. Il n'eut aucune nouvelle pendant une bonne dizaine de minutes. Finalement, son téléphone sonna. Tetsurō se résigna à sortir de la cabane pour ne pas déranger Kōtarō et décrocha.

— What the fuck mec ! Mais ça va ? hurla Matsukawa en répondant.

— On a lu ce qu'il s'était passé et on a trouvé les vidéos, mais... Bordel, ça fait flipper !

— Ça va, ça va mieux, vous en faites pas. Merci.

Il n'avait pas réalisé que sa voix été tant écorché.

— Je suis vraiment désolé pour toi, ajouta Matsukawa.

— Hmm, merci je... voilà. Je sais pas quoi dire, c'était juste pas ouf comme expérience. Une étoile sur Yelp.

— Une étoile c'est déjà énorme.

— Pourquoi ils t'ont arrêté du coup ?

— Quand ils sont arrivé y'avait que moi avec une barre de fer, je comprends que ça puisse porter à confusion.

— Une barre de fer ? Tu t'es battue avec une barre de fer ?!

— C'est le seul truc que j'ai trouvé sur le moment.

Les deux éclatèrent de rire.

— Woh... badass quand même. Mais du coup ils ont fait quoi ? Ils ont pu les retrouver ?

— Non. Et je crois pas que c'était leur intention... Puisqu'apparemment c'était nous le problème.

Le silence lui répondit.

— Ça craint...

— Un peu ouais...

— Et ton partenaire, il va bien ?

Tetsurō perdit momentanément le souffle, prit de cours par la question. Il pouvait toujours mentir, dire que ce n'avait été qu'une excuse utilisée par Kōtarō pour les sortir de cette histoire. C'était d'ailleurs le mensonge qu'il avait concocté au cas où sa famille ferait le lien entre lui et cette histoire.

Il y renonça.

— Oui, il va bien, juste secoué.

— J'imagine ouais...

Silence.

— Bon, on va devoir y retourner... Mais franchement, si t'as besoin d'un truc, n'hésite pas.

— On peut aller installer une lampe anti-dépression finlandaise dans ton bureau si tu veux.

— Une quoi ?

— Mais tu sais, un truc de luminothérapie là !

Il pouffa.

— Ce serait génial, mais ça va aller. Merci les gars.

— Pas de soucis.

L'appel prit fin.

Kuroo sourit, apaisé.

Il y avait encore un peu de bon en ce bas monde.

Il partit dans la salle de bain, maintenant qu'il était levé, autant qu'il en profite. Il ferma la porte à clé et se déshabilla pour prendre une douche. Il fut rattrapé par ses besoins naturels avant de rentrer dans la douche. La gravité avait ravivé les fonctions de son intestin grêle, et il était prêt à délivrer le fruit de son travail. Il s'assit sur les toilettes, téléphone en main, et ouvrit machinalement Tweeter. Très mauvais calcul se sa part : il avait évité de s'y rendre depuis que les alpha-ss avaient retrouvé leur histoire, et ceux pour une bonne raison.

Il perdit complètement son sang-froid lorsqu'il tomba sur un tweet absolument ignoble. Un abruti avait repris l'un des tweets d'un média qui avait diffusé leur histoire et avait eu l'audace de commenter "C'est exactement pour que ce genre d'incident soit évité qu'il est impératif de renforcer la TPO". Alors qu'il avait renoncé à ne pas intervenir sur le sujet, il brisa sa résolution et lui répondit :

"Mais oui bien sûr, retirer encore plus de liberté et d'autonomie à une minorité qui a déjà autant de droits qu'une chaise de jardin, c'est surement la solution"

"Le problème ce n'est absolument pas les dingues qui se baladent pour les agresser en toute impunité"

"Et le système qui les écrase pour soi-disant les protéger."

"Et ce n'est pas un incident, ça s'appelle une agression grosse merde."

Il tapa la dernière phrase en fulminant de rage, envoya le tout et balança son téléphone sur le tas de fringues qu'il avait abandonné dans un coin de la pièce.

Il soupira d'aise: finalement, ça faisait tout de même du bien d'envoyer balader des abrutis pareils. Il inspira profondément, bien décidé à ne plus se laisser atteindre par des propos si ridicules et pris enfin sa douche.

Il sortit de la salle de bain propre comme un sou neuf et profondément apaisé. Il réussit même à sourire sincèrement : et s'il cuisinait quelque chose ? L'heure était déjà bien avancée et ils n'avaient rien avalé depuis un bon moment. Lorsqu'il arriva dans la cuisine, il y trouva Kōtarō, sortit de la cabane pour s'installer au bar. Alors qu'il allait lui demander s'il avait des envies culinaires particulières, il se ravisa. Son amoureux avait relevé les yeux de son téléphone, le regardant comme si une deuxième tête venait de lui pousser :

— Qu'est-ce qu'il y a, t'as p...

Il se tut une nouvelle fois en attendant la porte de la chambre de Kenma s'ouvrir à la volée. Le blond débarqua en trombe. Il avait l'air profondément terrifié et amusé à la fois.

— Ji, me dis pas que t'as répondu ça à Ushijima Wakatoshi, mais t'es dingue !

— Qui ça ?

Kenma lui tendit son téléphone, lui montrant les tweets qu'il venait d'envoyer.

— Cet abruti, désolé, mais j'allais pas le laisser dire des conneries. Mais t'inquiètes, je l'ai fait sur mon compte privé, je pense pas qu'on puisse faire le lien facilement entre... Mais quoi?

— Mais... t'es pas bien, commenta Kōtarō à voix basse.

— Mais quoi ?!

Kenma éclata de rire hystériquement.

— Mais tu sais qui c'est ? réussit-il finalement à articuler.

Kuroo fut pris de cours par la question : était-il sensé connaitre tous les abrutis que la terre portait ?

— Non, admit-il finalement. Un sale con ?

— C'est le fils d'Utsui, le dirigeant du parti Hongo Dentou.

Tetsurō resta interdit.

— C'est le parti à la tête du CFGMAO. Ils sont en pleine campagne pour les élections en juillet, t'es pas bien ?!

Tetsurō décida de manquer totalement le point :

— Ya des élections en juillet ?!

— Mais tu sors d'où, oui les élections pour la présidence du comité.

— Du comité ?

— Du CFGMAO, répondirent Kenma et Kōtarō en chœur, légèrement agacé.

Tetsurō sursauta, ne s'attendant pas à une telle intensité.

— Et... c'est grave ?

— Bah tu viens juste de le déshabiller en public, c'est pas rien.

— Oh...

Son téléphone vibra. Il y jeta un coup d'œil, espérant réussir à s'échapper de cette conversation. Bien malheureusement pour lui, il s'agissait d'un message de Yamaguchi sur la conversation du CAPE. Il avait fait une capture d'écran de son tweet et avait commenté "TBK: Tetsu le bandit Kamikaze". Le reste du groupe commenta rapidement, semblant tout aussi pris de cours que ses partenaires. Keiji avait même pris la peine de répondre pour la première fois sur la conversation pour écrire son nom en entier suivit d'une dizaine de points d'exclamation. Keiji était un amoureux de la littérature et de la ponctuation, l'utilisation abusive des points d'exclamation ne lui disait rien qui vaille.

— Euh... oups.

Oups: telle était sa seule défense.

Kenma explosa de nouveau de rire et Kōtarō laissa sa tête retomber sur la table en soupirant.

Résultats des courses, son thread tweeter était devenu complètement viral et avait relancé de plus belle le débat, il avait éveillé la colère des alpha suprémaciste qui avait vu leur honneur bafoué par un pauvre bêta pommé. Le point positif, c'est que cela avait enfin attiré l'attention des bonnes personnes: des dizaines et des dizaines d'activistes en tout genre : droit des omégas, féministes, militant queer, enfin un peu de beau monde. Le débat prenait maintenant tellement de place, que les bêtas un peu plus pommés que lui s'intéressaient enfin à la discussion, certains découvrant pour la première fois de leur vie l'existence de la TPO, profondément scandalisé de découvrir de quoi il s'agissait.

Mais Kuroo n'avait jamais eu l'intention de se retrouver au cœur d'une bataille politique, et il ne savait pas trop comment gérer sa soudaine fame. C'était maintenant lui qui se lamentait, la tête posée sur la table de la salle à manger, soupirant de tout son soul.

— Woh, t'as même été retweeté par Goshiki Tomiko, commenta Kenma.

— Mais c'est qui encore ça...

— La cheffe du parti adverse à Utsui... Pas dégueu. Elle milite pour l'abolition de la TPO et la protection des UFP.

— Des quoi ? Mais arrêtez, je sais pas ce que c'est, je... j'en sais rien, je suis une grosse merde laissez-moi tranquille, se lamenta Tetsurō .

Kenma se gaussa de sa détresse.

— Ya même Chaotic Justice, ajouta Kōtarō.

— C'est qui ça encore ?!

— C'est les journaliste pirate là, mais si tu connais.

—Des... journalistes pirates ?

Voilà deux professions qui allaient mal ensemble.

— Mais oui, c'est eux qui ont fait éclater l'affaire Shinagawa.

Kuroo releva la tête :

— Le patron d'entreprise qui faisait du trafic humain là ?

— Ouaip.

Kuroo hocha la tête. Se demandant bien ce que les pirates justiciers avaient à voir avec cette histoire.

Le seul point positif était que maintenant, internet semblait s'être désintéressé d'eux, et au moins, la distraction lui avait permis d'oublier qu'il avait passé sa mâtiné précédente dans un commissariat et qu'il avait le visage couleur supernova. La résilience peut-être, ou le dénie. Qui sait ?

-/-

Ils avaient finalement dû se résoudre à retourner à la vie active. Il ne pouvait décemment pas passer sa vie vautrée dans une cabane, a évité comme la peste les réseaux sociaux. Kuroo avait gouté, à sa propre échelle, à la vie d'un ermite. Et il devait dire que cela avait été loin de lui déplaire. Il voyait bien partir habiter au fin fond de la montagne, perdu au milieu de rien. Ils achèteraient une vieille maison pour la retaper, iraient chercher de l'eau dans une source montagneuse, cultiveraient leur propre terre. Kenma pourrait travailler, gérant son patrimoine gargantuesque à distance (cela n'allait pas forcément avec la philosophie ermite, mais il fallait faire des concessions); Keiji serait un écrivain à succès, lui et Kōtarō s'occuperaient des terres et de leurs quelques dizaines de moutons. Et ensemble, ils couleraient des jours heureux, loin du tumulte de la ville, loin des débats tweeter, des discriminations, de la TPO et de tous ces abruties. Oui, cela ne sonnait pas mal du tout.

Mais en attendant, Kuroo avait dû se résoudre à regagner la société, son stage, et son sous-sol mal éclairé. Il se demandait bien pourquoi d'ailleurs. Maintenant qu'il savait qu'il voulait aller élever des moutons, que faisait-il véritablement ici ? La réalité était certainement qu'il ne s'intéressait pas vraiment à l'élevage de bête, il voulait juste fuir. Mais la pensée était réconfortante. Heureusement pour lui, personne au travail ne semblait avoir suivi ce qui lui était arrivé, ou personne n'avait encore rattaché cette histoire à lui... Ou peut-être qu'ils s'en foutaient, ce n'était pas non plus comme s'il connaissait grand monde dans l'entreprise. À part Miwa, Hanamaki et Matsukawa, personne ne s'intéressait trop à lui, mis à part les araignées de son bureau au sous-sol. Il avait encore la peau jaunâtre et violette, l'ecchymose glissant peu à peu. Personne n'avait fait aucun commentaire à ce sujet...

Comme si rien ne s'était véritablement passé.

Kōtarō lui aussi était retourné à son stage. En apparence, tout allait bien, il râlait toujours car son environnement de travail était à chier, mais à part cela, il semblait avoir retrouvé son attitude habituelle. Mais Tetsurō avait pu déceler les petites failles, les fêlures qui avaient perduré, ils s'en étaient tous aperçus. Kōtarō était constamment épuisé, physiquement et émotionnellement. Il ne mettait plus un pied dehors la nuit tombée, et n'était pas reparti courir ou à la salle depuis ce qu'il lui était arrivé. Cela était compréhensible. Il devait juste récupérer, cela n'allait pas se faire en un claquement de doigts non plus. Tetsurō faisait ce qu'il pouvait pour le soutenir, il en était de même pour Keiji et Kenma, mais l'amour ne résout pas tout, pas tout le temps. Ils pouvaient juste être à ses côtés pour le soutenir.

-/-

Kuroo remonta les escaliers, courrier en main, détaillant les noms inscrits sur les enveloppes.

— Yo, je suis rentré, déclara-t-il en rentrant dans l'appartement.

— Yo, lui répondit Kenma de sa chambre.

Tetsurō releva les yeux, la pièce était vide et la maison était relativement silencieuse.

— Ils sont pas là? demanda le brun.

— Ils sont partis chercher à bouffer, Kōtarō voulait commander au Sukiya.

— Oh, nice.

— T'as passé une bonne journée ? demanda le blond, toujours depuis la pièce voisine.

— Hmm, répondit distraitement Kuroo, ouvrant l'une des enveloppes à son nom.

Il s'agissait d'une publicité pour une marque de téléphone. Ils en étaient à lui adresser personnellement des publicités ? Quelle étrange technique commerciale.

— Et toi? finit-il par demander, continuant de détailler le courrier qu'ils avaient reçu.

— Ça va.

Tetsurō hocha la tête, ne calculant même pas qu'il était impossible pour Kenma de s'en rendre compte d'où il était (derrière un mur donc). Il finit par tomber sur une enveloppe adressée à Kenma. Son nom y était inscrit en toutes lettres, écrit à la main. Il ne s'en soucia pas trop, et dit:

— T'as du courrier Kenma.

— Oh, merci. C'est quoi ?

— J'ouvre ?

— Ouais, ouvre.

Kuroo s'exécuta, ne s'attendant pas à grand-chose.

Il fronça les sourcils en découvrant ce qu'il se trouvait à l'intérieur, pas de lettre, simplement une pochette, comme celle que l'on récupérait en faisant développer des photos dans le temps. Depuis quand Kenma faisait-il faire développer ses photos? Intrigué, il l'ouvrit et passa sa main à l'intérieur, reconnaissant la texture du papier photo. Il en sortit une, et son souffle se coupa brusquement en découvrant ce qu'il s'y trouvait : il s'agissait d'une photo de Kenma, à peine reconnaissable avec sa capuche sur la tête et son masque lui barrant le visage. Mais c'était bien lui. Le cœur de Kuroo commença à s'agiter, mais il resta mué, profondément sidéré. Il prit la seconde photo, reconnaissant toujours Kenma. On devenait Keiji à ses côtés, et les panneaux autour indiquaient que la photo avait été prise lorsqu'ils se trouvaient à Séoul. La panique et l'effroi l'envahirent d'un seul coup, engloutissant le monde autour. La photo suivante montrait toujours Kenma, installé au volant de sa voiture. Avec les photos se trouvait une petite carte de visite. Kuroo s'en saisit, le souffle court. "CJ" était inscrit en noir sur fond blanc. Il tourna la carte et son cœur bondit en découvrant ce qu'il était inscrit au dos.

"C'est bien vous?

Nous avons une proposition à vous faire."

Le tout était suivi d'une date et d'une heure, ainsi que de coordonnées GPS. Un tampon rouge en forme de fleur de cerisier avait été apposé au bas en guise de signature.

— C'est quoi ce bordel, murmura Kuroo, abasourdi.

— C'est quoi du coup ? demanda Kenma.

Sa voix fit brusquement revenir Kuroo à la réalité.

— Euh, rien, une pub de téléphone, mentit Kuroo, maitrisant sa voix pour ne rien laisser entendre de son trouble.

Hors de question qu'il tombe dessus.

Il entendit Kenma se lever de sa chaise et marcher dans sa direction. Tetsurō s'empressa de fourrer les photos et la carte dans l'enveloppe à son nom. Il fit volteface, si soudainement que Kenma sursauta.

— Tiens, lui dit-il, lui tendant la publicité qu'il avait reçue.

Le blond haussa un sourcil, le détailla une seconde, et récupéra le courrier.

— Bah c'est juste une pub quoi, déclara-t-il.

— Bah oui, c'est ce que j'ai dit.

Kenma releva les yeux, Kuroo lui sourit, faisant tout son possible pour paraitre le plus naturelle possible. Kenma déchira la publicité et la jeta à la poubelle.

— J'ai rien d'autre ? Je devrais recevoir un courrier des organisateurs du tournoi.

Kuroo fit passer les lettres dans ses mains à une allure folle.

— Non, le reste, c'est pour Keiji et Kōtarō.

— Hmm, ça devrait pas tarder.

Le blond se retourna et repartit en direction de sa chambre :

— Je vais bosser encore un peu, regarde si tu trouves un film qu'on peut regarder après.

— Ok !

Kenma referma la porte derrière lui.

Kuroo échappa un lourd soupire. Il regagna sa chambre à l'étage et ressortit le contenu de l'enveloppe. La date inscrite sur la carte était dans à peine quelques jours.

Qu'est-ce qu'il voulait à Kenma exactement ?

Il n'aurait certainement pas dû mentir... Mais maintenant, il était déjà trop tard. Il réglerait ça de son côté, ses partenaires avaient assez donné pour le moment. Hors de question que Kenma se retrouve dans cette histoire.

Il inspira profondément, le corps remué de peur, de colère, d'angoisse, et de détermination.

— À nous deux CJ.

Il referma l'enveloppe et la cacha au fond de son sac.

— À nous deux.

-Fin de chapitre-

Hey! On n'a pas fini le tour d'avant qu'on repart faire un tour de montagne russe !

Pour l'anecdote, je me souviens avoir écrit ce chapitre peu de temps après ma bagarre à chaise, et je crois que le plus étrange c'est vraiment quand j'étais là, à la rue, à manger des bagels comme si de rien n'était. Fun. En même temps j'ai pris des notes intérieures, pour pouvoir en saupoudrer par-ci par-là dans le chapitre.

Mais surtout: c'est fait ! Tetsu n'a pas un, non, pas deux, mais bien trois partenaires, c'est officiel ! Champagne!

Prochain chapitre: "CJ"

"Il inspira profondément. Il ne savait absolument pas dans quoi il allait se fourrer. Il avait pris la décision de rencontrer ce maître chanteur, ce fameux "CJ", sans en avoir soufflé un mot à un seul de ses partenaires. Ce n'était pas forcément l'idéal, il en était bien conscient. Il avait hésité, de peur de se retrouver dans une histoire bien plus dangereuse qu'il ne l'avait prédit, mais y avait renoncé. Hors de question que Kenma l'apprenne, pas après tout ce qu'il s'était passé. Non, il se débrouillerait seul, il ferait tout pour le protéger, pour les protéger. Il avait été d'abord rassuré de constater que le lieu du rendez-vous n'était autre qu'un café, et non un vieux hangar abandonné au milieu d'une zone industrielle déserte : au moins il n'allait pas se faire kidnapper ou descendre en public, certainement pas au "flower Kopi" , il en doutait fortement. Et puis, CJ, pas vraiment impressionnant comme surnom non plus. Le redoutable "Charles Johnatan" ou la terrifiante "Christina Janice" ! Non, il ne devait pas tant s'en faire. Non? "

See ya