N/A : merci infiniment pour cet accueil des plus chaleureux !

Résumé du chapitre précédent :

Bataille de Poudlard, tout en diplomatie. Neville décapite Nagini, les Malfoy font péter la cour, Harry se fait sauver de Greyback par Draco qui lui prête sa baguette, Narcissa aide Ginny et Molly contre Bellatrix, Voldy décède et Harry va s'écrouler de fatigue dans le bureau du directeur sur ordre de McGonagall.


Harry papillonna des yeux à deux ou trois reprises avant de les ouvrir pour de bon. Son esprit embrumé enregistra que la salle était familière, mais quelque chose lui soufflait que se réveiller là n'était pas normal pour autant. Il se tourna en grommelant, en profitant du bien-être procuré par un vrai matelas.

Le moelleux de ce dernier fut le détail qui lui mit la puce à l'oreille, et Harry se redressa pour s'asseoir.

Il était toujours dans le bureau du directeur, mais quelqu'un avait transfiguré la chaise en matelas et avait apporté, transformé ou invoqué une couverture et un oreiller. Le Griffondor en fut surpris, mais prit le temps de s'étirer et de mettre ses lunettes avant de faire quoi que ce soit d'autre. Les tableaux étaient vides, et il en soupira d'aise. Après la bataille, le silence ressemblait à un luxe presque aussi agréable que le matelas.

Son regard vert se posa sur le bureau, où il se rappelait avoir posé les baguettes. Harry fronça les sourcils en voyant qu'une sorte de paquet se tenait à la place. Il eut juste à tendre le bras pour l'attraper et reconnut aussitôt sa cape d'Invisibilité. Malfoy était passé pendant qu'il dormait ?

Harry déplia le tissu, et vit la baguette de sureau tomber sur son lit de fortune, accompagnée d'une note.

Potter,

tu devrais éviter de laisser traîner ce genre d'affaires.

D.M.

PS : pas la peine de me remercier pour le matelas.

Malgré lui, Harry sentit un sourire amusé étirer ses lèvres. La signature était presque superflue, tout dans la note criait que Malfoy en était l'auteur. Il avait probablement entendu McGonagall lui donner le mot de passe. Pendant un instant, Harry fut surpris que le Serpentard ait résisté à la tentation de s'emparer de deux Reliques de la Mort. Puis il secoua la tête. Connaissant Malfoy, il avait dû faire ce qui était le plus intéressant pour lui sur le long-terme.

Avec un dernier soupir, Harry se leva et grimaça en voyant l'état de ses vêtements... et et du reste. S'il y avait une salle de bain intacte et disponible dans le château, il avait la ferme intention de l'utiliser au plus vite.

-o-oOo-o-

Hermione était incapable de dire dans quel état elle se trouvait.

Soulagée que la guerre soit enfin finie ? Évidemment. Débordée par tout le travail qui restait à faire ? Assurément. Affligée par la perte d'autant de sorciers et sorcières et le nombre de blessés ? Indiscutablement. Perdue face à l'attitude de Ron ? Manifestement. Inquiète pour Harry malgré les assurances de McGonagall et Pomfrey ? Absolument.

Et tout ce joyeux mélange, couplé à sa participation aux équipes de Guérisseurs pour distribuer les premiers soins avant de s'autoriser à prendre un peu de repos, lui donnait à la fois le vertige et des migraines.

C'est pourquoi elle sauta presque de joie en voyant Harry entrer dans la Grande Salle, qui avait été transformée en infirmerie géante pour l'occasion. Son meilleur ami avait l'air plus reposé, plus en forme et plus propre qu'il ne l'avait été depuis un long moment.

- Harry ! fit-elle en agitant le bras.

Le sorcier brun balaya la salle du regard, et ses yeux s'arrêtèrent sur elle. Un sourire, fatigué mais apaisé, apparut sur son visage et il se dirigea vers elle, en prenant le temps de saluer tous les blessés sur son chemin.

Une fois à portée de bras, ils échangèrent une étreinte chaleureuse.

- C'est bon de te revoir, déclara Hermione d'un ton soulagé.

- C'est réciproque. Comment tu vas ? lui demanda-t-il.

- Pomfrey dit que mes blessures devraient être guéries d'ici quelques jours, fit-elle en haussant les épaules. Et toi ? Ces trente-six heures de sommeil t'ont fait du bien ?

- Trente-six !?

La sorcière aux cheveux bouclés cacha un rire dans sa main, puis entreprit de lui raconter ce qu'il avait manqué. Leur visage à tous les deux s'assombrit quand elle en vint aux victimes. La liste était longue, et la culpabilité leur fit baisser les yeux à tous les deux au fur et à mesure.

- Tonks et Fred ont été touchés par un maléfice inconnu, acheva-t-elle d'une voix résignée. Les médico-mages disent qu'ils sont comme en hibernation forcée. Ils ont trouvé d'autres élèves victimes du même maléfice.

- Est-ce que les Guérisseurs savent quand ils...

Mais Hermione secouait déjà la tête, ses boucles tombant en désordre sur son gilet rose déchiré. Son expression faciale suffit pour qu'Harry comprenne que la question n'était pas quand ils se réveilleraient, mais si ils se réveillaient. Une petite lueur d'espoir s'alluma malgré tout dans le regard de son meilleur ami, et Hermione sentit son coeur se serrer en devinant sa prochaine question. Il n'y avait plus qu'une personne que Harry n'avait pas encore aperçue.

- Et Remus ?

Hermione se mordit la lèvre et ferma les yeux pendant quelques secondes. Elle avait repoussé la nouvelle aussi longtemps que possible.

- Remus a disparu, répondit-elle dans un souffle. Kingsley dit qu'il est devenu comme fou après avoir vu Tonks tomber. Personne ne l'a vu depuis.

Harry accusa le coup, et dut serrer les poings pour ne pas crier. Son esprit s'envola aussitôt vers Teddy, son filleul désormais pratiquement orphelin. Il prit une minute pour se promettre de prendre soin du fils de Remus et Tonks en leur absence, et expira lentement.

- Merci de m'avoir mis au courant, 'Mione.

- Désolée d'être celle qui donne les mauvaises nouvelles, soupira-t-elle.

Le sorcier brun posa une main sur celle de son amie et lui fit un sourire compréhensif, bien qu'un peu forcé.

- Tu as fait plus que ta part dans toute cette guerre, 'Mione. Sans toi, on serait tous morts depuis longtemps, lui rappela-t-il. S'il y a une personne qui mérite de se reposer ici, c'est toi.

Un semblant de couleurs retrouvèrent leur chemin jusqu'au visage de la jeune femme. Les deux sorciers restèrent quelques instants à se regarder en silence, dans une communication muette de leur gratitude respective.

Puis Harry entendit son nom être appelé de l'autre côté de la Grande Salle, et son expression se changea en grimace d'excuse.

- Va les voir, sourit Hermione. Eux aussi ont besoin du soutien moral du Sauveur du Monde Sorcier.

Harry leva les yeux au ciel, mais lui rendit son sourire avant de s'éloigner. Même si la guerre était finie, retrouver la paix et un semblant de normalité n'était pas encore gagné pour autant.

-o-oOo-o-

Il fallut plusieurs jours pour qu'un bilan complet des victimes des deux camps soit établi. Plusieurs jours pendant lesquels la presse encensa Harry à n'en plus finir, de nombreux sorciers et sorcières furent arrêtés, et les équipes d'Aurors et de médico-mages abattirent un travail monumental.

Toute la communauté magique de Grande-Bretagne ou presque tint à remercier Harry Potter pour son courage extraordinaire. Lorsqu'il mentionna que les familles des victimes, les blessés et la reconstruction de ce qui avait été perdu était nettement plus importants que lui, sa popularité explosa en même temps que le nombre de bénévoles prêts à apporter leur aide.

Presque tous les Mangemorts arrêtés vivants avaient été placés dans des cellules du Ministère en attendant d'être jugés, à l'exception de ceux qui résidaient temporairement à Sainte Mangouste pour leur blessures.

Seuls les Malfoy se trouvaient dans un étrange statu quo entre les deux camps, et ni la presse ni l'opinion populaire ne semblait savoir quelle attitude adopter envers eux.

Le témoignage unanime des participants à la bataille leur avait évité l'emprisonnement, et Lucius Malfoy avait lui-même dirigé une équipe d'Aurors à l'intérieur du Manoir dès le lendemain. Après ce revirement inattendu, Scrimgeour leur avait très discrètement demandé de rester chez eux en attendant les procès. Pas exactement une assignation à résidence, pas tout à fait la liberté.

Ni Draco ni Harry n'avait cherché à se recontacter.

En son for intérieur, Harry justifiait sa décision par le fait qu'il était trop occupé pour avoir le temps de penser à son rival. Du moins, quand il ne voyait pas son nom apparaître dans les journaux.

Après avoir insisté lourdement auprès de McGonagall, Harry avait obtenu de participer à la reconstruction de Poudlard en utilisant la baguette de sureau.

Avec l'aide des différents bénévoles, des professeurs, et de plusieurs spécialistes, Poudlard avait retrouvé l'essentiel de ce qui avait été perdu ou dévasté en moins de deux semaines. Lorsque McGonagall, nouvellement appointée directrice de Poudlard, annonça qu'il ne restait plus que des réparations mineures à effectuer, Harry sut ce qu'il avait à faire.

Le soir même, Hermione, Ron et lui se tenaient en haut des escaliers qui menaient à la cabane de Hagrid. Ils demeurèrent silencieux pendant un long moment, et Harry nota sans rien dire que sa meilleure amie s'était arrangée pour le placer entre elle et Ron. Le sorcier à la cicatrice sortit la baguette de sureau de sa poche, et un petit sac en tissu pourpre que ses amis reconnurent aussitôt.

- Harry, murmura Hermione. Tu crois vraiment que ça peut marcher ? Ollivander lui-même a dit que... que ce n'était pas réparable.

- Je sais, répondit-il en détachant les cordons.

- 'Mione, intervint Ron. Harry a survécu à deux sortilèges de la Mort. S'il y a une personne pour qui impossible ne veut rien dire, c'est lui, ajouta-t-il en haussant les épaules.

Harry lui adressa un sourire complice, mais son regard restait voilé d'inquiétude. La baguette de sureau était puissante, mais ce n'était pas sa baguette. Il inspira un grand coup, et bougea son poignet vers l'intérieur du sac.

- Reparo, murmura-t-il.

Un jet argenté fusa, et les morceaux brisés s'agitèrent jusqu'à reformer une seule et unique pièce. Une onde balaya l'air autour d'eux, et Harry sut d'instinct qu'il avait réussi. Il laissa le sac tomber par terre pour prendre sa baguette. Au contact familier avec le houx, il sentit l'air vibrer autour de lui. Sa mémoire s'envola aussitôt quelques sept années plus tôt, lorsqu'il l'avait touchée pour la première fois. Une émotion puissante lui noua la gorge, et le Griffondor se laissa emporter par la sensation d'harmonie qui le liait à sa baguette.

- Waouh, admit Ron. Il y a pas à dire, cette baguette est juste dingue.

Hermione fronça automatiquement les sourcils en reconnaissant le ton envieux du sorcier roux. Elle posa sa main sur le bras d'Harry pour le sortir de sa bulle de bonheur nostalgique.

- Est-ce que tu sais ce que tu vas faire de l'autre, maintenant ? demanda-t-elle.

Harry regarda ses deux amis, nota leurs regards respectifs, et leur adressa un sourire apaisé. Sans hésiter, il rangea sa baguette légitime dans sa poche, et brisa l'autre en autant de morceaux qu'il le put.

- 'Mione, tu veux bien brûler le reste ? demanda-t-il en ignorant l'exclamation de Ron.

- Avec plaisir, fit-elle en sortant sa propre baguette.

- Attendez, vous êtes sûrs de vous ? tenta le sorcier roux. Vous réalisez ce qu-

- Oui, le coupa Harry. Et c'est exactement pour ça qu'il vaut mieux la détruire.

Quelques minutes plus tard, le vent balayait un petit tas de cendres tandis que les trois sorciers s'éloignaient.

Lorsqu'ils arrivèrent au niveau du portail, ils furent surpris de voir qu'ils étaient attendus.

- Ginny ?

- Harry, je peux te parler une minute ? En privé ?

Le sorcier brun hocha la tête, et fit signe à ses amis de continuer sans lui. De toute façon, d'après l'expression de Ron, lui aussi souhaitait avoir un tête-à-tête avec Hermione. Harry les regarda entrer dans la cour, et suivit Ginny jusqu'à une partie relativement déserte. La rousse regarda tout autour d'elle, jusqu'à se rasséréner.

- Il y a un problème ? s'enquit Harry.

- Je vérifiais que Skeeter était ailleurs, expliqua-t-elle avec un sourire gêné. Je préfèrerais que ce que j'ai à te dire ne finisse pas en une de la Gazette demain.

Harry fit une grimace compréhensive, et jeta un coup d'oeil en direction de la paparazzi.

- Vu à quel point elle s'accroche à Dean et Seamus, je dirais qu'on a une dizaine de minutes avant qu'elle nous remarque.

- Parfait.

Un silence gênant s'installa, pendant lequel aucun des deux n'arriva vraiment à regarder l'autre. Finalement, Ginny se lança en premier.

- Harry, où est-ce qu'on en est, toi et moi ? Quelle... relation, tu espères pour nous ?

En toute honnêteté, Harry devait admettre qu'il s'attendait à ce que le sujet tombe à un moment ou à un autre. Il savait qu'il finirait par être à court d'urgences qui l'empêcheraient de réfléchir à l'imbroglio sans nom de sa relation avec Ginny. Il croisa les bras sur son t-shirt gris sans vraiment s'en rendre compte, et s'obligea à regarder la jeune femme en face de lui.

Ginny était jolie, très jolie même. Ses cheveux roux et ses yeux marrons étaient mis en valeur par la pâleur de sa peau, et elle dégageait une aura de fierté, de certitude et d'aventure. Même les cernes sous ses yeux n'enlevaient rien à son charme. Il la connaissait depuis des années, l'avait vu grandir pour devenir une personne incroyable, courageuse et sûre d'elle.

Elle aimait sa famille, elle aimait le Quidditch et les Bizarr' Sisters. Elle représentait tout ce qu'Harry aurait pu chercher chez une partenaire. Et pourtant...

- Gin, fit-il en la regardant dans les yeux. Tu es la soeur de Ron, et tu es mon amie au même titre que lui. Mais je ne pense pas que... qu'on puisse... être plus que ça. Plus maintenant.

La sorcière rousse lui rendit son regard, l'air de chercher quelque chose dans les pupilles émeraudes. Au bout de quelques instants, elle sembla trouver une réponse. Un sourire triste et un peu forcé apparut sur son visage, sans qu'il atteigne ses yeux.

- On a tous les deux beaucoup changé cette année, pas vrai ?

Harry sentit un sourire similaire, un peu triste et un peu forcé, étirer faiblement ses lèvres.

- Je suis désolé, Ginny. Vraiment.

Elle le regarda un instant, puis secoua la tête et sembla retrouver sa combativité naturelle. Son sourire se fit un peu plus malicieux, et elle lui décocha un léger coup de poing dans le biceps.

- Pas la peine de s'apitoyer dessus. Et ne t'imagine pas une seconde que ça te dispensera de passer au Terrier pendant l'été.

Pris de court par l'attaque amicale, Harry grimaça et massa son bras avant de sourire un peu plus sincèrement à son tour. Il leur faudrait du temps à tous les deux pour passer au-delà de ce qu'ils auraient pu être, Harry s'en doutait. Cependant, leur amitié survivrait, et c'était ce qui comptait le plus. Il écarta les bras dans une invitation silencieuse, lui laissant la possibilité de refuser.

- Sans rancune ?

Ginny n'hésita pas, et s'engouffra dans ses bras. Pendant un instant, une folle fraction de seconde, elle eut une vision claire de ce à quoi leur futur aurait pu ressembler. Deux ou trois enfants peut-être, Harry Auror et elle joueuse de Quidditch professionnelle. Une petite maison confortable, des dîners réguliers chez ses parents et leurs amis. Toutefois, la réalité brisa vite l'illusion. Ils avaient tous les deux trop vécu pour que cette vie soit autre chose qu'un fantasme irréalisable.

La dernière enfant de la fratrie Weasley songea avec un amusement teinté d'amertume qu'elle était en train de faire le deuil d'une relation qui n'avait jamais existé. Mais en sentant Harry lui rendre son étreinte avec la même force, elle se demanda si lui aussi en était venu à la même conclusion.

- Sois heureuse, Gin, lui murmura-t-il avant qu'ils se séparent.

- Toi aussi, lui répondit-elle.

Une compréhension mutuelle passa entre eux, et ils s'en trouvèrent tous les deux à la fois attristés et soulagés. L'atmosphère se clarifia, et Harry s'en sentit étrangement apaisé, plus détendu qu'il ne l'avait été jusque-là. Comme si une nouvelle partie de sa vie venait de se mettre à la bonne place dans le puzzle de son existence.

Ginny se sentait également plus en paix avec elle-même. Tant pis pour les espoirs de sa mère de voir Harry rejoindre officiellement la famille. Ils trouveraient tous les deux leur bonheur ailleurs, et en seraient bien plus heureux que dans une bulle fabriquée par d'autres. Son sourire revint avec plus de force.

- Bon, je ferais mieux d'aller voir ce que fichent mes frères, déclara-t-elle avec un clin d'oeil. Ça fait presque une heure que je n'ai pas entendu parler d'eux.

- Indubitablement louche, admit Harry avec un petit rire.

Avec un dernier signe de la main, la sorcière rousse retourna vers les portes massives du château, qui avaient retrouvé leur splendeur. Harry la regarda partir, sans ressentir le moindre doute quant à son choix. Ginny était une sorcière incroyable, mais ils n'étaient pas destinés l'un à l'autre. Et s'il ne doutait pas qu'elle trouverait quelqu'un qui saurait l'aimer et la rendre heureuse, il savait avec presque autant de force que lui-même n'avait pas la moindre chance de ce côté.

Tout à ses pensées, Harry eut à peine le temps de passer les portes du château qu'Hermione lui tomba dessus, des larmes plein les yeux et l'air dévastée. Au milieu des sanglots de sa meilleure amie, le sorcier brun comprit les mots "Ron" "déclaration" "refuser" et quelque chose qui ressemblait à "chantage" mais qu'il avait du mal à croire.

Après un an à parcourir le monde et s'habituer à devoir prendre des décisions rapides, Harry n'hésita pas. Il envoya son Patronus avertir McGonagall, et emmena Hermione le plus discrètement possible jusqu'à la maison des Black.

Kreattur les accueillit avec une chaleur toute relative, et leur prépara en un clin d'oeil des chambres adjacentes. Harry resta avec sa meilleure amie jusqu'à ce qu'elle s'endorme, et alla ensuite lui-même s'effondrer dans le lit qui lui était destiné.

-o-oOo-o-

Le lendemain matin, Harry et Hermione se retrouvèrent au petit-déjeuner, tous les deux assez mal à l'aise avec le débordement d'émotions de la veille. Le repas simple, composé de thé et de toasts, vira au cauchemar quand une copie de la Gazette arriva sur la table.

Apparemment, Skeeter avait réussi à prendre une photo de l'étreinte entre Ginny et lui, et annonçait leurs fiançailles dans la foulée. Et comme si cela ne suffisait pas, elle avait surenchéri avec la fin tragique de l'histoire d'amour entre Ron et Hermione.

Mais là où Harry se contenta de grogner en songeant au démenti qu'il allait devoir faire, puis à Ginny qui se trouvait seule à Poudlard pour faire face aux curieux, Hermione pâlit au fur et à mesure que ses yeux parcouraient la page.

- 'Mione ? s'inquiéta Harry en se levant de son fauteuil.

Plutôt que la cuisine ou la salle à manger, ils avaient opté pour le salon, un peu plus ouvert et accueillant, pour passer la matinée. Hermione était sur le canapé, et il lui fallut toute sa concentration pour reposer sa tasse sur la table basse plutôt que de la laisser tomber. Elle prit une grande inspiration, le regard rivé sur le titre de l'article.

- Ron lui a accordé une interview, annonça-t-elle d'une voix blanche.

Harry fronça les sourcils. Même si Ron aimait l'attention plus que lui, il n'était jamais allé jusqu'à accepter de se faire interviewer par Skeeter, en particulier après avoir découvert en quatrième année comment elle traitait ses sujets. Sans un mot, il attrapa la feuille et parcourut les grandes lignes de dialogues. Lorsqu'il eut fini, il releva la tête vers la jeune femme.

Hermione n'eut pas besoin de lui poser la question pour savoir qu'il attendait sa version des évènements.

- Hier soir, Ron m'a demandé de devenir sa petite-amie et j'ai refusé, résuma-t-elle simplement. Il l'a... assez mal pris.

Harry hocha la tête, compréhensif et somme toute assez peu étonné. Hermione et Ron étaient à peu près autant faits l'un pour l'autre que Ginny et lui. Peut-être que dans d'autres circonstances, s'ils avaient eu une vie normale, leur couple aurait pu marcher.

Sur papier, leur union était attendue comme une évidence, mais dans les faits, elle apparaissait comme hautement improbable à Harry. Du peu qu'il en savait, il fallait plus qu'une série d'expériences traumatisantes communes pour bâtir une relation.

- En fait, continua la sorcière, on s'est embrassés dans la Chambre des Secrets en allant chercher les crochets du Basilisk. Je ne sais même pas pourquoi on l'a fait sur le moment, soupira-t-elle.

- Et pour Ron, ça équivalait à une déclaration d'amour.

Hermione hocha la tête et reprit sa tasse des deux mains. Son regard semblait traverser le liquide brun sans le voir.

- Quand je lui ai expliqué que je ne voulais pas entamer de relation avec qui que ce soit après l'année qu'on vient de passer, il a commencé à s'énerver. Je pense qu'il y avait de la fatigue en plus, mais il a...

Elle chercha ses mots pendant quelques instants, puis releva le menton pour regarder Harry dans les yeux en achevant sa version des faits.

- Il m'a accusé de jouer avec ses sentiments, de le trahir, de te préférer à lui, de vouloir coucher avec un certain nombre d'autres personnes et de vouloir l'humilier publiquement.

Le garçon à la cicatrice se figea, ce que sa meilleure amie savait pouvoir interpréter comme une colère noire qui ne demandait qu'à exploser.

- Harry...

- Je vais parler au directeur de la Gazette, gronda-t-il. Ils vont retirer cette interview.

- Harry, ça ne servira à rien.

- Comment tu peux dire ça !? explosa-t-il en se levant. Tu veux rester sans rien faire alors qu'il-

- Les procès des Mangemorts commencent la semaine prochaine et ton histoire avec Ginny fait la une, le coupa-t-elle. Qu'il le veuille ou non, son ego brisé va très vite être éclipsé par des nouvelles plus attractives.

- Il n'a quand même pas le droit de te traiter comme ça, 'Mione ! Je refuse que ma meilleure amie soit insultée sans qu-

Kreattur apparut d'un coup dans la pièce, coupant leur discussion avec une efficacité plus redoutable que n'importe quel argument.

- Le courrier de maître Harry Potter, annonça-t-il en tendant un paquet d'enveloppes.

- Merci Kreattur, répondit Harry par réflexe.

- Kreattur a mis de côté les lettres d'admirateurs, maître Potter. Ces lettres-ci viennent du Ministère et des personnes dignes de l'attention de maître Harry Potter.

La surprise qui se peignit sur le visage des deux sorciers parut flatter le vieil elfe de maison, qui s'inclina.

- Kreattur va trier les lettres d'admirateurs. Si maître Potter veut les lire après, elles seront classées sur le bureau du maître de la Très Noble et Très Ancienne Maison Black.

Et sur un claquement de doigts, il disparut comme il était apparu, laissant derrière lui deux sorciers à l'air abasourdi. Toute trace d'indignation ou de résignation avait disparu avec l'elfe de maison. Harry dut cligner plusieurs fois des yeux pour être sûr de ce qui venait de se passer.

- Depuis quand Kreattur est aussi aimable avec toi ? s'étonna Hermione.

Harry secoua la tête, aussi surpris qu'elle.

- Aucune idée. Lui donner le collier de Regulus et lui permettre de mener sa dernière mission à bien a dû aider, j'imagine. Et Sirius m'a désigné comme son héritier, donc je suppose que techniquement-

- Techniquement, compléta Hermione, tu es le propriétaire légitime de cette maison et de tout ce qu'elle contient, elfe de maison compris.

Le Sauveur du Monde Sorcier eut un petit sourire en coin en retrouvant l'air indigné de sa meilleure amie. Hermione et son combat pour l'émancipation des elfes de maison, son attachement farouche à défendre les droits des créatures non-humaines, était une constante qu'il était heureux de retrouver.

Il prit une grande respiration et se rassit, puis posa le paquet de lettres sur la table basse, à côté de sa tasse de thé.

- On dirait bien, admit-il. Désolé de m'être emporté. Je sais que ça ne me concerne pas directement et que c'est à toi de le gérer.

- Mais tu ne supportes pas les jugements basés sur un seul témoignage négatif pour qui que ce soit, compléta-t-elle avec un sourire entendu. Je sais.

Harry adressa un sourire de connivence à sa meilleure amie, puis commença à dépouiller son courrier tandis qu'Hermione recommençait à feuilleter la Gazette. Elle brisa toutefois le silence une dernière fois.

- Merci de t'être énervé pour moi, murmura-t-elle. C'est bon de savoir qu'au moins une personne me fait assez confiance pour me soutenir.

Harry releva la tête, et les deux amis se regardèrent un instant.

- De rien, 'Mione.

Et ils retournèrent à leur lecture respective.

Le sorcier brun ouvrit la lettre du Ministère en premier, constatant sans surprise qu'il s'agissait d'une convocation pour la série de procès à venir en tant que témoin. La suivante était d'Arthur Weasley, qui l'invitait à passer au Terrier quand il le souhaiterait. Il y en avait une de McGonagall, qui l'informait que sa présence et celle d'Hermione seraient requises à une réunion des professeurs de Poudlard, afin de décider ce qu'il convenait de prévoir pour l'année scolaire à venir.

L'avant-dernière était d'Andromeda, la mère de Tonks, qui avait gardé Teddy tant que Harry était trop occupé à Poudlard. Elle l'invitait à lui rendre visite et lui signalait que Teddy était impatient de revoir son parrain. Bien qu'à quelques mois, il soit assez peu réaliste que le fils de Remus et Tonks ait bien conscience de qui était Harry pour lui, la lettre lui réchauffa le coeur et il se promit de répondre rapidement à son invitation.

En revanche, l'expéditeur de la dernière lettre le fit s'immobiliser un instant.

Pour quelle raison Narcissa Malfoy prenait-elle la peine de lui écrire ?