A/N : Le fait que les vampires ne puissent pas se voir dans un miroir vient du fait qu'au début de la miroiterie, on utilisait l'argent comme matière réflective derrière le verre, or l'argent, en tant que métal "pur" (d'après le christianisme), ne pouvait pas interagir avec les vampires, qui ne pouvaient donc pas observer leur reflet. Mais ! Les miroirs fabriqués de nos jours utilisent de l'aluminium et plus de l'argent ! Par conséquent, les vampires encore en vie aujourd'hui peuvent contempler leur reflet comme n'importe quel humain.
Aucun rapport avec cette histoire, j'ai juste très mal dormi donc mon sens de ce qui est important à partager avec mes lecteurs/lectrices est aux fraises.
BREF
Résumé du chapitre précédent :
Harry se réveille dans le bureau du directeur et réalise que Draco a récupéré sa baguette et laissé la cape d'invisibilité à la place. Harry va voir Hermione qui lui fait le bilan de la bataille. Après avoir aidé à la reconstruction de Poudlard, Harry répare sa baguette et détruit la Baguette de Sureau, puis Ginny et lui décident d'une rupture définitive de leur relation romantique, mais restent amis. Hermione et Ron ont aussi une discussion (qui se termine beaucoup moins bien), et Harry emmène Hermione au Square Grimmaud. Le lendemain matin, Harry reçoit plusieurs lettres, dont une de Narcissa Malfoy.
Le lundi suivant, Harry assistait aux procès des Mangemorts.
Nombre de survivants de la bataille de Poudlard étaient présents également, certains pour témoigner, d'autres en tant que simples spectateurs.
La grande majorité des procès fut expédiée en une demi-heure maximum. Entre les témoignages et – pour quelques cas incertains – l'usage exceptionnel du Veritaserum, la culpabilité de chaque accusé était établie en quelques minutes. La seule variante des verdicts se trouvait dans le nombre d'années que les coupables étaient condamnés à passer à Azkaban.
Harry se trouva à grincer des dents à plusieurs reprises. Enfermer les gens dans une prison abominable avec des gardiens comme les Détraqueurs pour n'importe quelle durée lui semblait être une très mauvaise idée.
Combien d'enfants de Mangemorts allaient devoir grandir dans la honte et l'absence de leurs parents avec de telles sentences ? Combien allaient développer une haine farouche pour le système qui avait déchiré et humilié leur famille ? Combien de temps avant que l'un d'entre eux décide de se venger ?
À côté de lui, Hermione s'efforçait de rester impassible, mais Harry devinait que les mêmes questions bouillonnaient dans son esprit. Ils avaient échangé une brève conversation sur l'absence de Ron, qui avait visiblement jugé inutile de se rendre aux audiences. Malgré ce qu'il avait dit sous le coup de la colère et du rejet, Ron restait un ami loyal et un des acteurs majeurs de la guerre. Les deux Griffondors avaient du mal à croire qu'il ait décidé de ne pas les rejoindre pour une occasion aussi importante.
Ni Harry ni Hermione n'eurent à témoigner plus de quelques fois. Neville et Ginny, en revanche, participèrent davantage en tant que porte-paroles désignés des élèves ayant combattus. Le Magenmagot avait accepté cette requête préalable sans rechigner, conscient que les procédures iraient plus vite avec un nombre réduit de témoins à écouter.
Par ailleurs, toute l'assemblée souhaitait arriver au plus vite au procès le plus attendu, qui était prévu pour être le dernier à passer devant le tribunal.
Un peu avant dix-huit heures, le cas des frère et soeur Carrow s'acheva sur une condamnation à perpétuité.
- Nous allons donc passer au dernier procès de cette longue journée, déclara Amelia Bones. Veuillez faire entrer Lucius Malfoy, Narcissa Malfoy, et Draco Malfoy.
Les portes de la salle de procès, qui s'étaient refermées sur les Carrow, s'ouvrirent sur la famille Malfoy. Même en ayant déjà eu le loisir d'observer la famille aristocratique, Harry dut admettre être impressionné par leur allure. Lucius marchait en tête, dans des robes vert sombre d'une grande élégance. Narcissa et Draco avaient opté pour des modèles noirs plus simples, avec quelques discrètes broderies argentées sur les manches.
Tous trois étaient impassibles, mais le sorcier brun eut la très nette sensation que s'il émanait toujours d'eux une fierté indéniable, le mépris pour autrui semblait avoir disparu de leur attitude. Les Malfoy s'approchèrent jusqu'à se tenir dans le box des accusés et s'immobilisèrent face au Magenmagot.
Harry avait les yeux rivés sur Draco, et lorsque celui-ci balaya la salle d'un coup d'oeil rapide, le brun hocha imperceptiblement la tête pour le saluer de façon discrète. Il sourit en voyant son rival réprimer une infime réaction de surprise.
- Êtes-vous bien Lucius Armand Malfoy ? demanda Amelia Bones.
- Oui.
L'aristocrate avait répondu de façon calme, et sa voix était soigneusement étudiée pour être à la fois noble et dépourvue de condescendance. Un équilibre qu'Harry n'aurait pas cru possible en temps normal, encore moins chez un homme comme Lucius Malfoy.
Amelia Bones commença la liste des crimes dont lui, sa femme et son fils étaient accusés, puis laissa la place aux témoins. Harry fit de son mieux pour réprimer sa colère en entendant certaines accusations, mais sentit ses poings se serrer au fur et à mesure. Seule la présence d'Hermione, et le léger coup de pied qu'elle lui lançait de temps à autre dans le mollet, lui permit de tenir jusqu'à la fin des témoignages.
De leur côté, les trois sorciers blonds étaient admirablement maîtres d'eux-mêmes. Pas une fois ils ne bronchèrent, même face aux insultes – que la présidente interrompit à chaque fois – ou aux accusations infondées. Il était près de vingt heure trente lorsque le flot de sorciers s'arrêta enfin.
Amelia Bones, nouvelle présidente du Magenmagot, se massa les tempes. Elle savait par sa nièce Amanda que l'action des trois sorciers en face d'elle avait permis de sauver de nombreuses vies pendant la bataille finale. Elle avait également lu les rapports de l'équipe d'Aurors qui était passée au manoir Malfoy, et avait eu vent de leur comportement plus qu'exemplaire pendant l'intrusion de la demeure de leurs ancêtres.
Face au défilé de sorciers et sorcières qui venait de passer, cependant, il ne faudrait rien de moins qu'un miracle pour alléger leur condamnation à un niveau correspondant à la réalité de leurs actions. Lady Malfoy et son fils, notamment, ne méritaient pas de finir à Azkaban à cause des décisions de leur mari et père.
Toutefois, la sorcière savait ne pas avoir assez de poids politique pour provoquer un tel miracle. Amelia se promit de faire ce qu'elle pourrait pour rappeler aux membres du Magenmagot les faits dont ils disposaient, et réduire la peine de la famille en face d'elle. Elle soupira discrètement, puis se redressa, soulagée de constater que la file de sorciers et sorcières venus témoigner contre eux ait enfin disparu. Elle se força cependant à respecter les traditions.
- Quelqu'un d'autre souhaite-t-il témoigner sur le cas de Lucius Malfoy, Narcissa Malfoy et Draco Malfoy ? demanda-t-elle à voix haute.
Un murmure négatif commença à retentir dans l'assemblée, puis le bruit enfla soudainement en même temps qu'un mouvement dérangeait plusieurs personnes. En moins d'une minute, le bruit dans la salle atteignit un niveau cacophonique.
Harry Potter venait de s'installer à la barre des témoins.
- Veuillez décliner votre identité, demanda la présidente.
La formule rituelle, bien qu'inutile au vu de la personne qui était face à elle, lui permit de se remettre de sa surprise devant cet évènement inattendu.
- Harry James Potter.
- Vous souhaitez témoigner contre la famille Malfoy ? demanda Amelia de la voix la plus professionnelle possible.
Si Harry Potter prononçait le moindre mot contre eux, toute forme de clémence deviendrait purement inenvisageable. Du coin de l'oeil, la juriste nota l'air avide et réjoui de plusieurs membres du Magenmagot, qui paraissaient euphoriques à l'idée que le héros de la guerre leur donne satisfaction.
- Non, je souhaite témoigner en leur faveur.
La phrase, déclarée d'un ton ferme, eut l'effet d'une bombe. Un vacarme sans nom envahit l'assemblée, et plus de la moitié des spectateurs se leva pour protester. La présidente parvint tant bien que mal à faire revenir le silence en menaçant d'évacuer la salle, et tenta de remettre ses pensées en ordre. Pendant ce court intervalle, une sorcière se leva, qu'Amelia reconnut comme Brunhilde Strokke, et fit retentir sa désagréable voix stridente.
- C'est insensé ! glapit-elle. Les Malfoy sont de monstrueux criminels qui ne méritent aucune défense ! Ils doivent payer !
Avant qu'Amelia puisse intervenir, Harry Potter se tourna vers la sorcière. Son sourire demeura poli, mais son expression aimable était démentie par l'éclat de colère pure qui brûlait dans ses yeux.
- Êtes-vous en train de dire que ma parole n'a aucune valeur ?
Strokke se décomposa en une fraction de seconde, effrayée par le retournement de situation. Elle ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises en bafouillant des excuses, puis se rassit, rouge de honte.
Le sourire d'Harry disparut presque aussitôt, et il se retourna vers la présidente du Magenmagot. Celle-ci toussa, puis reprit.
- Vous souhaitez témoigner en faveur d'un ou plusieurs des accusés, monsieur Potter ?
- En effet.
La situation paraissait toujours aussi surréaliste, mais Amelia décida de s'accrocher à son professionnalisme.
- Nous vous écoutons. Qui souhaitez-vous défendre ?
- Je voudrais commencer par Lucius Malfoy.
- Impossible ! s'écria un autre membre du Magenmagot. C'est un Mangemort ! Et il a accueilli Vous-Savez-Qui chez lui !
L'homme qui s'était levé avait une barbe grise, et semblait assez vieux et rachitique pour tomber si quelqu'un lui soufflait dessus. Ses yeux brûlaient d'une haine presque palpable en direction du patriarche de la famille Malfoy, mais Harry ne lui laissa pas le temps de poursuivre.
- C'est un Mangemort, en effet, admit calmement le Griffondor. Mais dites-moi, poursuivit-il d'un ton suave, comment auriez-vous réagi si Voldemort avait débarqué chez vous en déclarant qu'il s'agissait désormais de son quartier général ? Qu'auriez-vous fait s'il avait menacé de s'en prendre à votre famille au moindre refus ou geste de rébellion ?
L'argument frappa l'assemblée comme une masse, plus encore que l'utilisation directe du nom du Seigneur des Ténèbres. De toute évidence, personne n'avait encore considéré cet angle de vue. De nombreux chuchotements parcoururent la salle, et les plumes des représentants de la presse se mirent à gratter furieusement sur le papier. Amelia en profita pour chercher un dossier en particulier, avant d'appuyer le point que le Sauveur du Monde Sorcier venait de faire.
- Votre argument est légitime, déclara-t-elle d'une voix neutre. J'ai également sous la main les rapports des Aurors qui ont participé à l'inspection du manoir Malfoy. Tous sans exception confirment la totale coopération de Lord Malfoy lors des fouilles, alors qu'il aurait été en droit de refuser l'entrée à plusieurs parties de son domaine.
La présidente du Magenmagot nota que le jeune homme brun sembla se détendre un tant soit peu en constatant la teneur de sa propre intervention.
- Vous soutenez donc l'hypothèse que Lord Malfoy aurait effectué tout ou partie de ses actions en tant que Mangemort sous la contrainte ? poursuivit-elle.
- Oui.
- Votre contribution sera dûment prise en compte.
- Merci, madame la présidente.
Amelia sentit un petit sourire étirer les quelques rides au coin de ses yeux. En d'autres circonstances, elle aurait fait un clin d'oeil au jeune sorcier avant de lui indiquer qu'il n'avait pas besoin de se montrer aussi formel. Toutefois, son respect des convenances jouait en sa faveur, et lui donnait un avantage certain par rapport aux réactions incontrôlées des plus revanchards des membres du Magenmagot.
- Souhaitez-vous prendre la défense d'un autre membre de la famille Malfoy ?
- Oui.
- Nous vous écoutons.
- Je souhaite qu'un pardon total soit accordé à Narcissa Malfoy.
Un nouveau soulèvement se fit parmi la foule, qui fut de nouveau péniblement calmé au bout de plusieurs minutes et menaces d'évacuation. Amelia se retint de passer une main dans ses cheveux gris d'un geste exaspéré.
- Il s'agit là d'une demande conséquente, monsieur Potter. Quels arguments avez-vous à apporter ?
- Narcissa Malfoy m'a sauvé la vie en mentant à Voldemort, déclara-t-il d'une voix grave. Sans son intervention, je serais mort dans la Forêt interdite. Elle a également participé à la bataille finale en combattant entre autres contre Bellatrix Lestrange aux côtés de Ginevra et Molly Weasley.
Le choc de la révélation secoua le Magenmagot tout entier, et la présidente se figea. Une dette de vie de la part du Sauveur du Monde Sorcier n'était pas à prendre à la légère, et mentir à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom était réputé impossible. Ces deux faits suffiraient à eux seuls à contrebalancer toutes les charges retenues contre Lady Malfoy.
- Lady Malfoy, confirmez-vous les dires de monsieur Potter ? se força la présidente à demander calmement.
- Oui, répondit la sorcière blonde de façon solennelle.
- Miss Weasley, continua Amelia, voulez-vous bien venir à la barre ?
Ginny se leva, s'avança jusqu'à être à côté d'Harry, et se tint très droite dans ses robes formelles.
- Confirmez-vous que Lady Malfoy a bel et bien combattu Bellatrix Lestrange à vos côtés ?
- Je le confirme, déclara-t-elle d'une voix claire.
- Merci, miss Weasley.
La rousse échangea un regard avec Harry, hocha la tête, et retourna s'asseoir.
- Au vu de ces éclaircissements, il semble que la sentence de Lady Malfoy soit également à revoir.
- Merci, madame la présidente.
La juriste retint une nouvelle fois un sourire, soulagée par la tournure des évènements. Si Lord Malfoy allait probablement recevoir une sanction allégée, il était certain que son épouse allait être innocentée.
Ne restait que leur fils, qui avait la réputation de s'entendre comme chien et chat avec le héros de Gryffondor. L'intuition d'Amelia lui disait toutefois que cette réputation allait sans doute être modifiée sous peu.
- Souhaitez-vous prendre la défense de Draco Malfoy ? demanda la présidente du Magenmagot.
Le regard du Sauveur du Monde Sorcier ne flancha pas.
- Oui.
Les exclamations de surprise furent plus nombreuses parmi les jeunes membres de l'assemblée. La plupart des élèves de Poudlard présents semblaient avoir du mal à croire que Harry Potter puisse vouloir défendre Draco Malfoy.
- Nous vous écoutons.
Amelia nota avec surprise un flash d'hésitation dans le regard du sorcier brun pour la première fois, et observa le coup d'oeil discret et bref qu'il lança en direction du box des accusés. Ce comportement l'intrigua. Potter avait semblé à l'aise tout au long de son témoignage, mais à présent, quelque chose semblait le déranger.
- Draco Malfoy a prétendu ne pas m'identifier lorsque Ron, Hermione et moi avons été fait prisonniers au Manoir Malfoy. Il a renoncé à ramener sa famille dans les bonnes grâces de Voldemort pour nous protéger.
Des chuchotements surpris et des exclamations étouffées retentirent de nouveau, et Amelia cligna plusieurs fois des yeux. Harry Potter paraissait décidé à enchaîner les scoops avec la régularité d'une montre de Gobelin.
- Mais c'est un Mangemort ! protesta une femme âgée. Un fidèle du-
- Draco n'est pas un Mangemort ! la coupa Harry.
Pendant un instant, l'air sembla vibrer autour du Sauveur du Monde Sorcier. Ses yeux lançaient des éclairs vers la sorcière qui venait de parler, et son attitude, jusque-là contrôlée, était désormais ouvertement furieuse.
- Il a été forcé de prendre la Marque des Ténèbres à seize ans, alors que sa famille était menacée, énonça-t-il distinctement. Il a reçu pour mission de tuer Dumbledore, mais il n'a pas pu s'y résoudre.
Amelia préféra laisser le jeune homme poursuivre son monologue. En voyant sa jeunesse, nombre de membres du Magenmagot avaient tendance à oublier que cet adolescent avait défait un mage noir et survécu à deux sortilèges de la Mort. En cet instant, la puissance magique dont il disposait se manifestait comme une aura invisible autout de lui, imposant un respect immédiat.
-Draco a fait ce qu'il devait faire pour survivre et protéger sa famille d'un psychopathe sanguinaire, continua Harry en regardant tous les membres du Magenmagot droit dans les yeux. Et si vous estimez que son attitude mérite une punition, gardez en tête qu'il a dû vivre pendant un an dans la même demeure que Voldemort, Bellatrix Lestrange et les Carrow – entre autres Mangemorts convaincus.
- Mais pendant la bataille de Poudlard, objecta maladroitement un sorcier bedonnant, il a rejoint les rangs d-
Deux prunelles émeraudes le firent se ratatiner sur son siège avant même qu'il ait achevé sa phrase.
- Tous les élèves et professeurs présents peuvent attester qu'il n'a pas eu d'autre choix qu'obéir à un ordre direct, fit Harry en croisant les bras sur sa poitrine.
- Les témoignages recueillis par monsieur Londubat et miss Weasley confirment cette déclaration, déclara Amelia d'une voix posée.
Un petit rappel des faits ne faisant jamais de mal à personne, elle en profita pour poursuivre avec les arguments qu'elle avait mis de côté pour atténuer la sanction de l'adolescent.
- Par ailleurs, j'ai également toute une série de témoignages confirmant que Lord Malfoy, Lady Malfoy et Draco Malfoy ont lancé un sortilège permettant aux élèves et professeurs de se regrouper à l'intérieur du château et de briser les rangs de l'armée noire. Monsieur Potter, confirmez-vous également ce fait ?
- Oui, répondit-il sans hésiter. C'est ce qui m'a permis de disparaître du champ de bataille.
La présidente hocha la tête et fit signe au greffier de continuer à noter. Le geste était un peu inutile, puisque celui-ci avait certainement inscrit jusqu'au nombre de respirations du Sauveur du Monde Sorcier, mais il fit son petit effet malgré tout.
- L'intervention de la famille Malfoy vous a donc aidé dans votre victoire contre Vous-Savez-Qui, c'est bien ce que vous souhaitez dire ? demanda-t-elle néanmoins.
Amelia fut intriguée par le sourire amer du jeune Potter. Le sorcier brun semblait s'être calmé, mais il avait de toute évidence encore une chose à ajouter.
- Pour être exact, Draco a assommé Fenrir Greyback alors qu'il allait m'attaquer, puis il m'a prêté sa baguette pour que je puisse aller combattre Voldemort.
Presque tous les membres de l'assemblée poussèrent une exclamation choquée. Prêter sa baguette à un autre sorcier était un acte intime, généralement réservé aux membres proches d'une famille ou aux couples. En cédant temporairement sa baguette, un sorcier se rendait vulnérable et sans défense face au monde.
Prêter sa baguette était la marque d'une confiance absolue.
Amelia elle-même retint de justesse un hoquet stupéfait, mais ne put empêcher ses yeux de s'écarquiller. Son regard se tourna vers le plus jeune membre de la famille Malfoy, qui laissa paraître d'infimes signes de malaise suite à cette révélation.
- Monsieur Malfoy, parvint-elle à demander, confirmez-vous les dires de monsieur Potter ?
L'adolescent garda le silence un instant, puis releva la tête et la regarda d'un air de défi.
- Oui.
- Vous lui avez volontairement prêté votre baguette ? insista-t-elle.
- Oui.
- Pour quelle raison ?
Son regard gris se teinta d'agacement, mais il répondit néanmoins.
- Potter avait brisé la sienne. Il lui en fallait une, et je savais qu'il pouvait utiliser la mienne.
- Vous aviez une baguette de rechange ?
- Non.
- Et vous lui avez tout de même prêté la vôtre alors que vous étiez au milieu d'une bataille ?
- Oui.
La brièveté des réponses acheva de convaincre Amelia que le sujet déplaisait au jeune Malfoy, mais elle savait quel effet cet échange allait avoir sur les membres du Magenmagot et sur l'opinion publique. Plusieurs membres éminents semblaient déjà regarder les Malfoy avec plus de respect que de haine. Elle hocha la tête pour signaler qu'elle en avait fini avec les questions, et retourna son attention vers Harry Potter.
- Monsieur Potter, avez-vous encore quelque chose à ajouter ?
- Non.
- Merci pour votre témoignage, monsieur Potter.
Le sorcier brun hocha poliment la tête, et retourna s'asseoir.
- Au vu de ces révélations, je demande à tout le monde de sortir de la salle afin de laisser le Magenmagot délibérer sur le cas de Lucius Malfoy, Narcissa Malfoy et Draco Malfoy.
La décision ne surprit personne, et la salle se vida dans un brouhaha qui ne fit que gagner en intensité.
Les trois Malfoy furent escortés vers une pièce à part, et Harry et Hermione rejoignirent Neville et Ginny dans une salle réservée à leur intention.
Ginny attendit à peine que la porte soit refermée pour laisser échapper un sifflement impressionné.
- Par Merlin, ça c'était de la défense !
- C'est le moins qu'on puisse dire, confirma Neville qui semblait toujours avoir du mal à y croire.
Harry haussa les épaules, mais son sourire était plus détendu et il s'asseya sur un fauteuil à proximité.
La pièce était simplement composée d'une cheminée, et de quelques fauteuils disposés en cercle autour d'une table basse sur laquelle était posée une carafe, des verres, et quelques gâteaux secs. Quelques tapisseries égayaient les murs sans fenêtres.
Hermione, Neville et Ginny s'assirent à leur tour, et se servirent à boire. Hermione tendit un verre d'eau à Harry, qui la remercia et vida la moitié du contenu en deux gorgées. Sa prise de parole lui avait donné soif.
- Ça suffira pour réduire leur condamnation, à votre avis ? lança-t-il avec une pointe d'inquiétude.
- Si ça suffira ? reprit Ginny en explosant de rire.
- Harry, sourit Hermione, je pense que ton intervention va leur permettre de s'en sortir indemnes ou presque.
- Narcissa et Draco sont pratiquement sauvés d'entrée de jeu, confirma Neville. Et Lucius ne devrait pas prendre trop lourd.
En voyant l'air rassuré de leur ami, Neville et Ginny échangèrent un regard rapide, avant de se redresser dans leur siège. Harry était nettement plus détendu dans le sien, et Hermione avait croisé les jambes dans une posture relâchée.
- Erm... au fait Harry, ne le prends pas mal, commença la rousse. Mais pourquoi tu les as défendus ?
Harry fronça les sourcils, mais fut devancé par Neville.
- On sait que la justice est importante pour toi et que tu n'aimes pas la condamnation des innocents, se dépêcha-t-il de dire. Mais-
- Mais vous trouvez que j'en ai trop fait ? soupira Harry en comprenant où ils voulaient en venir.
Les grimaces gênées de ses amis suffit à lui répondre. Il leur adressa un sourire un peu embarrassé, et passa une main dans ses cheveux. Le garçon à la cicatrice posa son verre sur la table basse, et s'avança pour poser les coudes sur ses genoux, son regard dirigé vers ses mains croisées.
- Narcissa Malfoy m'a écrit avant le procès, expliqua-t-il. Elle m'a proposé de régler ma dette de vie en échange d'un procès équitable pour elle et sa famille. De ce que j'ai compris, elle voulait surtout que son fils échappe à Azkaban.
Neville fut abasourdi, et se tourna vers Hermione. La sorcière aux cheveux bouclés hocha la tête pour confirmer. À la lecture de la lettre, ils avaient tous les deux été surpris par la requête, puis s'étaient répartis les tâches avec l'aisance de l'habitude. Tandis qu'Hermione partait en quête d'informations sur les dettes de vie et leur paiement, Harry avait préparé une liste d'arguments en faveur de la famille Malfoy.
Il avait également écrit une réponse, dans lequel il expliquait à la mère de son rival qu'il serait intervenu dans leur procès quoi qu'il en soit. Harry possédait après tout des informations dont le public et le Magenmagot n'avaient pas connaissance, et il aurait été injuste qu'elles ne soient pas prises en compte.
Après quelques explications sur le fonctionnement des dettes de vie, Harry avait été choqué de voir que la mère de Malfoy était prête à utiliser un levier aussi puissant pour un acte qu'il avait déjà l'intention d'accomplir. Il lui en avait fait part dans sa lettre, préférant être honnête avec elle, mais Lady Malfoy n'en avait pas démordu.
Un éclair de compréhension passa sur le visage de Neville et Ginny, avant qu'ils froncent tous les deux les sourcils.
- C'est bizarre, commenta le brun. Normalement, on exige quelque chose de beaucoup plus important en paiement d'une dette de vie.
La sorcière rousse hocha la tête.
- À une époque, certaines familles demandaient même le premier-né d'un couple. J'imagine que techniquement, continua-t-elle, même de nos jours, le couple serait tenu de céder l'enfant...
Harry haussa les épaules.
- Quelles que soient ses raisons, elle a insisté.
- Donc quand le Magenmagot rendra sa décision, tu seras libéré de ta dette envers elle.
- Si elle considère le verdict comme le résultat d'un procès équitable, oui.
Ils méditèrent tous les quatre là-dessus pendant un moment, puis un employé du ministère ouvrit la porte pour leur signaler que le Magenmagot avait pris sa décision.
Une fois de retour dans la salle, Harry observa les Malfoy revenir dans le box des accusés avec le même air noble et désintéressé. La présidente prit le temps de ramener le silence complet dans la salle, et déroula le parchemin devant elle avec un air satisfait.
- Au vu des charges et des témoignages, le Magenmagot a pris sa décision concernant le procès de Lucius Malfoy, Narcissa Malfoy et Draco Malfoy.
La salle était parfaitement silencieuse, mais un frisson général d'anticipation était présent malgré tout.
- Lucius Malfoy est condamné à cinq ans d'assignation à résidence avec restriction sur sa baguette. Tout acte suspect sera valable d'un emprisonnement immédiat d'une durée d'au moins un an à Azkaban, à ajuster en fonction de l'acte commis. Une liste pré-établie par le Ministère sera transmise au concerné.
Une série de protestations s'éleva contre une sanction aussi faible, mais Amelia Bones n'en tint pas compte et poursuivit sa lecture.
- Narcissa et Draco Malfoy, pour leur implication dans la victoire contre Vous-Savez-Qui et l'aide qu'ils ont apportée à Harry Potter, sont exempts de toute condamnation. La séance est levée.
Un tonnerre retentit dans la salle dès qu'elle eut fini de parler. Chacun avait son avis sur la question, et tentait de le faire entendre sans écouter celui des autres. La moitié des sorciers présents tentèrent de se diriger vers Harry pour lui parler, et furent confus en constatant son absence.
Le Sauveur du Monde Sorcier et ses amis s'étaient éclipsés dès que la présidente avait achevé sa phrase.
-o-oOo-o-
De retour à la maison des Black, Harry se servit un verre de jus de citrouille avant de se laisser tomber sur une des chaises de la cuisine. Hermione s'assit en face de lui, et Harry nota à quel point son amie avait l'air soulagé maintenant que cette partie importante de l'après-guerre était terminée. Ils restèrent silencieux pendant un moment, puis la sorcière prit une grande inspiration en fixant son propre verre.
- Je pars demain, annonça-t-elle simplement.
Harry la dévisagea sans comprendre.
- Je vais retrouver mes parents, précisa-t-elle avec une expression tendue. Je... maintenant que tout est fini, que Voldemort ne peut plus leur faire de mal, je... j'aimerais...
- Tu vas essayer de leur rendre la mémoire, réalisa Harry.
Hermione releva la tête, l'air déterminé.
- Je dois essayer. Je sais qu'il reste la réunion avec McGonagall, que tu veux revoir Teddy, qu'il y a toute cette histoire avec la Gazette et qu'ils habitent à l'autre bout du monde maintenant, mais j-
Elle s'interrompit quand Harry posa une main sur la sienne. Son regard véhiculait un soutien total.
- 'Mione, vas-y. Prends le temps dont tu as besoin pour les retrouver. Je te tiendrai au courant de tout ce qui se passe ici.
Hermione sentit la reconnaissance déferler dans son esprit. Elle avait beau savoir que son meilleur ami soutiendrait son projet, en avoir la confirmation de vive voix lui ôtait un poids des épaules. Même la culpabilité qu'elle ressentait à l'idée de le laisser seul ne suffisait pas à éclipser son soulagement à l'idée de pouvoir aller retrouver ses parents.
Ils dinèrent en silence, puis allèrent se coucher, exténués par la journée qu'ils venaient d'avoir.
-o-oOo-o-
Après le départ d'Hermione, Harry resta seul au Square Grimmaud.
La réunion des professeurs fut intense, mais productive. L'ensemble du corps enseignant décida de façon unanime de faire comme si les élèves n'avaient pas pu suivre un seul cours l'année précédente. Il fallait donc créer une huitième année temporaire, afin d'éviter la confusion d'avoir deux première année en même temps. Quelques modifications des programmes étaient à revoir, et il était évident qu'une série de recrutements s'imposait.
Harry ne resta pas plus longtemps que nécessaire, et laissa les professeurs se charger de l'organisation après avoir participé aux décisions principales.
Ron n'était pas venu à cette réunion non plus.
Lady Malfoy avait envoyé une lettre très formelle à Harry deux jours après le procès, l'informant que sa dette de vie à son égard était payée. Harry n'avait pas répondu, ne sachant pas quoi écrire après ça, mais conserva la lettre dans un tiroir de bureau.
Ginny lui avait écrit aussi, et lui avait expliqué que Ron était toujours furieux qu'Hermione ait rejeté ses sentiments. Apparemment, son mécontentement incluait aussi Harry, qui n'avait rien fait pour convaincre leur amie de donner une chance à leur couple. Sa colère avait été amplifiée par l'intervention de Harry en faveur des Malfoy. Ginny était heureuse de lui dire que face à Ron en train de s'étouffer d'indignation devant les titres de la Gazette, George avait pouffé de rire pour la première fois depuis la bataille.
Harry était également resté en contact avec Andromeda, qui lui assurait qu'il pouvait passer n'importe quand pour voir Teddy. Hermione, quant à elle, lui écrivit pour confirmer son arrivée en Australie et décrire le début de ses recherches pour trouver où ses parents s'étaient installés.
De son côté, Harry passa une après-midi entière à négocier avec Kreattur pour lui faire accepter son projet de réaménager la maison et en faire un endroit plus accueillant, plus moderne, et surtout plus lumineux. Il obtint finalement gain de cause sur la plupart des pièces, non sans mal. Et malgré son air bougon et réticent, l'elfe de maison semblait soulagé que quelqu'un veuille enfin vivre de nouveau dans la demeure qu'il servait depuis si longtemps.
