A/N : La pluie me manque. C'est nettement plus difficile d'être un auteur démoniaque fou à moitié dépressif sans la météo adéquate, vous savez.
Résumé du chapitre précédent :
Harry et Hermione assistent au procès des Mangemorts, Ron est absent. Harry intervient en faveur des Malfoy, et explique à Neville et Ginny que Narcissa le lui a demandé en paiement de la dette de vie qu'il lui doit (même s'il l'aurait fait de lui-même). Amelia Bones approuve ladite intervention. Narcissa et Draco s'en sortent innocentés, et Lucius avec une assignation à domicile pour cinq ans. Hermione part pour l'Australie pour retrouver ses parents.
Harry se rendit chez Andromeda deux jours plus tard. Il avait traversé une partie du Chemin de Traverse avec un bouquet de fleurs dans une main et un paquet cadeau dans l'autre la veille, et était raisonnablement certain qu'il allait encore faire la une de la Gazette. Pour une fois, le Griffondor en était plus amusé qu'agacé.
Harry utilisa le Magicobus pour aller jusque dans la bonne rue, puis chercha la maison à pied. De ce qu'il en savait, Andromeda tenait à sa tranquilité, et n'apprécierait pas qu'une horde de paparazzis vienne frapper à sa porte jour et nuit.
Il s'agissait d'une maison discrète, avec un seul étage et – d'après les descriptions qu'il en avait reçues – un jardin situé à l'arrière. Rien ne la distinguait particulièrement des autres maisons de la rue, et Harry vérifia trois fois le numéro avant de toquer.
Andromeda vint lui ouvrir en moins d'une minute.
- Ah, Harry, sourit-elle. Entre donc.
L'aînée des soeurs Blacks avait un sourire doux et chaleureux, mais ses yeux contenaient une tristesse mal dissimulée. L'état de sa fille unique et la disparition de son gendre avaient été difficiles à encaisser. Son regard s'éclaira en voyant les fleurs, et elle se mit à la recherche d'un vase après avoir envoyé Harry vers le salon.
Le Sauveur du Monde Sorcier entra dans une pièce couverte de tapis, coussins et divers jouets pour bébés. Un canapé, deux fauteuils et une petite table haute complétaient le mobilier. Les murs étaient d'un blanc qui tirait sur le jaune clair, et des séries de photos sorcières y étaient accrochées. Teddy Lupin était sur un des tapis, couché sur le dos, et observait le plafond comme s'il le découvrait pour la première fois.
Harry s'avança jusqu'à être à côté du bébé, et fut une fois de plus estomaqué par l'allure terriblement fragile d'un si jeune enfant. Il posa le paquet cadeau un peu plus loin, et caressa les cheveux du petit garçon. Celui-ci ouvrit plus grand les yeux, puis son visage se fendit d'un immense sourire et Teddy gazouilla une suite de sons incohérents avec enthousiasme.
- Je t'avais dit qu'il serait heureux de te voir, s'amusa Andromeda.
Elle était revenue sans bruit dans la pièce, le vase contenant le bouquet dans les mains. La sorcière brune le posa au centre de la table, et effleura un pétale avant de se rapprocher de son petit-fils.
- Je vois ça, répondit Harry. C'est peut-être un peu tôt pour qu'il déballe son cadeau tout seul, par contre.
- Sans doute, admit-elle en souriant. Tu permets que je m'en charge ?
Sans un mot, Harry lui tendit le paquet. Andromeda défit l'emballage d'un coup de baguette, qui révéla un loup en peluche au pelage brun. La sorcière marqua un temps d'arrêt, puis son sourire se teinta de tristesse et quelques larmes brillèrent dans ses yeux.
- Il est parfait, déclara-t-elle. Je suis sûre que Teddy va l'adorer.
La peluche fut aussitôt posée à côté du nourrisson, qui se tourna et essaya de l'entourer de ses petits bras en continuant à gazouiller joyeusement. Andromeda essuya une larme, et Harry retint les siennes comme il put en voyant le fils de Remus câliner une peluche qui ressemblait à son père.
La sorcière brune repassa ses cheveux dans son dos, et s'assit sur le canapé. Elle soupira, puis retrouva sa confiance habituelle.
- Comment vas-tu ?
- Je tente tant bien que mal de convaincre Kreattur de changer la décoration, répondit Harry avec une grimace.
La remarque fit rire Andromeda, qui n'avait sans doute aucun mal à imaginer la scène. Harry en profita pour l'observer discrètement, et nota les marques qu'elle s'efforçait de cacher.
- Tu as l'air fatiguée, remarqua-t-il avec autant de tact que possible.
- Ma foi, s'occuper d'un bébé n'est plus vraiment de mon âge, admit la sorcière avec humour. Ted disait que Nymphadora avait épuisé toute notre énergie parentale, se remémora-t-elle en souriant, et que c'était pour ça qu'elle était fille unique.
- Je pourrais m'occuper de Teddy de temps en temps, suggéra le Griffondor.
- Oh Harry, protesta-t-elle. Ce n'est pas la peine, tu es déjà bien assez occupé comme ça.
Le héros du monde sorcier lui lança un regard blasé.
- Poudlard est pratiquement reconstruite, les procès sont passés, et la rentrée n'est pas avant septembre, énuméra-t-il. Tout ce que j'ai à faire d'ici-là, c'est réaménager une vieille maison glauque pour en faire un lieu vivable.
Andromeda hésita, mais Harry pouvait voir que la tentation d'accepter était présente.
- S'occuper d'un bébé est compliqué, tu en as conscience ? demanda-t-elle avec douceur.
- J'ai survécu un an en fuyant un mage noir qui voulait ma mort, je dois pouvoir survivre quelques jours seul avec un bébé, plaisanta Harry. Mais un peu d'aide serait la bienvenue au début, ajouta-t-il avec une grimace.
La sorcière parut soupeser la proposition pendant une minute, puis regarda le parrain de son petit-fils avec un autre type d'inquiétude en tête.
- Tu es sûr que ça ira pour toi ? Tes amis... laissa-t-elle en suspens.
- Ils survivront si je ne passe pas tout l'été avec eux, balaya Harry d'un revers de main. Teddy est plus important.
Andromeda sourit, et loua mentalement la présence d'esprit de son gendre lorsque celui-ci avait insisté pour faire d'Harry le parrain de son petit-fils. Même si Nymphadora... la sorcière serra les poings, refusant d'achever sa pensée. Teddy grandirait avec l'amour de sa grand-mère et de son parrain en attendant le retour de ses parents.
- Et bien, dit-elle à voix haute, je pense qu'on peut mettre en place une sorte de garde alternée. Mais il vaudrait sans doute mieux commencer par une demi-journée. Que dirais-tu de garder Teddy mardi après-midi ?
- Sans problème, répondit aussitôt Harry. Une raison pour mardi plutôt qu'un autre jour ?
Andromeda hésita, fronça les sourcils pendant quelques instants, puis admit la vérité en soupirant.
- J'ai invité Narcissa à venir me voir.
Harry cligna des yeux à trois reprises, pas certain d'avoir bien entendu.
- Narcissa ? Narcissa Malfoy va venir ici ?
- Pas la peine de prendre ce ton incrédule, Harry, lui reprocha-t-elle. Narcissa est ma soeur après tout.
- Je croyais que vous n'étiez pas en bons termes depuis...
Il acheva sa phrase avec un geste embarrassé, conscient que son interlocutrice comprendrait ce qu'il voulait dire.
- En effet, mais elle m'a recontactée quelques jours après la bataille. Pour des questions purement pratiques, bien évidemment, fit Andromeda en levant les yeux au ciel. Le décès de Bellatrix implique un peu de paperasse à gérer avec Gringotts.
- De la paperasse, reprit Harry avec une expression dubitative.
- Narcissa n'a jamais aimé admettre qu'elle avait tort, expliqua la sorcière avec un sourire affectueux. Elle essaie simplement de renouer le contact à sa manière.
La phrase fit sourire le sorcier brun, qui retourna son attention vers Teddy. Le bébé était désormais occupé à gigoter dans sa barboteuse, tout en babillant de façon adorable mais incompréhensible.
Sans réfléchir, Harry posa à voix haute une question qui lui trottait dans la tête depuis plusieurs jours.
- Pourquoi est-ce qu'elle a voulu utiliser la dette de vie pour que je témoigne au procès ?
Andromeda, qui s'était levée pour aller préparer du thé, se figea dans son mouvement. Sa robe violette s'agita à la suite du mouvement brusque, et les rides au coin de ses yeux s'animèrent lorsqu'elle les écarquilla.
- Cissy a invoqué ta dette de vie pour que tu témoignes à son procès ? répéta-t-elle d'une voix choquée.
Harry hocha la tête, sans relever le surnom qu'il n'arrivait absolument pas à associer à Lady Malfoy.
- Je lui ai dit que j'avais l'intention de le faire quoi qu'il arrive, mais elle a insisté, expliqua le Griffondor en haussant les épaules. J'ai juste du mal à comprendre pourquoi.
- Étrange, murmura Andromeda. Très étrange. Ça ne lui ressemble pas du tout. Je lui poserai la question quand elle viendra.
Peu désireux de se retrouver sujet d'un désaccord entre les deux soeurs, Harry tenta de faire machine arrière, mais la curiosité d'Andromeda avait été piquée et elle ne voulut rien entendre. Le sorcier brun finit par renoncer face à sa ténacité.
L'après-midi se poursuivit sur un thé, les gazouillements de Teddy et une liste de conseils sur la façon de s'occuper d'un bébé.
-o-oOo-o-
Andromeda passa déposer Teddy mardi juste après le déjeuner, et en profita pour relier une des cheminées de la maison Black à celle de sa maison. Kreattur parut incapable de décider comment saluer l'aînée des soeurs Black. Elle avait le sang de la lignée, mais ayant été reniée, elle n'était plus censée faire partie de la famille. Cependant, comme ladite famille n'était plus composée que de quelques membres, le vieil elfe de maison semblait incertain de l'attitude à adopter.
L'après-midi se déroula dans une tranquillité relative, et Harry profita de la sieste de Teddy pour répondre à son courrier.
Ginny continuait à lui donner des détails sur la vie au Terrier, tout en râlant sur l'attitude "stupidement bornée" de Ron, qui avait déclaré Harry persona non grata tant qu'il n'aurait pas arrangé les choses avec Hermione. En revanche, George avait l'air d'aller de mieux en mieux, et était même retourné à la boutique de farces et attrapes.
Hermione était en bonne voie de retrouver ses parents grace à une combinaison de recherches moldues et magiques. La communauté sorcière australienne l'avait accueillie à bras ouverts, et l'île comportait assez d'espèces et de traditions inédites pour maintenir son esprit occupé pendant les périodes d'attente.
Sainte Mangouste lui avait également écrit pour le tenir informé de l'état de Fred et Tonks, puisqu'il en avait fait la demande pour le premier et qu'il était considéré comme membre de la famille de la seconde. Malheureusement, les Guérisseurs n'avait fait aucune avancée, et échouaient toujours à trouver un remède à l'étrange malédiction dont les blessés de la bataille de Poudlard étaient victimes.
Andromeda arriva en toute fin d'après-midi, et Harry lui proposa de rester pour le diner.
- C'est très gentil Harry, mais j'ai déjà un repas qui attend à la maison. Tu n'as pas eu de problème avec Teddy ?
- J'ai oublié de mettre un torchon pour protéger mon t-shirt pendant le rot, admit-il d'un air gêné. Mais sinon, rien à déclarer.
La sorcière dissimula un petit rire dans sa main.
- Ma foi, ce genre de choses fait partie des expériences qui font la joie de la parentalité. Vois ça comme un entraînement pour le futur, ajouta-t-elle avec un clin d'oeil.
Harry leva les yeux au ciel, mais son expression demeura amusée.
- Comment ça s'est passé avec la mère de Malfoy ?
- Narcissa, répondit Andromeda en insistant sur le prénom, a profité de sa visite pour remettre sur le tapis quelques vieux sujets familiaux. Mais tout a été réglé, déclara la sorcière avec une étincelle dangereuse dans le regard.
- Erm... tant mieux ? hésita le Griffondor.
- Ne t'en préoccupe pas, Harry. Ce sont des histoires propres aux Black, tu n'as pas à t'inquiéter.
Le sorcier brun se contenta de hocher la tête, Teddy toujours endormi dans ses bras. Son filleul semblait être un sujet plus sûr que les haches de guerre – enterrées ou non – entre deux soeurs aussi redoutables que Lady Malfoy et Andromeda Tonks.
- Ceci étant dit, poursuivit la sorcière sur un ton badin, elle nous a invité tous les trois pour un thé au manoir vendredi après-midi.
La phrase provoqua un spasme dans la colonne vertébrale d'Harry. Le Survivant releva la tête d'un coup, abasourdi par l'annonce soudaine et la normalité avec laquelle Andromeda l'avait prononcée.
- Pardon ? hoqueta-t-il.
- Tu as bien entendu.
- Un thé.
- C'est cela.
- Au manoir Malfoy.
- Exact.
- Avec la famille Malfoy.
- Seulement Narcissa. Son mari et son fils seront... occupés. Elle les expulsera probablement dans une autre aile pendant que nous serons là, déclara Andromeda avec un petit rire.
Harry essayait toujours de donner un sens à tous les mots qu'il avait entendu, dans l'ordre où il les avait entendu. En vain.
- Je lui ai promis que Teddy et moi serions là, ajouta la sorcière avec un sourire diaboliquement innocent, mais qu'il valait mieux qu'elle voit avec toi si tu étais disponible.
- Je vais devoir y aller, réalisa le sorcier en grognant. C'est ça ?
- Harry, ma soeur fait partie de la famille de Teddy et elle veut renouer le contact. Tu n'empêcherais pas ton filleul de se rapprocher de sa famille, n'est-ce pas ?
- Andromeda, je crois que repasser du temps avec une Serpentarde n'est absolument pas une bonne idée.
- Jeune homme, tu sembles oublier que j'étais moi-même à Serpentard.
- C'est donc de là que ça vient.
Les deux sorciers se regardèrent un instant, puis se mirent à rire en faisant attention à ne pas réveiller Teddy.
- J'ai compris, céda Harry avec un soupir. J'y serai.
- Je te conseille de répondre à son invitation dès qu'elle arrivera. Ma soeur est très susceptible sur ce genre de détails.
- Il faudra que j'apporte quelque chose ?
- Des fleurs devraient lui plaire, à condition que tu fasses attention à leur signification. Et évidemment, évite les narcisses.
- Evidemment, grommela le brun.
Andromeda lui sourit, consciente qu'elle avait gagné la partie et que le jeune homme ne ronchonnait plus que pour la forme. Elle récupéra Teddy en douceur, les affaires qu'elle avait laissées, et repartit par la cheminée.
Une fois qu'elle eut disparu dans le tourbillon de flammes vertes, Harry soupira, secoua la tête, et appela Kreattur.
- Maître Harry Potter, fit l'elfe en apparaissant.
- Kreattur, est-ce que tu sais où je pourrais trouver un livre sur le langage des fleurs dans cette maison ?
L'elfe de maison parut surpris par la demande, puis adopta un air suspicieux pendant quelques secondes. Harry leva les yeux au ciel, et choisit d'expliquer la raison de sa demande. Avec un peu de chance, Kreattur accepterait davantage de l'aider s'il savait à qui elles seraient destinées.
- Je suis invité à un thé avec Lady Malfoy, et j'aimerais lui apporter des fleurs sans faire de faux pas.
Le visage de l'elfe s'éclaira d'un coup, et ses yeux se mirent à briller de joie.
- Maîtresse Narcissa ? Ma si belle maîtresse Narcissa qui a fait honneur à la famille Black par son mariage ?
- Erm... Narcissa Malfoy, oui, confirma Harry.
- Kreattur va aider Maître Harry Potter ! Kreattur connait parfaitement le langage des fleurs !
Son enthousiasme débordant mit Harry mal à l'aise pendant quelques minutes, puis il s'y habitua. Voir Kreattur aussi heureux était à la fois étrange et réconfortant.
Sans compter que ses connaissances sur le sujet étaient effectivement impressionnantes.
-o-oOo-o-
Les deux jours suivants passèrent en un éclair. Kreattur était si heureux de voir le nouvel occupant se rapprocher de la noble lignée des Black qu'il aida Harry à préparer une nursery pour Teddy sans rechigner. Il s'efforça même de ne pas faire de commentaires quand Ginny et George passèrent saluer le Griffondor en revenant de Sainte Mangouste, à la grande surprise des concernés.
À quinze heure et quart, Harry arriva chez Andromeda en se demandant pour la vingtième fois s'il n'avait pas fait une énorme bêtise en acceptant cette invitation. La sorcière lui ouvrit, jeta un coup d'oeil approbateur à sa tenue, et le fit entrer pour une dernière préparation à un thé avec Lady Narcissa Malfoy née Black.
Au moment de faire le trajet jusqu'au manoir, Harry était presque certain d'avoir été plus détendu en allant rejoindre Voldemort dans la Forêt Interdite.
-o-oOo-o-
Narcissa était quelque peu nerveuse.
Le rapprochement avec sa soeur ainée s'était mieux passé que ce qu'elle avait espéré en la recontactant. Et Harry Potter avait également fait plus qu'elle n'aurait pu demander lors du procès. Un simple thé n'avait aucune raison de mal se passer. Naturellement, pour plus de sûreté, elle avait fait en sorte que Lucius reste dans son bureau et prévenu Draco qu'elle attendait des invités importants et ne devait pas être dérangée.
Son dragon avait tendance à réagir de façon excessive lorsqu'il était question de son rival.
Narcissa vérifia l'heure sur la pendule, et utilisa la minute restante pour observer une dernière fois l'agencement du petit salon.
Un petit canapé dans lequel Meda se poserait avec son petit-fils, et trois fauteuils pour que Potter et elle-même puissent choisir la place qui leur conviendrait le mieux. Le service à thé était sur le chariot, prêt à l'emploi, et une pyramide de pâtisseries de taille raisonnable était posée sur la table basse. Les tapis étaient impeccablement propres, la fenêtre donnait sur la roseraie à l'entretien irréprochable, et les quelques bibelots sur les petits cabinets et autres meubles étaient à la fois discrets et de bon goût. Sa tenue, une longue robe bleu pâle brodée d'argent, était élégante sans être trop sophistiquée, et sa coiffure était en place. Tout était parfait.
À quinze heure trente précises – Meda avait un sens de la ponctualité inégalable – un des elfes de maison vint la prévenir que ses invités étaient arrivés.
Narcissa se leva et s'approcha de la porte en même temps qu'Andromeda et Potter faisaient leur entrée.
Sa soeur avait revêtu une robe verte, simple mais qui lui allait à ravir, et portait son petit-fils dans les bras. Pendant quelques instants, l'aristocrate se perdit dans la contemplation du bébé et ses propres souvenirs de jeune mère. Puis elle remarqua la présence derrière sa soeur, et dut faire un effort pour dissimuler sa surprise.
Harry Potter avait opté pour une chemise grise et un jean noir, un ensemble terriblement basique mais qui allait à merveille à son teint hâlé et sa stature, ses yeux ressortant d'autant plus. Il avait l'air mal à l'aise, mais s'approcha néanmoins d'elle avec un bouquet dans les mains.
- Lady Malfoy, merci pour l'invitation, fit-il en lui offrant les fleurs.
La sorcière blonde haussa un sourcil en voyant la composition du bouquet, ce qui n'échappa pas à Andromeda. Celle-ci trouva le moyen de lui adresser un d'oeil discret avant de jeter un discret regard en direction jeune homme.
Le bouquet était ravissant, admirablement proportionné, mais ce fut sa signification qui laissa Narcissa stupéfaite. Des lys de paix d'une blancheur immaculée composaient la partie centrale du bouquet, les symboles de la paix par excellence. Quelques coquelicots apportaient des notes de couleur vive ici et là. La fleur du souvenir, une façon de commémorer ceux tombés au champ d'honneur. Enfin, des campanules blanches parsemaient l'ensemble en lui donnant du relief. Le symbole de la gratitude et la proposition d'une amitié.
Pendant un instant, elle douta que le jeune sorcier en face d'elle ait fait attention à la symbolique de son bouquet. Mais lorsqu'elle releva la tête pour croiser son regard, elle comprit qu'il avait parfaitement conscience du message porté par les fleurs. Un véritable sourire naquit sur les lèvres de la sorcière, et elle fit un gracieux signe de tête pour le remercier.
- Tout le plaisir est pour moi. Je t'en prie, appelle-moi Narcissa.
Le jeune homme sembla troublé par son attitude, mais se reprit rapidement et lui sourit.
- Dans ce cas, vous pouvez m'appeler Harry.
À partir de là, l'ambiance se détendit de façon notable. La sorcière blonde fit aller chercher un vase par un elfe et disposa elle-même le bouquet sur la table située en arrière, pile entre le fauteuil où s'était installé Harry et le sien. Le jeune homme parut saisir la signification implicite du geste, et lui adressa un sourire un peu plus assuré.
Comme prévu, Meda s'était posée sur le canapé, Teddy dans ses bras et quelques affaires pour s'occuper de lui à côté d'elle. Narcissa profita du temps d'installation pour servir le thé d'un geste expert, et dissimula un sourire en voyant Harry écarquiller les yeux devant la petite pyramide de desserts. Ses émotions étaient lisibles sur son visage, ses réactions honnêtes et franches. C'était un très agréable changement des visages froids et calculés des membres de la haute société magique britannique.
Lorsque tout le monde fut installé et une tasse en main, Narcissa sirota une gorgée avant de poser un regard amusé et bienveillant sur le bébé.
- Je suppose que cet enfant est mon petit-neveu.
- En effet, sourit Andromeda. Cissy, je te présente Teddy. Teddy, voici ta grande-tante Narcissa.
- Meda, je t'en prie. J'ai l'impression d'être centenaire avec un titre pareil.
- Aurais-tu enfin trouvé un cheveu blanc parmi le blond, ma chère soeur ?
- Pas depuis la dernière fois que nous nous sommes vues, ma très chère soeur. En revanche, il me semble que tu as les traits tirés... à moins qu'il s'agisse d'une nouvelle ride ?
Harry s'accrochait à sa tasse de thé comme à une bouée de sauvetage. Les taquineries qui fusaient entre les deux soeurs lui donnaient l'envie soudaine de disparaître sous sa cape d'invisibilité. Il s'agissait de toute évidence d'une habitude ancrée entre elles, que même les années de séparation n'avaient pas pu complètement effacer. Seuls les éclats malicieux qui brillaient dans leur regard garantissaient que les soeurs Black n'étaient pas sérieuses dans leur joute verbale.
Au bout de quelques minutes, les deux sorcières échangèrent un sourire de connivence, et Narcissa se tourna vers Harry.
- Mes excuses si cet échange t'a mis mal à l'aise, s'excusa-t-elle. C'est une vieille habitude entre nous.
- Je m'en étais douté, avoua-t-il.
- Le thé est à ton goût ?
- Il est excellent.
La sincérité évidente de sa réponse fut une fois de plus perçue comme rafraîchissante par l'aristocrate. Narcissa songea une seconde fois qu'il était très agréable de partager un moment avec quelqu'un dont les réactions étaient honnêtes plutôt qu'étudiées.
- J'en suis ravie, répondit-elle avec un sourire.
Un gazouillement de Teddy appela l'attention générale, et ils n'eurent plus d'yeux que pour lui pendant quelques minutes. Puis Narcissa toussota et se tourna de nouveau vers Harry, appréciant l'affection sincère qui brillait dans ses yeux quand il regardait son filleul.
- Je me suis laissée dire que tu comptais rénover le douze Square Grimmaud, déclara-t-elle.
À son grand étonnement, elle vit Harry prendre un air surpris, puis embarrassé, et finalement coupable.
- J'espère que ça ne vous dérange pas, s'excusa-t-il. Comme Sirius me l'a laissée, et qu'elle est un peu sombre, je pensais que quelques changements ne feraient pas de mal. Mais si ça pose problème, j'éviterai de changer certaines pièces.
La sorcière blonde se sentit charmée par l'attention dont le jeune homme faisait preuve. Elle attrapa un macaron avec délicatesse, et lui adressa un sourire rassurant.
- Cette maison aurait dû être rénovée depuis au moins deux siècles, affirma-t-elle. Tu as ma bénédiction pour faire tous les changements que tu estimes nécessaires.
- Merci, fit-il d'un air soulagé. Est-ce que vous – je veux dire toutes les deux – voudriez y passer un de ces jours ? Si vous voulez récupérer des souvenirs, ou faire des suggestions. La décoration n'est pas exactement mon point fort, ajouta Harry en plaisantant.
Une vague de souvenirs envahit l'esprit de Narcissa. Siri et Meda qui couraient dans les escaliers. Reg qui essayait de trouver une cachette pour son jouet préféré. Bella et elle qui cassaient les oreilles de leur professeur de chant avant d'éclater de rire. Une myriade d'émotions traversa ses yeux, et lorsqu'elle croisa le regard d'Andromeda, elle sut qu'elle n'était pas la seule.
- Si cette offre est sérieuse, fit-elle doucement, j'en serais ravie.
- C'est sérieux, confirma Harry.
- Ma foi, intervint Meda, puisque je devais t'amener Teddy lundi de toute manière, je suppose que je pourrai en profiter.
Harry hocha la tête en souriant, mais Narcissa était trop occupée à vérifier son emploi du temps mental pour le remarquer.
- Je ne suis pas disponible lundi, malheureusement. Est-ce que mardi te conviendrait ?
- Sans problème, répondit le sorcier brun avec chaleur.
Un silence confortable s'installa après cette dernière réponse. Les trois sorciers observèrent Teddy faire des bulles avec sa bouche, reprirent une gorgée de thé ou un gâteau. Puis Narcissa se tourna de nouveau vers Harry, intriguée par un petit détail de la conversation précédente.
- Si ce n'est pas indiscret, y a-t-il une raison pour que ma soeur ait prévu de laisser Teddy chez toi lundi ?
- Teddy est mon filleul, affirma Harry. Je veux passer du temps avec lui. Encore plus maintenant que Tonks et Remus sont absents.
Sa gorge se noua, et Narcissa se sentit mal à l'aise à l'idée d'avoir mis un sujet aussi sensible sur le tapis. Mais le Griffondor se reprit, et acheva sa pensée après une profonde inspiration.
- Je veux profiter du temps que j'ai avec lui tant que j'en ai la possibilité. Et Andromeda a besoin de se reposer aussi, ajouta-t-il avec un éclair malicieux dans les yeux.
Narcissa reconnut la diversion pour ce qu'elle était, et tourna la tête vers sa soeur.
- Déjà débordée par ton rôle de grand-mère, Meda ? taquina-t-elle.
- Attends seulement d'avoir des petits-enfants, menaça la brune. Tu me demanderas des conseils bien assez tôt.
- Oh, Draco est encore jeune, fit Narcissa en balayant l'argument d'un revers de main. Et il n'est pas vraiment intéressé par le mariage, de toute façon.
Harry, qui était en train de mâcher un morceau de brownie, manqua de s'étouffer en entendant le nom de son rival et le mot mariage dans la même phrase. Narcissa redirigea aussitôt son attention vers lui, très curieuse de cette réaction. Le Griffondor toussa quelques fois, puis se reprit.
- Désolé, s'excusa-t-il en rougissant violemment. J'ai avalé de travers.
Un échange de regards rapide comme l'éclair eut lieu entre les deux soeurs Black.
- Naturellement, admit Meda d'un air tout sauf convaincu. Ce genre de choses arrive. Tu disais, Cissy ?
- Je disais que mon dragon n'est pas intéressé par le mariage. Même si, le connaissant, il fait surtout exprès de s'entêter juste pour contrarier son père.
- Étonnant, admit Andromeda en saisissant un petit chou d'un geste précis. J'ai pourtant cru comprendre qu'il avait un certain succès.
- Oh, ce n'est pas la question, confirma Narcissa en touillant son thé. Après tout, il est le meilleur parti aristocratique de Grande-Bretagne, alors ce ne sont pas les demandes qui manquent. Les Greengrass ont proposé leurs filles, notamment.
- Pardon !?
L'intervention d'Harry amusa prodigieusement Narcissa, qui sentait le même amusement monter chez sa soeur. Toutes deux conservèrent néanmoins un visage impassible, qui montrait tout juste un intérêt poli.
- Les mariages arrangés sont monnaie courante parmi les familles Sang-Pur, déclara Narcissa.
- La société a tout de même évolué depuis notre époque, objecta Andromeda. De nos jours, on ne fiance plus les héritiers lorsqu'ils sont enfants, ou alors le contrat peut être rompu facilement.
Harry avait l'air estomaqué par l'information.
- Malfoy est fiancé ? parvint-il à lâcher.
Narcissa renifla dédaigneusement, image parfaite de l'aristocrate hautaine et glaciale.
- Certainement pas. Aucune de ces filles n'a ce qu'il faut pour plaire à Draco. Et même si un mariage avec quelqu'un d'un statut équivalent serait préférable, je souhaite avant tout qu'il puisse avoir un mariage heureux.
- Il ne vient jamais rien de bon d'un mariage forcé, soupira Meda. Cissy, je te souhaite bonne chance pour trouver la perle rare pour ton fils.
- Merci, Meda. Heureusement, cette huitième année à Poudlard et la façon dont s'est achevé notre procès vont jouer en sa faveur et nous permettre de gagner du temps.
- Gagner du temps ? s'exclama Harry.
- Et bien, il est courant pour le premier-né d'une famille de se fiancer avant son vingtième anniversaire, expliqua Narcissa. Mais tu peux te rassurer Harry, ton cas est un peu particulier.
La mâchoire du sorcier se décrocha subitement.
- Comment ça, mon cas est particulier ?
Andromeda le regarda, et lorsqu'elle parla, son ton était bien plus solennel que ce à quoi le Griffondor était habitué.
- Harry, tu es l'héritier de la lignée des Potter par le sang, et Sirius t'a désigné comme l'héritier des Black par testament. Tu regroupes deux héritages parmi les plus nobles qui soient dans notre société. Normalement, tu devrais être dans les premiers à te fiancer parmi la jeune génération aristocratique.
- Cependant, enchaîna Narcissa d'un ton fluide, comme je le disais, ton statut est un peu particulier. En tant qu'orphelin élevé dans le monde moldu, puis en tant que héros de guerre, tu n'es pas au courant de toutes nos coutumes et les attentes du public envers toi sont différentes. Mais puisque tu es déjà avec la fille Weasley, évidemment, cel-
- JesuispasavecGinny, débita Harry à toute vitesse.
Narcissa le regarda, fronça les sourcils un instant, puis reprit la parole.
- Pourrais-tu répéter ?
- Je ne suis pas avec Ginny. On a... c'est compliqué, grogna-t-il, mais on a parlé après la bataille et on est tombés d'accord pour ne pas se mettre ensemble. C'est ce que tout le monde voulait de nous, pas ce que nous on voulait. Mais on est restés amis et en contact.
- Oh.
Cette simple interjection contenait toute la force des conséquences impliquées par l'information qui venait d'être donnée. Narcissa réfléchit à toute vitesse.
- Voilà qui est très intéressant, murmura-t-elle. Je suppose que ça explique pourquoi tu ne croules pas encore sous les demandes de fiançailles, ajouta-t-elle à voix haute. Prépare-toi à ce que cet état de fait change quand la presse rétablira la vérité.
L'expression frustrée et désespérée du Sauveur du Monde Sorcier à cette prédiction fut des plus amusantes, et Andromeda cacha un petit rire en le voyant réaliser l'inévitable.
- Naturellement, remarqua Andromeda, si tu venais à fréquenter quelqu'un ou te fiancer, cette situation pourrait être évitée.
Elle garda son regard concentré sur Teddy, mais le parrain de son petit-fils était encore présent dans son champ de vision et elle ne loupa pas le regard lourd de reproches qu'il lui envoya.
- J'ai comme l'impression que l'idée ne t'enchante pas, Harry, suggéra Narcissa.
Au moment où Harry se préparait à établir une liste exhaustive des raisons pour lesquelles des fiançailles impliquant sa personne étaient une idée grotesque, quelqu'un toqua à la porte et entra dans la foulée.
- Mère, désolé pour le dérangement mais-
Draco se figea après deux pas, lorsqu'il réalisa qui était dans la pièce.
- Potter ?
- Malfoy, soupira Harry.
- Qu'est-ce que tu fais ici ?
Narcissa toussota pour attirer l'attention de son fils.
- Draco, je te présente Andromeda, ta tante, et Teddy, ton petit-cousin. Tu connais déjà Harry.
- Enchanté de faire votre connaissance, répondit Draco par réflexe.
- Moi de même, jeune homme, annonça Andromeda. Que dirais-tu de te joindre à nous ?
L'expression choquée du Serpentard ne dura qu'une fraction de seconde, mais n'échappa à aucune des personnes présentes. Seul Teddy le dévisageait avec une curiosité innocente.
- Quelle charmante idée, déclara Narcissa. Draco, prend donc place.
Le sorcier blond serra les dents, mais alla s'installer dans le seul fauteuil disponible, entre le canapé et celui où était assis Harry. Un silence gênant s'installa, que Narcissa rompit aisément.
- Tu souhaitais me dire quelque chose, Draco ?
- Ça pourra attendre.
Le sous-entendu "que tes invités soient partis" était assez évident pour que tout le monde le comprenne. Harry leva les yeux au ciel, et jeta un coup d'oeil en direction d'Andromeda. Celle-ci lui adressa un petit sourire et hocha la tête, prête à l'aider. Narcissa et elle s'étaient assez amusées à ses dépends pour la journée, après tout.
- Cissy, je crois qu'il va bientôt être l'heure de nourrir Teddy. Si tu n'y vois pas d'inconvénient, nous allons prendre congé.
L'aristocrate reposa sa tasse de thé, et se leva comme l'hôtesse exemplaire qu'elle était.
- Pas le moindre, Meda, sourit-elle.
Tout le monde se leva en quelques instants, et Harry fit de son mieux pour ignorer la présence de son rival à côté de lui. Ils ne s'étaient pas dits un mot depuis la bataille, et s'étaient à peine regardés au tribunal. Le Griffondor n'avait pas l'intention de faire quoi que ce soit pour briser l'étrange cessez-le-feu qui semblait s'être instauré entre eux.
Andromeda rassembla les affaires de son petit-fils d'un coup de baguette, pendant que Narcissa se tournait de nouveau vers le Sauveur du Monde Sorcier.
- Encore merci pour les fleurs, Harry, déclara-t-elle chaleureusement.
- Merci pour le thé et l'invitation, répondit-il d'un air embarrassé en passant une main dans ses cheveux.
- Je t'en prie, tout le plaisir était pour moi, assura Narcissa avec élégance.
Avant qu'ils quittent la pièce, un éclat malicieux brilla dans les yeux de Lady Malfoy.
- Nous achèverons l'organisation de ma visite par lettre, si cela te convient.
Harry cligna des yeux une ou deux fois, puis sembla se rappeler de ce dont elle parlait.
- Comme vous voudrez, répondit le Griffondor en souriant. Si mardi vous pose problème, dites-moi quand vous êtes disponible et je m'arrangerai.
- C'est très aimable à toi. Rentrez bien tous les trois, sourit Narcissa.
- Merci, Cissy. Draco, le salua Andromeda.
Le concerné hocha à peine la tête, abasourdi par l'échange qui venait d'avoir lieu. Harry hésita un instant, puis se décida.
- Malfoy, salua-t-il avec un signe de tête. Narcissa, poursuivit-il avec plus de chaleur.
Quelques instants plus tard, ils avaient quitté la pièce et Narcissa se retrouvait seule avec son fils. Son intuition lui disait que leur entretien allait être très amusant.
Draco était incrédule. Que sa mère souhaite reprendre contact avec sa soeur ainée, soit. Que Potter se trouve invité était déjà plus improbable, mais passe encore. Que la scène à laquelle il ait assisté ait réellement eut lieu, en revanche, relevait de l'impossible.
Et pourtant sa mère était là, image même de l'élégance dans une robe bleu clair, et sirotait une tasse de thé avec un petit sourire en coin.
- Harry est un jeune homme tout à fait charmant, déclara-t-elle. Très sincère et attentionné.
- Mère, qu'est-ce que Potter faisait ici ?
- Harry, insista-t-elle, était ici parce que je l'ai invité. En temps que parrain de mon petit-neveu, filleul de mon cousin et héritier des Black par testament, il fait pratiquement partie de la famille. Par alliance seulement, nuança-t-elle, mais tout de même.
- Et vous en êtes déjà à vous appeler par vos prénoms ? répliqua Draco en haussant un sourcil.
- Mon dragon, jette un oeil aux fleurs qu'il m'a apportées.
Draco tourna la tête, fouilla dans sa mémoire pendant une dizaine de secondes, et laissa la surprise prendre le dessus sur son expression lorsque la symbolique de chaque fleur lui revint en tête.
- Des campanules blanches, murmura-t-il d'un air songeur.
- Oui. Et avant que tu me poses la question, ajouta-t-elle, Harry avait conscience du message qu'il transmettait.
- Ça ne ressemble pas à Potter.
- Draco.
Le ton sérieux de sa mère le fit froncer les sourcils, et il la regarda sans rien dire.
- Que tu le veuilles ou non, déclara Narcissa, Harry Potter est le sorcier le plus influent du monde britannique à l'heure actuelle. Son intervention est déjà ce qui a permis à notre famille de sortir presque indemne de cette guerre et du procès.
Draco tourna la tête vers les fleurs une nouvelle fois, un mouvement calculé pour dissimuler sa frustration face aux arguments de sa mère.
- Draco, soupira-t-elle, pourrais-tu au moins lui donner une chance ?
- Mère, Potter et moi n'avons pas exactement la meilleure relation du monde, grinça le jeune sorcier. Je ne vais pas faire oublier sept ans de rivalité avec un bouquet de fleurs.
- Alors trouve autre chose, suggéra Lady Malfoy en haussant les épaules. Il a fait le premier pas en venant ici. À toi de voir ce que tu peux faire qui pourrait symboliser la même chose.
- Il a fait le premier pas vers vous, mère, pas vers moi.
- Oh, je compte bien continuer à voir ce jeune homme, affirma-t-elle en souriant. Mais j'apprécierais que tu te montres aimable envers lui. Ne serait-ce que par égard pour moi.
Draco fusilla les fleurs du regard, sans aucun effet. Évidemment, d'un point de vue politique, se rapprocher d'Harry Potter était un avantage considérable. Et sa mère ne permettrait pas qu'il ruine une relation avec un tel potentiel. Le simple fait d'échanger des invitations régulières achèverait de rendre aux Malfoy leur réputation en quelques mois.
Cependant, si sa mère n'avait jamais rien fait qui puisse nuire à Potter, et que le Golden Boy de Griffondor pouvait par conséquent être bien disposé à son égard, il en allait autrement pour son père et lui. Surtout lui. Merlin, rien que repenser à leurs matchs de Quidditch ou leurs discussions – si tant est qu'on pouvait les qualifier ainsi – à Poudlard était suffisant pour faire grimacer Draco. Faire table rase de tout ce qui s'était passé entre eux relevait de l'impossible.
- Je verrai ce que je peux faire, déclara-t-il finalement.
- Parfait. Je compte donc sur toi pour m'accompagner mardi.
- Pardon ?
- Il est temps que tu en saches un peu plus sur ton histoire maternelle, fit-elle en reposant sa tasse. Et puisqu'Harry a admis ne pas être un expert en décoration, je suis sûre qu'il appréciera quelques conseils avisés pour rafraîchir la demeure familiale des Black.
Le Prince de Glace de Serpentard lança un regard noir à sa mère, qui n'eut aucun effet sur son sourire satisfait.
- Vous aviez tout planifié avant qu'il quitte la pièce.
Le sourire de Lady Malfoy s'élargit imperceptiblement.
- Tu ne croyais tout de même pas que tu avais hérité ta capacité à comploter de ton père ?
Draco se leva de son fauteuil, sans savoir s'il était davantage énervé ou embarrassé par la tournure qu'avait pris la situation. Probablement un mélange des deux. Avant d'atteindre la porte, sa mère le héla une dernière fois.
- Draco ?
La main sur la poignée, le sorcier soupira et se redressa.
- Je vous accompagnerai mardi.
- Merci. Et sinon, l'information que tu voulais me donner en entrant ?
Draco se tourna avec un air ennuyé.
- Père insiste de nouveau sur mes fiançailles. Il veut absolument qu'une liste de fiancées potentielles soit établie avant la fin de l'été.
- Je lui en toucherai deux mots.
- Merci.
Narcissa ne prit pas la peine de préciser qu'elle avait de nouvelles idées en tête pour justifier un report de la question des fiançailles de son fils. Draco l'aurait probablement mal pris, de toute manière.
