N/A : Toutes mes excuses pour le retard de publication, mon moral est à plat en ce moment et éviter de retomber complètement dans un épisode dépressif me prend pas mal d'énergie.

Résumé du chapitre précédent :

Harry reçoit des visites de ses amis et d'Andromeda au Square Grimmaud (avec Teddy). Narcissa et Draco viennent comme prévu, Draco et Harry arrivent à discuter sans s'insulter ou s'attaquer. Draco invite Harry à son anniversaire, et les deux apprennent pendant le déjeuner que jouer au plus malin avec Narcissa Malfoy est une très mauvaise idée. Ils passent les jours suivant ensemble à déterminer la décoration de la maison des Black, et Andromeda aide Harry à se préparer quand le soir de l'anniversaire de Draco arrive.


Draco devait l'admettre, il s'ennuyait ferme. Tant que tous les invités n'étaient pas arrivés, il n'aurait pas la possibilité de s'échapper pour rejoindre Blaise et Théodore. Les deux Serpentards étaient les seuls sorciers vaguement tolérables dans cette masse hypocrite de prétendus aristocrates.

Sans compter qu'il en était déjà à une dizaine de cadeaux qui le faisaient grincer des dents sous son sourire de façade. Sans la présence de sa mère, sa réputation d'impassibilité et le semblant d'espoir qu'il avait que Potter finisse par arriver, Draco aurait essayé de s'esquiver depuis longtemps.

Il venait de voir passer Fergus et Aveza Greengrass avec leurs filles, Daphné et Astoria. Apparemment, ils avaient estimé qu'un cadeau adéquat consistait en une chevalière en or, ornée d'un diamant massif et de petites améthystes autour. Draco n'avait même pas eu besoin de regarder sa mère pour deviner sa grimace de dégoût intérieure. Outre le fait qu'il s'agissait d'un bijou hideux, le geste était si peu subtil dans la révélation de leurs intentions que le Serpentard s'en sentait presque insulté.

C'était avec un plaisir certain que Draco avait refermé l'écrin et envoyé un elfe de maison le ranger quelque part. Fergus Greengrass avait froncé les sourcils en le voyant le refus informulé de son offre, mais n'avait rien pu faire de plus et s'était éloigné avec sa famille.

- Si ce pathétique Greengrass s'imagine qu'une aussi piètre tentative va fonctionner, murmura Narcissa à côté de lui, il est encore moins digne d'une alliance que ce que je croyais.

Draco sentit un infime sourire moqueur se dessiner sur ses lèvres. Sa mère avait récemment déclaré qu'elle prenait en main le sujet de ses fiançailles, et se contentait depuis de recaler chaque prétendante potentielle au fur et à mesure. Son père n'en était pas ravi, mais une longue discussion privée entre ses parents avait vu Narcissa sortir avec un sourire victorieux.

L'heure maximale des arrivées touchait à sa fin, et Draco réprima un bâillement en serrant les mâchoires. Salazar, si Potter attendait la dernière minute pour arriver, il allait le lui faire regretter.

Quelques secondes plus tard, l'elfe chargé des annonces apparut devant la porte de la salle de réception et claqua des doigts pour avertir d'une arrivée.

- Lord Harry Potter héritier Black, Dame Andromeda Tonks née Black et son petit-fils Edward Lupin, filleul de Lord Potter.

Draco eut juste le temps de lancer un regard surpris à sa mère, qui arborait un sourire satisfait. De toute évidence, elle était derrière la façon dont ils avaient été introduits. Un murmure abasourdi parcourut l'assemblée, puis les portes s'ouvrirent sur les derniers invités à arriver et tous les regards convergèrent vers la paire qui faisait son entrée.

Le Prince de Glace de Serpentard ne dut qu'à ses années d'entraînement de parvenir à conserver un visage impassible. Sa tante avait une grâce et une allure dont la plupart des femmes présentes ne pouvaient que rêver, même avec un nouveau-né dans les bras.

Malgré ça, tous les yeux étaient rivés sur Potter pendant que les deux descendaient les quelques marches et traversaient la salle. Le Sauveur du Monde Sorcier était capable d'imposer sa présence en jean et t-shirt en temps normal. Dans un costume sur mesure, une aura de puissance et d'assurance émanait de lui comme un halo.

Le sorcier blond eut à peine conscience de son père qui s'était rapproché de lui et du silence qui s'était instauré dans la salle. Il ne faisait aucun doute que les premiers mots échangés seraient répétés partout et auraient une influence considérable sur la haute société britannique.

Les deux sorciers s'arrêtèrent devant sa mère et lui, et le temps fut suspendu pendant une seconde. Puis Harry sourit.

- Joyeux anniversaire, Draco. Merci pour l'invitation.

Une série d'exclamations choquées retentit un peu partout dans la salle, en même temps que les murmures enflaient de nouveau.

- Merci d'être venu, Harry, se força Draco à répondre malgré son propre choc. Andromeda, c'est un plaisir de vous revoir.

Appeler son rival par son prénom était toujours aussi étrange, mais puisqu'ils avaient commencé à le faire pour faire plaisir à sa mère, ils pouvaient difficilement arrêter sans raison valable.

- Tout le plaisir est pour moi, jeune homme, sourit sa tante. Narcissa, Lord Malfoy, ajouta-t-elle.

- Soyez les bienvenus, murmura Lucius d'un air pincé.

- Je suis ravie que vous ayez pu venir, les salua Narcissa. Harry, ce costume te va à merveille.

La chaleur inhabituelle avec laquelle sa mère accueillit ses derniers invités fut perçue par tous les aristocrates.

- Merci, sourit le Griffondor. Heureusement que la pochette est assortie à la robe d'Andromeda, ajouta-t-il d'un air amusé. Je n'aurais probablement pas su en choisir une aussi adaptée.

- Ma foi, glissa innocemment la concernée, la couleur de tes yeux mérite d'être mise en valeur. Ce vert émeraude est absolument magnifique, il aurait été dommage de ne pas le montrer davantage. Qu'en penses-tu, Draco ?

- J'imagine que je pourrais me faire à voir Harry porter les couleurs de Serpentard, répliqua-t-il avec un sourire ironique.

Le Griffondor lui rendit un regard tout aussi malicieux avant de soupirer bruyamment.

- Et moi qui pensais que tu serais vexé à l'idée que les couleurs de ta maison puissent m'aller mieux qu'à toi.

- J'ai encore de la marge avant que tu arrives à mon niveau, répliqua-t-il avec arrogance.

Au grand étonnement de toute l'assemblée, le Griffondor, loin de s'indigner, partit dans un éclat de rire. Lorsqu'il s'acheva, Andromeda prit la parole pour éviter que les deux jeunes hommes reprennent leur joute verbale.

- Kreattur, appela-t-elle.

- Dame Andromeda, fit-il en s'inclinant.

- Draco, voici nos cadeaux. J'espère qu'ils sauront te plaire.

L'elfe tendit deux paquets à l'héritier Malfoy, qui en tendit un à sa mère pour déballer l'autre.

- Celui-ci est de moi, prévint Andromeda.

Draco découvrit avec une certaine curiosité un écrin en velour noir, sur lequel était inscrit "Toujours Pur" en lettres argentées. Avant qu'il puisse l'ouvrir cependant, il entendit une exclamation étouffée de sa mère et se tourna vers elle.

Lady Malfoy avait une main tremblante devant sa bouche, et ses yeux passèrent rapidement du coffret à sa soeur dans un regard bouleversé.

- Meda, souffla-t-elle, est-ce que c'est…?

L'aînée des soeurs Black hocha la tête d'un air solennel et fit signe à son neveu d'ouvrir l'écrin. À l'intérieur, deux broches de taille modeste brillaient sur un fond bleu sombre. L'une représentait un crâne, l'autre un corbeau, toutes deux composées d'une multitude de diamants noirs montés sur une structure en or blanc.

- Ces broches sont dans la famille Black depuis la création de ses armoiries, expliqua Andromeda. La tradition veut qu'elles reviennent à l'aîné des enfants portant le sang des Black. Harry a hérité de la demeure familiale selon la volonté de Sirius, ajouta-t-elle, mais il me semblait juste que tu reçoives un symbole de ta famille maternelle.

Draco resta sans voix, incapable de répondre quoi que ce soit pendant quelques secondes. Le travail d'orfèvrerie était remarquable, mais la symbolique que les bijoux véhiculaient portait leur valeur bien plus haut. Lorsqu'il releva la tête, il croisa le regard de son rival en premier. Celui-ci lui sourit et hocha la tête, un signe discret mais indiscutable qu'il était au courant de la nature du présent.

- Merci infiniment, parvint à dire Draco. C'est un honneur de recevoir un tel cadeau, ajouta-t-il en s'inclinant.

- Porte-les fièrement, déclara Andromeda.

Sa voix vacilla sur la dernière syllabe. Les émotions qu'elle lisait sur le visage de sa plus jeune soeur se reflétaient dans ses yeux, et elles durent toutes les deux inspirer discrètement pour retrouver leur contenance. Draco tourna la tête vers sa mère dans une question muette, et celle-ci sourit. Elle tendit le paquet de Harry à Lucius, qui sembla surprit par le geste, et sortit la broche en forme de corbeau pour l'installer sur le revers gauche de la veste de son fils, juste sous le col.

- Là, murmura-t-elle. Parfait.

- Merci, mère.

Draco appela ensuite un elfe de maison, et lui donna la consigne nette de déposer l'écrin sur le bureau de sa chambre. Puis il se recomposa un visage neutre et récupéra le dernier cadeau de la soirée des mains de son père, qui semblait trop heureux de s'en débarrasser.

- Celui-ci est de moi, indiqua Harry d'une voix nerveuse.

Plutôt que de rétorquer de façon sarcastique, Draco haussa un sourcil devant le paquet rectangulaire. Potter était rarement nerveux, et sa curiosité en fut émoustillée. Le Serpentard défit le papier gris, et se retrouva avec un manuel de Potions de sixième année, de toute évidence assez vieux et en piteux état. Draco fronça les sourcils, pas certain de bien comprendre la blague ou l'intérêt caché, et ouvrit le livre en espérant comprendre.

Une inscription manuscrite en haut de la première page retint son attention. L'écriture lui rappelait quelque chose, sans qu'il arrive à l'identifier pour autant.

- Ce livre appartient au Prince de Sang-Mêlé, lut-il à voix basse.

Lorsqu'il releva les yeux pour obtenir une explication, le Griffondor avait l'air embarrassé.

- C'était le manuel de Rogue quand il était à Poudlard, expliqua-t-il. Il a mis des annotations sur la façon d'améliorer presque toutes les potions qui sont dedans. Vu que c'était ton parrain et que ça a toujours été ta matière préférée, je me suis dit que... que ça pouvait être une bonne idée, acheva-t-il en passant une main dans ses cheveux.

Heureusement pour Draco, l'intervention de sa mère attira l'attention ailleurs que sur l'expression choquée qui apparut sur son visage.

- Je croyais qu'il était impossible de récupérer les manuels propres à l'école ? demanda-t-elle d'un air innocent.

Harry retrouva aussitôt une expression plus détendue, et son regard se teinta d'une étincelle malicieuse.

- Normalement, oui, admit-il. Mais j'ai obtenu une dérogation.

Narcissa sourit, amusée par la situation. Le Griffondor n'avait probablement eu qu'une lettre à envoyer à la directrice pour se faire accorder cette faveur particulière.

Draco se remit de son choc, et planta son regard dans les yeux de son rival, en essayant de transmettre en silence les émotions qu'il ne pouvait décemment pas formuler en public.

- Merci Harry. Ce livre a plus de valeur pour moi que ce que tu imagines.

Le sourire sincère et la flamme qui brillait dans le regard de son rival acheva de convaincre Draco qu'il s'agissait du meilleur cadeau qu'il avait reçu ce soir.

- De rien, répondit Harry sans lâcher ses yeux.

Un toussotement de Lucius les sortit de leur bulle.

- Bien, énonça Lord Malfoy. Puisque les cadeaux sont tous distribués, je suggère que nous continuions cette soirée.

Un flot de sorciers et sorcières s'approchèrent de leur petit groupe, qu'Andromeda et Narcissa évitèrent sans peine. La seconde emmena la première jusqu'à la chambre aménagée pour Teddy, afin que le bébé ne soit pas pris au milieu d'une foule bruyante.

Dans la salle, Draco avait trouvé le moyen d'échapper à son père et à une floppée d'imbéciles prétentieux. Il parvint de justesse à retrouver Blaise et Théodore près du buffet, Goyle ayant renoncé à venir à la soirée.

Les deux Serpentards l'accueillirent toutefois avec un air bien trop curieux pour que le sorcier blond se sente à l'aise.

- Et bien et bien, Draco ! ronronna Blaise. Tu nous as caché que tu flirtais avec Potter.

- Je ne flirte pas avec Potter, répliqua-t-il sèchement.

- Uh-huh, fit Blaise d'un air tout sauf convaincu. Bien sûr. Donc quand vous vous êtes dévorés des yeux devant tout le monde, c'était juste mon imagination.

- Zabini, gronda Draco en guise d'avertissement.

Théodore s'appliqua à faire disparaître tout sous-entendu de sa voix avant de parler. Blaise était peut-être assez proche de Draco pour être direct dans ses moqueries, mais lui n'avait pas ce luxe.

- Son cadeau était attentionné, il faut le reconnaître, déclara-t-il. Félicitations pour les broches Black, d'ailleurs.

L'héritier Malfoy sembla quelque peu calmé par la remarque, et hocha la tête en guise de remerciement. Il resta toutefois sur ses gardes, et laissa le grand brun poursuivre.

- Après, reprit Théodore, tu ne peux pas nous reprocher d'être surpris par sa présence ce soir.

- Très subtil, Nott, fit Draco en levant les yeux au ciel.

- Arrête de faire ta drama queen, Dray, soupira Blaise d'un ton exagéré. Pourquoi tu l'as invité ?

Draco les regarda un moment, puis haussa les épaules. Après tout, peu importait que l'information circule.

- Un arrangement entre nous. Il vient à mon anniversaire, je l'aide à rendre la maison des Black habitable. Et il avait besoin d'un évènement mondain pour montrer qu'il n'est pas avec la fille Weasley, ajouta-t-il avec un sourire moqueur.

- Attends, fit Blaise en sentant le fou rire monter. Potter veut que tout le monde sache qu'il est disponible ?

Draco attrapa un verre et hocha la tête, son sourire bien présent. Blaise laissa libre cours à son rire, et prit un verre à son tour.

- Oh, il va tellement le regretter, fit-il en retrouvant son souffle.

- Je crois qu'il le regrette déjà, nota Théodore en se mordant les lèvres pour retenir sa propre hilarité.

Il leur indiqua le centre de la salle, où le Griffondor était abordé par au moins cinq ou six personnes à la fois, dont quatre étaient des pères de famille qui tentaient de présenter leur fille au Sauveur du Monde Sorcier. Draco porta son verre à ses lèvres, amusé par la situation. Voir Potter encerclé par une nuée d'aristocrates avides de gloire était une vision des plus distrayantes, en plus de lui permettre de souffler un peu.

- Tu ne comptes pas aller à son secours, Dray ? lança Blaise sans y croire.

- S'il a survécu à deux sortilèges de la Mort, il survivra à des imbéciles intéressés, répliqua le blond en haussant les épaules.

Les trois observèrent le Griffondor se débattre pendant un bon moment, puis une voix que Draco reconnut immédiatement vint de sa droite.

- Draky-chou ?

- Parkinson, grinça-t-il sans même forcer un sourire.

La brune était engoncée dans une robe qui était tout sauf adaptée à son teint et sa carrure, et était flanquée de Daphnée Greengrass et Millicent Bullstrode.

- On dirait qu'il y en a au moins quelques-une qui préfèrent le blond au brun, marmonna Blaise avec un sourire railleur.

- Draco, les danses vont commencer, le pressa Daphné. Tu devrais choisir ta partenaire pour la première danse, ajouta-t-elle avec un sourire charmeur.

Draco la regarda de haut en bas et conserva son air impassible. Puis un petit sourire effleura le coin de ses lèvres.

- En effet. Je vais aller lui demander si elle veut bien me l'accorder.

Et il s'éloigna d'un pas gracieux, sans tenir compte du glapissement outré derrière lui ni du rire de Blaise mal camouflé en quinte de toux. Il n'eut pas à chercher longtemps pour trouver la personne qu'il cherchait, et s'approcha d'elle avec un sourire bien plus sincère.

- Mère, voudriez-vous bien m'accorder la première danse ?

Narcissa laissa son regard refléter son amusement pendant une fraction de seconde, puis posa sa main dans celle de son fils.

- Avec plaisir, Draco.

Ils se dirigèrent vers le centre de la salle, et la lumière changea lorsqu'ils se mirent en position. Quand la musique commença, une simple valse, leurs mouvement s'accordèrent sans la moindre hésitation. Ils dansèrent en silence pendant une trentaine de secondes, laissant d'autres couples se joindre à eux, avant que Narcissa murmure un commentaire.

- On dirait que tu n'es pas le seul à tricher ce soir, mon dragon.

Elle lui indiqua discrètement une paire de danseurs à sa droite, et Draco lança un rapide coup d'oeil dans la direction indiquée. Lorsque son regard revint vers sa mère, il arborait un petit sourire amusé. Potter avait rejoint la piste avec Andromeda, une manoeuvre intelligente pour éviter la horde de prétendantes qui voulaient l'honneur de sa première danse.

Tout au long de la valse, il jeta des regards discrets dans la direction du Griffondor et de sa tante. Potter n'était pas le meilleur danseur de la salle, mais il se débrouillait de façon convenable et Andromeda l'aidait discrètement lorsqu'il faisait un faux-pas.

Lorsque les dernières notes retentirent et que les danseurs se saluèrent, Draco remarqua l'armée de sorcières en robe avec ou sans froufrous qui trépignait. Dès la fin de la musique, elles se dépêchèrent vers les deux meilleurs partis disponibles.

- Draco !

- Monsieur Malfoy !

- Pourrais-je avoir l'honneur d'être votre cavalière ?

- Une danse, s'il vous plait !

Avant que l'héritier Malfoy puisse de nouveau demander à sa mère, celle-ci s'éclipsa vers son père, qui comptait de toute évidence lui enlever cette option. Il était en train de réfléchir à un moyen de se sortir diplomatiquement de ce bourbier quand une main se posa sur son épaule.

- Mesdemoiselles, j'espère que vous ne m'en voudrez pas si je vous l'enlève un moment.

Harry était à côté de lui, sa propre horde d'admiratrices à sa suite, et avait plaqué un sourire crispé sur son visage. Lorsqu'il se tourna pour regarder Draco dans les yeux, le Serpentard comprit l'appel à l'aide aussi clairement que s'il avait été formulé à voix haute.

- Il te faut quelque chose, Harry ? demanda-t-il avec le ton le plus amical possible.

- Je m'inquiète pour mon filleul, on le laisse rarement seul aussi longtemps.

- Naturellement, accepta-t-il aussitôt. Si vous voulez bien m'excusez, ajouta Draco en se tournant vers les sorcières, mon devoir d'hôte m'appelle.

Une nuée de soupir déçus retentit autour d'eux. Draco était prêt à quitter la piste de danse aussitôt, mais Harry avait une dernière idée en tête.

- Je crois avoir vu Blaise Zabini et Théodore Nott près du buffet, lança-t-il l'air de rien. Vous devriez leur demander de vous accompagner, je suis certain qu'ils seraient enchantés d'avoir de si ravissantes partenaires.

Quelques gloussements répondirent à sa flatterie, et cinq ou six d'entre elles se dirigèrent droit sur les cibles qui leur avaient été désignées pendant que les deux sorciers sortaient de la salle.

Une fois qu'ils eurent franchi les portes et mis un ou deux couloirs entre eux et la salle de bal, Draco s'autorisa un petit rire.

- Je n'aurais pas cru que tu pourrais être aussi retors, Potter.

- Je vous ai vus vous payer ma tête tout à l'heure, répliqua Harry. Je leur renvoyais juste l'ascenseur.

- C'était bien joué, reconnut le blond avec un sourire identique.

- Merci pour le compliment, fit le Griffondor avec une courbette exagérée.

Ils restèrent un instant de plus à échanger un sourire complice, puis Draco reprit son chemin.

- Ma mère a dû installer ton filleul au premier étage, indiqua-t-il. Mieux vaut qu'on y soit si c'est notre alibi.

- Et moi qui croyais que tu adorais les évènements mondains, s'amusa le brun.

- Pas quand la moitié des invités cherche à me fiancer à l'autre moitié, marmonna le Serpentard.

Ils arrivèrent devant la porte, et Draco l'ouvrit en silence. Il s'agissait d'une petite pièce dans des nuances de bleus et de blancs très doux, avec un canapé, une petite table haute et un berceau à côté duquel Kreattur veillait. L'elfe de maison se retourna et s'inclina devant les deux sorciers.

- Maître Harry Potter, Maître Draco Malfoy.

- On va s'occuper de Teddy pendant... combien de temps on peut rester ici avant d'être obligés d'y retourner ? grimaça Harry.

Draco réfléchit un instant.

- Probablement une vingtaine de minutes, pas davantage, soupira-t-il.

- Kreattur peut aider, intervint l'elfe.

Les deux sorciers se tournèrent vers lui, l'un avec surprise et l'autre avec espoir.

- Tu pourrais faire ça ? demanda Harry.

- Kreattur peut aller chercher de quoi faire le biberon du jeune Maître Teddy à la cuisine et prévenir Lady Malfoy et Dame Andromeda que vous êtes occupés.

- Tu pourrais faire ça dans quinze ou vingt minutes ? fit le brun avec un grand sourire.

- Kreattur peut faire ça, Maître Harry.

- Ça me semble parfait. Merci beaucoup, Kreattur.

L'elfe s'inclina, et disparut. Draco était éberlué, et tentait de le cacher comme il pouvait. Harry lui adressa un clin d'oeil.

- Je t'avais dit de ne pas le sous-estimer. On vient de gagner une demi-heure facile.

- Potter, ça ne prend pas une demi-heure de nourrir un bébé.

- Non, mais à supposer qu'il tâche ma veste pendant son rot, il faut le temps de la nettoyer sans abîmer le tissu, d'enlever l'odeur... tout un tas de petites choses qui prennent du temps, expliqua le Griffondor avec un regard entendu.

Draco haussa un sourcil, mais finit par sourire d'un air tout aussi machiavélique.

- Ingénieux. Bien joué, Potter.

Celui-ci s'approcha du berceau pour vérifier que son filleul allait bien, et répondit sans regarder son interlocuteur.

- Tu sais, au point où on en est, tu peux m'appeler par mon prénom tout le temps, suggéra le Griffondor en posant ses mains sur le cadre en bois blanc.

- Pardon ?

- On s'appelle par nos prénoms devant ta mère et en public, rappela Harry en haussant les épaules. Autant le faire en privé aussi. Sauf si ça te met mal à l'aise, ajouta-t-il doucement.

- Non, répondit le blond. C'est juste un peu étrange... Harry.

Le Griffondor releva la tête, un sourire sincère sur ses lèvres.

- Pas si étrange que ça... Draco.

Le Serpentard détourna le regard, et s'avança jusqu'au berceau à son tour. Il posa sa main sur le cadre, à une distance raisonnable de celles d'Harry.

- Parfois, j'ai du mal à réaliser que j'ai déjà un petit-cousin à dix-huit ans, admit Draco.

- Imagine ce que ça fait d'être parrain à dix-sept, pouffa Harry.

- Vu la situation, tu dois même te sentir plus comme son père que son parrain, non ?

Le Golden Boy se referma aussitôt et son visage s'assombrit.

- Remus et Tonks m'ont confié leur fils, déclara-t-il. Je ferai tout ce que je peux pour prendre soin de lui en leur absence.

La détermination qui vibrait dans sa voix remua quelque chose en Draco, et il posa sa main sur le bras de son rival avant même de réaliser qu'il avait bougé.

- Je sais que c'est dur pour toi, murmura-t-il. Mais tu n'as pas à tout porter sur tes épaules juste pour éviter à Andromeda d'être épuisée.

- Je ne vais pas la laisser s'occuper de Teddy seule à son âge, répliqua Harry en serrant les doigts autour du bois. Pas alors qu'elle a perdu son mari pendant la guerre, que son gendre a disparu et que sa fille est dans le coma.

Draco soupira et leva les yeux au ciel en marmonnant une remarque qui ressemblait à "stupide Griffondor chevaleresque".

- Pott-Harry, se reprit-il. Je suis en train de te proposer de t'aider à t'occuper de Teddy.

Harry releva la tête, complètement pris au dépourvu par la suggestion de son rival.

- Pourquoi ? lâcha-t-il d'un air éberlué.

Son incrédulité dut se voir sur son visage, car Draco ne parut pas se formaliser de la question. Le Serpentard haussa les épaules, et tourna son regard gris vers le petit être qui dormait paisiblement.

- Bonne question, murmura le Serpentard. Peut-être parce qu'il fait partie de ma famille. Peut-être parce que j'ai rarement vu ma mère sourire autant que lorsque Teddy, Andromeda et toi êtes là. Et peut-être aussi parce que ta présence ne m'est pas aussi intolérable que tu sembles le penser.

Harry cligna des yeux, sans voix devant la déclaration inattendue du Prince de Glace de Serpentard. Il avait l'étrange sensation que Draco venait d'admettre quelque chose de bien plus important que ce que ses mots laissaient supposer. Après quelques secondes de silence, il remarqua que la main du Serpentard était toujours sur son bras.

Draco remarqua son coup d'oeil et enleva sa main pour la reposer sur le berceau. Harry perçut la perte de chaleur dès que le contact cessa, et détourna les yeux.

- On a presque terminé les plans pour la maison, déclara Harry en gardant son regard braqué sur son filleul. Si ton invitation est toujours valable, je peux venir passer quelques jours ici avec Teddy.

- Un Malfoy ne revient jamais sur sa parole.

L'atmosphère était en train de se muer en quelque chose de trop sérieux pour Harry. Son intuition lui disait que s'il ne reprenait pas très vite un ton plus léger, ils risquaient d'arriver sur des sujets qu'ils n'étaient absolument pas prêts à aborder.

Du moins, que Harry n'était pas prêt à aborder.

- Dans ce cas, tu peux me donner ta parole que ton père ne va pas chercher à m'attaquer dès qu'il me verra ? plaisanta le Griffondor. Il avait l'air furieux de me voir ce soir.

Draco nota le changement de ton, mais ne le releva pas. Il sentait également quelque chose changer, et n'était pas certain de vouloir prendre plus de risques que nécessaire. Quoi qu'il se passe entre Harry et lui, le lien qu'ils semblaient être en train de créer était encore fragile. À la place, il se remémora l'attitude de son père et laissa un soupçon d'humour transparaître dans sa voix.

- Mon père n'était pas furieux de te voir à proprement parler. Il est juste contrarié parce qu'il ne comprend pas ce que tu attends de nous.

- Ce que je... quoi ? s'indigna Harry. Il s'imagine que je fais tout ça pour obtenir quelque chose en échange ?

Teddy remua en dormant et fit une petite grimace, ce qui eut pour effet de faire aussitôt taire son parrain. Draco soupira, toute trace d'amusement disparue, et ses yeux fixèrent son petit-cousin sans le voir.

- Tu as eu un échantillon du monde dans lequel ma famille vit, Harry. Personne n'agit sans arrière-pensée parmi ces gens-là, expliqua-t-il d'un air sombre. Le moindre compliment est calculé, le moindre cadeau est un moyen d'annoncer ses intentions. Et ma famille est la plus puissante de Grande-Bretagne. Que ce soit de l'argent, du pouvoir, de l'influence politique, tout le monde espère obtenir quelque chose de nous.

Draco redressa la tête pour observer le Griffondor, qui avait l'air choqué. Ou bien ce genre de pensée ne lui avait jamais effleuré l'esprit, ou bien il avait sous-estimé la fausseté du monde aristocratique. Un sourire sans joie apparut sur les lèvres du Prince de Glace, et il continua avec un peu moins d'amertume dans la voix.

- C'est pour ça que mon père ne te comprend pas et que ma mère t'apprécie autant, expliqua le Serpentard. Tu ne cherches pas à nous plaire pour obtenir quelque chose.

- Bien sûr que non ! protesta Harry sur le ton de l'évidence.

- Harry, crois-le ou non, répliqua Draco avec ironie, mais après six ans à Poudlard, j'ai une assez bonne idée du type de personne que tu es. En revanche, tu vas avoir un peu plus de mal à convaincre mon père.

Harry ouvrit la bouche pour répliquer, puis la referma et fronça les sourcils. Un sourire machiavélique se dessina sur son visage, et il se rapprocha pour donner un petit coup d'épaule dans celle du Serpentard.

- Est-ce que c'est une façon de me dire que j'ai réussi à amadouer l'inapprochable Prince de Glace ? demanda-t-il d'une voix joueuse.

- Tch, souffla Draco en souriant. Comme si ça allait être aussi simple.

- C'est toi qui a dis que ma présence n'était pas si intolérable, rappela Harry avec un regard innocent.

- Pas si intolérable pour un Griffondor, corrigea Draco avec un regard joueur.

- J'aurais dû m'en douter, répliqua Harry. Je savais bien que ta proposition d'amitié avait expiré depuis le temps.

Draco se figea, son sourire disparut en un instant pour être remplacé par une expression choquée, et il sentit son rythme cardiaque adopter une fréquence bien trop élevée pour être normale.

- Tu-

Mais Teddy choisit ce moment pour se réveiller et commencer à pleurer pour réclamer à manger. Toute l'attention du Griffondor se focalisa sur le petit être dans le berceau.

- Teddy, je suis là, murmura-t-il en le prenant dans ses bras. Tout va bien. Kreattur ?

L'elfe apparut et s'inclina, et Harry lui donna une série d'instructions.

- J'ai besoin du biberon de Teddy et d'un torchon. Et tu peux aller prévenir Andromeda et Narcissa qu'on s'occupe de lui avant de revenir. Assure-toi que d'autres personnes entendent, ajouta-t-il avec un clin d'oeil.

- Bien, Maître Potter.

Draco aurait pu jurer que le vieil elfe de maison avait l'air amusé par la volonté de Harry d'éviter la foule. Il s'acquitta de sa première mission, et disparut de nouveau pour aller prévenir les soeurs Black. Harry positionna son filleul contre lui, et approcha le biberon – adapté au jeune âge de Teddy – de la petite bouche du bébé. Celui-ci cessa aussitôt de pleurer et commença à téter. Harry se détendit et vérifia qu'il était bien installé avant de relever la tête en souriant.

- Il en a pour dix ou quinze minutes normalement, indiqua le Griffondor. Qu'est-ce qu'on disait avant d'être interrompus ?

Draco se força à conserver son calme. Harry avait parlé sans réfléchir. Il s'agissait d'une simple blague, et rien de plus. Le Griffondor n'avait pas parlé avec l'intention de remuer le couteau dans la plaie en lui rappelant qu'il avait refusé son amitié. Il n'avait pas non plus conscience d'avoir rallumé un espoir éteint depuis sept ans. Le Serpentard se composa une expression poliment amusée pour répondre.

- Tu évoquais le fait que ma proposition d'amitié en première année était apparemment assortie d'une date de péremption, rappela-t-il d'un ton léger.

- Ce n'était pas le cas ? demanda Harry avec un air surpris.

Draco se répéta une dizaine de fois de ne pas surinterpréter ce que Harry était en train de dire. De façon visible, il haussa un sourcil et adopta un air sceptique.

- Une fois que tu as été envoyé à Griffondor et moi à Serpentard, déclara Draco avec prudence, je crois qu'il ne restait plus que la rivalité comme option relationnelle entre nous.

- Merlin, grommela Harry, pourquoi est-ce que les Serpentards compliquent toujours tout ?

- Ce n'est pas propre à ma maison, Pot-Harry, rétorqua Draco en se corrigeant. Je suis prêt à parier que Weasley n'a jamais été capable de parler de Serpentard sans animosité.

Le Griffondor voulut répliquer, mais en fouillant ses souvenirs, il fut forcé d'admettre que Ron n'avait jamais évoqué les élèves vert et argent avec autre chose que de la colère ou du mépris. Frustré par son incapabilité à défendre son ami en restant honnête, le Griffondor fronça les sourcils et se concentra sur Teddy.

En face de lui, Draco ferma les yeux en se pinçant l'arête du nez. Il inspira profondément avant de se recomposer un visage plus ouvert à la communication.

- Ce que j'essaie de dire... fit-il en hésitant. C'est qu'à l'époque, je n'avais pas le choix, socialement parlant. Tu avais déjà refusé mon amitié devant tous les première années. Je n'étais pas emballé à l'idée de me faire humilier en public une deuxième fois.

Harry ne quitta pas Teddy des yeux et resta silencieux. Draco soupira et croisa les bras sur sa poitrine. Visiblement, il y avait des choses que le temps lui-même ne pouvait pas changer. Il sentit l'amertume monter dans son esprit, et la laissa se glisser dans sa voix sans chercher à la dissimuler.

- De toute façon, à supposer que je renouvelle ma proposition aujourd'hui, tu la refuserais toujours.

Pendant quelques secondes, le seul bruit de la pièce fut celui de Teddy qui profitait joyeusement de son biberon, sans se soucier le moins du monde de la tension qui s'était instaurée.

- J'ai passé les dix-sept premières années de ma vie à faire ce qu'on attendait de moi, déclara finalement Harry.

Le Sauveur du Monde Sorcier releva la tête, et planta deux prunelles émeraudes dans les yeux de son rival.

- J'aimerais bien que maintenant, on me laisse prendre mes propres décisions, poursuivit-il.

Ce fut au tour de Draco de rester silencieux. Le sorcier blond avait toujours les bras croisés, dans un geste de défense aussi instinctif qu'inutile. Les barrières physiques ne protégeaient pas des mots, et il était dangereusement près de croire qu'il avait une chance d'être davantage qu'un rival pour le Golden Boy de Griffondor. Pour autant, il ne baissa pas les yeux.

Harry ne réalisait pas la force des pensées qui agitaient son interlocuteur. Il voulait simplement que Draco ait conscience qu'il était sérieux. Lorsqu'il fut certain que c'était le cas, son expression se relâcha et il laissa un sourire détendu s'installer sur son visage. Une étincelle joueuse s'alluma dans ses yeux, mais un bruit de Teddy lui indiqua que son filleul avait fini son repas.

Harry prit le temps de reposer le biberon sur la table, puis mit le torchon sur son épaule et fit faire son rot à Teddy. Lorsque le bébé eut terminé, son parrain essuya sa bouche et le reposa gentiment dans son berceau. Le Griffondor enleva le torchon sale pour le poser à côté du biberon, et fit de nouveau face à Draco.

Le Serpentard était resté aussi immobile que silencieux, et la tensionnqui émanait de lui était presque palpable. Sans s'en préoccuper, Harry fit un pas vers lui et tendit la main dans le geste universel de salutations.

- Draco, j'aimerais être ami avec toi.

Pendant une seconde, Draco crut qu'il avait mal entendu. Puis le choc arriva d'un coup, et céda la place à une méfiance instinctive.

- Potter, siffla-t-il, si c'est une blague, c'est-

Harry soupira et leva les yeux au ciel, ce qui interrompit sa protestation. Lorsque le brun croisa de nouveau son regard, Draco nota le sérieux indéniable derrière l'attitude détendue. Le Golden Boy de Griffondor était sincère. Draco réprima à grand-peine un début de rire incrédule. Après six années de rivalité acharnée et un an de guerre, il entendait les mots qu'il avait espérés à onze ans. Sans hésiter plus longtemps, il plaça sa main dans celle d'Harry.

Le contact lui donna l'impression fugace d'une petite décharge électrique, mais il ne s'agissait sans doute que de son imagination. À l'inverse, le sourire ravi du Griffondor était bel et bien réel.

- Amis, murmura Draco.