A/N : remerciez Dyonisos (et mes potes discord) sans qui je n'aurais pas eu le courage de m'atteler à ce chapitre pour le sortir à temps. Je sais qu'il est tard mais techniquement on est dimanche donc ça compte.
Réponse à Guest : Je suis ravie que cette histoire t'ait fait rire et qu'elle te plaise autant ! Ron est… meh, disons que je n'apprécie pas ce perso plus que ça et que ça se ressent un tantinet. J'espère que ce nouveau chapitre sera à la hauteur de tes attentes ;)
Résumé du chapitre précédent :
Draco arrive au Square Grimmaud et s'entend bien avec Neville, qui accepte sans problème son amitié avec Harry. Ron débarque, accuse Harry, qui réplique, puis Ron va trop loin. Draco le fait mettre dehors par Kreattur, puis rassure Harry pendant que Neville s'occupe de faire partir Ron. Draco et Harry discutent, Draco fait son coming out, Harry réalise plusieurs choses sur lui-même, et accepte sans faire attention de passer quelques jours au manoir Malfoy.
Harry et Draco arrivèrent au manoir environ une heure plus tard, le temps pour Harry de finir de préparer ses affaires avec l'aide de Kreattur et de prévenir ses amis qu'il ne serait pas au Square Grimmaud pendant quelques jours.
Ils eurent à peine le temps de franchir les portes d'entrée que Narcissa les approcha avec un sourire pour les accueillir, visiblement ravie de leur présence.
- Harry, je ne m'attendais pas à te revoir aussi tôt, déclara la sorcière. J'espère que Draco ne t'a pas forcé à revenir, ajouta-t-elle en regardant son fils.
- Je n'oserais pas, mère, répondit celui-ci avec un air innocent.
Harry se retint de justesse de lancer un regard noir à ron ex-rival ou de lui décocher un coup de pied dans le mollet. La sorcière blonde ne parut pas dupe, et une petite étincelle amusée s'alluma dans son regard.
- Dans ce cas, peut-être pourrions-nous en discuter dans un des salons ?
Malgré la formulation, il était évident qu'il s'agissait davantage d'un ordre que d'une question. Harry et Draco suivirent Lady Malfoy pendant qu'elle donnait une série de consignes à un elfe de maison.
Contrairement à la première fois où il avait été invité, Harry eut la surprise de voir l'aristocratique Lady Malfoy les mener à un salon bien plus grand que celui dans lequel il avait été reçu la première fois. Il devait faire environ le double du salon de la maison des Black, et était intégralement décoré dans les couleurs de Serpentard. Même le sol était en pierre noire polie dans laquelle couraient des éclairs verts aussi fins que des veines. À sa surprise, l'ambiance était très différente de celle du Square Grimmaud malgré des choix de couleur similaires.
Un canapé émeraude assez large pour quatre personnes faisait face à une table basse disposée devant une immense cheminée, actuellement éteinte. Trois fauteuils étaient répartis de chaque côté de la table pour compléter l'espace sans l'enfermer.
Narcissa s'assit élégamment dans le fauteuil à la droite du sofa, sa longue robe noire suivant sa silhouette à la perfection. Elle indiqua aux deux jeunes sorciers de s'installer, et ils optèrent pour les deux autres fauteuils disponibles en face d'elle, peu enclin à se risquer sur le canapé.
Une fois qu'ils furent tous assis, Narcissa s'adressa à eux avec un regard amusé.
- Donc, Harry, que nous vaut le plaisir de ta visite ?
- J'aimerais également le savoir.
Harry et Draco se tournèrent vers la porte du salon, qui s'était ouverte pour laisser entrer Lucius Malfoy. L'aristocrate était aussi impassible que de coutume, et s'avança pour s'asseoir dans le canapé en posant sa canne à côté de lui.
- J'imagine que vous ne voyez pas d'inconvénient à ce que je me joigne à vous.
Le Griffondor se retint de lever les yeux au ciel, mais était néanmoins assez amusé de voir que les parents de Draco avaient la même façon d'imposer les choses de façon indirecte.
- Pas le moindre, Lucius, répondit Narcissa.
À ce moment, du thé et un plateau de biscuits apparurent sur la table basse. D'un geste, Lucius fit léviter les tasses jusqu'à leur destinataire respectif, et regarda Harry pour lui indiquer de reprendre là où ils s'étaient arrêtés.
Le brun fut surpris de constater que le père de Draco semblait le regarder avec un tout petit peu moins d'animosité et de méfiance que la veille. Toutefois, à la lumière de ce que Draco lui avait expliqué, Harry comprenait mieux les raisons de l'aristocrate. Il soutint son regard sans ciller, et répondit avec honnêteté.
- Draco m'a invité à passer une semaine au manoir, le temps que la demeure des Black soit remise à neuf avec les plans qu'on a préparés. J'ai conscience que le délai est assez court, ajouta Harry, et si ma présence vous gêne, je peux évidemment décaler ou annuler.
Lucius continua à l'observer en silence pendant un instant, puis échangea un regard avec sa femme, qui hocha la tête d'un air distingué.
- Un Malfoy ne revient pas sur sa parole, répondit-il d'un ton solennel. J'imagine que vous avez une raison pour nous en avertir à la dernière minute.
Narcissa, qui s'était contentée d'indiquer à son mari qu'elle était au courant de l'invitation et l'approuvait, sentit l'atmosphère s'assombrir. Harry s'était montré poli et respectueux, bien qu'un peu tendu à partir du moment où Lucius était entré. Mais la dernière phrase avait jeté un voile sur son expression et un éclair blessé fusa dans ses prunelles vertes.
La sorcière fronça les sourcils, et choisit d'intervenir en voyant le Griffondor détourner le regard. Narcissa claqua des doigts et un elfe apparut, attirant tous les regards vers elle.
- Tilly, va mettre les affaires de Harry dans la chambre améthyste du deuxième étage et montre-lui où elle est située.
L'elfe de maison s'inclina, et s'approcha de Harry qui dévisagea la mère de Draco avec un air surpris. Celle-ci lui adressa un sourire rassurant.
- Les questions pourront attendre que tu sois installé. Si tu as la moindre hésitation sur la façon de t'orienter dans le manoir, n'hésite pas à demander à Tilly.
- Merci, murmura le Griffondor en se levant.
La sorcière attendit qu'il soit sorti de la pièce pour laisser tomber son masque rassurant et se tourner vers son fils en fronçant les sourcils.
- Draco, qu'est-ce qui s'est passé ?
L'héritier Malfoy hésita une fraction de seconde avant de se décider, l'air aussi sombre que Harry.
- Weasley. Voilà ce qui s'est passé.
Lucius haussa un sourcil, l'air à la fois peu surpris et vaguement intrigué par l'information.
- Mais encore ? demanda-t-il.
Draco haussa les épaules et laissa le mépris s'afficher clairement sur son visage. L'intervention de l'idiot qui prétendait être le meilleur ami de Harry était encore fraîche dans sa mémoire, et il éprouvait un vague regret à l'idée d'avoir laissé l'elfe de maison se charger de lui.
- Londubat était là-bas quand je suis arrivé, expliqua Draco, et Weasley a débarqué quelques minutes après moi en braillant. Apparemment, Harry ne peut pas être ami avec moi.
- Ridicule, déclara Narcissa avec dédain. Pour quel motif une amitié entre vous serait-elle impossible ?
- D'après Weasley, je suis seulement intéressé par ce que Harry peut m'apporter et je ne pense qu'à le manipuler pour arriver à mes fins, poursuivit Draco.
- Et qu'a répondu Potter à ces accusations ? s'enquit Lucius d'un air désintéressé.
Le prétendu manque d'intérêt du patriarche Malfoy pour la discussion ne trompa ni sa femme, ni son fils. Il était évident que Lucius était curieux de savoir comment son invité imprévu avait réagi lorsque le sorcier roux avait insulté son héritier. Une lueur de satisfaction s'alluma dans le regard de Draco, et il reposa sa tasse pour appuyer sa tête sur une main, son coude posé sur l'accoudoir du fauteuil.
- Qu'il ne pensait pas que c'était le cas, mais qu'il était prêt à prendre le risque. Harry a ajouté qu'à l'heure actuelle, Weasley était celui qui essayait d'obtenir quelque chose de lui. Même Londubat avait l'air choqué.
Narcissa laissa échapper un petit rire et Lucius écarquilla les yeux. Aucun des deux ne s'était attendu à ça, et Draco était prêt à jurer que son père était en train de retenir une esquisse de sourire satisfait. L'arrogance des Weasley depuis la fin de la guerre, en particulier de la part de la mère et du plus jeune fils, commençait sérieusement à l'agacer. Entendre qu'Harry Potter avait pris le parti de son fils plutôt que celui du benjamin Weasley n'était par conséquent pas pour lui déplaire.
- Et qu'est-ce que ce déplorable personnage essaie d'obtenir de ton nouvel ami, Draco ? demanda Lucius.
Le sourire du plus jeune Serpentard s'élargit, et son regard se teinta d'un léger amusement.
- Il veut que Potter intervienne auprès de Granger pour qu'elle devienne sa petite amie.
Un silence régna pendant quelques secondes, puis Narcissa bu une gorgée de thé et fit une moue désapprobatrice.
- Consternant, déclara-t-elle. Il ne manque à cette jeune fille qu'un statut de sang correct pour faire d'elle un excellent parti. Je suis certaine que plusieurs familles seraient prêtes à passer outre cet inconvénient pour l'accueillir, surtout au vu de ses connexions et de ses capacités intellectuelles. Se lier au jeune Weasley reviendrait à gâcher son potentiel.
- Elle reste une- intervint Lucius.
- Une amie de Harry et la seule à avoir de meilleurs résultats que moi aux examens, rappela Draco.
Pendant une fraction de seconde, Draco craint que son père insiste sur l'importance de la pureté du sang au-dessus de tout le reste. Heureusement, celui-ci laissa couler la remarque et se contenta de pincer les lèvres d'un air désapprobateur.
En voyant son fils relâcher la tension dans ses épaules, Narcissa intervint pour ramener cette conversation au sujet qui les intéressait.
- Je suppose que Harry a rejeté sa demande ?
Le regard reconnaissant que son fils lui adressa la conforta dans son idée qu'elle devrait de nouveau discuter avec Lucius sur la façon d'aborder certains sujets.
- Il a refusé, confirma Draco. À partir de là, le ton est monté entre eux. Et Weasley a fini par cracher que Harry refusait d'intervenir parce qu'il allait finir seul toute sa vie, acheva le Serpentard d'un air sombre.
- Si ce misérable sorcier de basse condition s'imagine que Potter va avoir du mal à se marier, déclara hautainement Lord Malfoy, il est encore plus stupide que je ne l'aurais cru possible.
- J'ai le sentiment que c'est plus compliqué que ça, souleva Narcissa.
Draco hocha la tête, le regard toujours orageux.
- J'ai aussi eu du mal à comprendre pourquoi une remarque aussi stupide a suffi à blesser Harry au point que ça arrête leur dispute, confirma Draco.
Lorsqu'il jeta un coup d'oeil à ses parents, il nota que sa mère avait l'air furieuse à l'idée que quelqu'un ait pu blesser Harry, et que son père avait l'air confus par sa révélation.
- Harry ne cherche pas une alliance politique, financière ou un fan qui accèdera à tous ses désirs. Il veut un mariage d'amour.
La stupéfaction qui se peignit sur les traits de Lucius dura deux bonnes secondes avant que son masque se remette en place. Et même une fois celui-ci de retour, l'aristocrate semblait bousculé par l'information.
- Voilà qui change... beaucoup de choses, murmura-t-il.
De son côté, Narcissa ne fut pas surprise outre mesure par la nouvelle. Quelques rencontres avec Harry suffisaient amplement pour comprendre quel genre de personne le jeune homme était. Toutefois, être aimé et accepté pour qui il était représentait une exigence presque incompatible avec le fait d'avoir sauvé le monde sorcier. Une bouffée de compassion la submergea pendant un bref instant, puis elle se recomposa une expression impassible.
- Cette information ne fait que démontrer la bassesse de la remarque de Weasley. J'ose espérer qu'il a été éconduit immédiatement après une telle insulte.
Tandis que son fils expliquait brièvement ce qu'il s'était passé après la dernière attaque verbale, Lady Malfoy observa son mari du coin de l'oeil. Lucius était préoccupé par ses pensées au point d'à peine prêter attention au récit de son fils. Durant les explications de Draco, Narcissa nota mentalement que le jeune Londubat avait l'air plus prometteur que ce que Severus en avait dit pendant des années. À tout le moins, il semblait être un ami sur lequel Harry pouvait compter.
Lorsque Draco acheva son récit, elle se leva avec grâce et sourit à son fils.
- Tu as pris la bonne décision, le félicita-t-elle. J'ai quelques lettres à écrire avant le diner, je vous y retrouverai.
- Je serai dans mon bureau également, intervint Lucius.
Au final, les trois Malfoy sortirent du salon et prirent chacun une direction différente.
Draco se dirigea vers la chambre où Harry avait été placé, et toqua à la porte une fois qu'il fut devant.
- Entrez !
Le sorcier blond entra, referma la porte derrière lui et retint de justesse un sourire amusé. Harry avait l'air aussi mal à l'aise que possible dans la chambre que sa mère lui avait attribué. La décoration et le mobilier étaient entièrement dans les tons ivoire et améthyste, donnant à l'ensemble de la pièce une impression de luminosité et d'élégance. Peut-être un peu trop élégant pour le Griffondor, qui n'était pas habitué à ce genre de standing. Cela étant dit, Harry sembla se rasséréner en voyant qui était son visiteur, et s'appuya contre un des poteaux du lit à baldaquin pour le fixer du regard.
- Vous avez fini votre réunion familiale ?
- Qu'est-ce qui te fait croire que c'en était une, exactement ? répliqua Draco d'un air joueur.
Le sorcier brun leva les yeux au ciel et croisa les bras sur sa poitrine.
- Sérieusement, je ne suis pas idiot au point de ne pas me rendre compte que ta mère voulait que je m'en aille.
- Elle pourrait avoir simplement remarqué que les questions de mon père te mettaient mal à l'aise, contra Draco.
- Malfoy.
Le Serpentard sourit un peu plus largement, et s'appuya à son tour contre le mur le plus proche. Les sourcils froncés de son ex-rival et le retour à son nom de famille revenaient à admettre qu'il reconnaissait avoir perdu leur joute verbale. Du moins, Draco l'interpréta comme tel. Et puisque Weasley avait probablement épuisé la dose de patience de Harry pour la journée, Draco pouvait se permettre de se montrer magnanime envers son ex-rival.
- Je leur ai fait un résumé de ce qui s'était passé avec Weasley.
Harry grogna de frustration et enfouit son visage dans ses mains.
- Tu n'as pas à être embarrassé, lui indiqua Draco. Ma mère approuve ta décision à propos de Granger, et si possible, elle est encore plus favorable qu'avant à ta présence.
- Évidemment, ironisa le brun sans sortir la tête de ses mains. Laisse-moi deviner le reste, ton père a cligné des yeux deux fois et accepté de ne pas me tuer tout de suite ?
Draco hésita. Les réactions de son père avaient été assez inhabituelles, et il n'était pas certain de les avoir interprétées correctement. Le temps qu'il se décide, Harry était sorti de sa cachette improvisée et le regardait avec plus de curiosité que d'embarras.
-Mon père, déclara Draco après une minute de réflexion, a été surpris que tu prennes ma défense. Et il ne s'attendait pas à ce que tu ne cherches pas un mariage d'intérêt. Disons que tu lui donnes matière à réfléchir et qu'il n'a pas encore pris sa décision définitive.
- Tu leur as dit que je ne cherchait pas un... Oh par Merlin, grommela le Griffondor.
L'embarras colora les joues de Harry en quelques secondes, et Draco étouffa un rire.
- Il ne comprenait pas pourquoi la remarque de Weasley t'avait affecté, offrit le Serpentard en guise d'explication.
Le regard noir que Harry lui lança fut sans aucun effet sur lui, et Draco lui adressa un grand sourire. Avant que le Golden Boy puisse prononcer la moindre menace à voix haute, Draco reprit la parole.
- Il nous reste du temps avant le diner, annonça-t-il. On peut être sur le terrain de Quidditch dans quinze minutes pour régler notre petit défi de tout à l'heure.
L'étincelle qui s'alluma dans les yeux verts lui confirma qu'il avait choisi la bonne distraction. Harry ne résistait jamais à ses challenges. Draco sortit de la chambre sur un dernier sourire arrogant, calculé pour exciter la fibre compétitrice de son Griffondor favori.
-o-oOo-o-
Dans la soirée, lorsque Harry appela Hermione en utilisant la cheminée d'un des salons, celle-ci répondit presque immédiatement.
- Harry ! fit-elle avec un grand sourire.
- Salut Hermione, sourit-il. Comment tu vas ?
- J'ai localisé mes parents ! lui annonça-t-elle joyeusement. Ils ont une maison à Ipswich, dans le Queensland.
- C'est génial !
Le sorcier brun était ravi pour sa meilleure amie, dont une des inquiétudes majeures venait de s'apaiser. Savoir que ses parents étaient en vie et heureux la soulageaient de toute évidence d'un grand poids. Toutefois, l'expression euphorique d'Hermione ne dura pas, et Harry remarqua le pli qui creusait le front de la sorcière dans les braises.
- 'Mione ? demanda-t-il doucement.
- Harry, je... et si j'étais en train de faire une erreur ? souffla-t-elle. Ils sont heureux sans moi, et si je venais tout gâcher ? Si je me trompais et que j'effaçais toute leur mémoire ? Et si je-
- 'Mione, stop, l'interrompit Harry avec gentillesse. Respire. Tu sais qu'ils seront heureux de te retrouver et d'apprendre que tu vas bien. Ils ont besoin de toi comme tu as besoin d'eux.
- Mais si je faisais une erreur au moment de lancer le sortilège ? le pressa-t-elle. Harry, ils pourraient finir comme Lockhart !
Le Golden Boy toussa d'un air embarrassé, et essaya de détourner le regard, ce qui n'avait rien d'évident dans une conversation par cheminée.
- À ce sujet... commença-t-il.
L'expression de sa meilleure amie se fit aussitôt soupçonneuse. Elle connaissait ce ton et savait qu'il servait généralement de prélude à un aveu qu'elle allait réprimander.
- La bibliothèque des Malfoy contient des livres qui ne sont pas à Poudlard et Draco m'a dit qu'il était d'accord pour regarder si certains contenaient des sorts qui pourraient t'aider, débita-t-il d'une traite.
Lorsque sa tirade ne reçut que le silence en réponse, Harry grimaça et commença à compter dans sa tête. Il en était à sept quand Hermione reprit la parole.
- Harry, fit-elle d'une voix menaçante.
Le concerné déglutit avec une certaine difficulté.
- Raconte-moi tout, ordonna-t-elle.
- Quand tu dis tout, tenta-t-il, tu veux di-
- Tout ce qui va me permettre de donner du sens à cette explication, le coupa la sorcière.
Trente minutes et de multiples interruptions plus tard, les deux Griffondors avaient achevé de résumer ce qu'Hermione avait loupé des derniers jours. La meilleure élève de son année soupira, et toisa son meilleur ami d'un regard lourd de reproches.
- J'accepte l'aide de Malfoy, fit-elle de mauvaise grâce, mais je tiens à avoir une conversation avec lui à mon retour.
- 'Mione, s'il te plait... plaida Harry.
- Et je vais définitivement avoir une conversation avec Ronald aussi.
- Tu-
- Et méfie-toi des Malfoy quand même. Au moins de Lucius, nuança-t-elle.
- Je-
- Et évidemment, dis bonjour à Andromeda et Teddy de ma part.
Harry n'essaya même pas d'intervenir après ça. À présent qu'elle avait pris sa décision, il n'y avait plus grand-chose à faire pour lui. Elle remarqua son air résigné, et pouffa avant que son regard s'adoucisse.
- Merci de me tenir au courant, Harry, fit-elle avec gentillesse. Je m'inquiète juste pour toi.
- Je sais. Moi aussi.
- Toi aussi tu t'inquiète pour moi ou toi aussi tu t'inquiète pour toi ? le taquina-t-elle.
- Les deux, sourit le sorcier brun avec un clin d'oeil.
Hermione sourit, et ils échangèrent leurs au revoir en promettant de s'écrire rapidement pour s'informer de leurs progrès respectifs.
-o-oOo-o-
Le petit-déjeuner se passa comme le diner de la veille. Harry avait l'impression de manger dans un restaurant haut-de-gamme et se sentait mal à l'aise, mais Narcissa et Draco l'aidaient quand il était un peu trop perdu. En revanche, aucun d'eux ne pouvait faire quoi que ce soit concernant la façon que Lord Malfoy avait de le fixer du regard.
Ils en étaient à la fin du repas lorsque Narcissa engagea réellement la conversation.
- Je pense que nous pouvons lancer les rénovations du Square Grimmaud dès aujourd'hui, qu'en dis-tu Harry ? s'enquit-elle.
- Erm... oui ? lança-t-il au hasard.
Un reniflement moqueur lui fit lancer un regard menaçant vers Draco, qui esquissait un début de sourire ironique.
- Naturellement, poursuivit Narcissa, Draco viendra avec nous pour donner les premières directions aux elfes de maison. Quatre ou cinq d'entre eux devraient suffire pour assister Kreattur et s'occuper de tout fixer en quelques jours, je pense.
Le Griffondor n'avait pas la moindre idée du temps que les travaux allaient mettre, mais il n'eut pas le temps de dire un mot avant que Lucius prenne la parole.
- Narcissa, Draco, allez-y tous les deux. Notre invité vous rejoindra plus tard.
- Père ? osa Draco.
- J'ai l'intention d'avoir une discussion avec monsieur Potter ce matin, déclara Lucius d'un air sérieux.
Harry perdit aussitôt quelques couleurs, et tenta de réfléchir à tout ce qu'il avait bien pu faire qui aurait pu offenser Lord Malfoy dans le peu de temps qu'il avait passé au manoir. Il retint une grimace en songeant qu'il ne s'était peut-être même pas rendu compte de ses erreurs, malgré l'aide de Narcissa et Draco. Il ignorait encore trop de coutumes Sang-Pur pour être certain de n'avoir pas commis un impair.
Cependant, Harry n'était pas assez fou pour aller à l'encontre de ce qui était plus un ordre qu'une information de la part de Lord Malfoy. Lorsque les deux autres Serpentards partirent avec une expression rassurante pour l'une, et une promesse que son père n'essaierait - en théorie - pas de le tuer pour l'autre, Harry se sentit tout à coup très esseulé.
Il rassembla néanmoins son courage et se dirigea jusqu'au bureau de Lord Malfoy. Une fois devant la porte en bois massif si sombre qu'il aurait aussi bien pu être noir, le Griffondor inspira un grand coup et toqua deux fois.
La porte s'ouvrit d'elle-même, et se referma dès qu'il fut entré.
Harry prit un instant pour observer la pièce. Des rayonnages en noyer prenaient tout le mur sur sa droite, remplis de livres triés selon un order qu'il n'essaya même pas de déterminer. Une cheminée massive occupait la majeure partie du mur d'en face, qui était en pierre apparente. Un fauteuil en cuir était installé à côté, et un petit meuble qui semblait contenir quelques bouteilles et des verres était situé à la droite du foyer. Le mur en face de Harry était percé d'une immense fenêtre, mais les rideaux marron sombre étaient tirés de façon à ce qu'elle ne laisse passer qu'une certaine dose de lumière.
Un immense bureau sculpté occupait presque tout l'espace devant la fenêtre. Les papiers, lettres et divers objets tels que plumes et bâtons de cire à cacheter était méticuleusement ordonnés, ne laissant aucun doute sur le sens de l'organisation de leur propriétaire.
Et derrière le bureau se tenait Lord Lucius Malfoy.
- Vous avez fini votre inspection ? demanda Lucius en haussant un sourcil.
Harry se sentit extrêmement gêné et espéra très fort que son expression n'était pas en train de trahir son embarras. Il pensait avoir été assez rapide et discret pour ne pas se faire remarquer.
- Désolé, s'excusa le Griffondor en passant une main dans ses cheveux. L'habitude.
Le Serpentard l'observa en silence un instant, l'expression indéchiffrable, puis lui désigna le fauteuil d'un geste de main.
- Asseyez-vous, Potter.
Harry se dirigea vers le siège sans réfléchir, et en même temps qu'il s'assit, un sourire amusé monta sur ses lèvres.
- Vous avez déjà pensé à devenir professeur, Lord Malfoy ?
- Je crains de ne pas avoir la patience requise pour cette carrière, répliqua l'aristocrate.
Lucius laissa un soupçon d'amusement briller dans son regard. Le garçon avait la même répartie qu'il avait à douze ans, lorsqu'il l'avait rencontré la première fois. Avec moins d'animosité dans les yeux, cependant. Le Serpentard retint un soupir en songeant que bien des choses avaient changé en l'espace de six ans, puis se reconcentra sur son invité. Lucius posa ses coudes sur son bureau et croisa ses mains.
- Je suppose que vous vous doutez du motif de cette conversation, annonça-t-il.
Il s'agissait d'une première façon subtile de jauger le sorcier en face de lui. La réponse de Potter lui donnerait une indication de ce qu'il voulait réellement, sans que Lucius lui-même ne dévoile ses propres intentions. Une méthode efficace, qui avait fait ses preuves à maintes reprises. À sa surprise, l'adolescent sembla se détendre et son attitude resta ouverte.
- Vous allez me menacer d'un sort pire que la mort si je fais du mal à votre femme et votre fils, énonça-t-il.
Le Serpentard haussa de nouveau un sourcil, surpris par le calme et la simplicité qui masquaient un sérieux indéniable. Potter était certain de ce qu'il avançait, et semblait accepter l'idée d'une menace de sa part sans hésiter. C'était à la fois étrange et inattendu.
- J'apprécie votre franchise, déclara Lucius avec sincérité. Je vais donc être franc également et aller droit au but. Qu'attendez-vous de moi et de ma famille ?
Les émotions qui se succédèrent sur le visage du Sauveur du Monde Sorcier étaient toutes lisibles, au point que Lucius s'en sentit destabilisé pendant un instant. Agacement, frustration et résignation s'enchaînèrent de façon aussi fluide qu'évidente, et donnèrent à l'aristocrate une première idée de la réponse de son interlocuteur. Après quelques secondes, Potter leva les yeux au ciel et s'enfonça dans le fauteuil avant de planter son regard droit dans le sien.
- Vous voulez une réponse honnête ? demanda le Griffondor avec une pointe de sarcasme.
Lucius se contenta de hocher la tête, curieux de ce que le jeune homme allait répondre.
- J'attends que vous arrêtiez de me regarder comme si j'allais vous poignarder dans le dos à la première occasion, déclara Harry. J'aimerais que Narcissa arrête de comploter avec Andromeda parce que j'ai peur de ce qu'elles sont capables de faire toutes les deux. Et j'espère vraiment que Draco n'est pas devenu ami avec moi juste pour redorer le blason des Malfoy.
Lord Malfoy demeura immobile pendant quelques secondes, puis se remit de son choc et fronça les sourcils.
- Je crois que vous avez mal compris ma question, monsieur Potter.
- Et moi je crois que vous avez très bien compris ma réponse, Lord Malfoy.
- Vous voulez me faire croire que votre opération de charme auprès de ma femme et de mon fils est purement désintéressée ?
Leur regard à tous les deux se fit plus agressif, mais Potter céda le premier et détourna les yeux.
- Non, admit le Griffondor, ce n'est pas complètement désintéressé.
Un triomphe au goût amer envahit l'esprit de Lucius. L'aristocrate savait dès le départ que tout espoir était vain, mais en entendre la confirmation n'était pas plus agréable pour autant. Au moins, le Sauveur du Monde Sorcier avait un sens de l'honneur assez développé pour le reconnaître.
- Je vous le redemande une deuxième fois, monsieur Potter. Qu'attendez-vous de ma famille et pourquoi vous êtes-vous rapproché de mon épouse et de mon héritier ?
La phrase était nette et précise, efficace et exigeante sans être impolie. Les deux sorciers entraient dans la phase des négociations et Lucius était plus que prêt à défendre les intérêts de sa famille, fut-ce contre les intentions du Sauveur du Monde Sorcier en personne.
C'est pourquoi la réaction du Griffondor le prit de court. Potter le regarda avec une tristesse qu'il n'attendait absolument pas. Même le sourire que le Griffondor lui adressa était empreint de lassitude.
- Draco m'a dit qu'il vous a raconté ce qui s'est passé avec Ron hier, commença Harry
- En effet, reconnut Lucius. Mais je peine à voir le rapport avec ce que je viens de vous demander.
- Draco n'a jamais rien attendu de moi. Enfin, rien à part être son rival et lui donner un moyen de prouver sa valeur et ses compétences, se reprit-il avec un sourire.
Toujours dans le flou concernant l'argument derrière cette déclaration pour le moins énigmatique, Lucius demeura silencieux. Le Griffondor poursuivit son explication, les yeux dans le vague.
- Mais Draco a... il a déjà tout, murmura Harry. Il n'y a rien que je puisse lui apporter qu'il n'a pas déjà. Et il n'hésite pas à me narguer quand il en a envie. Il me regarde et il me parle comme si j'étais quelqu'un de normal, pas juste un nom et un visage célèbre.
Le jeune sorcier retourna ses prunelles émeraude vers Lucius, qui soutint son regard sans ciller et nota la détermination qui brillait dans les yeux verts qui le dévisageaient.
- Vous ne vous en rendez probablement pas compte, expliqua Harry, mais c'est rare. Personne ne me regarde comme un être humain, à part mes amis les plus proches. Alors traitez-moi d'égoïste ou d'imbécile naïf si ça vous chante, mais je n'ai pas envie de perdre une relation pareille.
L'aristocrate resta impassible, mais une lueur de compréhension s'alluma dans ses propres prunelles. Lucius formula prudemment sa réponse.
- Vous vous êtes rapproché de Draco parce qu'il vous traite normalement plutôt que comme une célébrité ?
Un grognement frustré s'éleva du jeune homme, et Lucius afficha une expression réprobatrice par réflexe.
- Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise exactement ? s'énerva Harry. Que votre fils est assez intelligent pour rivaliser avec ma meilleure amie ? Qu'il est mon adversaire préféré au Quidditch ? Que je pourrais passer des heures à débattre avec lui sur des sujets stupides juste pour le plaisir ? Que je me sens flatté quand il laisse enfin tomber le masque pour montrer quelques-unes de ses émotions ? s'énerva le Griffondor. Parce que si c'est le cas, la réponse est oui à chaque fois, par Merlin ! Est-ce que c'est si compliqué que ça d'envisager que je peux juste aimer passer du temps avec lui et l'apprécier pour qui il est !?
Lord Malfoy laissa la stupeur apparaître pendant une fraction de seconde sur son visage avant de se reprendre, mais l'expression du sorcier brun lui indiqua que son interlocuteur s'en était rendu compte. Lucius chercha ses mots pendant un court instant avant de répondre.
- Votre discours est... inhabituel, finit-il par murmurer.
- Vous pensez que vous avez passé votre vie entouré de gens qui attendent quelque chose de vous ? lança le Griffondor d'une voix chargée d'ironie. Essayez la mienne.
Une certaine amertume animait ses paroles, et Lucius dut admettre que l'argument se tenait, d'autant plus pour un sorcier qui avait passé près de la moitié de sa vie sous la coupe de Dumbledore. Une part de Lord Malfoy, aussi insignifiante soit-elle, commença contre son gré à envisager que le jeune sorcier en face de lui puisse dire la vérité.
- Admettons que je crois en vos raisons concernant mon fils, déclara-t-il à contrecoeur. J'ai du mal à envisager que vous puissiez tenir le même discours concernant ma femme.
- Croyez-le ou non, répliqua Harry, je n'ai aucune idée de la raison pour laquelle Nar- votre femme m'aime bien.
Lucius ne prit même pas la peine de répondre et se contenta de hausser un sourcil. Son expression dubitative fut plus que suffisante pour encourager le Griffondor à poursuivre.
- Sérieusement, je n'en ai aucune idée, soupira le Griffondor. Mais elle m'a sauvé la vie et elle est...
Le Serpentard observa avec intérêt le jeune homme chercher un adjectif adéquat pour qualifier Narcissa. Il avait visiblement du mal à trouver un mot qui exprimerait sa pensée avec justesse.
- Elle est chouette, avoua-t-il.
La combinaison de l'adjectif et du sourire gêné qui l'accompagna prit Lucius complètement de court. Lord Malfoy parvint de justesse à éviter de se retrouver bouche bée, mais sut que ses yeux s'étaient écarquillés quand le Griffondor se mit à rougir et bafouiller des explications.
- Je veux dire qu'elle est toujours aimable avec moi, mais elle est aussi retorse quand elle veut, vous voyez ? Mais pas mal intentionnée, c'est juste que ça se voit qu'elle s'amuse à nous mettre mal à l'aise avec Draco, enfin si on peut vraiment dire que-
- Je vois ce que vous voulez dire, monsieur Potter, le coupa Lucius.
L'aristocrate laissa une infime esquisse de sourire relever le coin droit de ses lèvres. L'embarras du Golden Boy était plus amusant qu'il ne l'aurait cru, mais il aurait été de mauvais genre de le laisser s'embourber davantage. Sans compter que sa petite tirade n'était pas dépourvue de vérité. Dans l'ensemble, Lucius devait même admettre qu'il s'agissait d'une description relativement appropriée de son épouse.
Pendant que Potter essayait de retrouver sa carnation habituelle en esquivant son regard, le patriarche de la plus prestigieuse famille Sang-Pur de Grande-Bretagne prit son temps pour l'observer.
Malgré lui, Lucius commençait à voir ce qui avait charmé Narcissa et Draco chez le Griffondor. Une sincérité rafraîchissante, des émotions lisibles sans être envahissantes, et un intérêt qui se portait sur les personnes plutôt que sur les statuts ou les rumeurs. Une combinaison dangereusement efficace, à laquelle il devait admettre n'être lui-même pas aussi insensible qu'il le prétendait. Une part de Lucius commençait déjà à apprécier la personnalité du Griffondor et à vouloir baisser sa garde en sa présence.
Lord Malfoy se força toutefois à rester impassible. Toute sa vie, il avait appris à se méfier des apparences et à les utiliser à son avantage. Bien qu'il soit hautement improbable qu'un jeune homme d'à peine dix-huit ans puisse prétendre à un tel niveau de jeu d'acteur, Harry Potter avait déjà prouvé qu'il était capable de repousser les limites de l'impossible.
Son invité acheva de retrouver un calme apparent, et expira longuement avant de croiser de nouveau son regard. En un instant, les prunelles vertes se chargèrent de curiosité, à laquelle s'ajouta une touche d'humour.
- Vous avez fini de délibérer ? ironisa Harry.
Un semblant de sourire réapparut de nouveau sur le visage de Lucius, tout aussi fugace que le premier.
- Pas tout à fait, admit-il sur le même ton.
- Est-ce que je dois m'inquiéter pour ma vie ?
L'aristocrate recomposa son visage dans un masque totalement neutre, et fixa le jeune sorcier d'un regard impénétrable pendant une vingtaine de secondes, sans rien dire. Lorsque Potter commença à avoir l'air mal à l'aise, Lucius s'estima satisfait et répondit de façon à la fois détendue et subtilement menaçante.
- Pas pour l'instant. Mais sachez que je réserve mon jugement.
Le Griffondor écarquilla les yeux, puis se mit à rire quelques instants, avant de retrouver un calme apparent.
- Prévenez-moi quand le verdict sera prêt à tomber, fit le Griffondor avec un sourire de défi.
Lucius se contenta de hocher la tête, amusé par la réaction.
Presque une minute passa sans qu'aucun d'entre eux ne prononce un mot.
- Bon, déclara Harry, si c'est tout, je crois que je suis attendu ailleurs.
Lorsqu'il fit mine de se lever, Lucius leva une main pour le retenir.
- Attendez un instant, Potter, je n'en ai pas fini avec vous. Il y a un autre détail vous concernant que je voulais aborder avec vous en privé.
L'air absolument ahuri du plus jeune avait quelque chose de très satisfaisant. Lucius en profita pour laisser une nouvelle expression s'installer sur son visage.
Au vu de la pâleur qui s'installa soudainement sur les joues du Sauveur du Monde Sorcier, ce dernier n'avait pas prévu de se retrouver face à un sourire menaçant de la part de Lord Malfoy.
