A/N : je tiens à dire qu'écrire des articles de la Gazette est un exercice d'écriture qui m'amuse au plus haut point. Aussi agaçante que Rita Skeeter puisse être, écrire des articles à sa manière est très, très divertissant et je m'éclate à le faire.

Résumé du chapitre précédent :

Harry arrive au Manoir Malfoy, lui et Draco sont accueillis par Narcissa, puis Lucius (qui est toujours suspicieux). Harry est invité à aller voir sa chambre pendant que les trois Malfoy discutent, Draco explique l'altercation avec Ron à ses parents, Lucius est confus. Harry et Draco vont faire du Quidditch. Harry communique par cheminée avec Hermione, qui juge mais soutient ses décisions. Draco et Narcissa vont au Square Grimmaud pour diriger les rénovations, Harry est coincé dans une dicussion avec Lucius. Lucius a du mal à concevoir que Harry n'attend rien des Malfoy, mais admet intérieurement que le Griffondor n'est pas dénué de charme et envisage de l'aider (à sa manière).


Le lendemain matin, au Terrier, Molly et Arthur prenaient tranquillement leur petit-déjeuner en attendant que George, Ron et Ginny se lèvent à leur tour. Arthur avait posé un jour de congé, qui lui avait été accordé sans le moindre problème. La participation de toute la famille Weasley dans le combat contre le Seigneur des Ténèbres et le sort de Fred lui avaient valu une plus grande latitude de la part du Ministère. Bien qu'hésitant au départ, Arthur s'en servait désormais pour s'assurer que ses enfants, plus particulièrement George, réussissaient à se relever de la bataille de Poudlard.

Ginny fit son apparition la première, et sifflotait un air des Bizarr' Sisters en paraissant être d'excellente humeur. Ron descendit un peu après en ayant l'air plus endormi que réveillé, mais son visage s'éclaira à la perspective d'un bol de café et d'un petit-déjeuner complet. George arriva le dernier, des cernes sous les yeux, mais avec une expression relativement alerte. Depuis ce qui était arrivé à son jumeau, il avait l'air dans le vague la plupart du temps, et ne reprenait que petit à petit pied dans la réalité.

- Bien dormi, les enfants ? s'enquit Arthur.

- Très bien, sourit Ginny.

- On dirait que tu as reçu une bonne nouvelle, fit Molly en souriant à sa fille.

- Oh, juste une confirmation pour un rendez-vous avec Luna et Neville aujourd'hui, admit-elle en riant.

Ron grimaça à la mention du second nom.

- Pas sûr que Neville soit encore une bonne fréquentation, grommela-t-il entre deux tartines.

- Ronald, je t'ai dit cent fois de ne pas parler la bouche pleine, le fustigea Molly. On ne comprend pas un traître mot de ce que tu racontes.

- J'ai dit, répéta-t-il en fusillant sa soeur du regard, que Neville n'était plus une bonne personne à fréquenter.

- Pardon ? s'étonna Arthur. Depuis quand ?

Alors que Ron allait répondre, Ginny le devança avec une expression exaspérée.

- Depuis que Nev' m'a appelée pour que je rappelle à Ron que Harry est libre de choisir ses amis comme il le souhaite.

- Harry est mon meilleur ami ! protesta Ron. Ce sale serpent le manipule et personne ne ve-

- Arrête deux minutes de brailler pour rien, Ron ! le coupa Ginny. Qu'est-ce que ça peut te faire si Harry a décidé de donner une chance à Malfoy ?

- Oh, c'est encore à propos de cette histoire ? soupira Arthur.

Le sujet de la nouvelle amitié entre l'héritier Malfoy et le Sauveur du Monde Sorcier avait déjà été mis sur la table du Terrier à plusieurs reprises au cours des derniers jours.

Pour sa part, Arthur était encore un peu méfiant envers les possibles intentions de Lucius, mais considérait qu'Harry était libre de ses choix. De plus, il s'agissait d'une preuve de maturité de la part des deux jeunes sorciers. Enterrer la hache de guerre ne pouvait que les aider à avancer, et aux dires de Ginny, le jeune Malfoy n'avait encore rien fait qui permette à Ron de tenir un tel discours.

La jeune sorcière était pour l'heure très occupée à toiser son frère avec un éclat furieux dans ses yeux noisette.

- Tu n'as même pas l'honnêteté d'admettre que tu as été odieux envers Harry, déclara-t-elle.

- Ginny chérie, la morigéna Molly, il me semble que tu exagères. Ronald a raison de vouloir prévenir ce pauvre Harry des manipulations des Malfoy. Je suis sûre que toute cette histoire a été exagérée de toute façon.

- Maman ! s'indigna la benjamine. Ron a sorti à Harry qu'il allait finir seul toute sa vie quand il a refusé de persuader Hermione de lui donner une chance !

Aux mots de la jeune sorcière, George releva la tête, Arthur fronça les sourcils et Molly eut l'air choqué. Pour sa part, Ron s'empourpra aussitôt et fusilla sa soeur du regard.

- Harry est mon ami, il est censé m'aider !

- Ronald Weasley, est-ce que ce que ta soeur vient de dire est exact ? intervint Arthur d'une voix sombre.

- Non ! Enfin oui, admit-il après un hoquet indigné de Ginny, mais c'est plus compliqué que ça.

- Arthur, ne soit pas aussi sévère, le réprimanda Molly. Ronald n'a pas la vie facile en ce moment, entre Malfoy qui essaie de lui voler son meilleur ami et Hermione qui refuse de lui répondre.

- Maman, tu t'entends parler !? s'indigna Ginny. Hermione lui a déjà répondu ! Elle lui a dit non, et elle est même partie à l'autre bout du monde ! Qu'est-ce qu'il vous faut de plus à tous les deux !?

- Jeune fille, tu vas changer de ton immédiatement !

Incrédule face à la réaction de sa mère, la jeune sorcière se tourna vers son père avec une expression abasourdie. Arthur soupira, et tenta de calmer l'atmosphère.

- Ginny, ne crie pas sur ta mère et ton frère, s'il te plait. Molly, il faut admettre qu'Hermione a été assez claire sur ses intentions, plaida-t-il. Ron, il est temps que tu acceptes qu'elle ne retourne pas tes sentiments et que l'attaquer dans la Gazette ne va pas-

- Mon Ronald ne ferait jamais ça ! affirma Molly. C'est cette Skeeter qui a tout exagéré dans ses articles.

- Dans tous les cas, insista Arthur, si Hermione ne souhaite pas devenir ta petite-amie, Ron, tu dois respecter sa décision.

- Comment elle peut savoir que ça ne lui plait pas si elle ne veut même pas essayer ? grogna le concerné.

- C'est l'argument le plus stupide que j'ai jamais entendu, déclara abruptement Ginny. Si elle n'a pas envie, elle n'a pas envie, point final. Continue comme ça et tu vas perdre jusqu'à son amitié.

Elle s'interrompit un instant pour réfléchir, en ignorant les hoquets indignés et les regards abasourdis, puis acheva sa réflexion en haussant les épaules.

- En fait, si tu insistes, tu risques même de perdre Harry au passage. Parce que je te garantie que lui ne forcera jamais personne dans une relation.

Ron manqua de s'étouffer en entendant l'affirmation de sa soeur, et George émit un petit sifflement impressionné qui passa inaperçu.

- Ginny, tu vas trop loin ! la réprimanda Molly. Harry et Ronald sont meilleurs amis !

- C'est vrai ! appuya le concerné. Et même, ajouta-t-il d'un air orgueilleux, si Harry refuse de m'aider, c'est la preuve que Malfoy le manipule !

Ginny et Arthur le regardèrent avec une expression à mi-chemin entre confusion et consternation, Molly semblait perplexe, et George avait juste l'air blasé par les élucubrations de son frère.

Avant que qui que ce soit puisse reprendre la parole, un hibou apporta l'exemplaire quotidien de la Gazette du Sorcier et le laissa tomber sur la table.

- Tiens, remarqua Arthur d'un air amusé, on dirait que Harry fait encore la une aujourd'hui.

Le journal plié en trois laissait entrevoir le milieu de la première page, qui était apparemment encore occupée par une photo du Golden Boy. Cependant, lorsqu'Arthur déplia l'exemplaire, un concert d'exclamations surprises retentit dans la cuisine à la découverte du titre, et il lut l'article à voix haute.

Lord Potter

Par Rita Skeeter

Mes chers lecteurs et lectrices, accrochez-vous à ce que vous pouvez ! Votre dévouée reporter est encore elle-même sous le choc de la révélation exclusive : Harry James Potter a réclamé son titre !

C'est hier en fin de matinée que le jeune et séduisant célibataire s'est rendu au Ministère de la Magie pour faire la fameuse demande. Il va de soi que notre héros préféré a été immédiatement reçu par le Département de la Justice Magique, qui s'est empressé de lui accorder ce qui lui revenait de droit.

"C'était incroyable de le rencontrer en vrai" s'émeut Archibald Darnor, juriste spécialisé en succession. "On pourrait croire qu'un sorcier aussi exceptionnel que lui serait hautain, mais il a été parfaitement poli et courtois" ajoute-t-il les yeux brillants de larmes. "J'en ai vu passer, des héritiers de grandes maisons Sang-Purs, mais laissez-moi vous dire qu'aucun ne lui est jamais arrivé à la cheville !" (suite de l'interview en page 2).

Après avoir mis en émoi la moitié du Ministère par sa présence, notre preux Griffondor s'est rendu à Gringotts afin d'achever son oeuvre. Et tenez-vous bien, mes chers lecteurs et lectrices, mais le Golden Boy est désormais propriétaire des coffres des familles Potter et Black ! Sirius Black avait en effet désigné son unique filleul comme seul héritier de toutes ses possessions (plus d'informations page 3).

Mais - est-il encore besoin de le signaler ? - la grandeur d'âme du Garçon-Qui-A-Survécu ne saurait connaître de limites ! Le Héros de Griffondor s'est inquiété auprès des gobelins de ce que les membres encore en vie de la famille Black ne soient lésés par un tel testament ! (plus de précisions sur leurs relations page 3). C'est après un long débat que le Golden Boy est finalement reparti du légendaire établissement, sans dragon cette fois-ci (rappel de l'exploit page 4).

D'après une source que votre dévouée reporter ne saurait dévoiler, les patrimoines combinés des familles Potter et Black porteraient la fortune du Sauveur du Monde Sorcier parmi les dix plus importantes d'Europe. Sans surprise, le tout aussi jeune et non moins séduisant Draco Malfoy se place également dans cette liste, en tant qu'héritier des fortunes Malfoy et Lestrange. Toutefois, il est indéniable que notre Griffondor favori vient de prendre une longueur d'avance sur son rival dans les dernières vingt-quatre heures.

Mesdemoiselles, vous êtes prévenues ! Après la beauté, la puissance, le charisme et la célébrité, il faut désormais ajouter la richesse et le titre de noblesse au palmarès de Harry Potter... ou plutôt de Lord Potter.

Un silence incrédule accueillit la fin de sa lecture, puis Ron vira au cramoisi.

- COMMENT IL A PU ME FAIRE ÇA !?

-o-oOo-o-

L'article fut reçu bien plus favorablement au manoir Malfoy. Andromeda passa rendre visite à sa soeur la même matinée pour féliciter Harry, et laisser Teddy quelques jours au manoir.

Le lendemain, Draco emmena Harry dans la bibliothèque familiale avec la bénédiction de sa mère et l'approbation plus mesurée de son père, pendant qu'un des elfes de maison veillait sur Teddy avec la consigne de prévenir son parrain au moindre problème.

Les deux adolescents avaient décidé de profiter de la matinée pour chercher les livres susceptibles d'aider Hermione dans sa tâche. Passé la première réaction impressionnée du brun devant l'immensité de la collection, les deux sorciers s'étaient dirigés vers la section où Draco pensait pouvoir trouver ce qui les intéressait.

- On y est, Lord Potter, se moqua-t-il.

Harry le fusilla du regard.

- Arrête tout de suite de m'appeler comme ça.

- Je ne fais que respecter les règles de l'étiquette, répondit innocemment le sorcier blond.

- Je sais que tu fais ça juste pour m'énerver.

- Je ne prendrais pas le risque d'offenser un Lord.

Le Griffondor prit sa tête dans ses mains et grommela une série de jurons, tout en essayant de cacher son embarras.

- Rappelle-moi pourquoi j'ai suggéré qu'on soit amis déjà ?

- Mon charme naturel, évidemment.

- Évidemment, railla Harry.

Ce ne fut qu'une seconde plus tard que le Griffondor remarqua la légère trace d'inquiétude dans l'attitude de Draco. Sous ses airs affirmés, le Serpentard semblait toujours incertain de leur amitié, comme s'il attendait perpétuellement que le Golden Boy lui tourne le dos.

- Draco, soupira-t-il, tu sais que ce n'est pas parce que tu te moques d'un titre que ton père m'a forcé à aller chercher que je vais vraiment m'énerver contre toi ?

- Un Malfoy ne s'inquiète pas pour si peu.

Le sorcier brun se demanda pendant un instant s'il avait une chance de convaincre Lucius Malfoy de lui enseigner son fameux air dubitatif. Son expression aurait été la réponse parfaite à la réplique de Draco. À la place, Harry dévisagea le Serpentard avec l'expression la moins convaincue possible, que le blond ignora pour lire les titres des livres.

Au bout de quelques secondes de silence, il en sélectionna cinq qu'il fit léviter jusqu'à la table d'étude la plus proche. Harry le suivit en silence, à la fois décidé à avoir une vraie réponse et curieux du type d'ouvrages que son ex-rival avait choisis.

- On devrait pouvoir trouver les sortilèges qui affectent la mémoire dans un de ceux-là, indiqua Draco en s'asseyant.

- Tu penses que l'un d'entre eux contient un remède contre ta manie de ne pas répondre à mes questions ? fit Harry en choisissant le siège d'en face.

À sa grande satisfaction, le Serpentard releva enfin la tête pour croiser son regard.

- Je réponds toujours à tes questions.

- Seulement à quelques-unes, contra le Griffondor. Et encore.

- Harry, j'aimerais que tu te rappelles que j'ai reçu une éducation digne de ce nom. Je réponds aux questions quand on m'en pose.

- Par d'autres questions ou en esquivant.

- Touché, murmura Draco avec un sourire en coin.

Les deux sorciers échangèrent un sourire de connivence, puis Draco fit mine de vouloir saisir un des livres. Il sursauta lorsque la main de Harry se posa brutalement sur l'ouvrage en question pour l'empêcher de le déplacer. L'expression ennuyée qui apparut sur son visage n'eut aucun effet sur son interlocuteur.

- Si tu veux vraiment aider Granger, déclara le Serpentard avec sarcasme, il va falloir regarder l'intérieur des livres, pas juste leur couverture.

- Les livres peuvent attendre un peu, répliqua Harry. On a une conversation sérieuse à avoir tous les deux.

- Le Sauveur du Monde Sorcier a quelque chose à me dire qui nécessite une discussion privée ? J'en suis flatté.

- Draco, gronda Harry.

Le Griffondor sentait sa patience commencer à s'effilocher. Harry connaissait suffisamment son ex-rival pour savoir quand celui-ci cherchait à éviter un sujet. Draco était nerveux, Harry pouvait le voir à un millier de détails et de petits tics qu'il avait appris à reconnaître au fil des ans. Comme sa façon d'être un peu trop immobile en voulant avoir l'air indifférent, ou le fait que ses prunelles grises fixaient systématiquement un point sur sa gauche.

Draco avait toujours caché ses émotions à Poudlard, et cette tendance s'était accentuée pendant la guerre. Harry savait qu'il était le seul à pouvoir faire tiquer le Prince de Glace de Serpentard lorsqu'ils étaient à l'école. Peut-être était-il temps de voir s'il était toujours capable de faire sortir le fameux héritier Sang-Pur de sa carapace.

Par ailleurs, vu la teneur du message qu'il avait reçu la veille, Harry ne pouvait pas ne pas en parler à Draco.

- Kreattur m'a transmis une lettre de Ron hier soir, lança le Griffondor.

Draco se tendit aussitôt, et la légère contraction de sa main sur la couverture du livre n'échappa pas à Harry. Le Griffondor fit cependant comme s'il ne s'en était pas rendu compte et poursuivit.

- Il est furieux que je ne lui ai pas parlé avant de ce projet de Lord. D'après lui, c'est la preuve définitive que les perfides serpents que vous êtes me manipulent pour vos propres intérêts.

Ce fut au tour de la mâchoire du Prince de Glace de se crisper, mais il se retenait toujours de faire une remarque ou même de ramener son regard sur son interlocuteur.

- Il ajoute aussi dans son message que comme ta mère est une Black, pourquivit Harry sur un ton neutre, elle a dû profiter de la dette de vie que j'ai envers elle. Comme c'est une experte en Magie Noire, elle m'a ensorcelé pour que je sois sous votre contrôle.

Une aura de fureur glacée commença à entourer l'héritier Malfoy, mais il semblait déterminé à ne pas réagir verbalement. Harry devait admettre être impressionné par une telle maîtrise de soi. Lui-même aurait craqué et commencé à répliquer bien plus tôt.

- Mais, acheva Harry, Ron est prêt à me pardonner et passer l'éponge si je reviens à moi et que je retourne vers mes vrais amis, là où est ma place.

À cette dernière déclaration, Draco se leva d'un coup et posa violemment ses mains sur la table. L'air donna l'impression de claquer autour de lui lorsqu'une onde magique balaya l'espace autour d'eux. Sans se préoccuper de sa chaise tombée derrière lui, le sorcier blond fixa son ex-rival du regard.

À n'importe quelle personne extérieure à la scène, Draco aurait donné l'impression d'être furieux et sur le point d'attaquer le Golden Boy. Mais Harry plongea son regard dans les yeux gris du Serpentard, et y vit enfin les émotions que celui-ci s'efforçait de cacher.

Draco était déchiré par un mélange de colère, de résignation, et tout en-dessous, bien cachée derrière ce qui tentait de se transformer en agressivité, par la peur de voir son amitié rejetée une nouvelle fois.

- Alors c'est comme ça que ça va finir ? ironisa Draco avec un rire jaune. Par un ultimatum de Weasley ? Lui ou ma famille, et tu vas le choisir lui ?

- Et bien-

- Ne te donne pas la peine de répondre, le coupa le blond avec un sourire amer. Évidemment que tu vas le choisir lui. Tu penses vraiment que je n'en ai pas conscience ? Que j'imagine pouvoir rivaliser avec sept ans d'amitié et d'aventures mortelles ?

- C'est-à-dire que-

- Oh naturellement, ma mère t'a sauvé la vie dans cette maudite forêt, mais tu crois vraiment qu'elle ne nous a pas dit que tu avais payé ta dette en nous défendant au tribunal ?

Harry fronça les sourcils devant le sous-entendu. Il n'aimait pas la direction que prenait le discours du Serpentard.

- Je serais intervenu même sans ça, gronda-t-il.

Draco laissa échapper un rire amer, sans lâcher le Griffondor des yeux.

- Vraiment ? Tu nous aurais défendus, mon père et moi ? Ne me prends pas pour un idiot, Potter. Mon père était un Mangemort et tu as passé six ans à me haïr. Même un héros aussi parfait et magnanime que toi ne peut pas complètement oublier ça.

- Malfoy !

- Oh, on revient aux noms de famille ? remarqua le sorcier blond avec sarcasme. Tu vois, j'ai su dès le début que c'était trop beau pour être vrai. Que ça ne durerait pas, que tu faisais juste ce qui était attendu de toi en pardonnant à tes ennemis.

- Tu n'es pas mon ennemi ! protesta Harry en le fusillant du regard.

- Et je suis quoi alors !? cria Draco. Un accès à la haute société ? Un passe-temps en attendant que Granger revienne ?

Sans prévenir, Harry sauta par-dessus la table. Draco eut le réflexe immédiat de reculer, mais trébucha sur la chaise renversée et dut faire un mouvement avec les bras pour essayer de retrouver son équilibre, l'empêchant d'attraper sa baguette. Il n'eut pas le temps d'anticiper sa chute qu'une main saisissait son bras droit, et l'attirait en avant.

Sans comprendre ce qui se passait, Draco se retrouva piégé dans une étreinte par le Griffondor sur qui il était en train de crier deux secondes plus tôt. Harry avait enroulé ses bras dans son dos pour le serrer contre lui, et enfoui sa tête entre son épaule et son cou.

- Tu es un idiot avec de sérieux problèmes de communication, souffla Harry.

- Je... quoi ?

Le Griffondor comprit rapidement que toute la colère de Draco venait de s'évaporer pour le laisser abasourdi. Le sorcier blond resta figé pendant quelques instants, avant de prendre le Griffondor par les épaules et de l'éloigner de lui pour le regarder dans les yeux.

- Potter, à quoi tu joues ? siffla-t-il.

- Draco.

Harry s'assura que le Serpentard avait bien conscience qu'il avait insisté sur son prénom. Lorsqu'il reconnut la petite flammèche d'incertitude et d'espoir dans les yeux gris de son ancien rival, il continua avec un sourire affectueux.

- J'ai dit à Ron que s'il n'apprenait pas à contrôler sa jalousie, il n'y avait pas qu'Hermione qu'il risquait de ne pas revoir avant longtemps.

Draco écarquilla les yeux, toute notion de masque envoyée aux oubliettes.

- Mais il... Weasley et toi, vous êtes amis depuis le premier jour de Poudlard, objecta-t-il sans comprendre.

- Et alors ? répliqua Harry en haussant les épaules.

- Et alors ? reprit le Serpentard. Tu l'as choisi à ma place quand on avait onze ans !

- J'ai l'air d'être la même personne qu'à onze ans ?

Harry remarqua avec surprise que Draco prenait sa réplique au pied de la lettre, et retira les mains de ses épaules pour le détailler vraiment. Le Serpentard l'observa avec une telle intensité que Harry s'en sentit étrangement gêné. Lorsque leurs regards se croisèrent de nouveau, celui de Draco était différent. Plus solennel.

- Non, répondit-il.

- On a tous changé, sourit Harry en s'appuyant contre la table. Toi, moi, Hermione, Ron, Neville, Ginny, Luna, tout le monde. Et entre nous, ajouta-t-il avec un clin d'oeil, je préfère le Draco de maintenant au petit blond prétentieux qui prenait tout le monde de haut chez Madame Guipure.

Draco haussa un sourcil devant la référence à leur première rencontre, et laissa un sourire flotter sur ses lèvres. Il fit un pas en avant, en profitant de la proximité qu'il avait déjà avec Harry depuis que celui-ci avait sauté par-dessus la table. Le Griffondor observa son ex-rival se rapprocher et posa ses mains sur le bord de la table pour s'équilibrer lorsqu'il se pencha en arrière. Toutefois, il n'avait pas prévu que Draco pose ses mains entre les siennes et ses hanches pour se pencher également.

Leur position n'était pas si suggestive que ça, mais Harry sentit ses joues s'enflammer en voyant Draco s'approcher autant. Le sorcier blond avait un petit sourire sur les lèvres et arrêta d'avancer lorsque leurs visages ne furent plus qu'à une dizaine de centimètres l'un de l'autre.

- Et qu'est-ce que le Draco de maintenant a de mieux qu'à l'époque, exactement ? murmura-t-il.

Harry oublia de respirer pendant quelques secondes, complètement hypnotisé par deux yeux gris dans lesquels dansaient des éclats argentés. C'est à peine s'il réalisa que Draco venait de lui poser une question. Les battements de son coeur étaient en train de prendre toute la place auditive disponible dans sa tête, et Harry était persuadé que son cerveau venait de se mettre hors service.

Sans qu'il ait le moindre contrôle sur ses réactions, son regard descendit se poser sur les lèvres du Serpentard. Harry n'avait qu'à se redresser pour l'embrasser. Pour voir si elles étaient aussi douces qu'elles en avaient l'air. En un mouvement, il pouvait entourer ses bras autour des épaules de Draco, placer une main dans ses cheveux, l'attirer vers lui, voir si le contact entre leurs corps était aussi électrisant que la tension entre eux le promettait.

Harry revint d'un coup à la réalité, juste avant de bouger, quand il comprit ce qu'il s'apprêtait à faire. La réalisation lui fit l'effet d'une douche froide et il tourna la tête en essayant de respirer normalement, les yeux fermés.

- Harry ?

Le Griffondor tenta de recomposer une expression normale en entendant l'inquiétude dans la voix de Draco, mais sut qu'il avait échoué à la seconde où le visage du sorcier blond revint dans son champ de vision.

Draco avait l'air partagé entre la curiosité, le doute et l'arrogance. Comme s'il n'était pas sûr de ce qu'il venait de faire, mais que quoi que ça puisse être, il en était fier. Harry décida de jouer la carte de l'humour.

- Le charme Malfoy, fit-il en riant. Je crois que j'ai oublié de respirer pendant une minute.

- Hm. Ça ne répond pas exactement à ma question, ironisa le blond.

Harry essaya de le fusiller du regard, sans grand résultat. Draco s'était reculé, mais pas de beaucoup, et Harry se sentait toujours un peu piégé entre les bras de son ex-rival.

Il regretta aussitôt d'avoir formulé sa pensée de cette manière lorsque son esprit décida de lui fournir une toute autre illustration de la façon d'être piégé dans les bras de Draco. Le Golden Boy dut se forcer à se concentrer sur autre chose, et bloqua son regard sur un des rayonnages à sa gauche.

- Tu ne réponds pas aux miennes, parvint-il à répliquer.

- Et toi, tu es en train de faire exactement ce que tu me reproches. Tu esquives. Où est passé ton courage de Griffondor ?

La pointe de moquerie lui fit tourner la tête en une seconde pour répliquer vertement, mais Harry se mordit la lèvre en voyant le regard victorieux de son rival. Pourquoi, au nom de Merlin, fallait-il que ce soit Draco qui sache le mieux comment le faire réagir sans réfléchir ?

- C'est un coup bas, l'accusa Harry.

- Je suis un Serpentard, Harry, lui rappela le blond. J'utilise toutes les armes à ma disposition pour obtenir ce que je veux.

Les deux sorciers se fixèrent du regard, un air de défi montant entre eux et chargeant l'air d'électricité.

- Intéressante façon d'étudier, lança une voix derrière eux.

Narcissa observa les deux adolescents se tourner d'un coup vers elle, et ne chercha même pas à retenir un sourire entendu en les voyant sursauter et mettre de la distance entre eux. Elle toussota discrètement, et promena sa main sur une étagère en faisant mine d'inspecter la poussière imaginaire qui s'y trouvait.

- Draco, ton père et moi avons senti ta signature magique se manifester. J'ose espérer qu'Harry et toi n'avez pas eu de rapports trop violents dans cette salle ?

Du coin de l'oeil, elle nota que son jeune invité avait trouvé le moyen d'avaler de l'air de travers et essayait désormais de ne pas s'étouffer, tandis que son fils tentait de cacher le rouge qui s'étendait sur ses joues avec sa main. Elle songea à le prévenir que la couleur s'étendait jusqu'à ses oreilles, mais renonça au profit d'un sourire amusé.

- Enfin, je vais partir du principe que vous êtes deux jeunes gens responsables et que vous savez vous protéger, enchaîna-t-elle d'un ton badin.

Aucun des deux n'osait la regarder, et elle leur jeta discrètement un coup d'oeil pour jauger leur réaction. Au vu de leur expression mortifiée, ils étaient probablement en train de prier tous les fondateurs pour qu'elle s'arrête là. Narcissa attendit d'être certaine que les deux puissent voir son visage pour leur adresser un de ses sourires préférés, à la fois charmant et menaçant.

- Arrangez-vous simplement pour que la prochaine fois ait lieu dans un espace plus approprié que la bibliothèque.

Et elle repartit en les laissant morts d'embarras, absolument ravie de son oeuvre.

-o-oOo-o-

Draco évita soigneusement de croiser le regard de sa mère pendant les jours qui suivirent, et une part de lui fut satisfaite de voir que Harry en faisait autant. Après ce qui s'était passé à la bibliothèque, ils s'étaient concentrés sur les livres et avaient limité leurs interactions au strict minimum.

En réalité, le Griffondor avait même commencé à l'éviter autant qu'il le pouvait, en passant ses journées à s'occuper de son filleul quand il n'écrivait pas des lettres à ses amis.

Ou pire, en passant du temps avec son père. Draco avait cru à une hallucination la première fois qu'il les avait vu tous les deux dans un des salons, en train de discuter au-dessus d'une table recouverte de parchemins.

C'était au repas suivant qu'il avait posé la question, et il avait eu toutes les peines du monde à retenir sa surprise lorsque son père avait répondu.

Un Lord doit savoir gérer ses propres comptes, même s'il peut laisser les gobelins se charger d'une partie de sa fortune, avait déclaré Lucius d'un ton solennel. J'ai décidé d'enseigner à Harry ce qu'il doit savoir pour mériter le titre dont il a hérité.

Le Griffondor avait balbutié un remerciement gêné en passant sa main dans ses cheveux, sous le regard amusé mais approbateur de sa mère. Apparemment, même Lord Lucius Malfoy ne pouvait pas résister indéfiniment au charme de Harry Potter, en dépit de ses efforts pour rester froid et distant.

Mais Draco n'était pas aveugle. Depuis l'épisode de la bibliothèque, Harry l'évitait et était mal à l'aise en sa présence quand il n'avait pas d'autre choix que de passer du temps avec lui. Le Griffondor se cantonnait à des sujets neutres, et refusait de façon catégorique de parler de ce qui s'était passé. Le Serpentard n'arrivait pas à savoir pour quelle raison son invité agissait de la sorte. Draco savait qu'il avait mis Harry mal à l'aise et qu'il était probablement allé un peu loin dans ses provocations.

À sa décharge, cependant, il n'avait pas anticipé que le Griffondor jouerait le jeu à ce point. L'intensité avec laquelle Harry l'avait dévoré du regard lui avait valu quelques réveils en sursaut au milieu de la nuit, sans savoir s'il était déçu ou soulagé de ne pas être allé au bout de son rêve. Quelque part, il n'était sans doute pas plus mal que le sorcier brun l'ait évité après ça. Draco n'était pas certain de pouvoir l'entendre prononcer son prénom sans que son esprit fasse le lien avec la dernière situation dans laquelle il avait cru l'entendre.

À son grand déplaisir, Draco dut se résoudre à reconnaître que Blaise avait eu partiellement raison. Le Prince de Glace de Serpentard était prêt à admettre qu'il était attiré par son ex-rival devenu ami et actuel invité. Du moins, il acceptait de se l'avouer à lui-même tout en s'obligeant à se rappeler que Harry était uniquement intéressé par le sexe opposé.

Malgré leur intéressante discussion sur le sujet au Square Grimmaud, Draco ne se berçait pas d'illusions. Harry n'avait jamais montré le moindre intérêt romantique pour qui que ce soit d'autre que l'Attrapeuse de Serdaigle et la soeur de Weasley.

Et quand bien même Harry se découvrirait une attirance pour la gent masculine...

Oh non, s'imposa-t-il à lui-même dans un murmure. Hors de question d'y réfléchir. Hors de question de l'envisager.

Assis sur son lit, un livre dont il n'avait pas tourné une page depuis vingt minutes dans les mains, Draco soupira. Puisque son esprit, et plus probablement ses hormones, refusaient de le laisser en paix, il allait achever sa pensée et clore le sujet une bonne fois pour toutes. Même si Harry était, par une espèce de miracle dont Salazar seul avait le secret, intéressé par les hommes... il ne serait jamais intéressé par Draco.

Le Serpentard savait qu'il méritait à peine la seconde chance que Harry lui avait accordée. La marque sur son bras avait beau avoir disparu avec la mort définitive du Seigneur des Ténèbres, ce n'était pas comme si les années d'insultes et de blagues plus ou moins cruelles avaient disparu avec elle. En tant que Draco Malfoy, Prince de Glace de Serpentard, il n'avait pas le droit d'espérer davantage de Harry Potter.

Il ne s'agissait de toute façon que d'une simple attirance physique. Il en avait connu auparavant, elles étaient toutes passées avec le temps. Celle-ci passerait lorsque Harry repartirait du manoir et qu'ils ne se verraient plus tous les jours.

Alors qu'il venait plus ou moins de prendre une décision et qu'il allait enfin pouvoir se concentrer de nouveau sur sa lecture, Draco entendit des coups frappés à sa porte.

- Draco !

Le Serpentard leva les yeux au ciel, en maudissant la déité à l'origine de l'ironie du sort.

- Entre, Harry.

La porte s'ouvrit dans la seconde, et le Golden Boy entra avec le sourire le plus large qu'il ait vu depuis longtemps. Il avait tellement d'étoiles dans les yeux que c'était un miracle qu'elles n'aient pas commencé à jaillir autour de lui, et semblait se retenir de justesse de bondir partout.

- Hermione a réussi ! cria-t-il d'un air extatique. Ses parents ont retrouvé tous leurs souvenirs !

Malgré lui, Draco sentit un sourire sincère s'afficher sur son visage. Même si le sort des deux Moldus lui était indifférent, voir Harry aussi heureux pour sa meilleure amie avait un aspect contagieux.

- Évidemment, lança le Serpentard avec un air détaché. Avec le bon enchantement, n'importe qui capable de lancer un sort décent y serait parvenu.

Le Griffondor le regarda d'un air étonné pendant un instant, puis se mit à rire. Apparemment, il avait vu au travers de son attitude.

- Merci, fit Harry avec chaleur. Hermione m'a dit que les sorts et les conseils qu'on a trouvé grâce à toi l'ont vraiment aidée.

- Je ne l'ai pas fait pour elle, rétorqua Draco.

- Merci quand même, répéta Harry.

Draco commit l'erreur de croiser le regard du Griffondor. Même cachées derrière ses lunettes, les deux orbes émeraudes brillaient de reconnaissance et d'émotion, si évidentes et ouvertement lisibles que le Serpentard se sentit gêné. C'était à croire qu'il ne s'y habituerait jamais. Est-ce que les amis du Golden Boy avaient dû subir ce type d'assaut aussi souvent que lui ? Si oui, il tenait la clé qui entourait le mystère de la popularité de Harry Potter. Personne ne pouvait se retrouver face à ce genre d'expression et y rester insensible.

- ...aco ?

Le sorcier blond cligna des yeux, et fit un mouvement vague de la main en toussant.

- Je repensais à un des livres, mentit-il avec aisance. Tu disais ?

- Ses parents ont décidé de rester en Australie malgré tout, répéta Harry, mais Hermione m'a dit qu'elle rentrait en Angleterre ce weekend.

- Et cette information vaut la peine d'être mentionnée parce que ?

Draco sut, rien qu'au sourire machiavélique du Griffondor, qu'il n'allait pas aimer la réponse.

- Parce qu'elle a insisté pour te voir.

De temps en temps, Draco regrettait d'avoir raison. Mais il n'avait pas de bonne excuse pour éviter la rencontre, et il le savait. Harry avait accepté de rencontrer ses parents, et faisait clairement des efforts pour s'entendre avec eux. À défaut de mieux, le Serpentard dicta ses conditions.

- Un thé le matin ou l'après-midi qui ne débouche pas sur un repas en commun, aucun Weasley présent, et si elle tente de m'attaquer, je lui ferai regretter d'être revenue d'Australie.

Harry réfléchit pendant quelques secondes, pencha la tête sur le côté, et fit une contre-proposition avec un éclat malicieux dans le regard.

- Un thé dimanche après-midi, personne n'insulte personne, et Hermione peut venir avec une autre personne de son choix qui ne soit pas Ron.

- Elle a déjà prévenu qu'elle venait avec quelqu'un ? comprit Draco.

- Oui, admit Harry en riant.

- Qui ?

- Aucune idée, répondit le Griffondor en haussant les épaules. Elle a refusé de me le dire. Mais vu la tête qu'elle faisait, je peux déjà garantir que ce ne sera pas Ron.

Draco soupesa ses options pendant une dizaine de secondes, puis soupira et rendit les armes.

- Marché conclu.

- Merci Draco !

Le Griffondor avait l'air sincèrement heureux de sa réponse, et Draco lui fit signe de sortir de sa chambre s'il avait terminé.

- Je peux déjà dire que je vais le regretter, murmura le blond avant que la porte se referme.

- J'ai entendu, lui signala Harry en riant.

Draco leva les yeux au ciel, mais sentit son sourire revenir malgré tout. Une fois le silence revenu, il observa son livre pendant une bonne minute avant de laisser tomber sa tête dans sa main libre.

Fichu Potter.