A/N : Il fait chaud et je sens mes neurones fondre les uns après les autres. Bon courage à tout le monde pour survivre aux prochains mois.
Résumé du chapitre précédent :
Harry annonce qu'il va retourner au Square Grimmaud puisque les travaux sont finis. Il découvre la maison rénovée (et Kreattur ravi), y compris sa chambre que Draco a personnellement supervisé (et elle est parfaite). Pendant ce temps, Blaise débarque chez les Malfoy pendant un thé entre Draco et Narcissa, apprend les derniers potins nécessaires, et découvre avec choc à quel point Harry s'est rapproché des Malfoy depuis le début de l'été.
Le dimanche après-midi, Draco arriva au Square Grimmaud par cheminette à quinze heure trente précises.
- Maître Draco Malfoy, l'accueillit Kreattur en s'inclinant.
Le Serpentard lui tendit une boîte, que l'elfe attrapa avec diligence.
- Veille à ce que ce soit ce thé qui soit servi, indiqua-t-il simplement. Où est Harry ?
- Maître Harry Potter est dans le jardin.
L'elfe disparut aussitôt, et Draco se dirigea vers la porte de la cuisine qui menait vers le jardin. Il se sourit à lui-même en constatant le travail effectué par les elfes. La demeure ancestrale de sa famille maternelle était désormais bien plus accueillante.
Lorsqu'il sortit, Draco tomba sur la vision de son ex-rival à quelques mètres de lui. Harry était sous un arbre, de dos, les bras croisés devant lui, et visiblement assez concentré pour ne pas remarquer sa présence. Pour une fois, il était dans des vêtements à sa taille, un T-shirt blanc qui faisait ressortir son hâle et un jean bleu qui mettait particulièrement bien ses fesses en valeur. Peut-être même un peu trop bien. Harry recula de quelques pas sans cesser d'observer ce qui accaparait son attention, et Draco eut sa confirmation en le voyant bouger. Définitivement un peu trop bien.
Le Serpentard se força à conserver une expression impassible avant d'avancer de quelques pas et de signaler sa présence.
- Tu comptes resté planté là longtemps, Harry ?
Le Griffondor se retourna en sursautant, et un grand sourire éclaira son visage.
- J'essaie de réfléchir au meilleur endroit pour mettre la table.
- On prend le thé dehors ?
- Vu le soleil, ça aurait été dommage de rester à l'intérieur, répondit Harry en haussant les épaules. Tes suggestions sont les bienvenues.
Draco réfléchit quelques instants, observa le jardin, puis indiqua un emplacement.
- La table ici, et les chaises là et là. Tout le monde verra une partie du jardin tout en restant à l'ombre.
- Comment tu réussis à trouver une solution en cinq secondes à une question que je me pose depuis dix minutes ? grommela le Griffondor.
- Le talent et une classe innée.
- C'était une question rhétorique.
- Je sais, répliqua Draco avec un sourire.
Harry leva les yeux au ciel, mais fit léviter la table de jardin et les chaises pour les amener là où le Serpentard l'avait suggéré. Il prit quelques minutes pour s'assurer qu'aucun des éléments n'était bancal, puis s'assit sur un des sièges et indiqua celui à sa gauche.
- Harry, quand des chaises se font face deux par deux de chaque côté d'une table, ce sont les couples qui se mettent à côté, lui signala Draco. Et à moins que ce soit ta façon de te déclarer, il me semble que ça ne nous concerne pas.
Le Griffondor eut l'air gêné pendant un instant, puis pencha la tête sur le côté.
- Nous non, concéda-t-il, mais Hermione et son invité mystère, en revanche…
- Granger s'est trouvé un petit ami en Australie ? s'étonna Draco.
Harry grogna et posa ses coudes sur la table, avant de poser sa tête sur ses mains en restant tourné vers le Serpentard. Il avait cuisiné sa meilleure amie à n'en plus finir pour avoir davantage d'informations, mais celle-ci était restée catégorique.
- Elle a refusé de me dire qui c'était ou quel genre de relation ils avaient, grommela-t-il.
- Hmm. Étrange, murmura Draco.
- Agaçant, surtout, contra le Griffondor.
Le petit sourire en coin du Serpentard remua quelque chose dans l'estomac de Harry, mais il ne s'attarda pas dessus. Ni sur la chemise gris clair et le pantalon bleu que le Serpentard avait choisi pour venir et qui lui allaient divinement bien. Ni sur la façon élégante que Draco employa pour s'asseoir à côté de lui malgré tout, puis pour croiser les jambes.
- Je sais que je suis irrésistible, se moqua le Serpentard, mais tu vas vraiment me fixer sans rien dire jusqu'à ce que Granger arrive ?
- Arrête d'avoir l'air d'un mannequin et j'y réfléchirai, répondit Harry du tac-au-tac.
Les deux sorciers se dévisagèrent un instant, aussi surpris l'un que l'autre par la réplique. Harry accrocha les yeux de son ex-rival sans réussir à déchiffrer les émotions qui y dansaient, et se trouva incapable de détourner le regard. Draco le fixait comme si le monde extérieur n'existait plus et qu'ils étaient piégés dans une bulle, juste tous les deux. Comme si l'air s'était transformé en un million de fils invisibles qui les tiraient l'un vers l'autre.
Ils étaient assez proches pour que Harry ait juste à tendre le bras pour poser sa main sur le torse de Draco et remonter jusqu'à sa clavicule. En un mouvement, Harry pouvait se tourner, se pencher vers le blond et poser ses lèvres sur son cou. Il était soudainement pris d'une envie folle de vérifier si sa peau avait la même saveur que le léger parfum qui l'accompagnait partout. Il n'aurait qu'à poser sa main droite sur la hanche ou la jambe de Draco pour s'équilibrer. Ça ne prendrait qu'un instant, un seul minuscule instant, avant qu'il passe d'une chaise à l'autre et puisse vraiment le toucher.
Ses yeux descendirent le long du visage du Serpentard, jusqu'à l'endroit où le col de sa chemise l'obligeait à imaginer la suite. Harry remarqua à ce moment que le premier bouton était défait, et humecta ses lèvres sans même le réaliser. Ouvrir les autres ne prendrait qu'une poignée de secondes, et en-dessous-
Un crac retentit de l'autre côté de la table, et Harry sursauta en se tournant aussitôt vers l'origine du bruit.
- Maître Harry Potter, la Sa- l'amie de Maître Harry Potter est arrivée, corrigea Kreattur avec un effort. Elle attend à la porte.
Le sorcier brun bénit la manie de sa meilleure amie d'arriver en avance, et força ses respirations à conserver un rythme normal.
- Je vais aller la chercher. Draco, tu-
- Je reste ici, déclara immédiatement le Serpentard.
- Oh, erm, d'accord. Je reviens.
Harry s'éloigna et attendit d'être dans la cuisine pour claquer la paume de sa main sur son front et se traiter d'imbécile. Il n'arrivait pas à comprendre comment il avait pu réagir comme ça. Comment il avait pu envisager le plus sérieusement du monde de toucher Draco comme s'ils étaient... comme s'ils avaient ce genre de relation. Qu'ils n'avaient pas. Qu'ils n'auraient pas, se corrigea-t-il. Draco était hors de sa portée, point à la ligne.
Et Harry devait absolument faire quelque chose pour empêcher ce genre de situation de se reproduire. Jusqu'à présent, un élément extérieur était toujours arrivé à temps pour l'empêcher de céder à la tentation, mais il ne pouvait pas continuer à compter sur la chance. Il pouvait déjà s'estimer heureux que Draco n'ait rien remarqué.
Après plusieurs secondes, le Griffondor se concentra sur sa mission actuelle. Aller accueillir Hermione et son invité mystère. Sans que sa meilleure amie réalise qu'il avait été au bord de l'implosion moins d'une minute plus tôt.
Être le Sauveur du Monde Sorcier signifiait relever des défis que Harry n'aurait jamais pensé rencontrer.
Il avança dans le vestibule, et eut à peine le temps d'ouvrir la porte qu'une tempête de boucles châtain lui arriva dans la figure.
- Harry !
- Hermione !
Il rendit son étreinte à sa meilleure amie en riant pendant quelques secondes, puis ils s'éloignèrent en souriant et Hermione tendit le bras derrière elle. Le Griffondor écarquilla les yeux en reconnaissant le sorcier qui s'avança.
- Harry Potter, le salua-t-il. Ça faisait un moment.
- Depuis le mariage de Bill et Fleur, confirma Harry.
Il comprit d'un coup pourquoi Hermione ne lui avait rien dit. La dernière fois que le Griffondor avait croisé Viktor Krum, il avait fait en sorte de l'éloigner de sa meilleure amie et de la soeur de son meilleur ami. Harry se remit toutefois rapidement de sa surprise, et poussa le souvenir de côté. Beaucoup de choses avaient changé depuis cette fameuse soirée.
- Entrez tous les deux, indiqua-t-il en souriant. Bienvenue dans la nouvelle version de la maison ancestrale des Black.
Hermione lui adressa un regard reconnaissant, avant de remarquer les différences de décoration et d'afficher un air ravi.
- Harry, c'est superbe ! le complimenta-t-elle en regardant autour d'elle.
- Je vous ferai faire le tour complet plus tard, fit Harry en riant. Draco est déjà là et il va être vexé si on le fait attendre trop longtemps.
Ils arrivèrent dehors, et Hermione eut une exclamation surprise.
- Je ne pensais pas que tu avais aussi refait le jardin, s'étonna-t-elle.
Harry n'eut pas le temps de répliquer avant que Draco se dirige vers eux, un sourire moqueur étirant le coin des lèvres.
- Tu penses vraiment que j'aurais laissé Harry faire un travail bâclé, Granger ?
Hermione observa le Serpentard un instant, et Harry se tendit devant l'attitude évaluatrice de sa meilleure amie. Au bout de quelques secondes, cependant, elle adressa un petit sourire amusé au sorcier blond.
- Probablement pas, admit-elle. Viktor, voici Draco Malfoy. Malfoy, je pense que tu connais déjà Viktor Krum.
Viktor tendit la main vers le sorcier blond, qui la serra et hocha la tête en signe de politesse. Les présentations faites, les quatre sorciers allèrent s'asseoir à l'ombre, Hermione et Viktor d'un côté, Harry et Draco de l'autre.
Kreattur apporta le thé à la seconde où ils furent tous assis, et fit apparaître deux plateaux de gâteaux pour accompagner la boisson avant de disparaître.
- Sans vouloir être indiscret, commença Harry en jouant avec un biscuit au citron, comment ma meilleure amie s'est retrouvée à rentrer d'Australie avec un joueur Bulgare ?
- Harry ! le fustigea Hermione.
- Quoi ? se défendit le Griffondor. J'ai le droit d'être surpris !
Le joueur professionnel sourit en voyant leur interaction, et fit signe à la sorcière qu'il n'était pas offensé par la question.
- Les phase finales des sélections pour la prochaine Coupe du Monde ont lieu en ce moment, expliqua-t-il avec une pointe d'accent. La Bulgarie jouait le match retour contre l'Australie la semaine dernière, et le médicomage de l'équipe australienne nous a parlé d'une héroïne de guerre anglaise qui cherchait ses parents moldus pour leur rendre la mémoire. Quand j'ai compris que c'était Hermione, je l'ai contactée pour lui proposer mon aide. Évidemment, ajouta-t-il d'un air embarrassé, elle n'en avait pas besoin.
La sorcière sourit et prit le relai.
- On a quand même pris un café ensemble, et c'était très agréable de pouvoir avoir une discussion normale, qui ne tourne pas autour de la guerre... ou autour du Quidditch, ajouta-t-elle avec un regard amusé. Après ça, on s'est revus quelques fois, et quand Viktor m'a dit que le prochain match de la Bulgarie était contre l'Angleterre, je me suis dit qu'on pouvait en profiter.
- Vous avez bien fait, répondit Harry en souriant.
- Ça ne pose pas de problème au reste de l'équipe que l'Attrapeur soit en avance ? demanda Draco.
Viktor haussa les épaules avec l'expression blasée de celui qui ne se soucie pas vraiment des conséquences.
- Ils arrivent demain soir, et ils peuvent travailler la plupart des stratégies sans moi. L'Angleterre n'est pas un gros adversaire de toute façon, ajouta-t-il avec un air amusé.
- Si ce n'était pas une vérité irréfutable, je me sentirais sérieusement offensé, répliqua Draco.
- Tu veux passer professionnel ? s'enquit Viktor.
- Au Quidditch ? Très peu pour moi, admit Draco. Je suis resté dans l'équipe de Serpentard pendant toutes ces années uniquement pour qu'un certain Griffondor calme ses ardeurs.
- Le Griffondor en question fait savoir qu'il est toujours là, signala Harry. Et qu'aux dernières nouvelles, c'est toujours moi qui attrape le Vif en premier.
- En finissant à l'infirmerie un match sur deux, contra Draco.
- Le Cognard fou et les Détraqueurs n'étaient pas censés arriver !
- Vu la poisse que tu te traînais à l'époque, tu aurais dû les voir venir.
Les deux sorciers étaient désormais tournés l'un vers l'autre, et Hermione les observa échanger des piques avec un sourire amusé, sa tasse dans les mains. Au bout d'une minute, ils furent si absorbés l'un par l'autre que Viktor se pencha vers elle en fronçant les sourcils.
- Ils sont toujours comme ça ? demanda-t-il discrètement.
- Oh non, fit-elle en riant. Avant c'était bien pire. Là on sent qu'ils s'amusent.
L'Attrapeur eut l'air si surpris qu'elle fit un petit mouvement de tête discret vers son meilleur ami.
- Harry se retient de sourire, tu vois ? chuchota-t-elle.
Pendant que Viktor se mit à observer le Griffondor avec un intérêt renouvelé, elle-même se tourna vers Malfoy. La sorcière était décidée à déterminer quelles étaient ses véritables intentions envers Harry. Jusqu'à présent, sa nouvelle attitude semblait plus sincère et détendue, mais Hermione ne comptait pas baisser sa garde aussi facilement. Sans croire Ron sur parole, elle ne faisait pas non plus aveuglément confiance au jugement de Harry et préférait se faire sa propre opinion.
Le Griffondor éclata de rire à une remarque particulièrement bien trouvée du sorcier blond, et Hermione eut le temps d'intercepter une flamme dans le regard que Malfoy posa sur son meilleur ami. La sorcière se figea, sa tasse à mi-chemin entre la table et ses lèvres. Ça n'avait duré qu'une seconde, un infime relâchement du masque étudié du Serpentard avant de remettre ses émotions sous clé, mais elle l'avait vu. Quelque chose de beaucoup plus fort, de beaucoup plus intense, et de beaucoup plus désespéré qu'une simple amitié.
- Harry, appela-t-elle d'un coup.
Les trois sorciers se tournèrent vers elle, intrigués par son intervention soudaine, et dans le cas de Viktor, avec un soupçon d'inquiétude.
- Tout va bien 'Mione ? demanda le Griffondor.
- Je viens de me rappeler que j'ai promis de discuter avec Malfoy de mes observations sur les sorts que j'ai utilisés, déclara-t-elle avec un grand sourire. Mais ça risque d'être un peu barbant pour Viktor et toi. Ça vous dérange si on vous laisse deux minutes ?
- Je savais que j'aurais droit à cette discussion, soupira Draco. Harry ?
- Le salon, je pense, répondit le Griffondor en comprenant la question informulée.
Draco et Hermione se levèrent, et la sorcière sourit à l'Attrapeur bulgare.
- Promis, j'essaie de ne pas être trop longue.
- Tant que vous ne commencez pas à sortir des livres, je te fais confiance, répondit-il avec un sourire affectueux.
Hermione leva les yeux au ciel, mais rit en s'éloignant. Viktor la regarda partir avant de se tourner vers son ancien adversaire du Tournoi des Trois Sorciers, et sentit d'un coup l'atmosphère s'assombrir.
Le héros de la communauté magique de Grande-Bretagne le fixait du regard, ses coudes posés sur la table, et un sourire menaçant sur le visage.
- Parfait, annonça le Griffondor. Je pense qu'on a besoin de discuter aussi.
-o-oOo-o-
L'après-midi s'acheva dans la bonne humeur, en dépit du temps qu'il fallut à Draco et Viktor pour se remettre des conversations qu'ils avaient dû subir. Les deux sorciers avaient le teint plus pâle qu'à leur arrivée, et lançaient de temps en temps des regards peu rassurés dans la direction les deux Griffondors, qui discutaient joyeusement de tout et de rien.
Ni Hermione ni Harry ne firent de commentaires ce qui s'était produit, mais l'éclat satisfait qui brillait dans leurs regards respectifs leur avait suffi à se comprendre. Lorsque le soleil commença à décliner, ils retournèrent tous les quatre à l'intérieur pour visiter la demeure avant de se séparer.
Une fois la visite achevée, ils se retrouvèrent dans le vestibule pour dire au revoir à Viktor, qui devait retourner à l'hôtel réservé pour son équipe. L'Attrapeur bulgare semblait soulagé que la rencontre se soit bien passée, et souriait davantage que lors de son arrivée.
- Le match est jeudi soir, annonça-t-il avant de repartir. Vous pensez venir ?
Harry échangea un regard avec Draco, puis avec Hermione, et hocha la tête.
- Ça fait un moment que je n'ai pas pu voir un match, répondit Harry en souriant. Vu que c'est seulement les qualifications, il doit rester des places.
- Je m'occupe de nous réserver une loge privée, intervint le Serpentard.
- Draco, protesta Harry, on ne va pas-
- Attends Harry, le coupa Hermione, c'est une bonne idée. Tu imagines le chaos si on nous voit tous les trois au milieu de la foule ?
Le Griffondor s'interrompit aussitôt, et grimaça en réalisant que sa meilleure amie n'avait pas tort. Il se rappela d'un coup à quel point il pouvait être presque pris d'assaut sur le Chemin de Traverse, et imagina un instant la même cohue sur des gradins. Mauvaise idée. À côté de lui, Draco adressa un regard approbateur à la sorcière, pendant que Viktor hochait la tête.
- Je peux vous obtenir des pass pour rencontrer l'équipe après le match, proposa l'Attrapeur. Vous pourrez utiliser la même sortie que les joueurs.
- Ce serait parfait, sourit Hermione.
Viktor lui rendit son sourire, et attrapa sa main pour déposer un léger baiser dessus. Hermione le laissa faire en rougissant, toujours aussi peu habituée à son attitude de gentleman. Elle choisit d'ignorer le regard moqueur de son meilleur ami et l'air blasé du Serpentard.
Draco partit peu après par cheminée, et indiqua qu'il les préviendrait quand il aurait la confirmation de sa réservation. Harry et Hermione se retrouvèrent seuls au salon, et s'assirent dans le canapé en soufflant. Le répit fut toutefois de courte durée, et Harry regarda sa meilleure amie avec un éclat malicieux dans les yeux.
- Viktor Krum, huh ?
Il se prit un coussin dans la figure dans la seconde qui suivit, et partit dans un éclat de rire pendant que la sorcière faisait disparaître son rougissement derrière une moue.
- Arrête de t'imaginer des choses. Viktor est juste... un ami.
- Oh bien sûr, se moqua le sorcier brun. Un ami qui t'accompagne d'un bout à l'autre de la planète et qui te fait un baisemain pour te dire au revoir.
Hermione essaya de le fusiller du regard, sans grande réussite, et finit par rire avant de se laisser tomber en arrière.
- D'accord, admit-elle en souriant, il est un peu plus qu'un ami.
- Un peu ? reprit Harry d'un air incrédule. 'Mione, il passe son temps à te regarder comme si tu avais inventé le balai volant.
- Si tu le dis, répliqua-t-elle en levant les yeux au ciel. Mais il n'empêche que pour l'instant, il n'y a rien de plus entre lui et moi.
Harry ouvrit la bouche pour répliquer, puis remarqua l'expression de la sorcière aux cheveux bouclés, et écarquilla les yeux. Un grand sourire illumina son visage.
- Tu as envie qu'il y ait plus que ça entre vous, affirma-t-il.
La couleur qui régnait sur les joues de l'ancienne préfette s'intensifia, mais elle ne nia pas. L'expression d'Hermione s'adoucit, puis devint un peu plus sérieuse, et elle répondit en regardant son meilleur ami.
- Viktor est quelqu'un de très respectueux, déclara-t-elle finalement. On a reparlé de l'année du Tournoi, tu sais ? Il m'a dit qu'à l'époque, il ne savait pas comment m'aborder sans paraître impoli ou envahissant, encore plus après avoir appris que j'avais quatorze ans alors qu'il en avait dix-sept. C'est pour ça qu'il passait son temps à me regarder étudier sans rien dire, fit-elle en riant.
Harry sourit également, heureux de voir sa meilleure amie avec un air aussi serein pendant qu'elle relatait des souvenirs de leur quatrième année.
- Évidemment, les choses sont un peu différentes maintenant, poursuivit Hermione. Mais il fait toujours très attention à respecter mes limites et à ne pas me mettre mal à l'aise. Et puis il est toujours calme et posé, c'est très agréable.
- Le fait qu'il soit toujours en déplacement à cause de sa carrière ne te gêne pas ?
Hermione secoua la tête avant même qu'il finisse sa phrase.
- Le Quidditch est la partie la plus importante de sa vie et il s'y consacre pleinement, affirma-t-elle sans hésiter. Je ne voudrais pas qu'il y renonce pour moi, pas plus qu'il ne veut me faire renoncer à mes rêves et mes ambitions professionnelles pour lui.
Harry soupesa ses paroles un moment, se remémora la discussion qu'il avait eue avec l'Attrapeur un peu plus tôt, et soupira de façon dramatique.
- Bon, quand est-ce que tu lui fais ta demande ?
- Harry ! s'exclama Hermione en lui renvoyant un coussin.
- Quoi ? répliqua le brun en riant.
- Tu es impossible, lui reprocha-t-elle.
- Je sais, répondit Harry avec un sourire. Draco passe son temps à me le dire.
Il sut qu'il avait fait une erreur quand l'expression de sa meilleure amie passa d'embarrassée à machiavélique.
- Puisque tu abordes le sujet, commença-t-elle d'une voix suave.
- Hermione, l'interrompit Harry d'un air paniqué, non.
- Oh que si. Chacun son tour.
Harry déglutit et regarda autour de lui à la recherche d'une échappatoire, en sachant pertinemment qu'il n'en trouverait pas. Pas alors que Hermione le regardait comme un chat qui a coincé une souris.
- Il n'y a rien entre Draco et moi, fit-il en contre-attaque.
- Oh bien sûr, fit-elle en imitant le ton sarcastique qu'il avait employé. La façon dont tu passes ton temps à le dévorer des yeux et à chercher son attention est purement amicale.
Le sorcier brun sentit la chaleur grimper sur son visage, et fit de son mieux pour cacher sa réaction, tout en sachant qu'il n'y parviendrait pas. Conscient qu'il l'avait sans doute mérité après avoir taquiné sa meilleure amie sur ses propres sentiments, il rendit les armes.
- J'ai vraiment essayé de rester discret, 'Mione.
- Harry, tu as beaucoup de qualités, fit-elle en riant, mais la discrétion n'en a jamais fait partie.
- Draco n'a pas l'air d'avoir remarqué, lui. Heureusement d'ailleurs, ajouta le Griffondor en grimaçant.
Hermione le scruta un moment d'un air impassible, puis s'approcha de lui pour lui mettre une claque à l'arrière de la tête.
- 'Mione ! protesta Harry. Pourquoi tu-
- Ça t'apprendra à sous-entendre que mon meilleur ami n'est pas assez bien pour son crush, lâcha-t-elle sans montrer le moindre regret.
Le sorcier brun soupira avant de croiser les bras sur la poitrine, et se laissa glisser dans le canapé. Plusieurs secondes passèrent en silence, pendant lesquelles Hermione le regarda avec un haussement de sourcils, puis Harry prit la parole d'un ton plus sérieux.
- C'est juste que... Draco est tellement plus que ce que ce que j'ai cru pendant toutes ces années, admit-il. Il est brillant, il est drôle, il est compatissant et protecteur avec ceux à qui il tient, il est attentionné, il est patient, il est-
- Beau et riche, ce qui ne gâte rien, intervint Hermione.
Harry lança un regard incrédule et blasé à sa meilleure amie, qui se mordait la lèvre pour retenir son hilarité.
- Orgueil et Préjugés, vraiment ? railla-t-il.
- Un livre dont le couple principal est composé de deux idiots incapables de faire passer leurs sentiments au-delà de leur fierté pendant un temps fou ? fit-elle en riant. Ose me dire que ça ne vous correspond pas.
Le Griffondor leva les yeux au ciel, mais ne releva pas. Son expression se teinta d'amertume, ce que Hermione remarqua en un instant.
- Harry ? demanda-t-elle plus doucement.
- Il est habitué à ce que tout le monde l'approche pour obtenir quelque chose, murmura le Griffondor. Il commence à me faire confiance justement parce qu'il sait que je n'attends rien de plus que son amitié. Tu imagines si je lui annonce d'un coup qu'en fait, j'ai envie de... j'aimerais que...
Le Griffondor serra les dents, incapable d'achever sa phrase. Il avait l'impression d'étouffer de honte et de dégoût envers lui-même juste en admettant l'idée à voix haute. Draco avait accepté de s'ouvrir à lui, de donner une chance à leur relation d'être plus saine qu'elle ne l'avait été jusque-là, et Harry était incapable de s'en contenter.
Parce qu'en moins d'un mois, le Serpentard s'était intégré dans son univers comme s'il y avait toujours appartenu. Comme s'il était à lui seul toutes les pièces manquantes de sa vie, toutes celles qui prenaient les couleurs de l'évidence une fois qu'elles étaient mises à la bonne place. Au point que le Griffondor ait du mal à comprendre comment il avait pu faire autrement pendant toutes ces années.
Harry avait réalisé en quelques jours que les émotions qui bouillonnaient dans ses veines en présence de Draco étaient loin d'être nouvelles. Il avait juste échoué à les identifier correctement jusque-là, et toujours trouvé un moyen de les transformer pour les conformer à ce qu'on attendait de lui.
Et maintenant qu'il était enfin libéré des cadres qui le séparait du Serpentard, il se retrouvait piégé dans la cage de ses propres promesses. L'ironie de la situation lui laissait un goût amer.
Le Sauveur du Monde Sorcier secoua la tête, et força un sourire factice avant de se tourner vers sa meilleure amie, qui le regardait avec un air inquiet.
- Narcissa et Andromeda ont prévu de venir mardi, fit-il pour changer de sujet. Et avant que tu trouves une excuse, Narcissa tient à te rencontrer.
Hermione le regarda un instant en fronçant les sourcils, comme si elle allait insister pour revenir sur le sujet précédent, puis soupira et laissa tomber.
- J'imagine qu'Andromeda va venir avec Teddy. Comment ils vont, tous les deux ?
L'air soulagé du Griffondor convainquit Hermione qu'elle avait fait le bon choix. Mais elle garda en tête la discussion qu'ils venaient d'avoir, et se promit de trouver un moyen d'y revenir.
-o-oOo-o-
Les jours suivants s'écoulèrent paisiblement. Hermione trouva ses marques en un rien de temps au Square Grimmaud, et après avoir glissé quelques compliments sur la nouvelle décoration lorsque Kreattur était dans les parages, celui-ci sembla mieux disposé envers elle.
Le thé partagé le mardi entre les soeurs Black et les deux Griffondors se passa mieux que Harry ne l'avait espéré. Du moins, jusqu'à ce que les trois sorcières semblent s'accorder tacitement pour se concentrer sur son cas.
Le Sauveur du Monde Sorcier résista moins de cinq minutes avant de fuir en prétextant vouloir s'occuper de son filleul, et passa le reste de l'après-midi à jouer avec Teddy. Lorsqu'il redescendit, les trois sorcières arboraient un sourire complice qui provoqua un frisson terrorisé le long de sa colonne vertébrale. La possibilité d'une alliance de quelque forme que ce soit entre Narcissa, Andromeda et Hermione était purement et simplement effrayante.
Lorsque Harry essaya de demander à sa meilleure amie de quoi elles avaient parlé, celle-ci papillonna des yeux d'un air innocent en lui répondant qu'il n'avait pas à s'inquiéter. Quand elle ajouta que Narcissa était bien plus aimable que ce qu'elle aurait cru au premier abord, Harry eut la certitude qu'arranger une rencontre entre sa meilleure amie et Lady Malfoy avait été une erreur monumentale.
