Bella prend les choses en main ! J'espère que ce chapitre vous plaira !

Bonne lecture

Chapitre 4

« On a deux vies et la deuxième commence le jour où l'on se rend compte qu'on n'en a qu'une ».

Confucius

Bella, Angela et Rosalie pénétrèrent dans le bar en rigolant. Rosalie était un aimant à galères quand il s'agissait du travail. Elle venait de montrer à ses deux colocataires le SMS qu'elle avait reçu d'un des candidats au poste d' « assistant personnel de Rosalie ». Bella n'en revenait toujours pas qu'on puisse envoyer des trucs pareils dans le cadre du travail, surtout si on voulait se faire embaucher… Le type avait répondu à Rosalie, qui l'avait contacté pour qu'il lui explique le lapin qu'il lui avait posé :

« Je n'ose pas venir, je suis sur votre charme »

Déjà, mec, on dit « sous » votre charme, pas « sur » votre charme, et en plus… Ben c'est pas vraiment le genre de SMS qu'il faut envoyer à sa future patronne, aussi bandante soit-elle !

Angela salua les barmen, s'accouda au comptoir et déclara :

- Je suis sous le cul qu'il t'ait envoyé ça !

Elle éclata de rire et Rosalie et Bella se regardèrent avant de se retourner vers Angela :

- Bien tenté, mais ta blague n'est pas validée.

- Ooooh allez, c'était drôle non ?

- Mmmh, pas vraiment.

Angela soupira et marmonna dans sa barbe quelque-chose qui ressemblait vaguement à « vraiment vous êtes pas drôles, sur ton charme, sous le cul, c'était marrant… » et Bella coupa court à ses grognements :

- C'est ma tournée, allez vous installer, je vous ramène vos mojitos.

Elle s'arrêta, hésita, regarda ses colocs et ajouta :

- Vous voulez des mojitos non ?

Rosalie lui sourit et répondit :

- Comme d'hab ma poule, on ne change pas une équipe qui gagne.

Bella se pencha sur le comptoir et héla le barman le plus proche :

- Deux mojitos et une pêcheresse s'il te plait.

Elle se dandina un peu, joua avec ses doigts sur le comptoir puis demanda en rougissant :

- Et euh, je voulais savoir aussi… Est-ce qu'il y a un concert ce soir ?

- Ah non, pas ce soir, je suis désolé !

Bella fut soudain prise de vertige. Elle avait tout misé sur le concert qu'il y aurait dû avoir ce soir pour revoir Alice. Elle ne put s'empêcher de se demander si cela avait un lien avec… avec le fait qu'elle avait couché avec Alice et que celle-ci ne l'avait pas rappelée. Peut-être qu'elle ne voulait plus la revoir et que les Peppermint allaient changer de bar pour donner leurs concerts… Peut-être qu'elle ne reverrait jamais Alice… Peut-être que…

Elle était toujours en train de mettre Paris en bouteille avec ses peut-être lorsque le serveur déposa les verres devant elle. Elle sursauta, se fit la réflexion que ce n'était pas avec des peut-être qu'on mettait Paris en bouteille mais avec des si, paya et rassembla tout son courage pour demander :

- Et… les Peppermint, c'est quand leur prochain concert ?

- Les Peppermint ? Mmmh pas avant un mois.

Un mois ? Bella faillit tomber à la renverse. Un mois ? Quatre semaines ? 30 jours ? Elle s'apprêtait à calculer le nombre d'heures que cela représentait lorsque le serveur lui tendit sa carte bleue et son ticket. Elle était comme assommée. Elle n'avait pas besoin de réfléchir très longtemps pour savoir qu'elle n'était absolument pas capable d'attendre un mois avant de revoir Alice. Elle perdrait la raison et serait prise de crises de folie et elle égorgerait Angela dans la cuisine avec une paire de ciseaux à bouts ronds. Ce serait dommage pour Angela quand même non ? Alors si elle ne voulait pas en arriver à de telles extrémités, il fallait qu'elle revoie Alice. Et vite. C'était une question de vie ou de mort. Surtout pour Angela.

Elle contempla les trois boissons, se demanda comment diable elle allait bien pouvoir descendre tout ça avec seulement deux mains et toute sa maladresse. Le serveur dut percevoir son questionnement existentiel car il lui proposa de les lui descendre. Elle le remercia et alla retrouver Rosalie et Angela, profondément perdue dans ses pensées.

Elle se laissa tomber sur une chaise libre sans même faire l'effort d'enlever sa veste et ses deux amies la dévisagèrent curieusement. Angela lui demanda :

- Ben qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Ce à quoi Rosalie ajouta :

- Et mon mojito ?

Angela lui lança un regard désapprobateur et Rosalie haussa les épaules avant de sourire en voyant le serveur arriver avec leurs consommations.

- Ah merci, c'est gentil de ta part, parce que je suis prête à parier que Bella n'aurait jamais réussi à descendre tout ça sans rien renverser !

La remarque de Rosalie fit sourire Bella et elle versa sa pêcheresse dans son verre. Le silence s'installa pendant que chacune sirotait sa boisson et Rosalie finit par s'impatienter :

- Bon alors ! Tu vas nous dire ce qu'il y a ?

Bella se renfrogna. Elle n'avait pas très envie d'expliquer pourquoi elle était d'une humeur aussi sombre.

- Allez, accouche, sinon je t'emmène faire du shopping demain.

Bella scruta Rosalie pour tenter de percevoir si celle-ci était vraiment sérieuse, pesa le pour et le contre et décida de cracher le morceau. Plutôt mourir que d'aller faire du shopping avec Rosalie. Elle n'eut cependant pas le temps de s'expliquer car Angela lui coupa l'herbe sous le pied en lançant :

- Alice ne t'a pas rappelée, c'est ça ?

Bella soupira. Angela était très perceptive, et c'était agaçant.

- Non.

Rosalie répliqua :

- Non c'est pas ça, ou non Alice ne t'a pas rappelée ?

Elle regarda Angela et ajouta :

- T'es chiante aussi à poser deux questions à la fois… On ne comprend pas la réponse après.

Angela la regarda curieusement, et Bella ne put s'empêcher de rigoler. C'était du Rosalie tout craché ce genre de remarques bizarres.

- Non Alice ne m'a pas rappelée.

Angela s'exclama alors :

- Oooooooooh, je suis trop déçue !

Et elle avait l'air sincèrement déçue, comme un enfant de 5 ans qui vient de faire tomber sa glace par terre. Trop mignonne… Elle poursuivit, boudeuse :

- Ce soir, je vais aller lui parler moi, et elle va voir de quel bois je me chauffe !

Bella ne put s'empêcher de rire, malgré la déception et la frustration qu'elle ressentait :

- C'est gentil Angela, mais les Peppermint ne jouent pas ici avant le mois prochain.

- Quoi ? Mais pourquoi ? Pourquoi ils ne sont pas là quand on a besoin d'eux ? Et comment tu sais ça, toi d'ailleurs ?

- Euh, ben j'ai demandé aux gars en haut.

- Ooooooh, je suis dégoutée ! Mais c'est pas possible ! Comment tu vas faire ? Je veux dire, je suis sûre que vous seriez trop bien toutes les deux ensemble ! Il faut absolument que tu la revoies !

Bella la regarda, surprise…

- Qu'est-ce qui te fait dire que j'ai envie de la revoir ?

Angela échangea un regard entendu avec Rosalie et répondit :

- Ben déjà, tu t'es renseignée pour savoir si les Peppermint jouaient ce soir. Et puis, je ne sais pas, la manière dont tu parles d'elle, et cet air un peu rêveur que tu as souvent en ce moment. Je suis sûre que ce n'est pas Alec qui te fait avoir la tête dans les nuages comme ça… Ou ton boulot d'ailleurs.

Bella ne répondit rien et but une gorgée de bière. Décidément, Angela était beaucoup trop perceptive. Rosalie voyait également clairement dans son jeu et lui demanda :

- Qu'est-ce que tu vas faire ? Tu vas aller la voir ?

Bella soupira, énervée par toutes ces questions. Elle ne savait pas ce qu'elle allait faire. Elle ne savait pas ce qu'elle voulait faire. Elle n'y avait pas pensé car elle était persuadée qu'elle reverrait Alice après le concert qu'il y aurait dû y avoir ce soir. Merde… Cela l'aurait arrangée de la revoir en terrain neutre, « par hasard »… Non qu'elle aurait su quoi dire ou quoi faire de toute façon mais quand même. Elle avala une gorgée de bière, faillit s'étrangler dans son trouble et répondit :

- Je vais égorger Angela avec une paire de ciseaux à bouts ronds !

Rosalie se mit à rire et Angela s'exclama :

- Mais pourquoi ? Mais j'ai rien fait ? Pourquoi tu ferais ça, c'est dégueulasse ! Je dirais même plus, c'est sadique !

Bella se mit à rire et répondit :

- Je ne sais pas… C'est juste que… si je ne revois pas Alice avant un mois, je vais devenir folle et… il faudra bien que je passe mes nerfs sur quelqu'un. Je suis désolée que ce soit toi.

- Mais pourquoi t'égorgerais pas Rosalie ?

- Rosalie ? Tu rigoles ? J'aurais bien trop peur que ce soit elle qui ne m'égorge ! Je n'aurais aucune chance contre elle… !

Elles se mirent à rire et Bella finit ce qu'il lui restait de bière avant de se lever brusquement.

- Ben… qu'est-ce que tu fais ? On vient juste d'arriver !

- Je vais rompre avec Alec.

Rosalie et Angela dévisagèrent Bella et Angela tenta de la retenir alors qu'elle s'apprêtait à quitter la salle :

- Mais pourquoi Bella ? Qu'est-ce qu'il te prend tout d'un coup ?

Elle s'apprêtait à se lever pour lui courir après lorsque Rosalie la retint par le bras :

- Laisse-la.

- Mais attends, il faut qu'elle réfléchisse ! Elle va pas rompre avec Alec sur un coup de tête alors qu'elle a bu en plus !

- Je ne crois pas que ce soit un coup de tête. Et puis elle a bu une bière, elle n'est pas non plus complètement bourrée !

- Ok, mais quand même… Je ne sais pas… ça me paraît un peu soudain.

- Oh, je ne pense pas… ça a dû pas mal cogiter dans sa tête depuis qu'elle a couché avec Alice. Tu connais Bella, elle analyse et suranalyse toujours tout. Limite trop.

- T'as raison.

- Bien sûr que j'ai raison !

Lorsqu'elle fut dans le métro, Bella se demanda si elle n'agissait pas complètement irrationnellement. Elle ne savait pas expliquer ce qui l'avait décidé à aller rompre avec Alec. Elle était en train de rigoler avec les filles et tout d'un coup… elle s'était dit qu'il était temps. Que cela ne pouvait plus durer… Qu'elle voulait… elle déglutit avant de finir sa pensée… être avec Alice. Pas avec Alec. Elle n'avait peut-être aucune chance avec Alice, mais cela ne changeait rien au fait qu'elle devait se rendre à l'évidence : les émotions et les sentiments que provoquait en elle la simple évocation de la batteuse était incroyablement plus… plus forts que tout ce qu'elle avait jamais ressenti pour Alec… à savoir… pas grand-chose. Elle n'avait jamais eu l'estomac qui se tordait, elle n'avait jamais frémi de désir à la mention d'Alec. Elle n'avait jamais frissonné au simple souvenir d'une caresse qu'il lui aurait faite. Elle n'avait jamais été surprise à rêvasser, complètement éveillée, à Alec en plein milieu d'une interaction sociale. Elle n'avait jamais été amoureuse de Alec. Cette pensée la fit paniquer. Elle se leva brutalement de son siège et se précipita vers les portes du métro qui se refermaient pour sortir. Elle faillit se faire coincer le bras mais se dégagea à temps et se retrouva essoufflée sur le quai, perdue. Comment une fille qu'elle ne connaissait même pas pouvait lui faire ressentir des sensations plus fortes que son copain avec qui elle sortait depuis plus d'un an ? C'était complètement absurde. Elle ne savait même pas quel était son nom de famille, si elle préférait ses œufs brouillés ou sur le plat, si elle avait aimé Le Monde de Sophie. Avait-elle-même lu Le Monde de Sophie ? Pouvait-elle s'entendre avec quelqu'un qui n'aimerait pas Le Monde de Sophie ?

Elle leva la tête pour se repérer. Elle lu le nom de la station sans comprendre. Se gratta la tête et alla vérifier sur le plan du métro qu'elle avait bien – en fait – raté la station et était descendue deux stations trop tard. Un peu plus et elle se retrouvait au terminus sans y prendre garde. Elle soupira et décida de faire le reste du chemin à pied. Deux stations de métro, elle n'allait pas mourir.

Elle frappa à la porte. Pas de réponse. Et merde. Alec devait être de garde. Elle n'avait même pas envisagé la possibilité qu'il ne soit pas chez lui et se retrouvait prête à laisser échapper sa colère et sa frustration devant une porte close.

Elle piétina, hésitante, et se souvint brusquement qu'elle avait la clé de l'appartement d'Alec. Celui-ci la lui avait donnée il y a quelques temps déjà, et elle ne s'en était jamais servie : elle appelait toujours avant de venir. Ce serait donc la première et la dernière fois qu'elle utiliserait cette clé. Elle farfouilla dans son sac, sortit son trousseau de clé, retira la clé d'Alec de l'anneau et ouvrit.

Cela lui fit bizarre de se retrouver seule dans l'appartement, et elle avait presque l'impression d'être une cambrioleuse. Elle déposa son sac sur le canapé et se dirigea vers la cuisine pour prendre un verre d'eau. Elle se fit la réflexion qu'elle n'avait absolument aucune idée de l'heure à laquelle Alec allait rentrer. Quelle nouille. Qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir faire pendant tout ce temps ? Elle reposa son verre d'eau et s'apprêtait à retourner sur le canapé lorsqu'elle entendit un bruit venant de la chambre. Son premier réflexe fut de se plaquer contre le mur. Le danger venait toujours par derrière, autant être prudent. Le premier instinct passé, elle écouta plus attentivement et les sons qu'elle percevait ressemblaient à… des rires… et… des gémissements ? Étonnée, elle s'avança silencieusement vers la porte, tendant l'oreille. Oui, c'était bien ça, des gémissements… produits par une voix féminine. Alec était-il là en train de mater un film porno ? C'était bien un mec ça de mater un film de boules un vendredi soir… Sa colère monta d'un cran et elle ouvrit violemment la porte. Elle regretta aussitôt d'avoir ouvert. Alec était dos à elle, nu comme un ver, en train de chevaucher une… petite blonde ? Position missionnaire. Elle resta bouche bée, observant la scène les yeux grands ouverts, comme si elle voulait la graver dans son esprit. Comme si elle voulait être certaine de ce qu'elle voyait, pour ne pas se dire « j'ai tout imaginé, cela ne s'est jamais produit ». Elle ne ressentait rien. Absolument rien. C'était le vide total en elle. Elle observait, comme si elle était un spectateur étranger. Distante. Détachée. Cela ne la concernait pas.

Cependant, Alec et la blondasse qu'il était en train de baiser, surpris par son interruption, ne restèrent pas figés comme des statues mais se couvrirent tant bien que mal avec la couette. Après avoir échangé un regard paniqué avec sa complice, Alec se leva, enfila son caleçon et se rapprocha de Bella. Celle-ci eut un mouvement de recul et Alec déclara :

- Bella, laisse-moi t'expliquer, ce n'est pas ce que tu crois.

Bella ouvrit la bouche pour dire quelque-chose, ne trouva rien à répondre et la referma. Qu'est-ce qu'il pouvait bien vouloir lui expliquer ? Elle venait de le surprendre en train de baiser une pétasse ! Il allait peut-être lui expliquer que cela faisait partie de la formation d'interne ? Que c'était une étude purement médicale ? Elle rit intérieurement, désabusée et son détachement repris le dessus. S'il voulait s'expliquer, après tout, qu'il s'explique. Elle était curieuse de savoir.

- Je t'écoute.

Elle avait parlé sur un ton froid et méprisant et elle n'aurait pas aimé être à la place d'Alec. De toute manière, elle n'aimait pas non plus être à sa place.

Il échangea un nouveau regard avec la petite blonde qui essayait de se faire encore plus petite qu'elle ne l'était et dit :

- Jane est mon ex… et je… euh, j'ai essayé de te dire que… eh bien, il y avait peut-être encore quelque-chose entre nous… et…

Bella perdit patience. Elle n'avait pas envie d'y passer la soirée. Elle n'avait pas envie d'entendre son explication longue et laborieuse, avec des excuses tous les trois mots, comme quoi il était encore amoureux d'elle et qu'il avait essayé de lutter, blablabla. Elle frissonna de colère et alors qu'il tendait le bras pour lui toucher l'épaule, elle s'avança brusquement vers lui et le gifla de toutes ses forces. Cela lui fit un bien fou, mais elle n'était pas encore calmée. Alors qu'Alec se passait la main sur le visage et que la petite blondasse se cachait la tête dans la couette, elle lui en colla une autre, pour la route. Parce que ça lui faisait du bien.

- La première c'est pour m'avoir trompée. La deuxième c'est pour tout le reste.

Alors qu'il s'apprêtait visiblement à dire quelque-chose, elle lui coupa la parole :

- Ta gueule. De toute façon, j'étais venue pour te dire que je te quitte. Ta clé est sur le bar.

Il ouvrit la bouche en grand et bégaya :

- Mais… pourquoi ?

Bella se demanda un instant s'il n'était pas stupide. Puis elle rétorqua :

- Tu baises… comme un mec.

Elle regarda Jane, puisque c'était son nom, droit dans les yeux et lui dit :

- Ravie d'avoir fait ta connaissance.

Et elle tourna les talons, attrapa son sac et claqua la porte en sortant.

Les larmes ruisselaient sur son visage alors qu'elle se dirigeait vers la station de métro la plus proche. Elle venait de surprendre son copain en plein ébat sexuel avec son ex et elle ne ressentait rien. Rien sinon une colère sourde et noire. Elle avait envie de casser quelque-chose. Si seulement elle avait une batte de baseball sous la main, elle aurait bien réduit une voiture en miette. Elle ne savait pas contre qui elle était le plus en colère : contre Alec qui l'avait trompée, contre elle-même de ne pas avoir rompu bien avant avec lui, contre Alice qui ne l'avait pas rappelée. A la pensée d'Alice, la colère qu'elle ressentait se transforma en peur et celle-ci s'insinua dans tout son corps. Elle se plia en deux, la tête dans les mains et se balança d'avant en arrière. Elle avait peut-être l'air folle ou possédée, mais c'était bien le dernier de ses soucis. Le métro s'arrêta à nouveau et elle regarda l'arrêt. Elle descendit. Après tout, elle n'était plus en état de faire quoique ce soit. Il fallait qu'elle en ait le cœur net. Et si elle ne recevait pas la réponse qu'elle attendait, elle n'aurait plus qu'à aller se jeter dans la Seine.

Elle ne savait pas depuis combien de temps elle était assise là lorsque son téléphone vibra. C'était Rosalie. Elle se racla la gorge et décrocha :

- Bella, t'es où ? Qu'est-ce que tu fais ? On s'inquiète nous !

- …

- Bella, mais réponds, ça va ?

- J'ai connu des jours meilleurs.

- Tu as rompu avec Alec ? ça ne s'est pas bien passé ?

- Oui et euh… ça s'est passé… pas comme je m'y attendais.

- Ah. Et t'es où là ? Tu veux que je vienne te chercher ?

- Non. Je… J'arrive.

- Ok, on t'attend.

Bella raccrocha et se décida à se lever. Elle regarda l'heure et constata qu'elle était restée assise sur le paillasson devant la porte d'entrée de l'appartement d'Alice au moins une heure. Elle était pathétique… Elle était arrivée sûre d'elle et de ce qu'elle avait à dire à la batteuse et s'était trouvée face à une porte close. En même temps, on était vendredi soir, il n'était pas étonnant qu'Alice ne soit pas chez elle. Mais tout de même, c'était décevant, et Bella lui en voulait. Elle en voulait à une fille qu'elle connaissait à peine de ne pas être tranquillement chez elle à l'attendre alors qu'elle ne savait pas qu'elle allait venir. Il fallait qu'elle se rende à l'évidence, elle avait atteint le sommet du pathétique.

Elle eut à peine franchi la porte de la coloc qu'elle fut engloutie dans les bras d'Angela. Fatiguée, harassée par les évènements, elle se mit à pleurer. Rosalie les rejoint et la serra également dans ses bras. Elle avait les meilleures colocataires du monde. Lorsqu'elle se fut un peu calmée, Angela lui prépara un thé et elle disparut dans sa chambre. Elle se déshabilla, se mit en pyjama, attrapa sa couette qui trainait par terre au pied de son lit, s'enroula dedans et ressortit. Elle se laissa tomber sur un fauteuil et déclara :

- Est-ce qu'on peut regarder un film débile ?

Rosalie et Angela échangèrent un regard mi-inquiet mi-déçu et Rosalie répondit :

- Ok. Je suis méga frustrée là, mais je respecte ton choix. Sex and the City 2, ça te dit ?

Bella lui sourit. Évidemment, Angela et Rosalie mourraient d'envie de savoir ce qu'il s'était passé. Mais pas maintenant. Elle n'avait pas la force. Elle les remercia sincèrement de la laisser en paix – au moins pour le moment – et essaya de se concentrer sur le film.

A 11h30 précise le lendemain matin, Emmett, Rosalie, Angela et Bella entouraient Edward dans le salon de coiffure. Ben n'était pas encore arrivé et Edward avait déjà enfilé un peignoir. Il semblait sur le point de s'évanouir. Angela le prenait en photo pour pouvoir faire un montage « avant / après ». Emmett, avec son tact légendaire, tenta de remonter le moral d'Edward :

- T'inquiète Bro, de toute façon, maintenant que tu es fiancé, c'est pas grave si t'es moche !

Ce qui fit rire tout le monde, sauf l'intéressé. Tous les yeux se braquèrent sur leur groupe et les clients leur lancèrent des regards désapprobateurs. Le gérant du salon, qui n'avait déjà pas eu l'air enchanté de laisser entrer Edward et tout son fan club, les fusilla du regard.

Lorsque la coiffeuse vint chercher Edward pour l'emmener aux bacs, Emmett lui lança :

- Ne vous embêtez pas à lui laver les cheveux, vous allez tout lui couper !

Ce qui fit rire tout le monde sauf la coiffeuse qui avait l'air extrêmement mal à l'aise, ne sachant pas comment réagir aux commentaires – stupides – d'Emmett.

Celui-ci se retourna aussitôt vers Bella et lui demanda :

- Comment tu la trouves ? Elle est canon hein ?

Bella le regarda, interdite :

- Comment je trouve qui ?

- Ben, la coiffeuse ! Mais je comprends pas, t'es pas lesbienne toi maintenant ?

Bella rougit comme une pivoine et maudit Emmett pour son manque de délicatesse.

- En tout cas moi, je ne la laisserais pas dormir dans ma baignoire.

Rosalie vint au secours de Bella et rétorqua :

- Mais ferme-la un peu Emmett, tu vois pas que tu mets tout le monde mal à l'aise ?

Sur ces entrefaites, Ben arriva tout essoufflé et s'exclama :

- J'ai raté quelque-chose ? Il a vomi son petit-déjeuner ? Il est parti en courant ?

Lorsqu'Edward s'installa, suivi de près par la coiffeuse, tous s'agglutinèrent autour de lui. La coiffeuse demanda :

- Alors dites-moi monsieur, qu'est-ce que je vous fais ?

Rosalie n'attendit même pas que Emmett ouvre la bouche et lui écrasa son magazine sur la tête en déclarant :

- N'y pense même pas.

- Mais ça va pas la tête, j'ai rien dit !

- Oh oui, d'accord, on sait très bien que tu allais faire une blague vaseuse. Et la prochaine fois, c'est une gifle.

Bella et Angela n'en pouvaient plus de rire face à la tête de chiot d'Emmett et Ben vint en aide à Edward qui bégayait :

- Je ne sais pas, rien, je ne suis pas ici de mon plein gré, j'adore mes cheveux comme ça, qu'est-ce que vous en pensez, ils sont canons non ? Vous ne croyez pas que je pourrais poser pour vos modèles ?

- Vous rasez tout.

Alors que la coiffeuse allumait la tondeuse, Edward frissonna et déclara :

- J'ai l'impression d'être dans massacre à la tronçonneuse. Et en hommage à mes magnifiques cheveux, Bella, t'as intérêt à te la faire ta bonnasse, pour qu'ils ne soient pas sacrifiés en vain !

La coiffeuse regarda Bella en biais et commença à tondre la chevelure d'Edward.

Bella rougit comme une tomate. Sympa mec de l'afficher comme ça en plein milieu du salon de coiffure. Vas mourir. Tiens, c'est bien fait pour toi. Elle ne put s'empêcher de ressentir un sentiment de jouissance intense lorsque la première mèche des cheveux d'Edward tomba sur le sol. Angela se précipita pour la ramasser pour pouvoir « la conserver à la coloc », sous le regard de Rosalie qui avait l'air de penser qu'elle était complètement timbrée et qui déclara :

- Y a pas moyen qu'on garde ça à la coloc !

Alors que les deux filles commençaient à s'engueuler, Emmett en remit une couche :

- Edward, je ne vois pas en quoi le fait que tu te coupes les cheveux va aider Bella ?

- Ben réfléchis mec, comme ça je ne lui ferais plus de concurrence.

Rosalie soupira bruyamment et répliqua :

- Mais elle ne vous a pas attendu pour coucher avec elle, bande de mâles arrogants.

Bella la foudroya du regard tout en rougissant encore plus si seulement cela était possible et Rosalie s'excusa :

- Je suis désolée mais ils m'énervent à penser qu'on a besoin d'eux pour avoir une activité sexuelle.

Ils reçurent alors les regards clairement indignés de l'ensemble du salon de coiffure, outré que l'on puisse avoir ce genre de conversation dans un lieu public. Bella était d'ailleurs plutôt d'accord avec eux, d'autant plus qu'il s'agissait de sa vie sexuelle dont ils débattaient en hurlant.

Emmett ne perdit pas le fil de la conversation et demanda à Bella :

- Mais attends, me dis pas que vous avez…

Emmett s'arrêta net lorsque Rosalie leva la main, menaçante :

- Réfléchis à ce que tu vas brailler, tu risques de choquer les vieilles qui se font faire une permanente.

Emmett la regarda suppliant et poursuivit :

- Euh enfin je veux dire, que tu l'as… euh, que vous avez… Euh, enfin tu vois ce que je veux dire ! Je ne trouve pas de manière polie de l'exprimer !

Bella rigola et soupira :

- On a effectivement fait plus que s'embrasser si tu veux tout savoir. Et avant que tu ne demandes, oui c'était bien, et oui j'ai trompé Alec, et non je ne suis plus avec lui.

Edward gigota sur son siège et la coiffeuse lui demanda de rester calme, ajoutant « même si je peux comprendre que ce soit difficile » ce qui fit rire Angela et Ben.

Rosalie regarda intensément Bella et lui demanda :

- Alors, tu vas nous dire comment ça s'est passé ta rupture avec Alec ?

Tous les yeux se tournèrent vers Bella, y compris ceux de la coiffeuse et celle-ci répondit :

- Non, pas ici, je risquerais de choquer les gens.

Rosalie roula des yeux et la coiffeuse intervint :

- A mon avis, vous pouvez y aller, au point où vous en êtes, ça ne peut pas être pire.

Emmett s'exclaffa et voulu faire un High Five avec elle, mais elle l'ignora ostensiblement, ce qui fit rigoler Rosalie.

- Ok, pourquoi pas, mais de toute façon, vous n'allez pas me croire. On se serait cru dans Melrose Place…

Sous les encouragements bruyants et empressés de ses amis, Bella finit par se décider. De toute façon, il allait bien falloir qu'elle leur raconte ce qu'il s'était passé. Ils finiraient par le savoir, alors pourquoi pas tout de suite, et tant pis si tout le salon de coiffure l'apprenait en même temps qu'eux !

- Hier soir, je suis donc allée chez Alec avec la ferme intention de rompre avec lui. Il n'était malheureusement pas à son appartement.

Elle s'arrêta et Edward s'exclama :

- Mais c'est tout ? Tu déconnes ?

- Mais non, ce n'est pas tout... J'avais la clé de chez lui, alors j'ai décidé d'entrer pour l'attendre.

Angela s'écria :

- T'avais la clé de chez Alec ? ça alors !

- Oui, moi aussi j'ai trouvé ça bizarre quand je m'en suis rappelé hier soir… Enfin bref, je me suis donc installée chez lui et comme j'ai entendu du bruit dans sa chambre, j'ai été voir et…

Bella s'arrêta à nouveau et tous étaient pendus à ses lèvres. Elle avala péniblement sa salive avant de poursuivre :

- Je l'ai surpris en pleine partie de jambes en l'air avec son ex.

Sa dernière phrase eut l'effet escompté et tout le monde se mit à lui poser des questions en même temps. Elle tenta de répondre à tout le monde :

- Oui, Emmett, en plein milieu, ou en plein dedans comme tu dis… Et oui, Angela, mais je ne vois pas en quoi c'est le détail le plus important à l'instant présent, oui, il avait un préservatif.

Rosalie, pragmatique lui demanda :

- Mais son ex, elle est comment ? Et ils étaient en train de prendre leur pied ? C'est fou, même à moi, ça ne m'est jamais arrivé de surprendre un couple en pleine action ! Comment je suis trop jalouse !

Elle s'arrêta et regarda Bella d'un air contrit. Celle-ci tenta de faire bonne figure jusqu'au bout :

- C'est une petite blonde, objectivement elle a l'air gentille, subjectivement, c'est une salope nymphomane. En tout cas, ce n'était pas non plus l'orgie, c'était plutôt pépère, un petit missionnaire avec des couinements discrets. Je ne les avais même pas entendus au début.

Angela s'apprêtait à poser une nouvelle question lorsque la coiffeuse déclara :

- Voilà Monsieur, c'est terminé.

Bella fut soulagée que l'attention se tourne vers Edward et ne put s'empêcher de rire en l'observant. Il n'était pas très grand, il était musclé, un peu trop depuis qu'il faisait de la musculation si on lui demandait son avis et maintenant, il était à moitié chauve. Elle sourit, lui passa la main dans les cheveux et s'exclama émerveillée :

- Ooooooh, mais c'est tout doux !

Edward paya et la coiffeuse les remercia pour l'animation et souhaita bonne chance à Bella. Celle-ci bredouilla un merci et lorsqu'elle fut sortie, Emmett se précipita vers elle :

- T'as vu comment elle t'a draguée ? Si ça ne marche pas avec Wonder Woman, t'as clairement un plan de secours avec elle !

Bella le regarda intriguée :

- Wonder Woman ?

Emmett fit mine de ne pas avoir entendu et entama une conversation animée avec Ben sur le dernier match de l'équipe de France de foot. Rosalie éclaira la lanterne de Bella :

- C'est son fantasme féminin.

- Ah, ok.

- Bon, et ça va toi ? Tu fais comme si tu prenais ça à la rigolade, mais je te connais suffisamment bien pour savoir que ça ne doit pas être facile.

- Ben… Je ne sais pas trop. Je ne ressens pas grand-chose…

Rosalie la serra dans ses bras et Bella enfouit son visage dans les cheveux de la grande blonde.

- En tout cas, je suis là si tu as besoin.

- Je sais. Merci.

Il était 15h lorsqu'ils sortirent du restaurant. Bella n'avait pas l'habitude de se lever si tôt le samedi matin et elle était toute étonnée d'avoir encore tout l'après-midi devant elle. Lorsqu'ils décidèrent d'aller visiter la nouvelle expo d'art moderne de Beaubourg, celle où il y avait un photomaton qui faisait des photos de toi géantes, elle prétexta une course à faire pour s'éclipser. Rosalie ne fut pas dupe et la regarda intensément. Bella lui fit signe que tout allait bien et se dirigea vers le métro le plus proche.

Comme la veille, elle dut attendre que quelqu'un entre ou sorte de l'immeuble pour pouvoir entrer. Elle se glissa dans le hall après une vieille dame qui posa ostensiblement la main sur son sac à main. Bella la regarda, éberluée, et laissa échapper un petit rire en montant les escaliers quatre à quatre. Comme si elle avait l'air d'une voleuse à la tire. Lorsqu'elle arriva devant la porte de l'appartement d'Alice, elle était essoufflée. Elle se laissa quelques instants pour reprendre son souffle, mais pas suffisamment pour se dégonfler, et, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, elle frappa. Elle entendit des pas et la peur l'envahit. Elle avait l'impression d'être au bord d'un précipice. Lorsqu'Alice ouvrit la porte, elle eut le souffle coupé et son cœur manqua un battement. Elle était en soutien-gorge, un tee-shirt à la main et Bella ne put s'empêcher de laisser son regard parcourir le corps de la petite brune. Celle-ci rougit en la reconnaissant et elles se dévisagèrent intensément pendant un moment qui parut durer une éternité à Bella. Il fallait qu'elle dise quelque chose, mais la beauté d'Alice la rendait muette, le regard intense d'Alice la rendait muette, la simple présence d'Alice, qu'elle avait souhaitée si ardemment depuis qu'elle avait quitté son appartement en catimini, la rendait muette. Bref, elle était muette.

Alors qu'elle ouvrait la bouche pour dire quelque chose, quitte à ce que ce soit n'importe quoi, Alice baissa les yeux et lui claqua la porte au nez.

Bella se retrouva face à la porte close et son monde s'écroula, la laissant seule au milieu des ruines d'un bonheur qu'elle n'avait pas eu le temps de vivre réellement.