Merci pour vos commentaires, ça m'encourage à continuer, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! J'essaie de publier régulièrement pour ne pas laisser trop de suspens !
Le premier date de Bella et Alice. Bella a sorti le grand jeu !
Chapitre 6
« Be the change you want to see in the world »
Gandhi
Bella fit irruption dans la coloc, essoufflée d'avoir monté les escaliers quatre à quatre. Elle claqua la porte derrière elle et voulut crier à plein poumon « J'ai un date avec Alice demaaaaaaaaaaaaaain ! » mais elle manqua de s'étrangler, dut s'arrêter pour reprendre son souffle et n'émit qu'un vague grognement. Décidément, il fallait vraiment qu'elle se remette au sport. Lorsqu'elle put respirer à nouveau normalement, elle jeta un coup d'œil dans le salon, s'attendant à se faire dévisager par deux paires d'yeux goguenards, mais la pièce était vide. Dépitée, elle soupira. Elle hésita, mais son excitation était trop forte, si elle n'extériorisait pas ses sentiments tout de suite, elle allait devenir complètement folle. Elle se lança alors dans une danse de la pluie exaltée, dansant et sautant au son d'une musique imaginaire. Après tout, le ridicule ne tue pas, et une danse de la pluie n'a jamais fait de mal à personne. C'était sans compter sur sa maladresse. Alors qu'elle invoquait les nuages avec plus de ferveur qu'il n'en faut pour provoquer le déluge, elle heurta un tabouret de bar qui se renversa bruyamment tout en l'entraînant dans sa chute.
Angela la trouva affalée par terre, les membres complètement emmêlés, riant à gorge déployée.
- On peut savoir ce qu'il se passe ?
Bella tenta de reprendre son souffle, essuyant ses yeux. Angela était en pyjama et semblait passablement endormie. Comme Bella ne répondait pas, se contentant de rester allongée par terre les yeux fermés, Angela réitéra sa question :
- Pourquoi tu te marres comme une baleine ? T'es déjà bourrée ou quoi ?
Elle regarda sa montre et se tourna vers Bella horrifiée :
- Mais il est à peine 19h !
Rosalie ne laissa pas le temps à Bella de se défendre et pénétra dans le salon d'un air décidé :
- Ah Bella, tu tombes bien !
Elle haussa les sourcils en la voyant étendue sur le sol et ajouta :
- Enfin, façon de parler… Avant que tu ne nous expliques comment tu t'es débrouillée pour te retrouver dans cette position, j'ai besoin de votre avis ! Qu'est-ce que vous pensez de ce mec ?
Elle déposa son ordinateur sur la table basse et Bella se redressa pour voir l'écran. Elle faillit s'étrangler lorsqu'elle vit la page que leur montrait Rosalie :
- Tu t'es inscrite sur Meetic ?
- Oui.
Bella dévisagea la grande blonde, étonnée. Elle avait toujours eu un avis assez négatif sur les sites de rencontre en ligne. Pour elle, c'était un peu comme un supermarché. Elle trouvait ça dégradant. Rosalie était belle, séduisante, intelligente, gagnait bien sa vie. Elle avait tout pour plaire, tout pour être heureuse. Certes, elle était un peu froide au premier abord, mais elle était adorable dès qu'on apprenait à la connaître. C'était complètement paranormal qu'elle n'ait pas encore trouvé l'homme idéal et totalement frustrant de ne rien pouvoir faire pour changer cette situation. Bella enrageait de ne pouvoir rendre Rosalie heureuse. Malheureusement, l'amitié, même profonde et inébranlable qui les liait ne pouvait pas remplacer l'amour.
Rosalie la coupa dans ses réflexions en lançant :
- Et avant que tu dises quoique ce soit, Angela s'est inscrite aussi !
Angela la regarda avec un air outré, lui lança à la figure un coussin qui trainait et siffla :
- Salope !
Rosalie, fière d'elle, la regarda en riant. Bella avait du mal à digérer toutes ces informations. Elle regarda tour à tour Angela et Rosalie qui étaient en plein « eye contest » et ne donna pas cher de la peau d'Angela. Rosalie était imbattable. Bella finit par se lever et s'avachit dans un fauteuil. Elle entreprit de délacer ses chaussures. Ses deux colocs étaient célibataires depuis un certain temps, embourbées dans leur relation compliquée avec leur ex, et cumulaient les plans moisis. Elle soupira.
- Oh ça va, épargne-nous ton couplet de fille prude. Ça fait une éternité qu'on collectionne les plans à la con, qu'on rencontre des mecs en boîte dont on ne se rappelle plus le lendemain, qu'on cumule les coups d'un soir, …
Angela l'interrompit :
- Oui, enfin, parle pour toi, là… Moi j'arrive à peine à emballer, et encore quand j'y arrive, c'est soit un vieux, soit un mec marié.
Bella se mit à rire. Il arrivait toujours des trucs extraordinaires à Angela. Rosalie poursuivit :
- Bref, tout ça pour dire, qu'au moins, avec Meetic, on aura peut-être l'occasion de faire des rencontres sympas. Et on arrêtera peut-être de confondre le premier ivrogne venu avec le Prince Charmant.
- Parce que tu crois au Prince Charmant, toi ?
- Pour l'instant, je crois surtout aux sept nains, mais sait-on jamais ? Peut-être que c'est lui ?
Elle pointa son écran d'ordinateur du doigt et Bella se pencha pour observer de plus près le profil du mec en question.
- Qu'est-ce que vous en pensez, je réponds ?
- Ben oui, pourquoi tu ne répondrais pas ?
Angela ne laissa pas à Rosalie le temps de répondre et lança :
- Mais Bella, imagine que ce soit un pervers !
- C'est sûr que toi, avec la chance que tu as, il y a une probabilité non négligeable que tu tombes sur des types qui ne soient pas sains d'esprit !
Bella rigola mais son rire mourut dans sa gorge lorsqu'Angela lui lança un regard noir et renchérit alors :
- Mais imagine si tu ignores la perle rare ? Le Prince Charmant ?
Aucune de ses deux colocs ne prit la peine de lui répondre et Rosalie attrapa un paquet de M&M's.
- Bon, trêves de plaisanteries. On peut savoir ce que tu faisais par terre ?
Bella rougit et baissa les yeux. Si elle avait eu envie de crier son exultation sur tous les toits de Paris quelques minutes auparavant, sa timidité avait repris le dessus et son excitation était à présent mêlée d'appréhension. Rosalie dut sentir sa réticence à répondre et demanda :
- C'est ce que j'imagine ?
Bella fronça les sourcils et répondit :
- Comment veux-tu que je sache ce que ton esprit pervers a bien pu imaginer ?
- Certes ! Bon allez, raconte.
Angela et Rosalie la regardaient avec insistance et elle savait qu'elle ne pourrait pas vraiment y couper. Elle prit une inspiration et leur raconta son après-midi. Lorsqu'elle eut fini son récit, Rosalie et Angela étaient mortes de rire sur le canapé du salon.
- Oui, bon, ça va, remettez-vous, on ne va pas y passer la soirée !
- Non mais attends, c'est énorme ! Elle a vraiment pris le métro en chaussettes ?
- Oui.
- Excellent ! Tu es un aimant à ennuis, tu es consciente de ça ?
- Oui, bon ben ça va, on a compris. Move on girls ! Maintenant aidez-moi ! Je ne sais pas où je vais emmener Alice demain !
Rosalie et Angela, totalement dans leur élément, se lancèrent dans une discussion sans fin sur le lieu idéal du premier rendez-vous. Évidemment, dans le cas de Bella, c'était un petit peu plus compliqué. Déjà, son date est une fille. « Tu connais des lieux branchés pour les gay toi ? » « C'est pas un peu sectaire comme réflexion ? ». Et en plus, elle a déjà couché avec ! Il ne faut surtout pas négliger ce paramètre, on ne fait pas la même chose avec quelqu'un qu'on ne connaît pas du tout ou avec quelqu'un avec qui on a déjà partagé… une certaine intimité…
Bella avait cessé d'écouter le piaillement désordonné de ses deux colocs et était perdue dans ses propres réflexions. Elle souhaitait emmener Alice dans un endroit qui ait une signification pour elle. Pas question de l'emmener dans n'importe quel café ou n'importe quel parc. Elle voulait quelque chose de… spécial.
- Euh, Bella, tu nous écoutes ?
- Non.
Rosalie prit un air vexé mais poursuivit néanmoins :
- On a trouvé ! Tu vas l'inviter au hammam de la mosquée de Paris.
Bella dévisagea tour à tour ses deux colocs, dont le visage exprimait une excitation intense.
- C'est une blague ?
- Ben non, pourquoi ? C'est super le hammam, en plus vous serez en maillot de bain, et avec un peu de chance, elle enlèvera son haut.
Angela semblait presque plus excitée que Bella à cette idée. Cela n'avait rien de rassurant.
- Euh, ça fait combien de temps qu'on se connaît déjà ?
Rosalie répliqua :
- Trop longtemps ! Elle ne te plait pas notre idée ?
- Ça va pas la tête ? La dernière chose dont j'ai envie, c'est de me sentir mal à l'aise ! Alors vous pouvez oublier toutes vos options où je me retrouve à moitié nue et en sueur.
Angela gloussa à cette phrase et Bella la foudroya du regard.
- Vous pensez à autre chose qu'au sexe de temps en temps ?
Rosalie fronça les sourcils et Angela se renfrogna :
- Si j'avais quelqu'un avec qui en faire, j'y penserais moins souvent !
- C'est d'une logique imparable !
- Arrête de râler et passe-moi un M&M's bleu.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi tu ne manges que les bleus.
- Parce qu'ils sont meilleurs !
- Mais ils ont tous le même goût, c'est psychologique !
- Moi je trouve que les bleus sont meilleurs !
Rosalie haussa les épaules d'un air exaspéré et se leva :
- Quand vous aurez fini de vous disputer sur la couleur des M&M's, vous penserez à vous préparer pour le Rocky Horror Picture Show ?
- Whouoou, c'était trop bieeeeeen !
Emmett semblait avoir aimé son cadeau d'anniversaire. C'était de toute façon le genre de spectacle complètement dérangé qui ne pouvait que remporter son suffrage. Angela bougonna :
- Moi j'ai rien compris ! Pourquoi est-ce qu'ils faisaient la même chose que dans le film ?
- Euh… Angela, c'est le principe du spectacle. Cela n'a peut-être aucun sens, mais les acteurs miment le film, pendant le film, mais en plus drôle.
- Peut-être, mais c'était bizarre non ? Surtout quand ils venaient dans le public… ça m'a fait trop peur… imagine s'ils m'avaient demandé à moi de manger la banane sensuellement ? L'horreur.
Bella ne put s'empêcher de rire à l'idée. C'était presque étonnant que ce ne soit pas tombé sur Angela. Pendant que Ben s'efforçait d'expliquer le concept de la soirée à Angela, Emmett et Edward s'approchèrent de Bella et elle en profita pour caresser le crâne presque chauve d'Edward :
- Mmmh, c'est tout doux ! J'adooore !
Emmett ne laissa pas à Edward le temps de répliquer et s'exclama, visiblement excité :
- Alors, Bella, tu as trouvé où tu vas emmener Alice demain ?
Bella haussa les sourcils. D'où Emmett était-il déjà au courant ? Rosalie ne pouvait-elle pas tenir sa langue cinq minutes ?
- Non, pas encore. Pourquoi, tu as des idées ?
- Bien sûr ! Avec Edward, on se disait que tu pourrais l'emmener au Pink Paradise ! Et si tu veux, on peut même venir avec vous !
Bella lui enfonça le coude dans les côtes.
- Dans une boîte de striptease ? Et vous avez réfléchi longtemps pour trouver ça ?
- Non. C'est la première chose qui nous est venue à l'esprit.
- Tu m'étonnes…
Rosalie les interrompit en demandant à la cantonade :
- On va en boîte ?
Les réponses fusèrent : Edward et Emmett étaient « chauds comme la braise », Angela était « beaucoup trop sobre » et Ben se demandait une fois de plus s'il ne serait pas plus raisonnable de rentrer. Bella sourit. Elle était prête à parier qu'il finirait par se laisser convaincre et qu'il serait probablement le dernier à rentrer avec un taux record d'alcool dans le sang. Rosalie lui répondit d'ailleurs :
- Rentre boire une tisane si tu veux, papy, nous on va s'amuser. Tu viens Bella ?
Bella hésita. Elle était tout à fait consciente que la meilleure chose à faire si elle voulait être en pleine possession de ses moyens le lendemain avec Alice, était d'être raisonnable et de rentrer gentiment se coucher. En plus, elle n'avait toujours pas trouvé où elle allait l'emmener. Cependant, elle se sentait… elle se sentait lasse. Trop de choses se passaient en même temps dans sa vie. Elle était confuse, et elle était fatiguée de se poser des questions existentielles. Elle avait bien besoin d'oublier son travail, son ex – puisque c'était bien ce qu'Alec était – sa possible bisexualité. Fuck her life !
Perdue dans ses pensées, elle sursauta quand Rosalie réitéra sa question :
- Bellaaaaaaa ? Tu viens ou bien ?
- Fais chauffer ta carte bleue, ce soir, je t'enchaîne.
Rosalie lui fit un grand sourire et l'entraina à la suite des autres.
Bella reposa bruyamment son verre vide sur la table et se leva d'un bond. Elle regretta immédiatement son impatience et se retint à sa chaise le temps de se stabiliser. Elle avait légèrement trop bu. Si le léger étourdissement qu'elle ressentait n'était pas une preuve suffisante, le fait qu'elle ne se souvenait pas comment elle s'était retrouvée seule en train de boire à leur table en était une. En tout cas, c'était pathétique. Bordel, elle était là pour danser et s'amuser, et pas pour noyer ses soucis dans l'alcool… Quoique ? Elle plissa les yeux et scruta la salle sombre et bondée pour essayer de localiser l'un de ses amis. Elle repéra Angela, qui se dandinait aux côtés de… d'un grand mec blond avec une couronne de fleurs autour du cou. Bella fronça les sourcils et se frotta les yeux. Qu'est-ce qu'il allait encore arriver à Angela ? Elle aurait probablement le droit à un récit détaillé le lendemain, et, pour une raison inconnue, elle s'attendait au pire. Elle poursuivit son inspection de la salle, à la recherche d'autres visages familiers et en repéra deux d'un seul coup, scotchés l'un à l'autre. Elle hoqueta de stupeur et se retint plus fort au dossier de sa chaise. Rosalie et Emmett étaient en train de s'embrasser à pleine bouche, et si personne ne les arrêtait, ils allaient probablement faire l'amour au milieu de la piste de danse. Oh god. Il lui fallait un remontant. Et tout de suite. Elle se dirigea vers le bar d'un pas qu'elle voulut décidé et s'accouda d'une manière qu'elle voulait sensuelle. Elle avala cul sec son shot de tequila et sortit prendre l'air. Il fallait qu'elle trouve quelqu'un qui soit encore suffisamment lucide pour… pour, elle ne savait pas pourquoi, mais elle sortit tout de même. De toute façon, elle avait envie de fumer une clope.
Elle trouva Ben assis sur le rebord du trottoir, les pieds dans le caniveau en train de chanter la Marseillaise. Edward était debout à côté de lui au téléphone.
Elle attrapa Edward par la manche. Il se retourna et raccrocha en plein milieu d'une phrase – loin d'être cohérente – lorsqu'il la reconnut. Il se jeta alors sur elle en criant :
- Bellaaaaaaaaa, Bella, je t'aime, fais-moi un bisou !
Bella soupira. Edward avait bu le verre de trop qui le faisait basculer en mode « hyper relou ». Il s'agrippa à elle et tenta de l'embrasser. Elle le repoussa le plus gentiment possible et rétorqua :
- Tu es quasiment marié je te rappelle. Tu n'avais qu'à réfléchir avant. Ce n'est pas faute de t'avoir fait des avances.
C'était bas, mais Bella se sentit mieux. Elle était toujours mal à l'aise qu'il la drague lorsqu'il était bourré. Si on pouvait appeler ça de la drague d'ailleurs. Il la regarda de l'air d'un petit enfant à qui on a refusé un jouet et sortit son téléphone de sa poche en s'éloignant. Il allait probablement rappeler une deuxième fois tous ses amis et leur laisser des messages incompréhensibles qu'il regretterait le lendemain. Typique.
Ben était à présent allongé sur le trottoir… De mieux en mieux. Elle se demanda si elle était comme ça, elle aussi, quand elle était défaite, mais préféra ne pas s'appesantir sur la question. La réponse était probablement oui.
Elle se pencha et tenta d'établir une communication entre Ben et la Terre :
- Ben ? Tu veux rentrer à l'intérieur ? Tu vas attraper froid si tu restes ici.
Ou alors, tu vas te faire ramasser par les flics…. Il émit une sorte de grognement que Bella ne sut pas interpréter.
- Ben ? Tu veux rentrer ? Tu ne te sens pas bien ?
Cette fois elle perçut quelque chose qui ressemblait à « maison ». Elle soupira, fouilla dans les poches de Ben à la recherche de son vestiaire, et lorsqu'elle l'eut trouvé, parcourut les alentours du regard pour tenter de localiser Edward. Ne le voyant pas, elle l'appela sur son portable et tomba directement sur la messagerie. Elle ne se fatigua pas à laisser un message et raccrocha. Elle envoya un SMS à Rosalie, lui signalant qu'elle ramenait Ben chez lui et qu'Edward était porté disparu.
Après avoir récupéré ses affaires et celles de Ben, elle tenta de relever celui-ci pour qu'il ait l'air à peu près décent. Il se laissa faire assez facilement et s'appuya lourdement sur elle pendant qu'elle tentait d'héler un taxi.
Ben passa l'ensemble du trajet à débiter des phrases sans queue ni tête au chauffeur de taxi. Bella s'excusa auprès de celui-ci, mais il avait l'air de trouver la situation plutôt amusante. Elle laissa Ben devant chez lui, non sans lui avoir tapé le code d'entrée de son immeuble et s'être assuré qu'il se souvenait à quel étage il habitait et qu'il avait bien ses clés sur lui.
- Merci Bella, t'es vraiment la plus cool des amis, t'es géniale, franchement merci, t'assures trop, et en plus tu sens bon.
Bella ne put s'empêcher de rire et le poussa gentiment dans l'entrée de son immeuble avant de remonter dans le taxi. Elle indiqua son adresse au chauffeur et soupira.
Elle regarda les lumières de la ville défiler de l'autre côté de la fenêtre. Elle n'avait pas envie de se coucher. Elle était sur la cime de l'ivresse, au moment le plus agréable où elle avait le sentiment que rien n'était impossible. Elle voulait profiter de ce moment. Elle voulait se sentir vivante. Sur une impulsion, elle regarda sa montre, sourit et sortit son téléphone de sa poche.
- Bella ?
- Oui. Je ne te réveille pas ?
- Mmmh non, mais j'étais sur le point de me coucher.
- Oups, désolée.
- C'est pas grave… Mais, tu ne devais pas m'appeler… demain ?
- Eh bien, il est 2 heures du matin, donc, techniquement, on est demain.
Bella entendit Alice rire et poursuivit :
- Je passe te prendre dans une demi-heure. Rhabille-toi et mets des vêtements chauds.
- Euh… T'es sérieuse Bella ? Tu l'as dit toi-même, il est 2 heures du matin.
- Eh bien, je ne te force pas, mais si tu es toujours d'accord pour qu'on se voie aujourd'hui… alors rendez-vous dans une demi-heure.
Alice sembla hésiter, se demandant probablement si Bella était folle, puis répondit :
- Ok, à tout à l'heure.
Alice s'engouffra dans le taxi qui l'attendait en bas de chez elle et demanda :
- Alors, où est-ce qu'on va ?
Elle était tout excitée et Bella émit un petit rire avant de lancer au chauffeur de taxi :
- Rue Soufflot s'il vous plait.
Alice fronça les sourcils, tentant probablement de deviner leur destination à partir du nom de la rue et, devant son air contrarié, Bella précisa :
- C'est une surprise, tu verras.
Alice fit une petite moue et croisa les bras avant de répondre :
- J'aime pas les surprises.
Bella sourit intérieurement. On aurait dit le schtroumpf grognon… En beaucoup plus mignon. Et en beaucoup plus sexy. Elle ne répondit rien mais adressa à Alice un petit sourire, contente d'elle.
Alice n'insista pas et elles continuèrent leur route en silence. Bella se sentait bien. Comme si rien ne pouvait lui arriver. Elle laissa ses yeux parcourir le visage et le corps d'Alice. Que celle-ci la surprenne en flagrant délit lui était complètement égal. Elle n'avait qu'à pas être belle, c'était de sa faute si on avait envie de la regarder. Lorsqu'Alice était sortie de son immeuble, elle avait eu l'envie quasi-irrépressible de la serrer dans ses bras. Elle portait un jean noir et un sweat à capuche trop grand « l'étrange Noël de Monsieur Jack » sous sa veste. Elle portait une écharpe en laine rouge qui faisait probablement dix fois le tour de son cou dans laquelle elle enfouissait son menton. Ce mélange troublait Bella. Elle ne savait pas si elle devait se dire « How cute » ou au contraire être effrayée par Rock'n Roll Alice. Elle ne savait pas sur quel pied danser, et c'était probablement ce qui l'attirait autant chez la batteuse.
Lorsqu'elles arrivèrent à destination, Bella paya le taxi et rejoignit Alice qui l'attendait impatiemment sur le trottoir, ouvrant de grands yeux et regardant tout autour d'elle comme si Hagrid allait sortir d'une porte cochère et lui annoncer qu'elle était admise à Hogward.
- Alors, alors, on va où maintenant ?
Alice sautillait sur place d'excitation et Bella lui sourit avant de répondre :
- A vrai dire, ce que je projette de faire n'est pas tout à fait… légal… et pourrait nous attirer des ennuis si on se faisait prendre.
Alice la regarda avec une étrange lueur dans les yeux et hocha la tête. Bella poursuivit :
- Je ne veux pas t'entraîner de force dans une entreprise illégale… Si tu es partante, je te propose une visite guidée du monument qui se trouve derrière toi.
Alice la dévisagea pour vérifier qu'elle était bien sérieuse, détourna son regard pour détailler le bâtiment qui se trouvait derrière elle puis répondit :
- Je te suis.
Bella ouvrit la porte de la coloc avec toute la discrétion dont elle était capable. Elle venait de laisser Alice chez elle et planait encore sur son nuage. Cependant, il était 10h du matin, elle n'avait pas dormi de la nuit et ressentait une grande fatigue. Elle avait bien l'intention d'aller directement se coucher et ne souhaitait pas réveiller ses colocataires.
Ses précautions se révélèrent inutiles puisqu'elle avait à peine refermé la porte qu'une voix rauque lançait :
- Bella ! C'est à cette heure que tu rentres ? Petite cachotière ! Avec qui tu étais ?
Bella sursauta et dévisagea Emmett avec surprise :
- Mais qu'est-ce que tu fous dans notre salon… à 10h du matin… En caleçon ?
Pas le moins du monde gêné par la situation, Emmett se mit à rire et répondit :
- Il fut un temps où ça ne te déplaisait pas quand j'étais en caleçon !
Bella rougit et rétorqua, contrariée :
- Je ne vois pas le rapport, et on ne va pas revenir là-dessus. J'étais bourrée et j'étais heureuse. Tu es passé par là et… voilà, c'est le hasard.
Elle soupira et se mordit la lèvre tout en déposant son sac. Pourquoi Emmett reparlait-il de ça maintenant ? Tout le monde était au courant, même Rosalie, et d'ailleurs, c'était avant qu'ils soient ensemble. Il y avait prescription, et de toute façon, selon la définition de Ben, il n'y avait pas homologation. Elle chassât ces pensées de son esprit, bien décidée pourtant à en reparler avec Emmett à un moment plus approprié – quand elle aurait un peu dormi. Le grand brun s'assit sur le canapé et déclara avec tristesse :
- Rosalie m'a viré de sa chambre.
- Euh ?
- Disons que… ça semblait bien parti, et… j'ai dit quelque-chose qui lui a déplu… et… elle m'a jeté dehors. Du coup, j'attends qu'elle se réveille pour récupérer mes vêtements et rentrer chez moi.
- Ah… Je peux savoir ce que tu lui as dit pour qu'elle réagisse comme ça ?
- Mmmh… j'imagine que de toute façon, elle va tout te raconter tout à l'heure, donc je ne vois pas de raison de ne pas te le dire. Je lui ai dit que j'étais hyper heureux qu'on se remette ensemble. Elle s'est figée, m'a fait tomber du lit et m'a dit de dégager. J'imagine que j'ai mal interprété ses signaux…
Emmett avait l'air effondré. Bella eut pitié de son ami, mais ne savait pas pour autant quoi lui dire pour le réconforter. Ce qu'il s'était passé entre eux avait profondément blessé Rosalie, et il était peu probable que celle-ci pardonne à Emmett aussi facilement.
- Est-ce que… Est-ce que tu étais sincère quand tu lui as dit ça ?
- Oui. Tu sais bien que c'est la femme de ma vie… Je… Je voudrais tellement qu'elle me laisse une deuxième chance.
- Je sais… Laisse-lui un peu de temps. Peut-être qu'elle finira par se rendre compte de tout ça et qu'elle te pardonnera. Je ne sais pas. Je suis désolée Emmett. J'aimerais pouvoir faire quelque-chose pour toi.
Le grand brun lui lança un regard plein de tendresse, se passa la main dans les cheveux, gêné, avant de lancer joyeusement :
- Mais tu peux faire quelque chose pour moi ! Dis-moi avec qui tu as couché !
Bella sourit, comme toujours déstabilisée par la facilité avec laquelle Emmett pouvait mettre ses soucis de côté et retrouver son côté farceur et juvénile.
- Je n'ai couché avec personne.
- Je ne te crois pas ! Tu rayonnes comme quelqu'un qui vient de prendre son pied !
- Mais je t'assure !
- Genre !
Bella se mit à rire. Plus elle se défendrait, et moins Emmett la croirait. Autant lui laisser un os à ronger. Avant de se réfugier dans sa chambre, elle déclara :
- J'ai fait visiter le Panthéon à Alice.
Emmett la regarda, interloqué et répondit :
- En pleine nuit ? Mais… Mais c'est fermé la nuit !
Bella lui fit un clin d'œil et lui répondit :
- Mais j'ai la clé, Emmett…
Celui-ci resta bouche bée sur le canapé après que Bella eut refermé la porte de sa chambre. Il n'en croyait pas ses oreilles. Bella avait fait entrer Alice dans le Panthéon, en pleine nuit, au risque de se faire surprendre voire… arrêter ? Elle ne pouvait pas être sérieuse ! Bella était sérieuse. La plus sérieuse de leur bande peut-être. Certes, cela n'avait pas toujours été le cas. C'était une vraie tête brulée en école… Il sourit, heureux à l'idée de retrouver « reckless Bella ». Et il se promit de remercier Alice d'être à l'origine de cette renaissance. Il l'aimait déjà, rien que pour cette raison.
- Tu as l'air fatiguée ma puce, c'était si épuisant que ça ton date avec Bella ?
Alice tira la langue à Jasper, et répondit :
- Si tu savais…
- J'espère bien que je vais savoir ! Allez raconte !
- Non.
- Raconte, sinon je te demande pourquoi tu as ressorti les personnages que j'aperçois sur la table de ton salon ?
Alice fronça les sourcils et jeta un coup d'œil en direction du salon. Bella l'avait appelée alors qu'elle s'apprêtait à aller se coucher et elle n'avait pas eu le temps de ranger ses figurines et sa maquette. Jasper allait encore lui poser tout un tas de questions embarrassantes et remettre en question ses choix. Cela faisait cinq ans qu'elle essayait sans succès de lui faire avaler qu'elle avait à jamais renoncé à ce rêve qui n'était que pure folie et qu'elle était très satisfaite de sa situation actuelle. Après tout, elle gagnait très bien sa vie, elle était douée dans son travail. Tout allait pour le mieux. Elle n'avait pas envie de remettre tout ça sur le tapis. Elle se mordit la lèvre et répondit :
- Très bien. Si tu me fais des cookies, je te raconte pendant que tu cuisines.
Jérémy sourit et se dirigea vers la cuisine. Alice se précipita pour débarrasser et laisser la place à Jasper. Elle savait qu'il ne lâcherait pas l'affaire si facilement, mais avec ce qu'elle avait à lui raconter, elle était certaine de gagner un peu de temps ! Elle sourit jusqu'aux oreilles en repensant à la folle nuit qu'elle avait passée avec Bella.
- Bon, de quoi tu as besoin ?
Jasper soupira et répondit :
- Il faudrait vraiment que tu apprennes à cuisiner tu sais… Je me demande encore comment tu fais pour te nourrir quand je ne suis pas là. J'ai presque des scrupules de te laisser vivre seule !
Alice lui tira une nouvelle fois la langue et vint s'installer près de lui. Elle lui indiqua où se trouvaient les différents ingrédients et il se mit à l'ouvrage.
- Bon, ben tu me racontes ou tu restes à rêvasser à toutes les cochonneries que vous avez faites ensemble ?
- Pourquoi tu crois qu'on a fait des cochonneries ?
- Parce que… Euh, en fait je ne sais pas. Sans doute mon esprit pervers.
Alice rigola. Elle était un peu excitée à l'idée de raconter ce qu'elles avaient fait à Jérémy.
- Ça ne sert à rien que je te raconte, de toute façon, tu ne me croiras pas !
Jérémy la regarda bizarrement et répondit :
- Pourquoi je ne te croirais pas ?
- Parce que c'était incroyable ! Tu sais ce qu'elle fait comme boulot ?
- Euh, non je ne sais pas...
- Elle fait des études sur les Monuments Historiques !
Jérémy haussa les sourcils. Certes, c'était original, et même probablement très intéressant, mais il ne voyait pas le rapport.
- Mmmh, ok ?
- Du coup, elle a les clés de certains monuments dans lesquels elle travaille !
- Intéressant...
- On a visité le Panthéon de nuit...
Jérémy en resta interloqué.
- Quoi ?
- Le Panthéon. Là où il y a les tombes des grands hommes. De nuit ! C'était super flippant ! Mais en fait le mieux, c'était dans les coupoles ! On avait une vue sur Paris incroyable. C'était presque romantique... !
- Mais... C'est complètement illégal, non ?
- Oui totalement.
Jasper dévisagea Alice, étonné. Étonné qu'elle ait prononcé le mot romantique avec tant d'enthousiasme. Étonné que Bella ait pris de tels risques pour elle. Elle aurait pu avoir de sérieux ennuis... Étonné de voir cette candeur et cette joie chez Alice.
Alice lui fit un grand sourire et s'apprêtait à poursuivre lorsque Jasper s'écria :
- Ah tiens, en parlant de trucs illégaux, j'ai apporté quelque-chose. Va voir dans mon sac.
Alice le regarda curieusement et vaguement inquiète avant d'aller chercher son sac. Elle revint vers le bar avec à la main un sachet en plastique contenant une quantité assez importante d'herbe. Elle dévisagea Jérémy d'un air sévère et celui-ci haussa les sourcils avant de lui demander :
- Ben quoi ?
- Je peux savoir où tu t'es procuré ça ?
- Oui, tu peux, mais tu ne veux probablement pas.
Alice hésita. Elle n'aimait pas ça. Cela ne pouvait pas être bon.
- Peut-être. Mais pourquoi ?
- Parce que… C'est un cadeau d'un vieil ami, je ne pouvais pas refuser !
Alice fronça les sourcils. Ce n'était pas bon.
- Jazz…
- Quoi ? Ne me dis pas que tu ne veux pas fumer le narguilé ce soir ?
- A vrai dire, non, je ne veux pas me défoncer ce soir. On est dimanche je te rappelle, et contrairement à toi, je travaille demain.
Jasper leva les bras, sur la défensive. Il mit les cookies au four et le silence s'installa entre eux. Alice était perdue dans ses pensées, contrariée. C'est avec Jasper qu'elle avait fumé pour la première fois. Elle n'était jamais devenue une fumeuse régulière. Chanter à l'opéra leur demandait de respecter une certaine hygiène de vie. Si elle avait fumé sa première cigarette et son premier joint alors qu'elle chantait encore, cela n'était jamais devenu une habitude. Tout comme l'alcool et le chocolat. Elle sourit en repensant que c'était le chocolat qui lui avait posé le plus de problèmes. Elle entendait encore comme une rengaine : « pas de chocolat avant d'entrer en scène, ça accole les cordes vocales ». Elle n'avait jamais su si c'était vrai ou si le chef de chœur disait ça pour les faire enrager. Ce n'est que pendant ses études supérieures qu'elle avait vraiment « succombé » à l'alcool, comme tout jeune qui se respecte.
Jasper était un grand fan de Weeds, mais elle savait qu'il n'avait pas l'intention de sombrer dans la drogue ou de devenir dealer. Et si cela devait arriver, elle serait là pour veiller sur lui. Non, ce qui l'inquiétait vraiment, c'était que si Jérémy s'était procuré de l'herbe, cela voulait dire qu'il avait revu James. Elle savait au fond d'elle qu'elle ne se trompait pas et cela lui procurait une sensation de malaise extrêmement désagréable.
- Tu as revu James, c'est ça ?
Jasper lui prit la main et l'entraîna vers le canapé. Ils s'assirent et Jasper la regarda droit dans les yeux avant de répondre, visiblement troublé :
- Oui. Ils sont revenus.
Alice détourna les yeux du regard perçant de Jasper. Une sensation de déplaisir l'envahit brusquement et elle se leva pour faire les cent pas.
- Alice… Ce n'est pas la fin du monde. Il faudra bien que tu la revoies à un moment ou à un autre !
- Et pourquoi faudrait-il que je la revoie ?
- Mmmh, je ne sais pas. Pour… pour passer définitivement à autre chose ?
- Je ne veux pas reparler de tout ça, je ne veux plus entendre parler de James ou de Victoria.
- Tu devrais leur laisser une deuxième chance. Ils se sont rangés tu sais. Victoria est enceinte.
Alice resta interloquée à cette annonce. Victoria, enceinte ?
- Tu rigoles ? Elle est enceinte et c'est pour ça que James te refile son herbe ? Parce qu'il ne peut plus fumer comme un pompier à cause du bébé ?
Jasper émit un petit rire, avant de reprendre.
- Je ne sais pas… Mais en tout cas, ils vont rester sur Paris un certain temps. James s'occupe des éclairages des trois prochaines productions à Bastille. Et il nous a invité à dîner tous ensemble demain soir.
- Demain soir ? Tous ensembles, comme dans toi, James, Victoria et moi… Plus mini vampire ?
- Arrête de les appeler comme ça ! Et oui, c'est exactement ça. Tu devrais accepter Alice.
Alice soupira. Ce n'était pas vraiment le moment. Elle se sentait… émotionnellement instable. Bella… Bella la mettait dans un état qui dépassait son entendement. Elle n'avait pas besoin d'affronter Victoria et ce pervers de James en même temps. C'était… trop d'émotions à gérer pour elle. Elle soupira et lança d'un air sombre avant d'aller vérifier la cuisson des cookies :
- Allume le narguilé.
Jasper la regarda malicieusement et alla s'affairer dans le salon.
