Les choses s'emballent un peu... trop peut-être ? A vous de juger ! Laissez vos commentaires !

Bonne lecture

Chapitre 7

« Vous avez probablement trop bien intégré votre bisexualité psychique ».

Bella salua le barman et lui commanda une pêcheresse, puis elle descendit l'escalier pour rejoindre ses colocataires. Celles-ci étaient tranquillement attablées autour de leur mojitos et Bella les salua en déclarant :

- Vous ne pensez pas qu'on devrait changer nos habitudes de temps en temps ? J'ai l'impression qu'on est de vieux habitués qui boivent toujours la même chose au même endroit.

Rosalie soupira et marmonna quelque-chose qui ressemblait vaguement à « t'es chiante, qu'est-ce qu'on s'en fout… » et Angela répondit :

- En même temps, le mojito, c'est tellement bon !

Elle but une gorgée et poursuivit :

- Alors Bella, comment ça s'est passé ?

Rosalie les regarda étonnée et demanda :

- Comment ça s'est passé quoi ?

Angela fronça les sourcils et Bella rigola. Pas étonnant que Rosalie ne se souvienne pas de ce genre de « détail ». Elle pouvait être tellement à côté de la plaque de temps en temps…

- Mais elle a annoncé aux gens de ses équipes qu'elle a démissionné depuis un mois ! Rosalie… Suis un peu !

- Oh, eh ça va hein, c'est tellement compliqué son histoire, je ne peux pas me souvenir de tout…

Elle soupira, se tourna vers Bella qui riait en les voyant s'engueuler comme un vieux couple et lui demanda :

- Alors ça y est, tu leur as dit que tu te foutais de leur gueule depuis un mois ?

Angela s'apprêtait à dire quelque-chose, probablement à engueuler Rosalie mais Bella lui coupa l'herbe sous le pied et répondit :

- Oui. Et ils ont été unanimes pour affirmer que je joue très bien la comédie. Aucun ne s'était douté que quelque-chose avait changé… Tu me diras, c'est normal, j'ai continué à les engueuler quand ils arrivaient tard alors que j'arrivais encore plus tard qu'eux !

- Espèce d'hypocrite !

- Oh écoute, moi j'ai fait ce qu'on m'a demandé. Si Marcus et Aro n'avaient pas autant insisté, j'aurais annoncé ma démission le jour même.

- Et ils ont annoncé aux équipes comment ils allaient s'organiser après ton départ ?

- Non. Ils n'ont pas encore trouvé de solution. Ça valait bien le coup de leur laisser un mois pour qu'ils s'organisent… Enfin bon, j'ai encore deux mois de préavis, ils vont bien finir par inventer quelque-chose !

Le serveur apporta sa bière à Bella qui le remercia pendant que Rosalie concluait :

- C'est vraiment des boulets dans ta boîte…

Angela fronça les sourcils et enchaîna :

- Et ça va ? Je veux dire, ça a dû être difficile de leur annoncer non ?

- Ben… Oui, un peu. Ce qui est surtout difficile c'est de se dire que je ne vais plus revoir des gens que je côtoie depuis 4 ans pour certains. Maintenant que tout le monde est au courant, c'est beaucoup plus réel, et honnêtement, ça me fait un peu flipper, d'autant plus que je ne sais toujours pas ce que je vais faire après ça… C'est quand même une page importante qui se tourne et j'ai un peu l'impression d'abandonner le navire.

Rosalie réagit au quart de tour :

- Tu n'abandonnes personne Bella, c'est ta direction qui a fait de la merde. Ce n'est pas de ta faute s'ils ont décidé de te mettre sur un poste qui ne te plaisait pas ! Si ton équipe doit s'en prendre à quelqu'un c'est à Marcus et Aro, pas à toi. Tu es une victime dans tout ça !

Bella faillit s'étrangler dans sa bière et Angela retenait difficilement un fou rire. Rosalie les regarda contrite et rétorqua à l'attention d'Angela :

- Tu vois que je suis, c'est pas parce que je retiens pas tous les détails que je ne suis pas impliquée…

Angela lui fit oui, oui, de la tête, prudente de ne pas la contrarier et poursuivit :

- Et comment ils ont réagi ?

Bella se mit à rire et but une gorgée de bière avant de répondre :

- J'en ai fait pleurer 3 !

Rosalie répliqua :

- De joie de te voir partir j'imagine ?

- Oui, c'est probablement le cas pour une, mais les deux autres étaient vraiment tristes. Quelque part, ça m'a fait plaisir. Non que je me réjouisse de les voir tristes tu vois, mais bon, ça fait plaisir de voir que les gens m'apprécient au point de pleurer à l'annonce de mon départ.

Angela et Rosalie ne répondirent rien et elles restèrent silencieuses un instant, sirotant leurs boissons. Ce fut Rosalie qui rompit le silence en premier.

- Bon, assez parlé du travail, maintenant dis-nous si c'est pour ce soir !

- Euh… Qu'est-ce qui serait pour ce soir ?

- Rhoooo allez, tu sais très bien de quoi je veux parler !

Bella rougit. Oui, elle savait de quoi elle voulait parler puisqu'elle lui posait la question à peu près tous les jours… Elle n'avait pas envie de discuter de ça maintenant, elle tenta donc une contre-attaque :

- Et toi, tu es avec Emmett ou pas aujourd'hui ?

Angela émit un petit rire et se mit à compter les points. C'était reparti pour un tour !

- Mais tu me demandes tous les jours ! T'es pénible !

- Oui, mais contrairement à moi, toi, tu changes de réponse tous les jours ! Il y a donc un intérêt à te poser la question !

- Oui, ben au moins, moi, je me prends par la main et j'agis, je ne reste pas à attendre qu'il se passe un évènement intergalactique qui fera le premier pas à ma place !

- Je n'attends pas un évènement intergalactique, j'attends… j'attends le bon moment.

- Mais ça fait un mois que t'attends le bon moment ! Il a du passer au moins dix fois le bon moment !

- Tu m'emmerdes Rosalie !

- Je sais. Je fais ça pour ton bien.

- Je n'ai pas besoin que tu t'occupes de moi.

- Si, et la preuve c'est que ça fait un mois que tu meures d'envie de l'embrasser et de lui avouer ce que tu ressens pour elle et que tu n'as toujours pas osé bouger le petit doigt. Je te préviens, ce soir, ça va changer !

Bella prit un air menaçant et siffla entre ses dents :

- Rosalie… Ne t'avise pas de faire de la merde. Tu sais que je ne te pardonnerais pas. Je ne veux pas prendre le risque de la perdre !

- Mais on en a déjà parlé des centaines de fois ! Ça crève les yeux qu'elle en a autant envie que toi… ! Mais t'es bigleuse ou quoi ?

- Peut-être ! Mais si ce que tu dis est vrai, pourquoi elle ne fait pas le premier pas, elle ?

- Mais j'en sais rien, peut-être parce qu'elle, elle n'a pas besoin de se poser des questions sur sa sexualité et qu'elle attend juste que toi, tu te décides par rapport à ça ? D'ailleurs, si je puis me permettre un conseil,

Bella lui coupa la parole :

- Parce que maintenant tu demandes l'autorisation avant de nous prodiguer tes conseils à dix balles de madame Soleil ?

Rosalie haussa un sourcil mais ne rétorqua pas. Elle se contenta de finir sa phrase :

- Je serais toi, je n'attendrais pas trop longtemps pour me décider, elle ne va pas t'attendre jusqu'à la nuit des temps.

- Pourquoi elle ne m'attendrait pas le temps qu'il faut si selon toi elle en a autant envie que moi ?

Rosalie s'apprêtait à rétorquer lorsque Angela se racla la gorge très inélégamment et donna un coup de pied dans le tibia de Bella. Les deux amies se retournèrent vers l'importune et s'exclamèrent en même temps :

- Quoi ?

- Mais ça va pas la tête, tu m'as fait mal !

Angela se contenta de diriger son regard vers l'escalier en sirotant son cocktail. Bella et Rosalie se retournèrent le plus discrètement possible pour voir Alice traverser la salle pour les rejoindre. Bella se prit la tête dans les mains et tenta de se calmer. Rosalie l'avait encore plus énervée que d'habitude et elle était en rogne. Alice salua tout le monde avec sa bonne humeur habituelle et s'installa entre Rosalie et Bella. Comme personne ne pipait mot, Alice les dévisagea toutes les trois avant de demander :

- Je vous dérange peut-être ?

Bella lui sourit et répondit avec un regard acerbe à l'attention de Rosalie :

- Non, au contraire, tu tombes à pic.

Rosalie soupira et lança :

- De toute façon, tu sais que j'ai raison, alors arrête de te voiler la face !

Bella répondit, indignée :

- Rosalie ! On pourrait pas clore le débat une bonne fois pour toute ?

Elles se défièrent du regard et Alice regardait l'échange d'un air mi-amusé mi-inquiet. Ne voulant pas déranger l'eye contest en cours, elle s'adressa à Angela :

- Elles s'engueulent souvent comme ça ?

Angela soupira et répondit :

- En ce moment, presque tous les jours…

- Mais, à propos de quoi ?

Angela rougit et tenta de cacher son trouble. Elle était la reine des gaffes et Rosalie, en relançant la dispute au sujet d'Alice, devant Alice, la mettait dans une position plus que délicate. Elle se mordit la lèvre. Bella ne lui pardonnerait jamais si elle lâchait le morceau à Alice. Elle réfléchit à toute vitesse tout en lançant un regard noir à Rosalie :

- Mmmh, eh bien, disons que euh… Rosalie ne comprends pas pourquoi Bella… Euh…

Alors qu'Alice la regardait de plus en plus curieusement, et que Angela pédalait violement dans la semoule, elle fut coupée par Bella qui rétorqua, ne lâchant pas la blonde des yeux :

- Rosalie se prend pour ma mère !

Rosalie se leva d'un bond et rétorqua :

- Tu m'emmerdes Bella, et après tout, je ne vois pas pourquoi je devrais me faire du souci pour toi et m'inquiéter de ton bonheur. Vas te faire foutre, moi je vais commander une deuxième tournée.

Et elle sortit en trombe de la salle pour se diriger vers le bar. Sa dernière réplique avait quelque peu adouci la colère de Bella qui se contenta de murmurer :

- Elle me fait chier !

Alice et Angela se regardèrent et Angela tenta de détendre l'atmosphère en demandant à Alice comment s'était passée sa semaine. Bella termina sa bière d'une seule traite et se leva, s'excusant auprès des deux filles :

- Vous m'excuserez, mais je vais fumer une clope. Rosalie m'a passablement énervée.

Et elle fila sans demander son reste. Alice et Angela échangèrent un regard et Alice demanda :

- C'est grave ? Je veux dire… Elles vont se réconcilier non ?

- Oui, oui, ne t'en fais pas pour ça. C'est juste que… La période est un peu difficile pour Bella en ce moment avec son boulot et… euh… enfin, tout le reste. Rosalie essaye de l'aider, mais elle s'y prend… à sa manière. Ne t'en fais pas, dans une heure tout sera oublié et elles seront à nouveau les meilleures amies du monde.

Alice soupira, semblant soulagée et resta silencieuse une minute avant qu'Angela ne lui dise :

- Tu peux aller voir Bella, ne t'en fais pas pour moi, Rosalie va redescendre d'une minute à l'autre.

Alice lui sourit de toutes ses dents et la remercia avant de disparaître à son tour vers le bar. Angela s'affaissa dans son siège et soupira. Pas facile de vivre avec ces deux têtes de lard… Lorsque Rosalie revint les mains chargées de boissons, elle demanda surprise :

- Ben elles sont où les deux amoureuses ?

Angela la regarda d'un air de reproche et répondit :

- Bella est partie fumer une clope et Alice est allée la réconforter.

Rosalie sourit et rétorqua :

- Comme c'est mignon !

- Oui, c'est mignon, ça s'appelle de l'amour.

Sans transition, elle enchaîna :

- Tu ne trouves pas que tu y es allée un peu fort ?

Rosalie haussa le sourcil et répondit :

- Tu crois ? Il faut bien que quelqu'un lui dise tout haut ce que tout le monde pense tout bas ! Même les mecs se demandent ce qu'il se passe entre ces deux-là ! Un jour, Emmett va ouvrir sa grande gueule et leur demander si elles sont ensemble… Je préfère la prévenir.

- Tu as peut-être raison. Mais là, je crois que tu l'as grandement perturbée. Je me demande ce qu'il va se passer ce soir !

Elles se mirent à rire et trinquèrent à Alice et Bella.

Bella tira nerveusement sur sa cigarette. Fuck, elle était énervée. Pour qui se prenait-elle cette grogniasse à lui donner des conseils alors qu'elle n'arrivait pas elle-même à construire une relation digne de ce nom avec Emmett ? Elle était énervée parce qu'au fond, Rosalie avait raison. Elle était simplement trop lâche pour réussir à jamais déclarer sa flamme à Alice. C'était une véritable torture, et à considérer les réactions de Rosalie dernièrement, cela devenait également frustrant pour ses amis. A chaque fois qu'elle voyait Alice son cœur s'emballait. A chaque fois qu'elle était près d'elle, elle voulait la serrer dans ses bras ou lui prendre la main. Elle rêvait qu'elle l'embrassait, elle rêvait même de bien plus. Elle était complètement stupide et irrationnelle. Elle avait peur… de ne pas faire ce qu'il fallait et de perdre Alice à jamais. Elle était overdramatic, il n'y avait pas de raison que quoi que ce soit ne tourne au jus de boudin ? Si ? Peut-être devrait-elle suivre les conseils de Rosalie et lui « rouler un gros patin en plein milieu de la rue ». Elle voulait juste que tout soit parfait. Ou peut-être qu'elle se cachait derrière cette recherche de perfection pour retarder le moment de prendre son courage à deux mains.

Elle fut interrompue dans ses réflexions par l'objet même de ses réflexions qui vint la rejoindre dehors. Bella maudit son cœur dont les battements s'accélérèrent à l'approche d'Alice et exhala bruyamment la fumée de sa cigarette. Elle tendit son paquet à la petite brune qui prit une cigarette que Bella lui alluma galamment. That was so hot ! Elle avait juste envie de la plaquer contre le mur et de l'embrasser jusqu'à en perdre la raison. Mais elle se contenta de plonger son regard dans le sien. Elles restèrent un moment pensives puis Alice rompit le silence :

- C'est à propos de moi que vous vous disputez avec Rosalie non ?

Bella sentit la chaleur lui monter au visage. Alice n'était pas stupide et Rosalie n'avait pas vraiment été d'une discrétion à toute épreuve. Elle avait d'ailleurs probablement fait exprès de poursuivre leur dispute alors qu'Alice était arrivée. Pourtant, elle louvoya pour éviter un oui trop brutal :

- Disons qu'on se dispute pour une question de principe et de perception des interactions entre humains.

A peine eut-elle fini sa phrase qu'elle se mit à rire alors qu'Alice la regardait d'un air perplexe. Elle était vraiment stupide.

- C'est sensé m'éclairer ?

- Mmmh, non. C'est juste que je ne veux pas te répondre et le fait que je ne veuille pas te répondre est une réponse en soit. C'est plus clair ?

- J'imagine.

Elles fumèrent silencieusement pendant quelques minutes avant qu'Alice ne rompe à nouveau le silence. La patience n'avait jamais été son fort :

- Tu sais Bella…

Elle hésita, regarda au loin puis, encouragée du regard par Bella, elle poursuivit :

- Si tu veux en parler, on peut en parler.

Elle regarda Bella droit dans les yeux et lui sourit avec tout son cœur. Bella ne savait pas de quoi Alice voulait parler. Voulait-elle parler de sa dispute avec Rosalie ou voulait-elle parler du sujet de sa dispute avec Rosalie, de leur relation à toutes les deux, de leurs sentiments à toutes les deux ? Fuck, et elle n'arrivait à détourner son regard de celui d'Alice et son cerveau était en train de se transformer en champ de bataille.

Avant qu'elle n'ait pu formuler sa question à haute voix, Alice avait jeté son mégot dans la poubelle prévue à cet effet et s'était engouffrée dans le bar.

Bella resta plantée sur le trottoir, troublée et lasse. Elle n'avait droit à aucun répit depuis un mois. Entre sa démission, sa situation compliquée au travail, le fait qu'elle n'avait pas encore trouvé de nouveau poste et Alice qui la faisait passer par toutes les émotions possibles et imaginables, elle ne savait plus à quel saint se vouer. Elle soupira et s'apprêtait à allumer une nouvelle cigarette lorsque Jasper la héla et l'engloutit dans ses bras avant qu'elle ait pu tenter le moindre mouvement de repli.

- Salut ma belle !

Bella sourit timidement à Jasper et lui rendit son salut. Elle était toujours un peu mal à l'aise avec Jasper. Elle n'avait jamais été très « tactile » et celui-ci envahissait bien trop souvent son espace vital. Elle aimait pourtant beaucoup le grand blond et s'entendait très bien avec lui – surtout quand il était physiquement à une distance raisonnable.

- N'allume pas cette cigarette et descends avec moi. C'est un ordre. Fumer tue, je te rappelle.

Bella regarda Jasper avec un air moqueur mais le suivit néanmoins.

- Tu sais, j'ai encore du mal à croire que tu travailles dans la finance !

Alice la regarda d'un air mi-amusé, mi-vexé.

- Ah bon, et je peux savoir pourquoi ?

- Déjà, tu as beaucoup trop d'humour pour travailler dans une banque. Les banquiers ne sont pas funs.

- Ahah, c'est un préjugé Bella ! Tu me déçois je te pensais plus ouverte d'esprit que ça ! Et je fais du management des risques, tu ne peux pas me comparer à ton conseiller financier ! En risque, on est fun !

- Et deuxièmement, sérieux, t'as vu comment t'es sapée ?

Alice la regarda en plissant les yeux, d'un air menaçant avant de rétorquer :

- Qu'est-ce que tu as contre mes vêtements ?

- Mais rien, j'aime beaucoup ton style Lolita Gothique,

Comme Bella l'avait prévu, Alice ne lui laissa pas le temps de finir et la coupa :

- Je n'ai pas un style de Lolita Gothique, et d'ailleurs, avant que tu continues, moi au moins, j'ai un style !

Bella prit un air faussement offensé et se mit à rire. Elle aimait se chamailler avec Alice.

- Ok, ok, je m'incline.

- Et d'ailleurs, je ne vais pas travailler comme ça, et tu le sais très bien, je t'ai vue baver la première fois où tu m'as vue en tailleur.

Bella en eut le souffle coupé. Oui, elle avait probablement détaillé Alice un peu trop longtemps la première fois où elle l'avait vue en version « formelle », peut-être également la deuxième et la troisième fois aussi. Mais elle ne pensait pas que cela s'était vu – ou du moins pas à ce point ! Elle se mit à rire. Elle était vraiment transparente pour tout le monde !

- Pourquoi tu rigoles ?

- Je ne sais pas.

Elles restèrent un moment silencieuses et Bella tenta de se rappeler comment elles en étaient venues à parler de ça. Elle devait avoir une idée dans la tête mais elle ne parvenait plus à s'en souvenir. Sa tête tournait légèrement. Elle était assise sur le balcon de la coloc avec Alice alors que les autres jouaient à un jeu de société à l'intérieur. Elle était à côté d'Alice. Collée à Alice. Elle sentait la proximité de la batteuse dans toutes les fibres de son corps. Dieu qu'elle avait envie de l'embrasser, ou ne serait-ce que d'attraper sa main qui trainait innocemment (était-ce vraiment le cas ?) à côté de la sienne… Mais elle s'était promis qu'elle ne se servirait pas du courage donné par l'alcool et qu'elle se devait pour elle et pour Alice d'être sobre quand elle lui dirait – enfin – ce qu'elle ressentait pour elle. Elle se leva donc brusquement et déclara :

- Allez viens, ça fait au moins un quart d'heure qu'on a fini nos cigarettes.

- Et alors ?

- Et alors, et alors, il fait froid, viens on rentre.

- Euh Bella, il fait super chaud, tu as même enlevé ton pull il y a cinq minutes…

- Oui, ben, c'est plus l'alcool qui me donne chaud que véritablement le climat.

Alice la regarda en riant. Effectivement, ses excuses étaient pathétiques… Elle avait juste envie… De profiter de sa présence, de donner libre court à ses désirs, de ressentir ce courant électrique qu'elle avait déjà ressenti une fois, cette fusion, ce bien être. Fuck, il fallait qu'elle arrête de réfléchir.

- Ok je vais nous chercher à boire, je reviens.

Quelques minutes plus tard, Bella revint avec un pack de bière à la main et Alice haussa les sourcils avant de lui demander :

- Euh, ça fait beaucoup pour nous deux tu ne trouves pas ?

- Je ne sais pas ce que tu vaux au caps et je n'ai pas envie de me relever toutes les cinq minutes.

Alice se mit à rire et décapsula sa bière.

Bella ne savait plus à combien de bière elles en étaient. Tout ce qu'elle savait c'est qu'elles avaient balancé au moins 20 capsules dans la rue et qu'à chaque fois elles riaient pendant 5 minutes. Elle ne se rappelait pas avoir déjà vu Alice boire autant. Elle décida de profiter de leur état d'ébriété mutuel pour soutirer des informations à la batteuse.

- Alice, je peux te poser une question ?

- Non, tu vas me déconcentrer et si je bois une bière de plus je vais vomir.

Bella se mit à rire et attendit patiemment qu'Alice eut lancé – et complètement manqué sa cible. La petite brune soupira et appuya sa tête sur la rambarde du balcon, lui faisant signe qu'elle pouvait poser sa question.

- Je me demandais… comment tu t'es rendue compte que… tu étais… gay ?

- Je suis pas gay.

Bella la regarda perplexe avant d'ajouter :

- Euh… mais tu m'as toujours dit que tu étais attirée par les filles…

- Oui, mais je suis aussi attirée par les garçons. Je dois donc être bi. Enfin j'en sais rien, de toute façon je n'aime pas trop me mettre dans une boîte. Jasper, il dit toujours que j'ai l'air plus heureuse quand j'ai couché avec une fille, mais Jasper, il est un peu mystique alors bon…

Bella se mit à rire. Alice était rarement aussi loquace. Elle lança sa capsule et dégomma sa cible. Elle fit un signe de victoire et Alice la regarda menaçante.

- Je peux encore contrer tu sais, pas la peine de crier victoire trop tôt !

- Genre… t'as vu le tir que tu viens de faire ?

Alice lui tira la langue et se concentra pour tenter de contrer. Elle manqua sa cible et s'affala sur le sol.

- Aaaaaaah… nooooon….

Bella se mit à rire et se leva difficilement pour aider Alice à s'assoir. Elles s'installèrent côte à côte contre le mur et Alice appuya sa tête sur l'épaule de Bella. Troublée, Bella but la fin de sa bière d'une seule traite. Sa bouteille vide, elle se mit à jouer avec l'étiquette, tentant de la décoller sans la déchirer. Alice, qu'elle croyait endormie tendit brusquement la main pour l'arrêter. Bella sursauta et lâcha la bouteille. Alice laissa sa main sur celles de Bella qui n'osait plus bouger, retenant son souffle et tentant de calmer les battements frénétiques de son cœur. Alors que Bella était concentrée sur ses sensations, Alice se mit à parler :

- Jasper t'a déjà raconté qu'on faisait semblant d'être ensemble à l'opéra pour donner de la crédibilité à son hétérosexualité. On a fait ça pendant des années. Mais quand il a commencé à muer, Jasper est passé dans le groupe des ados et moi je suis restée dans le groupe des petits parce que j'étais minuscule. Quand j'ai eu 14 ans, je suis passée à mon tour dans le groupe des ados. J'étais intimidée… A cette époque, j'étais sage et l'opéra c'était toute ma vie. Je faisais tout pour avoir des bonnes notes à l'école parce que sinon, mes parents m'auraient interdit d'aller à l'opéra. J'avais un an d'avance et j'étais toujours première de ma classe et comme j'étais toute petite je me faisais un peu bousculer par les gros durs. C'était pas très marrant. Et puis, c'est aussi à cette époque que mes parents ont commencé à se disputer sans arrêt. Au bout d'un an ils ont divorcé.

Bella était pendue aux lèvres d'Alice. Celle-ci lui parlait souvent de son travail, de ses relations avec Jasper et les autres membres de Peppermint, des opéras, de sa passion pour la musique, mais elle était toujours très réservée sur sa famille et sur son passé. Elle ne voulait pas qu'elle s'interrompe.

- Bref, je suis passée dans le groupe des ados et j'ai rencontré Victoria.

Alice se raidit un peu à l'évocation de ce prénom et Bella sentit une pointe de jalousie naître dans le creux de son estomac.

- Victoria était rousse, belle, sûre d'elle, et surtout, elle chantait divinement bien. Elle m'a fascinée dès l'instant où j'ai posé les yeux sur elle.

Bella frémit et la pointe dans son estomac s'intensifia. Elle tenta de se raisonner pendant qu'Alice poursuivait son récit.

- Elle me fascinait d'autant plus qu'on avait sensiblement le même âge mais qu'elle avait l'air beaucoup plus mûre que moi. J'étais encore dans l'enfance, je n'avais pas de style, c'était encore ma mère qui choisissait mes vêtements, je n'avais pas vraiment d'amis à part Jasper alors je n'avais pas encore vraiment vécu tu vois ? Je n'avais jamais fumé, jamais bu, jamais fait de soirée, enfin toutes ces choses que tu es sensée faire à l'adolescence. J'étais naïve et innocente.

Bella sourit. Elle avait du mal à imaginer Alice naïve et innocente, et pourtant cela collait si bien à son caractère que son cœur se gonfla encore plus d'affection pour elle.

- Alors j'ai tout fait pour essayer de devenir son amie. Mais j'étais insignifiante à ses yeux. J'avais terriblement envie de lui parler, de discuter avec elle, mais je ne savais jamais quoi dire. J'étais nulle en small talk. A chaque fois que je trouvais quelque-chose à dire, c'était toujours quelque-chose de beaucoup trop profond et philosophique… C'était pathétique.

Bella passa son bras autour des épaules d'Alice pour la réconforter et celle-ci se blottit contre elle avant de poursuivre :

- Avec le temps, nous sommes devenues plus proches. Je n'en revenais pas qu'elle m'accorde cette faveur extraordinaire de passer du temps avec elle. Avec le recul, je sais maintenant qu'elle avait compris ce que moi je n'avais pas compris, à savoir que j'étais amoureuse d'elle, et qu'elle s'en servait à son avantage. C'est toujours pratique d'avoir quelqu'un prêt à se plier en quatre pour satisfaire tes moindres exigences tu vois ?

Bella hocha la tête et serra Alice un petit plus contre elle.

- Et puis un jour, tout a basculé. On chantait dans un opéra pour enfants, une histoire tragique de familles qui doivent se séparer alors que les enfants sont amoureux… Enfin tu vois le genre, une sorte de Roméo et Juliette. J'avais le rôle de Roméo et elle celui de Juliette. Il n'y avait pas de garçon qui n'ait pas mué dans notre groupe donc les rôles de garçon étaient chantés par des filles.

Alice fit une pause et soupira. Bella était paralysée. Elle n'osait plus ni bouger, ni respirer. Elle avait l'impression qu'un papillon était posée sur son épaule, et que si elle faisait le moindre mouvement, il allait s'envoler et disparaître à jamais. Après un petit moment de silence, Alice reprit :

- Les répétitions se passaient à merveille et j'étais aux anges. Je passais beaucoup de temps avec Victoria et je me sentais enfin importante. J'avais l'impression d'être devenue quelqu'un parce qu'elle me parlait et que j'avais l'insigne privilège d'être sa partenaire dans l'opéra. Et puis un jour, alors qu'on répétait la scène où les personnages sont séparés à jamais, le metteur en scène nous a demandé de nous embrasser. J'ai probablement dû rougir comme une tomate, et j'étais tellement gênée… Je n'avais jamais embrassé personne à part Jasper – mais bon, lui ça compte pas !

Elle se mit à rire puis poursuivit :

- Victoria de son côté ne fut pas gênée le moins du monde. On déroula la scène du début, et elle m'embrassa comme si de rien était. Mais de mon côté, ce fut comme si une enclume m'était tombée sur la tête. J'étais paralysée. Nous avons dû refaire la scène plusieurs fois, et le metteur en scène se mit à rire en disant « ce serait mieux que ce soit le garçon qui initie le baiser, et pas la fille ! Vas-y Alice ! ». C'était horrible. Tout le monde prenait à la légère ce qui pour moi était… était une révélation. C'est ce jour-là que j'ai réalisé que je ne voulais pas juste être l'amie de Victoria. C'est ce jour-là que j'ai réalisé que j'étais attirée par elle. Et devoir l'embrasser furtivement devant tout le monde et faire comme si cela ne voulait rien dire pour moi était une véritable torture. Je fus bouleversée par cette découverte. J'avais 15 ans, mes parents venaient de divorcer, j'étais en pleine crise existentielle quant à mon insignifiance et je venais de découvrir que j'aimais un peu trop embrasser ma « meilleure amie » au cours d'une répétition.

Alice se mit à rire.

- Tout aurait pu se passer pour le mieux, mais le lendemain, alors que je me rendais sur le plateau pour la répétition, je surpris Victoria dans les bras de James, un machiniste. J'avais toujours trouvé que ce mec ressemblait à un pervers avec ses cheveux longs, blonds et sales. Je me cachai dans un rideau le temps de reprendre contenance, le cœur au bord des lèvres de les voir s'embrasser et j'entendis Victoria dire quelque-chose comme « tu n'as pas idée comme c'est répugnant de devoir embrasser cette petite conne toutes les cinq minutes ». Je ne me rappelle pas de ses paroles exactes et je dois probablement les exagérer mais en substance c'était ça. J'avais le cœur brisé, piétiné. J'étais humiliée. Je me sentais complètement stupide.

Elle s'arrêta et se redressa pour faire face à Bella qui n'en perdait pas une miette. L'empathie qu'elle ressentait pour Alice n'avait pas de limite et elle était prête à aller casser la gueule à cette Victoria qui avait osé briser le cœur d'une personne aussi adorable qu'Alice.

- Bref, tout ça pour dire que j'ai dû continuer d'embrasser Victoria pendant toutes les répétitions, puis pendant les représentations, tout en ayant en mémoire ses paroles et la vision de James l'embrassant. C'était un véritable supplice. J'ai failli arrêter l'opéra après ça tellement il m'était difficile de me trouver en sa présence sans me mettre à pleurer. Jasper m'en a dissuadée et il a bien fait car à la fin de l'année, c'est Victoria elle-même qui a quitté le chœur. Elle est partie poursuivre ses études de chant au conservatoire.

Alice resta un instant le regard dans le vide avant de plonger son regard dans celui de Bella. Elle détourna timidement les yeux avant d'ajouter :

- Tu sais, à part à Jasper qui était là à l'époque, je n'ai jamais parlé de ça à personne. J'ai tellement honte… C'est ridicule…

Bella fut touchée par la vulnérabilité d'Alice. Elle prit ses mains dans les siennes et murmura :

- Je suis contente que tu me fasses suffisamment confiance pour m'en parler. Je ne sais comment exprimer à quel point ça me touche.

Alice lui sourit timidement et dit :

- Je me sens tellement ridicule. C'est une histoire pathétique d'adolescente, et pourtant ça m'a poursuivie pendant des années. Et puis, on a revu Victoria et James il y a quelques semaines.

- Ah bon ? Tu ne l'avais pas revue depuis ?

- Non.

- Et… c'était comment ?

- Ben, c'était bien. Je veux dire, elle n'est pas aussi diabolique que dans mon souvenir. Et je pense d'ailleurs que j'ai grandement exagéré sa méchanceté dans mon esprit pour me sentir moins bête…

Elles restèrent silencieuses un moment puis Alice se leva et déclara :

- Je vais nous chercher à boire, je reviens.

Bella haussa les sourcils. Elle trouvait qu'elles avaient déjà suffisamment bu pour ce soir, mais si Alice insistait, qui était-elle pour le lui refuser ?

Alice revint avec une bouteille de tequila, du citron, du sel et des shots.

- Il n'y a plus que Rosalie et Emmett dans le salon, et vu comment c'est parti, je ne serais pas contre qu'ils migrent rapidement dans une chambre !

Bella se mit à rire. Donc ce soir, Rosalie et Emmett étaient ensemble !

- Tu es sûre que tu veux boire… ça ?

- Oui. Il faut que je me change les idées, et je veux apprendre des choses inavouables sur toi !

Bella rougit et répondit :

- Il n'y a rien d'inavouable… Je suis pure comme l'agneau.

- Mais bien sûr. Allez bois ça.

Elle lui tendit un shot, une tranche de citron et une pincée de sel et Bella la regarda interrogativement :

- Il va falloir que tu m'aides, je ne sais jamais dans quel ordre on est censé boire ça…

- Euh, c'est le sel d'abord puis la téquila puis le citron… Euh attends non, c'est le citron, puis… Oh j'en sais rien, on s'en fout, fais comme tu veux.

Un violent mal de crâne eut raison du sommeil de Bella. Elle reprit peu à peu conscience et ouvrit doucement les yeux. Lorsque son regard se posa sur le visage paisible d'Alice, elle se redressa précipitamment. Paniquée, elle regarda autour d'elle. Elle était dans son lit, avec Alice. Est-ce qu'elles avaient… ? Elle ne se rappelait plus rien après plusieurs shots de téquila. Comment est-ce qu'elles s'étaient retrouvées dans son lit en pyjama ? Bella soupira. Elle n'était pas nue, et après avoir jeté un coup d'œil à Alice endormie, Alice non plus. Elles n'avaient donc probablement pas fait de bêtises.

Elle se passa la main sur le front et soupira à nouveau. Il fallait qu'elle prenne quelque-chose contre ce mal de crâne. Elle se leva doucement pour ne pas réveiller Alice et se dirigea vers la salle de bain. La colocation était encore silencieuse lorsqu'elle sortit de la douche et elle retourna dans sa chambre. Alice dormait toujours et Bella s'allongea à nouveau à côté d'elle. Elle la regarda dormir jusqu'à ce que le sommeil l'oblige à fermer les yeux. Elle fut réveillée par les grognements d'Alice qui s'étirait bruyamment. Elle n'avait pas l'air dans son assiette et Bella émit un petit rire.

Alice se retourna brusquement, l'œil noir et siffla :

- On peut savoir ce qui te fait rire ?

- Ta tête. Tu n'as pas l'air en forme !

- Nianiania…

Elle s'arrêta brusquement et demanda semblant vaguement paniquée :

- Quelle heure il est ?

Bella surprise regarda sa montre et répondit :

- 13h30.

- Fuck, fuck, fuck, il faut que j'y aille.

Et elle sauta hors du lit, attrapa ses vêtements se déshabilla rapidement sous le regard interloqué – mais appréciateur – de Bella et fila hors de la chambre.

Elle était déjà devant la porte, sautant sur un pied pour mettre sa chaussure quand Bella la rejoignit. Elle enfila sa veste en quatrième vitesse et serra rapidement Bella dans ses bras avant de se diriger vers la sortie. Bella sentit le corps d'Alice s'éloigner du sien et ne put se retenir d'attirer Alice à nouveau contre elle. Elle la serra dans ses bras comme si elle n'allait jamais la revoir. La batteuse lui rendit son étreinte et elles restèrent un moment serrées l'une contre l'autre, perdues dans l'instant. Bella aurait voulu que le temps s'arrête. Son cœur ne pouvait contenir tout ce qu'elle ressentait pour l'adorable petite brune et elle ne put retenir ses paroles. Elle frissonna et murmura « je t'aime » dans les cheveux de la batteuse. A ces mots, Alice se raidit, se dégagea, ouvrit la porte et se précipita dehors, laissant Bella paralysée sur le pas de la porte.