Le dilemme d'Alice !

Merci à Alexise-me pour ses encouragements !

Bonne lecture

Chapitre 8

Du coup vous allez participer, ça vous fera du bien vous verrez,

Parce que moi, putain ça me fait un bien fou d'hurler comme ça, comme un fou

Alors vous allez hurler votre mère, votre race,

L'internationale du Sha la la la

Tous les hommes blancs, les hommes verts, les hommes bleus, les hommes rouges, tous les hommes noirs,

L'internationale du Sha la la la

On va briser les frontières, on va briser tout ce qu'on peut.

On va se briser les couilles, on va briser le cœur, on va briser la bouche,

Sha la la la, sha la la la, shala la la la...

Sha la la la, sha la la la, shala la la la...

Allez, la révolution du Sha la la

Sha la la la, sha la la la, shala la la la...

Chantez-moi Sha la la la comme vous voudriez que la vie elle soit.

Sha la la, shala la, shala la la la...

Un Sha la la révolutionnaire,

Chacun sa révolution, à l'intérieur.

Sha la la, sha la la, sha la la la la...

Bonsoir, et vive la révolution

Mano Solo, Sha la la, Live

Alice entra en trombe dans la petite maison et se jeta dans les bras de sa mère :

- Maman ! Je suis désolée d'être en retard, je suis si contente de te voir.

Esme sourit et serra Alice tendrement avant de la faire entrer et de refermer la porte derrière elle. Alice précéda Esme dans le couloir et déposa sa veste sur le canapé.

- Je suis désolée, je voulais te rapporter ton livre, mais je ne suis pas repassée…

Elle s'interrompit, baissa les yeux et rougit. Esme se mit à rire.

- Soirée difficile ?

Alice rougit de plus belle et hocha la tête. Esme sourit tendrement tout en s'affairant dans la cuisine. Elle était habituée aux frasques d'Alice. Elle s'amusait toujours un peu des situations abracadabrantesques dans lesquelles elle se fourrait. Il n'était pas rare de la voir débarquer avec plusieurs heures de retard, des lunettes de soleil sur le nez en plein hiver et des marques de suçons dans le cou qu'une écharpe ne parvenait pas à cacher complètement au regard attentif d'Esme. Elle ne lui avait jamais connu de petit ami – ou de petite amie fixe. Elle n'entendait que rarement plusieurs fois le même prénom – à part celui de Jasper et des autres Peppermint. Alice ne lui avait jamais franchement parlé de ses préférences sexuelles, mais ne s'en était jamais cachée non plus, évoquant indifféremment fille ou garçon.

Alice tendit son assiette avec un grand sourire lorsqu'elle constata qu'Esme lui avait préparé des endives au jambon. C'était son plat préféré quand elle était petite. Enfin surtout le gruyère et la crème. Aujourd'hui, cela lui changeait des nouilles instantanées et des sushis. Même si elle adorait les sushis.

- Jasper dit que je devrais apprendre à cuisiner.

- Il n'a pas vraiment tort.

- Je sais bien, mais je ne vois pas pourquoi je devrais perdre du temps à faire la cuisine alors qu'il existe des plats tout faits dans le commerce, des restaurants ou des livreurs à domicile !

- C'est vrai, mais ces endives au jambon faites avec amour ne sont-elles pas meilleures qu'un plat cuisiné ?

- Si… mais c'est parce que tu es une maman non ?

Esme sourit et demanda à sa fille :

- Et comment va-t-il Jasper ?

- Ça va. Je le vois moins en ce moment. On ne répète plus qu'un mois sur deux, quand Leah est de retour de rotation. Elle revient demain d'ailleurs.

- Et toi ? As-tu eu des nouvelles de New-York ?

Alice eu un mouvement de recul. Elle se reprit et répondit :

- Non, pas encore.

Elle ne développa pas. Esme la regarda, surprise. Habituellement, Alice était très volubile concernant sa prochaine mutation à New-York. C'était la seule chose qui la motivait dans son travail dernièrement et elle en parlait avec enthousiasme.

Alors qu'Alice mangeait du bout des lèvres le reste de ses endives au jambon, Esme la dévisageait, vaguement inquiète.

- Tu n'as pas l'air dans ton assiette. Tu es sûre que ça va ?

Alice releva la tête et lui adressa le sourire le plus convaincant qu'elle pouvait produire en marmonnant :

- J'ai un peu trop bu hier soir.

Alice asticota son endive du bout de sa fourchette en rougissant. Esme l'observait alors que celle-ci était visiblement perdue dans ses pensées. Elle aurait mis sa main à couper que ce n'était pas seulement sa gueule de bois qui était responsable de cette soudaine tristesse. Elle l'avait vue suffisamment souvent après une soirée bien arrosée pour faire la différence. Pourtant, elle ne voulait pas brusquer Alice. Si elle avait l'intention de lui expliquer ce qui la troublait, elle le ferait en son temps. Et si elle ne lui racontait pas, elle se contenterait des bribes de renseignements qu'elle voudrait bien lui donner et ferait son possible pour l'aider.

Voulant la réconforter, elle se leva et la serra dans ses bras.

Alors qu'Esme lui passait la main dans le dos pour la rassurer, comme elle le faisait quand elle était petite et qu'elle avait fait un cauchemar, Alice sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle se concentra pour ne pas se laisser aller, ne pas lâcher prise, mais elle ne put retenir un sanglot et lorsqu'Esme lui murmura des paroles rassurantes en la berçant dans ses bras, elle fondit en larmes.

Esme laissa Alice pleurer dans ses bras jusqu'à ce que ses larmes se tarissent et lorsqu'Alice se fut calmée, elle alla lui chercher un paquet de mouchoirs avant de repartir vers la cuisine pour lui faire un thé.

Alice attrapa un mouchoir et soupira. Elle avait 28 ans et elle pleurait toutes les larmes de son corps dans les jupes de sa mère. Elle pleurait parce qu'elle avait rencontré une personne merveilleuse. Elle pleurait parce que cette personne lui avait dit « je t'aime ». Elle pleurait parce que ce n'était pas le bon moment. Elle pleurait parce qu'elle ne savait pas quoi faire d'autre.

Esme revint avec une tasse de lapsang souchong brûlant et un paquet de gâteau. Alice lui lança un regard reconnaissant et souffla sur son thé pour le faire refroidir. Elle se sentait toute petite. Retombée en enfance. Et triste comme si elle avait égarée son lapin en peluche. Aujourd'hui comme à l'époque, elle trouvait du réconfort auprès de sa mère.

Esme l'interrompit dans sa rêverie en lui demandant :

- Qu'est-ce qu'il se passe Alice ? Tu sais que tu peux tout me dire.

Alice souffla de plus belle sur son thé. Elle ne savait pas trop par où commencer. Après un moment d'hésitation, elle regarda Esme qui l'encouragea du regard et déclara :

- Quand j'ai demandé ma mutation à New-York, je l'ai fait parce que… parce que quitte à faire un travail que j'aime mais qui ne me passionne pas, autant profiter des avantages qui y sont liés. Vivre quelques années en expatriée à New-York, c'est une belle aventure, et cela compenserait l'ennui du quotidien.

Esme hocha la tête. Elles avaient eu de longues discussions sur les raisons de la décision d'Alice. Esme avait toujours regretté qu'Alice n'ait jamais eu ou provoqué l'opportunité de réaliser son rêve. Elle se souvenait toujours avec un mélange de fierté et de regret du jour où elle déclaré qu'elle voulait devenir « créatrice de décors à l'opéra ». L'orientation scolaire d'Alice avait toujours été un sujet épineux avec son ancien mari qui avait manqué de s'étrangler à cette annonce. Partir vivre à l'étranger permettait à Alice de donner un nouvel élan à sa vie, et Esme la soutenait dans sa démarche, même s'il lui était difficile de laisser sa petite fille partir vivre de l'autre côté de l'océan.

Comme Alice ne poursuivait pas, Esme posa sa main sur la sienne et lui sourit. Alice la regarda tristement et se décida à ajouter :

- Eh bien, disons qu'entretemps… j'ai rencontré quelqu'un et…

Elle laissa sa phrase en suspens. Elle ne savait pas vraiment quoi ajouter. Elle ne parvenait pas à se souvenir ce qu'il s'était passé entre Bella et elle la nuit dernière. Elle ne comprenait pas ce qui avait pu se passer de si extraordinaire pour que Bella lui déclare son amour avant qu'elle ne parte comme si le diable était à ses trousses. Avait-elle d'ailleurs bien entendu ? Elle avait peut-être mal compris ? Imaginé ? Alice soupira et baissa les yeux, posa son thé, frotta ses mains sur son jean et se mordit la lèvre inférieure. Esme lui laissa le temps de se décider à poursuivre en la regardant tendrement. Elle l'avait rarement vue aussi bouleversée. Son émotion était manifeste et c'était la première fois qu'elle la voyait submergée de la sorte. Cela devait donc être sérieux.

Alice jeta un regard désespéré à sa mère et murmura :

- Je ne sais pas quoi faire.

La vibration de son téléphone fit sortir Bella de sa torpeur. Elle attrapa l'appareil et jeta un coup d'œil sur l'écran avant de décrocher :

- Allo ?

- Bella ! J'ai besoin que tu me rendes un service !

Bella soupira. Elle n'était pas d'humeur à socialiser aujourd'hui. Elle voulait rester seule à se morfondre au fond de son lit, enroulée dans sa couette.

- Emmett, si tu as besoin d'un service, commence par dire bonjour et me demander comment je me porte.

Un blanc suivit ses paroles et Bella ne put retenir un ricanement.

- Pourquoi tu rigoles ?

- C'est toi qui me fais rire. Qu'est-ce que tu veux ?

- Euh, à vrai dire, j'aurais besoin que tu viennes chez moi, et si possible avec ton matériel de chantier…

- Mon matériel de chantier ? Tu veux dire quoi ? Mon casque et ma perceuse ?

- Pas tout à fait… Plutôt ton harnais et tes cordes…

Bella soupira. Cela sentait le piège à plein nez. Encore un plan foireux d'Emmett. Elle allait probablement se retrouver dans une forêt en train de cueillir des champignons sans trop savoir comme cela avait bien pu arriver.

- Pourquoi est-ce que tu as besoin de tout ça ?

- Viens, et je t'expliquerai !

- Tu as peur que je refuse si tu me dis de quoi il s'agit ?

- Exactement.

Bella réfléchit un instant. Aller cueillir des champignons était probablement une activité moins dangereuse que tout ce qu'Emmett pourrait bien lui proposer qui nécessitait son matériel d'alpinisme. Elle se frotta les yeux et soupira. Si elle n'allait pas secourir Emmett, elle passerait effectivement l'après-midi au fond de son lit à ruminer son malheur. Enfin, si elle parvenait à se décoller de la porte d'entrée de la coloc. Une distraction, même complètement loufoque – voire dangereuse – était peut-être la bienvenue.

- Ok, j'arrive.

- Super ! Merci Bella, tu es vraiment trop sympa !

- Ne t'emballe pas. Ce ne sera pas gratuit !

Lorsqu'Emmett eut raccroché, Bella se releva en soupirant et se dirigea vers sa chambre pour aller chercher son matériel.

- Pas question !

- Bella, s'il te plait !

- C'est dangereux Emmett. Tu veux risquer ta vie pour économiser 600 euros ?

- N'exagère pas, ce n'est pas si dangereux que ça ! Tu as l'habitude et tu l'as fait dans des situations bien plus compliquées !

Bella regarda Emmett comme s'il avait perdu la tête avant de s'écrier :

- Parce qu'en plus, c'est moi qui dois m'y coller ? JE dois risquer ma vie parce que TU n'as pas de tête et que TU ne veux pas payer un serrurier ?

Emmett la regarda d'un air de petit garçon ayant fait une bêtise et répondit :

- Ben… c'est toi qui sais comment faire…

Bella le foudroya du regard. Emmett la regarda perplexe et ajouta :

- Mais je ne comprends pas… Je croyais que tu aimais bien faire ça ?

- Oui, j'aime bien ! Sur des églises, sur des châteaux, sur Notre Dame de Paris quand j'y suis obligée et parce que ça fait partie de mon travail ! Pas dans la cour de ton immeuble parce que Monsieur a oublié ses clés à l'intérieur de son appartement !

Bella commençait à s'énerver. Emmett était complètement inconscient. Ce n'était pas nouveau, mais habituellement, elle n'était pas personnellement impliquée dans ses aventures dignes de Gaston Lagaffe.

- S'il te plait Bella ! Si tu ne veux pas descendre, aide-moi au moins à le faire en toute sécurité !

Emmett la regardait avec des yeux suppliants et Bella soupira.

- Pourquoi tu ne veux pas tout simplement appeler un serrurier ?

Emmett baissa les yeux et répondit :

- Parce que c'est plus marrant de passer par la fenêtre !

Bella le dévisagea comme s'il était fou. Elle s'apprêtait à le lui dire mais Emmett poursuivit :

- Mais Bella, si on ne fait jamais rien d'amusant, qu'est-ce qu'on aura à raconter à nos petits enfants quand on sera vieux ?

- Tu es complètement timbré Emmett. Si tu te fracasses le crâne par terre, tu n'auras jamais de petits enfants.

- Mais je ne vais pas me fracasser le crâne par terre puisque tu vas t'assurer de ma sécurité !

Alors qu'elle s'efforçait d'arracher le mastic qui maintenait le carreau de la fenêtre du salon de Emmett à l'aide d'un tournevis, Bella s'effarait de sa propre bêtise. Que Emmett ait pu la convaincre de mettre en place une ligne de vie et de se suspendre dans le vide au cinquième étage de la cour intérieure de son immeuble la dépassait totalement. Certes, Emmett était trop grand pour enfiler son harnais. Certes, elle aimait travailler en hauteur. Mais c'était dangereux, et elle avait pour philosophie de n'utiliser ce moyen qu'en cas d'absolue nécessité. Elle s'énerva sur le mastic qui ne voulait pas céder et sur Emmett qui ne voulait pas qu'elle casse un carreau. Il n'allait tout de même pas s'éviter l'intervention d'un serrurier pour la remplacer par celle d'un vitrier ?

Elle hurla :

- Emmett, je te déteste, et tu m'es redevable à vie !

Elle entendit son gros rire et ne put s'empêcher de sourire. Il se pencha à la fenêtre de la cage d'escalier et dit :

- Tant que tu es là, tu vas pouvoir me raconter ce qu'il se passe exactement entre toi et Alice.

Bella se retourna un instant pour regarder son ami. Elle le dévisagea pour vérifier s'il était sérieux. Il était sérieux, aucun doute là-dessus.

- Pas question. Tu ne vois pas que je suis occupée ?

- Si tu ne me dis pas ce que je veux savoir, je détache ta corde.

- Ne perds pas ton énergie, tu ne peux pas défaire le nœud. Et si tu m'emmerdes, je défonce ta fenêtre.

- Ooh, oh, on se calme ma belle.

- Tu n'as qu'à demander à Rosalie, elle a toute une théorie sur la question.

- Mais je lui ai déjà demandé figure-toi. Elle m'a dit que ce n'était pas à elle de me le dire.

Bella soupira. Qu'avait-elle bien pu faire pour mériter des amis aussi ennuyeux et compliqués ?

- Vous êtes vraiment pénibles tous les deux. Je ne sais pas comment je fais pour vous supporter.

Emmett se mit à rire.

- Tu t'ennuierais sans nous !

Bella marmonna « en tout cas je ne serais pas en train de risquer ma vie » mais Emmett ne sembla pas l'entendre et insista :

- Allez Bella, dis-moi tout ! Je l'aime bien moi la petite Alice. Et j'aimerais bien savoir ce que vous faites ensemble !

Bella leva les yeux au ciel mais ne répondit pas. Elle venait de finir d'enlever le mastic et s'apprêtait à desceller le carreau. Elle passa la main dans l'ouverture et ouvrit la fenêtre de l'intérieur. Elle poussa un cri de victoire et enjamba le rebord de la fenêtre.

Une fois à l'intérieur, elle enleva son équipement et se pencha à la fenêtre pour regarder Emmett et rétorquer :

- Si tu crois vraiment que je vais te donner des détails pour que tu puisses alimenter tes fantasmes... tu perds ton temps.

Emmett soupira et rétorqua :

- T'es vraiment pas drôle.

Bella rigola tout en cherchant la clé de l'appartement et Emmett cria :

- Et ouvre-moi la porte maintenant au lieu de te marrer comme une dinde.

Emmett décapsula deux bières et en tendit une à Bella.

- Pourquoi est-ce que tu me tends une bière ?

- Ben… pour que tu la boives. Je fais preuve d'hospitalité figure-toi !

- Emmett, il est 16h et j'ai encore mal à la tête d'hier soir.

- Depuis quand il y a une heure pour commencer à boire ? Et tu n'as qu'à combattre le mal par le mal.

Bella soupira, résignée, et prit la bière qu'Emmett lui tendait.

Lorsque Rosalie entra chez Emmett, Bella était avachie sur le canapé, sa deuxième bière à la main et écoutait distraitement Emmett lui raconter qu'il connaissait un type qui détenait le record du monde de la montée de la tour Eiffel en monocycle. Elle s'apprêtait à se payer sa tête quand Rosalie lui lança :

- Ah ben t'es là toi ! Je pensais que tu étais avec Alice.

Bella soupira. Elle commençait à en avoir marre qu'on lui parle d'Alice toutes les cinq minutes. Sans réfléchir, elle répondit :

- Non, je viens d'apporter des cordes et un harnais à Emmett pour vos jeux sexuels.

Rosalie la regarda perplexe puis rougit et dit d'un air de reproche à Emmett qui était resté impassible :

- Tu ne lui as pas raconté quand même ?

Bella failli s'étrangler dans sa bière. Elle éclata de rire et eut toutes les peines du monde à reprendre son souffle. Lorsqu'elle fut enfin en état de dire quelque-chose, Rosalie et Emmett étaient en train de se disputer. Contrite, elle tenta d'apaiser les esprits :

- Je t'assure Rosalie, ce n'est pas du tout ce que tu crois, il ne m'a rien dit du tout… Je l'ai juste aidé à récupérer ses clés.

Elle ne put cependant s'empêcher une petite remarque en passant :

- Mais ne compte pas sur moi pour oublier ce que tu viens de dire !

Elle lui fit un clin d'œil avant d'ajouter :

- On en reparlera.

Rosalie lui lança un regard noir alors qu'Emmett avait du mal à retenir un fou rire. Bella décida de rentrer pour les laisser seuls, tout en plaignant Emmett. Elle venait de sérieusement énerver Rosalie, et c'est lui qui allait en faire les frais…

- Bon, je vais vous laisser.

Rosalie l'interrompit dans son mouvement pour s'extraire du canapé :

- Attends, tu ne sais pas où Angela a passé la nuit ? Elle n'était pas à la coloc et son lit n'est pas défait.

Bella haussa les sourcils, surprise. Angela était avec eux hier soir, et elle ne se rappelait pas l'avoir vue partir. Elle avait simplement supposé qu'elle dormait quand elle était allée se coucher avec Alice. En même temps, elle ne se rappelait pas être allée se coucher avec Alice… Où diable Angela avait-elle pu bien aller ?

- Aucune idée… Tu as essayé de l'appeler ?

- Oui, elle n'a pas répondu. Je m'inquiète un peu.

Bella hocha la tête. Elle se leva difficilement du canapé et déclara :

- Je vais essayer de l'appeler. Je te tiens au courant si j'ai des nouvelles.

- Ok.

- Et d'ailleurs, je vais chez mes parents demain et je pense que je vais rester dormir un peu chez eux cette semaine, ça fait longtemps que je ne les pas vus.

Rosalie la regarda, dubitative, mais ne fit pas de commentaire. Elle se contenta de la serrer dans ses bras pour lui dire au revoir. Bella embrassa Emmett et sortit.

Jasper frappa frénétiquement à la porte d'Alice et s'engouffra dans son appartement lorsqu'enfin elle daigna lui ouvrir. Il ne lui laissa pas le temps d'ouvrir la bouche pour protester et déclara :

- Je suis désolée, oui, tu étais en train de dormir, et oui, tu es probablement fatiguée après la nuit de sexe de folie que tu as passée avec Bella, mais il faut absolument que je te raconte ma soirée d'hier !

Alice le regarda avec des yeux ronds, se frotta les yeux et répondit :

- Oui je dormais, et oui, je suis fatiguée, mais pour ta gouverne, je n'ai pas passé une « nuit de sexe de folie » avec Bella. Et pour info, on était à la même soirée, hier.

Jasper la regarda surpris :

- Tu as tes règles ? Elle a ses règles ?

Alice soupira exaspérée et se dirigea vers sa chambre en marmonnant :

- Rends-toi utile, vas faire un thé ou quelque-chose, je vais me changer.

Pour la deuxième fois de la journée, Alice prit sa tasse de thé dans la main et souffla dessus pour le faire refroidir. Puis, elle jeta un regard interrogateur sur Jasper qui se tortillait dans son fauteuil et lui demanda :

- Je peux savoir ce qu'il s'est passé de si extraordinaire pour que tu me déranges en pleine sieste ? Et arrête de te dandiner, tu m'énerves.

Jasper se tortilla de plus belle, posa sa tasse, reprit sa tasse, se racla la gorge et, sous le regard de plus en plus irrité d'Alice, finit par lâcher :

- Tu ne vas jamais me croire !

Alice soupira et lança :

- Try me !

Comme Jasper continuait de la regarder avec un air de conspirateur mais ne disait toujours rien, la patience commença à lui manquer :

- Si tu ne me dis pas de quoi il s'agit, je retourne me coucher. Alors accouche, je n'ai pas tout l'après-midi.

Jasper la regarda mi-contrarié, mi-indécis et soupira avant d'ajouter :

- Je vois que je ne tombe pas au bon moment.

Il s'apprêta à se lever. Alice le regarda contrite et répondit :

- Excuse-moi, je suis un peu tendue. Vas-y, raconte, je suis toute ouïe.

Jasper se tortilla un peu sur sa chaise avant de se lancer dans son explication :

- Hier soir, peu de temps après que tu aies disparu avec Bella pour faire je ne sais quoi sur le balcon, Ben et Angela sont partis. D'ailleurs, j'ai trouvé ça un peu louche parce qu'Angela elle habite avec Rosalie et Bella non ? Enfin bon, ce n'est pas le sujet. Il ne restait donc que Edward, Rosalie, Emmett et moi. Tout le monde était un peu défait après tout ce qu'on avait bu pendant le times up, et Emmett et Rosalie étaient en train de se dévorer des yeux, tellement que ça en devenait presque embarrassant. Alors avec Edward, on s'est discrètement éclipsés pour les laisser seuls.

Alice rigola et ajouta :

- Oui, je les ai vus, et c'était à la limite de l'indécence…

- Ne m'interromps pas ! Donc avec Edward, on est partis de la coloc et comme on était encore bien chauds, on a été dans un bar.

Alice haussa les sourcils, et Jasper poursuivit :

- Je ne sais franchement pas ce qu'il m'est passé par la tête, mais on a commandé des shots, et on a discuté. J'ai appris beaucoup de choses sur Edward. D'ailleurs, tu savais que Bella en pinçait pour lui quand ils étaient en école ? Elle lui a même fait une déclaration d'amour !

Alice avala difficilement sa gorgée de thé. Décidément, Bella était une spécialiste des déclarations d'amour. Elle eut un pincement au cœur mais répondit néanmoins :

- Non, je ne savais pas. Par contre, hier soir, j'ai appris que Bella et Emmett étaient sortis ensemble.

- Bella et Emmett ? Tu plaisantes ?

- Non, pas du tout.

- Et Rosalie ne leur en veut pas ?

- A priori non, c'était avant qu'Emmett et Rosalie ne soient ensemble. Et si j'ai bien compris, ils n'ont pas couché ensemble, enfin pas vraiment. Enfin je ne sais pas trop, ce n'était pas très clair.

- Ça alors… Mais, c'est une véritable mangeuse d'homme cette Bella !

Alice le foudroya du regard et se leva pour attraper une feuille et un stylo. Ils étaient tous tellement sortis les uns avec les autres dans ce groupe qu'il y avait moyen de faire une Charte ! Elle était sûre que contrairement aux apparences, ce n'était pas Rosalie qui en serait le centre, mais Bella.

Elle écrivit « Bella » au centre de la feuille et traça plusieurs traits au bout desquels elle écrivit : « Emmett », « Edward », « Alec », « Alice ». Jasper observait attentivement le dessin d'Alice et déclara :

- Tu te prends pour Alice Pieszecki ? Si je puis me permettre, si tu te lances là-dedans, il va te falloir beaucoup plus de papier que ça. Je te rappelle que tu as couché avec tout Paris.

Alice s'arrêta dans son élan, le regarda, outrée, reposa son stylo, ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose mais ne sut pas quoi dire. Qui était-elle pour traiter Bella de trainée parce qu'elle avait « déclaré son amour » à Edward cinq ou six années auparavant, alors qu'elle-même couchait effectivement avec tout ce qui bougeait dans Paris depuis quatre ans ? Ce n'était pas Bella qu'on pouvait comparer à Shane, mais bien elle. Elle baissa les yeux et se prit le visage entre les mains. Jasper se mordit la lèvre et s'approcha d'Alice :

- Alice… Ce n'est pas ce que je voulais dire…

Alice respira profondément pour tenter de refouler les larmes qui s'apprêtaient à rouler sur ses joues et releva la tête. Jasper la serra dans ses bras et lâcha tout de go :

- Edward a embrassé un barman hier soir.

Alice se figea dans les bras de Jasper et émit une espèce de couinement :

- Quoi ?

Jasper ne répondit rien et retourna s'assoir sur son fauteuil. Alice était perplexe. Elle finit par poursuivre :

- Mais il est fiancé, et il est head over heals pour Jessica !

Jasper émit une sorte de gloussement et répondit :

- Il faut croire que quand il a bu, il a tendance à l'oublier… !

- Mais, mais… Pourquoi ? Comment ?

- A vrai dire, je ne me rappelle plus très bien comment on en est venus là… Enfin bref, ce dont je me rappelle très bien, c'est qu'il m'a proposé un plan à trois avec lui et Jessica !

- Sérieux ? Mais ils sont tous graves ma parole ?

Jasper hocha la tête pour toute réponse.

- Qu'est-ce que tu as répondu ?

- Que c'était du flan.

- Ce qui était probablement le cas…

- Ben… je ne sais pas trop car c'est là qu'il a embrassé le serveur qui nous apportait les shots !

- Sérieusement, je n'en reviens pas ! Il a l'air si… si bon à marier !

Elle rigola et pressa Jasper de lui raconter la suite :

- Et qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ?

- Eh ben… Disons que le barman n'a pas vraiment apprécié et que euh… Les choses se sont un peu envenimées… Et on s'est fait expulser du bar.

Alice éclata franchement de rire.

- Tu déconnes ? Toi, Jasper le gentil petit agneau, tu t'es fait sortir d'un bar par un vigile musclé en tee-shirt moulant ?

Jasper hocha la tête, les yeux brillants.

- Mmmh… le vigile…

- Tes techniques de drague sont de pire en pire !

Ils rirent un moment puis la curiosité d'Alice reprit le dessus :

- Et qu'est-ce que vous avez fait une fois dehors ?

- Edward m'a fait remarquer que ce n'était pas que du flan, obviously, et j'ai répondu : « pas ce soir ».

Alice le regarda, perplexe :

- Ne me dis pas que tu envisages d'accepter quand même ?

Jasper hésita, rougit puis finit par répondre :

- Non, non, c'était un trait d'esprit… !

Alice le regarda, soupçonneuse et lança, menaçante :

- Jazz !

- Ben… je ne sais pas… Avoue qu'il est canon Edward !

- Jasper ! Un plan à trois ! Avec un de nos amis ! Avec une fille ! La future femme de Edward !

- Oui, bon c'est clair que dit comme ça, tout de suite, ça donne moins envie… De toute façon, il était complètement cramé, il ne s'en rappelle probablement pas…

Ils restèrent un moment silencieux, perdus dans leurs pensées respectives. Alice était perplexe que Jasper puisse ne serait-ce qu'envisager d'accepter. Finalement, elle avait peut-être couché avec tout Paris, mais elle était moins délurée que lui… !

Jasper finit par rompre le silence et demanda :

- Bon, et toi, raconte ! Je meurs d'envie de savoir depuis ce matin !

Alice se renfrogna et répondit – un peu plus agressivement qu'elle n'en avait l'intention :

- Il n'y a rien à raconter.

Jasper haussa les sourcils et rétorqua :

- Comment ça, il n'y a rien à raconter ? Je te laisse hier soir en compagnie de Bella, toutes deux passablement éméchées, et il n'y a rien à raconter ?

- Non.

Jasper hésita. Sa curiosité voulait qu'il demande des détails, mais la réaction d'Alice l'incitait plutôt à la prudence. Il allait falloir qu'il la prenne par les sentiments.

- Je t'invite manger des sushis et tu me racontes ce que tu as sur le cœur ?

Alice soupira et coula un regard par en dessous à Jasper. Évidemment il allait lui proposer des sushis… Elle regarda sa montre, considéra qu'elle n'avait quasiment rien mangé de la journée, visualisa une assiette remplie de sushis, de makis et de california rolls, commença à saliver et soupira, vaincue :

- D'accord.

Jasper en fit tomber son sushi. Il regarda Alice un moment, incapable de parler. Lorsqu'il eut digéré le sens de sa déclaration, il bégaya :

- Tu… tu veux dire que… tu vas… partir à New-York ?

Alice baissa les yeux et hocha doucement la tête.

- New-York comme de l'autre côté de l'océan ? New-York comme la capitale des Etats-Unis ?

- Ce n'est pas la capitale des Etats-Unis, la capitale des Etats-Unis, c'est Washington !

- On s'en fout, ne joue pas sur les mots, New-York comme 6 heures de décalage horaire ? New-York comme loin d'ici ?

Jasper perdait les pédales. Alice lâcha ses baguettes et posa sa main sur la sienne :

- Ce n'est pas encore fait… J'ai juste demandé ma mutation.

Cela ne suffit pas à rassurer Jasper :

- Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

Alice soupira. Elle savait qu'un jour ou l'autre ils auraient cette discussion et que Jasper serait en droit de lui faire ce reproche. Elle se mordit la lèvre.

- J'attendais d'être sûre pour en parler avec toi. Je ne voulais pas… je ne sais pas…

Jasper soupira… Il avait du mal à se remettre de cette nouvelle. Il avait complètement oublié ses sushis et son cerveau était en mode panique.

- Mais… mais…

Il s'arrêta et murmura :

- Et Bella ?

Il aurait voulu dire « et moi ? » mais il n'en avait pas trouvé la force. Qui était-il pour retenir Alice de réaliser ses projets ? Son meilleur ami, certes, mais en tant que meilleur ami, n'était-il pas censé l'encourager ? Bella n'était-elle pas la seule personne qui pouvait retenir Alice ? Bien sûr, celle-ci se ferait couper la langue plutôt que d'avouer à quel point elle était éprise de la belle brune, mais Jasper était persuadé qu'avec Bella, c'était du sérieux. La preuve en était que justement, rien ne s'était encore passé entre elles depuis que Bella avait emmené Alice au Panthéon. Alice n'aurait eu qu'à lever le petit doigt si elle avait voulu que les choses aillent plus loin, comme elle le faisait avec n'importe qui. Mais Bella n'était pas n'importe qui et il était prêt à mettre sa main à couper qu'elle avait peur. Peur de s'attacher. Peur d'en souffrir.

Alice pâlit à la mention de Bella. Tout en torturant son dernier maki avec sa baguette, elle répondit :

- Je… je ne sais pas.

Elle avait à nouveau envie de pleurer. Quel désastre. Malgré son trouble, l'air désespéré d'Alice à la mention de Bella n'échappa pas à Jasper.

Il tenta de creuser la question :

- Tu as parlé à Bella ?

Alice fronça les sourcils :

- De quoi ?

Jasper hésita :

- Ben… de ton possible départ à New-York ? Pourquoi… il y a quelque-chose d'autre dont tu dois parler avec Bella ?

Alice se maudit intérieurement, rougit et balbutia :

- Non… non, rien. Et non, je ne lui en ai pas parlé.

Il y avait baleine sous gravier. Jasper prit les mains d'Alice dans les siennes et déclara :

- Alice… Je suis là pour toi si tu as besoin de vider ton sac.

Alice se mordit la lèvre de plus belle. Elle ne voulait pas pleurer. Pas avant d'avoir fini ses sushis ! Elle était fatiguée de pleurer. Elle prit une grande inspiration, but une gorgée d'eau, regarda Jasper droit dans les yeux et dit :

- Bella m'a dit qu'elle était amoureuse de moi.

Les émotions et les questions se bousculèrent dans la tête de Jasper pendant qu'Alice le regardait anxieusement, attendant sa réaction. Il finit par se laisser aller à sa réaction première – du moins celle qui était venue après le respect pour Bella et le high five virtuel qu'ils venaient d'échanger dans sa tête, accompagné d'un « you rock girl » respectueux – :

- Mais c'est génial ça ma puce !

Il sentait cependant que les choses n'étaient pas si simples que cela pour son handicapée des sentiments de meilleure amie. Celle-ci répondit d'ailleurs, avec un sourire désabusé :

- Je ne sais pas.

Jasper soupira. Il allait falloir qu'il prenne les choses en main.

- Bon, reprenons. Raconte-moi tout.