J'ai toujours eu un petit faible pour ce chapitre :) J'espère qu'il vous plaira ! N'hésitez pas à laisser vos commentaires, c'est encourageant !

Bonne lecture !

Chapitre 10

Des fois je perds le Nord, j'sais plus où je suis

Et je fais des rêves qui flottent sans jamais accoster

J'envie les gens qui partent, qui traversent la mer

Moi c'est le désert,

Laurène l'horizon me dit non sans raison

Laurène y a des gens qui traversent la mer

Moi c'est le désert, le désert

Faudrait décoller pour une fois sans s'inquiéter

Mais je fais des plans qui volent sans jamais se poser

Alors je ralentis, j'sais plus où je suis

Laurène l'horizon me dit non sans raison

Laurène y a des gens qui traversent la mer

Moi c'est le désert, le désert

Laurène l'horizon me dit non sans raison

Laurène, y a personne que ça gène, ce désert

J'ai encore fait des montagnes, pas possibles à escalader,

P't-être que je choisirai toujours la route la plus barrée ?

Ce serait bien d'essayer

Des chemins plus faciles.

Laurène Lhorizon

Mademoiselle K

- Sérieusement, je suis vraiment obligée de venir ?

Rosalie soupira et Bella n'eut pas besoin qu'elle réponde pour savoir ce qu'il en était. Elle précisa tout de même, histoire de s'être bien faite comprendre :

- Non, parce que j'en ai vraiment aucune envie, mais, alors… aucune envie. Je pensais qu'on pouvait se faire une soirée tranquille à la coloc…Pour fêter mon retour quoi…

Rosalie commençait à perdre patience. Elle ne comprenait pas pourquoi c'était à elle de convaincre Bella de venir à un dîner auquel elle-même ne voulait pas aller :

- Écoute Bella, moi aussi ça me gave, mais c'est Edward, notre ami, donc on fait un effort et on y va.

Bella maugréa quelque-chose d'incompréhensible en réponse et Rosalie enchaîna,

- Bon ma poule, c'est pas tout mais il faut que je te laisse, j'ai encore deux trois trucs à finir avant de pouvoir officiellement me considérer en week-end. Je ne suis pas démissionnaire, moi !

Bella rigola avant de raccrocher. Il fallait bien qu'il y ait quelques avantages à être en préavis.


Bella lança un regard désespéré à Rosalie qui riait à gorge déployée à l'autre bout de la table. A la limite du désespoir, elle considérait la possibilité de s'étrangler intentionnellement avec ses spaghettis pour échapper à cette torture. Les urgences un vendredi soir, cela ne pouvait pas être pire qu'un dîner en face d'une future mariée.

Celle-ci ne semblait absolument pas remarquer son manque total d'intérêt dans la conversation et continuait à l'assommer de milliers de détails concernant sa robe de mariée. Depuis le début du repas, elle avait probablement prononcé le mot « mariage » au moins 42956 fois, moins toutes les fois où Bella n'écoutait pas, trop concentrée à essayer de trouver une excuse polie pour s'échapper.

Alors que Jessica se lançait sans transition sur les différents menus qu'Edward et elle avaient testés, Bella perdit son sang-froid et se leva brusquement en marmonnant :

- Désolée, il faut que j'aille fumer une clope.

Alors qu'elle filait comme une flèche vers la sortie du restaurant, elle entendit vaguement Jessica demander à Edward de sa voix de crécelle :

- Elle fume maintenant, Bella ? Tu ne m'avais pas dit ça !

Bella fit une grimace en identifiant le ton de reproche de Jessica et eut une pensée compatissante pour Edward, qui allait probablement se faire remonter les bretelles. Quoique, réflexion faite, elle ne compatissait pas. Edward avait choisi Jessica pour la vie, il n'avait qu'à assumer.

Une fois dehors, elle fut prise d'une sérieuse envie de rentrer à la coloc. Elle considérait sérieusement cette option en allumant sa cigarette quand Angela vint la rejoindre dehors.

- Ça ne va pas ? Je t'ai vu sortir comme si tu avais la mort aux trousses… ?

Bella exhala une bouffée de fumée et répondit :

- J'avais besoin de prendre l'air. J'ai envie de me planter une fourchette dans la gorge… Je ne savais pas que les futurs mariés pouvaient être si pénibles. Sérieusement, depuis le début du repas, je n'ai pas entendu parler d'autre chose que de leur putain de mariage… La robe, la bague, le dessert, la marque du champagne, la salle, le nombre de table, la couleur des serviettes, la forme des dragées, j'ai eu le droit à tout. Je me demande même si à la fin du repas je ne saurai pas la couleur de ses sous-vêtements…

Angela se mit à rire et répliqua :

- Ils seront blancs ses sous-vêtements Bella, suis un peu.

Bella grommela « yeah, yeah, whatever »… Et se concentra sur sa cigarette. Angela lui lança un regard compatissant et tenta de lui remonter le moral :

- Si ça peut t'aider à finir le repas, sache qu'avec Rosalie, on a réservé un brunch vers le canal Saint-Martin pour demain midi. Comme ça, on pourra se défouler sur Jessica en mangeant des trucs gras et sucrés.

L'humeur de Bella s'améliora perceptiblement à cette annonce. Elle sourit et serra Angela dans ses bras pour la remercier avant de tirer une dernière bouffée sur sa cigarette et de rentrer dans le restaurant en soupirant.


- Les filles, je crois que je suis un peu tipsy...

Bella se mit à rire et reposa son verre. Une semaine sans boire et elle était soule après un verre de vin blanc. Ridicule. Rosalie haussa les sourcils et lui versa un nouveau verre de vin.

- Bon, je ne voudrais pas gâcher ta bonne humeur, mais tu as trouvé un boulot ? C'est pas tout le questionnement existentiel, la définition et la recherche du boulot de tes rêves, mais tu as un loyer à payer je te rappelle.

Bella sourit. L'inquiétude de Rosalie était... attendrissante.

- Ton inquiétude pour mon épanouissement personnel me va droit au cœur ! Si ça peut te rassurer, j'ai trouvé quelque-chose...

Angela ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase et lança :

- Ah bon, mais pourquoi tu ne nous en as pas parlé ? C'est quoi ?

Bella soupira et répondit en lançant un regard ironique à Rosalie qui se goinfrait de frites :

- Je ne vous en ai pas parlé parce que ce n'est pas le job de mes rêves justement. Disons que ce sera probablement un "rebond job"...

Ce qui fit rire Rosalie.

- C'est bien payé, c'est dans Paris et c'est dans mon domaine, mais rien de très excitant.

- C'est déjà ça... T'as qu'à accepter en attendant de définir ce que tu veux vraiment faire !

- C'est bien mon intention.

Rosalie se racla la gorge et répliqua :

- Non mais d'accord, c'est pas le job de tes rêves, soit. Mais c'est quand même une putain d'excuse pour faire une soirée non ?

Angela se mit à rire et rétorqua :

- Je ne suis pas vraiment sûre qu'on ait besoin d'excuses !


Bella sortit de sa chambre en grognant :

- Oh, mais ça fait chier, il est où ce tee-shirt à la con ?

Et elle s'affala sur le canapé du salon. Angela coupa le son à contrecœur et se retourna pour lui demander :

- Pourquoi tu râles comme ça ? T'as qu'à faire une pause et regarder le convoi de l'extrême avec moi !

Bella ouvrit des yeux comme des soucoupes et rétorqua :

- Le convoi de l'extrême ? C'est quoi encore cette connerie ?

Angela ne se laissa pas démonter et expliqua avec excitation :

- C'est un peu comme Pékin express version "routier". C'est des routiers qui réalisent des missions de ouf, comme conduire sur des routes de montagne au Tibet !

Atterrée que des gens puissent inventer des concepts aussi saugrenus, et encore plus atterrée que d'autres gens puissent regarder les émissions qui en résultent, Bella ne lui laissa pas le temps de terminer son explication et l'interrompit :

- Ok, c'est passionnant, mais je pars bientôt et je ne trouve pas la moitié de mes affaires, je suis en retard, je n'ai pas fait mes vaccins, c'est la merde.

Angela se mit à rire et lui répondit :

- Détends-toi Bella, tu pars en vacances, tout va bien se passer.

- Ben aide-moi au lieu de te ramollir le cerveau devant ta daube !

- Ok, ok, si ça peut te faire plaisir. Qu'est-ce que tu cherches ?

- Mon tee-shirt vert avec la fermeture sur le côté.

Un doute envahit Angela, qui se figea avant de répondre d'une voix mal assurée en lui montrant le tee-shirt qu'elle portait :

- Mmmh... celui-là en fait ?

Bella fronça les sourcils, détailla le tee-shirt et s'énerva :

- Je rêve, mais c'est mon tee-shirt ! ça fait dix plombes que je le cherche ! Enlève-moi ça tout de suite !

Angela la dévisagea pour voir si elle était sérieuse. Elle était sérieuse. Elle soupira et retira le tee-shirt qu'elle tendit à Bella.

- Non mais j'hallucine... Tu m'en as piqué d'autres ?

Angela rougit et se gratta la tête, faisant mine de réfléchir :

- Mmmh, c'est possible... Je vais aller vérifier.


- Alice, je peux te voir un moment ?

Alice leva les yeux de son écran, surprise. Cela faisait bien longtemps que son manager direct ne lui avait pas adressé la parole. Elle était sur un gros projet qui dépendait de New-York et ils ne se parlaient plus guère que pour valider ses congés.

Elle le suivit néanmoins, une boule se formant dans sa gorge. Elle avait une vague idée de ce que cela voulait dire.


En sortant de la salle de réunion, elle jeta un œil à sa montre. Il était 18h, et elle ne se sentait pas capable de continuer à travailler. Elle décida que pour une fois, elle pouvait se permettre de finir tôt et elle salua ses collègues qui la regardèrent, surpris, quitter l'open space avant 20h.

Une fois dans la rue, elle hésita. Jasper travaillait ce soir, mais c'était un cas de force majeure.


L'ouvreur la salua d'un joyeux "bonsoir Alice" et la laissa entrer. Elle franchit la porte de l'entrée des artistes avec empressement tout en le remerciant et s'engagea directement dans l'escalier qui menait aux ateliers de costumes.

L'odeur et les bruits familiers la réconfortèrent un peu et elle ralentit sa marche pour écouter les vocalises des chanteurs qui s'échauffaient avant la représentation de ce soir. Elle franchit la porte sans frapper et elle trouva Jasper des épingles plein la bouche en train de s'affairer sur l'ourlet d'une robe. Elle détestait cette habitude et ne prit même pas le temps de le saluer :

- Un jour tu avaleras toutes ces épingles et tu mourras dans d'atroces souffrances.

Jasper leva la tête, surprit, et sourit en reconnaissant Alice :

- Je me disais bien que j'avais reconnu une voix déplaisante.

Alice ne se donna pas la peine de rétorquer et s'affala sur un tas de fourrures qui trainait dans un coin de l'atelier.

Jasper la dévisagea, surprit de son manque de répondant et fronça les sourcils en se remettant à son ouvrage :

- Tu n'as pas l'air en forme, qu'est-ce qui se passe ?

Alice soupira, regarda ses pieds, soupira à nouveau, regarda Jasper travailler, hésita, regarda à nouveau ses chaussures, soupira une troisième fois et finit par lâcher :

- Ma mutation à New-York a été validée.

Jasper cracha ses épingles de surprise. Non qu'il soit réellement surpris. Ce n'était qu'une question de temps. Il ramassa les épingles en jurant, sous le regard ironique d'Alice. Celle-ci était cependant bien trop préoccupée pour vocaliser le "je te l'avais bien dit" qui lui traversa l'esprit. Elle n'avait pas envie d'engager un débat avec Jasper. Elle avait des problèmes plus importants à gérer.

Jasper prit son temps pour ramasser toutes ses épingles. Même s'il s'y attendait, la nouvelle n'en était pas moins choquante. C'était rare, mais il ne trouvait rien à dire. Il s'assit par terre et regarda Alice qui n'en menait pas large sur son tas de fourrures :

- Tu sais que je dois travailler ce soir ?

- Oui.

- Tu peux m'accompagner pendant les habillages. Je veux tous les détails.

- Ok.

Alice suivit Jasper dans les couloirs carrelés qui menaient aux loges des solistes. Il devait vérifier tous les costumes et aider certains chanteurs à se vêtir avant le début de la représentation. C'était la dernière représentation de la saison du Crépuscule des Dieux, ce qui leur laissait 5 bonnes heures de discussion devant eux... Merci Wagner.


Alice soupira. Les Dieux n'en finissaient pas de mourir. Jasper devait rester jusqu'à la fin de la représentation pour ranger les costumes.

- Tu es sûr que tu ne peux pas revenir demain pour tout ranger ? Non parce que bon, j'irai bien boire une bière, moi.

Jasper rigola avant de répondre :

- Oui, je suis sûr. Il faut que j'aide Brünnehilde à sortir de son costume !

- La grosse là ?

- Oui, la grosse. Maintenant je te prierai de montrer un peu de respect pour mes clients. Et au lieu de faire style ça t'ennuie d'être ici alors qu'au fond de toi tu exultes, résume-moi ce qu'on a dit.

Alice soupira mais répondit néanmoins, non sans lever les yeux au ciel :

- Je vais voir mon chef demain, je le remercie pour l'offre qu'ils me font, je lui dis que j'ai besoin d'un peu de temps pour réfléchir. S'il me demande pourquoi j'ai besoin de réfléchir alors que c'est moi qui ai demandé à être mutée, je lui dis que ma situation personnelle a changé depuis le temps que j'ai fait la demande, et ensuite, j'appelle Bella pour discuter avec elle.

- C'est bien, maintenant, rends-toi utile et tiens-moi ça.


- Bon Bella, tu te bouges ? On t'attend !

- Mais je viens pas je t'ai dit... J'ai la fièvre jaune, le choléra et le typhus, je me sens pas bien...

- Mais quelle chochotte ! Allez, sors de ce lit avant que je vienne te chercher ! Tu ne vas quand même pas rater le concert des Black Eyed Peas pour un pauvre petit vaccin ?

Angela renchérit :

- Mais oui, allez, viens, regarde Rosalie, elle est en pleine forme !

Bella grogna et rétorqua :

- Mais Rosalie elle est pas humaine, ça fait longtemps qu'on le sait maintenant. C'est un monstre. Je veux pas y aller, je vais mourir...

- C'était génial ce concert !

- Mais Angela, tu ne t'en rappelles même pas ! Comment tu peux dire que c'était génial ?

- Je ne me rappelle pas comment on est rentrés, nuance... Et puis quand bien même, si je ne m'en rappelle pas c'est probablement parce qu'on s'est éclatés non ?

Bella haussa les sourcils, éberluée. Quel intérêt de s'être éclatée si elle ne pouvait pas s'en rappeler ?

- T'es vraiment bizarre...

Rosalie intervient :

- Je confirme, c'était Gé-nial. Surtout quand Will I Am a mixé.

Un éclair de lucidité descendit sur Bella :

- Aaaaaaah, c'était Will I am le mec déguisé en robot qui a mixé pendant la moitié du concert ?

Rosalie et Angela la dévisagèrent avant d'éclater de rire :

- Mais oui ! Tu croyais que c'était qui ? Le pape ?

Bella se renfrogna et bougonna :

- J'ai l'hépatite A je vous rappelle, ne vous moquez pas de moi !

- Mais t'as fait quoi comme vaccin exactement ?

Rosalie ne laissa pas à Bella le temps de répondre et de se plaindre :

- Laisse tomber, elle s'est fait inoculer toutes les maladies de la terre. Un vrai virus sur pattes.


Angela soupira, agacée. Cela faisait 3 fois que son portable sonnait. Elle interrompit sa manipulation. C'était peut-être important. Elle fut surprise de constater qu'elle avait trois appels en absence d'Alice. Intriguée, elle s'apprêtait à la rappeler lorsque son téléphone vibra une quatrième fois. Elle décrocha.

- Angela ?

- Oui, salut Alice, tu vas bien ?

Alice hésita avant de répondre :

- Oui, ça va... Je... je suis désolée de te déranger, mais j'aurais voulu savoir...

Elle ne poursuivit pas et Angela répondit pour l'encourager :

- Tu ne me déranges pas, je t'en prie. Est-ce que je peux t'aider ?

- A vrai dire oui, tu pourrais m'aider... En fait... J'essaie de joindre Bella, et... c'est assez important et assez ... pressé. Elle ne répond pas à mes appels, alors je me demandais... Est-ce qu'elle ne veut plus me parler ? Ce que je comprendrais d'ailleurs, et je ne lui en voudrais pas, mais... Je voudrais m'excuser et lui expliquer... quelque chose d'important, mais... Je n'arrive pas à la joindre.

Alice reprit sa respiration, contrite de n'avoir pas pu s'arrêter dans ses explications pour le moins confuses.

Angela ne la fit pas languir plus longtemps. La batteuse avait l'air d'être à la torture :

- C'est normal que Bella ne réponde pas à son téléphone, elle est partie en Thaïlande avec Rosalie.

Alice ne put retenir un cri de déception :

- En Thaïlande ? Mais pour quoi faire ?

Angela ne put s'empêcher de rire avant de répondre :

- Ben... en vacances...

Alice soupira. Évidemment, en vacances, mais pourquoi partait-elle en vacances alors qu'elle devait absolument lui parler ?

- Et... tu sais dans combien de temps elle revient ?

Angela se racla la gorge avant de répondre :

- A vrai dire non... Rosalie revient dans une semaine, mais Bella ne commence son nouveau travail qu'en septembre, et elle a prévu de faire un petit tour en Asie avant de revenir.

Alice entra en mode panique. Bella était partie en voyage et n'avait pas donné de date de retour précise. Elle ne pouvait pas faire attendre son chef un mois avant de lui faire part de sa décision. Il fallait absolument qu'elle parle à Bella. Il fallait qu'elle la voie pour lui expliquer. Lui expliquer pourquoi elle ne lui avait rien dit. Pourquoi elle était perdue. Ce qu'elle ressentait pour elle. Ce qu'elle ne pouvait pas lui dire.

Elle remercia Angela et raccrocha.

Elle ouvrit son ordinateur et lança mozilla. Elle tapa Thaïlande dans la barre de recherche de Google. Sa géographie de l'Asie laissait légèrement à désirer et elle ne savait même pas précisément où était située la Thaïlande. Elle soupira. Quel que soit son emplacement exact, cela n'enlevait rien au fait que c'était loin.

Elle envoya un SMS à Jasper : "Rejoins-moi chez moi avec des sushis, c'est une urgence". Elle parcourut rapidement la rubrique "avant de partir en Thaïlande" du guide du routard et fronça les sourcils.


Jasper pénétra dans l'appartement d'Alice et la trouva en pleine agitation. Il haussa les sourcils, laissant son regard balayer la scène de désolation qui régnait dans l'appartement de sa meilleure amie. Des vêtements trainaient partout et débordaient d'un sac à dos de randonnée. Les placards étaient éventrés et semblaient se vider de leur sang pendant qu'Alice se mordillait la lèvre derrière son écran d'ordinateur, cherchant frénétiquement quelque chose dans son sac à main.

- Ah Jazz, passe-moi ta carte bleue, je ne trouve pas la mienne !

Méfiant, Jasper tenta de se faire une place sur le canapé et posa les sushis qu'il avait ramenés :

- Et je peux savoir ce que tu veux acheter avec ma carte bleue exactement ?

Alice leva les yeux de son écran et lui répondit comme s'il était stupide :

- Mon billet d'avion pour la Thaïlande !

Jasper toussa et la regarda comme si elle était devenue folle :

- Ton billet d'avion pour la Thaïlande ? Care to explain what's hapening ?

Il était perdu. Alice soupira et répliqua :

- Bella est en Thaïlande. Je vais la voir pour discuter avec elle.

Jasper resta un moment interloqué.

- Tu vas en Thaïlande pour discuter avec Bella ? Mais... tu ne crois pas que ce serait plus simple d'attendre qu'elle rentre ?

Alice le regarda, implorante. Il eut le sentiment qu'elle était au bord de la crise de nerfs.

- Elle n'a pas précisé quand elle rentrait ! Après la Thaïlande, elle va au Cambodge, ou au Laos, je ne sais plus, on s'en fout, mais elle ne rentre pas... ! Je ne peux pas attendre qu'elle rentre !

Jasper soupira et se frotta les yeux. La situation était grave mais pas désespérée.

- Donc, si je comprends bien, tu vas la retrouver pendant ses vacances en Thaïlande pour lui dire... quoi exactement ?

Alice le regarda, exaspérée, avant de répondre :

- J'en sais rien, mais je vais avoir une dizaine d'heures d'avion pour décider.

Jasper émit un petit rire et passa à des considérations plus pragmatiques pour tenter de raisonner Alice :

- Mais, et ton travail ? Tu vas pouvoir poser des vacances comme ça ?

- Oui, j'ai plein de congés sur mon compte épargne-temps... Je réussirai à les faire valider.

Jasper ne s'avoua pas vaincu :

- Mais... il ne faut pas faire des vaccins pour aller en Thaïlande ? Et... tu sais où elle est exactement Bella ? Comment tu vas la retrouver là-bas ? C'est grand la Thaïlande !

Alice lui mit une pile de vêtements dans les bras et répliqua :

- Ben justement, rends-toi utile au lieu de te prendre pour mon père. C'est ta mission. Découvrir où elle est exactement et surtout où elle sera dans 3 jours. Il me faut le nom et l'adresse de son hôtel.

Jasper la regarda, éberlué. Non que cela le surprenne vraiment, mais Alice était complètement folle :

- Mais Alice, tu ne vas quand même pas aller jusqu'en Thaïlande pour discuter avec Bella ? Tu as entendu parler de cette invention merveilleuse qu'on appelle le téléphone portable ?

Alice ne daigna même pas sortir la tête du placard dans lequel elle farfouillait et répondit :

- Je ne peux pas lui dire ce que j'ai à lui dire au téléphone avec 6 heures de décalage horaire... Je dois la voir. C'est trop important. Elle est trop importante pour que je gâche tout dans une conversation téléphonique.

Jasper se gratta la tête. Il ne pouvait que se réjouir qu'Alice admette que Bella était quelqu'un d'important pour elle. Cependant, de là à aller en Thaïlande pour le lui dire... C'était peut-être légèrement exagéré.

- Alice, je ne voudrais pas jouer les rabat-joie, mais... est-ce que tu as envisagé que Bella puisse ne pas être ravie de te voir débarquer pendant ses vacances en Thaïlande pour lui dire, tu ne sais pas encore quoi, alors que vous ne vous êtes pas parlé depuis qu'elle t'a dit qu'elle t'aimait et que tu es partie sans demander ton reste ?

Cette fois, Alice sortit la tête de son placard et se laissa tomber par terre. Elle se prit la tête entre les mains et dit :

- Non... Non, je n'ai pas envisagé qu'elle puisse ne pas être contente de me voir. Je ne peux pas me laisser aller à imaginer que cela puisse être le cas. Ce n'est pas possible. Mais tu te rends compte Jasper ? Elle est merveilleuse et j'ai peut-être déjà tout gâché. Je ne vais pas laisser passer ma dernière chance de faire quelque-chose avec elle sur une hypothèse. Je ne peux pas partir à New-York en me demandant si les choses auraient pu se passer différemment. Je dois tenter ma chance. Je ne veux pas avoir à vivre avec cet éternel regret de me dire que je n'ai pas tout fait pour essayer de la convaincre.

Jasper vint s'assoir à côté d'Alice :

- A ce point-là ma puce, je crois que ton cas est désespéré. Tu es complètement givrée, mais je crois surtout que tu es complètement amoureuse.

Il prit la petite brune dans ses bras et celle-ci se mit à pleurer.

Après qu'il l'ait bercée et nourrie de sushis, Alice reprit des couleurs et recommença à s'agiter. C'était peut-être l'idée la plus saugrenue qu'Alice ait jamais eue, mais pourtant, même si c'était une idée folle, il ne pouvait s'empêcher de la trouver quelque peu romantique. Il se décida donc à s'acquitter de sa mission.


Angela pénétra dans l'appartement suivie de Mike. Ses deux colocataires étaient parties au bout du monde, et elle avait bien l'intention de profiter de leur absence. Elle versait le vin dans leurs verres lorsque son téléphone sonna. C'était Jasper. Décidément, tous les Peppermint s'étaient donné le mot pour l'appeler aujourd'hui ?

Alice n'avait pas vraiment l'air dans son assiette cet après-midi et elle préféra répondre. Elle s'excusa auprès de Mike et décrocha.

- Angela ! J'espère que tu vas bien. Je m'excuse de te déranger, mais vois-tu, j'aimerais t'inviter à boire un verre ce soir. En tout bien tout honneur bien évidemment.

Angela rigola avant de répondre :

- Je vais très bien, je te remercie. Que me vaut cet honneur ?

- A vrai dire, une nouvelle tellement incroyable que je préfère te l'expliquer autour d'un mojito.

Angela était intriguée, mais elle avait prévu de passer sa soirée avec Mike et elle hésita :

- Je suis désolée Jasper, mais j'ai déjà quelque-chose de prévu ce soir...

Contrarié, Jasper répondit :

- Ah... C'est très embêtant... Je ne voudrais pas abuser, mais c'est vraiment vraiment important, et je te promets que ça ne durera pas très longtemps.

Angela observa Mike qui regardait autour de lui avec curiosité, tout en jouant avec son verre de vin, et ses yeux se posèrent sur son alliance. Son cœur se serra et elle soupira. Quoiqu'il arrive et quoiqu'elle ressente, cette histoire était de toute manière vouée à l'échec. Elle soupira et répondit :

- Ok, je te rejoints à la MOV dans une demi-heure.


Jasper était déjà installé lorsqu'Angela pénétra dans le bar. Il lui fit signe et elle s'installa en face de lui, curieuse.

- J'espère que c'est vraiment extraordinaire... !

Jasper sourit et répondit :

- Fais-moi confiance !

Angela commanda un mojito fraise et Jasper lui expliqua la situation dans le détail en sirotant son propre verre. Angela l'écoutait, incrédule. Lorsque le grand blond eut fini son récit, elle s'exclama :

- Je comprends mieux maintenant !

Surpris, Jasper la questionna :

- Tu comprends mieux quoi ?

- Pourquoi Alice a débarqué un soir à la coloc, pour parler à Bella. Elle était complètement saoule et elle s'est mise à pleurer toutes les larmes de son corps quand Rosalie lui a dit que Bella n'était pas là. Je n'ai rien réussi à en tirer plus et je l'ai raccompagnée chez elle, elle n'était vraiment pas en état de repartir toute seule.

Jasper haussa les sourcils, surpris. Alice s'était bien gardée de lui raconter cet épisode...

- C'est gentil de ta part de l'avoir raccompagnée...

- C'est normal et je suis sûre qu'elle aurait fait pareil pour moi... Et en quoi puis-je aider Alice dans son projet ? Que soit dit en passant, je trouve hyper romantiiiiiique.

Jasper sourit :

- J'avoue que moi aussi, je trouve ça cute, d'autant plus de la part d'Alice. Cependant, je ne suis pas persuadé que Bella soit tout à fait de cet avis.

Angela fronça les sourcils. Effectivement, connaissant un peu Bella, il était possible que celle-ci ne soit pas sensible au caractère chevaleresque et désespéré de l'entreprise d'Alice.

- C'est possible... Mais bon, advienne que pourra, j'imagine qu'il est impossible de dissuader Alice ?

Jasper hocha la tête en signe de confirmation :

- Impossible. Et d'ailleurs, elle aurait besoin que tu demandes "discrètement" à Bella où elle sera à l'hôtel dans 3 jours. Tu crois que tu peux la faire parler ?

Angela sourit.

- Aucun problème. Compte sur moi.

Sur ce, ils commandèrent une deuxième tournée, plaisantant sur les histoires incroyables qu'ils auraient à raconter à leurs petits-enfants.


Alice regarda le tableau des départs, sa montre, se mordilla la lèvre et déverrouilla son téléphone :

- Jasper ?

- Oui ma chérie, tu n'es pas encore partie ?

- Non...

Jasper attendit quelques secondes qu'elle poursuive mais Alice resta silencieuse.

- ça va ?

- Non... C'est une mauvaise idée... Je rentre.

Jasper sourit. Angela lui devait 20€ !

- Alice. Respire. Pense à Bella. Rappelle-toi tout ce que tu m'as dit hier soir. Pense aux regrets que tu auras si tu ne tentes pas ta chance.

Alice soupira.

- J'avais de la fièvre à cause du vaccin hier. Je n'étais pas dans mon état normal !

Jasper soupira. Autant de déni était incroyable.

- Il faut vraiment que je te rafraichisse la mémoire ? Alice, C'est parce que tu n'es pas avec Bella que tu n'es pas dans ton état normal !

- Mais arrête de m'appeler Alice !

- Mais c'est ton prénom ma puce...

- Je sais, mais ça sonne trop sérieux dans ta bouche !

Jasper rigola et rétorqua :

- Mais c'est parce que je suis sérieux. Écoute, tu as acheté un billet d'avion une blinde pour aller en Thaïlande parler de ce que tu ressens à Bella. Alors tu vas probablement me rétorquer que tu ne sais pas ce que tu ressens, mais on s'en fout Alice. On s'en fout que tu ne saches pas ce que tu ressens. L'important c'est que tu le ressentes. Et je suis sûr que lorsque tu seras en face d'elle, tu sauras.

- Et si je me rends compte que ce n'était pas suffisamment important pour justifier une telle excentricité ?

- Eh ben... Tu n'auras qu'à visiter un peu la Thaïlande histoire de ne pas t'être déplacée pour rien... et puis tu rentreras et on en rira ensemble. Tu ne serais pas toi si tu ne faisais pas quelque-chose d'aussi stupide.

Alice se mit à rire.

- D'accord. J'y vais...

Elle hésita.

- Jasper ?

- Oui ?

- Je t'aime tu sais...

- Moi aussi Alice, maintenant file. Et envoie un texto quand tu es arrivée.

- Oui papa !


Rosalie raccrocha son téléphone et resta un moment songeuse à regarder la mer. Bella vint s'assoir à côté d'elle et lui demanda :

- A quoi tu penses ? Tu as l'air triste.

Rosalie soupira et lui répondit :

- Je pensais à... l'amour.

Bella leva les yeux au ciel, désabusée.

- Je comprends que ça te rende triste. Tu crois que tu pourras pardonner à Emmett un jour ?

- Je pense que je lui ai déjà pardonné. Je suis sans doute amoureuse de lui, mais je suis trop fière pour l'accepter.

Elle réfléchit un moment puis poursuivit :

- Et trop sadique pour ne pas en profiter pour le faire payer un peu.

Cela fit rire Bella.

- Fais attention de ne pas le faire trop payer. Si tu l'aimes, tu devrais lui dire.

- Tu as probablement raison.

Bella haussa les sourcils de surprise. Elle se serait plutôt attendue à ce que Rosalie la contredise à ce sujet. C'est en tout cas ce qu'elle avait fait quelques jours plus tôt quand elle lui avait avoué qu'elle avait "laissé échapper" ses sentiments à Alice.

Elles regardèrent la mer un moment en silence, perdues dans leurs pensées respectives. Rosalie finit par rompre le silence :

- Je ne me sens pas très bien, je pense que je n'ai pas très bien digéré le curry rouge de ce midi. Je crois que je vais aller faire une sieste. Ne m'attends pas pour manger ce soir en tout cas.

Bella la regarda, désappointée :

- Ok... Appelle-moi si ça ne va pas.

- Pas de soucis.

Rosalie serra son amie dans ses bras et partit en souriant.